Full text of "Romania"
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V. 7
^*ra^
ROMANIA
AfHA::cyï
ROMANIA
RECUEIL TRIMESTRIEL
CONSACRÉ A l'étude
DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES
PUBLIÉ PAR
Paul MEYER rr Gaston PARIS
Par remenbrer des ancessurs
Les diz et les faiz et les murs.
Wace.
t ANNÉE — 1878
PARIS
F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR
67^ RUE DE RICHELIEU
LIBRARY OF THE
LEUND STANFORD JR. UNIVERSITi.
CL. ^t>59&
W0V5 mo
LE LAI DE L'ÉPERVIER.
Le précieux manuscrit auquel j'emprunte le Lay de VEpenter appar-
tient à M. le comte de Seyssel-Sothonod ; j'en ai eu communication
par l'obligeante entremise de M. le comte de Quïnsonas, etj'ai été auto-
risé à copier et à publier cette pièce. Je réserve la description du manuscrit
pour une autre occasion. Je me bornerai à dire ici qu'il est de la fm du xiii'
siècle ou du commencement du xiv", qu'il est écrit sur deux colonnes,
qu'il porte le titre général : Cy commencent les lays de Bretaigne, et qu'il
renlerme vingt-deux lais, dont huit inédits. La plupart de ces pièces,
parmi lesquelles se trouvent presque tous les lais de Marie de France,
fflériteni par leur sujet ce litre de lais di Bretagne; mais plusieurs autres
n'y ont aucun droit. Tels sont les lais à^ArUioie et de VOisdel^ une longue
pidcc appelée le lay d'Amours^ qui roule sur une aventure tout-à-fait con-
temporaine du poète, et le petit poème que je publie. Il a bien été fait Â
Pinstar des tais de Breiagne, et il imite à la fin les formules par lesquelles
Marie termine habituellement les siens; mais la fiction est indiquée par
le poète lui-même. En effet, tous les véritables /j/î ije parle ici des lais nar-
ratifs en rimes platesi étaient pour ainsi dire le livret d'une mélodie bre-
tonne connue. Les jongleurs bretons parcouraient la France au xii« siècle,
exécutant sur la harpe ou la rote des compositions musicales qui avaient
le plus grand succès, bien qu'on ne comprit pas le sens des paroles dont
ils les accompagnaient. Des poètes français et surtout normands, qui,
comme Marie de France, savaient le breton, eurent l'idée de raconter,
dans la forme habituelle des narrations rimèes, le sujet des lais les plus
ftomâaie. Vit t
2 G. PARIS
célèbres. Il se forma ainsi un genre de poésie particulier, qui fit donner
I le nom de lai à des compositions analogues où les Bretons n'étaient pour
rien, comme le lai d'Aristote et le lai de l'Oiselet. Parfois les auteurs de
ces compositions prétendirent les avoir tirées de véritables tais; l'auteur
du lai de rÊpervier essaie à peine de donner le change, quand il dit en
terminant son poème :
Li tais de rupremr a non,
Qui très beti fct 3 remembrer;
Le conte en ai oi conter,
Mes onques n'en oi la note
En harpe fere ne en rote.
Ce qui rend encore plus contestables les droits de ce petit poème à
s'appeler lai de Bretagne, c'est Texamen de la langue dans laquelle il est
écrit. Tandis que les lais de Marie et ceux qui leur ressemblent portent
les marques du dialecte normand, le nôtre n'en ofTre aucune trace. Des
rimes comme cstoieni entramoient (v. 12), maintenoient erroient (16), cote
foie (jS), parlait soloit (64), voite mémoire (226), etc., indiquent une
région éloignée de la Bretagne i rien n'empêche de chercher dans la
I France propre la patrie de notre poète. Les formes comme prcisic
envoisie (]\-2) sont, il est vrai, étrangères au français; mais elles
doivent être attribuées à un copiste, qui a laissé ailleurs subsister les
formes de son onginal haitiée afaiiiée [39-40), yî» allée (79-&0I, etc. La
rime sequture seure (iSj-ôj = aucun at supra pourrait étonner, puisqu'on
attendrait en français secoure et surt. Mais celte même paire de rimes se
retrouve jusqu'au xv« siècle dans des auteurs bien français : seure a long-
temps persisté à côté de sur; quant aux formes couris], cours, court,
courent, courts), courent, etc. (et de même secouris), etc.), elles sont très-
modernes, comme on peut le voir dans Littré, et dues certainement à
l'influence de l'infmitif et des formes accentuées sur la terminaison. Le
fi'ançais reflète un verbe ainsi conjugué en latin vulgaire :
cârere
courre (corrc, curre)
cSro
cuer
cùris
cuers
cùrit
cuen
cûr-amus
courons
cHre
cuer
cura{m)
cuere
Rien ne s'oppose donc à ce que nous reconnaissions dans notre poème
le dialecte proprement français 1 la forme va (v. 1 64) rimant avec ala
me parait fortifier cette opinion. — Le style du lai de VEpervur est
agréable, élégant et conds ; on remarquera notamment le talent avec
lequel le poète sait manier le dialogue.
LE LAI DE L'ÉPERVIER
C'est le lay de Vetpervier.
u;
[ ne aventure molt petite
Qui n'a mie esté sovent dite
Ai oi dire, tôt por voir,
Que je vos voil ramentevoir ;
5 Nés puet en mie toutes dire,
Ne tretier en romanz, n'escrire ;
De plusors en ot en conter
Qui très bien font a remembrer :
Car qui bien i voudroit entendre
10 Maint bon essample i porroit prendre '
d:
lUî chevalier jadis estoient
'Qui roolt durement s'entramoient
Onques entr'eus n'ot point d'envie > ;
Molt par menoient bèle vie :
1 5 Chevalerie raaintenoîent,
Et ensamble toz jors erroient;
Li uns n'eust sanz l'autre rien :
Partout et au mal et au bien
Partissoient ensemble andui :
20 U uns n'eust sanz l'autre anui ;
Lor avoir ert entr'eus communs.
Il avint chose que H uns
Espousa famé molt vaillant,
Preuz et cortoise et molt sachant,
35 Par le conseil son compaingnon,
Qui Ventilas avoit a non ;
Mes n'ai pas l'autre nommer :
Einsi con je Foi conter
Le vous dirai assez briément.
30 Molt ert de grant afetement
La dame et de biauté proisiée,
Riant et preuz et envoisiée;
Mes nus n'i vit mesproiseure
En son gieu n'en s'envoiseure ;
) I proisîe — 32 eanoisie
1. Cf. Gervaise, Bestiaire {Romania, I, 427), v. 49-to; Barl, et Jos. p. }}jj
2. Poûa a encore ici u valeur de subitAtif : jamais entre eux il n'y eut un
foiaî d'envie, la moindre envie.
G. -PARIS
) $ Car bien vous puis dire et conter
Que plus puet on de mal noter
En fome qui trop se fet coie
Qu'en cèle qui demainne joie,
Et qui parlanz est et haitiée.
40 La dame estoit molt afaitiée ;
Ses sire ot vers U grant amor,
Por sa biauté, por sa valor;
Et Ventilas molt Pennoroit,
Mott sovent 0 li sejomoit,
4j Molt par li mostroit bel semblanti
Envers li ot amor molt grant :
Mes n'en amor se bone non,
Car famé estoit son compaingnon.
U sire esgarda son aler
50 Et son venir et son parler,
Dont cremi qu'entr'eus deus n'eust
Tel chose qu'avoir n'i deust :
Atant la mescrei li sire.
Par vérité puet en bien dire
j 5 Qu'en sordit ■ télé par envie
Qui n'a corage de folie ;
Mes partout sont molt mal parlant;
Et teus > remostre bel semblant,
Por los et por ennor atrère,
60 Qui n'a cure de folor fère.
Li sire nu tint pas a gas :
Avint un jor que Ventilas
Ert 0 sa famé, ou il parlott,
Si com sovent parler soloit ;
6j Molt durement en fu iriez :
u Ventilas », dit il, n ce sachiez
Que de cest jeu ne m'est pas bel :
41 sires — 61 ne — 6} Molduremeat
1, Sordire; ce verlw, qui signifie proprement c dire sur 1 quelqu'un, puis
c médire de » quelqu'un, s'emploie, dans les exemples que j'en connais, avec
l'accusatif de la personne, comme ici :
Se devant lui sui alegie,
Qui me voudroit après sordire? Tristaiij I, jaiô.
Sire, ce a dit Naimes, Maugis avés sordit. Reiuut, p. 365, v. 26.
Or me dist on ersoir que vous me sourdis(i}és,
Et que ribaut chetif et tniant me clamés. Doon dt Maiauc, v. 617$.
2. Teas — telle.
LE LAI DE L'ÉPERVIER
C'est U compaingnie Tassel
Que vos me fêtes, ben le voi > .
70 — Mar le dites, biau sire, avoi !
Mieux vodroie perdre la vie.
— Tesiez; ne vos creroie mie
Por sereraent ne por jurer.
— Ben voi que trop porroit durer
75 Entre nos deus ta compaingnie :
Dès or veil que soit départie. »
A ces paroles s'en toma.
Adonc a la dame pensa.
Et èle a lui, mainte fiée,
80 Tant qu'amers H a aliée.
A une liue menant érent ;
Par tel achoison s'entramérent :
Ja se desfendu ne lor fust,
Puet estre entr'eus amor n'eust;
85 Que c'est de plusors la costume,
Qui les chastie ses alume ;
Et s'est ben droia> que plusor sont,
Que ce c'on lor deffent ce font,
Et qui lors proieroit du fère,
90 Tôt tens feroient le conirère.
Il s'entramérent molt andui :
Cil ama li et èle lui ;
Et molt sovent a lui parloii.
Un jor avint qu'alez estoit
9$ U sire por esbanoier,
Ne saî em bois ou en rivîer;
Lî chevaliers ne s'atarja
A la dame tost envoîa
Savoir s'il i porra parler.
100 Cil > montaj s'esploita d'ater;
La vint ou la dame manoit ;
87 ptvsors — 89 pr. desfere — 9a a. lui — 99 se il
1. Cette locntioOj qui n'est pas expliquée jusqu'à présent avec certitude, se
retrouTedans Beneeit, Chronique, v. 1 ijô^ : Cest la compai^n'u Tassel (éd. tassel)
Qu'il m'a faite f et dans Renart^ v. 3819 : Cest la comvagme Tassel Que vous me
faiUs voirement. Le sens est évidemment c association irauduleuse, compagnie de
traître. » Tdsul doit être un nom propre, celui d*un traître célèbre, mais on
ne connaît pas son histoire.
2. Cilj c est-i-dite t celui qu'il envoya ■ ; e/ivoùf, bien que privé de régime,
ODotient impticiteoieat l'idée ae l'envoyé.
G. PARIS
Il descend!, si ala droit
En la chambre ou èle estre seut ;
Si li dist, plus tost que il puet,
1 0 j Que ses sire venoit a li.
La dame de son lit sailli :
Baigniée estoit, si s'atoma
Molt richement et acesma^
De bel semblant estoit et simple ;
1 10 Adonc voloit lier sa guimple' :
« Biau sire », dit èle, «ça vien \
Pren cest raireor, si me tien
Ça devant poi, que je le voie,
Qu'afublée bêlement soie. »
115 Cil le prent, si s'agenoilla :
Bêle la vit, si Pesgarda
Que plus l^eçgarde plus s'esprist ;
La biauté de li le sorprist
Que plus près de li s'aproucha,
1 20 La dame prist^ si l'enbraça :
« Fui, fous, » dît èle, « fui de ci !
Es tu desvez ? — Dame, merci !
Soufrez un poi ! » Oz du musart,
Que plus li desfent et plus art !
1 2 ( Car pire çst, ce dient les genz,
Itels maus que n'est mais des denz.
Einsi con la, dame tenoit
Et si fièrement la menoit,
Aunt es vos le chevalier
I jo Qui sire estoit a Pescuier :
<f Fui, fous, » dit èle, « fui, lechierre :
Oz ton seignor ? — Et las pechierre !
Quel deable Tamainnent ore P
Mon veul> ne venist il encore !
i^S ~ Fui, » dist la dame, « isnèlement;
Si te repon hastivement. »
104 Bel li d. — 10; sen — 107 Baignie — 121 fol — 126 Itel max, mal
— 128 ferement — 129 .i. ch.
1. Cette opiration de la toilette des femmes au moyen-ftge était très*longue et
très-délicate et réclamait l'aide constante du miroir. Voyez le joli passage de
Partonopeus cité dans Quicherat, Histoire du Costume^ p. 166.
2. Mon veut, ■ i ma volonté ». Cette locution se trouve déji dans \t Serment
de Louis le Germanique (meon roi/) ; elle est fréquente au XII* siècle.
LE LAI DE L'ÉPERVIER
Cil se repont, mes moU li griéve.
Et la dame bien tost se liéve.
Es vos son ami aitant :
140 Ne s'aperçut ' ne tant np nuam;.
La dame prent et si Tacole,
A ti joe, rit, et parole,
Et fei son bon comme il soloit.
Tôt ainsi comme a li parloit,
145 Es vos son séignor aitant ;
Le chevalier saut en estant :
« Dame, » dist il, « que porrons fère ?
Ne sa! a quel chief puissons trère.
Je ne sai nul conseil de nos ;
1 $0 De moi ne me chaut fors de vos.
— De moi, a fet èle, « n'en doutez;
Ja en doute mar en serez :
Se Deu plet ben eschaperai.
Mes fêtes ce que vos dirai :
i j 5 Traiez vostre espée erramment,
Si dites itant seulement :
« Par le cuer bieu ! s*or le tenisse,
« N'eust garant, ainz l'oceisse; »
Si vos en alez a esploit :
1 60 De moi que estre puet si soit ;
Ice dites que je vos mis ;
Mal direz el. » Cil vient a l'uis,
. L'espée tret, et va jurant :
« Par le cuer beu ! n'eust garant
i65^jQt.lot.le.mûnt, se le trovasse,
Que la teste ne li coupasse ! »
Li sire Tôt, si s'arestut :
Tret soi ariére, ne se mut.
Dont cuida quMl le menaçast,
170 Ainz n'ot talent qu'il l'aprochast.
Quand il vil qu'alez s'en estoit,
A sa famé vint lors tôt droit,
L'espée trète, toz irez :
IJ7 greue — 175 iriez
I. ^aperumr est parfois employé ainsi sans régime, pour dire « s'apercevoir
de quelque chose ■, sans parler des cas où il signifie * entrer [ou rentrer) en
possession de ses facultés. > Ainsi dans Tristan, Ij 8j ^ 0"""' ou/ oi parler sa
drucy Soat que s'cstoit aperceue.
G. PARIS
<r Par le cuer beu ! or i morrez!
175 — Dieu ! sainte croîz ! nomini Dame > !
Qu'avez vos, nre ? » dist la dame.
— Que j*ai ? c'or* ne savez ? ahi !
Mar m'i avez certes trahi.
— Trai, sire ? Sainte Marie !
180 Avoi ! por Deu, nu dites mie !
— Ne die ce que j'ai veu ?
Vostre chanlant i qui ici fil
Pis me hisoit, que il disoit
S'il me tenist, Û m'ocirroit.
185 — Biau sire, se Deus me sequeure,
A ton me metez rage seure.
Mes por ce que estes irez
Direz tout ce que vos vorrez ;
Et se parler me lessiez
190 La vérité en orriez.
— Vérité ? ce vos ert mestiers.
Or dites. — Sire, volentiers.
Li chevaliers qui de ci va
Orendroit en rivière ala :
195 Baillé avoit son escuier,
Si comme il dit, son espervier;
Et dl, quant il li ot bailUé,
Si le geta sanz son congié,
Ainz puis nu vit ne puis ne Pot.
200 Li chevaliers quant il le sot
Ne sait comment vint çaienz droit
Ses escuiérs qui le cremoit,
Si se repost triers ce lit la.
Biau frère, > dit èle, < vien ça -,
20) Si soiez tout asseuré. *
Et cil qui tout ot escouté
Saut sus; grant joie dut avoir :
« Certes, dame, vos dites voir.
De Deu soiez vos onnorée;
200 II y a r'uiblemaa me lacune aprh ce vers — 202 Son escuier, tenoit
1 . Nomini Dame ! exclamation altérée de In nomine Domini, On trouve Nomtni
Dame dans un vende Raoal de Cambrai (p. 6j), où l'éditeur a lu Hom ni dame.
2. Cf. la note sur le v. 24 de Mainet (jiom. IV, ; 1 )).
). Chanlant, « galant, adulter 1. Ce mot, qui parait être un doublet de
c chalant p, est encore usité dans plusieurs patois.
LE LAI DE l'ËPERVIER
iio Car la vie ai or recovrée,
Bêle douce dame, par vos.
Certes irop est mes sire iros.
Qui me voloit ocirre ainsi
Por son oisel que je perdi :
iij N'i eust guères gaaingnié,
Se mort m'eusi ou mahaingnié.
— Osiés ' î avoi ! » ce dit li sire ;
tf Dahcz ail orc la seue ire !
Puis n'i eust nul recovrier.
220 Biau frère, pren mon esprevier,
Si li porte de moie part. >
Cil l'en merde, si s'em pari.
Et son seignor ainsi conta,
Einsi con l'aventure ala.
225 y^eslc aventure si fu voire :
V-* Avoir le doit on en mémoire;
Tôt ainsi avint^ ce dit l'on :
Li îays de Vesprevier a non,
Qui très bien fait a remembrer.
250 Le conte en ai oi conter.
Mes onques n'en oi la note
En harpe fère ne en rote.
Ce joli conte arrive de l'Inde; c'est là du moins que nous le
trouvons le plus anciennement. Dans (( les soixante-dix histoires du
Perroquet a ou ÇukasaptaU (26), nous la tisons sous la forme sui-
vante > ; « Ratnavati, la femme d'un kchatriya appelé Kchomarakcha,
a une intrigue d'amour avec Vallabha et en même temps avec son fils,
sans que ni l'un ni l'autre se doutent de cette rivalité. Un jour ils
arrivent tous deux chez elle et tout à coup son mari parait aussi. En le
vo3ram. elle met le père à la porte en feignant de se quereller avec lui,
e1 aux questions de son mari elle répond en montrant le jeune homme :
u C'est le fils de cet homme qui s'en va; il s'est réfugié dans notre
2 1 2 messires — 2 r 7 Oste.
* I. Ostis t employé ainsi comme exclam;ition pour repousser l'idée d'une
t^aX déji présenté i moi dans plusieurs textes où j'ai négligé de le noter.
2. J'empniDte l'analyse de ce conte, ainsi qu'une grande partie des .
gTiemcnls qui suivent, à M. Benfey, Hantschatantra. I, § \-j.
chose.
ren&et*
10 G. PAKtS
« maison, et on ne doit livrer à personne celui qui prend pour asile la
« maison d'un kchatùya; c'est pourquoi j'ai refus* de le rendre à son
« père. » — Le récit de VHitopadtsa (II, 9^ est plus détaillé et mieux
motivé ■ : c< Dans la ville de Ovarayati la femme d'un fermier avait une
liaison avec le juge de la commune et son fils. Un jour qu'elle se diver-
tissait avec le fils, le père survint. Dès qu'elle le vit, elle fit passer le
jeune homme dans le grenier^, et goûta les caresses du juge. Mais voilà
que son mari revint à l'improvisïe. En l'apercevant qui arrivait, elle dit
tout bas au juge : « Prends ton bMon, feins d'être en colère et va-l'en
« au plus 161. X II fit ce qu'elle lui disait, sur quoi son mari entrant lui
demanda ce que le juge était venu faire. « Il est, pour je ne sais quelle
« raison, » lui répondit-elle, « en colère contre son fils, et celui-ci, pour
« échapper à sa poursuite, s'est réfugié ici. Je l'ai conduit dans le gre-
« nier et si bien caché que le père, malgré ses recherches dans la mai-
« son, ne l'a pas trouvé; c'est pour cela qu'il est parti en colère, p Et
elle alla chercher le jeune homme dans sa cachette et l'amena à son
mari. »
VHitopadtsa est, comme le dit l'auteur dans sa préface, tiré « des Ci/i^
livres {PanUhatantra) et d'un autre recueil ». C'est à cet autre recueil,
perdu pour nous, que le compilateur a emprunté le conte en question.
Comme ce conte se retrouve également dans les diverses versions orien-
tales du livre de Sindihàd {^^Siddhapaù en sanscrit!, qui représentent un
original sanscrit perdu», M. Benfcy a pensé que VHitopadfsa ou sa
source l'avait puisé dans le livre de Siddhapatt; mais outre que cette
opinion soulève une objection fort grave, que j'indiquerai tout à l'heure,
le récit de VHitopadesa se rapproche trop de celui du Çiikasaptati pour
provenir indépendamment du Sindibàd^ qui s'en éloigne sensiblement, et
d'autre part se rapproche trop de celui du SmJiMJ pour que VHitopadesa
et le Sindihâd aient puisé indépendamment Tun de l'autre dans le Çuka-
saptati. Voici en effet la version du Sindibàd, que je donne en comparant
entre elles la version grecque du Sy/îripaj (G), la version hébraïque ttrad
Carmoly) du Sendabar (H), et la version espagnole (fidèlement traduite
de l'arabe) du Ltbro de los Engafios * (K) :
« Une femme a pour amant un cavalier (un militaire G, un homme du
roi E) ; un jour il envoie chez elle son esclave pour savoir s'il peut venir
la trouver sans crainte de rencontrer son mari (pour la prier de venir le
I, le traduis sur la version jlleinande de M. Max Mùller, p. 90.
i. Ce mot désigne simplement ici une petite chambre attenante, dans laquelle
on serrait la provision de btc.
}. Vuy. Comparctti, Rtccrcht mlorno a! Ithro di SindibâJ^ Milan 18&9.
4. Sur ces divers textes cl leur rjpport, voy. l'ouvrage de M. Comparelli,
qui a publia le Ubro de los Enganos en appendice.
tE LAI DE l'ÊPERVIEK 1 r
trouver H). L'esclave, jeune et beau, piail à la dame; elle le garde
aapré» d'elle (xxTVfvsbixxce G) si longtemps que l'amant, impatienté de
ne pas le voir revenir, prend son épée (manque E), et vient lui-même
chez u maJtresse. En le voyant arriver (en l'eniendani appeler E,
ati^\tèrri toûtc G), elle cache l'esclave dans une chambre voisine de la
some (dans an angle de la chambre E. dans l'appartement intérieure),
<l re^ii l'auue avec les démonstrations les plus tendres. Au milieu de leurs
caresses elle voit arriver (elle emend appeler E) son mari. Elle se dit que
s elle cache son amant comme Tesclave il le verra, et dit à son amant ;
• Tire ion épée, sors en proférant des menaces, et ne dis rien d'autre, i- Le
■nh le rencontre sortant ainsi comme un furieux et l'interroge en vain.
(I entre auprès de sa femme et lui demande ce que cela signifie : a Cet
« bomme, » lui dit-elle, « s'est mis en colère contre son esclave et l'apour-
• suivi l'épée à la main ; Tautre en s'enfuyani a trouvé la porte ouverte
• Cl est entré ici; je l'ai caché et je n'ai pas voulu le lui livrer; voilà
• pourquoi il sortait en proférant des menaces. * Le mari dit : t Où est
« PescUve ? — Caché ici. » Le mari va à la porte, s'assure que le
oiaitre est éloigné, appelle l'esclave et lui dit : <i Tu peux t'en aller; ton
■ naître est parti (ce trait manque dans H). » Le jeune homme s'en
vm, et le mari félicite sa femme de sa conduite. *
On voit de suite que le récit du Smdibàd et celui de iHiiopadesa ont
ea CMMOun deux traits qui les distinguent de celui du Çakasaptati : c'est
d'abord le bâton ou l'épée que brandit ou tire te plus âgé des deux
amams, puis la circonstance que le jeune amant, le vieux et le mari
arrivent chez la femme à quelque distance l'un de l'autre, tandis que
dans le Çulusaptaû ils semblent se présenter tous trois presque en même
MBifps. Mais d'autre part il y a entre le Sindibâd d'une part« VHitopadesa
et le Çixkjsaptaii de l'autre, une différence radicale qui empêche absolu-
ment de croire que VHitopadesa ait puisé dans le Sindibâd tel que nous
t'avons i c'est le double fait que les deux amants sont dans les deux
livres sanscrits père et fils, dans le Sindihàd maître et esclave, et que
le plus jeune est dans les deux premiers livres amant au même titre que
fautre, tandis que dans le Sindibâd il est chez la maUresse de l'autre
l'objet d'un caprice soudain II résulte de là une autre différence, c'est
que le plus jeune des deux galants est ici envoyé par l'autre en message
auprès de la belle, tandis que dans les deux premiers récits il se trouve
par hasard chez la maUresse commune quand l'autre y arrive.
Les différences entre le récit du Sindwâd et ceux du Çukasaptati et de
VHitopadtsa sont toutes à l'avantage du premier. Elles rendent le conie
â b (bis moins choquant, plus gracieux et mieux motivé. Elles peuvent
donc être considérées comme le produit d'une habile révision. La substi-
luiion d'un esclave au 61s, dans te rAle du jeune rival, a été sans doute
IS G. PARIS
pratiquée, dit M. Benfey, pour éviter la donnée incestueuse du conte
primitif; je le pense aussi, mais ie ne vois pas pourquoi ce changement
a dû se faire u sur le sol musulman. » Cette délicatesse a pu venir aussi
bien à un réviseur indien que persan. M. Benfey aioute que ce change-
ment a donc été opéré « contrairement à l'originalindien du Sindibâd »,
ce qui soulève la question de cet original^ dont je suis obligé de dire un
nwt
Notre conte est, dans le Sittdibâd, le second de ceux que raconte le
deuxième vizir; il est celui que raconte le premier vizir dans la huitième
nuit du Tuti-Nameh du poète persan Nahcheb). Or M. Comparetti a
prouvé que les seconds récits des vizirs dans le Sindibâd et ceux qui se
trouvent dans Nahchebi sont originairement étrangers au Sindibâd, qu'ils
proviennent du Çukasaptatiy et qu^ils ont dû être incorporés au Sindibâd
pehlvi d'après la version pehlvie du Çukasaptati, cet ancien Tati-Nameh
(perdu) qui a servi de base tant au Tuti-Nameh de Nahchebi qu'au
Livre du Perroquet turc. Trois hypothèses sont donc à considérer : ou
bien le Çukasaptati avait subi en Inde une révision où la forme de notre
conte avait été modifiée, et qui fut traduite en pehlvi, — ou bien la
modification du conte est l'œuvre du rédacteur de l'ancien Tuti-Wmeh
pehlvi, — ou elle appartient à l'écrivain qui a inséré dans le Sindibâd
pehlw les sept ' récits empruntés au Tuti-Nameh (= Çukasaptatî) qui
forment les secondes histoires des vizirs ^. La même question se pose pour
plusieurs autres contes, et on ne pourra la résoudre que quand on con-
naîtra mieux les divers livres dont il s'a^t ; je ferai seulement sur le
point qui m'occupe une remarque qui peut avoir de l'intérêt pour les
recherches de ce genre.
J'ai signalé plus haut les traits par lesquels le conte de VHÎtopadesa se
rapproche tantôt du Çukasaptati, tantût du Sindibâd: aucun trait du
même genre ne rapprochant le Çukasaptati du Sindibâd, il faut sans doute
regarder la version de VHitopddesa comme intermédiaire entre celle du
Çukasaptati et celle du Sindibâd. L'Hitopadesa est d'une date trop récente
pour que nous puissions le faire entrer en ligne deVompte; il s'agit donc
de cet (' autre recueil m où le compilateur de {'Hitopadesa a puisé à c6té
du Pantchaîantra. Mais ni ce recueil ni VHitopadesa n'ayant été, comme
le livre d*où est extrait le Pantchaîantra , comme le Çakasaptati ei le
I . Il n'y en a on réalité ouc six ; le septième étant étranger au Çukasaptati ;
mais l'un des contes intercalés dans le Sindibdtl répond X aitix contes du Çukû'
iûptatt; voy. Comparetti.
a. Nahchebi ne peut nous servir i rien, porce que nous ne savons pas s'il
a tiré les su contes en question du SiHriiW*/ou du Tuti-iSameh, qu'il Jcvait avoir
tous deux sous les yeux. Son récit, pour notre conte, est i peu prcs identique
i celui du SuidibM.
LE LAI OE l'ÉPERVIER | J
SUJhapatiy traduit en pehivi, — au moins que nous sachions, — il faut
que U version de notre conte qui lui a donné la forme que nous lui
voyons dans le 5i>);^(i'(ii/ ail été composée dans IMnde même. L'examen
particulier de notre conte nous amène donc à penser qu'il a existé en
sanKrit une rédaction du Çukasaptati sensiblement difTérentc de celle
que nous connaissons soit par les extraits de M. Benfey, soit par la tra-
duaion incomplète de Galanos ' .
Quoi qu'il en soit de cette question, nous avons surtout à nousoccuper
de U version du Sindibâd. Elle n'a pas passé dans le groupe occidental
des dérivations du S/ni/iMii qui forme le roman des Sipi Sages; mais
elle n'en a pas moins pénétré en Europe dans un asse?. grand nombre de
rédactions, dont la plus ancienne, jusqu^à présent, et la mieux réussie
pcui-ètre de toutes, est celle qu^on vient de lire. On a pu se convaincre
de son étroite parenté avec la version du Sindibâd ; comment ce conte
ofiemal était-il arrivé en France au xu*^ ou xni" siècle ? Deux explica-
tions sont possibles. Le Sindibâd, avant de devenir le Roman des Sept -^
Sag€i, a cenaineraeni été l'ob)ei, soit dans l'empire grec, soit en Occident»
d'une longue transmission orale. C'est dans cette transmission qu'il a perdu
seize des \'ingt contes ' dont il se composait et qu'il s'en est annexé onze
autres. Mais il est naturel que plusieurs des contes qui ont glissé hors
da cadre du roman ne se soient pas pour cela effacés de la mémoire
populaire et aient continué à vivre isolés dans la tradition orale. En effet,
sur les s«ize contes du Sindibâd qui ne se trouvent pas dans les Sept Sages, ,
trois au moins» \La Trace du lion, le Manteau brûlé, les Soahaits\, sans"
compter le nôtre, se retrouvent dans la littérature populaire du moyen-âge.
D'autre part, notre conte peut avoir été importé d'Orient à l'état isolé, ~^
soii par Tintermédiaire des Byzantins, soit à l'époque des Croisades. On
remarquera ce que dit de sa source le poète lui-même : Le conte en ai oi
conter; et au commencement il remarque qu'on ne peut écrire et mettre
en vers toutes les histoires qu'on entend raconter. C'est donc dans la
tradition orale^ quel qu'ait été son point de départ, que l'auteur du Lai
di Vespervier a puisé directement.
Si le récit, dans ses traits généraux, est demeuré remarquablement fidèle
au modèle oriental, il faut admirer avec quelle souplesse il s'est accom-
modé aux moeurs de l'Occident. Le poète avait-il trouvé ce travail tout
Eût dans le conte qu'il avait entendu f je ne sais, mais je serais poné à
1. Je laisse de càtè les récits, d'ailleurs assez peu intéressants, qui sont mis
daas la bouche de Sindibâd et du prince, ainsi que le dernier de la reine; je
ne compte que les quatorze hi&toires des sept vizirs et les six de la reine qui
forncot la vraie trame du roman.
a. Il ^ut y jamdre le conte de la Chiatni ^ui pleaie^ arrivé en Occident par
rtaternédiaire de P. Alfonse.
14 C. PARIS
croire qu'il est le principal auteur de cet habile arrangement. Il parait,
il est vrai, vouloir rester scrupuleusement fidèle au récit quMl met en
vers, quand il dit, en parlant de l'un des deux chevaliers, qu'il s'appe-
lait Ventilas ' : M(s n*oi pas Vautre nomer ; Eiisi corn je Coi conter Le tvuj
dirai; mais sa sincérité m'est quelque peu suspecte quand je remarque
que ce nom de Ventilas lui sert une fois à rimer (v. 62) ; il peut fort
bien, comme le font encore les rimeurs modernes, avoir laissé au premier
endroit le nom en blanc, quitte à choisir^ à ta première rime embarras-
sante, un nom qui le tirât d'affaire : c'est d'autant plus probable que les
quatre vers 26-29 ne sont c" réalité qu'une cheville pour ra)uster 25
avec ^o, — cheville de forte dimension, comme nos poètes contempo-
rains savent aussi en employer quelquefois. Le poète me paraît ici se
moquer un peu de son public, comme quand il dit à la fin que ce fameux
iat de CEspervier, qu'il met en vers, il n'en a jamais entendu la musique.
— En tout cas, son œuvre nous transporte en pleine société chevale-
resque ; les deux « compagnons », plus tard ennemis, habitent chacun
dans son manoir, près des bois où on « berse » avec les chiens, des
marais où on u vole » avec les oiseaux (v. 86) ; l^esclave du Sindibâd est
devenu un gentil écuyer; la dame est une aimable châtelaine, dont la
conduite, il est vrai, ne justifie pas fort bien les réflexions optimistes du
poète sur les femmes dissipées en apparence mais sages au fond (v. ^^-
}9, ^4'6o)', la description du soin minutieux avec lequel elle ajuste sa
a guimple u nous représente au vif les modes qui régnèrent du xr' au
XIV* siècle environ. — Outre ce travail d'accommodation dont se sont
en général si bien tirés les poètes français du moyen âge qui ont natura-
lisé chez nous les contes orientaux*, nous trouvons dans notre tai
quelques changements qui ne sont peut-être pas le fait du poète, mais
qui sont, si je ne me trompe, fort à l'avantage du conte. L'aventure qui
en est le sujet, — peut-être arrivée réellement dans l'Inde il y a quelque
deux mille ans, — rendue déjà moins immorale dans le Sindihàd qu'elle
ne l'était dans le récit primitif, est devenue ici plus innocente encore,
tout en étant plus piquante La résistance que la dame oppose aux
transports soudains du jeune écuyer parait sans doute d'autant moins
sérieuse qu'elle s'est amusée à les faire naître, et sans l'arrivée du sei-
I gneur, on ne sait trop ce qui serait advenu; mais enfin c'est un progrès
sur U brutalité du récit oriental, et la présence d'esprit avec laquelle la
belle sait trouver moyen de sortir de son double embarras est d'autant
plus merveilleuse qu'elle parait d'ailleurs d'un caraaère plus léger et
1. Le ms. a bien Venulas: il faut p.-é. Venalas = Venctstas.
2. Voyez ma leçon sur Its Contes otuntaax dans la liitèratare française da
mojtn Jgt, Paris, Franck, 187).
m LAI DE L'ËPEKVIER |)
plus insoucîani. Le traii de l'épervier, emprunté aux mœurs françaises,
fournit un fort ioli dénouement, par l'attendrissement auquel te bonhomme
de mari se laisse aller et le cadeau qu'il fait de son propre épervier â
son ancien ami. C*c$l pour préparer ce dénouement qu'est faite Tintro-
duction; elle a aussi pour but, — en nous racontant l'origine des amours
du chevalier et de la dame, leur amitié d'abord pure, les soupçons
injustes du mari, sa brouille déraisonnable avec son ami. la défense faite
i sa fenine de le voir, • de nous présemer la conduite de la dame
amme plus excusable. Ce conte n'est pas dicté, comme son lointain
griginaJ sanicrh, par la haine, ta crainte et le mépris des femmes; un
oprit tout nouveau, qu'on croirait déià, en bien des traits, l'esprit fran-
çais du xviii" siècle, a pénétré le vieux récit et l'a rendu plus matin à la
fois ei noins méchant. Si on ajoute à ces qualités générales la vivacité
du récit, la bonne qualité du style, les réflexions moins banales que
d'ordinaire dont le récit est coupé, on conviendra que le Lai de Vèper-
riif est un des meilleurs échantillons du conte en vers au moyen-âge.
Les imitations du récit qui nous occupe, en dehors de notre lai, sont
nombreuses. Trois seulement appartiennent au moyen-àge : je parlerai
Tout â rbeure de celles de Boccace et de Pogge; l'autre se trouve dans
deux manuscrits de ta traduction allemande des Gesta Romanorum >. Oan>
cette rédaction, qui doit avoir la même source que le Lai àe l'épervier^
mais qui a moins modifié son modèle, il s'agit également d'un chevalier,
qui envoie son écuyer [Knccht) annoncer sa visite à ta dame. Ici est
inséré un trait asse^ heureux, qui ne se retrouve point ailleurs : la dame
t'irrite de ce que son amant a chargé le jeune homme d'un tel message;
elle le blÀme devant le messager, et sa mauvaise humeur n'est pas étran-
gère au bon traitement qu'elle fait à celui-ci. Le chevalier arrive à son
tour c( subit les mêmes reproches'. Le dénouement comme dans Sin-
I. Ma. cxTv(ii« )8) et cxxt (ro 21) de la liste de M. Oesterley; donné
d'après cxxn pjr Grzsse, dans son édition, t. Il, p. 149.
3. Le chevalier demande si elle n'a pas reçu son messager; elle répond : « Il
est mu, mais le l'ai chassé pour avoir osé m'apportcr un tel message; et je
s'aurats pas cru que vous iriez confier à un écuyer une .nffaire de ce genre, t
C'est ènjdcniinent ce trait qui a fait trouver k M. Benfey une « frappante res-
sembUnct > entre ce conte et la version de Nahchebi. En elfct dans le poète
perun la femme fait aussi des reproches i son amant sur le choix de son mes-
sa^ ; mais ces reproches sont d une tout autre nature : son amant la gronde
en toyant qu'elle n'a pas encore commencé à s'habiller, malgré son message :
« n fallait pour m'aider, lui répond-etlCj m'envoyer une femme, et non un
eatact incapable et niais; |'ai eu beau le prier d'entrer un instant, ri s'en est
aUé atiuilot. • Les deux versions ont essayé indépendamment de combler une
tocnae qui se trouvait dans le récit original, et (]ui est paiement sensible dans
nom Ui. -~ Il eiiste entre le Lat et Nahchebi une ressemblance d'un autre
geare, qai o'nt peut-être pas fortuite : dans l'un et dans l'autre le messager
UOQve la femme couchée et l'empêche d'achever (ou de commencer) si toilette.
|6 C. PARIS
dibàd : l'écuyer sort de dessous le lit où il s'éuii caché, et le mari
complimente sa femme sur son action.
Le sixième conte de la journée VII du Décaméron présente notre conte
sous une forme toute nouvelle. Il ti'y a plus ici aucune relation entre les
deux amants de Madonna Isabella : Ltonetto, d'humble condition, est
aiméj Lambenuccîo, ami du mari, est subi à cause de son haut rang et
de la crainte qu'il inspire. Un jour que le mari a laissé sa femme seule
dans leur maison de campagne, elle fait avenir Lionetlo, qui accourt',
mais La mberiuccio, ayant su le départ du mari, arrive aussi, attache son
cheval dans la cour, et monte : Lionetto n'a que le temps de se cacher
derrière le rideau du lit. Survient le mari, qu'annonce une chambrière ;
« La donna vedendo queslo, e sentendosi aver due omini in casa (e
conosceva che il cavalière non si poteva nascondereperlosuo palafreno,
che nella corte era), si tenne morta. » Cependant elle reprend courage,
et prie Lambertuccio de sortir comme en colère, l'épée à la main, et en
criant : « Je saurai bien le retrouver ailleurs. » Puis, pour répondre aux
questions de son mari , elle l'emmène vers sa chambre, et lui raconte
qu'un jeune homme éperdu s'est réfugié chez elle, que « messer Lamber-
tuccio » est arrivé ensuite, furieux, l'épée à la main, voulant le tuer,
qu'elle lui a barré le passage, et qu'il a eu au moins la courtoisie de ne
pas l'égorger chez elle. Lionetto, qui a entendu l'histoire, sort de sa
cachette; le mari approuve sa femme et retient Lionetto à souper ■. Le
lendemain, celui-ci s'entend avec Lambertuccio, en sorte que le mari ne
se douta jamais de la vérité. — On a souvent dit* que Boccace avait
puisé ce conte dans le Syntipas, mais rien n'autorise à croire qu'il ait
connu ce roman grec, et son récit diffère assez de la version du Syntipas
pour que celte hypothèse soit peu probable. Il est bien plus vrai semblable. |
qu'il a puisé, comme Tauteur du Lai de l'Eperviery dans la tradition orale;
leurs deux versions ont d'ailleurs quelques traits communs : dans l'une
comme dans l'autre te plus noble des deux amants est parfaitement connu
du mari; dans l'une comme dans l'autre l'un des deux amants communique
plus tard à l'autre la vérité. Le trait du cheval attaché dans la cour, et dont
la présence empêche la dame de cacher le second amant comme le pre-
mier, parait de l'invention du conteur florentin ; il reropbce le motif donné
dans le Sindibâd, motif qui avait sans doute disparu de la version
répandue oralement en Rurope : le Ui de l'Epervier ne donne aucun
motif. — Il existe entre le conte de Boccace et tous les autres une diffé-
1 . Ce trait pourrait bien avoir été Inspiré i Boccace par le dénouement du
conte de P. Allonse dont Je parlerai tout à l'heure.
2. Voyez Landau, dte Quclitn des Decamcronc^ p. 17, lOf. M. Landau ajoute
que le récit tel qu'il est dans les Sept vizirs (forme arabe du SiruiibAd) est plus
voisia de Boccace que celui du Syntipas . il m'est impossible de voir en quoi.
LE LAI DE L'ÉPERVIER 17
IttptUle : il n'y a entre les amants aucune relation j il ne reste de
h donnée primitive qu'un faible vestige, dans la circonstance que l'amant
^ UTÎve le premier est d'une condition plus humble que l'autre. A quoi
strîboer cette différence ? uniquement, si je ne me trompe, à l'altération
de U tradition orale qu'a connue Boccace. Cette altération a eu pour
résolut de diminuer notablement la vraisemblance de l'invention d'Isa-
bdb : le raari des contes indiens doit croire naiurellemeni à la vérité
de ce qu'on lui dit en trouvant le fils réellement caché chez sa femme
qjaaad il vient de voir sortir le père furieux ; il en est de même du mari
àa Simdihàd avec l'esclave, du mari de notre lai avec Pécuyer (et le
poète français a fort heureusement développé cette donnée en faisant
noonter l l'écuyer la cause du courroux de son maître, et en intro-
éniant l'épervîer qui lui a fourni le titre de son conte); dans Boccace
mm le mari demande à Lioneito : « Che hai tu a fare con messer Lam-
benacdo? » mais la réponse du jeune homme est bien moins saiisfai-
oMc : ■ Messer, niuna cosa cbe sia in questo mondo, e perciô io credo
lamamentc che egli non sia in buon senno o che egll m*habbia colio in
hCJwbio; perciocchè. corne poco lontano da questo palagio nella sirada
ni vide, cosi mise mano al coltcllo e disse : Traditor, tu se' morto. Io
I ni posî a domandare per che ragione, ma, quanto poiei, cominciai
ifbggir e qui me ne venni, dovc, mercè di Dio é di questa gentil donna,
ito sono. Il Bien que cette explication soit ainsi tout autre que celle
lior, le fiùt qu'elle est demandée et donnée, ce dont ne parlent pas les
Tersions. parait bien prouver encore que le récit français et le
eowe italien doivent être rangés dans une même classe. — La destruc-
tion« che?. Boccace, du lien qui, dans toutes les autres rédactions, unit
les deux amants de la dame, a nécessairement amené- l'omission du
nwmge dont l'un est chargé par l'autre; elle a conduit à les mettre l'un
Cl IVore en possession depuis quelque temps des faveurs de la belle, et
A présenter letir arrivée successive chez elle comme toute fortuite. Par
ce» deux traits, le conte de Boccace se rapproche d'une manière frap-
pante de la version que nous trouvons dans VHilopdiUsa et le Çukasaptatt;
mais il ne faut pas croire pour cela qu'il y ait entre ces versions et ce
conte an rapport de filiation. Le perfectionnement suggéré â l'auteur du
rédt inséré dans le SmdïhXd par la relation que le conie antérieur attri-
• aux deux amants a disparu quand cette relation elle-même a été
ouUiee; dès lors le conte ne pouvait guère avoir une autre forme que
ccUc quM a à la fois dans Boccace et dans le récit primitif.
Il est au contraire difficile de ne pas admettre un rapport intime entre
U version de notre conte qui parait la plus ancienne, celle du Ç\tk.xsap-
Uh, et celle qui se trouve dans les Facéties du Pogge. Le rapproche-
«cm est assez curieux poar que je croie devoir donner le texte du
MonsHié, VU 2
l8 G. PARIS
conteur tlorentin ■ : u Mulier prope Ftoremiam, publici hospitis uxor
«dmodum liberalis, cum quodam cujus usu tenebaïur cubabal in lecto.
Accessit inierim de improviso et aller, idem quod prior facturus, quem
prssentiens scalas ascendentem mulier, aique obviara facia^ acriter eum
jurgare et ulteriore adiiu arcere cœpit, asserens non esse tempus que ei
saiisfierî posset, rogansque ut c vestigio abiret. Kcsistendo altercando-
que cum aliquandiu tempus teneretur (/. lerereiur), superveniens vît
quid sibi ea vellet concertaiio qu^esivit. Femina ad fallendum prompta':
Hîc, inquit, irato animo vuU superius ingredi ad vulnerandum quemdam
qui in domuro confugit, quem adhuc continui, ne tantum fadnus hic
patraretur. Qui latebat, his auditis verbis, sumpto animo, cœpit minari,
se ulturum injuriam diciitans ; aller Jterum priori vim et minas intentare
se simulabat. Vir siultus, quaesiia causa dissensionïs, onus rei compo-
nenda: suscepit, et cum ambobus una coltocuius, pacem composuit,
solvens eiiam de suo vinum. ut uxoris adulierio adderet jacturam potus. »
Id, comme dans le livre indien, tes deux amants, en possession depuis
longtemps des faveurs de la môme femme, arrivent par hasard l'un après
l'autre chez elle ; mais ce qu'il faut surtout relever, c'est qu'elle se con-
tenie de quereller le dernier venu, et qu'il n'est parlé ni de bâton comme
dans VHiiopadtsa, ni d'épée comme dans le Sindibàd. Il est donc pro-
bable que le conte indien sera arrivé à Pogge par une voie particulière,
différente de celle qu'il a suivie pour aboutir à tous tes autres récits,
qui dérivent du Sindibàd. Il a pu sans doute arriver de l'Inde directe-
ment; toutefois il est plus probable qu'il a passé parla Perse et l'Arabie,
et il faudrait alors admettre, si le Tm-Namth persan avait déjà recueilli
dans son original sanscrit une version analogue à celle du Sindibàd |voy.
ci-dessus, p. i;), que la version originaire avait également été traduite
en pehtvi. On voit combien ces questions sont compliquées, et combien
il est à désirer qu'on publie le plus possible de textes de ce genre : les
variantes en apparence tes plus récentes peuvent avoir une grande
importance au point de vrfe généalogique. — Le dénouement de Pogge
est nouveau, et sans doute de pure invention : c'est pour l'amener que
le mari au début est présenté comme aubergiste. Ce n'est que par
hasard, si je ne me trompe, qu'il se rencontre en un point avec celui de
Boccace.
te conte de Boccace a été naturellement fort imité ; Sansovino l'a
reproduit' ; Henri Estienne ^ l'a abrégé; d'OuviUe en a fait une plaie
t. Je nie suis servi de l'èd. de Paris, 1799, 1 vol. — L'éditeur, F. Noël,
remarque en note : < Hinc desutnpla est Atellani haud inficela qux in Iheatro
VariiUs amasaniti tdebilMr snb lioc lilulo : U Mensongi txcasabie. 1
2. Sansovino, III, 10.
;. Apoiogit pour Hèrt^dotti XV, att.
LE LAI DE l'ÉPERVIKB I9
copie"; Juste van Effenl'amis en vers français médiocres», et Hagcdom,
d'après lui et Boccace, en assez jolis vers allemands*; Hans Sachs
en a fait un FiUtnAchUpiel * ; Beaumont et Fleicher en ont introduit
le trait principal comme épisode dans un de leurs drames*, et Dancourt,
en Taltérant peu heureusement, Va fait entrer dans sa faible comédie de
la PaTuitnne Tout cela n'a que peu d'intérêt^. Le strasbourgeois Otto*
mar Nachtigall, dans le clxxii" de ses Joci ac SaUsi, a mêlé des traits
empruntés à Boccace et à Pogge : à l'arrivée du mari, l'amant, sur le
conseil de la femme, tire Npée et éclate en menaces, mais il ne s'en
va pas; la femme raconte l'histoire qu'on connaît, dit qu'elle a caché le
jeune homme poursuivi, et engage son mari à faire une bonne action en
calmant l'autre et en les réconciliant. « Itaque vocato mœcho illo qui
latebat, meradus vinum quod domi suae habebat maritus afTcrri jussit
corrivalibus : ipse médius considens modîco negotio hilares primum, ac
mox pacatos reddidit »
1. Conies. H, 204; reproduit dans lesNouvtJux contes à rire, 1, 191. Ce conte
est évidemment tiré de Boccace ; toutefois il est curieux que l'amant préféré par
la dame soit ■ un jeune frisé, valet de chambre d'un gentilhomme de ses voi-
sins >; mois l'autre amant n'est pas le naître du premier.
2. C'est Hagedoro lui-même qui cile le Misantropt, t. I, n* 14, p. ij6. Je
me sois servi de la réimpression d Amsterdam, 1 742 Œuvres diverses de Mr. Juste
ran E^in, Tome premier qui conlunt le Misantropt) ; notre conte est bien à la
p. 1)6, mais dans le Discours XVI. Van EHen ciie Boccace comme sa source ;
tt a modifié le récit en ce que Jean (^^ Lambertuccio) menace et possède
Théré$<r {^= Isabelle) pour la prtmiire Jois quand Léardre (= Lionetlo) vient
de se cacher. — Hagedorn ^tt agir de même ses personnages, qui s'appellent
Gtsmund, Guido el Laurette.
j. Werke^ éd. de Berlin, 1800, t. II, p. lia. — Hagedorn cite, outre Boc-
cace, Gast, el le Misarttropej la BiHiothè^ae des gens ât cour, par G. de Pilaval
(Amsterdam, 1726), p. 21 1. Je n'ai pu retrouver ce passage; mais ]e pense que
Prtaval a simplement reproduit le conte de van Efîen.
4. Die hsiig Bahrin, en 1^52 (d'après M. de Keller).
3. Women pîeaud^ acte II, se. 6 (Works, Londnn, 1778, t. VIII, p. 28 ss.).
Le leune amant est ici le frère de la belle, qui s'est déguisé pour I éprouver;
l'autre est un matamore qui la poursuit, mais ne la pos!>ède pas encore. —
L'éditeur met en note : c Thîs scène was afterwards introduced oy Ravenscroft
ioto a cofllemptible play written by him, which, however, has been acted
withia thèse few years, called Vit London Ctukolds. »
6. La nouvelle de Bandello citée par Le Grand d'Aussy fil, 1 1| n*a pas seu-
lement, comme l'a dit Schmidt (cité dans Liebrccht, trad. de Dunlop, note 5 r^)
oa rapport lointain avec notre conte. C'est une grossière et maladroite
compilation de plusieurs épisodes, dont l'un est certainement te nAtre. Le
prêtre qu'on découvre dans sa cachette raconte, comme dans Boccace, Qu'il a
été poursuivi par un homme qu'il ne connaisMÎt pas, qui, à sa vue, a tiré Vépée
en criaal : « Tradilore, tu se morto. » La femme a ici trois amants; elle fait
éradtr les deux autres d'autres manières, et trouve moyen de les faire inviter
Ions les trois à souper par son mari : on sent l'exagératton du dénouement de
Pogge.
7. Soà ac Sales ah OUomaro Lasânio, éd. d'Auesbours, 1U4, non paginé
jB. N Réserve Y* 1274). — Gast, l'aateur des Conv'naïts Serments (éd. de
BÙe, it4}, non paginé, page 201 a simplement copié Nachtigall.
20 G. PARIS
Le conte indien qui a inspiré Boccace et l'auteur du Lai de l'épervier a
encore pénétré en Europe par une autre voie, mais sous une forme très-
aliérée. Pierre Alfonse, le célèbre juif converti qui a écrit au xi' siècle
en Espagne la Disciplina clericatis et le Fonalitium fidei^ rappone dans le
premier de ces ouvrages une histoire où tous les critiques s'accordent à
reconnaitre un reflet affaibli de la nôtre. Une femme dont le mari est
absent a reçu son amant, avec la complicité de sa mère : le mari revient
à l'improviste : ta mère^ — dont l'intervention parait ici assez inutile ',
— conseille au jeune homme de se tenir derrière ia porte, l'épée nue à
la main. Le mari le voit et demande qui il est : on lui explique que,
poursuivi par des assassins, il s'est réfugié là. Le bon homme ne veut
pas qu'il sorte de sitôt, de peur d'être retrouvé par ses ennemis, et il le
garde â souper chez lui *. — On peut voir dans le commentaire de
Schmidt sur la Disciplina clericalis^ les diverses traductions de ce conte,
je ferai seulement remarquer qu'il est introduit, fort maladroitement
d'ailleurs, dans ta Farce du Poulier, qui fait partie du recueil LaVallière,
publié par MM. F. Michel et Leroux de Lincy *. Quant à la source de
P. Alfonse, elle est sans doute arabe, comme toutes celles où il a puisé;
il faut donc admettre que le conte de Sindibàd s'était ainsi altéré dans sa
transmission orale ou littéraire chez les Arabes, dès avant la fin du
xr siècle ».
Les rapprochements que j'ai signalés ci-dessus ne sont sans doute pas
tous ceux que l'on pourrait faire ^; je me souviens d'avoir lu ce conte
1. Elle provient certainement du conte qui précède inimédiateracnl celui-ci
dans P. AKonse, et oîi l'aide de la mère est nécessaire. — V. Schmidt fatt au
contraire la réflexion suivante, oui me parait bizarre : i La version de la Disci-
pUna tUricalis est meilleure. Qu une femme, une mère, serve d'entremetteuse et
de complice, c'est, au point de vue de l'art comme de la morale, plus suppor-
table que si la |eunc lemme, comme dans [tSyntipat et Boccace, trouvait u'elle-
mème de subtiles supercheries pour cacher sa conduite déshonnète. >
2. J'ai déjà remarqué que ce dénouement avait dû influer sur celui de Boccace.
3. Berlin, 1827, in-^-j p. u6 ss.
j\. C'est Loiseleur-Deslongchamps \Essûi sttrlesJablainiiienna^p.'j-j)qmaLiA\t
ce rapprochement. Mais il rapporte l'épisode du PoulUr à VHitopadeta^ tandis qu'il
ressemble plus à h DisctDlina, puisqu'il n'y a qu'un amant; et il exagère en
disant que la Farce Jii Poutitr « repose tout entière sur cette donnée >.
\. On peut croire aussi avec M. Benlev que P. Alfonse a rapporté le conte
de mémoire, et que c'e:>t i lui qu'en est due l'altération. L'introduction de la
mère, personnage qui figure dans le conte précédent de la Dticiplina, rendrait
cette hypothèse assez vraisrmblable.
6. Le Grand d'Aussy. le premier qui se soit occupé de ce genre de recher-
ches, a donné (éd. de 18^9, IV, 199) sur le conte oe P. Alfonse des rappro*
chements dont quelques-uns sont superflus. Ainsi le Dolopathos est mentionné
Èar erreur; la nouvelle 16 de Parabosco limitée dans les Fauûeusa joamies de
abriel Chapuis et dans le recueil des Aman$ heureux^ malheureux et tfompù)n'»
avec le conte qu'un rapport fort éloigné. J'ai défà cité le commentaire oe Val.
Schmidt dans son édition de la Disciplina claualis. Le Grand cite encore
LE Ul DE L'ÉPERVIER JI
dans d'autres livres encore, sur lesquels je ne puis présentement
remetire la main. Ils suffisent toutefois pour montrer te succès qu'il a eu
depuis le jour où il a franchi les limites de sa pairie pour se répandre en
Perse ci s'avancer toujours de plus en plus vers l'Occident. On peut dire
que, pour l'unité, la vraisemblance et l'agrément du récit, parmi toutes
CCI variantes éparses sur tant de siècles et de pays, c'est, sans même en
excepter le Décameron, au fableau français qu'appartient la palme.
Gaston Paris.
OB conte du Printemps d'amour, livre que je n'ai pu identifier .ivec sûreté :
mais l'analyse même qu'il en donne prouve que le conte ne ressemble
Bollemeot au nôtre. Quant aux Ruits d'amour, également citées par Le Grand,
je n'ai pu me les procurer. — Méon, dans la préface de l'édition de P. Al-
lofwe (version en vers français) pour la Société des bihUophUts . dit que ce conte
est tiré de •> Pllpay » ; il a sans doute entendu par là \' Hilopadtsa . — M. de
Kdler, dans ses noies sur les contes du SindibdJ et du roman des Sept Sagct
fL Romans des Sept Sages, p. cxi. ss. ; DyocUtianus, p. 46), a donné péle-mtle
des rapprochements avec le conte de P. Atfon^e et celui du Sindibdd, et a pré-
tendu X tort Que ce dernier se trouvait dans le texte latin des Gesta Romanorum.
— Von dcr ti^m (Cesammtai^teucr, 11, xxxii ss.| s'est à peu près borné â
reproduire les matériaux réunis par Schmidt. — Rien de nouveau non plus
dans Ounlop'Liebrecht, rem. pj. — Je n'ai consulté qu'après l'impression de
cette étude la traduction de \'Hitopadesapsr}A. Lancereau (Paris, J^innet.iS^^);
on Y lit sur notre conte une longue noie (p. 128 ss.), où se trouvent quelques-
unes des remarques faites ci-dessus. Ainsi M. Lancerrau a apprécié exactement,
pour les faits, la nouvelle de Bandello, a constaté que Gast n'avait fait que
reproduire Luscinius, et a donné une analyse de la Farce du Poulur. Il donne^
mais uns autre détail, le titre exact d'un livre cité par Le Grand, que je n'ai
pas vu : Htists d'Amour pour ttndrt ta favoris contents, 1681, in-12. On ne voit
pas cliiremeni si M. Lancereau a connu le Pnn/^m/ïjJ'tf/nour autrement que par
ce qu'en dit Le Grand. — M. Benfey a reproduit le conte du Çakasaplati
et la version de Nahchcbi; il a en outre indiqué toule la littérature du conte
et sisnalé les particularités des différentes versions orientales du Sindibdd
fsar lesquelles je n'ai pas eu i revenir). M. Benley est porté â rattacher à ta
mime source le fableau du Clerc fui fui repus derriire l'escrin; mais il me
parait n'avoir que fort peu de rapport avec notre conte. — M. Landau,
dans ses Sources da Dicamiron, a fait sur notre conte quelques observations
dont j'ai eu occasion de parler plus haut. — J'ai vérifié autant que je l'ai pu
toutes les citations que j'ai trouvées dans ces divers auteurs ; quand mes indi-
cations dilTërent des leurs, c'est en général que j'ai eu sous les yeux d'autres
éditions des mêmes ouvrages ; fai noté celles dont |e me suis ser\i.
UNA
VERSIONE IN OTTAVA RIMA
DEL UBRO DEI SETTE SAVI
I.
Non c'è oramaî nazione occidentale che non possegga i Sftte Savi ' in
versioni rimate. LaFrancia, la Spagnajn quanto possa esser rappresen-
tau dalla Caialogna, taCermania, l'Inghtlicrra, tutteci vengono innanzi,
qualeconuno, qualc con piùiesti. Solianto Tlcalia sembravafar eccezione :
redazioni prosai'che. quantc si vuole ; nessuna in versi. La cosa doveva
apparire alquanto strana a chiunque conoscesse l'andamento delta nostra
letieraiura. La tribu dei rimaiori, strabocchevolmente copiosa da noi,
sopraitutto nel quattrocento, si sarebbe mai lasciata sfuggire una délie
materie, che in più alto grado godevano il favore universale? C'era, è
veto, qualche osiacolo; in nessun modo si poieva. secondo avrebbe
richiesto il costume, disiribuir la materia in canti di lunghezxa uniforme.
Ebbeneja si rompevaunavolu coUatradizione, si ponevanoledivisionîa
distanze disuguali, e buona notie. Vediam pure che a questo si fini per
arrivare da molti, in un' cxà ancora discreiamcnte antica. Ogni ceppo, o
prima o poi, deve bcne di nécessita caderc, od esscre spczzato.
Corne nel maggior numéro dei casi, anche in questo, ciô che pareva
troppo strano era anche falso. Una versîone rimata esistette ed esiste;
e nulla ci assicura che sia stata la sola. Che razza di roba sia, dovrenn
vederlo or ora. Ma ciô non vuoi dire. Per il momento, è il fatio dell' esi-
sienza che importa di consiatare.
Qucsia versione si contiene in un codice cartaceo, apparienuto un
lempo alla biblioieca Seibanie di Verona, ed acquistaio poi dal mio doilo
t. Con questo tilolo, in maocanzi d'un altro più générale, comprendo qui
la stirpc nclla sua tolalili.
UNA VERSIONS RIMATA DEI Sétte SaVt 2}
amico, M*< Gerolamo d'Adda. Inutile soggiungere ch« ho avuta la più
anpia liberté di usare del manoscriito dal liberalissimo possessore ; al
quate mi ëgrato di rinnovar qui in pubblico l'espressione délia mia rico-
Boscenza.
Il codice, deturpato alquanto dall' umiditâ, ma del reslo di buona
conservazîone, consta di 199 carte. La numerazione originaria ne indica
solo 198, siccome quella che non lien conio del foglio di guardia, o fron-
tispizio, che dir si voglia. Le due ultime carte e il verso délia ter/.ultima
resiano in bianco. La scrittura puô assegnarsi, a un dipresso, alla meià
del ïecolo Kv. Se avessi a porrc termini estremi, indicherei il 1440 e il
1480. Tutio quatiio si ha qui ha forma di ottava rima. Ed ogni facciata
scriila coniiene tre stanze : salvo quelle che avrebbero dovuto fregiarsï
di dipinture^ c che invece son ridotte a conicntarsi di due oitavc e di une
spazio vuoio. Non per6 mancano del tutto gti omamenti. V'ha una
grande initiale miniaia al principio délie singole composi/Joni, ed inoltre,
una délie solite majuscole rabescaie e colorate, alternativamente rosse
e lurchine, in lesta ad ogni cantare.
a Suio questo Ubro he inquadernado tre liberi », dice una specie d'in-
dice (f* 176 JJ. I tre liberi sono :
t. Apolhnio di Tira {U 1-48).
2. SmeSayiÇf* jo-174).
;. Pukdlà Gâux (f^ 177-196I.
Ho deno, Sette Savi : ma ne! codice il titolo suona. altnmemi :
• Questo libro trata di Stefano fiolo de uno inperador di Roma. el quai
trata de beli amaïstramenii » [f° jo «1]. Sono ben 706 ottave. divise in
rcntJtrè caniari ; alcunï, lunghi oIlreTusato; attri, brevissimi. Il primo,
p€r es., ha 95 stanze; il quimo. 9. Due soli, TX!" e il XX", sitrovano
avère, per accidente, una stessa misura. Rincresceva bene al rimatoredi
andar cosi coniro ad una norma generalmente osservala ; ma nécessité
lo co&tringeva, chè. bisognava pure far coincidere le divisioni dei canti
con quelle délia materia. Nondimeno egli non si permette l'arbiirio
senza darcene avviso la prima volta, sicché non gti s'abbia, per caso,
ad imputare a ignoranza Tanomalia :
Et ancora io volio dar riposso
A voi fi a me 3 uno trato.
Qui finira questo canto zoiosso ;
Ma di partioilar numéro, uscon à svixato,
Non potria dire lo mio parlar copiosso ;
Perché questa instoria, con suu bel tratato,
Son condizionata con suo bdi esenpii ;
Per me ad ogni uno un canlo si se adenpii.
Ben che di simct numéro non posi fare
p. RAINA
Le slanzie d'ogni caotar, qui arà dito ;
Ma in piti e meno diri lo mio pariare
L'instoria luta, fin libro finilo.
Ora, signori, ritornali ascoIUre
Quelo che lo 6losûfo avcri dito.
Pn* me pregate lo spirito sanio.
Qui vi 6 finito lo primo canto'.
(ï, 94-9 S 0
f teuori sirabilieranno d'un saggio cosiffano di splendida poesia. Che
pensare^ La nostra è inconiestabilmente una copia; scriiture, corne lu
duno. ad uno (XVII, fo}, siiùgo in cambio di suiugo IXX, j^, tiecho p€r
/iiecAo (XXIII. 4j) ecc, lolgono ogni dubbiezza in proposito. Orbene,
prororoperemo noi in una fitîppica coniro i copisii, viziatori scellcraii
délie sudate opère aliruiP L'ultima sunza parrebbe incîtarvici :
E priegove, signori, cortexe mente
Che ogni falo che voi atrovarete,
Che da conzarlo* ve sia ala mente,
0 mio che sia, o d'altri amendarete.
Color che li rescrivc. iizier mcnlc
Fano di fali, e voi lo antivederete.
Regrazio Jehu Crîsto e tuli i santi
Che di questa instoria ù conpito li canti.
E davvero anche VApollonio^ una composizione corretta in origine, si
vede qui ridotio in uno stato compassionevole :
Signori, in queslo moodo desventuralto
Chiare voUle hè senza meltnchonia,
E tal se crede avère guadagnatto,
Che tosio perde delà marchadaniia.
Cholui è bene da stare adoloralto,
Che in tal modo el tiene sua via.
In tal conto, con pianto e sospiro,
Contar vi volio de Polonio de Tiro.
(I, i.)
Se non che, non ci vuol molio ad accorgersî di una sostanziale diver-
sitàtrai duecasî. Di sottoagrinfiniiispropositideir/lpo//omo, traspajono,
anche senza che si ricorra al confronto di aliri testi, i versi giusti ; di
1. Stampo il testo tal quale, solo aggiungendo l'interpunzione. sciogliendo
cctti aggrupp^tmenii di parole, surrugando a volte la minuscola colla m^juscula,
distingucndo alla maniera odicrna i v c j,;li u, c poncndo t anche negl' tnnume-
revoli casi, in cui a questa vocale, soprattutto in fine di parola, è data la forma
di;.
2. Lcggasi J'aconzarto.
una versione rimata oe\ Sette Savi 2(
sonoaqoelti délia Storia di Stefano, non già. Ceno gli amanuensî non
avranno mancato nemmeno qui di fare il mestier loro; ma è pur ccrto
chc, in sostanza, es$i venivano semplicemente ad aggiungere scalfitture ad
una rôzza, già tutta piaghe e guidalcschi. Impossibile per consegucnza
discemere i peccaU dell' autore dagli altrui. Tolleri dunque il poeia (!)
ch« nelle mie ciiazioni tutli quanti glieli lasci, e non s'abbia a maie, se, cosi
operando, ho fermo in cuore il convincimento di non aggravar oltre-
modo la sua condi7.ione in faccia ai giudici. Tcniando di coireggere,
credcrei di commeitcre un arbitrio imperdonabile.
Ho scagliato un' accusa troppo grave, perché non m'incomba il dovere
délie prove. Queste, le avremo agevolmenie, procurando di farconoscenM
col rimatore. Corne si chiamasse, non si saprà probabilmente mai; cgU
non sembra aver provveduto da se, e possiam lenerci sicuri che l'ommis-
Bone non fu riparata da altri. Ma duveva esser persona di umile, se non
dlnfimo staio. Par già lecito argomentarlo dalle osceniià goiïe e volgah,
che a voile gli escono dalla penna'. Perô non vorrei decidere, se i
difetti, che si rilevano nel suo modo di conccpire, vadano attribuiti mag-
gionnente a cortczza d'ingegno, o a scarsezzadi coltura. Certo enirambi
i fattori cooperarono. Del poco ingegno, è prova manifesta l'incredibile
penuria dcl buono di qualsïasi specie în tutio quanto il libro. Dell' igno-
ranu, si ha una dimostrazione solenne dall' esame délie rime. Qui
l'auiore avrebbe un bel maschcrarsî dietro i copisti : con poca faiica lo
possiamo subito costringerc a mostrarci almeno il volio.
Non mi fermo aile zeppe, chiamate ad ogni momento a fungere da
rime, sebbene ce ne sieno d'insensaie, le quali basterebbero da sole a
metiere in evidenza, con che sorta d'uomo s'abbia qui a fare. Cosi pure
sorvolo leggiermente sulle rime scorreite. Talune non eccedono lelicenzc
abitualt deî poeii popolari : soprana e magna (I, 24), Roma e persona |I,
ji>, «w, cioè ressc, ed kofersse (I, 75), acorto e doto, vale a dir dotto
(IV, 5), morte e note, cioè notte (VIU, 1 5), meàicho e cUricho (IX, 27),
e simili, irovano risconiri a bizzeife. Ma certo non poirebbe dirsi ahrei-
tanio di studio costreito a rimar con fastidio (1, 44), sane con bene
(I, 6au pclo con duoto (II, 13), spandere con comprcndere [VIII, 5),
i/tsonio ccn dominio (X\\\, 11). Queste sono consonanze. Proprie più
specialroeme degii stomclli, si usano a volte con buon cffctio anche nclle
btftave, come un soprappiù, in quanto si faccïâno consuonare i versi
■ difpari coi pari -, ma non sono già ammcssc a prendere qua dentro il
luogo delte rime. Un esempio di rima inesatta e di consonanza ad un
.tempo, occorre nella si. 1 del camoIV : mùsicha, fisicha, rùhricba.
Ma é sopratluito alla lingua, che mi giova di volgere l'attenzionc. Il
i.Gterfe, IX, j6; X, 10-11; XIX, 4
l6 p. RAINA
rimatorc non ètoscano, e senza essersi impratichito, mediante lo studio,
délia lingua leneraria, prétende di scriverla. Con quai esito, figuriamceio.
Siccome poi ciô che non si conosce, neppure si rispetta, cosl awiene
che, agli errori involontarii, costui ne ag^unga non pochi di volontarii.
Tutte le forme gli sono indifïerenii : ora usa l'una, ora l'alira, senza
normaalcuna ; se una voce, che a lui farebbe comodo, non esiste, si toglie
d'impaccio creandola. Certo non era facile trovar parole che ritnassero
con Ipocràs ; se non che nessuno obbligava a mettere questo nome in fine
di verso. Ma, nossignori : il nostro anonimo ce lo vuol proprio collocare
bcn tre volte (UI, i6, IV, ) e i )); e, con mîrabiie dîsinvoltura, gli mené
dirimpetio fas^ debàs^fa dimoràs^ parlas, che per lui significano /ci e fece^
tu debbUy fa dimorat parla. Ne pajon iroppo meno mostruose, ancorchè
trovino una certa spicgazione, le voci hai (I. 6i)» /"' (HI* '7i VI» a).
trovai (VII, 1 1), adoperate come lerze persone. Anche ahrte per ailora
(II. 14), fairo ptrfatio (IX, 40), difficilmente s*inconireranno alirove.
Con tutio quesio spropositume, di cui mi basta aver dato un saggio,
consuonano a maraviglia cène accentuazioni stranamente arbitrarie. S'è
già visto dimorài; aggiungiamoci insognio (VII, 2), per sogno, zolia per
zoglia 0 gioja. Invece non considereremo come semplici licenze di un
rimatore inetio cerii infmiti rimossi dalla loro conjugazione. Védere (IV.
6) è comunissimo nei dialetti dell' Itatia superiore; similmeme, credire
(XI, 36), cresire (lH, 7), perdère iXVIII, s), traèrt (XXII, 14) postono
farsi scudo d'un créer nelle Lodi veronesî delta Vergine\ e dei perfeiti
cresUt conponè^ metè, nascè^ chazè^ prendèt partie^ plasette in Fra Paolino
Minorita'. E anche giova pensare aile analogie spagnuole; in quanto il
fenomeno non avrà certo nella regione iialiana una storia diversa che
nell' ibericai.
Inutile andar per le lunghe nell' esame dei meri spropositi. Bensi im-
porta rilevare le pecuiiariià, che possano chïarirci intorno alla patria dell*
aurore. Noiera in primo luogo la ftacchezza délie consonanti, 0, in altri
termini, lo scempiamento délie doppie, e in particolare délia soida den-
tale. Rime come doto, dinoto (I, 19), sapuîo, voluto^ tuto [\, 22), giovi-
neto, imprometOt mansutto (1, 26), alzato^ fato, pato (I, ^a); poi, yîo/o,
duob, coh (I, 7^1, eli, zieli (I, {7) ; tera, era (IX, loi, ecc, abbondano
fuor dimodo. Viccversa, troveremo anche scriiio,/dtto, lornatto (III, 17),
ratto, inprixonaito iVII, 18K kordinutta, fiatta fIX, 61, e cosî via. Ma qui
pure, chi ben consideri, dato che queste forme risalgano air autore,
abbiamo ancora un germoglio délia medesima planta : la causa è sempre
1. MuB4AFiA, Mon. ant. di dut. H., p. Sj (v. iSjj. E cfr. il GlossariOj ib.,
p. 107.
2. Trattato de Regimine Rcctoris pahil. da A. Massafii. Vienna, 1868.
). Questa storia èdichiaraulucidamentedair AicoW, Arch.gtoltoL, ll,4}2n.
UNA VERSIONE RiMATA DEI Setîi SaVl tf
l'ignoranza delta retia distinzione tra le doppie e le scempie. Chi scrive
sa, cosl in génère, che la iingua letieraria usa spesso le prime, dove il
dtaletto suo ha invece le seconde ; ma, uno per uno, quali siano i casi, non
sa; pertamo applica alla cieca la sua confusa nozione, e raddoppia a
volte le scempie anche quando erano iegittime.
Un aluo caratiere da considerare è l'assibilamento délie palatali. Sazû
H, la, $i),^«o(I. 51), tantû (I.7i);poi. /«« (V, s), ii/uiw(XIV, 8).
huxo (IV, 18; X, 18], e simili, son tuue forme che ci occorrono nelle
' rime. S'aggiungano -Uio ed -i7ù, ridoiii ad -io ed -ia : fia (I, 741, fia
(XV| 1}» merdpîa (11, 6), tio, giglio, iXXUI, 4). Avvertirô anche -re da
-Jw. -tre : part [Vil, r. XVll, 2G\. Insieme abbiamo pudre, fiUo, mera-
tiiia : giacchè è da tener sempre a même, che le forme dialettali, e le
Itoscane 0 letterane, si danno qui continuamente di gomito. Un' altra
formola notevole è -onso da -olso : ponso i.Vl» 50). Ne potrei oraraetlere,
ancorchè rara, la caduta di una dentale ira vocali . mario [XIV, 4:,
posai iXV, }i, spia^ spca, spada (Xtl, 14).
Entrando neî dominii délia morfologia, noterè, tra gli aggettlvi, gran4a
iXV, 47);tra i sostantivi, stralo {\U, a], cano |IV, 19), e il plurale
auRo (IIJ, 5) ; quindi, le forme verbati stasla 0 itaxla^ stava (XIV, 1 5 ;
XV» Ij^ XXII, 101, andasia (XV, 13); daga, dîa (XII, \^\;andemo
(I, 11); tokndo (III, 'j],fazando (V, 6), discoprando, corando (XV, 28),
.Sg^ndo i^VII, 12). Ma il fenomeno morfologico più ragguardevoie è qui
b perpétua confusione tra le ^° persone di singolare, e quelle di plurale.
Che s'abbia, fia, zia^ iitzenochiava^ andone^ ecc, per fianOy giano^ uigi'
inocchiavano, andarono, non è cosa da maravigliarsene : to sirano si è
^ehe s'adoperi sono per < (l, m, à/io per à (II, 18; XIV, ij), fano e
dtsjano, per fa c dUfà {XIV, 11 ; X, 4), stano per sta (XXII, 16 e 20,
■ HM* per va [XXII, jo) '. e, analogameme.,J^/)o,/o/to e/uro (I, 8, }4 ;
llX, j6, ^8; XXI, 2j;, mortrjrû (I, 4î|, tornoTO (IX, 58), chiamaro
(XIX, 16), desendïno (XW, 17J, per /u, /no5frô, ecc.
E qui è da aggiungere un' altra série, che vuol esser consideraia a
pane : roffl;flzi/)o (X, 1; XII. 1; XX, ij, montàno, alzàno (XI, j),
Ktràflo (XX, I), tionàno (XX, 8), seràno iXXII, j), atiàno XXIII, hN
ti adoperati corne singolari. — Di quai tempo ? — La maggior parte,
se ù bada al senso, pajono da giudicare perfeiti ; ancorché l'uso sîniaiiico
Ldel présente siorico venga ad anncbbiare la questione. Ora, poichè un
fetlo délia prima conjugazione in -à occorre davvero nell' Alla Italia,
ed d fréquente nelle antiche scritture di quesia regione', non abbiamo
qui motivo di panicolar maraviglîa ). Per altro coi perfetti possono assai
», Or. Mt•s8^FlA., 6<Jlrjjj :. kunJe J. NorÂit. Mmàùrttn tn XV Jhrh,, p. 19.
a. V. m proposiio Ascou, Anh. glottoi., I, 4^2 d-
{. Un e&empio di questa uscita, non esposto » censura quanio al numéro,
28 p. RAJNA
bene esser frammisîi anche dei presenti; chè, data quella mozione arbi-
iraria dcll* acccnio, che già ci è toccato di notare, le due forme venivano
a coincidere. E invero icrze pluraii di présente con accento violente-
mente promosso, credo di dover rîconoscere nelle sianze i6 e 68 dri
primo canto : votîàno, rôltano, mostràno, môstrano.
Lasciando le dubbiezze specifiche, ritomiamo al fatto générale e posi-
tivamenie consiatato. Nel nosiro lesto, singolare e plurale possono
scambiarsi alla terza persona le rispeitive funzioni. Ne in questa rcci-
procità c'è nulla che ci debba sorprendere. Il caso è pcrfeitamenie
analogo a quelle nlevato e spiegato rispetto alla geminauone ■ . Il doppîo
fenomeno ha un unico perché : t'autore appartiene ad una regione, dove
la ^> di plurale è già venuia a confondersi abitualmente> colla y di
singolare I. Egli si sforza bene di conformarsi alla tingua leiieraria;
ma con ciô riesce solianto a commeliere due specie di spropositi, invece
di una sola ; corne adopera il bianco per il nero, cosi il nero per il bianco 4.
In altri termini, noi sappiamo oramai che il rtmatore è vcneto. Ë alla
regione veneta convengono aliresi te altre peculiariiâ idiomatiche che si
son venute enumerando, e in génère imie quelle che si possono racco-
gliere in qualunque parte del testo : foneliche, morfologiche, lessicali. Mi
giova dir semplicemente, convengono, iroppo essendo arduo ed arrischiato
per ora il segnare i confini geografici di una forma o di un vocabolo. Ma
forme specificamenie veneie pajono bene i perfeiti in .i i, i quaii, olire
che dalle uscite in -àno, si possono dir provati anche da un trorai per
troyàt giàciiato addieiro. Ë una forma creataarbitrariamente, ma che ha
esatto riscontro in ronftfmoi" per fo/ijumô IX, 12', fui per /a flll, 17;
XV, )6)^. Invece, tratti specificamenie lombardi, oppure cispadani, non
ne scorgo : ne nelle rime, ne altrove. Insomma, rimandando pii^i in là
l'esposizioneparticolareggiata, didara pure per adesso : tutio il linguaggio
seoibra essere padàno^ iwl c. I, si. 10. Deve sîgnificare parlarono.
I. Rammenlfr6 anche t gerundii, che pur nclU prima conjucazione escono
qualche voila 'm-<ntio : monzendo (V, 2|, àmorendo (XXIll, 29). Se non che qui
gli •otHo saranno forse da ridurre ad 'ando. Un forte incilamento s'avrebbe dj
zonzando, che nel primo di questi casi tien compaf^nia a manzcndo c padcndo. —
Allre analogie, che sempre confermano il fatlo psicotogico, si possono racco-
gliere fuori di rima : per es., di l'altro per de faUro (IX, iî).
a. Corne tenoineno sporadico, il fatlo si puô osservare amhe nella siessa
Toscans.
3. Superflue awertire che sitratia qui di una riduzione fonetica^ non di una
sostitu7-ione siniatlîca.
4. Clr. MuKSAFi.s Altjtàttz. Gcd. aas Vmu. Handschr. il, xiv.
}. Aiuux.i, Op. cit., I, 4^2 n.
6. Potrebbe agcîungersi moi per mo^ piai per più. Ma s'avverla che pîm è in
fra Giacomino, e cne m génère h produ^ione di un i finale in monosJUabi die
uscissero originariamente in voc.-l-i, è comune a moite parlate italiatie. E noi,
voi, oppure nui, vui, sono di tutta Italia.
UNA VERSIONi: KIMATa DEI StUt SûVÏ 2^
dî questi veniiirè canti, in quanto non si tratti di puri arbitrii, trova
[piciu spieguione nei dialetti délia regione veneta, cd in quclli soltanto.
Le indagini e le osserva:doni ulteriori daranno I' ultima conferma a questa
asserzione.
Naiuralmentc. si desiderebbe una determinazione piii précisa. Netio
suto présente délie cognizioni, sarà possibile onenerla per un lesto di
questa fatia ? C'è da dubiume. Ma, tentare, bisogna.
Cominciamo dall' esaminare se un i ail' uscita esercîli mai sulla penul-
'liinaionica quell' intluenzd, che ebbe dalT Ascoli la sua piena dichiara-
xioDe%eperlaqualeesioscura inj, oin u. Giovaindagarequesto pumo,
'perché Taller^zione, comunissima sulla lerraferma, ncUe scritture délia
' ineirûpoli si rileva solo in esempi molio scarsi, ed in parte anche dub-
bii >. Pur iroppo le nostre JiiS coppie o triadî di rime fomiscono
pochissimi elementi per dare una risposta positiva. Certo, casi valevoli
di 0 — t = u — i, non ne occorrono. Vui^ nui non provan nulla, essendo
forme cbe serpeggiano in lutta Italia. Quanto ail' e, le cose vanno un
po' diversantente. Chè, dove accade di inconirare accoppiati artczencsi,
corUxif avixi (XXII, i), aquisieresti, moristi (XX, j), è impossibile non
sentirsi allettati a mcttcre un perfetto accordo, leggendo cartnenisij
conixit a^uUuristi. Ma poi, con qualguadagno ? Nella sua singolare steri-
liU di rime, un autore corne il nostroera capace, pur di procacciarsene,
bcn altro, che di prend ère a prestito questc forme da dialetti vicini e
' ^lesso uditi, oppure di crearle, se non gli erano note come reali. Poi,
nella formola -ense, \'i occorre anche al singolare in Venezia $iessa«
non foss' altro nella voce paixe i. E invero, anche nel testo nostro, se
û correggono carîeunezi^ cortexi^ sarà dovere di giusttzia dïsiributiva
leggcre dcl psfi palixe^ in cambiodi/7a/rxf, allast. 49 del c. XXIH, dove
abbiamo di frontc a questa voce inpermxc^ dixe. Pertanto, se era nostro
debito cercar qua dentro un criterio di distinzione, ci convien confessare
di non avercelo trovato. Certo, chi volesse proprio ad ogni patio cavare
di qui una risposta qualsiasi, l'avrebbe in favore di Venezia, piuttosio
che délia terralerma ; ma cosi Tiacca, titubante, che ci vorrebbe un
bcll' ardire per metterla a fondamento di un' affermazione.
E intanio, le rime non vedo che mi possano aUrimenti sovvenire.
Sulla forma ponsopcT polso (V, )o), avvertita addietro, ossîa sul fetto di
-cm- da -o/i-, non vorrei di sicuro edificar nulla. Il fenomeno è troppo
ditfuso, per preslarsi ad una determinazione locale. Bisogna dunque che
dal lembo esiremo mi riduca a osservare l'iniemo dei versi : satvo poi,
beninteso, a non cavar dalle premesse conseguenze sproporzionate.
i. Op. cit., I, jog, 425.
a. Ib., 4ji n.
j. Id., ib. ; MuBSAPU, Btitrtg, 1 1 .
)0 p. RAIKA
Allargalo cosl il campo délia rîcerca, possiamo anche prefiggerd
qualche determinazione più précisa ' . S'è parlato in addieiro di terra-
ferma : ora sarà opportuno disiinguere la sezione veronese, e la pado-
vana. E, in générale, diciamolo pure : gli è oramsi soltanto fra le tre
metropoli che si aggirano i nostri dubbii ; Verona, Padova. Venezia si
dividono, per la massima parte, i'onore dell' attività letterana nelle terre
venete. — Orbene^ caratteri veronesi non ne trovo di nessuna specie :
grando, cano, stralo, zengiarOj non hanno che vedere col fenomeno di e
atona finale = o. Similmentet la sincope dell' e interna fuori d'accento,
mi occorre solo corae fatto raro e sporadico, vale a dire in condizîoni
non veronesi *. Unici esempi da segnalare, vetrana^ veierana, vecchia
fVI, îj, e misira (l'i 16), che scmbra csser misera, non mesta, corne si
potrebbe sospettare da taluno >. Ed anzi, una decisa ripugnanza aile
forme sincopatc risulta dai fuiuri e condizionali, che suonano costante-
mente averb, saverôy parera, donria, ecc- ecc. Mérita altresl d'esser
rammentata la forma liberi, libri, nell' indice, valida, s'intende, per
l'amanuense, non già per l'autore.
E non è questo il solo tratto che ripagni al veronese, e convenga
invece alla regione orientale. Il dittongamento di ^ ed 6 avviene qua e
là anche in casi non comuni alla lingua letteraria, e perd dovuti senza
dubbioal dialetto materno. Occorre persino con vocale lunga, edin posi-
zione. Noterô iUva, iera, spiera^ aVugra ed aliegramente, eriede, mtecho,
tiecIiOf matieriay siecho, nuove Inumeralei, /uorc, riscuose, riscosse, puovolo»
Più specifiche appajono certe uscite verbali. Una 2» di future in à mi
è fomila dalla st. 9 del c. VII : Se quclo ch'io dira me crederai, E pot
h farà, zcrto tu guarirai, S'ha qui una mescolanza di forme, che parrebbe
strana in ogni altro scrittorej ed è invece caratteristica per il nostro.
Tunavia non ispiace trovare qualche esempio isolato : E corne amerà te,
ru amerà mecho {XXIII, 45'. Ed è dello sîesso lipo quest' altro : Tu me
hcosa moîto prava (XV, 19]. Eccoci fra le lagune, 0 almeno in paese
che ha già sublta l'influenza délia capitale. Ma a Venezia ci porteranno
decisamente certe forme interrogative, asia (XV. 53). sèniestu (1,68),
mostrestu jl, 77I, aidesta fXIX, 1 ^1, délie quali ben tre particolarmente
notevoli, in quanto l'enctitica vi è preceduta da una sillaba atona. Se
non che abbiamo da contrapporre un vèdetu (XI, i),sàlvetu. (XV, 60}, e,
quel che più vale. due at\i[\\^ 1^; VI, ;t), un ioia (XXIII, 4I, un
¥Uûta [XII. is).
r. Non c'è bisogno di avvertire che in questa indjgîne mi fondo soprattutio
suir esposizione magistrale dell' AKoli, Op. cit.. I, 420 segg., 448 segg.
2. Un es. padovano, Itxtrt^ ed alcuni appartenenti a Venezia, sono rêgistrati
anche dall' Ascoli.
j. j4i, miilra mi, Uitta e dtfvtnturata !
VUh VERSIONË RIMATA DtHI SctU SttVi ;i
Queita l'esposizione dei fatti. Adesso le itlazioni. La trascrizione del
testo nella regione orientale, ë, sicura ; solo per la composizione pH-
mitiva si puô bsciar adito a qualche dubbio. Tuttavia ë un dubbio che
pogg^ sopra una mera possibilità, e che ha coniro di se tutte quante le
probabililà. In via prowïsoria, almeno, riieniamo la Storia M Sufano e
composue trascritu nella zona a cui lutti gP indizi accennano. Nfa tra
questi indizi alcuni sono posiiivamente vencziani ; altri invece sembre-
rebbcroripugnare un pochino a Venczia, e condurci piuttosio alla terra-
fenna. Son le forme interrogative, che sembrano in certa guisa contrad-
dmorie. Due spiegazioni si presemano. L'ommissione del s in alcuni casi
pud esser frutio dello sforzo di usare la lingua aulica. E allora non
abbiamo ragione di uscire di Venezia, dove, o prima o poi, dobbiamo
cssere di nécessita. Ma anche un' altra îpoiesi ha un discrète grado di
vcrosimiglianza, e sembrerebbe anzi da preferire. Le forme con 5 e
quelle che ne vanno prive, possono esser dovuie a patrie diverse. In
lal caso l'espressione pîù probabile da dare alla supposizione, sarebbe
quesia : se vcreziano l'autore, fu di tcrraferma il irascrittore, e vice-
versa. E faccîo pcrsonale Pipotesi, perché gli uomini vanno e le raon-
ugne stanno. Vicentini, e soprattutto padovani, ve n'erano naturalmeme
a Venezia in buon numéro. Ben più rari avevano ad essere di nécessita
i Veneziani che abitassero in terraferma.
Più oltre di cosl, con argomenti linguistici, non mi riesce di spin-
germi. Vediamo se c'è nessun' alira fune, a cui aggrapparsi. Una, pres-
sochè impercettibile a prima giunta, nii par di scorgerne nella novella
del TtsOTo. Speriamola una funedi seta. L*edi6rio dove si ripongono e
cunodiscono le ricchezze del re, è designato con un nome diverso da
ogRÏ aiira versione :
E lo magno Rc di quela zîtade
Lo suo texoro, con suo volere caldi,
Si dete in salvo al suo gastaido avaro,
E quelo nela forte percholatia li logaro...
Qucsta percholatia era un torone;
Crosa de mure iera oltra mesura...
(IX, le-,.)
Ebbene, cbc cosa è mai quesio vocabolo percolaùa^ Subito si è iratti a
Tcderci un' alterazione di procaraûa. La mcialesi di r, nella formola che
s*ha qui e nelle altre analoghe, è assai fréquente nei dialetti veneti délia
nostra regione ■ . Peraitro, nel caso attuale, il fenomeno non è puramente
fonetico : il prchsso p^r esercit6 una forza attratiiva, per effetto délia
quale il prodouo della metaiesi riuscî modificato. Di ciù non proverà
i. Kicou, Op. cit., I, J98 n. ; 433.
J2 P- RaJNa
ombra di meraviglia chi pensi allô sfratto, che il pro ebbe dal per anche
in ufficio di preposizione. E percazar per procacciare, è forma ben nota
nel nosiro territorio.
La conferma più efficace, l'avremo studiando la voce procuratta ed i
suoi significati. Essa è un derivato del sostantivo procuraiore. Procurato~
rîa doveva esserne la forma originaria, non perduiasi del tutio, par-
rebbe, nella iradizione cancetleresca. La trovo, posto che sia esaua la
stampa del Corner ', in un décrète del 1442 : « Cum officium Procura-
toriarum nostrarum » , etc. Da procuratoria si dovette passare a
procuratria. Più tardi Tultimo r ebbe a soccombere, di fronte agli
aliri due che lo precedevano nella parola. £ un case analogo a quelle
di aratro^ ridotto ad arato. Ma il r non venne meno senza lasciarsi diciro
un legato : préserva il t dallo scadere a d.
Certo non posso qui trattenermi a tessere uns dissenazione intorno
ai procuratori. Tuttavia qualcosa bisogna pur dirne, cercando di rettifi-
care alcuni errori. Il nome fu adoperato per una moltitudine di uffici,
analoghi nel loro prîmo fondamento, ma spesso divenuti poi affaiio dissi-
mili, per effetto di evoluzione storica. Tra gli altri, abbiamocomuni, e in
Italia e fuori, i Procuratores ecciesiarum : i nosxri fabbricieri^. Nella mag-
gior parte dei paesi il vocabolo, in questo significato, non passa, 0 non
si mantcnne, nell' uso volgare. Ci passô bensl a Venezia, dove vive tut-
tora). E U, uno di cotali uffici, abbastanza umile puresso nei suoi prin-
cipiiy ebbe cosl prospéra la fortuna, da diventare a poco a poco una magi-
straiura di somma importanza e dignità, ed una specie di anticamera per il
Dùgado*. Al Procuratorc 4i S. Marco, istiiuito in origine ail' intente di
sor\'egliare la cosiruzione del lempio e di amministrame i béni, si ven-
nero mano mano affidando altri incarichi : esecuzioni testamemarie e
tutele. Questc brighe erano divcnute cosi gravi nel 1 i 3 1 , che fu giuoco-
1. Ecdaia Vattta, Ven., 1749; Dec. XIU. P. I, 389.
2. V. il Du Cangc, s. v.
}. Intorno ai Proiuratori dt chiua in Venezia, si pu& vedere il Gallicciolti,
Memoru Vinttt, Ven,,. 179^ ; III. [48.
4. Cib per naturale ettetto delta condizione délie cose. AU* ufficio di Procu-
ralore, allorchè fu diventato dï grande importanza c auloritâ, si deggcvano i
pifi degni e benemeriti. Quindi la necessili che i voti s'avcssero per solilo a
portare .^opra un tnenibro di queslo coUegio, quando si iraltava dell' elezione
del doge. Dalla Procura al Dogado vi fu un solo passagsio nel secolo Xltl ;
Otto, su i^uatlordici dogi, nel XlV ; diecî, su undici, nel XV ; nove, su tredici,
nel XVI, fino a Nicolù da Ponte. — Dei Procuratori di S. Marco scrissero
specialmcnte : Fra Fulgrnzio Manfredî, £)fgmM Procu/iiforu, Ven. 1602, molto
prendendo e quasi copiando dal Sansovino, ytnetia ... dtschtta, Ven. >if8i,
r 106; poi, il Corner, Op. cit., Dec. XJII, P. \, ci W Sanà't, Pnncipu di Storia
Civilt dtlla Rtpubblica di Vtnniaf Ven. 17^^, I, 7^6 e II, \\\. Tra queste fonti
la piii sîcura e proficua è il Corner, siccome quella che ci procaccia la cono-
scenza dirctta dî un buon numéro di documenti important!.
una versions rimata DEi Stttt Savi ))
hrzA al Cran Consiglio deliberare l'aggiunta di unsecondo procuraton ■.
E al seconde lennc presto dictro il tcrzo (iaî9l, indi il quarto (1261),
pÎLt lardi aliridue (1 }19U fincliè, nel 1442, si portarono i Procuraton al
inumero definîtivo di nove. Definitivo, in condizioni nonnali ; giacchè in
lempi eccezionali , corne sarebbc a dire, in occasione di guerre pericolose',
I. Errano gli scrhiorî di questa maleria, quando fanno cominciare le tutele
e le csecozioni testamentanc dei Procuratorï dail' anno 1268 o 69, Basta
Ycderc corn' è molJvata la deirbcraxione dcl i2jt : • Quod propler muttas
lolonas et fornitiorres, que quotidie vcniunt, tam pro opère S. Marci, quam
pro isiis formtionibus et lutelis, adeo QUod unus solus Procurator », etc.
Mt^^RxKH, Op, cit.. J84). Parole simili ncl decrelo del i2;g (î" Proc.|. Ma è
lancor più e$plicito Kaltro decrelo del 1261 (4*'Proc,): « Quotîdic multtplicantur
iKcceisuru opens Sancti Marci, tam pro tabncatione domorum et alionim labo-
> rtriorum. quamfornilionum, et tutoriarum, cl per mortem defunctorum [!j, qui
Tolunt quod Pfocuralores sint sui fidèles commissani, et esecutores soarum
voluntalum, verum^etiam pro factïs terre mittuntur extrade dictis Procuraloribus • ,
kflc. Si badi — e per ciù solo non ho omesso nella citazione l'ullimo incise — che
Iqtiei facta ttnt non hanno che fare coll' ufficio proprio dei Procuralori. Essendo
»Qesii pcrsonc ira le più autorevoli, accadeva spesso di adoperarli în ambascerie,
Igeneralati, ecc. V. Sansoviso, Op. cit., 108. Alla fine dcl 1268, 0 forse piut-
Itmto al principio del 1 269. allro non si fece che rcgolare oicglio quc5U fac-
loenda, e mctlere in forma di l^ge, cio che prima era slato scmplice consuelu-
' 60e. Non &o se csista la deliberazionc che sopra di cIli dovettc prendersi dai
due coosi^li ; esiste bensi, ed è rlportato dal Corner, un plebiscito del
1^ febbrap 1369, dovc si approva che, in conformità dt ouanto s'era
delibcrato dal Ooge coî Consigli, sia inlrodotta una giunta nel Capitolare
dcll' utâao del Proprio (1 în Capitulari Judicum Propriî »). In vcrità, è
IVolto inlcmsantc a siudtarsi l'evolu/iDne di quesla magislratura. Ecco corne
Ib» pare di polerla rapprcscnlarc. Il Procuralorc di S. Marco cominci6 dzW
Ltssere eseculore testamentario, quando si tratlava di patrimonii taticiati alla
Ichiesa. Indi, per l'autorllà da lui acquistala di fatto, i cittadini stîmarono di
knon poter meglio guareniire l'esatla osservan?^ délie loro esireme voionti, che
E'alfidandone a lui la cura. S. ^farco ci doveva sempre gu3d.ignare qualcosa. E
dell* opéra sua cbbe presto a valersi anche lo Stalo, nei cas! trequcnli di per-
ïone cne venissero a morte, 0 nella citti, o pid spesso in terre lontane, «nza
> desrgnare un esecutore. Da ragioni simili le tutele^ sia di pupilli, sia di pazzi.
iLa nforma radicale, gravida di tutto l'avvenire, fu, senza averne l'aria, l'aa-
Igjunla di un Procuratore nel i2ji. Posta la Procuralia di S. Marco in condi-
ISone di potersi assumerr maggiori brighe, queste aifluirono da ogni parte in
ksiisura sempre creicente, e ben preslo sproporzionata allefurzedi cht le dove?a
(lostenere. Quindt la necessiti di accrescere mano mano il numéro di questi
Ba^ttrati. Le deliberazioni del 1269 regolarono defmitiva mente le cose, e
mero per obbligo i Procuraton esccutori di tuili t^uei tcstamenli, tutori di lulti
quel pupilli e mentecatti, che loro fossero affidati dal Doge 0 dai Giudicidel
Prophor Sicchè anche qui abbiamo un incremento graduale, la di cui origine
Si perde nella notte dei lempi. Forse, e senza forse, non c> Stato, che al pan
yài VVnezia si presti allô studio della lenta formazione e trastormazione degli
tordinamenti pubblici. Riprendereadesso il soggetto trattalo dal Sandi, iter chia-
\tnk> col lume della nuova crilica, sarebbe una délie imprese piû splenaide, più
'nuli, che possa otTrire il campo délie ricerche stoHche. Insteme, è bcn vero,
aoche délie più ardue. Le due cose iroppo di rado si scompagnano.
3. Per es., di quclla soslenuU conlro il Turco, negli anni 1 jyo e segg. V.
IUm'Rsdi» Op. cjt-, 7.
Hom^ma, Vit }
J4 P- RAJNA
si diedero a votte, corne giàs'crano dati in passato pcr cause d'infermità ' ,
nuovi rinforzJ a questa magistratura, salvo poi sempre il lasciarla grado
grado rientrare di per se stessa nel suo letlo naturale. Giacchè, i Pro-
curaiori erano sempre a vita : nessun eietto usciva dal cotlegio, altro
che per morte, o per proinozione a) principato.
Dal Procuratore, adunque, la Procutatia : un astratto, che désigna
prophamente rufûcio e ta giurisdizione. E le Procuratie, a cominciare dal
I j 1 9, furono tre, essendosi ripartiti in tre gruppi i Procuratori : de supra,
de citra, de ultra. Il primo di questi gruppi appare corne il legittimo
continuaiore délia vecchia tradizione, essendo ad esso assegnaia la cura
spéciale délia chiesa di S. Marco e del suo patrimonio. Gli aliri regge-
vano rlspettivamente le commissarie, di qua, e di là dal Canal Grande.
Ma, dal sïgnificare l'ufficio, il vocabolo venne anche a designare redificio
dove il magisirato risiedeva. Cosi presso di noi si chiaraano abitualmente
pretura, prefettura, le sedi del pretore e del prefelto. Sollanto » pu&
domandare : anche l'abitazione, gîà (m dai vecchi tempiP Credo che si,
per via d'esiensione, allorchè costituiva un sol corpo colla sedc dell'
uffido. Ciô che è ben certo si è quesio : i Procuratori erano alloggîati a
pubbliche spese in case edificate apposta e situate, almeno in parte, sulla
piazu di S. Marco, molto, ma molto tempo avanti la costruzione di
quelle, che si chiamano adesso le procuratie vecUtie >; e che, quando furono •
costrutte, cioè nel secolo xv i^ e ancora nel 1602, si chiamavano invece
1. Ud Procuratore, oltre il norocro allora vigente (sei) fu eietto nel 131t.
Ud illro nel i}6i ; un terzo nel 141 }. V. Curner, Op. cit., 187 e lâs.
3. Anche qui affermo cosa, che mal s'accorda con quanto dicono il Sandi ed
altri. ma che i documenti mcttono fuori d'ognl dubbio. S'è prcicso che rallog-
f^io pubblico sulla Piazza fosse date ai Procuratori per il decreto del 1442. Si
egÇa quel documento, acccssibilc ad ognuno oeil' opéra dcl Corner ipag. J89),
e SI veori che le cose stanno m ben altro modo. La deliberazione presa albra
concerne sulo i tre Procuratori di nuova istituzione. E che cosa sUbJlisce il
Consiglio? Che essi siano pareggiati in lulto, stioendio, ecc, agli antichi, ed
« habe[a}nt domum in pUlea Sancii Marci sicut al\i >. Il fatio si è, che, anche
precedentemente, non s'era mai deliberato l'accresciniento dei Procuratori, senu
provvedere in pan tempo aile relative case. E in vero^ gii nel i2] 1 : ■ ... Capta
fuit pars, quod in ma|ori Consilio cligatur unus alius Procurator, qui sit socius
s. Pnilippo Mémo Procuratori S. Marci, et quod fiai sibi tina domus in platea
S. Marci, pro sua habitalione *. Ora, chi puo immaginare che si pensasse a
ediâcare una casa per il seconde Procuratore, se il primo, l'antico, non ne fosse
gîi stato provvi:>to? Ne so dubitare che anche quel primo edifîcio non fosse
sulla piazz;i. Diamine I si tratlava dcl vero e proprio labbrictere di S. Marco 1
Invece, il luogo non é determinato nei decreti del i a }0j 1 26 1 e 1 } 1 9. Nel secondo
si dtce anzi che la casa s'abbia a costruire > uoi videbitur Domino Duci.
Consiliarits >, etc. Va peraltro awertito che ai nuovi Procuratori del i}i9 c
fatto obbligo espresso, 6nchè ■ sibi pro comane de domo sufficientc provisum
fuerit •, di non abîtarc « extra conlralas confinantes cum insula Sancti Marci. *
}. Che queste Procuratie fossero opéra del principio dtt secolo XVI, fu
crcduio erroneamente dal Cicognara (m CicuoNAit\, Ditoo e Su-va : U fabbnchc
4
UNA VERSIONF. RIMATA DEI Stttl SaVl ^J
tiacH^ per distinguerle dalle altre, che sorgevano da) lato opposio délia
Piazza '.
Nella loro qualità di fabbricieri, i nostri Procuratori erano custodi
dcl tesoro di S. Marco — ori sacH, c reliquie. Ma non è di ciô che a
ooi Jebba specialmente imporlare. Questi oggeiti stavano anche allora
rincbiusi in una doppta cella annessa alla chiesa, molto anttca di certo, e
che ad ognt modo già serviva a octale desiinazione nel i z;o, quando
vediamo esservjsi una nolie appiccato un inccndio '. Non so dir bene, quai
fosse in origine il nome daio alla cella nel discorso comune; gli scriliori
la chiamano 54/?rui3rio ; una leitera latina de! doge Ranieri Zeno, portante
la data del 1265, adopcra Tespressione generica volta^; probabilmente
il popolo designava fin da quell' età anche il contenente col vocabolo
taoro. Dico questo, per allomanare il pensiero che il nome di percolatia
nelU Storia di Sufano possa irovare qua dentro la sua ragion d'essere.
Ma la vera Procuraiia era propriamente ancor essa un luogo di cu-
stodia per cose di grande rilievo. La Repubblica vi faceva conservare,
sono la guardia dei Procuratori^ « i privilegi del ducato, e lutte le scrtt-
turc d'importanza »<. Fra qucste scrîtiure erano anche le cronache. Ce
jo attesta una lettera dcl doge Nicolô Grimani, colla data del u novem-
bre I ] I r : it ... Habeiur per Chronicas nosiras, qux fuerunt diutissime
et sum in nostra Procuratia S. Mard, qui est locus ita solemnis )>, etc. f.
Di qui, diciamolo per incidenza, l'origine prima dclla biblioteca Mar-
ciana. Fu in grazia di questo antico costume, che lo Stato affidô poi ai
Procuratori le raccolte di libri, di cui ebbe più tardi a diventar pro-
prietario.
t t moaumaiti nspicai d'i Vcatzta ; Ven., i8^8 ; I, 8^), c da alln. Anleriori —
benchè con due solî ordini — te dimostr6 inconfutabiltnentc l'Ab. Cadorin,
P*rm ii X\' ArchitiUi t notisU stor'tchc intorno al Palatzo ducaU di Vwtzia ; Ven.,
iSjS; p. ip. V. anche Tkiunz^, Vite dei ptà altbri Archt. e Scalt. Venez.,
tktéorir. net sec. XVI- Ven., 1778; p. 100 ; Selvatico, Sulla ûichttOt. t suUa
Jrt/ï, in Ventzij; Ven., 1847 ; p. 172. — Ma anterion di quanlo? — È un
pmoo non ancora. ch* to sappia, decifrato da nasuno.
I. Ma.vprrdi, Op. cit., 30 : * AU' ioconiro, che è il lato destro della ptazza
[ ^QSO Oslro Sirio, si vede una banda di casç della Procuratia, addimandate
I nove rispetto ddie vecchie, che sono dxH' aliro Uio t. Si badi che quando il
> Manfrcdi scriveva (16021, délie Procuratie Nuove, nel senso nosiro, sorgeva
solo la parte più ricina alla Libreria, sebbene il proseguirocnto della fabbrica
losir cosa stabilita : < Le habilaiioni loro (dei Proc.) cominciano dunque dal
cantone vicino al Campanile, che doveranno seguirc fino alla chiesa di S. Gemi-
ÛDO, i dirimpetto di quella di San Marco. 1 (Ib., p. i;.}
t. CouMïti. op. cit., 120. *
|, Ib., 3H ' * '>i volta quadam Ecclesie ».
4. Saswvixo, Op. cit., 107. A scntire questo aulore, ciô si sarcbbe comin-
datoa fire nel r3i9. il pauo, che cilo sotto nel Lesto, acccrta ben più antica
ta cosa
(. È riportala nella sua Cronaca dal Dandolo ; Muiut., Rer, II. Str., Xlt,
497-
j6 p. RAJNA
Qui est tocus ita sotemnis : ecco tolto ogni dubbio circa il significato
locale del vocabolo procuratia, e circa t'importanza del vecchio edificio,
che doveva sorgcre di contro al palazzo ducate, dove il Sansovino eresse
net secolo xvi la meraviglîosa fabbrïca délia Libreria. Aveva ad essere
una cosiruzione ben solida, e conienere locali pienamente al sicuro
dai ladri. Chè, oltre ai diplomi, i Procuratori dovevano custodire là
dentro somme ingenti. Fabbrideri délia chiesa, csecutori testamcntarii c
tulori, quasi dirai, universali, per conseguenza, amministraiori u di un
numéro incredibile di possessioni e case d , — son parole del Sansovino '
— venivano ad aromassare rcddiii enormi >. Ora possiam dire d'inten-
dere che a Venezia una tesoreria potesse esscr chiamaia procuraùa ; ne
più v'è ombra di dubbio, che percolatia e procuraùa non siano davvero.
lo siesso vocabolo.
Ebbene : ciô che era possibile qui, lo era forse alirove ? Certo i pro-
curaiori di chiesa sono^ come ho deiio, tutt' altro che una specialitâ
veneziana. Ma unicamenie a Venezia divennero d6 che li abbiam visti.
Altrove riraasero nei loro vecchi panni : semplici fabbricieri. Di più,
fuorî delta città dclle lagune non m'è accaduto mai d'incomrare il voca-
bolo procuraf m i.
Chiedo scusa d'essermi dilungaio a discorrere di questa materia; ma
certo> se non mi fossi sforzato di vedere un po' chiaro tra le motie ine-
sattezzc degti scrittori, non avrei potuto arrogarmî il diritto di scorgere
nelia voce pcrcolatia una prova, secondo me, poco men che sicura, délia
venezianitàâeWiStoriadiStefano. SoggiungerÔ un' ultima riprova. Anche
il nome di gastatdi, dato dalP autore, nella stessa novella del Tesoro,
ai due ufficiali o ministri del re, sta benissimo pur esso a Venezia. Un
gastaido ciascuno avevano al loro servigio le Procuraiie de citra e de
ultra; due, quella de supra*. E due gastaldi aveva pure il doge, detti
ippunxo plii proprlaimenic ^astaidi del dogeK Da questi convien distin-
guere bene i gastaldi. che, nelte isole dipendenti, rappresentavano un
tempo l'autorità ducale, ossia tencvano presso a pocol'ufficio, che ebbero
poi i podestà *'.
I Op. cit., 107.
2. Parte Mrvivan poi per sowenire ai poveri, e io parlicoUre ai marinai.
Giacchè le Procuraiie di Venezia fungevano anche da Congregazion: di Caritâ.
j. Un eseiDpio addotto dal Du Cangc, che si potrebbe credcre padovano,
perché si nfensce aile reliqmc di S. Antonio, é invece venezJano ancor esso.
bel resto. épresoda una semplice traduzione. «rseguila dai Bollandisti, per evitar
di riprodurre il teslo votgare. Si traita d'una lettera del 16^2. V. gli AA. SS.,
Giugno, 11^ 747.
4. Ï7ANSOVIN0, Op. cit.. 108. Cfr. Manfredi, Op. cit., 1 1.
\. SANur, Op. cil,. 1, 809.
6. Per ouest) gastaldi giova vedere il Cecchetti. Ls Vita dà Vtruzuni fiw al
w. Xlll: ndl' Anhino VenUo, l\, 80.
UN* VERSIONE RIMATA DEl Sttte Sovi J7
Rimeniamoci finalmente in via sulla strada maestra, per giudicare rias'
nntivameme la forma. Corne s'è notato fin dal principio, una vera
«eparazione tra gli errori dell' autore e quelli deir amanuense, o degli
amanuensi. non è possibile in nessun modo. Ma certo» attribuir tutto al
primo, sarebbe cosa ingiusta. Vorremmo, per esempio, esser lanio
icnideli da non supporre^ che dove ora si legge, contre la grammaiica e
il ritmo, E dd molù costui erano invidïaîo (XX!, io|, Lo re ait baroni
eheno pariato (XXIll, ;8). il rimaiore non iscrivesse era, ebe^ forme che
.occorrono anche nei versi che immediatamenîe precedono ? E poi s'ha li
t fianco VApollonio dï Tiro, che, a guardar solo alla superficie, appare
oramai vestilo dei medesimî cenci. Ma tutto ciô è sempre poco; si è ben
lontanî dallo scaricare a questo modo tuite le brutture. La bocca dell'
emissario è a pelo d'aqua ; se ne va quindi una certa dose di sudiciume,
cbe gallcggiava ; ma le acque restano sempre sozze e melmose ; la peggior
lordura è nel fondo. La lingua di quesie 706 stanze era mosiruosa per
colpa deir autore ; i versi uscirono in gran parte miserabilmente stronchi
e KÎancati dalle mani del rimatore, ne v'ha perizia di ortopedico che
valga a raddrizzarli ; gli amanuensi non fecero che stritolare di pii^ un
Imucchio di cocci.
Eppure, non ostante siffatta mostruosità, lo storico délia lelteratura
svrebbe lono, se, passando vicino alla Storia di Stefano^ torcesse il
maso, e, disgustato, tirasse di lungo. Ne adesso dico ci5 per riguardo al
conlenuto : gli è precisamente délia forma che intendo parlare. Il teste
ê un rap présentante cospicuo di una fase letteraria, a cui ben pochi
riflettono, e che nondimeno è di molto interesse per le vîcende délia no-
dvihà e délia nostra lingua. È. una fase che fa esatto riscontro a
'quell' alira, rivelataci di récente, che stam soliti designare col nome di
fiancO'italiana.
Danno molto a ripensare le antiche condizioni letterarie detl' Italîa nor-
dica. Nel secolo xin. e in panegià nel mi, essa ë atiratta dalla Francia,
e si sforza di esprimere i suoi pensicri e sentimenti in lingua d'oc e â*oït.
Alcuni eletti riescono, se non a perfezione, certo più che mediocremente.
Quanto al volgo ed a' suoi nmaton, l'esito è quale poteva csser consen-
tito dalla scarsissima istruzione di chi componeva, e dall' ignoran/a di
^colore che dovevano ascoltare. Si comincia, a quanto pare, da un francese
proposiiaio, e si finisce coi dialetti locali, infiorati di elementi esotici.
: ona stessa composizione si trasforma non di rado gradatamenie, e passa
f^er Tarie fasi- S'inlende, che di provenzale non è qui quesiione. La letie-
ratura ocitanica è cortigiana ed aristocratica per eccellenza; se mai si
cwpa délia génie rozza, gli ô solo per farsene befîe. Siano pur nati in
» quanto si vuole ceni suoi rappresentanii , sempre mirano in alto : ai
aori. aile dame. Ma, tomando a noi, l'esempio straniero anima a
î8 p. RAJNA
spingersi più oltre. Le parlaie indigène, probabilmenie non estranec del
lutlo neppur prima alla rima ed al verso, smeitono un poco délia nativa
timidezza, ievanola faccia, e tentano prove,a eu da soie nonavrebbero
chi sa fin quando osato arrischiarsi.
Fino a qui le provincie del seitenirione si tengono in gran parte —
dire di più. sarebbe grave sproposiio — estranee al lavorio del rimanente
dell' Italia. E ciô per ragioni molteplici ; principali, forse, la siiuazione
geografica, allô sbocco délia fiumana che veniva dai confini deiU Francia ;
pot, il notevole distacco dclle parlate circumpadane da quelle del resio
délia penisola, e le loro peculiari afîinità coi linguaggi d'ottremonte ;
in lerzo luogo, il fervore veramente mirabite di vita civile e poliiica,
che, desiando e manienendo ogni sorta d*attività, disponeva qucsta
regionc ad essere, di fronie aile alire, piutiosto rimorchiatrice, chcrimor-
chiata.
Ma, pur troppo, quest' ultima causa venne a degradare poco oltre la
meta del secolo xiii. Ed ecco, quando il sole francese chinava al ira-
raonto, ne l'indigeno era riuscito ancora a liberarsi dalla nebbia matlu-
tina, apparire già fulgido di luce meridiana il sole toscano. Come non
semirsi attrani ? Corne non gitlare a terra le rozze armi di pieira, per
adoiiar quelle, che una popolazione sorella aveva saputo fabbricarsi di
ottimo acciato ? E presto il linguaggio loscano apparve non meno atto
alla poesia narrativa e didattica, che alla lirica. Esso, periamo, învitô ad
un tempo e raccolse dattorno a iè plèbe, popoio, signori. Tutti al modo
siesso guardarono sbalordiii alla Divina Commedia, composta in molta parte
in mezzo a loro, da un uomo che avevana visto e conosciuto. Insomma,
nella tacita lotta della lingua di Dante con quella di fra Bonvicino e di
fra Giacomino, la prima ebbe facile e poco conirastata vittoria. Cli av-
versarii chinarono essi stessi le bandierc e rescro spomaneo omaggio. Le
letterature locali si rincantucciarono. timide e vergognose. appagandosi
di una vita oscura e stentaia, prima ancora di aver gustate davvero le
soddisfazioni del dominio. La coscienza di se non aveva avuto agio di
farsi in essi ben chiara ; perà troppo non costava riconoscere un nuovo
signore. Si passava da un vassallaggio ad un altro : la sone abituale
délie terre iialiane per secoli e secoli anche nell" ordine politico. Ma
questa volta il signore non dimorava ottremomi. non era d'altra razza,
e, colla sua incontestabiie superiorilà, prima riconosciuta che affermata,
awerava. quanto al pensiero riflesso. quell' unità dell' Italia, che, dai
tempi di Homa in qua, era più o meno confusamcnie infondoal cuore di
tutti. Per nulla al mondo si sarebbe rinunzialo a vivere per conto pro-
prie, ad avère un govemo ed una grandezza cittadina, a lacerarsi a
moae, appena gli animi si accendessero. colle popolazioni vicine; ma in
pari tempo si seniiva l'esistenza di un vincolo tra tutti gli abitanti della
UNA VERSIONS RIMATA DEI SttU SaVt 39
penisota. Era speciatmente guardando al di fuori, e vedendo, di là datte
Alpi e dai mari. Tedeschi, Francesi, Spagnuoli, chesi riirovavano qui
gt' Italûni. Si araavacon passione la propria provtncia, la propria terra,
ta propria contrada ; si odiavano a morte le citlâ rivali; eppure, quando
il seniimento si esaltava, si seniiva che la patria, nel senso pîù grande,
più elevato, non era Venezia, Napoli, Firenze : era l'Italia Edeccoche
per tal modo si lendeva a metiersi d'accordo e a servirsi negli usi più
Dobîli d'uno ste&so linguaggio, ossia, ad adoperare la favella in cui
arevano scritto gl' ingegni più eccelsi.
L'aiirazione ddla Toscana, o, per dire pifi esatto,dei suoi scriitori, fu
escrcitaU prima sulla lirica, e poi, soltanto. sugli altri generi di poesia :
ultjma in ordine di tempo venne la prosa, Ed è giusto ch,e cosi fosse. Sia
DcUa natara stessa délia Itrica in génère, e di quella nostra dei secoli xiii
eiiv in panîcolare, il lendere prepotentemente ail' unità. Rappresen-
tando il fiore delta coltura, la forma più alta del pensiero, essa si vol-
gcva ai soli spîHti eletti. Perd un pubblico vero non trovava già in questo
0 quel iuogo, bensj in tutta quanta la penisola ; pubblico disperso, diviso,
tppur rannodato da un iniimo legame. Si rammentino Dante da Majano
't b Nina; si ricordi il primo sonetto dantesco.
A produrre una taie condizione di cose contdbui non poco anche il
Cino« cbe, 6no ad un ceno tempo, la coltura, di cui la lirica potevadirsi
^U portaio e Tespressione, fu una coltura fittizia. artificiale. e in pari
utnpo universaie : la coltura cavalleresca. Naturalmente, cosiituita
una volta, questa dispersa società durô anche attraverso a mutate
vicende; i fili, che avevan prima servito a far comunicare grindividui di
rima iDoltitudine rawinnata da somiglianza di pensîeri e di seniimenti, si
prejlarono poi anche a irasmettcre un nuovo vcrbo. 1 poeti s'eran raccolti
per parlarsi Vun l'altro un linguaggio, che, più o meno, ognuno aveva
.appreso. Dopo un ceno tempo, taluno si levô fra loro, a far udire accenti
'|iiù efficaci e più veri. Tutti prestarono orecchio, e furono presto con-
qaisi. ri confronto eratroppo éloquente, per nonvincerla sulle abitudini,
quand' anche il desiderio del nuovo non fosse stato anche allora una
molb di somma importanza nei congegni dell' intelteito artistico.
Perô, s'io non m'inganno, la lirica, che, dal suo centre principale, di-
rcmo noi pure siciliana, appianO la via alla bolognese, ed alla fiorentina,
0 toscana in génère. £ la lirica toscana fu un fattore di unità ben più effi-
cace che in générale non si pensi, e rese possibile Topera dclT Alighieri.
La qaaie. anche per questo rispetto, si pu6 dire esser siata oltrapoiente,
-meravigliosa. Sertzala Dtvina Commedia, cui poiremmo forse aggiungere
be il Conviio, il predominio toscano non sarebbe stato générale per
'moho tempo ancora, ne avrebbe potuto stabilirsi senza contrasti palesi.
Parlare di Dame come del creaiore délia lingua nel senso délia veçchia
40 p. RAJNA
erudîzione, è cosa che adesso fa ridere gli scolareiii; ma in un senso
nuovo, potremmo quasi adottare Tespressione. E per Dante sopratiutio
che la lingua di una provincia, di una regione divenne in brcvc talingua
délia nazione intera, e di tutte, senza eccezione, le forme letierarie :
divent6, insomma, la lingua italiana. Altri, senza numéro, avevano
preparata Topera c la raffermarono poi; al Boccaccio, al Petrarca, vuoisi
bene assegnare una parte non indifférente ; ma la pietra angolare dell'
ediftcio, quella su cui esso riposa, è incontestabilmente la D'tvina Corn-
midia.
L'ossequio délie aitre regioni, délia settentrionale in ispecie, al lin-
guaggio usato dagli scrittori toscani, non implicava tultavia una melicolosa
esclusione degli elementi provinciali. £ i fiorentini raedesimi, venuti dopo
allri non pochi, avevano conservato un numéro ragguardevole di voci,
0, più propriamente, di forme e profferenze, estranee al loro paese. Che
anzi, nel distaccarsi, fmo ad un certo segno, dal volgare cittadino, avevan
fatto consistera uno dei principii capitali per la scelta délie parole, una
délie suprême norme dell' arte. Il pensîero insolitamente elevato e raffi-
nato tende anche a manifcstars» in veste non comune. Perô, l'essersi
prîmamentc formata l'unilà délia lingua letieraria per mezzo délia poesia,
e propriamente délia lirica. ebbe anche un* efficacia non indifférente sulla
sua particolare costituzione. Chi avesse attribuiio anche ail' infimo dei
poeii toscani l'intendimento di celebrare la sua donna nella parlata, non
dir6 delle ciane dei Camaldoli o dei coniadini pistoiesî, ma neppure in
quella che s'usava conver&ando ira gentituomini e geniildonne, gli avrebbe
fatto un affronte sanguinoso. Era negli eccellenù dicitori che si tenevan
fisi gli occhi. E questi, alla lor votta, guardavano ad altri, ed insieme al
latino. Che ciô nonostante si venisse ad usare in fondo il volgare délia
dtlàf succedeva spontanea mente, necessariamente, senza una spéciale
volizione; ma in quanio la volomà intervenisse, gli era per eliminare
molle voci, che non parevano avère sufficiente raaesià o leggiadria, per
accoglierne altre piii nobili. insomma, per modificare lafavella che s'era
appresa fanciulli e che s'adoperava negli usi comuni detia vita. Sian pur
lievi quanto si vuole in molti casi le modificazioni, esse hanno sempre
importanza somma, come quelle che propriamente ci dannoleintenzioni
deliberate degli scrittori. Agli occhi dei modcmi, questi elementi etero-
genei. forestîeri o latineggianti, sembran cosa da nulla e pajono scom-
parire nella massa dei dialetto locale. Ma, se si vuoi iniender qualcosa,
bisognacollocarsiairaltmipunto di vista, mettersî al posto di queinostri
antichi. E non è poi cosi difficile il riuscirci. Immaginiamoci^ per es.,
uno scritiore pretensioso, di qualunque nazione si voglia, ed un lettore
straniero. L'uno pone Tessenziale dei suo scrivere in certe peculiarilà,
di cui l'altro neppure si accorge. E una taie difTerenza di percezioni e
UNA VERSIONS RtMATA DEI Sette SaVt 41
di gjudîzi si rileva dovunque, Nelle cose proprie ed abituali si vede l'inso-
lito, per tniaimo che sia, e al resto ncppure si bada ; entrando in una
camcra nosira avvcrtîamo una seggîola fuori di posto, e non riceviamo
alcuna imprcisione da luiio il rimancnic. Proprio il rovescio awiene
nelie cose altrui.
I poeii toscani scrissero dunque la favella toro nativa ; i scnentrionati
accettarono il linguaggio toscano — lo scritlo, badiamo bene — non
nncolandosi tuiiavia nient' atTatto a non profferir siilaba discorde dall'
uso, più che médiocre mente vario ed incostante pur esso, deUa gente
solita bere acqua d'Arno, e di Fonte Gaja, Che a poco a poco il tosca-
nesimo pretto venisse a prevalere, almeno nella prosa, e di qua e di là
dall' Appennino, era naturale; ma Timporunie sta appunto in quell' a
poco a poco. Se alcuno, nel trecento o net quattrocento, avesse detto ad
un tombardo o ad un veneto : scriveie corne si parla a Firenze, avrebbe
iDosso a riso. Dialetto per dialeito, il proprio valevabene l'altrui. E poi,
quale forma preferire tra le moite che accadeva d'incontrare? La lingua
tetteraria era fissata, quanto ai carattcri gencrali : non già rispetio attc
speciali determinazioni lessicali, morfologiche, e specialmente poi fone-
ncbe, S'aveva la legge '. mancava il regolamento. Un cerio arbitrio
resiava luttavia in facolià d'ognuno. Pertanto era owio che neppure
i settentrionali badasscro a scansareil provincialisme, soprattutto quando
conduceva a forme piii prossime al tîpo latino che le toscane non fossero.
A qucsta causa credo doversi, tra Taltre cose, che si sian mantenute nei
verbi, le seconde di plurale in ati, eti, iù '. Ciacchè il latino, convien
pur ripelerlo, rimase ben a lungo, insieme coll' esempio degli scrittori,
uno dei cardini su cui poggiava il criterio délia lingua nobile, aulica,
cortigiana : un criierio assai complesso, vario, indeierminato nella mente
. Blessa di coloro che lo applicavano, e per6 difficile ad analizzarc e
ôrcoscrivere anche per il criiico moderno; ma non meno reale per
questo.
CoUe rigioni teoriche. naiuralmente valevoli solo per gli scrittori ed i
generi piîi eletti, veniva a cotlimarne un' altra, d'ordine ben diverse, la
<}ttale esiendeva invece molto plili ampiamente la sua efficacia : un'efG-
cacia unto maggiore, quanto fosse minore il gradod'istruzione. S'aveva
un bel proporsidi scrivere la lingua di Dante e dei toscani in génère!
Corne fare? Nonc'eran grammaiiche, non dizionarii. Bisognava imparare
a memoria, ad orecchio. E s'aggiungeva pur questo guaio, che gli ama-
nuensi settentrionali, nclirascrivere, alteravano innocentemenie il dettato.
e. senza volere, lo conformavano in pane non piccola aile proprie pro-
mmzje. Perô, lo studio assiduo, accurato, intelligente, riusciva bene
I. CoMe è ben noto, le adopera ancora normalmente il Bo|ardo
43 p. RAJNA
spesso insufficiente per chi volesse imbeversi délia buona lingua. Figu-
riamoci le condizioni del popoto, t, in génère, délie persone poco
coite !
Eppure anche il popolo e gli uomîni di scarsa coltura vedevano adesso
nella lingua, che ora possiamo con pieno diritto chiamare italiana, la
vera forma délia letteraiura volgare. La ritmica ebbe la sua pane di
meriïo nel far entrare una persuasione siffaiia. Appeilo ail' ottava lo-
scana, la série ad una rima appariva anche ail' infimo volgo cosa ben me-
schina. Ë il ritmo pareva corne connaturato col linguaggio. Devra passare
del bel tempo, dovrem forse venire finoaî cinquecento, perché s'abbiano
ottave schieitamente bolognesi o vencz.iane. F. nemmeno allora non le
avremo già per opéra di oscuri popolani. Ce le daranno rimatori più o
roeno illustri, vogliosi di sollazzare e di soUazzarsi.
Ail' essersi dunquc propagata e radicata anche in basso l'idea che
convenisse poetare in italiano» dobbiamo la Storia ai Stefano e le miriadi
dei suoi spropositi. I quali, quanti più sono, e meglio dimostrano il
fatio deir unificazione leiteraria. Si puà oramai prevedere il giorno, in
cui il popolo non intenda più la possibilité di scrivere il suo diatetto.
Quai sorta di risultati dovesse dare il fatto di schttori aile prese con una
lingua, da loro, nonchèpadroneggiata, neppur conosciuta, sarebbe facile
immaginarlo anche a priori. Cosi si rinnovava il fenomeno di un gergo
misio, quale s'era prodotto^, e durava tuttavia in parte, per effetto del
prcdominio francese. E poichè uno dei faiiori, t'ignoranza, non differiva
se non di grado, e l'aluo, il dialetto locale, era il medesimo, bisognava
pure che anche tra i prodotti venisse ad esserci una ceria analogia. E
l'analogia c'è veramente. i^li spropositi délia Storia dt Stefano sono in
parte qucgli stessi che occorrono, per esempîo, nella nota compilazione
del xiii codice marciano. Ivi ancora si obbedisce ad ogni mémento alla
fonciica dialettale ; ivi ancora si mescolano a case c a capriccio forme
disparate, legittime ed ÎUegittime j ivi ancora si spostano arbiirariamente
gli accenti per ragion délie rime \ si creano vocaboli non più uditi. si
adoperano ugualmente la ;" di singolare per il plurale, c la )* di plurale
per il singolare >. E aggiungiam pure che anche riguardo alla ritmica c'é
piena analogia. 1 versi giusii sono oramai altrettanto rari in ambedue i
lesti.
Non è senza ragione che ho preso per termine di confromo la compi-
laaonc marciana, a preferenza del Bovo, del Kainardo e Ustngrirjo, e
simili. Le analogie sono naturalmente maggiori coi tcsti, dove l'clemento
francese è ancora discretamcnie intenso. Di fronic al loscano — c'è biso-
I. Contredibn^ vtàn ncl Macario^ v. jtto, 879. V. l'tntrod. delMussatia, AUJr.
C€d.^ II, IX.
a. Sont, KMf, ib., v. 1-4. Op. cit., xv.
UNA VERSIONE FIMATA DE! SctU Sûvi 4?
gno dî dirlo f — il popolo deli' Alta Italia non si irovù già nelle stesse
condtzioni corne dirirapeiio alla lingua d'oïl. Per poco che sapesse dell*
ono, ne sapeva sempre, anche senza imparare, assai piCi che dell' altra.
La somiglUnza col dialetto proprio basiava già per intendere, almeno
gli'ingrosso. Quindi, neisuno siimolo per que lia graduale etiminazione
dell' elememo esorico, în grazia délia quale il gergo franco-italiano fmisce
per mener foce nel puro diaieito. L'evoluzione, quanto a! toscane.
arrenne precisamente nella direzione opposta. La conoscenza délia
lingua diventô vis v*ia meno difettosa anche presso il popolo, sicchè, se
nella miscela colle parlate tocali uno deî due elementi andô perdendo
terreno, non fu davvero il toscano. In aliri lermini, gli spropositi vcn-
ncro mano mano scemando di numéro. Giacchè qui, a differenza di
quinto accadde per il francese, gli scrittori restarono scrapre allô siadio
iidtiale di génie che faceva il possibile per iscrivere in buona lingua,
c che solo inciampava per difetio di sapere.
Un p6 di riassunto cronotogico servira a render più perspicue le cose
dette. Bisogna, ben inteso, che mi lenga molto sulle generali. Confini
precdsi, in cose di questo génère, non si possono segnar mai, perché
non esistono in naiura. Qui poi ci troviamo per di piii ancora al princi-
pio delk ricerchc e délie osservazioni. Una distinzione prcliminare i
indîspensabile : convîene considerare a pane la gente colta, e il popolo,
o du al popolo si dirigeva. La prima usô di preferenza, se non esclusiva-
Bcnte. i linguaggi di Francia fino al declinare dcl secolo xiii ; indi. fin
oiire la meià del xiv^ scrisse promiscuamente in lingua d'oi/ e in lingua
dl si, a seconda specialmenie dei generi ; per ultime, abbandonà la
prima e si attenne alla seconda soltanto. Il popolo invece cominciô da
un francese spropositaio, dove l'elemento forestiero, nonostante la forza
conservatrice délia tradizione, venne grado grado ad esser sopraffatto di
gran lunga dair ctemento indigeno; quindi ebbe una leiieratura dialet-
tale; poi si dette a spropositare in italiano. Questo Pordine cronologîco
délia produzione, cui non corrisponde già una successione di esistenza.
Hella seconda mecà del secolo xiir e nella prima del xiv si ebbero a
fianco il dialetto c il gergo, che, per abbracciare ogni specie, chîamerô
^ani^diaUtîaïe ; nella seconda meta del trecento, o poco prima, ai due
j'aggiunse l'aliro gergo, che dire tosco-diaUtiate. Tutti e tre convissero
OB po' di lempo in non so quanto buona armonia, fino a cbe lo sira-
mero non ebbe toialmente )o sfratto. Cosi restarono soli în campo gli
'altri due campioni. E questi vi si mantennero ben a tungo, con soru
dÎTcrse e con taciii accordi, a seconda dei luoghi. A Venezia, protetto
ed elevato dalla grandezza politica, il dialetto ebbe sorti non infelicis-
sme. Altrove. quanto agli usi letterariî , ser^i pressocbè uiùcamente di
trastnllo.
44 P- fUJNA
Da queste vicende si vorrebbe, se fosse possibile, ncavare un daio
cronologico per la Storia di Stefano. Pur troppo resiiam molto nell* Inde-
terminato. S'arriva solo ad escludere, conuna verosimiglianza non lontana
dalla cenezza, lutio il secolo xiv. È neccssario supporregià ampiamente
diffus© e pressochè universale l'use dell' italiano corne lingua délia poesia,
perché un auiore cosî ignorante corne il nostro osasse intraprenderc un'
opéra di tanta mole. Almeno almeno. s'egli fosse de' primi^ dovremmo
aspettarci da lui qualche cenno, in uno dei luoghi dove ragiona de! suo
lavoro. Ma no : egli dice, perché siasi messo all'opera; si giustifica del
fare i canti di diversa lunghezza ; chiede scusa degli errori che potrebb'
csscrgli accaduto di commetiere, e si scarica di quelli che non raanche-
ranno di affibbiargli gli amanuensi : ma délia lingua, non uns sillaba.
Perô anche dal principio del quattrocento incline rem mo forse a scostarci
alquanio, ed avuto riguardo ail* eià cui parve da attribuire la nostra
copia, meueremmo la composizione ira il r42o e il 1470.
Un' esposizione compléta, circostanziaia degli elemenii dialettali che
occorrono nel nosiro testo, non riuscirebbe oramai ad altro che ad una
nuova consiatazîone di proprietà e caratteri, già noti e studiati, del ve-
neziano antico e dei suoi più stretti consanguinei '. La mezza conferma
che s'ouerrebbe da una scrittura mista, giovercbbe poco. L'intéresse
linguistico délia Stona di StefiinOf sta appunto, corne ho esposto larga-
mente, in quei caratieri che riducono a un minime il suo valore, sia
corne scrittura italiana, sia corne documente dialeitale. Perô, ciù che
più specialmentc vorremmo cercare in essa, sarebbero leleggi di cotesta
curiosa miscela. Se non che. perché leggi vi fossero, bîsognerebbe si
traitasse di un vero e proprio compromesso. E invece tuHo si riduce
agli etfetti combinat! dell* ignoranza e délie abitudini detl* autore edi
uno 0 più amanuensi. Convien dunque contentarsi d'indicare certe tcn-
denzc, certi caratteri, ira i quali forse il più considerevole é precisa-
mente la mancanza di un caraiiere ben deierminaio e determinabile.
Sicuro : ad ogni passo s'incontrano qui, le une accanto aile alire, le
forme toscane e le venete : nella stessa otiava, nello stesso verso. Per
esempio, leggeremo nel canto II, st. 22 : La malvagia femina son mal-
vaxia rete ; 0, quanti homent la femena fa perire! Né la mescolanza si
ferma qui : essa ha luogo continuamenie dentro ad una stessa parola.
Una voce délia lingua leuerariarîceve alla superficie una manoô'i dialetto,
che la altéra senza ira&formarla, in guisa da renderla qualcosa, che non
appartiene in realtà, rè ail' una favella, né ail' alira. Questo avviene più
I. Bastrri rinviareat due lavori capilali, già ptù volte cilati, i Saget laéim
deir Ascoli ed il BtiUag del Mussafia. Poi, agli allri conlribulidiqix&l ulUmo,
e in particolare aile illustrazioni che accoropagnano il Fra Paolino.
UN* VERSIONE RtMATA DEI StUt Savi 45
che altrove neile vocî che to&canamente coniengono palauli, in quelle
cbe coniinuano la formola -ili + voc, e nelle forme dci vcrbi. Dieu per
dieju (^diese), zià per m, non sono vocaboli, ne toscan», ne veneti. Il
medesimo si dica di giazere, accanio al legiitimo zasen^ piaze per piaxe,
ecc. ccc. — Che in laluni di quesii casi il z rappresenù la sibilante
sonora, scritta ordinariamentc x, pÎLi di rado s, non mi par troppo vero-
«oule. — Foi si considerino meraveliay conselio^ famelidy ecc, coi quali
perle più s'alternano, senza norma alcuna, miraveid^ conscio, ecc. Fe-
Domeni di questo génère accadono dappertutto, ogniquaivolta due lin-
I guaggî affini si trovano in cospetto. La lingua iialiana non ha mai
cessato un giomo dal produrre un* infinilà di codesti esseri amfibii. É
kpecialmente quesio l'elemento che in tutia la Lombardia, nel Piemonie,
neit' EmiUa, mette una disiinzione cosi ragguardevole ira il dialetto délie
persone coite, e quello dei volghi. E altrettanto accade dovunque si
' diano condizioni poco o lanio analoghe.
Il prindpio fondamentale, da cui discendono, corne effeiti dalla causa,
le moUeplici, sebbene incostanti caratterisiiche del nosiro gergo, si puô
dir questo : S'ïmpara ci6cheé più facile imparare. Quindi, in génère, gli
è dove le differenze son maggiori, che il toscano riesce roegtio a farsi
valere. Il fatto, paradossale in apparenza, è tuttavia il prodotto naturale
e necessario di un doppio ordine di ragioni : oggetlive e soggetiive. Da
un lato, le diversité gravi si rilevano più agevolmeme assai délie sem-
ptici varietâ. Dair altro, è meno difficile lasciare un* abitudine, per quai-
cosa di alfatto nuovOj anzichè modihcarla lievemente. S'intende poi da
,té che, tra le abitudini, certune sono piiî, altre meno radicate. Le pii^
laide sono quelle dî uso più fréquente. Rammenti, per esempio, chî
ebbe occasione di famé esperienza, quanto costi ad un lombardo délie
generazioni già sul declivio smettere il sao u.
Con questi principli, consuonano dunque i fatti. Nella fonologia la
patina dialettale è più considerevole che nella morfotogia. E volendo un
poco specificare, le vocali toniche ci danno, relaiivamenie, poche diver-
'geoze; moite le atone. Quanto aile consonanii, sono due sopraiiuito gli
abiti di cui non si sa spogtiarsi : Tuso délie scempie al posto délie doppie,
e — cosa già awertita da un altro punio di vista — la pronunzia assi-
bilata in luogo délia palatale. Il ceci dei Vespri, e le corrispondenti
pronunrie toscane, ci ajuterebbero, se ce ne fosse bisogno, a iniender la
cosa. Del rimaneme, le mute sono discretamente rispettate.
Rispetto alla morfologia, régna molto disordine negli articoli e neî
pronomi. Nei nomi — sostantivi e aggettivi — mal si riesce a reinie-
grare le complicazioni originarie, riflesse nel toscano, se nel dialetto, per
t'opéra Hvellatrice dell' analogia, era prevalsa una mag^ore semplidià.
1 dae generi, maschîle e femminile, tendono ad estrinsecarsî al singolare
46 p. RAJNA
colle sole uscite o ed 4, al plurale con 1 ed e. Riguardo al verbo^ tra te
varie forme che la lingua letteraria presentava, prevalgono, natural-
même, quelle che coincidevano col dialetto. Certe usciie, assolutamentc
peculiari a quest' ultimo, non appajono, 0 ben di rado : nessun esempio
di participio in -ts\o^ un solo condizionale in nive. Ed anche al gerundio,
la termina/Jone -endo ripiglia in molta parte l'esercizio dei diritli usurpa-
tile dalla sorella -anào. Invece, corne s'è visto, si dura senza frutto
una fatica énorme per rïstabîtire la distinzione svanita fra la ^'persona di
singolarc e la y di plurale. Naturam expelbs furca, tamcn usque recurrit.
E qui, non solo recurrtt, ma sconvolge ogni criterio e gênera strani
spropositi. Del resto — troppo bene s'iniende — gli è ai verbi ano-
mal! che più spcsso si fa torto. Ma non se ne dolgano. Cosi avvenne^ ed
avverrà sempre, per pane di chiunquesi sforzi di usare una favella, senza
conosccrU a fondo. Si iraiia di casi che conviene imparare e ritenere
ad uno ad uno.
E, per la siessa ragione, sono discretamente copiose nel glossario —
ultima parte da considerare — le voci che invano si cercherebbero nella
Crusca. E più assai sarebbero, se la grandissima maggioranza dei voca-
boli che s'a^eva occasione di usare non fossero staii di per se comuni
al toscano ed al veneio.
Queste le cose che a me pajono di maggior rilievo. Tuttavia, a guisa
di appendice^ non trâlascierù di aggiungere aile osservazioni generali
anclie una sccita dei miei spogli fonetici e morfologici, e tutia intera la
série dei vocaboli meriievoli in qualche modo di nota. Se non é conve-
njenic prcndere il nostro documento a pretesto di un' csposizione minuta
dei vcneziano antico, non c'è poi nemmeno ragione di trascurare
gli esempi ed i fatti, che si possono ricavare di qui. Sar6 molto laconico ;
le distinzioni, anziché con parole, saranno indicate colP ordine e colla
punieggiatura ■ .
SUONl.
VOCALl.
I. Toniche. a : {-art + voc.) peraro, pomaro; ma cavaliero ecc. ;
mantrût mannaja ; un ptr di cahe, — [<xl ■¥ dent.) gastoldo.
G : sete e seti, sieie; met; — spedo^ schtna, — pricgo (vb.), Vuva^ Ura;
— matitria ; — spiera, eriide^ miedio, tiecho, siecho ; — aliegra.
I : (in pos.) tenia^ Ungua^ matregna; senestraj urcha^ circa, deto da
digitu-, e invece dito = dictu^ anguela.
I. È superflue raccoinandare di tener i risconlro le opère già ricordate, e in
particolare il Beilrag dei Mussafia, che dovrei dtare continua m ente ^ se non mi
trovassi obbligato alla breviti.
UNA VERSIONE RIMATA DEl SttU SûVÎ 47
û : (-^ nas.} omo, hn, -a ; — noifo ; wi^ vuoi. — puoxe^ anche in
paàKath, troora; — nuove (nuin.); paovoh ; tuou; riscuose. — puti (o
fsUf] poiei.
a : (un + gutt.) ^uanton^ue, ponto^ difonto, zonti, Cfr. longo.
AU : isecwid.) tola ; — (+ dent.) aldi.
2. Atone '. A : (in siltaba proton.) alese^ asperto, fantstra, manazatOf
êchsxato{f), accusato; cfr. aptrtiene^ non attratto dall' anal, di parte. —
(ail' incita di awerbii) oltra^ faora, adonijaa,fina, noma.
e; dideticka; — strinieva ccc, vtrîù; menistri, seUmana; — remore,
— (nella penult di proparo&s.) verzene^ amedoj piazeveU, noheU, inposibele^
ecc. i — astroUgo ; cfr. aiboro ; fihsafo. — (ail' uscita) domane, diexe ;
ftute [di. font).
1 : iigAO/^, ecc., lignera^ vig/ierô, ma vegnire; pizofy UzUri, antiztsor^
daUUrio^ dinari ; liviruro^ dtsinore ; molimertto^ parlirî.
o : ongfunto, nonzme (cfr. un + gutt.} ; ponita ; nodrigart; — doven-
tast, rovtrsava^ sopeliti, solorada ; boxia, robar^ topino ' ; — staîoa.
V : oui ; abligdto, dtscuptrio^ insuniato, apaiare, plurare.
aV : (+ dent.; cfr. du) aldire, aldendo \t oldendo]^ galdere; atzider.
Atferesi : stronomia^ scoltato, rUmetrUha^ rexia, redità, maginamento»
Iirrece, omezidiaU.
Siacope di atona interna : vetrana, mistra, nonbrava, disnare. Sop-
pressioae di una sitlaba accanto ad una conforme : altimente.
Prefisso a, propagaiosi analogicamente e ridotto&i alla condizione di
&emplice prostesi fonetica i : aspeUva, spettava, aconstUati^aforzar^atra-
ditû^ aUtierne, teneme, s'actien, si tiene, avanta, avenire, venire ; anomi-
nartf tcolieremo^ coglieremo, atrovame, -àva, •^rcmo, amurava, -aïo,
[t^ionù, aruordare, -ato. — Con quesia prosiesi di j, ed insieme colla
smcope di una protonica si coltega Tequazione re = ar* : arcoUn
-olxey -o/«, -cUo^ ; arUgnia, -igneràne*'.
Elisione di o nella procliiica no^ non : n-avese, tHivignerae, n-nvofa,
fHtbi, B-^, non è. e, non sei. L*iato persiste in reaiegare.
CONSONANTI.
L : plui^ rariss. : del resto più, ptui, put ; colegaro, coricarono ; —
orfBOfffo, vituariA, liberarf ; — ninzuoU ; ponso, ponub.
1. I casi soM distribniti tra le vocali a seconda del risnltato italiano, anzichè
6tà snono ong^rurio.
2. Cfr. DiLZ, Et. W.. IP, 4}f. L'etimologia greca d^ vocabolo italiaoo
appir fCBîpre pi4 comcsubile.
). Credo impossibile ségnar Itœiti precîsi tra le due cose. V. Arch. glottol.,
1, pusim .Indice U, Prosusi) ; II, 138, 1 (O. BaU,, 11.
4.Ank., I. 4is.4îj,464, II, 18, 444 segg.
t. Oltrc ail' A/ck., si vedj Bciu., 2$.
6,Afih.^ I, 464 a.
48 P. rujNA
R : tmer^ -o, ptnder^ pr«ndere.
s : conùy -c. — medmo. — (Prosteiico o etimol. ? Cfr. Tanaloga
questione cui dâ tuogo Va inizialej strasinava, -atOj strasiulava^ corte
sbandita, scomenzà^ -ando.
N : mohà ; belegnOy benigno. — Ititano^ covien, covinente. — insire,
instoriaf instesa, instate ', zintàj città.
V : vianda ; darechao, da capo. — frevavUy fregava.
] : maor^ -e, — ûUre.
Dentali : dnzt^ treccie ; umiUtade^ umidità (dissimil.). Ma il fenomeno
più nolevolc è quello che si présenta nelle voci artcnto, -i, arsalto. Par
riceverne nuova conferma la propagginazionc, notoriamenie controversa,
dell' arcaico e volgare ar- per ad- in certe parlaie rornanze ^ Del resto,
arsollo è anche in Fra Paolino. Sirano e sospetio, ma pure non inespli-
cabile neppur esso, ci riesce horservava.
Labiali : bczo^ peggio ; pecbaro, poxia ; — chavi.
Meiaiesi : scorlava, frevore, screnitOf scrmire, intravalOy brume (un
solo es., di fironie a varii di huTzrU\ ; — p«f = pro : prometerà^
'tnesscy perm.; — perdwlaîia. — gionfo^ -àte, gonfio, -ate. — sasti-
farsif -ato (parecchi es.).
FORME.
Pronomi : nui, yui. — /i>. costie. — medemo. — mie, mei, mid ; jo,
suo, -a, -e ; suo, suoi, sue (suo fdoxofi, le lacrime sao).
Aggen. : grando^ -a. — Plur. f. : inperiale, miore.
Sost. pianeto, mantilo^ Zexaro, comuno; — coltra, erieda (f. ; m. eriede).
— Plur. mano ; arte, coltre^ parle, raxone^ stride, dede.
Verbi. Essere : i si cotti ; — iera ; — si t sei, sii ; — ffa, staio e
siaia, dinanzi a parole fortemenie accentate, colle quali vi sia une
stretto leganie, e specialmente davanii ad altri participii : a mi l'c sta
naratOy son sta (stata) mi.
Avère : ayerè e avereti ; — ave, ebbe ; — cba, abbia , ?* p. » ; —
abuto.
Altri verbi: ind. près., fon, ston; oferiso; — paol; — stamo,
diitmo; — fazetiy voleù, ecc. — Iraperf., feva, staxia e steva; andaxia;
restera. — Fui., anderà, ecc. V. pag. ay; mostrerazo; — 2* p., farà,
amtrà; — conporterè t cvnportareù. — Pf., fiti, vîti, puîi [0 putlf);
— ttsitef moTtte, dormite. — Cng. s. ]* p., daga ; — 2*tfazij stagi.dagi,
dichi, axonit ; — j» kadAy ascoUa^ reîorna, pitia; — pi. a*, sapeti, veden^
1 . Tra i romanisti, ammettono il fatto il Diez iEl. VK., I, sotto argint) e il
Mussafia {Beilr.y 31 ; Zur KathanncnUgtnde, 77, alla voce arguaito) ; non lo
accetta invece, salvo per argint, il Flechia (Arch.y II, 18-19).
2. VU, 34 : zasiun tairont, d'ùisutc e d'imttno. Qr. Beitr.^ 71.
5- Areh. 1, 464 d. ; cfr. 4)2.
UHA VBRSIONC RIMATA OEl SeTfe SdW 49
dicate. — Impf., 2* a., faxesti, scaldasîi, — Cond. i* s., achaseravc. —
Ifnpcrai., dRifdfj, ponetij alditi, aduxè-me, — Ger., dagando^ ecc. —
Pan., inundato, nasuiOt nututo^ prometuto, respondutOt msuto, persentuto.
Derivaz. : fcmtn. in -fssuj giotofussa (cfr. dogaressa; compagnessa,
nelh Ugg. diS^' Cater.').
Voci scmplicî, în luogo di composte : lunar, digiun. ; logare, coUocare ;
pdTcva, appariva ; scuotere, riscuotere.
Composiz. con w-, dove l'it. re-in-, re-ad- : regraiiare, recreUt
rtfrescdVd ; — k- e ricontoUj ricomendato.
Composti in luogo di semplici 0 di meno complessi : persentuto; infi-
dafe,inpensare, inpiantàm ; inspaurire ; dislatatOt desmenlicava.
VOCABOLI ».
Acostai (me) — mi coricai, IV, 16 : lo me acostai con amor perfeto
Aiaio a colui du mejazea morire. Cfr. prov.« sp.
anô — andà.
aora — ora ; occorrc spesso. Cfr. prov,, sp,, port.
apalentare — palesare; voce di molto use.
aprovo — vicino a..., di tempo, IV, 12 : Adeso semo aprovo lo mete
di unaro (f. P. ; M. a., soito provo).
arcnte da... — vicino a..., di luogo (K. ; B., s. rente).
asentar-se — sedere. (P.; B., s. senior).
axioso — agiato, comodo.
avàltero — adulierino, basiardo; fr. ant. avoiOre-j Disz, Et. W.,
m, 214.
Baio — latrato.
barba — zio.
beleiisimo — bellissimo (B.). Con questo superlative credo doversi
hcollegare anche il compar. beltczour délia S^-* Ealaiia. £ ne viene il
fatro curiosissimo, che il positive, betido, occorra solo in Ispagna ; il
comp., in Krancia ; il sup., in Italia.
bronze— brade (B.).
Cha — che, dovunque risponde a ifuam [K.).
calefi (me) — rai beffi (B.U
chavezi — . Lombar., cavezzj rotolo di tela. Quiinvece, II, 19-30. ta
voce ha un sensopiù générale : sono i pezzî, di forma cilindrica, in oui è
SUta ridoita una serpe : Guardando per la sala h drago vedato àno : —
Qudo m trt chavezi in lera zasere mono. Cfr. st. 1 1 : £^ poi di quelo Ire
ptzi M faiia.
ï. Ml-ssatia. Z. Kûihanncnltg., 78.
2, Le Toci registrate nel Biittagt oei clossarii di cui il Mussafiabacorredalo
i Monwntnti Anticht, il Fra Paolino, e la Santa Cataina^ qui sopra citaU, con-
Irjuaegno colle Mgle B., M. a., f. P., K,
Ponuttia, Vil 4
50 p. RAiNA
chîzoleto — cagnolino (B. chizxa).
co — corne.
Dalmazo — danno. Cfr. fr., pr.
da po — dopo; è cosiante (B.).
darechao — da capo (V. Arcb,^ I, 205, 521).
Fin pochi zomi — dopo, a capo di...
fogero e fogaro — focoUre (B.).
freza — fretta (M. a) ; se afreza. si afFretta (f. P. ; B.).
Gabaxone — gabbo, burla,
grinfe — graffi, ugne.
guarentato — guarentito, salvato.
Innestanle — toslo.
inpiare — accendere ^B.).
intisegare — iniisichire.
intravegnire, intravegnuto — accadere.
Lavoriero — lavoro.
Meneèlo — mignolo.
meravilto e meravelio — meraviglia. Cfr. il prov. mtravUh,
'nde — (f. P.) XVII, 49 : no-ndt-n-ày non ne ho.
Noma e nOma, cioè nomma — sohanto.
nomeva (si) — si chiamava, IV, 1. Ma il riflessivo è dovuto umca-
raente a ibridismo toscane. L'use puro occorre nell' indice : lo segondo
tUbro] si è de uno inperador di Romat che avta uno fiol, che nomeva Ste-
fano [B.].
Ognon, ognomo — ognuno.
Pastîgiare — banchettare.
pi uxo r ~ parecchie (XXIH, )}.
Radegato (avese; — fosse andato errando, avesse sbagliato strada
(f. P.;B.).
reditate — ,figIio.
regname — reame (B.).
renga — hnghiera, bigoncia.
resisienzia — residenza.
Salvati, sàlveiu ?, resalva — lener in serbo, cusiodire.
sangiozando — dovrebbe significarpi/fonure {mï\.pergotà\^XWly 4:
£/ spedo si voltava molto forte Costei^ sangiozando motto speso. Cbe
s'abbia a intendere singkiozzando, è possibile, ma punto probabile.
scapolarc — trans. c inirans., scampare. [scapolOt libero, sccvro :
f. P.l.
scorlava, ecc. — sciiotere.
secreio — segretamente.
sguxire — scoprîre. É deiio di persona in colpa : IV, 9, Vtdtndost
UNA VKRSIONB RIMATA DBI SetU Savi $ I
ta dama estTe sguxiia ; IX, 2$, Quel giovene... Elfato bene luk sua mente
spira Che per sgasire lui questo iera fato.
signare — salassare (f. P.).
strèmina (se) — si spaventa, XIV, 11. Rimane vocesospetta,finchè
non si trovino altri esempi, perché in rima.
studare — spegnere (i4rcA., I, j6).
Tamanto — coâ grande.
tamixato ~~ stacdato.
trepando — giocando, trastullandosî (B.).
Vaneza — fossa f XVII, 28.
vergonza — vergogna [t P. ; M. a). Ecosl il verbo, vergonzo,
vergonzato, anche neï senso attivo di svergogaare.
vetrana — di età avanzata (B. veterano ; cfr. K., vedre).
Zavariado (seti) — avete perduto il senno, XIX, 21 : Disse la
donna : Vai seti zavariado, 0 vera mente ve l'aveti insuniado.
zonfo — moncherino, XVIII, i j. Fra Paolino ha çonckar, mozzare,
e il toscano doncare. V. Disz, Et. W,, II), 2 1 .
Pio Rajna.
{A sahre.)
VIEILLES CHANSONS
RECUEILLIES EN VELAY ET EN FOREZ.
Le petit recueil que nous présentons au lecteur se compose de pièces
fort diverses, presque toutes dictées par l'amour, et qui n'ont guère
entre elles d'autre trait d'union que la communauté du sentiment qui les
a inspirées. L'ensemble de ces pièces peut se diviser en deux groupes :
les premières sont l'expression des désirs naissants tantôt repoussés»
tantôt accueillis- faction s'y etfacc sous les témoignages de la passion^
elles ont par échappées le caractère d'effusions lyriques ; les secondes, au
contraire, traduisent la passion sous la forme de l'action; elles négUgent
les lentes et inutiles paroles de la tendresse \ elles courent au drame avec
une rapidité qui les rend parfois à peine saisissables, â peine intelligi-
bles. On a dit de ces chansons qu'elles étaient narratives, mais ce terme
ne les caractérise pas avec précision. Dans les récits, d'ordinaire, le
narrateur se borne à développer un fait devant l'auditoire qu'il veut ins»
truire ou charmer ; ce fait, nos chansons le montrent vivant, mettent ses
acteurs en jeu. aux prises les uns avec les autres ; le drame s'agite, le
récit disparait. Chansons où se révèlent des sentiments purement intimes
et où s'introduisent quelques mouvements lyriques, chansons de faits,
purement dramatiques, les unes et les autres ont recours à la même
forme : le dialogue, procédé de langage qui convient le mieux aux
poésies collectives et impersonnelles dans lesquelles l'œuvre est tout,
l'auteur rien.
Pour être recueillies en Vclay et en Forez, nos chansons sont loin
d'être la propriété de ces deux petites provinces. Elles appartiennent
assez souvent â la France entière, quelquefois seulement au midi de la
France, plus rarement au nord seul. Lorsqu'une chanson est à la fois
chantée au nord et au midi, et que, suivant ces deux régions, eUe adopte
VIEILLES CHANSONS DU VELAV ET DU FOREZ J?
deux formes différenies, c'est ordinairemem la forme du midi que notre
pajs préfère. Maintes fois nous nous bornons à revêtir d'un français
aussi littéral que possible des chants provençaux de la rive droite ou de
la rive gauche du Rhône. Les notes indicatives de chants semblables ou
analogues monireront L'étendue de nos chants en France. Mais si, pour
la France, les renseignements que nous donnons sont assez complets,
nos références laissent beaucoup à désirer en ce qui touche la diffusion
de nos chants à Télranger. Montrer les relations de nos chants avec
ceux du Piémont, du Mont/errai et de la Catalogne ne suffit pas; il e6t
fallu interroger la Suis&e romande, Tltalie méridionale, la Sicile, le centre
et le midi de l'Espagne, le Portugal, et ne pas s'en tenir aux pays latins,
demander à l'Angleterre et à l'Allemagne des analogies dont peut-être
elles n'eussent pas été aussi avares que l'imaginent des incrédules. Ce
n'est qu'après cette multiple étude que pourra s'établir le territoire où
régnent nos chansons. Le spectacle du vaste espace où on chante nombre
d'entre elles leur vaudra peut-être un peu plus d'indulgence de la part
de certains lecteurs, qui, faisant abstraction de ce qu'elles ont de vivant
et d'humain, s'en détournent, blessés par la brusquerie de leur marche
et rincorrection de leur grammaire.
Les chansons de ce petit recueil vont dérouler sous nos yeux, dans la
pirtmière partie, les caprices de l'amour, ses revers et ses succès, la
diversité de ses incidents et de ses fortunes.
L'AMANT AU LAURIER.
1 De bon matin \e tnt suis levé, plus malin qu'i l'ordinaire.
Dans mon jardin je me suis allé promener,
le n'ai rien trouvé qu'une branche de laurier.
2 Si }e l'ai pris, je l'ai porté z-â la porte de ma mie,
En lui disant : i Ouvrez, si vous m'aimez,
< Je vous apporte une branche de laurier*.
K Le laurier était considéré comme l'arbre de l'amour Ed. du Méril consacre
{Êtadti <r Archéologie, p) à ses multiples symboles une curieuse page. Nous
retrouvons aisez souvent, dans nos chansons populaires, cet arbre, rare pour-
tant en nos climats.
Nous verrons plus loin une jeune hlle, à qui le mal d'amourfait rechercher la
solttudc, assise près d'une fontaine, tenant à sa main une branche de lAurter.
Ailleurs, un gaî buveur chante ainsi :
Tout le tour de mon jardin je fais l'amour, je bois le vin:
D'une main je liens mon verre et de l'autre mes lauriers :
J'ai pa:ksé ta nuh à boîre, ma mîounne i mon c6té.
^^^^^^5^^^^^^^^^^^ SMITH
^
^^^^^^ } — Pour uM branche de laurier, galant, )*ouvre pas na porte. ^^|
^^^^^B * Revenez demain, tant matin que vous voudrez,
^H
^^^^^H « Mais dedans la nuit je tiens ma porte fermé'.
^^H
^^^^^H 4 — La belle, permettez-moi que je couche à votre porte;
^^H
^^^^^^1 f Qu^nd je saurais mourir gelé de froid.
^^^H
^^^^^^H « A votre porte je veux coucher ce soir. »
^^^H
^^^^^^1 \ Le lendemain, de grand matin, quand la belle se réveille,
^^^1
^^^^^^1 Elle s'est assise sur le bord de son lit^
^^^H
^^^^^^1 Par la croisée elle aperçut son ami.
^^^1
^^^^^^H 6 < Cher ami, mon bel ami, n'as-tu pas vu la rosée P
^^^H
^^^^^^1 — La rosée d'une grande gelé*,
^^^H
^^^^^^M ■ Pour toi, la belle, je Tai trop enduré'.
^^^1
^^^^^^1 7 < Si j'avais du papier blanc et de L'encre pour écrire,
^^^H
^^^^^^H c Oh! j'écrirais une si belle chanson,
^^^H
^^^^^H fl Comme les filles se moquent des garçons.
^^H
^^^^^^B 8 • Si je savais chanter, comme le rossignol chante,
^^^H
^^^^^^1 « Je chanterais une chanson d'amour.
^^^^1
^^^^^^H « Adieu ta belle, adieu, c'est pour toujours!* >
^1
^^^H L'INDISCRET
H
^^^^^^^^H 1 S'ils en sont trois garçons, vont parmi la ville.
^^1
^^^^^^^^H Mais le soir après souper.
^^^^^^Ê
^^^^^^^^f Vont Toire leur maltresse avant que se coucher.
^^^^^H
^^^^^^F a Le plus jeune des trois va i la porte de la belle :
^^^^^1
^^^^^^1 ■ Ouvrez, ouvrez, la belle, si vous m'aimez ;
^^^H
^^^^^H « Vous M* i la chaleur et rooi z-i U rigueur.
^^H
^^^^^^H j — Je n'ouvre pas ma porte: il n'est pas encore l'heure;
^^^1
^^^^^^K i Vous reviendrez à l'heure de minuit,
^^^^^
^^^^^^^^H ■ Papa sera couché, maman endormi'. »
^^H
^^^^^^B^ 4 Si le galant s'en va après ses camarades
^^H
^^^^^^V t Chers camarades, que j ai le conir joyeux 1
^^^1
^^^m • Je viens de voir ma mi' ton cœur elle m'a promis. *
^^1
^^^H El au dernier couplet, il vante la verdure du laurier qui n'a rien de
réfrrgé- ^|
^^^B
^H
^^^H Soit dans l'été, soit dans l'hiver, nos beaux lauriers sont toujours verts. ^H
^^^V Mais s'ils ont de la verdure, ce n'est pas de la fraîcheur:
^^^H Mets la mam sur ma coiffure, moi je ferai ton bonheur.
■
■
^^^H 1. Chanté Ji Fratsses par J. M. Just. — Cf. Francisque Michel, ^^
It pays ^H
^^^H bas^utj ^ t ï : Caselli, Chants populatra de l'iutlie^ Piémont, 199 ; Ferraro, Canit ^|
J
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET DU FOREZ 5{
( La bdle, dernier U porte, qui entend tous ces discoures :
c Vierge Marie, emp^cfaez moi d'aimer
■ Lesgarçoos d'i présent qui ctierch' â me tromper! ■
6 Minuit étant sonné, le beau galant retourne :
• Ouvrez, ouvrez, la belle, si vous m'airaer,
« Vous tt' i la chaleur et moi-z-à la rigueur.
7 — Si tu m'avais été fidèle comme un amant doit l'être,
I Entre mes bras tu aurais passé la nuit.
« Retirc'toi de moi, tu t'en repentiras.
8 — Qoe me donneras*tu, la belle, pour avoir en tant de peine ?
— Je le donnerai ma main pour te bénir
« Et le chemin du roi pour t'élorgner de moi ! * >
IJI.
LA LEÇON DU ROSSIGNOL.
comment l'amour se fait.
à sa chère maîtresse i'
et n'être pas 'onteux,
l'aimer de tout son cœur.
I Rossignolet du bois, rossignolet sauvage,
Appreods-moi ton langage apprends-moi i-à parler.
Apprends-moi U manière
a < Comment se faire aimer
• Faut avoir bonne grâce
• Faut sa chère maîtresse
j < On dit que vous avez des pommes de linette^,
f Des pommes de linette dedans votre jardin :
t Permettez-moi, la belle, <^ue j'y mette ta main.
4 — Galant, je permets pas que vous touchiez mes pommes ;
c Apportez-moi la lune, le soler à la main,
< Vous toucherez les pommes qui sont dans mon jardin.
} — Je ne peux pas 'porter le soler ni la lune :
t La lune ille est trop haute, le soter est trop loin.
• Permettez-moi la belle que j'y mette la main*.
6 — Adieu, amant trompeur, adieu, amant volage;
I Tu liens mon cœur pour gage, à présent tu t'en vas :
■ En passant la rivière, galant, tu périras*!
I. Communiqué par Toussaint Chavanaz, sonneur i Saint-Just-Malmonl.
a. Sans doute pour des pommes de reinette, ou mieux des pommes rei-
octtcs.
}. Var. ; « Y a bien d'autres manières ponr y mettre la main? >
4. Celte menace que la belle lance comme un maléfice pour punîr l'incons*
Udcc de son amant se rapporte peut-être à une croyance, qui existe en certains
^1, qoe les rivières engloutissent ceux qui osent les traverser avec une cons-
oence chargée de péchés. En Provence, un meurtrier chante :
Se passe dinslou Rose me negaran (Arbaud, II, io0.
Il o'èuii pas besoin d'un crime si lourd qu'an meurtre pour être englouti par
^6 V. SMITH
7 — Je ne périrai pas, en passant la rivière,
• En passant ta rivière, je ne périrai pas :
4 Je suis un garçon sage, Dieu me conservera*. >
IV.
LE CHANT DE L'ALOUETTE.
1 Beau grenadier de bonne mine faisait l'amour â lune beauté.
< Pour une fois que j'ai manqué de l'aller voir,
• Ma maltresse me l'a reproché plus de cent fois.
2 — Beau grenadier d'amour sincère, lu reviendras quand tu voudras, '
1 Tu reviendras quand tu voudras, mon bel ami,
< La porte ouverte restera, toute la nuit. »
3 Mais le galant manque pas l'heure, que sa miounne 11 avait dit :
« Marchez si doux, parlez si bas', mon bel ami,
« Car si mon papa nous entend, morte je suis. >
4 N'ont pas resté quart d'heure ensemble, le coq i chante la minuit,
c Le coq chante la minuit, mon bel ami,
1 Je le voudrais sopre r6ti, l'avoir ici'. »
{ N'ont pas resté le quart d'une autre, l'alovette chante le jour :
• Alovette, lu m'as trompé', lu m'as trahi* ;
• Tu as chanté le point du jour, il est que' minuit.
6 < Si mes amours prenaient racine, j'en planterais dans mon jardin,
c J'en planterais dans mon jardin, aui quatre coins,
« J'en ferais part auxamoureus* qui n'en ont point*. »
TEbre^ i) suffisait de le traverser en état de mensonge fVictor Le Clerc, dans
VHistoire UtUraire de la France, XXI, article sur Aimeric Picaudi de Parthenai).
1. Chanté à Fraisses par l'octc^énaire Nannetle Léresque, de Sainte- Eu lai ie
d'Ardèche. — Voy. Anacharsis Combes, Chants pop. du pjyi castrais^ 78 ;
comte Jaubert, Ghisaire du Centre. Au mot amaseux est cité notre sixième cou-
plet, qui commence ainsi en Berry : ■ Adieu, galanl trompcuz, amuseux de
fillettes. ■
2. Var. 4 Et marchez plan, cl parlez bas. >
j. Var. ■ et l'avoir ici. ■ Le ff se prononce à peine.
4. La chanteuse glisse sur le que.
{. Var. • k ces lourdauds. 1 — La chanteuse qui me dit amounus fait
sentir Vs dont elle Termine le moi.
6. Nanncttc Lèvesque. de Sainte-Eulalie d'Ardèche. — Relations : Bcrry,
comte Jaubert, Glossaire du Ccnlrt^au mot ménuit .- Forez, F. Noeias. BulUttn dt
la Soaiti des sciences et lettres de Sainî-Ëtienni, n" d'oct. i86j ; pays mrusien,
vallée de l'Argonne, André Theuriet, La Chanson du Jardinier, dans la Rewucdes
Deux-Mondes du j^ novembre 1876. — MUmme, n' du 20 juin (877. Eug.
Rolland, La Chansor\ du rendez-vous (Bretagne),
Dans son article de la Rcrue des Deux-Mondes du 1 ^ mars 1862, sur la poésie
populaire de l'Italie, M. Ratherv cite un couplet sicilien où l'hirondelle est,
comme notre alouette, accusée d annoncer le jour avant l'heure :
« Ha! rondinella bella
V1SJLLES CHANSONS DU VBLAY ET OU FOREZ )7
V.
LE MESSAGE OU ROSSIGNOL.
« Rossignoict de b marine, grand voyageur des amoureux,
« Va-t-en dire à ma maltresse que je serai son serviteur. •
3 Rosstgnotet prend la volète., mais s'il s'en va se reposer
A la fcoitre de sa mie, chanter, la réveiller*.
I < Réveillez'vous, belle endormie, réveillez-vous, si vous dormez ;
« Y a-t-un amant sous la fenêtre, qui désire bien vous parler.
4 — Entrez, entrez dedans ma chambre, asseyez-vous près de mon lit.
€ Nous parlerons des amourettes, deviserons toute la nuit. •
I Si la belle s'est endormie entre les bras de son amant,
De son amant qui la regarde, ses yeux brillants, son cœur charroi.
6 • Que les étoiles sont grandes* quand illes sont au firmament!
• Maulesbeauxyeuxde ma maîtresse sont bien encore plus charmants'.*
VARIANTE.
1 ■ Rossignolet de la marine, voyageur des amoureux,
c Vat'Cn dire k ma maltresse, serai toujours son serviteur, s
2 Rossignolet prend la volée, tout promptement s'en est allé,
Va z-à la porte de la belle : « Éveillez-vous, si m'entendez.
j • Réveitlei-vous, belle endormie, réveillez-vous pour me parler;
■ C'est votre amant qui est i la porte, désire bien 3 vous parler. *
Tu fai da gran bugiarda,
Hai cominciato a cantar
E non si vcde l'alba. i
Le lecteur a déj songé au dialogue de Roméo et de Juliette; ce dialogue
avait un précédent dans une vieille chanson française où l'amant nocturne dit à
son amie que vient de frapper le chant de l'alouette :
< Il n'est mie jours,
Saverouzc au cors gent :
Si ment, amours,
L'alowette nos ment. »
(Chansonnier Douce ]o8, à la Bodiéienne; voir Archirts des M'usions^ i8{6,
V, Rapport de M. de la Villemarquéj
I. Var. Chanter un réveillez.
j. Grandes pour belles; l'idée de beauté est chez nous intimement unie ï la
Ikaaicur et au volume. Je me souviens que dans une légende où intervient la
Satate- Vierge, escortée de saintes filles, la narratrice, pour exprimer la supério-
rité de beauté de la Vierge, disait qu'elle était plus grande et plus grosse que
KS compagnes.
j. Retournaguet, Philomène Olivier. — Comte Jaubcrt, Chnairc du CatUe.
An mot riàrc^ on lit cet exemple :
* Que les étoiles sont brillantes, que la lune rait {,luU) clairement!
Mais les beaux yeux de ma maltresse Us le sont bien cent lois autant. >
î8 V. SMITH
4 La belle n'a mis ses pieds à terre, et descendant par les degrés,
Elle s'en va z-ouvrir la porte : c Entrez, cher amant, si m'aimez. ■
5 En regardant sa chère miounne. en lui voyant ses yeux brillants.
Il lui dit : « 0 chère miuunne, ton visage, il est charmant!
6 I Dïeu bénisse le pérc et la mère, le père et la mère qui t'ont nourri I
* Ont nourri la plus belle fille* que jamais n'ai vu sous les cieux*. *
VI.
LE BOUQUET
t L'on vient de m'annoncer une triste nouvelle,
L'on vient de m'annoncer que ma mie avait fiancé.
2 Passant devant sa porte, je me suis mis à pleurer :
■ Venez me consoler, ta belle, sans plus attendre,
* Venez me consoler, la belle, sans plus tarder.
) — Cher amant, retireZ'Vbus, ma fille n'est plus pour vous ;
i Cher amant, retirez'vous, ses amours sont promises,
« Cher amant, retirez-vous, ma allé n'est plus pour vous.
4 — Auparavant que |e me retire, |e veux lui faire un présent :
i Je veux lui faire un présent de la Heur la plus belle,
c Je veux lui taire un présent de la rose du printemps.
( ff Les ros' et les violettes ce sont des jolis bouquets ;
I Ce sont des plis bouquets que vont bien aux demoiselles,
« Ce sont des jolis bouquets que sont bien de présenter.
6 — Cher amant, si* tu prends la peine de me faire si beau présent,
f Tu seras le bien aimé de mon père et de ma mère,
c Et de tous mes parents, de moi premièrement*. »
La chanson qui précède semble appartenir à une série de chants de '
mariage dont elle serait le préliminaire; la donnée est de tous les temps,
d'hier comme d'aujourd'hui . La chanson qui suit nous reporte à une époque
déjà bien éloignée: elle nous remet en mémoire ces belles femmes de
I. M. Rathery cite ces deux vers d'un poète sicilien (Reiue da Deux-MonJcs,
1) mars 1862).
Bcnedetta sia la madré
Che ti fece cosl bella.
Il ajoute que ce souhait adressé par l'amant au père et i la mère de sa belle
est une sorte de formule que ne manque pas d'employer tout bon amoureux
italien. Nous retrouvons en effet cette même bénédiction dans le Latium, en
Toscane et i Venise (Caselli, rjo, 26, 219).
1. Vorey. Marie Chahricr-Cnastel.
j. Var. : « Ne prends pas. •
4. Chamalièrcs. Louis Cartal.
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET DU FOREZ
59
coq» de métier du xv* siècle, qui, au dire d'un historien contemporain' ,
figuraient au nombre des nnerveilles de Paris. Sans vouloir assigner à
notre chanson le xv siècle comme date d'origine, on peut croire qu'elle
est du siècle suivant, qui dut recevoir en héritage une pan de la beauté
des femmes qu'avait admirées Guillebert de Metz.
VU
LA BARBIÈRE.
1 Dans Pans j at une barbière qu'elle est si belle que le jour,
2 Qu'elle est si belle que le joure : trois chevaliers lui foni la cour,
] En se disant les uns aux autres : • Que ferons-nous pour lui parlera
^ Il faut aller sous sa fenêtre chanter un nouveau réveillez. •
) • Riveillez-vous, belle endormie, réveillez-vous, car il est jour,
6 • Mettez votre cœur* en fenêtre,
7 La belle mit son coeur en fenêtre :
8 — L'on dit que vous êtes barbière:
vous entendrez parier de vous. »
• Messieurs, de que demandez-vous?
la birbe^ la nous feriez'vousp [vous,
9 — Rentrez, rentrez, les gentilshommes, tous mes rasoirs sont prêts pour
10 4 La nappe blanche est sur la table, un beau bassin d'or et d'argent. >
1 1 Le premier coup de rasoir qu'elle donne, le galant change de couleur.
Il « Monsieur, si mes rasoirs vous blessent, pourquoi ne vous plaignez" vous
Ipas?
tj — Ce ne sont pas vos rasoirs, la belle, sont les amours que j'ai pour
[vous.
14 — Mes amours et mes amourettes. Monsieur^ ils ne sont pas pour vous,
t\ « Us sont embarqués sur la mer^ qui voyagent nuit et |0ur'. t
VARIANTE.
I Dans Paris y a-t-une barbière qu'elle est si belle que le jour,
a Si |e savais comment m'y prendre pour jouir de ses amours!
3 Pour jouir de ses amoures faut se lever au point du jour.
4 ■ Bien le bonjour, ma barbière; la barbe me feriez-vous?
( — Je l'ai faite au roi d'Espagne qui valait autant que vous. *
6 Si n'appelle sa servante : « Marguerite, levez-vous ;
7 ■ Apportez-moi mon grand plat d'or, mes rasoirs qui sont autour,
8 « Ainsi que mes joli's serviettes, sont plié's au pli d'amuur. ■•
9 Tout en lui faisant la barbe change trois fois de couleur. [pas?
10 • Monsieur, si mes rasoirs vous blessent, pourquoi vous plaignez-vous
1. Guillebert de Metz, cité par V. Le Clerc, Discours sur Citât éts ïeUnt au
XlV'sàcle, II, ip
3. Des chanteuses disent : « vôtre tète. » L'expression 1 cœur en fenêtre >
est d'ailttrurs fréquente dans les chansons.
j On appuie sur l'r. On pourrait écrire mire.
4. Vorey, Marie Chabner-Chastel. — Cf. Max Buchoo, Ch. pop. dt ta
Frâ»chc-ComU , So.
60 V. SMtTH
I r — Ce ne sont pas vos rasoirs, la belle, c'est votre cœur et vos amours.
|] — Mes amours, mon cœur volage, Monsieur, ne sont pas pour vous:
Ij < Ils sont embarqués sur la Saâne qui voyagent nuit et jour'.»
La chanson de la Hergère et le fils du roi nous fait voyager à cette
époque légendaire, où, peu gênés par la diplomatie, les rois étaient libres
d*épauser des bergères. Il était naturel qu'une chanson s! flatteuse pour
l'araour-propre féminin se chantât aux noces, et c'est ta destination
qu'on lui donne en Normandie, dans le Vexin, ta Beauce et le Perche ;
en Vetaj et en Forez, on ta chante à tout propos; c'est une de celles à
qui les chasseurs, aux heures de batte, donnent la préférence.
VIII,
LA BERGÈRE ET LE FILS DU ROI.
1 Dessous Paris y a-t*un grand bols,
Laolàl
La bergère y chante.
2 Elle y chante si clairement,
] Jusqu'à le noble fils du roi
4 IDe n'appelle son valet : <
5 « Mettez-lui la selle d'argent
la bergère y chante, .
tout le monde l'entende,
l'eniend-i! de sa chambre.
Va brider mon cheval,
et la bride dorée ;
6 f Quand mon cheval devrait crever îl faut que je la trouve. >
7 A fait trois fois l'enlour du Iwis, le dernier l'a trouvée.
8 f Bergère, dltesta chanson, ta chanson fort jolie.
9 — Monsieur, je ne peux pas chanter, mon cceur n'est pas en joie;
10 f Mon père est mort, ma mère aussi, et moi je les regrette.
11 — Belle, veux-tu te marier? te donnerai mon page;
13 ■ Et si mon page te' veux pas, te donnerai mon comte;
I) • Et si mon comte te veux pas, je te prendrai moi>méine.
14 M Dedans Paris t'emmènerai : lu seras demoiselle,
ij « Toutes les dames de Pans diront : Voit la belle I
Lan la!
• Et viendront voir la belle, Lan la! et viendront voir la belle >!
Quelques personnes ajoutent cette réponse :
t Demoiselle ne serai pas, je veux rester bergère. *
t. Vorey. La variante m'a été donnée par la même personne : Marie Cha-
brier-Chastel.
2. Pour tu ni.
j. Vorey. Marie ChabrierChastcl. — Rathery la donne comme une chanson
normande, du Vexin, de la Beauce et du Perche. Moniteur du zi avril rS^j.
Plus tard, il l'a mdiquée comme une chanson du Nivernais et du Bourbonnais.
Ricvuc Jes Deax-Monda^ ij mars 186a, p. J49.
Elle a été publiée, en 186), par Max Buchon, dans son petit livre : Chanli
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET OU FOREZ 6l
Elle appartient au monde idéal, elle exprime un sentiment raffine, elle
semble n'être qu'une conception tiuéraire à l'usage des délicats, cette
chanson de U BeiU au jardin d'amour, qu'on dirait détachée d'un livre de
précieuses, et cependant elle est, dans une certaine mesure, populaire;
quelques hommes la savent, quelques bergères la redisent. La plupart
s'arrêtent au souhait platonique du cinquième couplet, d'autres y ajou-
tent deux couplets d'une morale épicurienne dont la forme imagée est
encore tout anîficielte.
ÎX-
LA BELLE AU JARDIN D'AMOUR.
La belle est au jardin d'amour, elle y a paué ta semaine,
Son père la cherche partout et son amant en grande peine.
a ■ Demande la-z-à ce berger, s'il nous l'a vu*, qu'il nous l'enseigne.
— Berger, n'as-lu pas vu passer une fille la beauté même?
) — Oh! comment est-elle vêtue? — Elle est vêtue en soie ou en laine,
« Elle est vêtu' d'uo blanc satin. et son mouchoir couleur de rose.
4 — Elle est là bas dans ces vallons, assise au bord d'une fontaine,
I Entre ses mains tient un oiseau à qui la belle conte ses peines*.
j -^ Petit oiseau^ que tu es heureux d'être entre les mains de ma belle,
« Quand moi qui suis son serviteur je n'ose pas m'approcher d'elle! ^ *
6 ■ Que sert d'être auprès du ruisseau, dendurer la soif que j'endure?
— N'endure pas, mon bel ami, buvez puisque le bon vin dure.
7 — Que sert d'être auprès du rosier, sans en pouvoir cueillir la rose?
— Cueiliissez, amant, cueiilissez, car c'est pour vous qu'elles sont
lécloscs. ■
X,
LES TRANSFORMATIONS.
Avec quelque apparence artificielle, la chanson des Transformations a
été et est encore extrêmement populaire. Quand cette chanson fut envoyée
pcp. dt la Francht-Comii.
Elle n'est pas oubliée au Canada. Dans le recueil : Ck. pop. 4a Canada,
3uébec, iS6j, Gagnon en donne un fragment, v. p. ç>6. Suivant cet éditeur,
lé se chante encore aujourd'hui en Suisse, au pays de Vaud.
CL Marmier, Ch. pop. du Sotd. Suède, La pcli'c btrgere^ 219.
Voy. Afi'/uîinf, n» du 20 février 1S77, La btrgiic th'ignie^ chant de danse
bretonne, publié par M. E. R.
1. Var. : Elle est là bas dans le jardin^ auprès d'une claire fontaine,
Et de sa tnain tient son laurier, et de sa bouche conte ses peines.
a. Saint-Jusl-Nlalraont, Lagrevol père, r868. — Cf- Champfleury, Picardie,
j , Bujeaud, côtes du Poitou, Aunis; Sainlonge, I, 219.
$3 V. SMITH
de l'arrondissement d'Aix à la seaion du Comité de la langue chargée de
réunir les chansons dignes de voir le jour dans un recueil national,
certains membres du Comité ne crurent pas à la popularité de ce chant,
ils craignirent même une supercherie; M. Guigniaui, dansia séance géné-
rale du 9 juillet iSj^ \ fait connaître que ces craintes s'étaient dissipées
par la réception de versions nouvelles, l'une venant d'un département du
nord, l'autre du Berry. Plus tard, le Comité recevait de points différents
quatre autres versions. C'est que cette chanson est Pune des plus popu-
laires de la France, Tune de celles qui plaisent le plus à l'esprit par la
forme de la lutte qu'elle revêt, par l'ingénieuse invention de ressources
que chacun des deux interlocuteurs est contraint de déployer. Nos dente-
lières ont pbisir à la chanter aux veillées, et en juin, quand les jeunes
hommes de la monugne descendent dans nos coltines ou dans nos
plaines pour prêter leurs bras aux fauchaisons et aux moissons, le Jeu des
transformations est, aux heures de repos, l'une de ces chansons avec
lesquelles ils aiment à mesurer la puissance de leur voix.
I • 0 petite brunette que j'aime tant,
i Je te donnerai le livre de mon argent*,
« Si tu voulais me readre mon cœur content.
z — Je ne veux point du livre de ton argent,
» Je veux me mettre en dame dans un couvent :
■ Jamais tu en auras le cceur content.
] — Si tu te mets en dame dans un couvent,
■ Je me mettrai en prêtre, gaillard chantant,
• Confesserai tes dames de ton couvent.
4 — Si tu te mets en prêtre, gaillard chantant,
i Je me mettrai en lièvre, courant les champs,
• Et jamais tu en auras te cœur content.
j — Si tu te mets en lièvre, courant les champs,
< Je me mettrai en forme d'un chien courant,
■ J'attraperai te lièvre, courant les champs.
6 — Si tu te mets en forme d'un chien courant,
a Je me mettrai en grive, volant en l'aïr,
• Et [anuis tu en auras mes amitiés.
1 . Bulletin lie la langui, II, 701 .
2. Allusion probable aux livres de raison dont l'usage était très-répandu dans
notre pays, non seulement chez tes familles nobles ou bourgeoises^ mais encore
chez les paysans aisés qui savaient écrire. Cn livres, on le Siit, contenaient avec
les comptes de la maison, les pnncipaux événements de la vie de famille. Notre
amant, en offrant 1 sa belle le livre de son argent, lui donne, pour ainsi dire, la
direction domestiaue, le plein pouvoir sur sa fortune, l'équivalent des clefs du
coffre ou des cordons de la bourse.
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET DU rOREZ
7 — Si tu te mets en grive, volant en l'air,
« Je ne mettrai en forme d'un bon chasseur,
■ Je tirerai la grive, volant en l'air.
8 — Si tu te mets en lorme d'un bon chasseur,
i Je me mettrai en caille, volant au blé,
i Et)amais tu en auras mes amitiés.
9 — Si tu le mets en caille, volant au blé,
• Je me mettrai en forme d'un moissonnier,
i J'attraperai la caille volant au blé
10 — Si tu te mets en forme d'un moissonnier,
t Je me mettrai en truite dans la rivter,
f Et jamais tu en auras mes amitiés.
11 — 5i tu te mets en truite dans la rivier,
• Je me mettrai en forme d'un esparvier,
« J'attraperai la truite dans la rivier. .
6)
d'un esparvier,
sur un rosier,
mes amitiés.
sur un rosier,
d'un jardinier,
12 — Si ta le mets en forme
t Je rac mettrai en rose
■ Et jamais tu en auras
1 3 — Si tu te mets en rose
t Je me mettrai en forme
< Je cueillerai ia rose sur te rosier.
14 — Si ta te mets en forme d'un jardinier,
« Je me mettrai en pomme sur le pommier,
■ Et jamais tu en auras mes amitiés.
15 ~ Si tu te meti en pomme sur le pommier,
i Je me mettrai eo forme d'un grand panier,
« Je cueillerai la pomme dans te panier.
16 — Si tu te mets en forme d'un grand panier,
I Je me mettrai étoile au firmament,
c Et jamais tu en auras
17 — Si tu te mets étoile
« Je me mettrai nuage,
< Je rongerai* l'étoile
18 — Si tu te mets nuage,
t Tu m'as suivi' partout
ton cccur content.
au firmament,
nuage blanc,
du firmament.
nuage blanc,
jusqu'au 6rmamenl,
€ Prends-moi en mariage, brave galant ^1 t
( . Vir. : ( couvrirai- »
2. Chamaliéres. Communiqué par Avinain, le cordonnier. — Nous retrou-
TOBS ce chant dans la partie du Forez voisine du Bourbonnais, en Bourbonnais
et en Berry. Voy. de Laprade, Perntttc, note p. 287; Allier et Bâliu)er>
AâàtA Bûti/bonnau^ 11, partie a, 22; ChampSeory, 90; Jaubert, Gtossairt du
Cmtrt, au mol Mnstta.
Gagnon en aonae deux variantes canadiennes. Ch^ pop. du Canada, Québec,
On le chante en provençal et en caUUn. Arbaud, II, 128; Briz, CânU popu*
64 V. SMITH
Nous entrons dans une seconde série de chants ; ceux-là ne traduisent
plus de tendres propos, d'ingénieux devis d'amour, ils racontent ou pour
mieux dire ils montrent vivants les actes de dévouement, de violence ei
de ruse que Pamour inspire. Ils vont au but d'un pas rapide et quelque-
fois par bonds étranges. Ces sauts surprenants ne sont pas seulement
dus au dédain des transitions qu'affecte la poésie populaire, mais encore
aux lacunes de la mémoire des chanteurs. Nos chants dramatiques étaient
à l'origine vraisemblablement plus développés et mieux suivis; peu à peu
ils ont rejeté certains vers qui n'ont pas paru essentiels, et d'élimination
en élimination, quelques-uns sont arrivés à ne présenter que des formules
sommaires d'un fait, quelques autres sont devenus inintelligibles à force
de brièveté et de décousu. La comparaison avec les chants parallèles
des autres régions permet quelquefois de mesurer ce qu'ils ont perdu, et
de reconstituer et leur sens et leur mouvement.
Le chant de Florence, assez étendu et des moins incomplets, n'a pas,
je crois, échappé à quelques lacunes, et la fin en est singulièrement
précipitée. Nous le tenons vraisemblablement du midi, et il a gardé
en Languedoc et en Catalogne, en Provence sauf quelques exceptions,
la fidélité de ses assonances en i. Dans le Velay et au sud du Forez, ce
chant est mêlé de patois et de français; c'est à croire qu'une lutte s'est
établie entre les deux langues, et celle-ci a fini par triompher de celle-
là ; mais, en la remplaçant, elle en a le moins possible changé le dessin ;
le tissu nouveau voile à peine la forme première.
XI.
FLORENCE.
I Petit Jean se marie, se marie à Paris.
Petit Jean se marie, (la violette ' !) se marie à Paris,
tars cjliiifinj, l. i2j. On le chante en languedocien; v. Miïusinty 3o juillet 1877.
On le chante en ladin, dans l'Engadine, Roman'ia^ III, 114. Compte-rendu
par M. J. Cornu, du recueil de M. de Ftugi.
Sous le titre, u Coucou et la ToururelU, M. V. Alexandri a publié la traduc-
tion d'un chani roumain qui présente la plus itroiie analogie avec notre chant
des Transformations. Bailadu ti th. pop. de la Roumanie^ j j.
Est-il besoin de rappeler U radieuse interprétation que Mistral a donnée de
notre chant, dans les strophes de Magali de mr'eio?
Les références indiquées plus haut ne comprennent que des chants où s'éta-
blît un débat, une lutte d'adresse entre l'amant et la maîtresse. Les chants dans
lesquels l'un des deux seulement expnme te désir d'être transformé en l'objet qai
louche de plus près l'être aimé appartiennent i toutes les poésies ; un tel désir
est le von) universel de la passion, et sa manifestation n'est point ce qui carac-
térise notre êgloguf; ce qui fait son originalité, c'est cette série de problèmes
que l'un des interlocuteurs pose à l'autre, et l'heureuse promptitude avec
laquelle cet autre les résout Les chants où se déroulent de tels problèmes de
métamorphoses sont donc les seuls qui peuvent être considérés comme des ver-
sions parallèles ou parentes â notre chant,
I. Refrain que certains chanteurs intercalent entre les hémistiches.
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET DU FOREZ
2 A pris remme si jeune, qui se sait pas vêtir.
) Il reçoit une lettre qu'en guerre il faut partir.
4 « Hélas! de ma Florence, que va-t-die devenir?
5 — Donnez-la à votre mère: elle vous la gardera.
6 — Ma mère est si cruelle, me la mautraitera.
7 — Mère, voilà ma Florence, me la maulraitez pas;
8 « Ne lui faites rien faire, que boire et que manger,
9 • Filer sa coulognetle, quand elle voudra filer,
lo'i Et aller â la messe, quand elle voudra y aller. •
1 1 En allant z-i la messe, les Sarrasins Kont pris'.
1 2 Au bout de sept années, petit Jean nen revint.
I) Trois coups frappe à ta porte. sa mère lui vient ouvrir.
14 I Où donc est ma Florence qu'elle vienne pas m'ouvrira
«5
n'en reste plus ici ;
les Sarrasins l'ont pris' t
quand saurais de mourir,
tout d'or ou d'argent 6n,
if — Hélas! de ta Florence
16 t En allaol-z-à la messe,
17 — Il faut que |e la trouve
18 Nea fit faire une barque,
19 La mit sur la rivière, rivière de Paris.
20 Nen fit trois cinq cents lieues sass personne trouver.
21 Trouva trois lavandières qui lavaient des draps fins.
22 « Oh! dites, lavandières, i qui sont ces draps fins?
2) — Sont du château des Maures, des Maures Sarrasins.
24 — La maître que gouverne, comment l 'appellent-ils ?
3f — L'appellent la Florence, \a fleur de son pays.
26 — Comment pourrai-je faire pour lui pouvoir parler?
27 — Faut s'habiller en pauvre, en pauvre pèlerin,
28 < Et demander l'aumâne au nom de Jèsus-Christ. a
29 Florence la lui donne, sans connaître son mari.
50 • Dame, donnez-moi z-à boire, dame de mon pays!
ji — Mais il n'est pas possible que soyez de moo paysj
}2 < Mais les oiseaux qui volent n'en peuvent pas venir :
j) « N'y a que les hirondelles qui vont par tout pays, t
)4 Elle Lui apporte à boire en tasse d'argent fia.
)( A connu à son boire qu'il était son mari.
j6 « Oh! dis-moi donc, Florence, veux>tu pas t'en aller?
)7 — Zo voudrio pas ouï^ dire,
)8 L'a pris' par sa main blanche,
jg Le Maure qui est en fenêtre,
40 • Tu emmènes ta Florence :
41 < Sept ans l'avons habillée,
42 ■ Sept ans l'avons chaussée
voudrio être en îsami. »
à cheval l'a monté",
regardant tout ceci :
sept ans l'avons nourri',
en tafïetas très-fin,
en souliers maroquins! ^, ■
t. Ces dix premiers vers rappellent à peu de chose près le début de Lu Por-
ckcronnci voy. Romjn'ui^ l, j^^.
2. Oui, pour l'infinitif OuJ^r.
}. Marlhes, i" J.-B. Riocreux. —Cf. Noëlas, Baîlttin précité, n« d'oct.
[8é{; E. Muller, iournal le Mémorial de la Loire, 2^ septembre 1867; Arbaud,
Ronsniê, Vil
S
66
V. SMITH
XII.
LA DÉROBÉE.
La Dérobée a l'apparence d'une chanson historique; elle est rare, je ne
l*ai entendue qu'une fois.
1 On dit que dans Lyon, y a-t-une belle fille,
Chantoos rossignolel !
On dit qup dans Lyon y a-t-une belle fille.
2 Mais tant belle qu'elle est, son père tient la garde.
} Sont quatre-vingts soldats, sont tous dessous les armes
4 Le plus jeune des trois la prend, l'a dérobéie.
( Si la prend, l'a mené' au cliâteau de son père.
6 • Bonjour, bonjour, père*, ouvrez à ma fiancèic.
7 — Tu n'as menti, soldat', que lu l'as dérobéie.
8 — Dérobéie ou non, sera mon espouséie. »
9 Si la prend, l'a monté* dans la plus haute chambre.
10 Sept ans y a bien resté sans voir soleil ni lune.
1 1 Mais, au bout de sept ans, mit son cœur en fenêtre.
n, 73 ; Ferraro, Canti Monjtmtùj 44; Alger, Rcvat du langues romanes, VI,
at4 ; Milâ y Fontanats, Romamtnilo catalan, 109; Briz,Canïf popuhrs catalans^
ni, 61 ; Damas-Hinard, Romancero tspaenol, 11, a6j ; Morianaet U moreCalvan,
— Il, 276, Julianaa; Luzel, Ck. pop. 2e U 8asse-Brilagne, II, 21: Us Sarra-
stns.
Une note que M. Arband a reçue de M. Germain de Montpellier et dont il
accompagne son chant provençal semble indiquer que, sur la foi du nom que
porte l'héroïne de notre chant dans la région languedocienne, une famille, L'Ès-
crivay de Monistrol, considère le drame de noire complainte comme un événe-
ment dont sei ancêtres furent les acteurs. La victime au rapt mauresque qui, en
Forez, en Provence, en Piémont, s'appelle Florence, se nomme, il est vrai,
L'Escrivatte aux environs de Montpellier et L'Escrivane dans une partie de la
Catalogne, mais il faudrait se garder de voir dans les noms que prennent les
chansons la preuve d'un rdic historique qu'aurait joué telle ou telle famille. Ce
serait compter sans le travail que fait partout l'imagination populaire Les chan-
sons portent divers noms selon les pays où on les chante. Pour ne parler que
de la FoTchaonnt que Florence rappelle par plus d'un trait, le héros s'en nomme
Beauvoire en Provence, en Forez et en Veïay, Bcaufort sur certains points du
Languedoc. Jousseaumeen Poitou. Quelquefois dans une même région les chan-
sons sont baptisées de noms divers. En Velay, quelques personnes remplacent
Beauvoire par de Beaume; en Catalogne, L'Escrivane s'appelle aussi Arcise la
Maiorquine. Tous ces noms divers sont de pures créations que l'imaginattoo
locale applique gratuitement aux faits ou aux fictions dont les chants perpétuent
le souvenir.
I . Pour le besoin de l'équilibre du vers, la chanteuse accentue Vc muet. Cette
accentuation de \'e n'a d'ailleurs rien qui blesse les personnes qui, d'habitude,
parient un palois dont I'j ou Vo forme fa muette, et aont \'e est toujours accen-
tué. Ces personnes, par un mouvement naturel, transportent au français, qu'elles
parlent rarement, la façon de prononcer de leur patois quotidien.
a. Var. : « sodat. •
VIEILLES CHANSONS DU VELAT BT DU FOREZ 67
13 De là neo voit venir la reine d'Angleterre.
I) ff Bonjour, bonjour, la reine! — Amais* à vous, la belle.
14 — Y a rien de nouveau au pays d'Angleterre?
I ( — Y a rien de nouveau, mais pour vous y a grand guerre.
16 — Y ait guerre* ou non, suis 611e mariée^. •
Les chansons de rapts maritimes dont nous allons reproduire les frag-
ments sont purement romanesques. Si on veut les trouver moins défigu-
rées, plus complètes, il faui les demander aux provinces qui bordent la
mer; en Bretagne, les quelques vers que nous avons rangés sous le titre :
U Bauau de blé^ se transforment en une chanson à qui rien ne parait
manquer, et la Vendée compte parmi ses plus belles poésies la chanson
trop sommaire que nous avons intitulée l'Epée libératrice.
XIII.
LE BATEAU DE BLÉ.
1 « Bon marinier, combien vendez-vous votre blé?
2 — Entrez, Mademoiselle, entrez, si vous convient vous l'achèterez. ■
3 La belle ne fut pas dans le bateau, l'a mis vaguer au milieu de l'eau,
4 En s'ècriant tout haut : i Voici le maître du vaisseau !
5 — Bon marinier, mets-moi au bord, te donnerai mon anneau d'or.
è — Ni pour de l'or ni pour de l'argent, \t n'en suis pas te maître du
7 En s'écriant tout haut : t Voici le maître du vaisseau!* i [vent, •
1 . Aussi.
2. < guerre, » pour la mesure.
}. Chamalières. Miriannctte Vincent. Cf. Arbaud, I, 1^9, Loutsom. Arbaud
fait remarquer, dans ioaisoun, la fréquence de la terminaison tio; nous pour-
rioas chez nous faire une remaraue analogue; sauf pour lemol murûlt, l'^s'inter*
cale entre les deux e dans tous les mots à terminaison féminine dont i'e e.st la
dernière voyelle accentuée : dirobite, funccic, cspousiie. Cette forme n'a du reste
rien de particnlier à notre chanson, le lecteur l'a déj reucoutrée, un peu moms
répétée, uo peu plus clairsemée en divers chants. Elle n'est pas non plus spé^
ciale à la langue poétique; le langage usuel des vinlles gens fournirait plus d un
CXRDple de cette interposition de l'i, soit en patois, entre IV caractérise et t'oou
fa maet, soit en français, à la rencontre des deux r, dont le premier est réson-
■ant, le second éteint. Ce n'est pas seulement entre deux e que l'i s'insère, il
internent encore entre deux voyelles difTcrentes^ l'une sur laquelle on appuie,
Pautrc sur laquelle on glisse, on même entre deux voyelles qu'on accuse. On
dira par ex., ruu pour vue, saluiant pour saluant, etc.
^. Cette chanson m'a été dite à Vorey par Philomène Quintin. — Cf. Poy-
migrc, Ch. pop. de la valUt d'Ossan, dans la Roman'ia^ III, 99; Tarbé, II, 2}0,
Lt marinier lu Pont-iur^Yonrit ; Ampcrc, 41. Il n'est pas dit dans les Instructions
d'où vient le chant, mais comme il est dû i M. de Corcclle, qui en a envoyé
plusieurs autres de Bretagne, on e^l autorisa' à croire que cest en Bretagne
qu'U a été recueilli. Gagnon, en tête de la le^oo canadienne qu'il publicité donne
comme un chant encore populaire en Bretagne. V. p. 24.
68
V. SMITH
XIV.
LES VAISSEAUX COUVERTS D'ARDOISE.
1 La bergère gardant ses moutons, U haut sur rherbetle*,
2 La bergère gardant ses moutons, itie s'est endormie.
} Le premier qui vient à passer, le Bis d'un capitaine :
^ • RéveilleZ'VOus, belle, si vous donnez, je vous serai fidèle.
\ — Pour fidèle je n'en suis pas^, je suis fille abandonnèie.
6 — Mon père a trois vaisseaux sur mer, ils sont couverts d'ardoise.
7 f Y en a un qui est plein de diamants^ et l'autre de farine,
8 I Y en a un qui n'a rien dedans, c'est pour moi (et; ma mie**
<) I Mettez le pied dans mon vaisseau, vous verrez l'ardoise. »
10 La belle n'a pas mis le pied dedans, le vaisseau l'emmène,
1 1 « Matelot, charmant matelot, ton vaisseau m'emmène.
12 — Ça n'est pas moi que je le fais marcher, c'est le vent qui souffle*. »
XV.
LA nLLE JETÉE A LA MER.
1 Marion se promène tout le long de la mer,
Marion se promène, hélas î tout le long de la mer.
2 Ncn voit venir une barque de trente mariniers.
) Le plus jeune des trente chantait une chanson.
4 ■ La chanson que vous dîtes, je la voudrais savoir.
( — Rentrez dans notre barque, belle, nous vous l'apprendrons. •
6 Ne fut pas dans la barque, qu'elle s'est mise à pleurer.
7 « Quoi pleurez-vous, la belle, qu'avez-vous à pleureri"
8 — Je pleure mon cceur volage, galant, vous me l'avez.
9 — Pleurez pas Unt, la belle, car nous vous le rendrons.
10 — Ça ne peut pas se rendre comme de l'argent prêté. ■
1 1 La prend par sa main blanche, dans la mer l'a jetéV
12 • Chantez, chantez grenouilles, vous avez de quoi chanter,
I] < Vous avez de l'eau â boire et ma mie i manger^! »
1. Var. : • sur l'ardoise, i
2. Cet hémistiche que je n'essaye pas d'expliquer m'a été dit sur différents
points.
j. Var. : c plein d'argent, i
4. Var. : ■ sera pour vous ma mie. *
{. Chamalières, Manannetle Vmcent, f*»* Alibert. Bien que ce chant m'ait été
dit en divers lieux par divers personnes oui s'arrêtaient au même point, il paraît
inachevé. Cf. Puymaigre, 107, 1^ FilUaa princt: Durieux, Ch. pop. au Cam-
hriiUi II, î9, C'^Jil i>ij}itt à un princt. On peut voirunecertaine .inalogie dans
le chant provençal de Huru hu malado. Arbaud. M, lai.
6. Chamalières, Manannette Vincent, f">» Alibert.
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET DU FOREZ 69
XVI.
L'AMANT ET LA BAGUE.
1 C'est la fille d'un prince, tant matin s'est levé',
Tant matin s'est levé' Sur le bord de l'isle,
Tant matin s'est levé' Sur le bord de l'eau,
Tout auprès du vaisseau.
2 Nen voit venir une barque, trente soldats dedans.
} Le plus jeune des trente chantait une chanson.
4 fl La chanson que vous dites, je la voudrais savoir,
5 — Eutrez dans notre barque, belle, nous vous l'apprendrons. »
6 Nen fut dans la barque, le chant l'at endormi'.
7 Quand la belle se réveille, elle s'est mise à pleurer.
8 I Que pleurez-vous, la belle, que tant vous chagrinez?
9 — Hélas! ce que je pleure, y a bien de quoi pleurer :
10 I Je nen pleure ma bague, dans l'eau je l'ai tombé'!
1 1 — Pleurez pas tant, la belle i j'irai vous la chercher, a
[ 2 Le galant se dépouille, dans l'eau il s'est plongé :
1 5 La première fois qu'il plonge, la bague il n'a touché;
14 Le second coup qu'il plonge, le galant s'est noyé.
i\ f Oh ! maudit soit la bague, mon amant s'est noyé ! * •
XVII.
L'ÉPÊE LIBÉRATRICE.
1 La fille d'un prince tant matin s'est levé'.
Tant matin s'est levé' sur le^ord de France,
Tant matin s'est levé' sur le bord de l'eau,
Sur le bord du vaisseau.
Charmant matelot !
2 N'a vu venir une barque^ trente garçons dedans.
3 Le plus jeune des trente ne chante une chanson.
4 ■ La chanson que vous dites, la voudrais bien savoir,
t — Entrez dedans la barque, mie, vous l'apprendrez. •
6 Quand ne fut dans ta barque, le chant l'at endormi*.
7 Quand la belle se réveille, elle ne fait que pleurer.
8 « Hé ! qu'avez-vous la belle, que tant vous souspîrez ?
9 — Je pleure mon père, et ma mère-z-aussi.
10 — Ne pleurez pas votre père, ni votre mère aussi.
I. Marihes, f*»* Peyron. — Cf. Bujeaud, II, 160. Us cUh d'or ; II, 16}, La
filU du roi iPEspaene; Champfleury, 21^, Champagne, Sur le bord de l'Ile:
Puymaigre, 62, L amant noyé; Beaurepaire, ^, L'anneau d'or; Gagnon, j6,
haUau ry promine ; 208, Citait une frégate.
V. SMITH
11 — Je pleure mon cœur volage, galant, vous me l'avez.
12 « Donnez-moi votre ipée, galant, si vous l'avez, i
1} N'a tiré son épée, dans son sang Ta plongé'.
Les rapts qui hantaient l'imagination de nos pères et se traduisaient en
leurs chansons n'étaient pas tous l'oeuvre de la séduction et de ta vio-
lence et ne se terminaient pas invariablement par des fins tragiques et
héroïques. Il en était que les dérobées, oublieuses de toute noblesse et
de toute vertu, avaient elles-mêmes inspirés. De ces rapts consentis, les
uns sont d'une légèreté gaie ; d'autres, d'un blessant cpisme. Voici un
chant où l'égolsme du plaisir se manifeste en sa férocité la plus révol-
tante : on le prendrait pour le début d'une complainte de parricide.
XVIÏI.
LA FILLE DE L'HOTESSE.
1 L'hôtesse de Saint-Flour a une tant belle fille,
Une tant belle fille, belle comme le jour.
Trois soldats de Toulouse lui vont faire l'amour.
2 Le dimanche matin, passant devant sa porte,
Passant devant sa porte, lui dit : • Mie, bonjour,
■ Voulez-vous pas anaz à la guerra, à la guerra iavec nous? *
) — Attends un petit peu, ramasser mon bagage,
f Ramasser mon bagage, et puis nous partïroos,
■ Nous monterons en chaire, comme des amoureux. >
4 En son chemin faisant, rencontre la servante^
Rencontre la servante : « Servante de chez nous,
I Disia rien z-à mon payra, ni' dius de la maison. ■
i La servante en entrant lui dit : • Bonjour, mon maître, »
Lui dit : < Bonjour, mon maître, votre fille s'en va,
fl Avecque trois capitaines, rejoindre le combat. >
6 Le père en despérant s'en va brider sa mule,
S'en va brider sa mule, et puis ille s'en va,
Va rejoindre sa fille sur le pont de Vignon.
7 De si loin qu'il l'a vu' : c Arrête capitaine t
1. Fraisses. i868. Marie Jacquet, !■• Moll, octogénaire. — Cf. Bujcaud. II,
177, La filU tirs Sables: Beaurepaire, Le beau marimir. Dans an cadre dilTérent,
une chanson du pays messin présente un même dénoûment : Puymaigre, 95,
La plh du pJtissier
voyez aussi les leçons pîémontaise et monferrine, la première, donnée par
Nigra, sous le litre : (/ Corsaro, en son recueil Canzoni poyolari Jd Pumonte;\a
seconde, donnée sous le même titre, par Ferraro.
2. Pour « i deiodîus, » à personne.
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET DU POREZ J]
4 Arrête capitaine t je veux le dire ua mot,
( Tu me rendras ma fille, la belle Jeanneton. i
8 La Jeanneton n'a dit : « I faut tuer mon père;
■ I faut tuer mon père, le jeter sous le pont :
• De l'argent de la mule nous en divertirons*, i
Heureusement quelques-uns de ces rapts consentis ont une terminaison
moins barbare. Trois soldats enlèvent une fille, la mère pleure, la fille la
console en lui disant qu'il n'y a pas de quoi pleurer ; elle ne va pas plus
loin que Lyon; elle sera maîtresse chez elle, elle aura tomes les clefs et
balaiera sa chambre avec un joli balai.
XtX.
Elii vé le pont de la Sainta *,
O la lan de riiaîne !
Y aia tri dzenta m^sou.
O lan la de riiou !
1 Y aia trè dzenta fillouna, tré dzenta couma le dzou,
j Una perdessus las aulra, la noumave Dzanetou
4 Chi H)un paëra la peignava o 'na peigna d'ardzentou,
( Chi sa maêra la cocffava o 'na coéffa da velou.
6 « Chi lou soudar ce passavan, rottbaian la Dzanetou! >
7 N'aguèran pas gui^ paraula. lou soudar per la mésou.
8 fl Ne plourez pas tant, ma maèra, me vo ma dzusqu'i Lyou,
9 ■ Chéraî maistre gouvernants, tirarai ta cla de tout,
10 I M4 balyerai ma tsambra
« 0 la lan de htaine!
■ Obe dzenti balyou.
« O lan la de ritoo^ I •
Je voudrais pouvoir ajouter une autre chanson de rapt sans violence
qui se chante non-seulement en Velay et en Forez, mais encore en Pro-
vence * et en Piémont*'; la leçon que j'en ai est trop altérée pour
que je puisse l'insérer ici. Cette fois nous n'avons plus affaire à des soldats
que rien n'arrête, mais au fils d'un grand seigneur plus discret et plus
délicat. Ce jeune homme fouille un buisson de la pointe de son épée, un
1. Vorey. Sophie Foarigoule.
2. Pont sur le Lignon du Velay, entre Yssingeaux et Montfaucon.
f. Pour • dit ■ mih « dit » ne rendrait pas le son pJïois du mot, c'est gai
qui eit récriture ta plus approximative du son ; on ccule sur \'u comme dans ijui.
4. Les BeauY, près Yssmgeaux, Madeleine Saby.
(, Arbaud, II, 97, Lou ru a soun pagi.
6. Nigra, 178, ù Fof^a.
72 V. SMITH
cri s'en échappe : *> Pourquoi toucher à mon abri ^ » dit la douce voix
d'une bergère. Le cavalier regarde et voit devant lui une jeune fille dont
l'âge tendre le retient. « Si tu étais moins jeunette, lui dit-il, je t'emmè-
nerais avec moi. n « Je suis comme l'herbette, réplique la bergère, je
crois la nuit et le jour. » Enhardi par cette réponse, le fils du seigneur
ordonne à son page de prendre en selle la bergère derrière lui. Le page
obéit, et la bergère à peine en selle, il n'a rien de plus pressé que
de la courtiser, si bien que la chanson doit finir par un rappel à Tordre :
" Tout beau ! tout beau, le page ! cric son maître, ce n'est point pour
vous cela, c'est pour quelqu'un qui porte chausse rouge et pourpoint de
velours! «
La distance n'est pas grande de ces chants de rapts volontaires à ceux
qui vont nous montrer des jeunes filles, de concert avec un amant inopi-
nément retrouvé, désertant le couvent où les avait renfermées la volonté
paternelle, ou que, lasses d'une trop longue attente, elles avaient elleâ-
mémes choisi pour asile
XX.
LE JARDINIER ET LA JEUNE SŒUR.
j I Oh < si mon père, oh st ma mère savaient que je parie aux amants,
t Ils me feraient sans plus attendre renfermer dedans un couvent. ■
2 Ce qu'ille n'a dit n'a pas manqué, dans le couvent fut renfermé',
A quatre cent lieues de la viile, i l'abbesse l'ont recommandé* :
• Ayez bien soin de notre fille, qu'aucun amant vienne lui parler. •
) Le garçon sjit son métier, s'est habillé en |cun' jardinier,
A la porte du couvent il s'adresse, à l'abbesse demande à parler.
Il savait bien que sa maîtresse était dans la communauté.
4 La mère abbesse vient lui parier; le jeune homme demande à travailler.
■ Entrez, entrez, garçon, brave homme, entrez dedans notre abbay':
• Vous cueilttrez tes belles roses, que notre jardin produit. »
{ La mère abbesse va se promener, la jeune fille à son câté.
■ Quel accent* oh! il travaille! belle, demandez-lui une fleur. •
La belle et le monsieur, tous deux n'ont changé de couleur.
6 Tout en prenant le bouquet, lui dit : i Vous viendrez me trouver,
• A minuit, dedans ma chambre, prendrai mes habillements;
I Sans dire adieu 1 mes compagnes, nous irons abattre^ les champs*, i
1. Avec Quel courage.
2. Pour battre; voyez au sujet de l'apposition de \*a devant certains mots,
Romania, IV, ii i, note i.
). Vorey. Rosalie Farigoule. —Cf. Paymaigrc, jg, L'cnlhcment.
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET DU FOREZ
73
XXI.
LE SOLDAT AU COUVENT.
f t h suis tillett«sans amant, seutette depuis quelque temps;
• Mon amant est allé en FLindre, joindre son joli régiment,
■ Et mui 6llette, pour l'attendre»
2 ■ Si mon amant reste long-temps,
■ Dans on couvent de religieuses,
* Et j'en serai la bien heureuse,
} Mais au bout de six ans au plus,
S'en va-z-au logis de son père,
souffre pour lui mille tourmeots.
je m'en irai dans un couvent,
sans profiter de ses amours,
pendant le restant de mes jours, i
son cher amant est revenu,
lui fait présent de son salut,
En disant : < 06 est -elle ma maîtresse. celle que mon ctrur aime tani^
4 — Celle que votre cœur aime tant, s'est en allé' dans un couvent,
> Dans un couvent de religieuses, sans profiter de vos amours,
N Elle en sera la bien heureuse, pendant le restant de ses )Ours. •
\ Mais le galant se prend, s'en va tout droit i la porte du couvent,
De son pied droit frappe la porte : ■ Qu'on vienne m'ouvrir prompte-
[ment,
« Et qu'on m'amène ma maltresse, celle que mon cœur aime tant! ■
6 La mère abbesse sort du couvent, vient lui ouvrir bien promptement.
< Bien le bonjour, mère l'abbesse; laisseriez -vous pas me parler
4 A une jeune saur novice, qu'elle est entré' le mois passée
7 — Retirez-vous, séchez vos pleurs, nous recevons point des scrvitetirs;
t Ah! puisque c'est votre maîtresse, qu'elle est ici dans notr' convent,
< H faudra bien qu'elle y reste, malgré son mécontentement.
5 — G mère abbesse, prenez, pitié, je viens du service du roi.
■ Ah I je sais bien, faut qu'elle y reste, puisqu'ellecst soumise à vos lois:
« Auparavant que je m'en aille, je veux la voire une autre fois. »
9 La mère abbesse n'a pris pitié, la jeune sceur n'at appelé'.
Le voile blanc dessur la tète, levant les yeux, versant des pleurs :
• Galant, si j'en suis religieuse, c'est vous qui en êtes l'auteur. •
10 Mais je lui ai dit par trois fois: < Belle, donnez-moi votre doigt:
• La bague d'or que je vous donne, c'est une marque de ma foi,
c Et jamais j'en aimerai d'autre; la belle, souvenez de moi. *
1 1 En lui donnant la bague d'or, le fpune amant n'est tombé mort.
• Ouvrez, ouvrez vite la porte. )C veux le couronner de fleurs. »
Aussitôt le galant se lève, n'at emmené la jeune sceur.
I a La mère abbesse lui court après, la jeune SŒur n'at appelé.
> Adieu, adieu la mère abbesse, adieu, adieu, c'est pour toujours.
• Si j'emmène ma maîtresse, avec elle finirai mes jours. * '
I. Les Beaux près Yssingeaux^ Solier fils. Cf. Puymaigre, ju i*amaiit fi4Ue.
- Une ch<iBson sur le même sujet a été envoyée au Comité de la langue par
74 V. SMITH
Les évasions de prison ont inspiré quelques chansons où se déploient
les ruses et les dévouements féminins.
XXIl.
LE PAGE.
1 Dessus le pont de Nantes, tout en me promenant,
J'ai rencontré ma mie : la voulant caresser,
La justice de Nantes m'a rendu prisonnier.
2 Quand la belle entend dire que son amant est pris,
Elle s'habille en page, en page fort joli ;
Dans la prison de Nantes, la belle s'y rendit.
3 Quand elle fut à la porte, trois coups de pied h'appa.
I Madame la geôlière, aurais-je permission
< Pour aller voir mon maître qui est dans la prison ?
4 — Par votre belle grâce, belle, vous y entrerez.
« Faites parole courte à tous ces prisonniers ;
c Dans un petit quart d'heure on viendra les juger. •
( Quand la belle bit entrée elle s'est mise à pleurer.
I Quitte tes habits vite*, prends les miens promptement,
c Et mon cheval de poste qui va comme le vent.
6 — Comment ferai, la belle? partout jen suis connu.
— Tiens ta tête baissée, marche modestement,
c En passant par les rues, ne reste pas long-temps. •
7 Et à bout d'un quart d'heure, la belle fut jugé'
D'être pendue, brûlée, au milieu du marché,
Dans la place de Nantes ; la belle fut jugé'.
8 f Messieurs de la Justice, avez'vous permission
I De juger une fille habillé'-z-en garçon?
9 — Si vous et' une fille, nous le voulons savoir.
— Oui, fille, j'en suis une, d'une riche maison,
f Fille d'un gentilhomme, Madelon c'est mon nom. >
10 En passant par les rues, elle s'est mise à chanter :
< Je m'en fous bien des juges, de ces bonnets quarrés;
< Par l'amour d'une fille j'ai mon amant sauvé^. »
l'inspecteur primaire de l'arrondissement de Rambouillet. Voyez les procès-
verbaux du Comité, année iSjt, séance du 1 1 décembre.
Le lecteur a été déjà frappe des rapports de notre chanson avec la com-
plainte A* Henriette et Damon qu'a vulgarisée l'imagerie populaire.
r. Variante : Quitte tes habits rouges.
2. Vorey, Marie Chabrier-Chastel. — Cf. Puymaigre, ji, t'Ëvasion. — Nous
trouvons dans notre pavs et on trouve dans l'ouest de la France (Buieaud, II,
204) un chant qui a ae l'analogie avec celui ci-dessus. Une jeune fille obtient
du geôlier qu'elle entrera i la prison pour voir son amant condamné à mort.
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET DU FORIZ 7$
XXIII.
LA FILLE DU GEOUER.
1 CèU\t la 6lle du geôlier, qu'elle éUit si belle,
Elle est bette comiac le jour, un prisonnier i fait l'amottr.
2 S) ta belle se prend, s'en va, eltc s'en va chez son père:
Sur le traversin de son lit*, la clef de la prison n'a pris,
I La clef de la prison n'a pris, s'en va-z-ouvrir la porte :
4 Sortez, cher amant, de prison, voilà la porte en abandon.
4 — D'ta prison j'en sortirai paSj Françoise, belle Françoise,
f De la prison j'en sortirai, si mon procès était jugé. »
5 Tout en parlant, tout en devisant, on voit venir le juge.
Accompagné d'un grand prévAt, irol-t cavaliers et les bourreaux.
6 A leun genoux elle s'est jeté' : ■ Ayez pilié du prisonnier I •
7 Le juge la prend par la main : • Rel*ve-loi, Françoise,
« Il eu jugé, il en mourra : un autre amant tu nen feras.
8 — Prenez l'anneau que {'ai au doigt; vous n'aimerez un autre que moi.
9 — Pour d'autre amant, je n'en veux plus, Pierre, mon tendre Pierre,
< Pour d'autre amant^ |e n'en veux plus, je n'en veux pas un autre
Ique vous. »
10 Tout en montant sur Téchaffaud, Pierre s'aperçoit Françoise,
Le patient dit au bourreau : c Couvrez ma mie de mon manteau. ■
1 1 Le |uge n'en fut si touché de voir un amour si tendre :
• Hé! qu'on les aille marier, que s'en entende plus parler!' ••
VARIANTE.
I Ohl c'est la fille d'un geôlier, oh I grand Dieu, qu'elle est bellel
Elle est si belle que le jour, que prisonnier lui fait la cour.
a Si la fitte s'en va, s'en va trouver son père,
■ Pérc, donnez-moi ce garçon qu'il est là bas dans la prisoo. t
} Son père lui répond : ■ Françoise, ma doux Françoise,
« Enfin tu le demanderas pour la tristesse et tu l'auras. »
A peine entrée, elle change avec lui de vêtements et l'amani quitte la prison. Le
lendemain, quand les somats vont fouiller le condamné, ils s'aperçoivent qu'ils
ont devant eux une fillo, et le capitaine ordonne sa mise en liberté. Ce chant
peut présenter une donnée d'une certaine ancienneté, mais il est revêtu d'une
forme relativement récente«et l'air langoureux sur lequel il se chante appartient
aux ronianccî modernes.
1. Var. ; • n'a trouvé son père endormi. ■
a. Vorejf, Marie Chabrîer-Chastel. — Cf. Marmier, version franc-corototse
insérée dans la préface des CA. fjop. du NorJ, p- Ji; Puymaigre, 49, Le Pn-
lonnicr dt ta nlle de Nantes . Duneux. II, 42, Oam les prisons de NinUs ; GagDOn,
26, Oùtts Us priions de N<intes.
76 V. SMITH
4 Si la fille s'en va, s'en va trouver le juge,
Mais si n'a mis genoux enterre : c Prenez pitié du prisonnier'! 1
) Le juge lui répond : « Françoise, ma doux Françoise,
4 Mais ce garçon à nous n'est pas, il est jugé, il n'en mourra. >
6 Si la Bile s'en va, s'en va trouver son père,
Mais s'ill' t'a trouvé z-endormi, les clefs de la prison n'a pris.
7 Si la fille s'en va, s'en va z-ouvrir tes portes,
f Ctier amant, sortez de prison, les port* i sont en abandon. ■
8 Le garçon lui répond : t Françoise, ma doux Françoise,
* Mourir ici, mourir ailleurs, il faut mourir, c'est pour ton cœur. >
9 N'eût pas fini ces mots que les juges arrivent.
Mais le bourreau avecque son grand couteau
Qui n'a salué le prisonnier.
10 Quand la belle n'a vu cela, la belle n'a tombé morte.
fl Couvrissez-Ia de mun manteau et mettez-ta dans mon tombeau ! >
1 1 Le juge la prend par ta main : « Relève-toi, Françoise!
fl Puisque ce sont des amoureux, les faudra marier tous deux '. d
La ruse et l'amour de la femme se trahissent encore avec plus de puis-
sance dans ces chansons où, pour se réunir à son amant, elle use de la
plus savante des métamorphoses, en feignant la mort.
XXIV.
LA FILLE DANS LA TOUR.
1 Là haut, là haut, dedans la tour, y a une princesse qui a mes amours.
2 Elle se voulait marier, son père la veut empêcher.
3 Son père va trouver le geôlier : ■ Mettez ma fille dans ta tour,
4 Dans la plus basse des atours, qu'elle ne voie ni soleil, ni jour. »
j Sept années y a demeuré, sans personne l'aller visiter.
6 Et au bout de sept anspassés, son père la va visiter. [mal;
7 f Bonjour! ma fille, comment ça va ? — Hélas! mon père, ça va très
8 a J'ai un c6té mangé des vers, mes pieds sont pourris par les fers.
9 ■ Mais, mon père, n'auriez-vous pas quatre ou cinq sous à me donner?
1 0 ■ Nous les donnerons au geôlier, qu'il me desserre un peu mes pieds.
11 — Oh oui ! ma fille, nous en avons et des cinq sous et des millions,
12 ■ Et des millions à te donner, si tes amours veulent changer.
1 } — Avant de changer mes amours, j'aime mieux mourir dans la tour.
14 — Dedans la tour tu pourriras, point de cinq sous tu n'auras pas. >
I } Son cher amant * passant par là, une lettre lui jette en bas,
1 . Var. : ■ Bien de bonjour, juge enginié, ayez pitié du prisonnier !
2. Chamalières, Mariannette Vincent.
J-
sais
2. Cnamahères, Mariannette Vincent.
j. Une variante dit : comte (TEstaing; d'autres disent, sans se préoccuper du
ts de la légende, le roi Loais. Comme je demandais à l'une des chanteuses
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET DU FOREZ
lé Et il lui a mis par écrit ■ ■ Faites la morte enseveli'. »
17 La belle est morte, c'est fini, il faut l'aller enseveli.
18 1) laut l'aller enseveli dans la chapelle de Saint Denis.
19 QH^^^"^^ prêtres et trente abbés portent la belle enterrer.
20 < Arrête, prêtre' arrête, abbé I c'est ma mie que vous portez. •
21 Avec un couteau d'argent 6n i n'a coupé le drap de lin.
as N'en prend sa mie par le bras; 1 Allons, la belle, lève-toi,
2} f Nous irons dans le régimenl *, trouverons des habillements'.
77
pourquoi, ao lieu de son ch<r amanl^ elle disait : le roi touu, elle me répondit :
• Nous avons l'habitude de mettre des rois dans les chansons, ça les rend plus
brillanles. b
I. Var. : « Et nous irons au logement. • La plupart des chanteuses s'arrêtent
i cette brusque fin • Et nous irons au logement, trouverons des habille>
ments. * Quelques-unes cependant closent ainsi la chanson .
Son père s'est mis i crier : « Ho ! qu'on tes aille marier 1
Ho! qu'on les aille marier! que j'en n'entende plus parler. •
a Vorey, Marie Chabrier-Chaslel. — Ci. Ampère, Inutuctionz, j8, Auver-
ane; Max Buchon, 82. Franche-Comté; Puymaigre, 46. pays messin; Gérard
de Nerval, Bohême galante, 70; FiUcs Jufiu,^%, Ile-de-France.
Dans les FtlUi du feu (Paris, 18^6) I éditeur a a(outê comme appendice à
SWru, — la charmante nouvelle publiée par la Revut Ja Dtux-Monâes du 1 \ août
lo^î, — un article intitulé : Chantons et UgtnJci du Valoit. Gérard de Nerval jr
parle de ta chanson du roi Lo)i iuolrt Ftlle dans la Tout) dont il avait deux fois
déji reproduit des fracmcnts.1l dit que la ballade a une seconde partie où l'on
von, par le olus imprévu des retours, la femme si dévouée à son amant ne plus
l'aimer une lois qu'elle l'a épousé, et s'en délîVrer en le foisant choir dans leau
on ^ur qu'il péchail.
Selon toute apparence, l'article de Gérard de Nerval est postérieur i la publi-
Ulion des Instructions d'Ampère loclobre iS^j). et cesl sans doulc dans ses
instructions fCB lisant le Beau Dion, légende d'Auvergne communiquée au Comité
par Mérimée, que Gérard de Nerval aura découvert la seconde partie du roi
LoTJ, si différente de la première.
Le Beau Dion présente en effet deux parties. Les quatorze premières strophes
ne sont qu'une variante du rui Loys ou de la Fille dans la Toar, les dix dernières
forment la variante d'une chanson spéciale qu'on trouve, pour ne parler que de
la France, en Velay, en ForcE, en Lyonnais, dans le Poitou, l'Aunis et le pays
messin iChampfleury, 171; Bujeaud, II', 252; Puymaigre, 98).
D'autre part, chez tous les collecteurs qui donnent la Ftlle dans la Tour^ la
légende finit, comme en Velay et en Forez, par un mariage. Celte chanson ne
s'est pas transmise seulement dans le peuple et par tradition orale, il en a été fait
à une époque que je ne saurais désigner, car je ne suis pas bien sûr que ce ne
soit une imitation artificielle d'un vieux chant, une rédaction littéraire à l'usage
des classes supérieures, et cette rédaction se termine correctement, lociqueraent,
par un mariai^e, ainsi qu'après les épreuves subies par ses héros se dot tout bon
conte de lée (Ralhery, (Ournal le Moniteur^ 26 août iSjj).
Que Mérimée, voyageant avec la rapidité d'un touriste et crayonnant au
vol lei couplets d'un laboureur, ait entendu la chanson du Beau Dion telle ou'ïl
la donne. c'e>t possible. Un certain nombre de nos chanteurs ne se guident
nullement sur la pensée, ils chantent tant qu'ils ont du soutÛe. Ils ne font de
pause B) devant le rhylbme, ni devant l'air oui change. Ils chantent, cela leur suffit.
Si Mérimée eût eu le loisir de prendre des variantes, il se :ût ravisé, et ce
ou'tt a doQLé comme un chant unique, soumis au même rhythme, il l'c&t sans
Joute écrit d'une autre façon et nous eût présenté non pas un chant à deux
yS V. SMITH
Une variante du Roannais est moins énergique mais un peu plus déve-
loppée que la leçon vellavienne qui précède.
t Là bas, \k bas, dedans la tour, une princesse a mes amours.
Elle a bien tant voulu m'aimcr, que son père la tîi renfermer.
2 Ah ! il y 3 bien cinq à six ans, que la belle est Fermé' dedans.
Au bout de la septième année, son père vînt la visiter.
j f Bonjour, ma fille, comment ça va r — Oh ! mon papa, ça va très-mal ;
c J'ai mes côtés remplis de vers et mes pieds pourri:'; dans les fers.
4 c Oh! mon papa, si vous aviez cinq cents louis h mî prêter,
• Je les donnerais au geôlier, qu'il m'arrache les fers des pieds.
) — Oh ) ma fille, nous en avons plus de cinq cents, plus d'un million ;
« Si vos amours veulent changer, bientôt |e vous en sortirai.
6 — Oh ! mon papa, \e ni veux pas. j'aime mieux mourir dans la tour,
■ J'aime mieux mourir dans la tour, que d'abandonner mes amours.
7 — Dedans la tour tu resteras, dedans la tour tu mouriras,
a Dedans la tour tu resteras, si tes amours ne changent pas. ■
8 Son cher amant vient à passer, une lettre lui a donné.
( Faites la morte enseveli'. que l'on vous porte i Saint Denis. *
9 A lait la morte enseveli', on l'a porté' à Saint Denis.
Y avait cent prêtres, autant d'abbés, portant la princesse enterrer.
10 Son cher amant vient k passer : « Arrête, prêtre! arrête^ abbé!
Puisque ma mie est trépassé', permettez-moi de l'embrasser, a
11 11 en a pris son couteau d'or pour coupier ce drap de mort.
Le drap ne lut pas décousu, que la belle s'est reconnu'.
12 11 prend sa mie k sa brassé', dans son carrosse il l'a monté'.
Et les abbés bien étonnés de voir la princesse enlevé'.
1 1 Voili comment dirent les abbés : « Oh I la grande chose que d'aimer I
■ Nous portions la belle enterrer, A présent il faut la manerV t
XXV
LA MARIÉE A CONTRE-GRÉ
1 Venez pour entendre chanter, petits, femmes et filles:
Une fille qui avait deux amants, l'un est pauvre et l'autre opulent.
2 Le pauvre c'est un joli garçon, bien aimé de la fille,
Ll- riche c'est un vieux grison, qui en a bien l'air si vile.
Son père lui dit : i Tu l'épouseras ou renfermé' tu seras. »
&ces qui se narguent l'une l'autre, mais deux chants distincts.
Cette division du chant du Buu Dion sur laquelle |e viens d'insister, a déjà
été indiquée par M. Gaston Paris \Rcvae critiau£, i866, t. II, p. 290); je n'ai
fait que développer ici les motifs qui doivent la faire admettre.
1. Saint'Prtest-la-Roche, femme Dalmais.
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET OU FOREZ 79
; A bout de deux mois marié*, elle en tomba naïade,
Elle en tomba z-eo lédanger qu'on la croyait bien morte;
C'estun or^e qu'on a fait célébrer*, le même jour qu'elle fut enterré'.
4 Le môme jour qu'elle fut enterre', son cher amant arrive,
Chargé de pirrr' et de diamants : pour lui quelle surprise
De oe pas voir sa charmante beauté, auquelle son cœur avait tant désirél
( Le garçon s'en va chez le fosseur : • Fos$eur, vous et' en place,
< Vous avez vingt louis à gagner pour me taire une grâce, [désiré. »
€ Me hure voir ma charmante beauté auquelle non oceur avait tant
6 Le (ossear pour gagner cet argent, pendant la nuit obscure',
Prit sa lanterne, y conduit l'autre amant, ouvrir la sépléture.
7 Mats si l'attire entre ses deux bras, si ratiirc hors déterre;
On la conduit chez un vigne, qui n'en fut bien servie,
A bout de deux mois en>aprè$, i fut guéri' d'une parfaite santé.
8 A bout de deux mois en-aprcs, se promenant sur la place,
EP rencontre ce vieux gnson qui en a bien l'air si vile. [l'avez,
fl Si ma femme n'était pas enterré', je vous dirai, Monsieur, que vous
9 — Oh oui ' je l'ai-t-assurémenl, )e l'ai tiré' hors d'terrc,
« Par la vertu du grand Dieu tout puissant de qui j'en serai maître. *
Cest pour apprendre aux pères dénaturés à marier les enfants qu'i
fleur gré*.
Six chansons élégiaques cloront ce petit recueil. Deux d'entre elles,
Pernttte et U Claire Jontaine, sont très-connues. Malgré le peu de diffé-
rence qui existe entre nos leçons et celles qui ont déjà été maintes fois
publiées, nous avons pensé que ces plaintifs couplets ne seraient pas relus
sans intérêt, A côté d'eux ei ouvrant cette courte série, nous avons placé
les débris d'une chanson française aujourd'hui presque oubliée et digne
pourtant de survivre. Son dialogue final entre une jeune fille et un arbre
â fleurs, où se peint la fi'agilité des plus doux sentiments et des plus belles
choses, nous a permis de classer cette chanson au nombre des élégies.
XXVI.
U JEUNE FILLE ET L'ARBRE A FLEURS.
1 Sont trots jeun' capitaines : à la chasse ils s'en vont,
A la chasse ils s'en vont, bergère, ma blonde,
A la chasse ils s'en vont^ bergère Nannon.
2 N*onl rien trouvé ' la chasse ni perdrix, ni pigeons.
1. C'est un bruit ^u'on a fait courir. Traduction de la chanteuse.
2. La chanteuse dit tantôt c obscure, ■ tanlàt t obîscure. *
j. Pour (/.
4. Vorey. Sophie Farigoule.
8o
V. SMITH
) N'ont trouvé qu'une fille assise sur un pont.
4 Se disant tes uns ' autres :
\ Sa mère qui est en fenêtre,
6 f Criez pas tant, ma mère,
7 • Je me mettrai i U nage
8 a Je me metlrai d l'ombrage
Sous un pommier de fleurs,
Sous un pommier de fleurs,
9 I Tu n'as pas tant de fleures
10 — I faudrait qu'une arméie
11 — I faudrait qu'un orage
a Pour abattre tes fleurs,
I Pour abattre les fleurs,
• Jetons-la sous le pont. •
qui criait aux larrons.
je n'irai pas au fond.
comme un vaillant poisson.
sous un pommier* de fleurs. ■
bergère, ma blonde,
bergère, mon cœur.
que moi de serviteurs.
pour tuer tes serviteurs,
pour abattre tes fleurs,
bergère, ma blonde,
bergère, mon cœur*, a
Une chanson patoise semble être un reflet de notre chanson française;
l'une et l'autre sont peu connues et rarement redites aujourd'hui
I La Dzana s'e levada
Oh ! Ion la 1
La Dzana s'e levada
XXVII.
très houre davant le dzour,
Ion ta rira !
très boure davant le dzour,
très houre davant te dzour.
3 Si n'a tait la buisada, la lavada amai tout.
} D'aqui nen vin, ne passa to fils d'un grand seigneur.
4 * Dio de bondzour, Dzanetta. > L'autra souna pas roout.
\ Si la prend par la roba, la dzetta dam lin gourd.
6 La Dzana fut lèdzèra, nadzé coume un péssou.
I
8 « Diode bondzour, Dzanetta, n'as ton coeur plin d'amour,
9 < Tsau ma-z-una trislessa, adio, Dzanetta, amouri
10 — Dio de bondzour, pouemerada, isas bien isardza de ftour,
1 1 I Tsau ma-z-una dzialada, adio, pomiès, ta tlour! * *
I. Pommier, terme générique donné aux diverses espèces d'arbres qui portent
fleurs et fruits. Ces termes, oue la langue de notre région conserve comme d^i-
cations de genre, alors que la langue usuelle française en a fait des dénomina-
tions d'espèce, se remarquent en plusieurs ordres. Ainsi, en Velay, on appelle
carpe tout poisson appartenant aux multiples familles à écailles blanches, et ce
nom le distingue des poissons dont les écailles sont tachetées; en Forez, dans
la plaine, on comprena sous le nom é'aigU (prononcez aile) tous tes oiseaux de
proie diurnes i grande envergure.
1. Forez, Marlhes. J.-B. Riocreux. tourneur en bois ; — Velay, Vorey, Thé-
rèse Jousserand, Sophie Fangoule. — Une insignifiante ronde de la Marne el
des Ardennes reproauit, hors de propos et en le défigurant, le dialogue de la
Fille et de l'Arbre. Tarbf, Romamtfo^ II, 170.
). Vraisemblablement il manque ici le vers ou couplet qui nous montrerait
Jeanne saisissant la branche du pommier qui va lui parler.
4. Velay, Rosières, Marie Joubcrl.
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET DU FOREZ 8l
XXVIII.
LA CLAIRE FONTAINE.
1 Ed revenant de Nantes, j'étais tant fatigui',
0 gai gai de la tra la la la !
2 Au bord d'une fontaine, je me suis reposé',
j L'eau en était si claire, que je me suis baigné*,
4 A la feuille d'un chêne, je me suis essuyé',
j A la plus haute branche, le rossignol chantait.
6 ■ Chante, rossignol, chante, toi qui as le cœur gai I
7 ( Pour moi je *■ ne l'ai guère, mon ami m'a quitté,
8 c Pour un bouquet de roses que je lui rehisai.
9 c Je voudrais que la rose fôt encore au rosier,
10 < Et que le rosier même fût encore à planter!
1 1 c Je voudrais que la terre fût encore î piocher,
12 f Et que la pioche même fût encore i forger 1' »
XXÏX
PERNETTE.
1 La Penietle se lève trois heures avant le jour.
Réveillez-vous, réveillez- vous!
Les jeunes amourettes, dormirez-vous toujours!
2 Filant sa quenouillette dessus son petit tour.
) Tous les tours qu*elle en vire, fait un soupir d'amour.
4 Sa mère lui vient dire : « Pernette, qu'avez-vous?
5 c Avez-vous mal ' la tête, ou bien te mal d'amour?
6 — Je n'ai pas mal ' la tête, mais j'ai le mal d'amour.
7 — Si vous et' amoureuse, nous vous marierons,
8 c Vous donnerons un prince ou le fils d'un baron.
9 — Je ne veux pas un prince, ni le fils d'un baron,
1. Var. : e qui. •
2. M'a été envoyé de MonistroUsur-Loire. J'ai du reste recueilli directement
sur divers points bien d^ variantes de cette chanson. J'ai préféré donner la leçon
de Monistrol qui m'a paru plus énergique.
Voyez Jaubert, Glossaire du Cenb-e, au mot être; Bujeaud, I, 224, 226, 227,
229; Max Buchon, 76; Tarbé, II, 204; Puymaigre, 387; Beaurepaire, 46;
Champfleury, 3J, Normandie; Ampère, Instructions^ 42^ Bretagne; Gagnon, i.
M. X. Marmier avait déjà, dans ses Lettres sur rAmin^ue, donné une version
canadienne de ta Claire-Fontaine, chant si populaire au Canada, que M. Gagnon
a tenu à le mettre en tête de son recueil.
La plupart des leçons placent cette élégie dans la bouche d'une femme; en
quelques pays cependant, comme en Lorraine et en Canada, c'est tantAt une
femme, tantôt un nomme qui se plaint delà perte de ce qu'il aimait; d'après les
versions de Bujeaudj en Angoumois, en Bas-Poitou, en Saintonge, ce serait
toujours l'homme qui exprimerait ses regrets.
Roauniaj Vil é
8] V. SMITH
10 t Je veux mon ami Pierre, qui est dans la prison.
I ( — Mais pour ïon ami Pierre, nous le pcndolerons.
12 — Si vous pendolez Pierre, pendolez-nous tous deux.
I j • Au chemin de Saint Jacques enterrez-nous tous deux.
14 « Pardessus notre tosse planlez-y un rosier*,
1) ■ Les pèlerins qui passent en prendront une fleur.
16 c En disant -. La pauvre âme de ces deux amoureuzl
17 € L'un pour l'amour de l'autre, ils sont morls tous les deux*! •
XXX.
LE FLAMBEAU.
1 Qui veut entendre une chanson,
Son père l'a ois' dans la tour,
2 ■ Galant, si vous venez ce soir,
t Tant que le flambeau durera,
î Donc le pauvre galant s'en va,
c'est d'une fille tant amoureuse,
pour lui empêcher de faire l'amour.
l'aurayeun flambeau pour enseigne,
jamais l'amour ne fénlra. •
s'en va le long de la rivière,
Par d'un vaisseau s'est mis sur l'eau, pour voir la clarlédu flambeau.
4 La mer farouche l'emporté*, contre les flambs*, parmi les ondes,
La mer farouche l'emporte, devant sa mie s'est arrêté.
5 La belle n'entend quelque bruit, mit son joli cœur en fenêtre,
Regarde en haut, regarde en bas, n'a vu son cher amant en trépas.
6 « Grand Dieu! que j'ai eu du malheur, je suis comme la tourterelle,
• Hier au soir )'ai eu un amant, oh! j'en ai point présentement. >
XXXL
LA DÉLAISSÉE.
t I Je viens vous annoncer, belle, que je me marie,
i Non pas avecque vous, avecque une autre fille.
Tambour ! assez causé, rendez-moi mes amours!
t. Var. : Couvrez Pierre de roses et moi de toutes fleurs.
2. Marlhes, J.-B. Riocreux. — J'ai de celte chanson plusieurs variantes, dont
les nuances sont i peine sensibles. Une entre autres, recueillie à Pcrreux, m'a
été transmise par mon ami, M. Aug. Chavcrondier.— M. JeLapradca donnéde
PtrntUt une li\'on appartenant au nord du Forez. Il a rencontré cette complainte
dans le Lyonnais, ta Bresse, le Bugey, le Jura et en Provence, Perneiu, note,
p. 281 ei suivantes. — Cf. Ampère, ^i, Lyonn;iis et Auvergne; Champfleury,
Dauphînè, 149; Arbaud, I, mi. Fan/jrnelo ; Lamarque de Plaisance, Uidgu
et chansons pop. de l'ancien Bj:adais, 69. PettUMargartàe. classée dans le groupe
des chants de moissons; Bujeaud, BasPoilou, il, 188, l'Amour dt mon berger.
M. de Beaurepaire reproduit, p. 61, une chanson sur la même donnée,
d'après le livre imprimé i Venise en 1 ^36, par Anthoine del Abbate : La Cou-
ronne et fieur du chansons.
). Pour t l'emporta, t
^. Flammes du flambeau. Explication de la chanteuse.
VIEILLES CHANSONS DU VELAY ET OU FOREZ 8^
2 — La fille que vous prenez, est-elle donc bien belle ;
— Pas si belle que vous, mais est un peu plus riche.
3 — Richesse est un abus, beauté, c'est une rose,
f La richesse s'en va et la beauté .demeure.
4 — La belle, en vous priant, viendriez-vous de mes noces?
— Des noces, j'irai pas, j'irai le soir en danse.
5 — Belle, si vous y venez, montrez-vous donc bien belle. »
La belle n'a pas manqué, trois rob* elle nen fit faire.
6 Une-z-en satin blanc et l'autre en satin rose,
L'autre en or et en argent pour marquer qu'elle est noble.
7 La belle, tout en entrant, saluiant tout le monde,
Les nouveaux mariés et moi qui suis des noces.
8 La prit par sa main blanche, à la danse la mène,
Lui fit faire trois tours, trois petits tours de danse,
9 En disant ses trois tours, la belle n'a tombé morte,
Tombé à ses genoux, au milieu de la danse.
lo fl Puisqu'elle est morte pour moi, je veux mourir pour elle. >
N'a pris son pistolet, s'est brûlé la cervelle.
Tambour! assez causé, rendez-moi mesamours^i
xxxn.
PIERRE DE GRENOBLE.
1 Pierre s'en va-t'-à l'arméie, pour bien demeurer.
N'a laissé sa mie à Grenoble, qui fait que pleurer.
2 Pierre n'at envoyé une lettre de ses amitiés,
La belle n'at envoyé une autre, qui est toute de pleurs.
3 Pierre n'a pas vu cette lettre, ne fait que pleurer*.
S'en va trouver son capitaine : ■ Donnez mon congé.
4 — Pour ton congé, je te le donne, tu retourneras.
— Oh I si ma mie est en vie, je l'épouserai,
1 . Fraisses. Nannette Lévesque. — Cf. Max Buchon, 87, La Chanson du Val-
d'AmouT; Puymaigre, 41, Les Deux amants; Bujeaud, II, 186, La Fille prison-
aâre.
Voyez aussi Séb. Albin, Ballades et ch. pop. de l*Allemagne : 8, Le Nageur
perda ; 16^ Les Enfants du roi.
2. Saiut-Just-Malmont, Toussaint Chavanaz. — Cf. Arbaud, II, 119, Lou
premier joui de mû*; Ferraro, 7, i7 primo amore; Beaurepaire, jo; Ampère,
chant français recueilli en Bretagne, 50.
Divers chants bretons appartiennent à la même famille. La Villemarqué, Barzaz
BreiZj La Ceinture de Noces, Azinor la pdle^ Geneviève Rustifan; Luzel, I, les deux
versions de Renie Le Glaz^ les deux versions de Jeanne Le ludec^ Jeanne U
Maru.
3. Quelques chanteurs, au lieu du f, font la liaison avec un z.
4. vâr. : N'en peut plus parler.
V. SMITH
« Si ma mie eo est morte, j« retournerai. *
j II ocn fut pas sur ces montagnes, dessus ces rochers,
Entend les cloches de Grenoble qui font que sonner.
6 Ficrre n'a mis le "genou en terre, son chai>cau à la main,
Priant Dieu, la Vierge Marie de sa mie voir.
7 II neti fut pas dedans Grenoble, sa mie o'a trouvé.
Accompagné' de trente dames, de vingt cavaliers.
8 • Vous autres qui portez ma mie*, laissez-moi la voir.
« Découvrez-lui son blanc visage, car je veux la voir. •
9 Pierre n'a tiré son espéie, le drap n'a percé,
Quand il a vu son blanc visage, il n'a renversé.
Quand il a vu son blanc visage, il n'a trépassé.
10 Que diront les gens de Grenoble de ces amoureux?
Diront : « L'un pour l'amour de l'autre, ils sont morts tous deux.'a
Nous chantons, avec le midi et l'ouest de la France et le nord de
l'Italie, une chanson proche parente de celle-ci, mais de forme moins
ancienne; probablement elle a été rafraîchie, ou comme nous avons
l'habitude de dire, renouvelée. Un soldat apprend que sa raie est malade,
il demande un congé pour l'aller visiter. A peine arrivé, son père lui
annonce la mort de Nannetie.
« Ta Nannetie, elle est morte,
< Son corps est dans la terre, son âme est dans tes cieux. >
Le soldat va droit à la tombe de sa bien aimée et l'appelle :
a Naonette, levez-vous I
fl ie suis venu de guerre, de guerre pour toujours. »
Nannette se lève, elle engage son amant à retourner à la guerre,
l'amour du temps passé ne devant plus revenir. Il part, et le capitaine
salue son retour, en lui disant qu'une maîtresse nouvelle viendra aisément
remplacer l'absente, propos malencontreux, note raalsonnante qui enlève
à l'élégie et sa grâce et son charme.
Victor Smith.
1. Var. : Vous qui portez ma mie en terre.
2. Marihes. J.-B. Riocreux et Foumel-Baudier ; Saint-Just-Malmont, Toussaint
Cbavaoaz. — Cf. A. Combes, CA. pcp. du f>ays autrj'u^ i ^9, Pierre; Arbaud,
I, 117, Pitrrol ; Milà, La Mutrte Je ta JVorû, i\\i Bnz, La Mort dt ta Nuvio^
L'£ BREF LATIN EN ROUMAIN
£ BREF ACCENTUÉ, DANS UNE SYLLABE OUVERTE AUSSI BIEN QUE DANS
UNE SYLLABE FEKMÊE (EN POSITION), DEVIENT EN ROUMAIN ÏC.
En roumain, comme dans la plupart des langues romanes, l> bref
accenlué est devenu />' ; mais ce fait a été longtemps méconnu, parce
que pour le mettre en évidence il faut souvent le poursuivre à travers
d'autres phénomènes linguistiques propres au roumain, qui sont venus
robscurcir, au moins dans la plupart des cas.
Le phénomène le plus important qui, en se superposant au premier, ait
contribué à le rendre à peu près méconnaissable, ça été une seconde
diphthongaison de IV, dîphthongaison qui agit aussi bien sur IV fermé
(provenant d'un e long ou d'un i bref latins accentués) que sur la dipb-
ihongoe ie ^provenant d'un e bref latin accentué).
La loi de celte seconde diphthongaison, que M. Mussafia' a mise le
premier en lumière, est la suivante : IV accentué, toutes les fois qu'il
est suivi d'une syllabe contenant un S atone * ou un e atone, prend
un son si largement ouvert qu'il se résout en ea et dans certains cas
devient a ; ainsi
cridat devient creadâ
lîgat — ieagâ
Ifgem — teage *
sïtim — seati
etc. etc.
I. M. Gaston Paris a érois, dans ses conférences à l'École des hautes études,
l'idée que celte diphthongaison de Ve bref latin accentué devait avoir eu lieu dans
tout le domaine des langues romanes, et que ce n'est que postérieurement que ta
diphthooguc ie s'est rtduilc i e en provençal et en ponugais. C'est iustement
cette opinion de M. Paris qui m'a suggéré l'idée de rechercher si, en roumain,
û diphthongaison de l'r bref latin accentué i un moment donné n'avait pas
été générale.
3. \'o\T Sazangsbetidae der Wiener Akadem'u^LVUl. Band, Heft III, Jahrgang
1968.
]. a final latin atone devient en rolim?ifl régulièrement a, son que Diez
marque par ( et qui est pareil â t muet français.
4. Des formes comme lui(, mi/c, etc., ne se trouvent que dans l'ancten rou-
86 A. UMBR10R
Cet fd est marqué en caractères cyrilliques par le signe *, qui dans
les livres roumains du xvi* siècle a la valeur de ea.
Les exemples que nous venons de citer présentent seulement soit un
€ long laiin accentué, soit un i bref latin accentué, c'est-à-dire un € qui
est terme dans toutes les langues romanes (excepté le français, qui dans
ce cas nous présente anciennement la diphthongue « et de nos jours la
diphthongue oi). Quant à \'i bref latin accentué, il ne se trouve repré-
senté, dans ce cas, que par ia (dans l'écriture cyrillique la et parfois le
signe A qui avait la même valeur dans tous les livres imprimés en Tran-
sylvanie dans la seconde moitié du xvi* siùcle'l '• Ainsi :
fera donne fUrâ, en caraaères cyrilliques <|>fap«Ti
IlMHIpift
etc.
përiat — piarâ^ —
pêtra — piatrS —
përdai — piardâ —
vërmem — viarme —
etc. etc.
Le fait que Ve bref latin accentué a donné ia dans les livres du
xvr siècle, tandis que Ve long et 1'/ bref latins accentués ont donné ta
(toujours quand ils sont suivis d'une syllabe qui contient un <ï ou un ;
atones) ne saurait s'expliquer qu'en supposant que la diphthongaison de
IV accentué, due à l'influence mutuelle des voyelles les unes sur les
autres, est postérieure à ta diphthongaison de Ve bref latin accentué, qui
a eu probablement lieu à la même époque que dans les autres langues
romanes. En d'autres termes, lorsque les voyelles atones a ei e ont
commencé à agir sur IV accentué* quelle que fût sa provenance, IV
bref latin accentué était déjà devenu /; en roumain. Nous supposons
donc qu'avant que \'a final s'ébranlât vers J, des mots comme fi^rj,
main, le roumain de nos |Ours dit Itgt, tête, etc., c'est*i-dire que la voyelle a
repris son ancien eut. Dans un prochain article nous nous occuperons du trai-
tement des voyelles finales en roumain et alors nous tâcherons d'expliquer les
causes de cette réduction de ta à t. Pour le moment nous nous bornons i dire
que c'est la marche de Ve final vers i (oti il a abouti de nos jours dans te dialecte
moldave, le plus avancé et le plus conséquent de tous les dialectes roumains) qui
a amené la réduction de la diphthongue. En effet, Vc Final atone étant cause de
la diphthongaison de V^. accentué en ea, à mesure qu'il perche vers l'ï, la diph-
thongue se rétrécit, et lorsque Ve final aboutit nettement à j, la diphthongue ea
se réduit à c, de sorte qu'on entend de nos )ours en Moldavie lej^i, sàtij etc.
r. Du moins sur les 8j pjges de roumain du XVI' siècle données par
M. Cipariu dans sa Chrestomaiic {Crcstomatin saa anaUeU liurûrie, clc. de
Cipariu, i8tS), je n'ai pas trouvé d'exceptions â cette régie, si ce n'est que
le son issu ae l> ou de ï'i accentués, aussi bien que celui qui est sorti de Vf
accentué, sont également représentés pari-ii ou parA au commencement des mots;
et cela parce que le ^igne t |ea) ne se trouve jamais au commencement des mots,
au moins Jk l'époque qui nous occupe (Seconde moitié du XVI" siècle).
lV bref latin en roumain 87
përiaty «c, se prononçaient fierû, piera^ et qu'a mesure que la voyelle
finale inclinait vers ây IV de la diphthongue ic penchait vers m, si bien
que, lorsque cette évolution fut faite, on eut la triphlhongue ita^ qui
s'est réduite à ia. Tandis que dans les mêmes conditions un t fermé
roman {t long, / bref latins accentués) n'a abouti qu'à ta (t cyrillique).
On sent mieux cette différence si on compare des mots qui, sauf la
quantité de la voyelle, se trouvent dans les m&mes conditions ; ainsi
comparons :
fêra qui a donné ^ri, à foeia-féta qui a donné /aM
pèriat — piarà, à pîra-péra — para
Si le roumain n'avait pas fait de distinction entre 1'^ bref latin accentué
et Ve long ou l't bref latins accentués, nous aurions eu le même résultai
dans les deux cas, c'est-à-dire soit :
/flW, parâ^ faràf para
soit : fiatàj piarà^ foxrây piarS,
car, dans les deux cas, nous avons la même labiale qui précède IV.
La conséquence à tirer de ces faits est que la toi de M. Mussafia,
d'après laquelle les consonnes p, m, b, Vj f, r, s, t ont la propriété de
réduire la diphihongaison ea ou ia à a, toutes les fois qu'elles la pré-
cMem, doit être modifiée de la manière suivante :
a. Les consonnes b, m, p, f, /» r, i, f, précédant la diphthongue ea
provenant d'^ ou t latins accentués, réduisent cette diphthongue
ha :
vitia
— beatâ
— baiS ((
ceinture)
^ mensa
— measâ
— masâ
H penna
— peanà
— pana
K pïra
— pearS
— pari
m vîrga
— veargS
— vargS
W fo«t^
— featâ
— fatâ
etc.
h. Au contraire, les mêmes consonnes n'exercent aucune influence sur
b diphthongue ta provenant d'un e bref accentué :
média —
mtazd
^ périat —
piarâ
H vermem —
viarme
■ fera —
Jiarâ
H sédet ~
sieade —
siade —
iodt
■ terra —
tiearà —
tiarâ —
[arâ
■^ etc.
Dans les derniers exemples ce sont les consonnes mêmes qui subis-
scm nnHuence de t'i contenu dans la diphthongue ia, comme nous te
verroiis plus loin dans notre étude (voir 111^.
88 A. LAMnRIOR
Ce qui est imponant, c'est que les consonnes citées ci-dessus ne sont
jamais modifiées devant la diphthongue ca provenant d'un e long ou d'un
i bref latins accentués.
Jusqu'ici nous avons vu qu'un e bref latin accentué frappé d'une
seconde diphihongaison donne toujours un ta; et nous avons supposé
que cet ia a pour base un ie. Trois faits viennent à l'appui de notre sup-
position :
I. Tout e bref latin accentué, qui ne se trouve pas dans les conditions
de la diphthongaison seconde, donne nettement en ancien roumain et
dans le parler populaire la diphthongue te, diphthongue qui, sous
l'influence du latin classique, s'est réduite dans la langue littéraire de
nos jours â e.
Exemples :
/ meus
Syllabe ouverte J
Syllabe fermée.
médius
përeo
perde
férrum
pectus
fèrveo
sèrvura
vèrsum
— muu
— mUz
— pier
— pierd
— fier
— piept
— tierb
— \erb pour s'urb (voir 111)
— ners
Mércurii — miercurï
verres — vier
etc.
Dans tous ces exemples, comme dans beaucoup d'autres, \'e bref latin
accentué n'est pas suivi d'une syllabe qui contienne un i ou un f atones;
aussi a-t-il donné nettement ta diphthongue ie.
Au contraire Ve provenant d'un c long latin accentué ou d'un i bref
latin accentué ne change pas^ quoiqu'il se trouve dans tes mêmes condi-
tions, ainsi :
credo donne cred et jamais cried
plico — pîec
bîbo — heû
^—
pliec
bieS
tïmeo — tem
—
Uem
raêrgo — merg
ttgo — leg
etc.
—
mierg
lieg
Souvent le même mot nous montre tour à tour les deux diphthongai-
sons selon qu'il se trouve dans les conditions de la diphthongaison
seconde ou en dehors de ces conditions. Ainsi les substantifs qui se ter-
minent au singulier en J ou en e et qui ont le pluriel en i, nous pré-
Ce BREF LATIN EN ROUMAIN 89
sentent au singulier la diphthongaison seconde (proprement pariant une
fusion de deux diphthongaisons) et au pluriel la diphthongaison pre-
mière :
fêra, sing. fiarà plur. fierï
pédica, — piadicâ — piedicï
pétra, — piatTâ — pietri (avec l'article pietri-U)
vermem — viarme — viermi
etc.
De même dans la conjugaison un e bref accentué donne tantôt ia^
tant6t û, selon qu'il se trouve dans les conditions de la diphthongaison
seconde ou en dehors de ces conditions ; ainsi :
përeat (traité comme përat) donne piarà
perdat — — piardâ
mais përeo [traité comme përo) — pier
përdo — — pierd
etc.
II. Un autre fait qui prouve la diphthongaison de Ve bref latin
accentué en ie, ce sont tes exceptions que souffre la loi suivante posée
par M. MussaJia dans son étude sur le vocalisme roumain. En effet,
M. Mussafia dit : « Le voisinage des labiales et de r et le voisinage
moins actif des sifflantes fevorisent le trouble de Ve vers Va, à condition
que ta syllabe suivante ne contienne pas un e ou un i, ainsi :
inbi[bi]to — imbâî
verso — vàrs
foetus — fàt
pilus — par
më — mS.
siccus — iàc
etc. »
Mais cette loi de M. Mussafia souffre toujours exception lorsque c'est
un e bref qui suit ces consonnes* car dans ce cas l'ancien roumain con-
tenait la dîphthongue ie, diphthongue que le roumain littéraire de nos
jours a réduite à e, toujours sous l'influence savante du latin classique.
Exemples :
ex-bëllo — sbier
fërrum — ^er
përdo — pierd
pëctus — piept
agnëllus — miel
etc.
Si nous ne tenons pas compte de la quantité de la voyelle, nous ne
90
A. LAMBRtOR
pourrons jamais nous expliquer pourquoi deux mots qui se trouvent
absolument dans les mêmes condiuons, tels que verso et perdOt ont
abouti le premier à vârs ei le dernier à pierd.
tu. Un autre argument à faire valoir en faveur de la dtphthongaison
de IV bref larin accentué, c'est la façon dont se comportent en roumain
les consonnes ^, p, »*, /, d, m, s, t devant un i devenu iod palatal.
Pour les groupes ti, pi, vi^ fi, nous avons démontré ailleurs' qu'ils
sont devenus dans le parier populaire glù^ ki, ^i, ht et que maintes fois
te iod qui suit les consonnes b, p, v, f provient de la diphthongaison de
IV bref latin accentué en ie (en cas de fusion de deux diphthongai-
son s ia).
Ici nous ne nous occuperons que de la façon dont se comportent les
consonnes m, d, /, j devant une voyelle accentuée.
Les consonnes m, d, t, s devant un i long latin accentué se compor-
tent de la manière suivante :
m + / devient gn'^=^ gn français dans le mol vigne
i + ( — z == j douce française dans chaise^ etc.
J + / — ( ^ z italien dans le mot zio
f + / — j = cfï françab dans les mots chef, chaire, etc.
Exemples :
mi donne gnit
mille — ^nie
ni-mica — nignicà (rien)
dorraitus — dorgnit
dïco donne zîc
audirc — auzïre
dIvTna — zinS
ordlri(e) — anire
dre»4 — ri
ce phénomène
a lieu
dans tous les dialectes.
subtTlis donne sup{ire
impartire — lmpar{iTe
unica — arlicd-anicd (ortie)
[dans tous les dialectes.
1. Voir notre étude dans la Romania, VI, 4^} S5.
2. Nous avons adopté le en français pour exprimer le son de m-\-l dans le
parler populaire, car ce son n est représenté par aucun signe dans l'alphabet du
roumain littéraire.
î. Ce phtnomènc s'est produit d'une façon constante dans le parler populaire
de \a Moldavie et sporadiquement dans les autres dialectes.
4. Toutes les langues romanes ont conserve cet 1 de diu : ital. rft, anc. fr. dt,
esp., port., catal. et prov. dia.
L'e BREF LATIN EN ROUMAIN 9I
vesïca donne be^icâ \
**w. ~~ *' . .« » '/dans tous les dialectes,
dbilo — siaer — §tter ()e siffle} (
scîre — $«>«' )
Devant un e long ou un i bref latins accentués [e fermé des langues
romanes) les consonnes m, d, /, s restent intactes :
m mllium donne mâu
familia — fàmeaie (dans les livres du xvi* siècle)
mergo — mârg^ selon la loi de M. Mussafia que
nous avons citée sous II.
medula' — màduvà
d digitus — degit
vidëre — videre{i}
sedëre — §idere(i\
t tïlia — teiu
tîmeo — tem
tbëca — teacà
s sïdlis — sàcere
sëbum — sâu
sïtis — sàte{i)
Si le roumain n'avait pas fait de distinction entre un e fermé roman
(provenant d'un e long, ï bref latins accentués) et entre un e bref latin
accentué, il nous aurait présenté le même traitement dans les deux
cas :
dëus, dêcem auraient donné deu, deace, et non pas zeu (zàu moldave).
1 . Remarquons que toutes les fois que les groupes se ou ft se trouvent devant
un I (tonique ou atone) nous avons en roumain la résolution fl; c'est'i-dire
qu'entre deux consonnes susceptibles d'itre infectées par i (s, t) c'est s qui est
la plus susceptible :
KÎre — itire
tristi — triitï
fascia — /dj^
ostia — uja
crescis — creftï
nostri — nostri
Quelquefois, comme dans ostia — ii{i, fascia — fafâ^ le t (souvent un c ity-
mologioue) disparaît complètement; c'est aussi le cas de ta 2' personne du sin-
gulier du parfait de l'indicatif :
laudavisti — lâuda§1
audivisti — aazi$i
etc.
2. En cas de déplacement d'accent dans des mots polysyllabiques, le roumain
a allongé la voyelle sur laquelle tombait l'accent tonique :
mëduila a donné par déplacement d'accent mtdula — m&diaâ
le piur. lamina — — — lumtna — lugiùni.
etc. etc.
92 A. tAMBRlOR
icace [zaa mold.l, comme d'igiius, videre, ont donné degi^ viderc.
médius, meus, Mèrcurii, etc., auraient donné mâz, mâu, marcuri
(selon II) et non pas gnezy gneu^ gnercun dans le diateae populaire
moldave, comme mergo a donné mârg.
lêneo aurait donné jusqu'au xvii" siècle ten^ et après Un et non pas tin,
comme tlmeo a donné lem.
sédeo, sëx (êç), sëpiem (àrri) auraient donné sàdj sàsty sipie^
comme sicilis, sébum ont donné sâuTtt sàu et non pas §àdj fiiJ,
$âpte
Il résulte de ces faits que l'i, qui dans ce dernier cas a infecté les
consonnes m, J, t, s pour les transformer en gn, z, (, j ne saurait pro-
venir que de la diphthongaison de IV bref latin accentué en te ou en ta
selon les conditions que nous avons examinées dans cette étude.
Celte diphthongaison a eu lieu aussi bien dans une syllabe ouverte
que dans une syllabe fermée, du moment que \'c était bref de sa
nature.
Le roumain se rencontre ici avec l'espagnol qui a constamment diph-
thongué Ve bref latin accentué dans une syllabe fermée.
Guidé par les lois que nous venons de mettre en lumière dans cette
étude, nous dressons ici une liste, très-incomplète, des mots qui con-
tiennent un e bref dans une syllabe fermée :
servus — jcr/j (jJrfr)', espagnol itVrva
serpens — ^arpedSrpt), — sierpe
misellus — mi^ei [gni^àl] ,
sella — ifl (î'ï)
desertus — disert (di^ârf), esp, desierto
septem — fapie {sâpté) — siite
sex — iase [^3^3]
de-«xpergitus — de^tept^ esp. despierto
terra — [ara — tierra
testa — ttst \t3st], esp. (i«fo, Berceo tiest'.
termen — \erm [iSrm]
texo — les [iâs_
1. Les forraes que nous donnons entre parenthèses se trouvent dans le dia-
lecte moldave, touioun plos logique que tous les autres dialectes roumains.
Prenons par exemple itrvus : ce mot .1 donn^ d'abord surba, mais \'t étant
absorbé par i qui prpnd alors le son ; (comme il arrive toupurs lorsque Vs est
suivie par je, (a, (ii|, Vi seul se trouva en face de la sifflante i. e1 alors, selon II,
il a dû devenir fi, ce qui est arrivé sans exception dans le dialecte moklave.
2. t Lcemos de un cleri^o que eral ual hcridoo, vers 101. Pottai Câsuihnos
anUriora al agio XV, collertion Riradencyra. De même dans Haon de Bordeaux,
p. 19), OD trouve (us.
lV bref latin en roumain
9Î
intélligo
—
înieUg [întâleg] '
femim
—
fier, lin. fer [her)
ferveo
—
fierb^ — ferb {herb)
pellis
—
piele, — pelé (keW), esp. piel
pectus
—
pieptj — pept [kept]^ — pecho
pectenem
—
pieptine^ liit. peptine (keptine)
versus
—
vierSj — vers [gers]
vermis
—
viarme, — verme {germe)
vespis
—
viaspe^ — vespe [gespe]
verres
—
vier^ — ver {ger)
persicus
—
piersic — persic [kersic]
petra
—
piatrà [kiatrâ)
perdo
pierd, litt. perd {kerdj
etc.
A. Lambrior.
I . Le roumaio a changé ici l'accent latin ; mais la consonne t a dû être
infectée avant ce déplacement d'accent : intélligo — intUUg — in{eUg.
MÉLANGES.
TURRIS ALITHIE.
La Confessio Gotie (ou Primatis^ ou Archipoete], chef-d'œuvre de la
poésie latine rhythmique du moyen-ftge. a été publiée à ma connaissance
sept fois' :
i) par Reiffenberg, Buttains de l'Acad. royale de Beigtifae, IX, i, 478,
(d'après lems.de Bruxelles 2071).
21 par Jacob Grimm jvoy. Kteine Schriften^ III, 70), d*après l'édition de
Reiffenberg. avec des corrections.
5) par Thomas Wright, Poems altrihuied io WalUr Mapes, p. 71
[d'après six manuscrits anglaû).
4) par Schmeller, dans les Carmina Baranaj n" 67 [d'après le ms. de
Benedictbeuern, aujourd'hui à Munich^
5) par Wackemagel dans ta Zeitschrift de Haupi, V, 29;, d'après
un manuscrit de Turin.
6) par un anonyme, dans la chronique de Salimbene (Parme, 1857,
în-40.P- 42-
7I par un anonyme, qui prend le titre badin de Domus ifuaedam vêtus
(on sait ce qu'est dans les universités allemandes un altes Haus}j dans un
petit livre, fort mauvais, intitulé Carmina cUricorum (Heîlbronn, 1876),
p. 64*.
J'ai collationné deux manuscrits italiens et un manuscrit anglais (non vu
par M. Wright) de cette pièce, et je l'imprimerai un jour avec un appa-
ratas complet j mais le texte en est généralement assuré dès à présent. Je
veux indiquer ici une restitution qui aurait pu être faite depuis longtemps.
Dans la str. ix, le poète, déclarant quil esi impossible de rester chaste
1. Je sais pour celte liste les indications données par M. Waltenbach dans la
précieuse table des Commtnaminls des poisits latma rkythmt^uei profanes, qu'il
i publiée dans ta Ztilschnjt de Haupt, n. s. t. III.
2. Une nouvelle édition de ce recueil a para en 1877.
TURRIS aLITHIG 9{
dans une ville aussi pleine de tentations que Favie^ où il se trouvait alors,
t'écrie' :
Si ponas Ypolitum hodie Papie
Non erit Ypolitus in sequcnti die ;
Veneris in thalamos ducunt omnes vie :
Non est in tôt turribus turns alethie.
Ce dernier vers, — si pittoresque dans son premier hémistiche, qui
nous met sous les yeux U vieille ville de Pavie, hérissée des tours de»
familles nobles qui lui avaient valu le nom de « Ville aux cent tours » »,
— est embarrassant dans son dernier mot. La leçon que j'ai donnée est
celle du ms. de Bruxelles et de l'un de mes mss. italiens (l'autre a ahtkie} ;
celui de Munich porte galati^ lia » Vieille maison » lit aussi Galatiae) ; tous
les mss. angles oni alicU.
La seule explication qui ait été proposée est celle de Docen, qui,
acceptant la le^on Galatu.yvo'n une allusion au poème de Pamphiliu^ où
l'béroine s'appelle Cixlaua ; mais on ne comprend pas ce que cette allusion
signifierait. Les autres éditeurs ou commentateurs n'ont pas essayé de
comprendre. — Il faut lire Alithia (plutôt que Aie-), et reconnaître là une
allusion à la célèbre églogue de Theodulus, où le berger PstustiXy qui
représente le paganisme, dispute contre la bergère Alithia^, qui repré-
sente la retigion chrétienne. Le poète veut dire que de toutes ces tours de
Pavie. qui contiennent tant de Ihalamoi Veneris, on n'en trouverait pas
une qui servit de demeure à la chaste et pieuse Alithia. — Remarquons
que ce mol. précisément sous la forme où l'offrent les mss. anglais de la
CoRJtisw (et plusieurs mss. de \^Eciogà\ , est devenu un nom propre anglais,
Aiicia, qui a passé en français, Alice, et qui signifie donc « Vérité «. a
G. P.
II.
CHANSON ANONYME
(Ms. fr. 46 de la Bibl. royale de Stockholm)
Le œs. 46 de la bibliothèque royale de Stockholm contient, comme on
lésait par te catalogue de M. Siephens.le roman â'AthisetProphilias; il
1. Je ne justifie pzs ici la lecoa que j'ai adoptée pour le v. ).
2. Oa en voit encore i Pavie plusKurs vestiges, mais aocune n'est restée
detMut comioe À Bologne.
3. L'accentuation Aliiha est celle du moyen-âge; voy. Thurot, la Grammairt
M mo)m âst, p. 40C1. L'auleur de VEcloga scande /t/nnûi.
^ Il ne faut pas confondre ce nom avec celui d'Alis (Alts est une variante
orthographique), qui remonte à l'ancien français Ailt:^ AJalii, et c»t d'origine
gernaaiqtie.
I
96 MËUNGES
a été achevé en 1 399. Sur le dernier feuillet, resté blanc, une main un peu
plus récente a écrit une chanson qui, à ma connaissance, ne se retrouve
dans aucun de nos chansonniers. Cette chanson a été publiée par M. P.
A. Geiier, professeur à l'université d'Upsal^ dans te t. TU (nouvelle
série] de la Nordisk Tidskrifi for FMogi. Ce recueil étant peu répandu
en France, j'ai pensé qu'il n'était pas inutile de la reproduire. Ayant eu
l'occasion de collationner, avec M. Geijer lui-roëme, te ms. de Stock-
holm, j*ai reconnu que sa copie était parfaitement exacte. Mon édition
ne diffère donc de la sienne qu'en ce qu'il a reproduit te manuscrit sans
changement, tandis que j'ai corrigé et rejeté en note plusieurs leçons ; en
outre j'ai modifié en quelques points la distinction des mots et la ponc-
tuation. — Bien qu'elle ne sorte pas du cadre ordinaire des composi-
tions du même genre, cette chanson n'est pas sans intérêt; la compa-
raison de l'Amour à un cavalier, auquel celui qu'il a dompté demande au
moins de le diriger sagement, rappelle des métaphores familières à l'art
et à la poésie antiques '. Le style un peu obscur n'est pas commun ; on
y trouve quelques expressions intéressantes que j'ai signalées en note.
M. Geijer a déjà remarqué qu'il y avait désaccord entre la langue de
l'original et celle du copiste, et il a pensé que ce dernier avait en partie
détruit les formes bourguignonnes de l'original, tout en les maintenant çà
et là (moig, cruir^ etc.). Je pense plutôt que notre chanson a été affublée,
comme beaucoup d'autres monuments de notre poésie lyrique, de formes
bourguignonnes (ou au moins oricnialesj qui étaient étrangères à l'au-
teur, et je les ai fait disparaître de mon édition. Le copiste ne prétait pas
à la rime une attention suffisante : il écrit, dans la rime en âiVi, maig,
ainz, frein, Gauuig, pour main, ain, frain, Gauvain, dans la rime en er,
d'ailleurs régulière, crieir et gardeir. Sauf ces retours trop fréquents à ses
habitudes graphiques, il a asse^ bien rempli b tâche qu'il s'était donnée.
Les rimes, étant les mêmes dans les cinq strophes de neuf vers et l'envoi,
— oir ain ir er, — ne nous fournissent pas grands éclaircissements sur te
dialecte de l'auteur. La rime en ain donne lieu à quelques remarques.
Frein et pldn sont admis dans celte rime, ce qui parait indiquer,
d'une manière générale, la région orientale de !a France. Tain pour
teneo ne se trouve à ma connaissance que dans des textes écrits en Picardie,
de même que tdigne, — et les formes parallèles vain^ vaignt. Dans ces
formes, le changement de r y| en consonne ïfn/o, venjo^ — tenja^
venja], a empêché b diphthongaison ; le changement de et en ak%l
postérieur. L'extension des formes en «, ai^ à d'autres personnes du
présent de l'indicatif [tant, taint\ est due à l'analogie et se rencontre ,
d'ailleurs rarement. — Enterain, qu'on pourrait croire déformé à'tnterin^-
I. Elle se retrouve d'ailleurs dans la poésie lyrique italienne et provençale.
CHANSON ANONYME
97
pour la rime, peut s'expliquer autrement : il est tiré d*tniier comme
premerain de premier; mais je ne me souviens pas d'en avoir rencontré
d'exemples. — Gaain pour gaain g est à noter, et marque sans doute une
époque peu ancienne fxiir siècle), indiquée d'ailleurs par l'ensemble de ta
langue et l'allusion à Cauvain ; mais je ne saurais dire si la disparition du
mouillement dans les formes semblables s'est produite plus tôt dans telle
ou telle partie de la France.
M. Geijer a vainement cherché, dans les collections publiées de pièces
lyriques du moyen-âge, une chanson exactement construite comme la
nâtre. Je n'en ai pas trouvé davantage. Les trouveurs français, comme
les troubadours provençaux et les minntsingtr allemands, s'astreignaient
à jeter chacune de leurs compositions dans un nouveau moule. Les diffé-
rences qui séparent une formule de l'autre sont à la vérité légères, et au
premier coup d'œil toutes ces pièces paraissent presque pareilles ; mais
quand on les analyse, on voit que chacune d'elles présente quelque trait
particulier. Parmi les chansons du roi de Navarre, pour ne citer id qu'un
exemple, il n'y en a pas deux qui offrent la même construction. S'il n'était
pas permis à un poète de se répéter, â plus forte raison ne pouvait-il
s'approprier le rhythme qu'avait Uoavè un prédécesseur. Il y a cependant
quelques exemples de reproductions de ce genre, mais alors elles sont
expressément désignées comme telles. Ainsi, une pièce de Jaque df
ramerai Mire, douce créature, porte ce titre dans le ms. de Berne : ou
chant de ta glaie meure, c'est-à-dire, comme l'a remarqué P. Meyer, que
u cette pièce est imitée, pour la forme, de celle de Raoul de Soissons :
Quant voi Id glaie meure ^. » L'auteur anonyme d'une chanson publiée à
la suite de celles du châtelain de roucj débute ainsi » :
Lî chastelains de Couci ama tant
Qu'aine por amor nus nen ot dolor graindre ;
Por ce ferai ma complainte en son chant.
El la pièce est effectivement modelée sur la plus célèbre des chansons
do chiielain :
A vous, amant, plus qu'a nuie autre gent
M. Geijer a cité plusieurs chansons dont la forme ressemble à ta nAtre.
Hè t dieus d'amours, qui m'as doné voloir
Asprc et hardi d'amer en lieu hautain.
5 Por quoi m'as tu tollu mon franc pouoir,
Qu'a ma dame, cui je serf soir et main
Et servirai de fin cuer entcrain,
I du«. dcnei — 2 an — 4 qui, s. a maig '- j Aseruirai, anterain
( - Dûcamtnts roânatcnts, etc., p- 2i\.
2. Chansons du cbdteUin dcCoacy^ p. p. Fr. Michel, p. 101.
Komania, Vtt f
^8 MÉLANGES
6 Ne puis au moins mon penser regeir?
Lairas me tu de tele mort morir!*
Oste me tost l'autain voloir d'amer,
9 Ou tu me ren le pouoir de parler.
Se je de toi pousse droit avoir,
Je m'en plainsisse avant hui que demain ;
12 Car li plusour me tesmoignent pour voir
Que la belle que je de fin cuer ain
A si de bien le cuer et le cors plain
I ) Que riens n'en pert qui ne vaigne a plaisir.
Las ! a moi font tout si fait esbair.
Se ces torz faiz ne me fais amender,
i8 Je te ferai tes oublées crier.
Hai ! com tu me faiz souvent doloir I
Comment as tu le cuer si très villain
2 1 Que tu me poinz, et quant je cuit movoir
Si me refîers en la gorge dou frain ?
Par ton ennui feroies tu Gauvain,
24 S'ilrevivoit, de lin corroz partir.
Mène moi plain, puis me fai poursaillir
Quant besoinz iert; ainsi pourrai durer,
27 Et tout adès a chemin amender.
Tu penses tant as autres esmovoir
A toi servir que moi, qu'a toi me tain,
jo As mis, ce croi, dou tout en nonchaloir,
Si que j'en sent mon martire prochain.
Si n'i voi je t'onnour ne ton gaain :
3j Car je pris plus celui qui set garnir
6 a moinz, pancer reiair — 7 Lairais — 9 ran lou.
10 pausse — 1 1 le man — 1 j ainz — 14 Ai — 16 sui f. esbaiir — 17 fais
1 8 crieir
19 Haij — 20 Commant — 21 quit — 22 refierz an, frein — 23 Por, gauuig
— 2 j Me ne me pi. — 26 asint — 27 chamin.
29 pances — }o an n. — ; 1 ian sant — 32 ne u.
V. 9. Sur cette construction de l'impératif avec le pron. de la 2« pers.,voy.
Alexis j D. 189.
V. 18. « Je te ferai crier tes oublèes, > c'est-à-dire je te maltraiterai si bien
que tu en jetteras les hauts cris. Les crieurs d'oublàs (oublies) qui parcouraient
sans cesse les rues de Paris sont souvent mentionnés dans les anciens textes. Le
I mot oublie s'est sans doute changé en oublie par étymologie populaire. — On a
dit de même, plus tard, 1 crier les petits pâtés » pour ■ jeter ae grands cris, >
et spécialement pour ■ accoucher ■ (voy. Littrè, au mot pdU). — Crier oublie
f est dit dans un autre sens, par jeu de mots, pour i oublier. 1
V. 25. Le copiste n'ayant pas compris le début de ce vers, a sans doute
changé machinalement moi en me ; cependant me ne serait pas inadmissible. —
Poursaillir se dit à la fois du cheval qui galope (c'est le cas ici), et de celui qui
le fait galoper, qui le poarsaat.
. CHANSON ANONYME 99
Ce que pris a, si qu'il le puist tenir,
Que celui qui vait aitlors conquester
36 Et pert ice que il devrait garder.
Je pens souvent qui je porrai faire hoir
De mon désir ; car je sai de certain
}9 Que je n'ai cuer qui puisse recevoir
Son escondit ; et d'autre part en vain
Ai travaillié; s'ai droit se je m'en plain,
42 Quar je ne puis l'un ne l'autre soffrir.
Si faz mon lais, et doin le mien désir
A celui cui ma dame vueut amer :
4j Car nus autres nou porroit endurer.
Paour de mort me fait le cuer frémir,
iion .pai_po.ttr taqt que. je dout a mourir,
Mais pour ice qu'il m'estouvra cesser
49 De vos amer, et un autre engresser.
III.
MOTETS.
I.
Le Musie britannique a acquis le 6 octobre 1876, de M. J.-P. Berjeao,
bibliographe bien connu, un fragment d'un recueil de motets français et latins
notés en musique, qui a reçu le n" addit. 30,091 . C'est un cahier de six feuiU
lets, ayant 143 millimètres de hauteur sur 104 de largeur. L'écriture est de la
seconde moitié du Xni« siècle, un peu plus ancienne, ce me semble, que celle du
gros recueil de la Bibliothèque de la Faculté de médecine de Montpellier (n" 196)
dont quelques extraits ont été publiés ici-même, t. I, p. 40)*6. On va voir que
phtâcnrs des pièces du fragment de Londres se retrouvent dans le ms. de Mont-
pellier.
.,Va
34 pr. ai si quis le puest — 3) uai allours — 36 A p., gardeir
Ï7 pans souent, porra — 39 peusse — 40 an v. — 41 trasuallle, ie man —
fais mon tas — 44 qui, uueit — 4} andurer.
46 mor — 47 que doutoie — 48 mestouurai — 49 ai un autre angresser.
V. 39. < Je n'ai cœur qui puisse souffrir >, pour « mon cœur n'est pas
capable de souffrir > ; locution fréquente.
V. 42. « L'un ne l'autre > : soit t son escondit >, soit t le grand travail <\\ie
l'amoor m'impose. >
V. 49. Je ne comprends pas ce vers, que je suppose altéré. En se reportant
i la strophe précédente, on peut croire que le sens est : c II me faudra vous
laisser et vous abandonner à un autre, en enrichir un autre. »
100 MÉLANGES
1 . — Fol. 1 , r* et V*, motet latin ayant pour ténor Nostrum *.
0 Maria, decus angelorum....
2. — Fol. I v<*, motet latin ayant pourténor Flos fiUas ejas :
Candida virginitas utlilium....
]. — Fol. 1 yOj motet français qui se retrouve dans le ms. Noblet de la
Clayette, sans l'indication du ténor :
En mai, quant rose est florié >,
Que j'oi ces oisiaus chanter,
Me covient par druerie
Joie démener.
C'est la fins : je wel amer;
Et si ne croi mie
Qu'ele sace ja
Dont vient li maus d'amer qui m'ocira; [foi 2).
K'onques en ma vie
D'amor n'oi déport;
Mais, se je n'ai vostre aie
Vostre amor, vostre confort,
Pucieleï sans ami, vos m'avez mort.
Flos filias ejus.
4. — Fol. 2 r<>et v<>. Pièce latine qui se retrouve dans le ms. Egerton, 274^
du Musée britannique, sous la rubrique de Advocatis, et que j'ai publiée d'après
ce ms. dans l'appendice de mon premier rapporta Comme te recueil des poésies
latines contenues dans le ms. Egerton est précédé de ces mots : ïncipmnt dicta
magistri Ph. ^uondam cancellarii Paris'unsis, la pièce en question est probablement
1 . Ce ténor, comme tous ceux qui vont être cités, est d'un fréquent emploi ;
on tes trouvera tous dans la table des ténors latms, dressée par M. de Cousse-
maker, VAn harmonique^ p. 266-8.
2. On connaît, par la table du ms. de Montpellier qu'a publiée M. de Cous-
semaker {An harmomqm^ p. 249 b) une pièce dont le début est le même, mais
la suite diffère. La voici (toi. 204) :
En mai, quant rose est florie.
Par matin s'est esveillie
Marot, s'a Robin trové ;
Si li reprneve ta bone compaignie
Que adès li a porté,
Q^or li a le dos tornéi*
Il li a dit et juré
Par la foi qu'il doit Diu einsint n'est il mie :
Se j'ai demouré
Aveques m'amie
N'est pas a mon gré.
3. Ms. La Clayette : BrunttU.
4. Archives des Missions, 2' série, III, 288-9; tiré à part, p. 42-3.
MOTETS I 0 I
l'ouvre du chancelier Philippe de Grève, que l'on sait d'aillears avoir composé
de nombreuses poésies rhythmiqucs ' .
Venditores labiorum
Fleant advocati....
\ , — Fol. j , motet français que contient aussi le ms. de Montpellier, fol. 2 } f ,
et que M. de Cousscmaker a publié dans l'An harmoni(iut aax XII* cl XUl" »«- |
Wri, p- 314- Le ténor qui esl^ dans le ms. de Montpellier Lalus^ est ici Jokannt.
M. de Coussemalcer a commis, selon son habitude, plusieurs fautes de copie;
ainsi au v. 1, sais^ lis. sai; v. a, yiiainie, lis. vilanu. Quoique le texte du ms.
add. K0091 soit  peu prés identique à celui de Montpellier, je le transcrirai.
Ne sai ke je die,
Tant voi vilonnie
Et orguel ei felonnie
Monter en haut pris.
Toute conjricsie
S'en est si fuie
K*cn lout cesi siècle n*a raie
De bons dis.
Car ypocresie
Et avarisce s'amie
Les ont sisoupris,
12 Chans^qui plus ont pris,
Joie et compagnie
Tienent a folie,
i î Mais en derrière font pis.
Johanne.
6. — Fol. } v, pièce latine où sont blâmées les moeurs du clergé- La voici:
5
Tedet intueri
Me, quod vita cleri
Mulio pejor vult haberi
Hodiequam heri.
imendemes eri,
Singulares feri,
Viu, verbo, corde meri
Cupiunt teneri.
Querunt omnes promoveri,
10 Nec formidant veri
Régis Assueri,
iudicisseveri.
De libro deleri.
Te decet.
y, — Pol. j V' et 4, pièce latine en l'honneur de la Vierge. Se trouve encore
aux folios £4-6 du ms. de Montpellier, avec le même ténor qu'ici, GauJcbit.
0 quam sancta, quam benigna
Mater Salvatoris
8. <— Fol. 4 V* et t, pièce latine qu'on peut lire dans VArt harmom^uc de
M. de Coussemaker, p. 219, qui l'a publiée d'après le ms. de Montpellier.
I. Aux témoignages que j'ai réunis sur ce point dans mon mémoire sur
Henri d'Andeli et le chancelier Philippe (voy. Romania^ 1, 196-9), il convient
d'ajouter celui-ci que je tire du Carolmui de Gilles de Paris :
.... generis consortis el oris
Aitisoni pctct dictantem jura Philippum.
(Bouquet, XVII, ^97 e.)
Dans ta marge du ms. un scolia:>te a écrit, en regard de PhiUopam^ < de
Crevé «, sur quoi D. Brîal remarque qu'il s'agit plus vraisemblaMcment du
jurisconsulte f^hiiippe de Novarrc, mais il se trompe : c'est bien Philippe de
Grève que l'auteur a voulu désigner.
a. Ms. de Montpellier ctui (Cfoussemaker, ctitx).
102 MÉLANGES
fol. 67. Elle se rencontre aussi dans le vas. Egerton, 274, fol. $4 v». Ténor :
In scculum :
In omni fratre tuo
Non habeas fiduciaro
9. — Fol. s v«, pièce en l'honneur de la Vierge que contient aussi le ms. de
Montpellier, le texte dans VArt barmoniqut^ p. 218. Ténor : alléluia :
Virgo decus castitatis,
Virgoregia
10. — Fol. 6, autre pièce en l'honneur delà Vierge. Ténor : In saalum :
0 felix puerpera
Flos virginum
1 1. _ Fol. 6, r' et V, pièce pour l'Assomption. Ténor : Cumqut :
Hacin dulce melos
Assumpte matris angelos
1 2. — Fol. 6 V*, pièce en l'honneur de la sainte Croix. Ténor : Sustincre :
Cruci Domini
Sit cunctis bons laus parata
II.
De tous les genres de la poésie française celui peut*ètre qui a eu le moins
d'écho dans la Grande-Bretagne, c'est le genre lyrique. Non que la poésie
lyrique soit inconnue à la littérature a ngio- normande, mais elle y a des carac-
tères, sinon très-originaux, du moins assez différents de ceux qui distinguent la
poésie lyrique de France'. Il n'est pas ordinaire de rencontrer des chansons ou
françaises, ou composées dans le genre français dans les mss. exécutés en Angle-
terre. En voici une pourtant (ou plutôt trois} qui se trouve i la fois dans le
recueil de Montpellier (fol. 28}-4) et dans le ms. Douce 139, toi. 170 v". Je
la donne d'après ce dernier ms., où elle a été inscrite par un écrivain anglais
(on le verra de reste!) au commencement du XIV" siècle.
I.
Au queer ay un maus ke my destreynt sovent :
Amurs m'ount naufré de un dart si cruelment
Ke joe ne purroye vivere lungement,
Si de ma doiur n'avoy aleggement.
Kar ayet de moy merci', dame au cors gent,
6 Ke ausi ey joe de vus joye » cum joe vus aym de quer loyaument.
II.
Ja ne mi 4 repentirai de amer
I. Je publierai quelque jour une collection de poésies lyriques anglo-nor-
mandes que j'ai recueillies en divers mss. d'Angleterre.
2 Montpellier pitié. — j Montp. Si aie je de vos joie. — 4 Montp. m'en
SURGE 103
Pur maus nuls ke joe puse ' endurer.
Ey ! dame au vis cleer
Moût m'en > plest vostre gent cor a remirer,
Kar en vus sunt mis i tut my pensers,
Ne ja ne* quer mun quer ousier.
7 Si vus pri ke de raoy vus voille remembrer,
Kar joe ne vus purroye ubblier.
III.
Joliettement my teent li maus d'amer,
Joiiettement.
Ma très douce dame a ki m'en suy doné,
Joliettement mi teent li maus d'amer
Jo vus serviray de fin quer, sauns fauser,
Ben e loyaument.
7 Joliettement my teent li maus d'amer,
Joliettement.
C*est comme on voit un motet à trois parties. Dans le ms. de Montpellier^
U troisième partie, le ténor, qui est ici un rondeau, n'est indiquée que par son
premier mot. Pour les deux autres, la leçon du même manuscrit l'emporte nota-
blement sur ta copie anglo-normande, j'ai tenu néanmoins à publier cette
dernière, comme curiosité.
La première et la troisième partie offrent des vers de onze syllabes, avec la 1
pause placée après la cinquième syllabe. On connaît d'autres exemples de ces
deux coupes :
D'una leu chanso ai cor que m'entremeta.
(Guill. PeiredeCazals.)
Sia diligens, savis e coratjos
{Leys ^amors^ I, 1 16.}
Bels m'est fans en mai quant voi lou tens florir
(Chansonnier de Berne, n* 68.)
Pour moi renvoixier ferai chanson novelle.
[Ihid., n« 384.)
P. M.
IV.
SURGE.
Je crois pouvoir ajouter le mot surge à la liste de ceux où un d latin,
devant un i consonne précédant une voyelle, s'est changé en français
en r (voy. Rom.^ VI, 254). La laine surge est, dit M. Littré, « la laine
I Montp. P. mal qat me conviegnc. — 2 Montp. Tant mi. — ) Montp. Ka vous
sont torni. — 4 Montp. n'en.
I04 MÉLANGES
qui se vend nns avoir été lavée ni dégraissée. » Cette laine se disait
I en btin UMâ su^iéj, et suriit est le même mot que sucida. Sâcida s'est
dun^ en siJicé, par l'attraction du suffixe si répandu -icus let peut-
4tre pure qu'on a voulu rapprocher le mot de sudare';, comme ficidum
ipoorjÇMûuii. ^V.ffum. voy. Rom,, VI, 1521 s'est changé en jidkam. De
IU Utm sùnt puis sarje surge; c'est ainsi que miriCj de médicum, a donné
mirfi^ mir^e, d'où le dérivé m/VgiV, a art médical. » — L'it. sûcido,
l'csp. wfit?. proviennes directement de sùadus; peut-être le port, sujo
se raiiachc-Hl A sudtcus; Tii. stidicio représente un dérivé sudicius, et je
crois aussi reconnaître cette forme dans l'esp. soez, L'étymologie suis
(dans Prudence pour sas], proposée par Diez, ne paraU guère plus
vralMmblable que celle de sub faece qu'il rejette. La terminaison con-
«oiuntique du mol n'est pas plus surprenante que celle à'aprendîz ou de
10/ji ici. Joret, Homamas 1, 4^5-6}; IV représente, en regard de l'ide
4frtM,Us, ctc.t \'i originairement bref de sikidits, sàdkusy sudicius'.
G. P.
V.
UKS OIX-SKPT CENT MILLE CLOCHERS DE LA FRANCE.
D*Rpr^c le rtccRKment de 1876 la France compte i6.o$6 communes.
C« chWre eût paru bien mesquin à certain réformateur inconnu sur les
IHvirU duquel le hasard de mes lectures m'a fait rencontrer quelques
lémutti^nat;» qui« vraisemblablement, ne sont pas les seuls qu'on pour-
réx recueillir.
lUni le récit de la procession de la Ligue par lequel s'ouvre la Satire
M^nippée, le recteur de TUnivcrsité tient ce discours :
t Ch FniHt • éiX'Sept (tnt milU elochtts dont Parts n'est compté que pour un :
4M'(«» pr»nnr dt chacun clocher un homme catholique, soldoyé aux despens de
I,» pai^XMf, t\ ijiic les deniers soycnt maniez par les docteurs tn théologie, ou
pnuT It inoiiiv ttraduc/ nommez, nous serons douze cents mille combatans, et
(tih) <nit mille pionnirn > . Alors tous les assistons furent veus tressaillir de joye
*l l'ttcner : « 0 coup du àel !* ■
Sur quoi Le Duchat dit en noie : » L'avis des dix-sept cent mille
€ clochers (ut proposé par Jacques Cceur au roy Charles VII, ei c*est
H de cela dont il se moque. ■>
l
. Cm Article était imprimé quand |c me suis aperçu que M" C. M. de Vas-
■ vjit M\S ratijchê wt: à suciJus (SUiditn lur fom VVortnh., p. 2i6i.
1 ttle le tire d'une lonnc tuJuui, qui expliquerait difficilement le : cl
|Ui 1 iiblittT en outre i admettre un chanjtetnent d accent qui est. comme elle le
II, (vuri mtt en eipagnol.
t. Kd>lh« de Kativbonne, 1716,!, r^.
LES DIX-SEPT CENT MILLE CLOCHERS DE LA FRANCE 10^
J'ignore sur quel fondement Le Ouchat a attribué à Jacques Cœur,
boinme de sens, un calcul aussi extraordinaire : ce qui est certain, c'est
que le plan merveilleux dont se moque la Satire Ménippée fut proposé
sous CharlesVI,alors que le célèbre financier de Charles Vil était encore
dans sa plus tendre enfance. Voici en effet ce qu'on lit dans la Chronique
du Religieux de Saint-Denis, livre XXVI, ch. xxui, à l'année 1405. Je
die d'après !a traduction de M. t3ellaguei (111, $$0) :
Pradjnt que le duc de Bourgogne avisait dans le conseil aux moyens de réduire
les ImpAts, quelques gens proposèrent, pour avoir plus d'argent, de taxer â
vingt écus d'or par an toutes les villes et tous les villages de France, dont ils
évaluaient le nombre à 1,700,000. Ils n'en exceptaient que 700,000, qui avaient
été ruinés par les malheurs de la guerre et 1rs épidémies. Ils calculaient que cela
produirait une somme de vingt millions, sur laquelle on pourrait payer une solde
de trente écus d'or par mois à chaque chevalier, et de vingt-quatre à chaque
êcojfer pour continuer la guerre; et qu'en prélevant deux millions pour l'entre-
licn du roi et autant pour les gages des collecteurs, et en appliquant te quart
d'oD million aux fortifications et aux réparations des places, on ferait encore
rentrer chaque année trois millions dans le trésor royal. Comme on est toujours
disposé à se laisser séduire p<ir l'attrait de la nouveauté, ]cs gens, même les plus
sensés et les plus sages, applaudirent à cette proposition. Mats quand on sut que
ces donneurs d'avis n'étaient avoués m par le roi ni par les seigneurs de France,
on ne songea plus qu'à s'en amuser et à les tourner en ridicule.
C'est vraisemblablement à cette occasion que fut composée la pièce
suivante, qui a été écrite au xV siècle dans le ms. de la Bibl. nat. fr.
1881, fol. iiSy*- :
Dix et sept cens mille, ce dit l'on,
A de villes le roi Karlom ;
Ce .iiii. Frans paioit chasque ville,
4 Six mitions e sept^ cens mille
Pourra le roy meclre au lresor(t),
Mas ques nus ne l'an face tort;
Sans gens d'église et gentillesse
8 Ce peut bien lever seste trcse^,
Se' mectre jus toutes gabelles.
Iroposicions et quastremes*;
C'on dit par tout que nostre roys
1 2 N'a pas de .xv. deniers trois,
E li peuple tant priera Dieu'
Jhesu Christ qu'il lui aidera.
Ansin porra mener sa guerre.
16 t
t. Corr. hait. — 2. Cott. cresse,ât cresccref — j.Corr.E/^ — 4. Quatrièmes,
sorte d'iaiDÔt. — f. Corr. Duu tant pnaa (prononcez prua). — 6. La rime
mODlre qu il manque un vers.
T06 MÉLANGES
Par les receveurs du demoigoc
Se peut bien lever la besoigne;
Ausi porronî les gcneraulx
2Q Courre par lez bas cl lez haull;
Contreroleurs etgrenelicrs *
Et plusieurs autres officiers
Se porront bien aller ebatre
34 La senuine .iii. fois ou .iiii.^
Princes, aicz votis bons avis
Pour povres gens de plain paîs :
Qui escourche .ii. foiz oe tont,
28 El qui trop tire trestot ront, etc. {sic).
Cette petite pièce n'a point un caractère satirique : elle est visible-
ment Pœuvre d'un homme persuadé de l'efficacité du plan qu'il expose.
Au XVI* siècle encore la fable des i ,700^000 clochers n'avait pas perdu
toute créance, semble-t-il, car l'exposé du Religieux de Saint-Denis est
reproduit, sans réserve aucune, au dernier feuillet d'un petit livret
intitulé La division du monde, contenant ta déclaration des provinces et
régions d'Asie, Europe et Aphricqae, œuvre d'un certain Signot, dont la
première édition est celle d'Alain Loirian, en 1 j 19 1. Or voici ce qu'on
lit â ta suite de cet opuscule :
Calculaiion âts dcn'un qui peuvent cstrt tacz en France :
Autres chrestien royaulmc de France a dix sept cens mille ctochiers (plus ou
moinsK et pour les pays dommagez on en rabat .vij. c. mille; ainsi ne restent
que dix cent mille. Posé le cas que soubz chascun clochier soient environ
.iiij. XX. feaz : soient assir a chascun .v. solz, le fort portant le foible, font
.XX. livres, qui vallent .xx. millions de livres par an. Sur lesdictz vingt millions
on en peult prendre tes .viij. millions pour payer les lances et souldoyers qui
sont ordinairement audici royaulme; plus, pour Testât du roy, deux millions,
avec son demaine, item, pour les gaiges des recepveurs, deux aullres millions;
et pour la réparation des places et pour entretenir l'artillerie, cinq millions.
Reste encore trois millions a disposer au plaisir du roy.
Ce morceau a paru assez curieux au chroniqueur du Puy, Etienne de
Médicis, pour qu'il l'ait inséré dans sa chronique [II, î57)-
Enfin Le Duchai, en son commentaire sur la Satire Ménippéc (II. 71)1
cite un extrait du Cabinet des trois perles, \s^^^ p< 5i où le calcul des
dix-sept cent mille clochers est traité d' « impudente menierie n.
P. M.
t. Agents des gabelles; voy. Du Cange, gianatarius 2, et Cctgrave. great-
tiers*
2. Ils pourront s'aller promener; on n'aura plus besoin de leun services.
(. Pour le tilrc complet voy. le Manud du ubfaire, sous Ti»t\li: et Vi»\lR
Di:s<;Htprio>.
/ FINAL NON l-tTYMOLOCIQUE CN PROVENÇAL
107
VI.
D'UN EMPLOI NON ÉTYMOLOGIQUE DU T FINAL
EN PROVENÇAL.
Au vers $ de la pièce publiée dans rarticle qui précède, trésor esi écrit
treson. L'addiiion de ce r, que l'éiymologie ne iusiifie pas, n'est point,
comme on serait tenté de le croire, un caprice orthographique : c'est la
notation d'un fait de prononciation qui a été assez fréquent dans le Midi
et qui se conserve encore en certains lieux, comme je vais le montrer.
La pièce elle-même que je viens de ciîer parait avoir été écrite par un
méridional : du moins c'est ce que donne à supposer mas au v. 6,
et peut-être escourche au v. 27.
Voici, dans des textes de pure langue d'oc, des exemples analogues à
notre tresort :
Cari carncm) dans un document de 1426 écrit à Tarascon-sur-Rh6ne,
Htcuiii â^cinc'uns textes^ partie provençale, n" ^9. — Carîz, au cas sujet
du singulier, dans la Vie de saint Honorât, édition Sardou, p. 121 aj
tarUy au pluriel, ibid., p. ^4.
CavalUetiz dans Jaufré, Raynouard, Lnc. rom. I, 62 a.
Catfoiiz, Vie de saint Honorât, p. j.
Ergaeillu dans Jaufré, p. 107 d.
Jomt (jouri, dans une pièce écrite en Auvergne et, selon les appa-
rences. versij68ou 1269, Recueil d'anciens textes, partie prov. n* jj
I. 7. — Jorntz est fréquent dans le poème de la guerre de Navarre (qui
est un texte toulousain,, vv. 262, 452, etc. — On trouve jortz dans la
traduction de la coutume de Manosque {xiv' siècle), Bulletin du comité de
la langue. IV, 2^0. — En français même jort se rencontre, dans le Bes-|
tiaire de Gervaise {Romania, I, 428), note sur le v. 1 j6.
Noeuï et bet (nouveau, beau) dans une pièce du xiii* siècle écrite,
sinon composée, en Limousin, et que je publierai quelque jour.
Trebaltz, Vie de saint Honorai, p. ? 1 .
On remarquera que dans tous ces mots, sauf dans cavallierlz, le /
^'introduit après / ou après m, ce qui n'est pas le cas de trésor. Mais, du
petit nombre d'exemples que j'ai notés on ne peut guère tirer de conclu-
sions sûres, et l'objet de cette note est moins d'expliquer le fait que de
le signaler et de solliciter de nouveaux témoignages.
Dans le Lyonnais le ( s'ajoutait aux fmales an, en, on (ainsi ont de ^
annuriif enjoint, etc.). Ce fait est constaté d'après des documents du xin*
et du xiv" siècle dans une thèse sur te dialecte du Lyonnais présentée!
cette année à l'École des chanes par M. Ed. Philipon. '
M est bien probable que la même addition d'un / fmat doit se rencon-
I08 MÉLANGES
trer encore maintenant en plusieurs lieux du Midi. Le fait est certain
pour un patois qui participe à la Fois de la langue d'oc ei de la langue
d'oui, et qui se parle tout près de Blaye. IJI MM . de Tourioulon et Brin-
guier ont entendu yo/i^ /ourf', et un peu plus loin vers le sud-est, à
Galgon, i Queynac, djourt'. A l'extrémité opposée de la France, dans
le Briançonnais, on dit cliart aussi bien que char K
Dans les cas où le mot est terminé par un z (Jorntz, caw/fz'j ,1a présence
Idu t s'explique facilement : il sert à marquer plus fortement la pronon-
ciation de la double consonne z. Faut-il croire que par suite il a subsisté
dans les cas où le z est absent? Il serait singulier, si telle est la cause,
Jquc le t persistât dans certains patois si longtemps après la perte du cas
sujet originairement caractérisé par le z. Je ne crois pas non plus que le
fait que je signale dans cette note ait aucun rapport avec le changement
de // en r à la fin des mots, qu'on observe en gascon.
P. M.
VU.
GLAN ET AGLAN.
A c6lé de l'ancien français et du français moderne gland m., de l'an-
cien provençal g/d/i ou glant m. et f. ^féminin par exemple dans l'expres-
sion proverbiale valer una glan. Croisade contre les Albigeois y 1041 et
262J et Matfre Ermengau, Bartsch. Chrest. prov.f ;" éd. Î22/1 j *), de
l'ancien espagnol landeei glande, f . fqu'on trouve dans le Fuerojuzgo édition
del'Acad.esp., p. 148), chasséderusageparM/or^, et de l'italien £/iù/iid.
que la désinence féminine a préservé d'un changement de genre et auquel
répond l'ancien français glande i , toutes formes qui honnis la dernière repro-
duisent lettre pour lettre le latin glandeh, il y en a une autre avec prosthèse
de Va et toujours masculine, qui est en catalan agUi 'nd se réduit à n qui
tombe à la fm des motsj, en ancien français a^land^, conservé tel quel
dans le Berry et devenu aiguiand en lorrain, en provençal cl dans ta
Tarentaise aglan, en patois des Fourgs (arrondissement de Poniarlier,
département du Doubs) et de Montbéliard aillant ou ailland, dans la
Suisse romande alydm^ et azdn à Cuves (Pays d'Enhauti.
I. Archives des Misiions, }, III, (69.
3. ftù/., s-ji.
}. Chabrand et de Rochas d'Aiglun, Pjtoisdes Alpts Cottunnes, p. 47.
J^, Les exemples dVf /an chirs par Kaynouard, Ux. rom.y III, p. 47^, col. b,
pourraient jussi bien être Jcminins; car il est permis de lire de la g/an, una
glân. Il faudrait consulter les manuscrits.
i. Roman de la Rosc^ édition Francisque Michel, 1, p. 377.
6. Du Cange et Roquctort, mais sans exemples.
7. Dans un des patois de Ncuchitcl aussi ayàa, Haifclin. ManJarten Jet eênlons
CUN, ACLAN ion
Selon Dicz, Etym. Wan, Us s. v. agUn^ Va se serait attaché à
CLANDEM SOUS l'influcnce du grec axuX:; ou du got. ak-ran; je ne sais
Trop commem, puisque ni l'un ni l'autre de ces motsn'a passé en roman.
Je n'y vois autre chose que la moitié de Tanicle féminin, qui, quoique le
mot ait changé de genre, garde la marque du genre qu'il avait en latin.
Cependant l'auteur de ta Grammaire des langues romanes a bien su voir
la raison de la prosthèse de 1'^ ou de sa chute dans d'autres cas : comp.
alumelii s. v. lama^ et mie.
Dans la Suisse romande nous trouvons une confusion pareille dam
alissôn fr. teçon = i7[/]am lectionem et dans amaràn fr. marron cl amarunt
fr, maronnier d'origine incertaine; mais ici le phénomène est plus com-
pliqué. On a dû dire d'abord /u ou h marôn, devenu omaràn. — Une autre
méprise, par suite de laquelle on croyait voir Tarticle dans lanè (de
LARiCEMi, a amené la forme arzè^, mélèze, et a fait tomber Va de tseta
\atsfta Bridel, p. 20, 196 et 394) dérivé de atsè grande hache de char-
pentier [voir Diez, Étym. Wœrt., s. v. accia], et de ryondeyna. Gruyère,
à côté de Arond^t et arondalla, hirondelle (cf. l'it. rondintlU).
i. Cornu.
vni.
NOUS ET ON.
La Romunia (1877, p. 302) a signalé après M. G. Flechia {Intorno ad
una pecuiiarità di ficaione verbale in alcunt diaieUi Lombardiy Roma, 1876,
dans Àlti dcUa reale Academia dei Lincei, t. MI, 1" série) l'emploi de on
pour nous dans certains patois italiens et français.
La substitution inverse a lieu dans les patois normands, où nous s'em-
ploie exaaemeni avec la valeur de on. Louis du Bois, dans son glossaire,
dte les formes no, no-Sfnou. M. Joret dans sa monographie du patois du
Bessin {Mémoires de la Société de linguisti^uej t. 111, p. 2411 donne la
prononciation exacte, no, devant une voyelle no-z : no i' di pour on U
dit^ nO'Zée conian pouro/i est content. Une autre forme non, non catalo-
guée par M. Jorei, s'emploie devant une n : il cite lui-même jibid.) la
phrase non^ n'èe content pour on en est content il*apostrophe qui suit non
doit venir d'une faute d'impression;.
Dans tes lies normandes on dit aussi nous et non. Les deux formes se
rencontrent dès le seizième siècle dans le recueil des Ordonnances de la
Niutttburg. Ztitschrtft f. rgi, iprachf.,XXi, ^o.
1. L'espagnol aitrc< m. en revanche s'explique très-bien de la méioe manière
que aglaa.
no MÉLANGES
cour royale de Qaficnfisey Ctome premier, Guemesey, i8j2) : nous ne
peulttn 1554, repareront Us chemyns pour que nous y puisse passer en
I j 3 5 , fuc nous copera les fosseys^ et que les Conestables en ayront la surveue
en 1535, il est regardé que nous aferera les grant besies en i S 5 7 1 "<"* "'*'*
chergera en 1 5 ^8, non ne pranâra en 1 $4^ Aujourd'hui on dit à Q^er-
jjesgy nout ientr pour on y entre ^ nou joûra pour on jouera j en verrait-non
pour en verrait-on ([Métivier], Rimes guernesiaises 1 jo) ; à^gcscy^ nou
vos oit pour on vous omt (Mourant, Rimes et poésies jersiaises^ 2), non
n' vé goutte pour on ne voit goutte (ib. 4].
Il est à remarquer que le phénomène italien signalé par la Romania est
ai&ire de grammaire : il consiste dans la substitution de la personne indé-
finie à la I" personne plurielle {homo portât au lieu de nosportamus). Le
phénomène inverse du normand est affaire de vocabulaire et consiste dans
la substitution du mot nous au mot on^ avec conservation de la 3* p. sg.
verbale [nos portât au lieu de homo portât*).
L. Havet.
I . La nasale de la forme non peut faire croire (}u'au phénomène de confusion
logique s'est joint un phénomène de confusion phonétiçiue : roreille s'est embrouillée
dans la distinction de non et de Con, comme l'esprit dans la distinction de l'idée
d'homme et de l'idée de nous.
COMPTES-RENDUS.
Die teltesten ft-ansœsisclieD Monditrien. Einc sprschgeichîchtlichc
Unlcrsuchung von Gustav Lli:kin«j. Berlin, Wcîdmann, 1877, in-8', iv-26(i p.
— Prix : 9 Tr.
Le livre de M.Lûcking a eu pour point de départ, comme l'auteur le dit dans
sa préface, le désir de contrôler une opinion que j'ai émise dans l'introduction
de VAUxis. Comme en linguistique tous les faits se tiennent Jl a été amené, pour
élucider ce point spécial, â étudier dans leur ensemble les plus anciens textes
(ruçais et à soumettre i la critique les théories ei les explications auxquelJes ils
ont jusqu'à présent servi de sujet. C'est i mes travaux qu'il s'est le plus souvent
attaché, et une bonne partie de son livre est consacrée â réfuter les erreurs et
les inexactitudes qu'il a remarquées dans mes études sur YAlexis, le Saini Léger
et ta PiSiton. Cet txamen ngorosum, mené d'ailleurs avec une parfaite courtoisie,
ne me parait pasavoirfoumîpartout à l'auteurdestésuitats incontestables; mais |e
recoaaais avec plaisir que sur un assez grand nombre de points il a prouvé que
favaîs mal vu ou mal raisonné, et qu'il a substitué i mes hypothèses des expli-
cations meilleures. Plusieurs de ces explications, il est vrai, m'avaient déjà été
suggérées par une nouvelle lecture des textes ou par des réflexions plus mfïries;
mais comme M. L. les a trouvées de son côté et qu'il est le premier i les pro-
duire publiquement, il est parfaitement juste qu'il en ait l'honneur. 11 ne manque
pis d'ailleurs de points sur lesquels son travail m'a instruit et a modifié ma
manière de voir. Il est écrit avec une parfaite clarté et même avec cette élégance
qu'on peut atiemdre dans les ouvrages purement scientiâques. 11 aborde, — en
dehors des parties oCi d critique les travaux antérieurs,— plusieurs points nou-
Tcaux et importants de l'histoire de notre ancienne langue, et il marque dans
ces études, par la rigueur de la méthode et la délicatesse des observations, un
progrès notable sur tout ce qui l'a précédé. J'en recommande la lecture
aux jeunes gens qui veulent se consacrer i la philologie française : ils verront là
comment it but s'y prendre pour dépouiller fructueusement un texte au point de
rue linguistique, et quelle circonspection dans le raisonnement il faut joindre i
la faculté de combinaison qui suggère les idées neuves et fécondes. On ne peut
i ces divers points de vue que faire l'éloge du livre de M. Lùclcing :
il le place d'emblée au rang des meilleurs romanistes. 11 y a cependant
aoui deux critiques générales à adresser i l'auteur : l'une touche, si je me
permets de le dire, son caractère, car il est impossible qu'un écrivain ne marque
pas un peu le sien mêiM dans l'ouvrage le ptus objectif; l'autre concerne sa
112
COMPTES-RENDUS
préparation. La force de M. L. est dans le raisonnement : il est porté i &*exa-
gérer la valeur des résultats de ce procédé; il croit volontiers qu'une chose est
sûre quand il a démontré qu'elle peut être et qu'il a vainement cherché pourquoi
elle De serait pas; il ne tient donc pas toujours assez compte de la compleiité
des phénomènes, et par suite il est porté i trancher avec un peu trop d'auu-
rance et i présenter comme résolues des questions où des générations de cnliquci
trouveront encore à grabcler. Cette tendance est en accord avec les conditions
dans tesquelles il a écrit son livre. Il n'a pas de l'ensemble des monuments el des
périodes de la langue française une connaissance intime et familière; il en a
étudié an petit nombre plus i fond que personne ne l'av^iit fait avant lui, avec
une ténacité et une conséquence des plus remarquables; mais en creusant aussi
profondément il s'est par là même rétréci l'horizon, et il a parfois donné comme
générales des conclusions dont la portée doit élre fort restreinte. Quant aux
points de détail où je ne suis pas de son avis, on les verra dans cet articte,
ainsi que ceux où nous nous trouvons d'accord, soit que j'aie modifié de moi-
même mes idées anciennes, soit que M. L. m'ait converti i celtes qu'il leur
oppose. Je ne dirai naturellement rien des parties de son travail oÙ l'auteur
admet les résultats des recherches antérieures et notamment des miennes. — Au
moment de publier, ou ptut6t de rédiger mon édition annotée des cinq plus
anciens textes français^ j'ai trouvé dans le livre de M. L. comme une introduc-
tion générale i mon travail. Ceruines parties ne devront être utilisées et criti-
quées que dans ce travail même; au contraire, en examinant ici la plus grande
partie du livre de M. L., je pourrai décharger d'autant le commentaire en
question et le dégager surtout de longues discussions qui ne rentreraient pas
précisément dans te cadre où je veux le maintenir.
Les questions agitées par M. L. se réduisent en somme â ces deux-ci : Dans
quels dialectes sont écrits les plus anciens monuments de la langue française
{Strmatti, EaUlie, Fragment Je Valtncunnts^ Saint Uger, Passion, Alexis) ? subst-
diairemcnt, l'un de ces dialectes peut-il être considéré comme étant le fran-
çais pur, le représentant aux IX*<X1* siècles delà langue française actuelle?
Pour résoudre ces questions, — que le titre choisi ne fait pas très-bien pres-
sentir, — l'auteur s'est tracé un plan fort simple et tout à fait bien conçu.
L'Introd action, après quelques pages sur Vétal de la question des dialectes français,
s'occupe de la solution de questions préliminaires ^ c'est-à-dire de rétablissement
critique des textes dont l'auteur va se servir. — La première partie, intitulée
Dialtetes da anciens monaments, étudie dans ca monuments, pour la phonétique
et la morphologie, d'abord tes traiti communs (p. 66-1 ii|, puis les traits critiqau
(p.ip-186). après quoi l'auteur forme les monuments en gfou/«J d'après ces
traits bien établis, et enfin il essaie de localiser les groupes acquis. — La seconde
partie fi99*iî2) est consacrée à rechercher si le français pur est représenté par
l'un ou l'autre de ces groupes et à examiner quelques textes posiérieurs écrits
dans ce dialecte. — Enfin dans deux appendices M. L. étudie le dialecte du petit
poème dévot {fragmcnl)que j'ai publié dans le t. Vdu Jahrbuch (Bartsch,CAr. fr.
49) et donne quelques tableaux d'assonances et de rimes. — Je suivrai natu-
rdlemeni dans mes observations le même ordre que l'auteur.
LUCKINC, Die dituten franzœsischen Mandarten 1 1 ?
J'ai peu df chose i dire sur la plus grande partie de V introduction. M. L. a
fiit profiter les textes qu'il va étudier d'une nouvelle colliiion, pnur la plupart
avec les fac-similé de VAlhum Je la SociàU Jts anciens ttxla, pour VAitxis avec
le manuscrit. Pour EulalU^ il est tombé dans une assez singulière méprise : il ne
s'explique pas que le fac-simïlc de Chcvallct donne à la 6n des vers des lettres
et des mots qui manquent à notre héliogravure; c'est tout simplement que la
photographie n'a pas reproduit les parlies du texte cachées par le rebord de la
page et que nous n'avons pas pu faire dérelicr le volume. M. L. soumet mon
édition dt Saint Ugtr (Rom, I, 27}-} 17) â un exaraec extrêmement minutieux,
soys quatre chefs : Corrtttioas inconsitfuentts , Conations faatms^ Corrtitiom
amttUs, CorruUons omita. Je profiterai dans ma nouvelle édition de ces vingt
pages d'observations généralement justes; je n'ai pas à m'en occuper ici. Je ne
toucherai que deux points, qui ont un intérêt plus général. Je refuse d'admettre
deux vers ainsi bâtis : Rcnâxtl qui lui h comandat (^ b| et Por al tel dual rovjts
cUrgur (t I e], parce que Vo de lo, Vt de se ne peuvent s'élider devant une con-
sonne après le f final de rendit, rovai. M. L. m'oppose tni fou, tK>\n)s coist, nû{n)s
yUttt dans Eal., e{n)t corps dans Ug. même, et ajoute : • Si un pronom peut
ainsi s'agglutiner à des mots en n, pourquoi pas aussi à des mots en I? Et si n
tOBibe devant le pronom, pourquoi t n'en ferait-il pas autant fp. ]o)? » Pour-
quoi? simplement parce qu'il n'y en a pas d'exemples, même i l'époque posté-
rietire où le i devait avoir plutôt perdu de sa force. C'est ici an cas où le raison-
nement a priori ne suffit point. Que dans des combinaisons fréquentes comme en
tû, non lo, suivies d'une consonne, l'/i ait disparu devant 17, avec qui elle a tant
de facilité k s'assimiler, cela n'entraîne nullement i conclure que le t 6nal d'un
verbe ait faibli de même dans une reoconlre accidentelle avec le pronom ; même le
groupe et lo^ si ordinaire cependant, n'a donné et qu'en provençal (Pass., 2 1 c,
9t b); 00 lit également dans la Pass. (ii^ a) roa-ls iiJ/df, mais c'est une preuve
de plos que la Pass. n'est pas un texte français pur. — P. }2, l'auteur, remar-
quant que pour l'art, pi. masc. rég. j'ai restitué partout Us, tandis que le
ms. porte une fuis Us, une fois /os, deux fois lis et une fois /t, ajoute :
• Us ne peut d'ailleurs être issu que de illas et doit ainsi avoir supplanté un los
plus ancien. ■ Que los soit la forme primitive, commune au gallo-roman, c'est
mconteslable ; 1) s'est maintenu en provençal, tandis que te français en a fait les ,-
ce la vient de los par affaiblissement aussi régulièrement que je, et, viennent de
/0i fo, et ne coïncide que fortuitement avec Us tssu de las; los étant provençal,
le copiste de Ug. a d(i l'introduire dans son texte; il n'a pu y introduire les^
qui doit donc être la forme originale : lis (li n'en est qu'une variante fautive)
paraît être une notation particulière de Us. — L'introdaciion se termine par un
Iravail beaucoup plus personnel que ce qui précède, et aussi plus important * il
s'agit de la Passion; M. L. refuse d'admettre avec Diez et moi que c'est un
texte hybride, où l'auteur a mêlé des formes provençales et des formes fran-
çaises. Il prétend qu'il est écrit tout entier en français, et il en donne une resti-
tution complète, semblableà celle que j'ai essayée pour le Saint Uger. Ce texte,
exclu jusqu'à présent des recherches sur les dialectes français, devrait donc y occuper
désormais une place considérable, et M. h. la lui accorde dans la suite de son
livre, considérant sa thèse comme démontrée. Je crois qu'il est dans l'erreur. Ce
ftomant*. Vil 8
114 COMPTES-RENDUS
n'est pas que celle thèse ne soit séduisante, vraisemblable, et ne contienne
certainement une grande part de vrai : l'élément français domine visiblement
dans la Pamon^ et il est fort possible que le pocme ait été originairement com-
posé dans un dialecte septentrional ; mais l'auteur ou le remanieur y a mêlé un
élément méridional dans une telle proportion qu'il est impossible de restituer
partout des formes françaises, et qu'on ne peut se servir de ce texte pour la
phonétique et la morphologie. Sur les 3^6 paires d'assonances dont il se com-
pose, un cinquième environ est rebelle à la phonétique française. Sur ce nooibrc,
vingt-cinq offrent des assonances provençales parfaitement correctes en û
{trasjaJad aproismaJ ;6, Gol^ota ciptat 67, csfavaiut t. tipavcnlal carn 1 10^ sah
damiuH I i4j fuiticarmal \ i&flaudar secula 13% jHnser]. ptmar praogdet\. prttogdat
8t, aruiancux oblidez \. ohlidaz lu j, iauiiar ucula 1 29), en t [monslreJ jadtas 19,
mûntmcnsaJu i \,aptûtimtd iud<\u j ^,dtmandcduncfi j^^sutlcdancls j^fftswardtt
fit I, fez 49, craôfige msems ^7, nsûmtns vtr 68, c}[i\ apanguu \ 10, ctl jadeu
1 20f mespras pcrdona \2$^ fidel rcris^uct '^lyrei u j8, veri a gj, yf«n ver 1 16},
en 6 i/o/i prob 127). Quinze autres son: hybndes, c'est-à-dire n'assonent que si
on donne â un des deux mots la forme pruvençate, â l'autre là forme française;
et dans ce cas il faut remarquer que e fr. venant de a est assimilé à ^ prov. et
que u fr. est assimilé à « Ir. ; ainsi humiiitad \. humilttcd monudj^pcrcmàat I. ptt'
eaidet inlnt 18, lo'eà anu jo, roxtt antz jo, {s/rcd[(i] rmtr 48, tavtd ncgtr 60^
mtrcct tmblu 90, Hkrussalem pcchtt 14, ptcût \. ptchcl ki^j ardem vtstimui 99,
tornal 1. lornel pervcng 1 19, lauar I. laisser jadcu )6, pràûr ]. preiet doius 86, jadm
paiuz 60, vûtmtai \. votuntcz fideh 126. Il reste an certain nombre de paires
évidemment fautives et qu'on doit corriger pour obtenir une assonance dans l'un
ou l'autre dialecte (rams branchis 10, mtmtenlz pcz 11, vin commandez 24, fied tt
4), Pelrt eiwardoutt 48, tsciirmd vesùment ù^., fil: es 66, mortr ver 84, tet dis
iot)i sans parier de trois fins de vers tronquées. M. L. a entrepris de rameoer
toutes ces assonances au français pur : pour qu'on puisse dire qu'il y a réussi,
il faut t» que toutes les assonances qu'il admet comme françaises le soient réel-
lement; i* que tes changements qu'il fait au texte soient tialurcls ou au moins
vraisemblables. Or je pense que ces deux conditions manquent.— Voyons d'abord
les règles qu'il établit pour les assonances. A assone avec an et ctn, dune an et
ain assoncnt ensemble, ainsi qu'avec ai. Partant de li, on corrige morir ver 84 en
tnoranl raurdratjVin commandez 24 tnpaineomandat, taudar secuta t2')easaintsecutag
rams branches \Q tn raimts branches. Mais l'assonance de j ou m avec d/i ne sclrouve
qu'une seule lois dans notre texte : forsfaii oicisesant 44, or c'est une rime qu'on
peut considérer comme influencée par le provençal, d'autant plus que ces imp. du
subj. en ant sont précisément fréquents dans les dialectes intermédiaires; on
évite ainsi d'introduire dans la langue d'oïl une assonance inconnue au S. Léger
et i tous tes anciens textes français ' ; ce qui en rend pour moi l'existence
invraisemblable, c'est que un se présente i la fin de quarante autres ven du
poème et toujours assonant avec lui-même: si a et an pouvaient assoner, pour-
quoi le feraient-ils si rarement? M. L. reconnaît encore cette assonance i la
I. J*«i dit, il est «Tai, dans VAlais, que a assone avec an daos les poèmes de Cter-
mont, mais te m'appuyais nir ce seul passage.
LÙCKiNc, Die dlusten franxasischen Mundarien \ i {
' 70 {anz taisei). mais pour donner à an: une forme française il laut lire
jini, ei on a ainsi l'assonance correcte ainz laissai. Quant à l'assonance de an
j«c jm. M. L. croit déjA b trouver dans Ugn isan: abanz 1), et elle figure
certainement, bien que rarement, dans quelques autres textes; mais elle ne
prouve rien du tout pour l'assonance de a avec an : at assonc dans plusieurs
textes avec a d'atu part et avec i de l'autre, et il ne s'en suit pas que 4
tasoae avec i; ai a daas ces textes deux prononciations, qui lui permettent
d'assoner taotdt avec j, tantAt avec i: il en est de m&me de am, tantôt nasal
et assenant avec an, tantôt exempt de nasalité et assonant avec a ou ai pur.
Or si j oc peut assoner avec an, plusieurs des corrections de M. L. sont
i neieter. — i L'è ir., dit-il ensuite, issu d'à latin, assone avec iu cl avec A,
donc eu et éi peuvent assoner entre eux. En outre il assone avec M, et comme
il assone avec eu et A, on peut avoir les assonances iu : in et ii : in. i II y a
dans ce raisonnement deux points dotiteux, sur lesquels repose tout le reste :
lût a latin assone-t-il réetlement avec ei (de è, 1) et avec tn jque M. L. appelle
h. sans nous dire pourquoi il assigne cette valeur à Vt venu de en latm plus
une consonne)? i L'assonance i : ii résulte de volunta: fiàtl: liG, 1. volantez
fUitl:^ aussi bien que de Bethfagi Oliver j, 1. Olirtit Elle résulte en outre
'de la correction de annunm: obUàtz loj, car annonciez oblida étant impossible
(en français], on ne peut s'en tirer que par une inversion, qui met i l'assonance
fiJetitctobiuiez.t Naturellement cette dernière preuve n'a aucune valeur; la seconde
plus, car Mont Olnrtt, mot latin transporté en français, a très-bien pu garder
on t i]e a'ai iamais rencontré Mont Ohvo)): la première tombe si on prend
Yoluniaz L votanii: fiJds pour une assonance hybride, faite d'une forme française
et d'une forme provençale. Il est vrai que M. L. regarde par d'autres raisons
l'assonance / ; it comme assurée en français; mais ces raisons sont fort mau-
^Vaises . qatraz attndàz assonant en è dans Altxn (voy. Lûckrng, p. 89) ne
rouTCQt rien, puisque ces lormes, comme je l'ai dit \Almi^ p. 1 20), peuvent être
une graphie archaïque pour les formes postérieures^ u<ff2 aUndu; les raisonnements
de M.L. contre cette explication (p. 100) ne sont nullement de naturel l'ébranler.
Les a** pers.pl. du futur qui d^nsRoland assooent en i et sont écrites ^r doivent
d'après lui être écrites âz et fournissent ainsi la preuve de l'assonance i : H;
mais s'il en était ainsi, pourquoi donc les laisses en ^ ne contiendraient-elles pas
un seul mot en ci autre que ces futurs? M. L. encore ici ne tient pas compte de
l'argument négatif qui doit cependant toujours balancer les mductions positives.
« Je M vois pas bien, dit-il^ pourquoi G. Paris se scandalise de i : ii. • lea'aî
pour cela aucun motil a priori : je n'ai jamais rencontré cette assonance; dans
Alexis l'assonance é n'admet pas dVt, sauf tes deux futurs en question ; dans
U^<r i et cfsont parfaitement séparés, dans Roland aussi, sauf pour les futurs
en -tiz, -a^ qui, ayant les deux formes lors de la composition du poème, Bgurent
aui deux assonances. C'est en m'appuyant sur ces faits que je conteste l'exis-
tence dt i : il dans la Passion mime, où il faut remarquer que, dans la restitu-
tion de M. L., il y a plus de soixante vers qui assonent en l sans mélange d'«,
et dooie qui assonent en ti sans mélange d'i. Si ei n'assonc pas avec è. il ne doit
pas non plus assoner istc iUj et en etfet on ne trouve a : iu que dans deux
passages corrigés par M. Lûcking.— Voyons mamtenant l'assonance de avenant
I l6 COMPTES-RENDUS
de a) avec en: elle serait bien surprenante; aussi n'exisle'i*el!e pas. Je l'admeu
fort bien dans aloen dcnit 87 et encore dans JhtrusaUm plora 66, parce
qu'd/oc/i et Jtrusalan sont des mots latins; mais la correction qui à la str. 64
fait assoncr ase: avec vaùmeni est inadmisstbiefau reste, chose singulière, M. L.
ne l'a pas pratiquée dans son texte rettuui\. L'assonance ei : en résulterait de
ytstimenz ver 68; j'y vois naturellement une assonance provençale; enfin Hierus-
saUm puhcz 14, assonance hybride, me paraît préférable i JerasaUm sed que lui
substitue M. Lûclcing*. Si on remarque que déjà dans Eulalk les assonances en
en forment deux groupes à part^ que le Ll^tr n'offre pas non plus d'exemples de
i : c/i, bien qu'il ait 48 vers assonès en ^ et 4 assonés en m, qu'en6n dans la
Passion^ ob tant de vers assonent en é et où cinquante environ assonent en en,
ces deux assonances ne sont mélangées nulle part (sauf dans les cas indiqués plus
haut), on se convaincra que dès les plus anciens monuments de notre langue
\'e de ai avait pris un son particulier qui ne permettait de le faire assoner ni
avec e de c ou i, ni à plus forte raison avec t de a. — Pour 1, 0, it, il y a peu
de choses à remarquer. Cependant je ne comprends pas les assonances vol 1. voit og
I. ot 40, et pot ot 8s (celte dernière due à une inversion de M. L.). Si M. L.
entend ici les présents volet et potet, ils ne peuvent donner que vuolt, puot; s'il
entend les parfaits voluit et potuil, qui font en effet rùlt pù\u]ty comment peut-il
les faire rimer avec ot, puisqu'il admet ailleurs que les poèmes de Clermont ne
changeaient pas ait en ù? 11 est vrai qu'il soutient (p. 142) que la Passion, — i
la différence du Uger^ — conserve Vau latin mais change en à l'au roman pro-
venant de d + a; mais on conviendra que cette théorie est au moins bizarre
(cf. p. 99). — On voit par ce qui précède que la restitution de M. L. repose
sur des principes erronés, et que notamment il n'est pas exact d'admettre que
a assone avec «irt, i avec eî et avec en. C'est asse^ pour ruiner cette restauration
par les fondements; mais même si tes bases en étaient plus solides, l'exécution
prêterait à la critique. Elle contient assurément de fort bonnes choses, et j'en
ferai souvent mon profit dans mon édition; M. L. a par exemple heureusement
corrigé plusieurs assonances aussi inadmissibles en provençal qu'en français ;
mais elle renferme aussi bcaucoupd'invraisemblances. Le procédé le plus fréquem-
ment employé est l'inversion : le style et la forme des vers se prêtent admira-
blement i ce traitement: elles s'y prêtent même trop bien, car on pourrait, en
appliquant la même méthode en sens inverse, restituer au provençal uo grand
nombre des assonances purement françaises du poème. J'en donne ci-dessous
quelques exemples, c'est-i-dire toutes les assonances françaises des vingt>huit
premières strophes (plus du cinquième du poème) ; cet échantillon sulfiri
pour faire juger du reste :
a Pcr toi obred que venu dcus
Per tôt sosteg que hom camaU.
RIITITUTION F>llOVSHCALl'.
Per tôt que venu deus obred,
Per loi que hom camab sosteg.
I . Dans tnarimtnz adts ; 1 en assone avec i et non »vtc i ; dam rutimtnz ver 68, reren
vff 1 16 avec è pr. et ei fr. Dans cruci/ige ensemz \^ nous avons la rime d'un moi Latin
avec un mot purement provençal.
1. Je ne ni'a»ircins pas naturel lemeni, dans ce ieu qui n'a qu'une valeur polénûque,
l restituer les formes provcoçiles correctes.
LùCKiNC. Die d^lmten frartzcuischen Mundarten
117
) Peccxd negun uoque non fez,
Pcr eps U» nosTrn fu aucù.
g AUX petiz dU que cho fut fait
Jhoos lo laxer siucitcL
16 u» tos enfiDZ qui in te lunl
A mjlei penas aucidrani.
3) Il SUS Irved àt\ piu nunger,
As 10s Tcdcls lav«d tu ped.
iS A cel sopar un sermon fez,
Chi cet son sab tal non audid :
Conlrab ahm que an a pader
Tôt SOS Mth ben en garnid.
unque non fez peccad oegun,
Per epi tos noitret audi fu 1 .
Anz petiz dis que cho fait fus
|j> iazer loscitct Jhesus.
Qui in te sont, los tos enfanz*
A maies penai aucidrani.
Dd plu manjar il sus teved,
As SOS fcdels Ils peds laved.
Un sermon f« a cet sopar,
Chi ce! non sab non audid tal
Contrais afanz qu'an a padcr
tien en gamid to> sos fidels.
Sur huit assonaacn purement françaises, une seule 1 16 cd) a résisté à la
provençal isation par simple inversion ; on voit donc qu'il n'est pas étonnant que
le même procédé ait permis â M. L. de franciser dans tout le poème une cin-
(juanuine d'assonances pui^ment provençales. Encore n'a-t-il pas toujours réussi;
parfois il a dû recourir à des moyens plus violents; d'autres fois ses îavenions
ne sont guère admissibles. Je vais signaler dans sa restitution les endroits qui me
paraissent contraires i la vraisemblance. 14 b Gai te, du tl, pcr tos petkicz est
une construction bien plus naturelle que Per tos fxehui, dist H, wat ta.— 19L0
iiNi tjlant ta fort monstred Qat grant pra parors ah fudeus; M. L. lit aï pour M,
mais ta ^tant est nécessaire pour le Qm du vers suivant. — 2\ d, pour obtenir
i Euariot une rime en d et non en uo, M. L. veut que la ■ soupe > que mange
Jodas lui enfle le corps et non le cœur; il trouve cela plus vraisenibUble et même
nécessaire pour le sens : je ne suis pas de son avis. — } t Lifcl Judas ja s'aproit-
fotd Ab gran campannît dtis judeus^ I. Ja s'aproismat Judas li fel, ce qui soulève
uie question que je n'ai pas abordée ci-dessus parce que M. L. ne U traite pas
id, et que nous y reviendrons plus tard : suivant lui fudeus peut rimor à la fois
avec momtrtt ilat. à) et avec fel (d'après lui lat. t), de même que en rime à la
fois avec e = iat. a et avec e = lat. 1 (]i marrmens adcps). — jj Ttrce vc: tor
p demandcdt A lolas trtis chedent envers; peut-on voir une construction plus natu-
relle et plus élégante.? M. L. y substitue : Lor 0 demandel tierce reiz, Chitdent
tmas a totes treis, je demande des exemples d'une pareille manière de ranger les
mois. — J9 Nosdeftndcd nt nos suslcd^ A U mort vai cam uns anel : ne sent-on
pas encore ici la marche naturelle de l'idée mieux que si on )it Cum uns aniels
(sic) a ta mort vaît^ — 48 Al fog Vuseire rcsu-ardouet, construction tout  fait
conforme â l'ancienne syntaxe; M. L. lit : Vtswardcret al /on l'aissUre : j'accor*
derai ma créance i toute ta restitution quand on me montrera une seule phrase
ainsi construite au raoyen-dgc. — ^6 Piiaz que anz l'en vol laissât: ici M. L.
fait plus qu'intervertir : il supprime que an:, le remplace par aler, et obtient ce
vers i tout le moins peu élégant : Pttaz laissier vuolt l'tnt aUr^ bien inutilement
i mon sens, car judcus^ qui termine le vers suivant, a pu assoner en français
I . la (orme correcte fn proveniial est fo, et de même fus pour/iv i rcxcmptc suivant ;
nais/u,/iu te trouvent dtalecialement.
a. Je n'admettrais (;Q^e, pour mon compte, cette inversion : mais If restauration de
H L en conlieni d'aussi extraordinaires.
Ir8 C0¥PTES-RENDU5
aussi bien en U qu'en i. — {8 Cum aucuirai eu vostre rafL. Ea wstre /xi ctfffl
auciàrài? — 66 Plotcz assez qui obs vos es^ L. Plortz ascz^ qa'uops vos til il; je
doute qu'on trouve il sujet impersonnel rejeté ainsi à la 6n d'une phrase. —
74 C\\m lu vcmiras, Chnst. en ton nn, L. Cum tu venras m ton rang, CkrîsL —
84 Jal vfdrs tta si morir; El fcsuràta, cho Sùb per ver; M. L. lit : ia-/ veJist elle
si morant, Ço stt per tiir, U resurJraty ce quj est plus qu'une inversion, et 00
avouera que morir est bien préférable i morani. — 86 Josepi Pilât moult a ptàtr
(je lirais pitiat^ au v. suivant donail pour do:\es^ ce qui forme une assonance
hybride), L. Joscps Pilât moult per preial; per ne s'emploie pas ainsi devant un
verbe; il doit toujours être suivi (mais jamais immédiatement) d'un adjectif ou d'un
adverbe. — c^q Gardes i met non sia embîtz ; ici l'inversion ne suffisant pas, M. L.
change non sia embltz en jusqu'al tiers du — 96 Usquc renguts qui sens ptcat Pu
toz solses conmuna Itï, L. Usqut qui sens ptehirct nniit Cornant lu por lo: sotsist;
c'est assurément fort ingénieux, mais il me semble que usque doit absolument
être suivi de venist. — 99. Et cum la ruas blatu vulimcnz; M. L, lit E cum U
nuofs vatimenz blancs, ce qui m'est inintelligible : qu'entcndHl par nuofsf II faut
évidemment cum ta mif ; mais alors blancs doit être placé prés de < comme la
neige •. Au reste ce changement est inutile, même dans le système de M. L. ;
car ardent^ tout en ayant ailleurs un a comme participe, peut très-bien avoir ici
un c comme adjectif. — 100 Si s'espaurtren de pavor; ce vers m'a embarrassé;
M. L. dit qu"K;'<n'0rirf a donné csparrir et non espaarir^ et lit si s'espavrirtnl;
mais il y a de nombreux exemples en français d'»;uanr, et il n'y en a pasd'apa*
rri/\ ce qui a toujours pour moi quelque poids. Le v de patar et de ses dérivés
était tombé en lalin vulgaire (toy. App. Pfofr.), et n'a laissé de traces dans
aucune langue romane; payor au même vers et plus loin est un latmismc. —
i r o // (/() non tredtnt que aia cjrn, L, Qtud aiet charn^ no'l creidm il, construction
peu naturelle. — t ro M. L. garde la rime el[s] apartgues en écrivant aparertst,
et il remarque ^u'aparcvcst ù cdté de conovist receyist n'est guère plus étonnant
que, dans Eulalu, pcrdesse A cAté de avuissct. Mais ce n'est pas du tout la même
chose. P^r)ii(/i, devenu en latin vulgaire perdtdi [Rom. Il, 447 ; IV, 122) adonné
perdié, qui a influé sur l'imp. du subj. et a produit ta forme perdicsse, qu'un
trouve dans plusieun. textes, et qu'on s'attendrait â rencontrer dans Eut. plutôt
que perdisse. Au contraire eognovistt et appât uustt ionl exactement dans les
mêmes conditions; il n'y a jamais eu de parf. aparcvU, et on ne voit pas»commenl
le même dialecte pourrait dire conovist (ou conoùsl] et aparevesi. Mais c'est que
(/ fl;«regUM forment une dissonance provençale. — r 14 E per es\t\ mund rova-ls
altr; j'ai dit plus haut que |e ne pouvais admettre cette éluion du t et de Vo
{roirM hs} en français (non plus que celle du / de et dans rf); — taS Christas
Jesas qui man en sas, L. Qui mains en sus, 0 Jesu Crisl ; M. L. a-t-il des exemples
de Qui employé ainsi absolument en français? — L'explication que j'ai donnée
{Rom. Il, ) t {) de ta str. 128, et qui me parait bonne, ne se concilie pas avec j
l'inversiun qu'y pratique M. L. , et je ne sais quel sens il donne i en tels raizons.
— Voili une longue liste d'objections plus ou moins fortes; mats ce qu'il faut
surtout dire, c'est qu'i peu près nulle part, dans les nombreux passages modifiés
par M. L,, le texte du manuscrit, si on admet les assonances ou provençales
ou hybrides, n'a le plus léger besoin de restïtation. Ajoutons qu'il «t impus-
tûcKlKG. Die ttîtesten franzœsischen Mundarten i tg
libk de voir, si un remanieur a eu sous les yeux te texte que nous fournit
M. L., pourquoi il l'a changé comme celui-ci prétend qu'il l'a fait. Etait-ce
pour écarter tes assonances purement françaises? mats il en a laissé subsister un
gnnd Donbre d'autres, qu'il lui aurait été bien facile d'éviter par de simples
interversions, comme nous l'avons vu plus haut. D'ailleurs ce motif n'aurait
aillé que pour un petit nombre, car la plupart des assonances • restituées *
par M. L. sont aussi bonnes en provençal qu'en français. Si on considère sur-
tout le nombre considérable des assonances 06 figure le parfait prov. en i de la
première conjut^aison, associé généralement à des mots en i, on reconnaîtra que
ces assonances doivent appartenir i l'original, ou que le remanteur provençal a
tdlement travaillé qu'il est impossible de retrouver l'original sous son oeuvre.
Je persiste donc, après cet examen de la restitution de M. L., — examen qui
n'est pas encore aussi minutieux qu'il pourrait l'être, — à regarder la Passion
comme une œuvre hybride, où les formes du Nord et du Midi sont mélangées
dans des proportions diverses^ et qui, tout en restant fort précieuse à beaucoup
de points de vue, ne peut être utilisée qu'avec de grandes précautions, et doit
l'élrc seulement dans le texte que nous offre le manuscrit, — bien que ce texte
loit sensiblement postérieur à l'œuvre elle-même et nous oiTre i chaque vers
des traits propres i l'un ou i l'autre des copistes par les mains desquels il a
passé.
Nous arrivons maintenant A la première partie du livre de M. Lûcking, où t|
étudie les t traits communs » des plus anciens textes français. Il ne s'agit pas
bien entendu de les énumérer tous; ce serait faire une phonétique française
complète; l'auteur ne s'attache qu'à ceux dont l'existence commune dans tous
ces telles pourrait être révoquée en doute. Il traite les six points suivants : il e
et tf de d latin; 2) ii de f latin; }) ta diphthongue et; 4) les valeurs phonétiques
de la lettre c\ s^ ' devant les nasales; (■>) : pour s latine après n et /. — Je vais
les passer en revue après lui.
|. £* et (£ de a latin (p. 66-76}. — L'auteur, réservant la question de la valeur
de \'a = lat. a dans les Se/rntnis (il explique avec raison Luàher par l'influence
de l'allemand), montre que tous les textes sont d'accord pour changer à en r,
en ir dans certaines conditions, en ai me dans Eul.) devant les nasales. Le Fr.
de VjI. offrirait la particularité que Ve ne devient pas t> après les gutturales, bien
qu*il le devienne dans les autres conditions communes : chtve, séché, cherté. Mais
Ces trois exemples doivent se réduire i un, ckeve. Le ms. porte ciig adrc ja teche;
M.L- lit «fA^^ïKMïuj; mais si !e I tombe ailleurs dans leFrdgm., — comme
dans cherté pour chcriet, — il me parait bien difficile d'admettre la chute de tt
(il faudrait steheis). Je suis donc porté à croire que le genre de aire = htJera
était flottant pour l'auteur, et que par une anacoluthe assez explicable pour qui
écrivait 'péle-méle du latin et du français, il a écrit citg udn fu itclu = fait
'mcj. Quant à cktrU, l'a n'est pas ici accentué; il est vrai que ciirj(di|c/n) aurait
dû donner charte et n'a modifié \'a que sous l'influence de chter = teru'm) ; mais
ccttt influence n'a pas été nécessairement jusqu'à introduire la diphthongue dans
b syllabe atone; la forme chertl se trouve dans d'autres textes qui donnent
ttua. Reste ^kctc = capuim). et ce mot isolé ne peut rien prouver; car nous ne
1 20 COWPTES-RENDUS
voyons nulle part que Va après le c eût un son différent de celai qu'il a dans les
autres cas où il se change en U. — Sur u pour e dans Ug. M L. donne une
explication qui csl plus simple et plus conforme à d'autres exemples que celle
que l'ai proposa (Rom., I, 28}, 28f) : te pour e i cdté de e pour» indique seu-
lement^ d'après lui, l'embarras du copiste provençal en face de Vtc français; il
explique de même quelques cas à'ic pour t dans le ms. L de {'Alexis. — Il con-
clut que, — sauf U prétendue exception du Fragm., — tous les anciens textes
sont d'accord dans le traitement de Va latin (les Serrrunu mis à part). —
P. 68-74, M. L. explique les doubles formes mel et mal, kull et cait, par l'exis-
tence en latin vulgaire de doubles formes malus et mallas, cala et calUt. Je ne
crois pas qu'on gagne grand'chose à reporter plus haut l'origine de ces formes
doubles, qui se retrouvent dans les mêmes textes. Il me parait plus naturel
d'attribuer A \'l quelque chose de la force conservatrice des nasales, qu'a fort
bien reconnue ailleurs M. Lùcking. L.7 a certainement influé sur \'a précédent,
puisque dans certains dialectes mala est devenu maLU] je regarde celte influence
comme ayant tendu partout à conserver IV intact, en face de la loi générale qui
le changeait en ^; de là l'hésitation entre mal et met, kith et cali; de là la con-
servation de r^ dans vaft, — que M L. explique aussi par valla ; de l les formes
oital, Noai, etc., à côté d'oi((/, Norl, formes dont M. L. donne ailleurs (p. 98)
une explication à mon sens peu vraisemblable, et qu'il ne faut pas séparer de
mal nKlfCalt kiclt. Nous n'avons pas de preuves de l'influence de !'/ simple sur
un e précédent; aussi aie de cclat pourrait-il s'expliquer par ccllat (L. p. 94),
s'il n'était beaucoup plus naturel d'y voir la même tendance à l'assimilation qui
.1 fait dire pise au lieu de pmJt; elle a de même remplacé çotle (dont M. L. ne
parle pas) sous l'influence de celer. Queretle an contraire vient bien de ^aaerdta^
mais on a des exemples de cette forme. Enfin M. L. explique de même acoU
par ischolla, vole par voilât (p. 169), rotstgnol par lusciniollus (p. 222); je suis
plus porté à voir dans tous ces mots des traces de l'influence de )'/. Le procédé
du redoublement ancien plaît â M. L. : il ne l'applique pas seulement à I'/. mais
au f dans vochier de voecare 'p. 169), à l'r dans /or; de /ornr iib,), à \'m dans
oram de orammus (p. 68). Pour roehicr je suis de son avis, parce qu'ici la con-
sonne elle-même atteste le fait; pour oram, plus tard orom, oromts^ la question
est fort obscure; poux fors je crois plutftt i une dérogation anomale, semblable
à celle de rose au lieu de ruose riust reast, qu'on ne peut expliquer par roisa —
P. 68, |c ne vois pas bien pourquoi ru/^tt/ifdff ne peut pas donner covtiûet; pour
en juger il faudrait avoir un autre mot sembtableraent construit^ et je n'en
connais pas; M. L. s'appuyant sur mtdutate — mcitU, explique covettier, coveitU
par aifftJutare eupedietaU; ceb me semble inutile. — L'explication de fcerjt dans
le Fiagm. (facunt pour factutu) est bonne. — J'admets aussi volontiers cruel de
crudalis (p. 72); — fruisster de frustiare a déjà été donné par M. Havet {Hom.
ni, Î28). — Je penche en effet i expliquer deipeira dans Alexis a8 b par disparat
plutftt que par Jesperat ip. 74).
II. /rdeelat.fp.7î-8i». — Dans cet excellent morceau, on remarquera surtout
la conjoncture extrêmement ingénieuse qui remplace, k la fin du premier Serment^
mn H n tr par nun lut ler. Graphiquement Hic ne soulève aucune ob)ection ; f
faut'il l'accepter? c'c»t ce qui n'est pas auui stt. La leçon m (et non iv) de iK
LùcKiNC, Die sltesien franzœsischcn Maniiarten 1 2 1
peut i mon avis se défendre. Je renvoie à mon édition, ainsi que pour l'autre
con)ecture de M. L., relallvemenl. au fameux aon lo stamt, qu'il lit i'en/raint. —
M. L. prouve (orl bien que tous les ie:tte& (les Sirmenti mis à part) diphthon-
gaent r^ accentoi, sauf quelques cas isolés et communs {Deus, trat). Les mois
comme matere misne ne doivent pas être assimilés aux autres <p. 76); ces mots
ont eu originairement la forme materu^ etc., puis, suivant les dialectes, mature
metuc et matere. — L'explication de uvre pour iio/rt est fort bonne |p. 82) ;
mais li ne faut plus dire que sievn provient de siètn; je crois avec M, Havct
{Hom. VI, }2i ss.l que dans it de t l'accent était primitivement sur i. Quant k
fhistotre de iocui. elle est encore i faire.
ni. La diphthongue ti ip. 8}-9it. — Dans les Serments, M.L. accepte ^i/f^
</firt, r^arde itf comme français et non latin, et rapprochant mi pourmci, podir
et f4vir, en conclut que ce texte représente par i 1 la fois i' et t latins, rendus
en français ordinaire par CI. Jusque-M je suis parfaitement d'accord avec lui;
maïs je cesse d'être de son avis quand il ajoute : t II faut voir dans cette parti-
ailanté un trait dialectal, w Je n'y vois qu'un trait orthographique, ainsi —
soit dit par avance — que dans tous les autres traits du même genre que M. L.
a rdevés dans les Serments. Par là s'accuse entre nous le commencement d'une
différence qui ira en grandissant au fur et k mesure de l'exposition d<; l'auteur.
J'aurai l'occasion de motiver ce dissentiment : j'en dirai tout de suite le prin-
cipe. M. L. voit des divergences dialectales dans des traits où je ne puis en
reconnaître, parce qu'il part, pour apprécier les Strmtnli, de l'orthographe du
Ulin classique, tandis que jetés crois écrits avec l'orthographe habituelle au latin
mérovingien. Ainsi pour lut podir savn Ji/t, ollrant un i à la place de Vc latin ou
de l'n français, ont une forme dialectale; pour moi ils présentent, comme savi-
Tura ou dihet dans des textes mérovingiens, un son plus ou moins déterminé qui
est devenu plus tard le fr. li, commun, autant que nous le sachions, à tous les
dialectes de la langue d'oil. — Pour les autres textes, l'exposition complète et
lumineuse de M. L. ne donne lieu qu'à quelques observations de détail. Sur le
rapport dVt et ( dans /jmcr et /rri (p. 89), voy. l'art, de M. Thomsen (Rom. V, 64).
je ne comprends pas les raisons opposées à ia série dece(m)duis dits dis (p. 90).
— L'explication de ceindre [joindre, etc-l par ceingrc, où -gre se serait changé i
-drt par assimilation, ne me plaît pas. Si toute la série indiquée par M. Darmc-
stcter (Rom. II], j96> n'est pas assurée, je crois qu'il est au moins dans la bonne
voie : le d s'est intercalé après n, comme dans scmJrt — s:ndre de jm/V de
stmof. Je n'admets guère, i propos de ce mot, l'explication de M. L. pour
lirti l'en ai donné ailleurs une autre. — Je lis. dans le Frjgm^nl, yi»/if et
p€Tme[st\ss£nt au lieu écftsient et permisstent; le premier est [tcerunt, le second
très-certainement pirmjnsissent, qui convient très-bien i la syntaxe, quoi qu'en
dise M. L., qui admet Tétrange imparfait perma{i]eic = ptrmanseham. Ainsi se
trouvent écartées les deux anomalies de ce texte. Les notes tironiennes, appli-
quéei auï mots français, doivent être interprétées avec une certaine largeur,
cooiOie je Je munlrerat dans mon édition. — Il ne faut pas, dans la Passion,
compléter esjrid en es/rtidat, mais en esfredat. En eifet la véritable étymologte
du mol et/reder, ufreer est tx-fridart (cf. dans Du Cange a-fridiare] : c'est pro-
prement un terme de droit; le sens primitif n'e»t pas ' effrayer >, mais bien
lit COMPTES-RENDUS
• troubler, mettre en désordre. > Es/reid^epot, est le substantif verbal d'esfruia.
Ce verbe » donc â (de H allemand) aux formes accentuées seulement ; le prov.
n'a qu'f partout. — Aduer n'a rien à faire avec adhacsare^ comme je l'ai monlri
ici (IV, jor). — M. L. explique d'une façon ingénieuse el vraisemblable les
formes de lire où se trouve une s par l'ioAuence de l'ail. Usât.
m. Les valeurs phonétiques de Ye. — Vt tonique en français moderne a
deux sons, < et i. Tous les i provenant de r el < latins en position sont des
i; lèse provenant de a ont le son d'^ lorsqu'ils sont suivis d'une consonne pro-
noncée {mcr^ cha, tel, ncf^ chef, pirt^ letU, ûîminitt), le son d'c lorsqu'ils ter-
minent le mot ou qu'ils sont suivis d'une consonne non prononcée {aimé^ aimer,
aima^ chc:^ tltf, cocher, joarnét). On sait qu'en ancien français une partie des
mots qui ont aujourd'hui r provenant d'à avaient U ; nous en avons parlé tout
i l'heure. Dans les autres, comment se prononçait \'(? On a longtemps admis,
sans autre enquête, qu'il se prononçait comme en français moderne. J'ai montré
dans VAlats que dans les telles des XI«, Xl!= et XIII* siècles tous les t prove-
nant il'â figurent à la même assonance, et ne se confondent jamais avec les (
provenant A'e ou i ; des témoignages que )e n'ai pas cités alors, mais que j'avais
rassemblés et dont je donnais te résultat, prouvent qu'au XVI* siècle tous les e
provenant d'à avaient encore le même son, et que ce son était é. Fort de cette
double observation, j'ai conclu que IV provenant d'd avait au moyen âge le son
/, tandis que Vt provenant d'f, i avait le son ouvert. Cela paraissait évident,
quand une découverte faite par M. Boehmcr vint tout remettre en question.
Il constata en effet que les assonances du Rotûnd distinguent trois e et non
deux; l'un répond à â latin (el dans deux mots, Deu, tn^ ï ^) ; l'autre, d'après
M. B,, à e en position, le troisième à ■ en position. En même temps, d'une
manière Indépendante, et appuyé sur d'autres témoignages, français et proven-
çaux, M. Darmesteter formulait la même loi, mais en lui donnant bien plus de
précision et de portée ^ Il posait en effet le principe, appelé à devenir dans la
philologie romane aussi évident que fécond, que les voyelles latines, dans les
syllabes longues par position, conservent leur quantité naturelle et sont traitées
par les langues romanes suivant cette quantité. La distinction n'est donc pas i
faire entre c en position et i en position, mais bien entre (*en position el ^, i en
position (1 étant partout assimilé à f). Ainsi s'explique, dans ta laisse du RvUad
qui ne contient que des t = i, la présence du mot rtgrttel, dont \'c correspond
à un (* allemand. La position a cependant eu une influence sur le traitement des
voyelles; elle les a empêchées de se diphlhonguer : r dans ce cas ne devient pas
ie (au moins en français propre ; il le devient en wallon comme en espagnol) ;
^, i ne deviennent pas ti (sauf dans ccrtairs di.ilectcs ; voyer. ci-dessous)*.
L'existence des trois c étant admise, au moins au XI' siècle, il s'agit de déter-
miner leur prononciation respective. Or de ces trois f, un seul a une valeur
certaine, c'est e provenant d'ë en position : Ve de padi/t se prononçait ^, IV de
I. Voy. fietat critiijat, 1671, II, 267. Cet important païugc a échappé Â M L.
aimi qu mes reourqucs sur la découvcrlr de MM. IKchner ci Ditmaictcr {Komania,
IV, (01).
1. De même pour la série labiale: 0 ne dcvicoipift uo (sauf les mêmes exceptions
que pour \'e) -, n long en poiition drvïent en fran^aU u, — u oief ut au'tmîlê h ■>,
LûCKiNG, Die aitesten franzœsischen Mundarten i2\
ie se prononce i, \'e au mot correspondant se prononce è en italien, il est
donc sûr que celte valeur est restée immuable, comme en général celle des
voyelles en position. Reste à déterminer celle de e := aeldee^^ i, 0. M. Bœh-
mer, tout en reconnaissant que e = a $'est prononcé unifonnément è avant de
se scinder dans le français moderne en ^ et f, a pensé qu'au moyen âge ( ;= u
se prononçait i ircs-ouvert (je note ce son par /) ; il a donné ï l'appui de cette
opinion un certain nombre d'arguments. Cette manière devoir a d'ailleurs pour
die la remarque, faite par M. Storm {Rom. Ili. 2S7), que j a dû passer par l
pour arriver i i. Il faut encore remarquer que nous pouvons assez facile-
ment discerner deux nuances distinctes de \'l^ i propre et é {bfttcei béte), et que
nous ne percevons pas aussi facilement deux i distincts fbien qu'à mon avis en
français moderne i' montm et monté aient une finale sensiblement différente).
— C'est cette opinion que M. L. soumet à la critique : après avoir énuméré
tous les arguments de M. Boshmer, il les déclare tous inacceptables, et en
revient à la ihéonc d'après laquelle tous les c = a se prononçaient i. Même en
admettant, dit*il, que a ait dû passer par i pour devenir é, il ne s'ensuit pas
qu'il ne fût pas arrivé à i des l'é^ioque des plus anciens textes : c'est l'objec-
tion que l'avais faite aussi {Hom IV, ^00} au système de M. Bœhmcr. Mais.
j|oute M. L., on peut se représenter autrement le développement àta. Admet-
tons quM est d'abord devenu ai . minare mtnair (cet ai se conserverait encore
aujourd'hui dans le patois guernesiais, et il a persisté devant les nasales, —
mam phint, — qui en général en français conservent les diphlhongues précé-
dentes!) ; — mwimr est devenu plus tard mtiûiT. et c'est la forme qui a pcrwsté
dam le dialecte bourguignon ; — mtniiî a passé à mtniir ' , mcniir s'est resserré
en mtnii, et c'est la forme du français propre dés les plus anciens textes. Cette
théorie, comme on le voit, est très-ingénieuse, irés-coaforme aux conditions
physiologiques, et i le grand avantage de rendre compte d'un trait caractéris-
tique du dialecte bourguignon, — ou plutôt du groupe onental. Elle a cepen-
dant des lacunes et elle soulève des objections; elle contient même une contra-
diction qui paraît avoir échappé à l'auteur. Il semble accorder expressément
(p. 96] que a pour arriver i ^ a passé par ^, et cependant l ne figure pas dans
la séfK qu'il construit plus tard. Vi du normand >inU * prouve tout au plus
<e qui est certain j priori, à savoir que j pour arriver i i z passé par cette
phase dans un temps et dans un heu quelconque; mais il ne prouve pas que
( ^ d ait été^ dans la langue littéraire du moyen âge. On aurait aussi bien le
dfoll de prouver, par les infinitifs en air de Guernesey, qu'<imfr dans RolanH se
prononçait jm^ir : ces deux arguments se valent et par conséquent se détruisent
l'un l'autre. * Mais M. L. admet plus loin que te m de Guemesey a conservé
la plus ancienne prononciation de l'a latin en tangue d'oil (ce qui me parait
d'ailleurs extrêmement douteux | ; il doit donc conclure également que le i nor-
naod a conservé la plus ancienne prononciation normande. Il substitue là fort
mat ik pnipo:> le mol « langue littéraire du muyen Âge * au mot ■ dialecte nor*
masd •. Puisque VAUui et le Hohnd sont d'après lui des poèmes normands.
4. VU q«l Veu ootuervé lusqu'Ji nos iours en l^mioe le prononce ivec un i xxH-
irtmt »1 on joA bontéi, mtnti
124 COMPTES-RENDUS
puisque le i normand actuel représente une phase iatcnnédiaire entre d et ^,
IV =: a dans AUxm et Roland au moins devait se prononcer L — Les préten-
dues assonances de i avec a dans VÀitùs et le Roland %oaX imaginaires, comme
je l'ai dit plus haut. — M. L, attache une importance tout à fait indue à la
forme Trolain pour TroUn, qui se trouve dans Beneoit de Sainte-More. Cette
forme propre, dit-il, au dialecte de Sainte-More (p. 1 12), atteste que le déve-
loppement de l'i entre une palatale et un a est postérieur au changement d'à en
ji; car si l'i avait existé devant d/i, Va ne se serait pas changé en ai. Ce raison-
nement subtil s'appuie sur une erreur : Troiiim csX un mol forgé par Beneoit
d'après la forme irisyilabique Troia usitée dans le latin du moyen âge, et qui
n'a rien de populaire (sans discuter la question du dialecte de Sainlc-More I) ;
Beneoit a simplement traité le saftixe -anui dans ce mot comme il le voyait traité
dans Romanus, etc.; ce qui prouverait quelque chose, ce seraient des formes
comme chain, moiuin, ttain. Je ne veux pas dire d'ailleurs que M. L. ait turt de
regarder ai comme sorti de a avant la distinction établie entre les deux séries
d'à par la présence ou l'absence d'une nasa)c suivante (tfi, e) ; je suis au con-
traire depuis longtemps de son avis sur ce point. — L'a des Serments {jraira^
salrar)^ n'esi certainement ni archaïque avec toute sa valeur, ni dialectal; il
faut admettre, avec quelques restrictions, l'opinion de M. Slorm et ne voir dans
cet .1 qu'une expression graphique d'un son qui n'était plus a. — Au reste, en
croyant possible, comme le soutient M. L-, que \'ti oriental soit une dérivation
d'un a\ {ae) primitif, je ne crois pas nécessaire d'admettre que \'e occidental
provienne de cet ci orienta). J'admets pour les transformations de a latin en
frajiçais le point de départ que M. Havcl a fixé pour l'origine des diphlhon-
gaisons romanes : a (bref ou long) a donné dj, puis, par • réfraction ■, de. At
s'est maintenu devant les nasales, mais en y devenant ai imaait s'est conservé
daris £u/.), on peut croire que dans certains dialectes il est également devenu
ai devant toutes les consonnes, puis iî et enfin (î. Dans la plupart des dialectes
ae est devenu i, puis è, puis é : ces transformations étaient sans doute accom-
plies au X" siècle (c'est aussi l'avis de M. L. que Ye = a d'Euf. est é). LV =
a s'est maintenu pendant tout le moyen Âge (cependant au XIV'' siècle on trouve
des traces d'i = a , cf. aussi Rom. V, 494) : au XV1I« siècle il s'est bifurqué
en français comme nous l'avons vu ; le normand a changé, i la même époque
environ, tous \k è = a en i* ; de là la prononciation normande actuelle, é, qui a
bien pu devenir i Guemesey éj, puis àj. — Reste 1 parler de l'c ?= F (j),
découvert par MM. Darmesteter et Bcchmer. L'existence de cet c est incon-
testable : elle trouve sa confirmation dans l'étude des dialectes et des autres
langues romanes. En italien e = î r?) ne se prononce pas comme e = H:
il a le son Jfrmi et l'autre le son ouvert; en espagnol et en roumain e ^
r en position se diphthongue, e ^ I (f) en position reste intact. II en est de
méroe dans le dialecte wallon, qui dlphthongue \'e -> t, mais non Ve= î (i)
[priestre mais a/tique^ purte mais tnftrm^ etc. ; ce n'est pas ia le lieu d'étudier
l'application de cette règle et ses exceptions^. Je citerai encore certains dia-
I. Remarquez que Bèie atiribue exptcsnÀmeat aux Gascons, et non aux Normands, li
prononciation t pour ta: on peut en conclure que de son lemps les Normand-s pronoo-
CJicm l comme les Français.
LUCKiNC, Die dusten franzastschen Mundarien 12^
lectes français où on rencontre le phénomène inverse : Ve =r /reste tntacl,
Tr =: f X diphthongue en oi ; ainsi dans le berrichon, tel qu'il nous est repré-
senté par le ms. fr. 401, écrit en 1 54} lit contient b BibU rimèt de Macé de la
Charité, caré de Sancoins), on trouve constamment htoisme^ ^oirge^ croicbe^
wfrf, etc., en face de preslrij perdre, plchc, etc. *. Donc la distinction de r ^^
;et<:= I est ancienne en français. D'autre part il est certain, comme l'a
établi M. L., qu'elle a disparu au XH' ^ècle, au moins dans le français
proprement dit, et qu'A partir de celte époque on fait assener et rimer les
deux t sans scrupule. Si, aux X« et XI" siècles, t = a valait i^ i = e valait
t, que valait e=: i} On serait lenté de répondre i, puisque ce son s'est plus
tard mêlé avec i\ mais c'est peu probable, parce que pour aller de i i ^, le son
a dû passer par /- J'admettrais donc qu'il avait ta valeur d'un i plus fermé que
t'i venant d'd, la valeur dV, tandis que < = d avait la valeur d'f>. J'avoue
qu'il nous est dif6cile de saisir aujourd'hui la différence de ces deux sons, diffé-
rence qui a dû être assez prononcée pour nos ancêtres, puisqu'ils ne faisaient
pas assoner c ^ i avec t ^ a; mais il faut plut6t se fier aux inductions logiques
cl historiques^ en ces matières, qu'au témoignage de Toreille, sur laquelle les
habitudes acquises sont très- puissantes (d'ailleurs, comme je l'ai dit plus haut, les
deux i de je montai et tt tsl monte ont en français moderne un son assez distinct
pour que des poètes à l'oreille délicate s'interdisent de les faire rimer). H est
cependant étonnant que 1 marchant à ^ et j marchant i ^ ne se soient pas rco*
contrés en roule, comme le remarque fort bien M. L. ; il faut croire que la
rencontre a eu lieu, mais qu'elle a été absolument passagère ^. Les rimes de
t -^ i avec ^ = d que M. L. a relevées, et qu'il regarde comme fa preuve de
celle rencontre momentanée, — en même temps qu'elles démontrent la pronon-
dation / def =; d, — me paraissent, je l'avoue, dénuées de valeur. L'une est
Sebrc dans la Ckiaion de Roland, mot étranger d'origine et singulièrement
altéré, qui doit être écarté ; l'autre est marchcls =: mercai'u qui rimerait avec
uelt daos Philippe de Than. Mais menalis donne régulièrement mcrchteh; il y
aurait donc deui irrégularités dans cette rime : c'est assez indiquer qu'elle est
fautive, et en etTet l'une des deux familles de mss. (l'autre est visiblement Irou-
Mèe) donne les rimes mercU et tcil, — Malgré quelques divergences, on voit
qn*en somme je suis porté Â accepter, au moins provisoirement, la plus grande
partie du Sj^stème de M. L,, et si ces rè&ultats sont conlîrniés, un chapitre
très-obscur de la phonétique française aura été élucidé.
V. £ devant les nasales (p. 106-150). — Je n'en dirai pas autant de ce long
chapitre, un de ceux a!>surémenl qui ont coûté à l'auteur le plus d'efforts et où
ils ont été le moins heureux. Je n'entrerai pas après lui dans la discussion aride
et embrouillée de l'histoire des voyelles nasales, — et spécialement de tn, —
en français : je serai bien obligé quelque jour d'écrire sur ce sujet une disserta-
tion spéciale, où je devrai joindre au travail de M. L. ceux de MM. Bœhmer
et Scholle. Je me bornerai présentement à dire que tous les faits et les raisonne-
I. ftokki, rûnaci avec cokht (codie) datu le Roman de la Rost, ta. Michel, 1. 1^ p. ),
offire peut-être un phénomène du ménie genre.
1. AB reste, la même difficulté s'oppose i ce iju'on prononce i V< vcaaal de d; car eo
marchant à ^ il aurait rencontré t = ta, devrait assoner avec Ini-
120 COMPTES-RENDUS
ments accumulés par M. L. pour prouver sa thèse n'ont servi qu'à m'en
démontrer plus forlemenl l'inexaclilude. Celle thèse est brièvement cetle-ci :
r |usqu'au Xli' siècle au moins Ve dans en (et subsidiaircment \'a à.\n$ an) a un
son oral pur, et non point nasal ; 2" ce son est i et non point i. Ces deux pro-
positions ont surtout pour base (ou peut-être pour but) ta a restitution m de la
Paision^ telle que nous l'a donnée M. L. ; dans la Passion en elTet en assone
avec if et pour que îa Passion soit un poème français il faut que cette asso-
nance soit française. Malheureusement la Pasuon est le seul texte où on trouve
pareille chose ; le Ug. sépare soigneusement en A an dt i H Ae a ordinaires, et
déji Eul., comme )e TaJ remarqué plus haut, a deux strophes en en ; AlcxUy
Roi. et tous les poèmes postérieurs ne font fomais assoner en, où d'après M. L.
\'e aurait un son « purement oral i>, avec e ; a.e n'assonc avec an.edans le Rot.
que par des fautes de copiste ' : dans les autres poèmes où M. L. en a cherché
des exemples, il n'a trouvé, comme dans Roi., i\iie paient, roîalme, bhsmc^tA stitm
mots semblables, dont la prononciation est obscure, mais qui ont toui une
nasale après Va. M. L. explique le groupement habituel des voyelles suivies de
nasales en assonances séparées par une théorie sur l'assonance et la rime qui ne
soutient pas l'examen. Les auteurs de poèmes en assonances, dit>il, ont de
bonne heure lavorisé la rime; mais pourquoi ne trouve-l-on pas dans le Rot.
de laisses en at, en a, en cz , comme en an et en en} Il est bien vrai qu'on y
remarque une tendance k grouper les mots en ^n, Tendance qui s'accuse plus
dans des poèmes postérieurs ; mais c'est que Vo devant les nasales commençait
i se nasaliser. M. L. émet aussi sur le passage de Tassonance à la rime des
idées qui ne sont pas justes : les rimes imparfaites qu'on rencontre dans les
poèmes rimes ne sont pas d'ordinaire aht : ab: {abc : au exprimant l'assonance,
abc : ak la rime), mais bien abt : ait ; dans les rimes féminines de même, la
rime tolère la différence ou l'absence de la première consonne d'an groupe de
deux (ainsi amours rimera avec nous mais non avec court, sage avec îargt mais
non avec pahgrt, ni iargt avec larme). — Les raisons pour lesquelles t dans en
aurait eu (avant d'être nasal) le son f ci non K qui lui revient naturellement
comme représentant c en position =*, ne sont pas meilleures. L'analogie de on
n'est pas exacte, puisque 0 devant les nasales n'a pas été traité comme t : du
moins haont est-il propre à certains dialectes, tandis que tient est commun : vaia
est traité autrement que Roma, quelle que soit .>u juste l'histoire de ce dernier
mot. — Dans le détail, il y a des choses excellentes et quelques petites erreurs.
La remarque sur le ms. L A' Alexis est neuve et juste : ce ms. change en en an
dans \f> syllabes atones initiales, et on peut croire par conséquent qu'en géné-
ral la substitution d'ii;i k en n commencé par ces syllabes. — L'étude minutieuse
des assonances en a et dt, bien qu'elle n'aboutisse pas à des conclusions bien
claires, est un premier travail très-méritoire sur ce sujet difficile. — J'ai
I. A ce propos, disons qu'il est temps de supprimer du v. 171 { la correction /rjrfe, qui
formerait une assonance en a dins cette tirade en en, ài]\ étrangement défigurée. M. Cornu
a démontré (Kon. IV, 4^7) que parte n'est pas de l'ancien françab, il faudrait ici paroi.
AU reste, je ne vois pas comment restituer ce vers.
1. tt i en position; il est probable qu'ici cotiune devam les autres consonnes 1 se sera
de bonne heure réuni i t.
LûCKiMG, Die édiesten franxasitchen MundarUn ii~
dé|i eu occasion de dire [Rom. IV, 282} que anu = comiUm el := computum
ai pour ctutnîi {ifitanu), et que par conséquent il ne provient pas de conle mais
de cataU * (sans cela pourquoi n'a-t-on pas manu, hante, etc., âcmonte, honte f]*
~ P. 124. M. Dorhmer ayant remplacé chatitc dans une assonance en .1 du
Roia«4 par thatU, M. L., qui paraît avoir mal interpréta la pensée de M. Bceh-
mcr (cf. Rom.. Il, 107), propose cluiaite pour chacte, commt a:ismc pour aame i
mais Va à'aaitne est précisément dû i la nasale {\'s étant de très-bonne heure
devenue muette devant les spirantes) ; ihaaUc est impossible dans le Roland. —
P. 1 20, M. L. voit des rimes de a = «i avec a = c dans Jorsane : depanty barba-
9fu/u : asane [Chev. aa Iton) , mais on peut rétablir partout e. ~~ Pour conclure,
fedinî qu'i mes yeux l'auteur n'a nullement réussi dans ce chapitre i prouver
que t*c de en ne fCtt pas nasalisé ^ dès le X" siècle, et par conséquent que tes
assonances de la Hasuon où cet e assone avec d'autres c' puissent être fran-
çaises.
VI. Z pour le lat. s après n et/ (p. tjo-ijal. — Dans ce court paragraphe,
l'aoteur ne discute pas les opinions émises sur ce point curieux par MM. Schu-
chardt et Chabaneau. Mais il a soigneusement rassemblé les faits orthogra-
phiques en question dans les six textes qu'il étudie, et il a pu en tirer les règles
fines, que après n double ou mouillée (gn), et après VI double (au moins dans
ta Pamon) ou mouillée (sauf dans Uj;.}, le z remplaçait \'s latine. Il n'attribue
i ce : d'autre valeur que celle qu'il a d'habitude ; ainsi anz se prononçait
oA-ts^ mauu se prononçait mln-ts^ : il laisse dans le vague la laçoD dont ce :
se combinait avec / et n mouillées.
f Les recherches conduites jusqu'à présent ont bien révélé pour certains
textes quelques indices de dialecte; ainsi dans les Serm^mj, l'a tonique conservé,
m, inf, f/mdrai, dans la Passion Iz pour Ils. Mais ils sont trop isolés pour suf-
fire i démontrer que dans les plus anciens monuments français on a afT.iire i
des dialectes. Nous trouvons au contraire des critères généraux dans le sort du
c et du g latin devant j, dans celui de Vau, de Vo long et de l'o bref tonique,
de l'imparfait de l'indicatif en -akam et de l'imp. du subj. en -uisstm, ainsi que
du w allemand et de la préposition pei. • M. L. trace ainsi le plan du livre II
de sa première partie : ■ Les Critères ».
1. La desunéc de c et g devant a (p. t j2-i }9). — Après quelques remarques
prtiiminaires sur la Taleur qu'il convient d'attribuer k c, k^ ch^ g, dans les
anciens mss., M. L. cherche à établir que pour le traitement da ^ ert du g nos
anciens textes se divisent en deux groupes : l'un, composé des Sermaus., Eulalte^
1 . C*tsx un exemple de U diphihongaîsoD de Yo en poiîtion.
X. Bien eoicodu \e ne veux pas dire qu'il eût prccùément le son du françab anuel
dau Utn, mau limpkment qu'il jvsii une teinle niule luffisanie i le distinguer de IV
ordinaire.
}. Notez qu'il n'a^sooc iamau avec é ~ a, sauf dans Hieiassaiaa ptchet que M. t..
MppiuDe.
4, M. L. compare cette différence i celte qui, malgré l'onilé d'orthographe, eiisie wi-
Tini lui en allemand entre gans, pron. ganati. et kahns. pr. Kanns; de mtmc Hais ne
dMfcrcriit de Salz qoe par l'initiale {halïu, salUs), Cette pronoociatioa de Canj et HaU
n'étonne : est-elle admise ta Allemagne f
128 COMPTES-RENDUS
AlexUf maintient c etg durs devante; Tautre, comprenant ItFragm.yieUg. et
la Pass.^ les change en ch el /. J'ai dit jadis dans YAlais que f et ^ dcveaaieDt
ch et / dans tes Sttmcnis^ Eul., Alexis ; j'ai admis au contraire cd, ga pour le
Uger : la division de M. L. n'est donc conforme à la mienne que pour ïcFtagm.
(je ne me suis pas occupé de ta Pûss. à ce point de vue) ; au reste M. Joret
avait déjà revendiqué pour Alexis le c et le g durs i normands «, pour Eul,
les mêmes sons picards; M. Jorel et M. Darraestctcr avaient révoque en doute
raoo opmion sur le S. Léger. Voici où j'en >iuis préscoteraent ; je regarde avec
MM. Jorel et Lùcking cbielt chitj etc., pjgiens ngids dans £u/., comme signi-
fiant kielt itic/, paguiens reguicls; je n'ai pas de raison pour tenir à mon explica-
tion des Serments ■ ;e reconnais que mon interprétation delà graphie du Ug,^ si
elle convient plus naturellement en elle-même, offre des difficultés pour s'accorder
avec d'autres particularités du texte; mais je ne suis pas converti pour VAlcxn.
La forme goit prouve pour M. L. que le g est dur, car sans cela on aurait
ioie^ comme on a iosal =. jactnsses. Mais dans l'un el l'autre cas on a simple-
ment reproduit l'orthographe latine : g pour g = j devant a, o. u est très-
fréquent dans des manuscrits bien postérieurs, parce qu'on n'a pas inventé pour
le g une notation correspondante au ch pour le c. Mais le g de longes, rengt
doit se prononcer comme celui de gc/i(, etc. ; la valeur, dj, de cette lettre, est
si assurée pour le copiste de L (d'accord avec celui de Aj, qu'il l'emploie en
place du / latin devant e, i ; g\st ^oa. geleni ^46, geii ) jd, prci\gn 8d, engruget
56c, tous les mots en -âge, etc.; en outre, ce qui est plus frappant,
voulant noter un g dur devant e, il écrit langutros (iiic); et cependant,
d'après M. L., longes, rengt doivent $e lire longuet^ rtngM^\ Quant aux c<i, ktj
ce, des rass. L et A, je persiste à les regarder, soit comme équivalents à
ehit, çht^ soit comme introduits par les* copistes ; el je ne contredis pas ma
classification des mss., quoi qu'en dise M. L., en supposant que tes
exemples de (ha qui se trouvent dans A proviennent de l'original : il importe
peu, i ce point de vue, qu'il y ait entre l'original et A plus d'intermédiaires
qu'entre l'original el L. J'aurai occasion de dire plus loin comment je défends
cette manière de voir contre ta théorie de M. Jorel. — Notons dans ce chapitre
la trèS'ingénieuse explication de (koll = cj/itfu/n dans le Fragm., 1* par l'emploi
du jk initial emprunté à la graphie usuelle Jhaus ; 2« par le fait que Técrivain
distinguait mal les douces dcsfartcs(cf. pretitr pour prtdier, achuier poMr achtteri y
ce n'est pas sûr, mais c'est bien trouvé. — Le raisonnement de M. L. sur
evaquict dans le Ug. n'est pas bon ; t eves^uietf dit-il, est un dérivé de èri^ue > ;
mais alors d'où vient l'i / M. L. admet lui-même ailleurs que \'i des mots comme
colcatam = colckiet s'est produit avant le changement d'à en i : il n'avait aucune
raison de se produire après. • Par conséquent eveschiet n'est qu'une UrrihiUung * ;
mab sur quelle analogie aurait-on changé c*es4juiet en eveschiti quand on avait
Miiut ? Il but regarder a-uchiel comme provenant d'une (ormevtjgaire epmatum
(on p. 4. epispocalum) pour episcopatum.
l\
I. M. L. s'appuie lui ce que, dam le fragment en prose copié de ta même main, on
trouve gaaire coït géra. C'est là une singulière mêpnse : geru, c-i-d. gterts, triduii
te latin ergo {cl. Rûm, VI, 6j9j.
LÛCKINC, DU Altesten franicaUchen Miutdarten 1 29
H. L» destiaée àe au latin (p. i}9-i4}). — M. L. veut prouver que Vau
btin, changé en ô dans les Sermtnts, Eatalie, Alexis^ s'est mainteitu dans les
pommes dr CIcrmont el en partie dans le Fragment. Pour ce dernier Icxle, il a le
leul not rtpaaser, ttpauscmtnt^ en opposition à Oiiii : m^ls je rrgarde repaïua
tomme écrit sons l'influence du latin ; il est cljiir que l'écnvain était plus habi-
tué i cette langue qu'au français. Quant aux poèmes de CIcrmont, il est vrai
qu'ils présentent partout au, et M. L. lire trés-habilement parti de la graphie
«ir< (toujours dans Zi^., une (ois dans Pass.) pour se refuser à attribuer la
inbstitution de du i l'o qu'aurait eu l'original au copiste provençal. Toutefois
il oe n'i pu convaincu. J'ai déjà dit qu'admettre dans Pass, que d + u est
deicoa à {og, xo(), tandis que au serait resté au^ c'est absolument invraisem-
bbble : M. L. refuse avec raison (p. 99) d'accepter une pareille 1 interversion
lie l'ordre naturel o pour d + i et ai). Il faut noter dans les deux textes (et
aussi dans le Fragment] le mot ore {hora, or, etc.), qui, soil qu'il provienne
lie *(*/) hora{m), comme je le aois avec M. Cornu, soit qu'il provienne
de ha hora^ comme le propose M, Suchier (Hom. VI, 629}., a pour source
innnédute un lat. vulg. aora = aara^ devenu en pr. ara. Mais, dit M. L.,
comment croire que le copiste de la Pass. aura changé tous les 0 de l'original
en ju, sauf une fois celui à'oicïsesant, le seul dont l'existence soit assurée en
français/ Et comment se fait-il qu'il ait changé en e tous lesif de l'original, sauf
une fois, dans paitrtnt { ^ 2 d), où il est sûr que le français l'avait ? Mais le copiste
de Ug. respecte 0 dans ocir< non pas une fois, mais deux, c'est-à-dire chaque
fois qne le mot reparaît? Et qui nous prouve que le dialecte méridional de ce
copiste du aanàn? nous n'avons pas à faire ici à une loi, mais h un accident
phonétique. Dans le Ug.^ dit M. L., j + u donne constamment au, — diil de
JUloit, etc , — et cet aa ne vient pas du provençal (qui dit ag). D'accord : j'ai
saski respecté cet aa dans ma restitution, et je crois qu'il était général en France
n X* siède (U Passwn l'a déjà changé en à) ; mais cela ne touche pas le sort
de Vat blin, qni, en somme, dans tous les textes que nous possédons, est déjà
devenu à. — Je n'entends point dire par là que \'o — au du fr. remonte au latin
ratgaire ; j'enseigne depuis longtemps, — d'accord, à ce qu'il me semble, avec
M. L., — que le changement ancien d'au en 0 est propre au latin vulgaire de
l'Italie ; sans parler du roumain et du ladin, le gallo-roman et l'hispano-roman
avaient conservé du; le changement de l'du gallo-roman en à dans le fr., de \'aa
hispano-roman en à dans l'espagnol, en ou dans le portugais, est un phéno-
atee postérieur et propre à l'histoire de chacune de ces langues. Il serait donc
fcrt pouible qu'au IX* siècle certains dialectes français eussent conservé l'du
quand d'antres l'avaient déjà changé en ô; seulement il faudrait le prouver, eC
c'est ce que M. L. o'a pas fait. A priori le fait que ce changement est commun
i ions les dialectes de la langue d'oïl, et qu'il est consuté au IX* siècle pour
kl Sirmcmt, Eulatu et le Fragmaa, rendent vraisemblable qu'il était accompli
alors dans toute la France du Nord.
Ut. La destinée des voyelles bbiales. — 1 : û latin. Après une bonne ezpositioa
des cas 0 il ^ a été traité comme û, et quelques remarques spéciales sur u
1 position, M. L. te dcuode i quelle époque remonte la prononciation Iran-
rpîtc de u, à savoir a. Je Tai fait remonter dans VAiais à un traps très-ancien,
komasia. Vit a
130 COMPTES-RENDUS
fort antérieur en tout cas à celui ob oat été écrits nos premiers textes. M. L.
trouve cette opinion fort peu vraisemblable. • La circonstance que □, dans le
domaine des autres langues romanes, n'a passé i ù que dans des dialectes iso-
lés, comme en provençal moderne, dans le roununche de TEngadiae et dans le
lombard, empêche de reculer ce changement aussi haut que le fait G, Pans. •
Mais il est fort douteux que le provençal ancien ait prononcé u autrement que
le prov. moderne et le français. Les rimes du provençal ancien sont toutes sur
ce point d'accord avec celtes du français j tous les dialectes modernes du midi
sans exception (sauf le catalan/ prononcent u, et la raison donnée par Dîez pour
la prononciation u est sans valeur'. Nous sommes donc autorisés à conclure
que tout au moms te gallo-roman avait déjà changé u en li. Si maintenant nous
observons que non-seulement le lombard, mais tous tes dialectes de la Haute-
Italie, jusqu'à l'Emilie et la Vénétie exclusivement, remplacent u par û, que La
plupart des dialectes ladins (voy. Archivio gloaologuo, i) en font autant, nous
serons portés â voir dans le changement à'u en ù une influence proprement celtique,
Cette hypothèse se confirme par la comparaison du gallois qui^dês ses plus anciens
monuments, nous offre i (évidemment provenant d'il) pour û indo-européen et
spécialement pour » dans tes mots empruntés au latin. Cette dernière circons-
tance indique que le changement à'u en û s'est opéré en gallois dans la période
qui sépare le IX' siècle de la conquête romaine. Pour qu'un fait de phonétique
celtique ait pu influer sur la prononciation du gallo-roman, il faut d'autre part
que ce fait remonte à l'époque où le celtique était encore vivant en Gaule, bien
que le latin y fCit trés-répandu. Ce sont ces considérations qui m'ont amené à
aoirc que le changement du en û a dû s'accomplir dans la prononciation vers
le III* siècle, et cette opinion me paraît toujours vraisemblable; elle a d'ailleurs
le mérite d'expliquer comment la prononciation d'iî en û est le seul des change-
ments importants du vocalisme que l'orthographe du français n'ait pas exprimé;
d'ailleurs la prononciation de û pour u dans le latin est attestée, dès les
plus anciens monuments de la langue vulgaire, par des rimes comme Jaus :
adan^ Jésus : jus dans ta Pass., et par bien d'autres postérieures. • Mais, dK
M. L., la graphie ancienne a pour ô, qu'on trouve dans les chartes mérovin-
giennes, témoigne contre cette hypothèse. A une époque où l'ancien u sonnait
déjà û, on ne pouvait guère avoir l'idée d'employer le même signe à la place
à'o pour un son qui certainement n'était pas lï .* la graphie u pour ù doit être
plus ancienne que la prononciation û pour u. » M. L. oublie que ta prononcia-
tion û ne s'applique qu'à u, que n et ô avaient pris le même son^ et que par
conséquent les scnbes étaient daos un embarras perpétuel pour savoir s'ils
devaient écrire o ou u, dans des mots comme amotcm, gula^ etc. — Au reste
l'auteur reconnaît en terminant cet article que le son d'à pour û est très-
vraisetnblable dans les plus anciens textes français.
Les quatre paragraphes suivants : Us soarus àt tù d./r., /es sources de l'a,
ta detûâit de t'a lalin^Quaiui des sons issus dt 0 et o latins^ sont peut-être la
partie la meilleure, la plus neuve et la plus approfondie du livre. Si on les
I. u d'après lui ne peu êtrev, parce qu'il devient vdevam une voyelle: Mau biné, eic, ;
OMis 00 troave la mène cho$c m français : t/ca btijFt, toutm foufàw, eic.
LùCKiNC. Die gUtsttn franzaiischtn Miuidûrtai lu
compare 1 tout ce qui a été écrit sur le même sujet, même dans en dernières
Mné«, on est frappé des progrès qu'ils mjrqucnt. L'origine des sons français,
trur valeur, leur histoire, sont recherchées par une méthode i la fois rigoureuse
rt fine qui ne laisse aucun fait eh dehors de ses prises ; ïi tâche ardue de dts-
ccrver entre les sons et les caractéfcs est poursuivie avec uncatlention toujours
en éveil ; enfin, même si on n'accepte pas toutes les conclusions de l'auteur, ces
chapitres seront la base indispensable de toute étude sur le m£me sujet. Je ne
puis naturellement analyser ces recherches minutieuses, présentées avec une
clarté parfaite : je suis obligé d'indiquer surtout les points 06 )e me trouve en
désaccord avec M. Lûcking, et ceux où il apporte des découvertes ou des
Mplications vraiment nouvelles. « Les sources de VA sont ju, ô en position
latine, â etôen position romane, «i lat. -f u (plusTo hébraiquede quelques noms
propres). ■ On peut comparer cette énuméraiion  celle de Diez ou à celle de
YAltxts, et on verra combien elle est plus précise et plus complète'. M. L.
débute par exclure quelques mots où l'o latin en position, sans doute long p.tr
nattire, s'est changé en ou et non en ô, et il relève dans le latin vulgaire déjà
des formes en u (p. ei. tamare, curtem, turtos^ etc.)- A propos du mot osltr^
— écrit à tort asted dans la Pais, y — il montre que Vo de ce verbe est bien ô
et non rf, et il en donne à ce propos l'élymologie suivante : < Oster ou hosttfj
prov. ostar ou hostar^ dérive de _b?ipita^t, ■ garnir d'un hospes n. Ce verbe prit
pour les Gallo-Romarns le sens d' • enlever ■ i l'époque des invasions. Les
conquérants germaniques, spécialement les Burgondes, s'attribuèrent en qualité
à'hospiUs {hospitalitatt) deux tiers des terres : hospitabjnt terras Romanis, ib gar-
nissaient les terres des Romains d'hâtes (bourguignons), c'est -3-dire qu'ils les leur
Ataient. Le douloureux souvenir de celte perle amérc s'est empreint dans le verbe
ffjlcr'.B U est heureux que celte spirituelle étymologie n'ait pas été proposée par un
Français ; quelles malices n'y aurait-on pas découvertes, et quelles calomnies i
l'égard des anciens Germains I M. Fusiel de Coulanges ne l'admeura pas, puis-
qu'il ne veut pas que les Bourgondions aient pris les terres des Romains ; tout
en oc partageant pas son avis sur ce point, je ne crois pas non plus i hospitaie
B- 0jrfr . il faudrait trouver un exemple à l'appui. L'étymologie de DJez, fiJus-
itrt, n'est certaiocmeot pas très-brillante, mais elle peut aller pour le sens et
pour la forme. A en chercher une autre, j'aimerais assurément mieux hoitme^ de
kMtts au sens d' « armée » : le verbe aurait d'abord voulu dire « traiter en
e&nemi, eo pays conquis '.puis «ravager, piller, enlever*; cf. l'ail, vaharin^.
— Sur 0 en position donnant oi et aboutissant k ui (ainsi que sur les autres
sources de ut), M. L. penche pour l'explication donnée par M. Havet (Rom.,
III, ;ai), sans toutefois te mentionner, non plus que MM. Schuchardt et Cha-
fciflKau, qui oot traité cette dilficile question.
Après avoir étudié les sources de Vé (0 long, u bref, 0 bref en position latine
I. C'est ailleurs, i P^^Vf* ^ ''"jl*'^''* ^- parle des quelqun mots où à prorient de s en
pgiitinn ià!rz,' n 19J ; Q |(i cxptique cu d'uam que a a dâ de boaoe hesre j ptSKr à
• (p. r. npprodK lo mou où o en poiinon a donné so, w, m.
a. I .:aÊ»t ce œol hospilan (p. i4i}d«oi OrtedoM = ÀagBitodamim de
S. Léi.. a: iciait ime bjoûtopt populain; . u la ville oà on ôte. ■
). La éiyanlopa ehitn, proposé par Du Cange, abittre, suggéré puis abandomé
par M. ïcbéler, ne mdi pis non plus déânitivement ezdnet.
tj2 COMPTES-RENDUS
OU romane devant les nasales, o long en position romane devant les nasales, 0
issu d'à devant les nasales, plus l'u de ta finale latine 'Um), M. L. passée
l'histoire de V'» latin accentué. L'explication qu'il donne des mots /ru, {tu, lieu
ne diffère que légèrement de celle que je crois juste ; pour l'exposer il me fau-
drait une place que je ne puis donner ici ; j'y reviendrai dans l'édition des
Antttm Textes. — M. L. rétablit dans S. Ug. (^46) rooroù j'ai lu ruoJt:\\ n'est
pas te seul à avoir signalé i ce propos le in rotort des Formula du Vlh siècle
(voy. Rev. des t. r.. 1876, p. 23), qui d'ailleurs vient non pas de roM, mais de
rotare; seulement je ne puis me décider  admettre dans le Ug. la chute d'an t
mèdial. — M. L. s'est complètement trompé dans son appréciation du Roland
au point de vue du traitement de & accentué. J'ai fait remarquer que deux laisses
assonent en lu; M. L. me répond : i* que parmi les assonances de ces laisses
on trouve prozdoem^ cl que hom assone ailleurs en on i i» qu'on y trouve deux
fois oilz, ■ qui assone en i'* et non en 0/ > ; j* qu'au v. ]6a^ le ms. a volt et non
wtU; 4* que)îi!tu = ftodoi est impossible dans une assonance en oc, et que le
V. 3 1 { û£t il figure doit être corrigé de manière â assoner en ^ [honars). t Les
tirades 22 et 2^9 assonaient donc originairement en une voyelle simple, et non
en une diphthongue. > Il faut avouer que le raisonnement est étrange. M. L.
oublte-t-il que dans tout le poème, où les laisses en â sont si fréquentes, on n'y
trouve pas un seul mot où i'o réponde à un 0 bref latin, — sauf le mol ftom qui,
se trouvant dans une condition particulière, a les deux formes, comme mat et
mcl, attndeiz et attndti, et plusieurs autres dans le Roland. Oiiz^ dit*il, assone
en ^; c'est une assertion absolument contraire i la vérité : il n'y en a pas
un exemple dans toutes nos chansons de geste. Pourquoi donc les mots
en Ôy — estoet, poel, avoa, sotr^ cotr, doil, — sont-ils tous ramassés dans deux
laisses, s'ils n'ont pas une voyelle commune, différente de 6 aussi bien que de
ôf Cela ne se soutient pas un instant. Quant i fuus^ je persiste à te lire^Dfi,
et je ne vois pas ce qu'il y a d'impossible dans cette forme : Montem J6vi\s) a
donné Mont jue^ que le scribe du ms. d'Oxford aurait écrit Montjoc; or Wace
fait rimer {Rou, I. 292} Monigiu avec ^eu (ce qui ne l'empêche pas de rimer
ailleurs yîr' en iV, I 498, II 967) ; suivant que l'accent, dans le mot feod^ a été
mis sur Ye ou sur I'o, on a eu filad oufiuod, et les deux tonnes ont coexisté.
Cette question particulière en amène une d'une portée plus générale : uo, sorti
de i^, avait-il l'accent sur u ou Mur o? M. L. se prononce pour l'accentuation a6 ;
je crois, — avec M. Havel, — que l'accentuation primitive a été «o, mais elle
n'a sans doute pas duré, et la diphthongue /ortr est devenue /nii/t. Dans 1/0,
diphthongue faible, \'o est-il tf ou d f* M. L, admet à ; je crois plutôt â à. Com*
ment expliquer, si ao était aô^ que les textes qui écrivent simplement 0, comme
le ms. L de l'/l/auj, ne notent lamais ce son par u (sauf devant les nasales) ? Il
est vrai que j'ai admis dans Alexis l'assonance en ô de /j/ifo/, et M. L. en cite une
iulndzD%Amiiet Amile, p((ol ; mais aujourd'hui je les récuse Tune et l'autre. Zw'/ico/
est dans un seul ms. {A}, l'autre ms. (L) de ta même famille [a) donne grabatun ;
l'autre famille {b) a /i(un(P}et lican\S). De L comparé à A il résulte qu'il s'agit
d'un lit ; de a comparé à h que le mol était analogue à lincol titan tican. Le
poète a dit lifon, mot qui se retrouve dans plusieurs textes postérieurs avec le
sens de ■ banc, couchette ». Quant à puol^ et non pefol^ ce mol, écrit aussi
LÛCKiNC, DU ditesten franiasischen Mnndarien 1 5?
asione (oufoun en o ; Tètymologie en esl douteuse *. Si 0 de </ assoiult
^ritllemenl en d, on en trouverait, non pu un exemple, mus des centaines,
dut U poésie du moyen âge. Je retire donc ce que j'ai écrit i ce su|el dan&
YAUm : je considère toute la langue d'oil comme ayant diphthongué ô en ùo,
puis sans doute uè : il est possible que dans certains dialectes cet aà se soit
ensuite resserré en d ; k ms. L. de {'Alexis, en ne confondant jamais l'o = 6 arec
I (F qu'il écrit u, montre que la prononciation n'était pas <J ' ; les assonances le
' dnttnguenl aussi bien de 6 que de à. Il faut toujours faire exception pour l'o
devant les nasales, qui demande à être étudié i part {sonat est d'ordinaire
traité comme s'il était s6nût) : la manière dont Vô a été traité dans cette condi-
lion est un trait caractéristique dialectal, que M. L. a oublié de relever. —
L'auteur étudie ensuite les deux notations de Vô en ancien français; j'ai dit
dans l'Alfxis que ces deux notations, u et 0, n'avaient qu'une valeur graphique
tt ne répondaient pas à des sons distincts fsans nier d'ailleurs que le son à eût
suivant les dialectes des nuances différentes^». M. L, cherche à prouver le
contraire par une élude minutieuse de 0 et u pour 6 dans les six anciens textes:
il montre bien que ces textes ont des habitudes orthographiques distinctes, et
plus régulières peut-être que |c ne l'avais cru ; prouvc-i-il que ces habitudes
iicprésentent des prononciations différentes? j'en doute. — 11 conteste aussi que
'b notation u se trouve également à rorigine dans les textes de l'est et de
l'oueit ; mais il ne le fait qu'en affirmant que les Serments sont un texte occi-
dental, c'est-i-dire en anticipant sur une démonstration dont nous examinerons
plus tard la solidité. — Enfin il suppose que btUuour, soaue dans Eut. (en
de aon, tikoltcl, colpts, etc.), corruious dans le Fragm.y contiennent les
races de l'ancienne forme de \'à français (= ô, fi latinsl : n, ïi auraient donné
Aa, comme è, i ont donné ii ; cet i/u se serait resserré en à, mais il aurait per-
sisté dialectalemenl devant une r, une s ou une voyelle. Cette hypothèse, qui
établit un parallélisme plus exact entre Thistoire des voyellesgraves (ou labiales)
et celle des voyelles aiguës (ou linguales) est assurément fort séduisante, et je
fuis porté à l'accepter, malgré le petit nombre d'exemples sur lesquels elle
l'appuie.
M. L. étudie ensuite (p. 183-188) l'imparfait de l'indicatif, notamment de la
I** con)Ugaison *, — l'imparfait du subjonctif*, — le w allemand, — la préposi-
tion per dans les différents textes, et trouve que le Fragm. et les Poèmes de
Clernont ont pour -aba(m) -cve (ce qui est bien douteux pour la Pasiion), que
VAlnis a -ove |Â induire de àut)^ les Serments et Eul. n'ayant pas de ces formes;
— que les formes en -uisseim) sont dans Alexis en -usse, dans les autres textes
(les S<rm. et le Fragm. n'en ont pas) en -visse; — que le iv allemand est rendu
dans Alexis par gu, dans les autres textes (les Strm. manquent) par uu ou u
I, Voy. «usufia. Rnlr^r, au mot piœlto.
a, cf. ce que vient d'icnre h ce sujet M. Musufia dans la Zeitschrift, t, p. 407.
J. Je dis au contraire positivement que ces nuance» existaient {yt/oti/, p.64). Pourquoi
dMc M. L. mr pr^i^ t-il ^p. 17SI l'auertion opposée?
4. Fittat, permeiUfstnt, que M. !.. lit fiùtnty permesiitnt, oai été expliqué» plus
Kaou
|. C'at par eneur que cognoeaiit receubist, dans la pattion^ sont meniionnés kl : ce
I Ici a** pen. i^. du parf ind.
t^4 COMPTeS-ftEHMIS
(âiShmcx qO) est bien probablenent, coome U le contectarr en second lieo,
phonétique autaot qu'orthographiqoe. mats qui pent s'expliquer p^r une simple
sucoession chronologique aassi bten que par une dircrgence daIect«Je) ; —
eofio que per a pour équÎTalent fraoçais pur dans Attxis^ p<r<np dass tes autres
teites (ce qui i mon &ens oe signifie pas graod'chose). — Il r^ntne dans on
tableau final toutes Tn divergences qu'il a rderées entre les six textes ètodîês ;
on 3 vu que |e oe les admets pas toutes ; je montrerai i une autre occasion qu'il
^ «D a qui lui oot échappé. Ea6n {e ne trouve pas son € groupement • lustifié.
Outre que je n'y comprendrais pas du tout la Passion^ je oe vois aucune affinilè
réelle entre les Serments et V Alexis^ — puisque i pour cfjl se retrouve dans
Eut. La parenté entre le Fraçm. cl les poèmes de Clcnnonl s'appuie, — outre
ch pour <<3, qui est trop g^éral pour constituer un groupe, — sur t'impf. en
abaim) deveno m fce qui est douteux pour la Pass.); nais U langue â*Eul, a dâ
posséder la même forme ; c'est vraiment bien peu pour dire i plusieurs reprises,
comme le fait M. L^ que ces trois textes constituent un groupe (car au pour
40 est, comme on l'a vu, tris-suspect dans les poèmes et surtout dans le Frd^m.;
uà (- ou) pour Ô se retrouve au moins dans Eu!.; l'orthographe à pour u éga-
lement, i supposer qu'elle signifie quelque chose - v ou p- pour f allenund ne
peut former un trait distînctif, puisque les points de comparaison manquent dans
Eal. et Serm.).
Après avoir constitué ses groupes, M L., dans le dernier chapitre de cette ,
partie^ essaie de les localiser. Prenant pour point de repère l'origine normande
de VAtaii, il décide que les Strmtnts, appartenant au même groupe, doivent
être de la mimi région ; seulement • pobfo et Va conservé dans /w^rc, reJamar
indiquent des contrées situées plus au sud • ; et pour le prouver il s'appaîe
sur le fameux troiain de Beneoit de Sainte*More, qui indiquerait la consertation
de l'ai --^ lat. a en Touraine i une époque très-avancée, comme si ce mot était '
autre chose qu'un cas particulier de Vain conservé partout devant les nasales !
Amené ainsi vers le sud de la Loire, M. L. étudie Nïthard, et cherche à prou-
ver que l'armée de Charles le Chauve, dont Louis l'Allemand dut emprunter
la langue, se composait surtout de gens de cette région. Il arrive bien i nous
montrer qu'elle comprenait des Gascons et des Bretons, — gens qui ne par-
laient pas franchis. — mais nullement  nous éclairer sur la nationalité spéciale
des Francs occidentaux qui y figuraient. Aussi ne semblera-t-il sans doute i
personne autorisé à conclure par raffinTiation suivante : ■ La patrie de la '
tangue des Strmenis de Strasbourg est le sud de ta zone occidentale du domaine
Irançais, le pays qu'arrose la Loire, et notamment la rive méridionale. > Ce
serait donc du cAté de ta Touraine ou de l'Angoumois qu'il faudrait chercher
le pays dont le dialecte est représenté dans les Serments. Mais M. L. a oublié
que pour localiser un texte ancien il faut tenir compte des dialectes modernes.
Dans ta région oit il place les Serments, il n'y a pas un seul dialecte qui con-
serve dur le c de ca : tous le changent en ch : or l'auteur établit lui-même que
la langue des Serments^ possédant kose où I'ju est changé en o. n'a jamais pu
produire choie, qui remonte i uiusa ; donc la langue des Strrtîeats^ comme cette
d'Euf. , appartient i la région du nord, la seule où le c{a)iix conservé sa dureté;
LùcKiNC, Du dltesten franzœsîschen Mundarlen \i\
^ftih appartint i la mtine région, comme je le montrerai dans mon édition des
RU.
M. L. démontre ensuite qu'Eu/, est écrit en picard. Ce qu'il dit sur U
diphtbongaison de c en position {bitt etc.) n'est pas tout à fait exact : ce trait
B*cit pas gèniral en picard (voy. Alexis, p. 268). Quant à dire qu'il est posté-
rieur, c'est ce qui me paraît peu admissible, quand on compare le wallon,
l'espa^not et le roumain. — Sur Tart. picard /t\ le au fém., M. L. donne une
upiication qui n'est pas tout â fait ta mienne : voy. Rom. VI, 617. — Enfin,
il croit que dans Eut. les tnols celUy pulcella, mercit, manalct, doivent être fus
ikfUt^ paUhtIla, etc., i l'image du dialecte picard postérieur. Je ne le crois pas.
H. L. remarque lui-même que t:o (\. izo) ne se prête pas à cette prononciation :
ao atteste la prononciation tso. Deux explications sont possibles: ou uh pour
Cl en picard est an épaississe ment postérieur, — ce qu'admettait Diez, et que
M. L, nie, d'accord avec M. Joret, — 00 il y a eu des dialectes qui traitaient
\ti{t) comme le français et le c{a) comme le picard, qui disaient p. ex. Franu
it Frjintut t\ franh de /rtfncd ; j'ai dit ailleurs, Rom. VI, 617, que d'autres
disaient sans doute Franche de Francia et franciu de franca. On aurait donc les
i|Qatre combinaisons suivantes :
Fr. X Pic. X
Francia France France Franche Franche
Iranca franche franke fratike franche.
Ces! là une question fort difficile, et sur laquelle il est utile d'appeler l'attention
lies chercheurs.
• G. Paris regarde aussi le Fragmtnt Je Vatenaenna comme picard. » Si
M. L. m'avait lu avec plus d'attention, il aurait vu que je n'ai pas dit cela
tAltxîs, p. 41-42)- ^*'* di* 9"^ '^ Fragm. avait été écrit « dans le même payst
que Efû. ; mais ce pays est précisément celui où se rencontrent les parlers
picard et wallon, et comme je dis trois lignes plus bas que le Fragm. 3 des
formes t wallonnes >. il était facile de voir que je l'assignais au wallon. C'est
d'attleufs, te suppose, ce que veut dire aussi M. L., en l'attribuant ■ à la fron-
tière nord-est de la langue. « Sur diverses particularités de ce texte il émet des
appréciations que [e ne partage pas complètement : j'y reviendrai dans mon
édition.
M. L. admet ensuite avec moi que le 5. Uger est bourguignon ; et il conclut
de la conformité de la tangue que le poème sur la Passion l'est aussi. Comme
je ne reconoan pas cette conformité, je n'admets nalurell entent pa.sla conciuston,
L'élément français de la Passion est tellement altéré qu'il me paraît bien dif6-
dfte de Tassigaer i on dialecte quelconque ; cependant |e serais porté, pour des
ou que je ne puis exposer ici, à le reporter i l'ouest plutAt qu'à l'est, je
ij seulement que l'élêmenl provençal me semble conBnner celle hypo-
~iiièie.
Lj Dtuxikme partit du livre de M. L- a pour litre : L'onginc du dialecte fran-
t0u Cintrai. L'auteur commence par caractériser ce dialecte, tel qu'il a dû être
au XII* iiècle, d'après le Chevalier au lion ; il rapproche ensuite le résultat
I de ceux qu'il a trouvés pour les plus anciens textes de la langue d'oil.
t}6 COMPTES-REXOUS
et il en conclut qu'aucun d'eux n'est écrit en dialecte français. Suîvonvie dans
chacune de ces recherches.
Que Crcsiien de Troyes écritU en « bel françois *, c'est ce que nous atteste
le témoignage de ses coniemporains : en résulte*t'>i que sa langue soii précisé-
ment le dialecte de rUc-de-Francc ? C'est ce que M. L. néglige d'examiner. Ici
encore il ne tient pas assez compte des dialectes postérieurs ; en efïrt le français
général moderne — qu'on doit jusqu'à preuve du contraire regarder comme le
développement du dialecte de l'Ile-de-France — offre plusieurs traits qui oe
peuvent dériver de traits carres pondanL^; de la langue de Creslien. Je citerai^
parmi ceux que relève M. L., ue pour o devant les nasales (biuns), oi pour ti
devant i {soleil), iaiu pour ils {biaus), aus pour eUs {vermaus). Ce ne sont, il est
vrai, que des nuances légères, — et plusieurs mêmes peuvent fort bien appar-
tenir au copiste du ms. publié par M. Holland, et suivi aveuglément par
M. Lûclcing. Toutefois ces nuances autorisent à révoquer en doute l'antiquité de
certains autres traits, qui se trouvent, il est vrai, dans le français moderne,
mais qui peuvent fort bien ne pas y avoir existé dès le XII* siècle, comme l'assi-
milation de ei à o(, et spécialement les imparf. en aie pour la première conju-
gaison. L'étalon choisi par M. L. est ainsi suspect linguistiquement ; il l'est
encore historiquement, puisque rien ne nous indique que le champenois Crestien
ait employé le dialecte de l'Ile-de-France : nous le voyons travailler pour les
comtes ou comtesses de Flandre ou de Champagne, mais nous ne trouvons nulle
part dans ses oeuvres une allusion i la cour du roi de France. Ce n'est donc pas
â lui qu'il faut s'adresser pour avoir ta connaissance du fTançais de France au
XII* siècle. — Dans la caractéristique du dialecte de Crestien, en général utile
et bien faite., M. L., outre la confusion entre l'orthographe d'un ms. et la langue
du poète, a commis quelques erreurs de détail. — L'assertion (p. 201 et déji
plus haut) que ix pour ut a commencé à l'initiale repose sur une méprise : il
s'agit ici d'un fait paléographique et non phonétique; on a écrit oes, oel, oatre
au lieu de ufs, ucl, aturc pour ne pas exposer à lire vtSf vtl, vevre ; c'est par la
même raison qu'on a écrit aussi hues, hacurc, hutl^ où on a vu, par une erretir
semblable, la préposition d'une h (de même dans hais, huit, huître ; cf. l'esp.
huibos, futevo, etc.). — L'explication de rctlois par redoisms (p. loi) est ingé-
nieuse et très-probable; le sens convient bien (outre les passages cités par
M. Ffipstcr sur le v. 5474 de Rtckart^ voy. Ottnel, v. 47 ; Kio^vf// dans Robot,
If 22 ; Maina, III, 8). — Excepté les imparfaits en -ah et -eba, il n'y a réelle-
ment dans le Chcv. au lion qu'une rime de oi = à avec oi ^ 0 (au) -f- 1, cdic
de joie et coie au v. 468) |M. L. cite encore cenoise et anvoise au v. 191, mais
aiMuier est *myitiare, et non ^irvroaâre, comme il paraît l'avoir cru); il faudrait
donc s'assurer que les autres mss. confirment la leçon de l'édition. — M. L.
explique le changement de eî en ot par un degré intermédiaire Ji. Les preuves
qu'il en donne sont les suivantes : i** » a passé i ai devant les nasales {fflain
pour plein), et les nasales ici comme ailleurs ont conservé l'état plus ancien ;
2' vcrmau:, solaas, etc., s'expliquent par vermait:, ioiailz, tandis que rermoil,
soloil ont poussé un degré plus avant . j" ait lui>mème est devenu oil dans Xooil:
ytfmoil, tooillt : nrmoilU\ 4* e de 1 devant / a quelquefois passé â d, comme
dans jauUe : autre et aas : (aui; j" le passage de / à a par i se retrouve dans ia
LùCKiNC, Die ditesten jranzœsischen Mimdarten 1 17
isfD d'U et û tssu û'ai. La 3' de ces preuves est i retrancher : fooiV, en fr.
UHil, en Dorm. tiuil (d'où le v. touadier^ fr. touiller ; »oy. Cachet, s. v. toaelhr,
etc.), n'a rien i voir avec le suffixe ail : ft ne sais quelle éiymologie M. L.
attribue i ce mot. — L14* est nulle : il est vrai t{}ïe fattre d'où faaire semble
èirt pont feltrc: fc changement d't en a devant i se retrouve ailleurs, mais c'est
un tout autre phénomène. Enfin les rapprochements farts en première, deuxième
ei cinquième lieu ne prouvent rien, parce que les changements indiqués* sont
étrangers i plusieurs dialectes (et notamment au français propre] où cependant
u derient «. — Une manière plus vraisemblable d'expliquer le chan|{ement d'ei
ea 01 se trouve, si |e ne me trompe, dans une forme du Fragment dt VaUnciennti,
oi il est bien surprenant que M. L. ne l'ait pas remarquée, bien qu'elle ait éti
signalée par Diez et Burguy : c'est noiuis de ntcaios. Ce mot, à cAti de havàrf
doctut, etc., semble indiquer que le changement a commencé par tes atones {ii
ta Wf cf. r(H/u de rânc, etc.), et qu'il les avait déji atteintes, au moins dans le
wallon, au X« siècle : de !à il s'est propagé aux Ioniques. Quant k la date de
son introduction dans le français propre, ce n'est point au hasard, comme le
croit M. L., que je l'ai placée environ au XIII* siècle ; maïs Télucidation de ce
point demanderait des développements que je ne puis lui donner ici.
J'^ai dit dans l'Alexis que ce poème a d6 être composé en Normandie, mais
que le dialecte qui y est employé ne différait pas, vers 1040, du dialecte de
llle* de- France. C'est pour contrôler cette opinion que M. L. jpréf. p. D a
commencé les études qui ont abouti à ce volume. II la repousse pour six raisons,
eu en d'autres termes il relève dans \'Alais in traits caractéristique; qui ne
peuvent avoir appartenu au français central. — 1) VAlcxis a k pour ca, le fr.
a ch, qui doit être plus ancien que 1040. J'ai essayé plus haut de montrer que
l'Altxu avait ch. Mats ici |e me heurte à la théorie exposée par M. Joret dans
son livre sur U C dam Us langues romanes^ et généralement admise*, d'après
laquelle le dialecte normand avait k. Il faut s'entendre. On devra prochaine-
ment renoncer i ces noms de dialecte picard, normand, bourguignon, etc.,
qui à l'origine ont été commodes pour s'orienter, nuis qui aujourd'hui ne
peuvent qu'induire en erreur. M. Joret a prouve que certaines parties de la
Normandie traitaient le da) comme les dialectes du nord; mais a-t-il montré
que toute la Normandie lit de même? La Normandie touche i la Picardie, i
nic'de-France, au Maine et à la Bretagne. Dans une seule de ces provinces
limitrophes le cia) sonnait k; dans les trois autres il sonnait ch. Croit-on que la
limite linguistique — A ce point de vue — coïncidât avec la limite politique?
En théorie c'est peu probable ; en fait il n'en est rien. Tous les textes cités par
M Joret, ainsi que tous les mots empruntés aux patois modernes, appartiennent
i une bande de terrain qui suit la mer depuis le Pontîeu jusques et y compris
le Bessin. L'Avranchin n'y est déjà pour rien (cf. Abrincas = Avrjnches)^ non
plus que la partie de la Normandie qui forme aujourd'hui le département de
1. L'eaptiotion de ia pour i (p. 207) esl ués-fauiive ; cf. Darmestrfer, Haut en-
tité. i87t, f. ir, p, 267.
I. M. Mail (Ziiischr.t ), ^^9) lemble rejetei k peu près complètement cette (hèoite.
C'en UM doute altet vo^ loin; mais U fut anendrc qu'il s'uphquc.
I j8 COMPTES-RENDUS
l'Ear*' et oà se irottve Vernon, la patrie de l'auteur présumé A'Alnis. Le
poètne peut donc fort bien être normand en ce sens qu'il a été composé en
Normandie, et ne pas offrir un trait qui n'est normand que partiellement, —
2) VAlexis a pour 9 latin â, le fr. uo, d'où nt. J'ai contesté ce fait plus haut ;
cependant il est remarquable que les deux plus anciens mss. de VAlexu écrivent
par 0 plutôt que par ae le son qui répond à «ï. — ;* Le français écrit 0 par 0,
00^ eUy VAInis par u. J'ai révoqué en doute la valeur de cette assertion : le nor-
mand actuel traite ô, ti latin ahoïamtnl comme le français; M. L. il est vrai
attribue cet état i une influence française ; même â Guernesey? — 4' Alaii a
u pour ^, 1, le fr. oj; voy. ci-dessus. — s' Le dialecte A'Akm a l'imparfait de
la 1** conj. en eat^ qui doit être lu 0¥t^ le fr. en ou. Ici M. L. me semble avoir
donné de la formation de cet imparfait une explication meilleure que la mienne
et celle de M, Darmesteter {Rom. II, m) , elle a surtout ic mérite d'expliquer
In 1* pers en àat^ dont nous ne parvenions pas i rendre compte. D'après lui
iM, qui â donné régulièrement he dans les dialectes orientaux, a donné en nor-
m«nd ^, par un chan(;cmcnt A* a en 0 qui se retrouve devant Y m des 1'" pers.
plur. {yoriovHi ou fmrtoms de porlamus). Ove^ écrit aussi owe {ouat], s'est par-
fou resserré en w . Aw( est devenu ôai (l'o est attesté par les rimes) '. Je surs
porté i admettre celte explication, en substituant seulement, comme point de
départ, «dm i cm . te v de ava (= lat. abû] a dégagé derrière lui une voyelle
labiale qui s'est interposée devant Va. La conjugaison Irançaise actuelle
ré^ultr de l'assimilation des rormes issues à'abam aux formes issues àUbam :
les dialectes qui avaient ive ont pratiqué la même assimilation, et le normand I
lossi, car depuis Iqngtemps il dit eit à toutes les conjugaisons (toutefois
daok Roi, v 3861 il feut lire vaniertnt et non vanteient). Au reste, M. L.
reconnaît lui-même que cela ne prouve nullement que le français n'eAt pas
•wt au XI' siècle, et |e crois qu'on est en droit de le lui attribuer. — Ainsi le
rétultJit bnal est que mon opinion sur l'identité de la langue d'Alexis avec le
■ frffiiçaii peut, malgré tes vives attaques de M. L., irés'bien se maintenir. Je suis
'|[f|*rndant — et l'ai toujours été — disposé à reconnaître qu'il devait y avoir
tle% nuances rntre le parler de Paris et celui d'Evreux, par exemple, dés le
XI* ttécle, plus lAt même; ce sont ces nuances qui, en se développant, ont
i^piré de plus en plus les dialectes. J'accorde en outre â M. Joret que le it =
.(it marque, au moins pour une partie de la Normandie, une différence grave et
4111 iriiiif avec la Friincc centrale et occidentale. £n6n je suis très-frappé de
r«rntMnrnliilton de M. L. sur langlo-normand : son rapide éloignemcnt du
|t«fivat« indique que le dialecte transporté en Angleterre devait déjà différer du
ancaU propre plus que jt ne l'ai dit ; je crois notamment que la déclinaison
êUll plui ébranlée. Mais en somnte en regardant VAtais comme le plus ancien
t, )l fil rwTiirqu*Mc nw dam la U«e des nomi de lieux quil cite i l'appât de sa
ktf M Kiffi) (i„ti,)iiAn( l«^ il^partf ments où tLt m trouvenl, prévient qu'il désignera t'Eure
I , Ac n'eix pa» employé une seule fou.
■ Il cl PntifTi ni incitacte. Peiicu et Anjoa vi^nenl de
I i\ititus rt Angiêus ic Pictmtis, Andt^avù. Dans le groupe
' ;iiitc rn «, cet u a Tonné une dipliitiDnguc avec l'j, et plus
i ' l'i^ *lene s'esi maioienu en se diphihonguant 1 Mia tûur avec
ktl .1 il. 4^ttf-.li!4i, /4unh/i1v [Wf. AUs„ p. 78].
LÛCKING, Du dlttsten franzœsischen Mundarten i ^9
poème en français propre, — si j'aî raison pour le k, ïus, l'a et les imparfaits,
— je ne vois pas bien quel risque on peut courir, quelles conséquences fautives
on peut être amené ii tirer.
M L. montre ensuite avec moins de peine et plus d'évidence qu'il ne faut
chercher du français pur dans la langue d'aucun des autres anciens textes. —
Il conclut ou bien que le dialecte français est le résultat d'une < fusion • de
tous les autres (ce qu'on a beaucoup répété depuis Fallot), — ou plutAt que
placé entre les autres il a des traits qui sont propres i chacun d'eux, mais dont
b réunion forme son originalité. Cest ta vraie solution, mais elle est aussi vraie
pour n'importe quel autre dialecte que pour le Irançais. Les faits, il faut souvent
le redire, se comportent entre eux comme les mailles d'un réseau et non comme
tes branches d'un arbre. Les dialectes — et les langues — ne nous apparaissent
isoles dans le temps et dans l'espace que par l'ignorance où nous sommes de
leur ancien état ou de périodes de leur existence. Il est cependant permis et utile
de grouper certaines régions d'après les traits linguistiques qu'elles présentent ;
ceU est surtout commode quand on étudie des textes littéraires ; mais il faut
loujou^ avoir présentes à l'esprit les dégradations insensibles par lesquelles les
teintes dialectales se perdent les unes dans tes autres.
Les dernières pages du livre de M. Lùcking (p. 2i6*2]3] ne sont pas à beau-
coup pris les meilleures. Sous le titre général de * Originaux normands fran-
cisés », M. L. examine les poèmes d'Amis et AmiU, Jourdain de Blarvei, le
CoTotumcnt Loots et AUscans. Ses arguments sont aussi faibles pour établir l'ori-
gioe normande de ces poèmes que leur remaniement français. Ce qui est le plus
étonnant, c'est qu'il ne parait pas avoir songé, lui qui ailleurs recommande
nec Unt d'urgence la critique des sources, d examiner le rapport des manus-
crits qu'il a suivis à l'original mmUiat. On ne comprend pas surtout comment
il a pu raisonner %mt ^isccms, — ce poème aussi évidemment picard que pas
un, — en s'appuyant nniqucment sur l'édition de M. Jonckbioet, quand
M. Cuessard en a publié un manuscrit certainement plus ancien et meilleur :
p. fx. les (ormes ovra et trove^ qui paraissent i M. L. de précieux restes de
t'origmal normand, sont remplacées dans le ms. de l'Arsenal par trnen (v. 4])
et wmn f? . 74^). — La remarque que fait M. L. sur le nom de Charlemagne,
écrit KotU dans des textes qui d'ailleurs changent c{a) en cA, est ingénieuse au
premier abord : * La forme KatUs, qili est celle des Serments de Strasbourg,
des dialectes de l'AUxis^ du Hoiand et d'Eulaiie, ne peut avoir été traditionnel-
lement transmise que dans l'ouest (!l i cause des Serments !) ou dans le nord.
Son existence dans des poèmes français atteste donc tout au moins l'origine
étrangcre du sujet de ces poèmes. • Karle, dans les éditions oij M. L. t'a relevé,
a'est que la résolution de l'abréviation kl. (ou kim. qu'on résout en Karltmaine).
Cette abréviation vient du latin., mais doit être lue en français, — ChaTle,
CharUma\gney — de même que les abréviations latines pour mu/r, pro^ etc.,
doivent être lues en français moat^ pour ou ^r, etc. On a trop servilement
forvi, dans le déchiffrement des textes français, tes règles de la paléographie
biJne. Les premiers textes français ool été écrits par des clercs habitués i écrire
le latin seulement, et qui ont transporté â la langue vulgaire, par approximation.
14" COMPTES-RENDUS
les abréviations auxquelles ils étaient habitués. Ces abréviations deviennent alors
de véritables symboles; il faut les interpréter et non les compléter simplement
(c'est ainsi qu'en latin C. se lisait Ceius et Kal, se résolvait en caltnJas). Il y
aurait sur ce sujet un utile et intéressant supplément à donner anx traités de
paléographie.
Le livre de M. Lùcking, malgré les erreurs qu'il contient, marque, comme je
l'ai dit en commençant, un progrès réel dans la méthode et les conquêtes de la
philologie française. Je m'y suis beaucoup instruit^ même ou peut-être surtout
quand j'ai dû combattre les raisonnements du jeune auteur ; j'espère qu'il ne
s'en tiendra pas à ce remarquable début et que rhîstoire de la langue française
lui devra encore plus d'un enrichissetnent.
G. P.
De Un^na aqnitanica, apud facultatem litterarum parisiensem dlsputâbat...
A. Lu'jiiAiRK. — Paris, Hachette, in-S*, 65 p.
Cette thèse est divisée en quatre chapitres dont deux seulement peuvent être
Tobjel d'un compte-rendu dans cette revue. Les titres de ces deux chapitres
sont ainsi conçus : ■ H. De linguis hodic in Aquitanica regione usurpatis, sive
« de Bascorum sermone cum vasconîca dialecto comparato. — III. Dcglossario.
I An exsient apud Vascones verba bascuensi stirpe oriunda? »
M. Vinson, dont les travaux sur le basque sont justement appréciés, a pré-
senté, dans la Revue critititu (1877, art. 18}), quelques objections d cerUinesdes
vues de M. Luchaire, mais^ des chapitres II et III, il s'est borné à dire qu'ils
sont excellents. Pour moi, tout à fait étranger aux études basques, je penserai
tout le bien que l'on voudra des chapitres I et IV de la thèse de M. L., les-
quels échappent à ma compétence; mais je suis obligé de dire que les rap-
ports que M. L. tente d'établir dans les chapitres II et III entre le basque et le
gascon ne peuvent être admis sans beaucoup de réserve. Je ne crois pas d
l'influence que l'auteur attribue au basque sur la phonétique gasconne ou béar-
naise. Je suis porté à admettre avec M. Broca*, jusqu'à preuve du contraire,
que les Basques de France sont les descendants des V'ascons venus d'Espagne i
la fin du VI' siècle-, refoulant devant eux une population déjà romanisée; que
le territoire qu'ils occupent actuellement au sud de l'Adour est le même, ou
bien peu s'en faut, qu'iU ont occupé dès le temps de leur établissement au nord
des Pyrénées, d l'époque sus-indiquée. Ld où ils se sont établis ils ont supplanté
le roman, mais U où ils ne se sont pas établis ils n'ont pu exercer, même sur
leurs voisins, une influence appréciable, pas plus que la phonétique du roman
de rextrêroe nord de la France n'a subi l'influence du flamand.
M. L. au contraire, sans s'expliquer sur ce point dont l'importance est con-
sidérable, ne parait pas tenir compte de l'invasion des Vascons A la tin du
I. Sur Corigint et la riparUUon de ta tjague bas^ue^ dans la kevue d'anthropologit,
1871 ; voy. noiammeni p. {4 et >u\v. du rire i part.
t. Voy. Vaiuèle, Hist, da Languedoc^id. irHol, I. jai; Bladé, Eludes sur Foriglat
dtS BMiJUU, p. 43-i.
tjXBJiBtE, De ImgÊM sfmuakM 141
y|4 siéde. Ci aemhk i.tMkMtfr tes Ba^Ms jctteii ammt a itsie m* mu-
stsi de raadeaae poprfatW» de TAifàaim, Ce frï itamfe, c'est b trace
de Haiveiioe exercer par ITiàémr des tii^wliliuM iqMUnfMS ssr le roaoa ^
Iti s SKcédé. n crtre par umt^itf, beneeep pks ^ se le dÂ, dns le
donase de la co«recXBreL 11 SKffOse lldeMilè de riAttmt ds sans A^Maâst
avec te fcusqve, ce q«i «t d^ wk co^cclBre; «■tcaMn trb-pratable i est
vni, en prmcrpe, mmà ifé Ttst ana diBs la Besiie oè r«éHl ■yfnHiMt
M. L., tor»qa'»l wpp«» qne ta fias de pfeoKliqK liaqK ^ csnie de
reinwvcr es bémab ostaist dé$l cfaez les Aqetei. Qn*ca uiim m»?
N't avait-^ pas ao «oins oe diiireace dtiiffCTilf etfre b bagae des ascieu
AqaiUdis et ceflr des Vwoos ra» d^agie? Pu ce iTesl atar pas b
bfigtie de ces Vascou d'ovieBK tnm^jtéaitamt, c^ert le bai^ de aos ions,
qui n'a pas d'iaoeas uiuiw Btr, 9% M. L. ooapare avec k bèarsiB, et
sortoot avec le bêanab de aos loon. Eï qai aoas asMe qac de port cl ^atOx
Id bits repalis sesbbbles « se soot pas produb iadff ■imiit p ridait le
noyen igc? Si ce» taU étaient trêsHaracimsti^aes, je a'éièmws pas tfobjectooo,
mats |e ae pois n'evpCcber de tnwrer qoc les caraclêres qae M. L.Boasdoaae
conne eovnaBa aa tttsqae el Jnt âdmaes nmam mistas soal mimaMfs o«
de MBe iMportaace. J*ca m itf iiii 1 à xricHiâ ydqaet-uas. M. L. coacute
qaclesoader/estipeaprts iaoDaaa aa basqae (p. i\-6). D essaiera de
prouver qu'il o*a pas exinê daratfage ea apo^ol ai ea btaraât. Oa sait que
dans U preaièrc de ces deax bagnes TJ est dereaae à. Diet ttradnciioa,
I, ;48) acoabatta roptnioa d'après laqaele celle/ de l'aadea espa^o'auait
pas ca aa toQ diflèrcit de TA de rcspowaol Bodcnc. Diez a raisoa i ce point
qoe BUDtesant ropisioo oootre bqaeDe 9 s'flève ae mbHaak ntee pas d'aire
dÏKBtêe. Cesl pouruot ccQe opinioa que M. L. icpread pour s» ooMpte,
ooachiaot (p 28) uk (rès-ii^e discassioD par ces oiots : 1 Nftil ighor otictat
• qaia, io pnsca Hispaaonua tbgaa, / soîptni tanqoam k fere coDSonoisse
f repotcanis. • Nikii oksUi f nea ea effet siaoa ^on n'a jaBiab m en aucune
bogue fooiane I'/ désigner le soa de Tk, Htae ooadasiao 1 Tégard du gascon,
où l'A a succédé, depuis plauears siècJeS| i Vf. Ea r^lité le passage dc/i A, eu
espagnol connne en gascon, est un fait de phonétique romaoe dans lequel le
basque n'a rien en i faire. — £n basque, dît M. L., il n'y a pas de mot com-
mençut par r. Cest par suite, selon lui, que le gascon place un a au^erant des
ooisqoi en latin comneocent parr.comroe at^, Utia /m*. Cela prouve simple-
ment que les Gascons araieot de U petne i prononcer \'r initiale, et bien des gens,
qoi ne sont pas Gascons, sont dans le même cas. Je ne nie pas a priort, et je ne
suis pas en mesure de nier l'hypothèse de M. L., )e dis seulement que c'est une
hypothèse non nécessaire. — M. L. remarque qu'eu basque, dans les mots venus
du bun^ VI se change en f : hoioniau (M/anUf<in|, atngtn (angclum'i, et il rap-
proche de ce bit des exemples béarnais tels que aptra {apptHan)^capaaa {cepci-
fonttffl), hoan {kalUrtï. Le rapprochement n'est pas fondé, puisque les eiemples
basques nous présentent / simple du blin devenant r, tandis qu'en béarnais
c'est // qui devient r *
r 42 C0MPTES-RBK0U5
Quant aux mois gascons que M. L. nous donne comme basques d'origine, en
son cb. Ill, ils sont en trop petit nombre pour apporter i la thèse un appui
solide; d*;]ulant que plusieurs des étymulogi es proposées par l'auteur me semblent
fort contestables, encore que je ne sois pas en état d'en proposer de meilleures,
Les mots basques ne sont point établis par la comparaison des divers dialectes,
ce qui permettrait, au moins en certains cas, de restituer les formes les plus
anciennes; les mots gascons sont en général empruntés au patois gascon ou
béarnais de nos jours; ils ne sont accompagnés d'aucun historique, et par suite
la recherche étymologique manque d'une base solide. On n'est pas convaincu
même alors qu'on n'a pas d'objection précise à faire valoir. Voici par exemple
une élymologie qui me semble particulièrement suspecte. M. L. rapproche du
his<\»e garkantzu, qui est le gdr^>in;o espagnol (pots chiche), \t mox garbagge
dans cette phrase d'unecharte(n*LXXI| du cartulairedcSordc-.tAnerCentullus...
- débet dare .vj. concas frumenti, mendicantiam et seplimam garbagges. ► —
Le même mot reparait dans la ch. LXXII du même cartulaire : « Sorar Aner
« Centulli... débet ceasum dare .vj. concas fnjmenli, mendicantiam septimamquc
* garbai^e (siCy lis. garbatgei^) et très modios mihi... » Je sais bien que
M. P. Raymond, l'éditeur du cariulaire, traduit le < garbagge i de la pièce
LXXI par i sorte de haricots*, mais cette explication me laisse des doutes. S'il
s'agit de haricots ou de pois chiches, pourquoi n'indique-t-on pas le nombre de
mesures dont se compose la redevance comme on le fait dans les mêmes actes
pour le blé et pour le mil? C'est que garbaggi est |e crois le garhagium de Ou
Cange (sous oarba), c'est-i-dire une redevance en gerbes. Reste à expliquer
mindtcantuim., qui m'est obscur, mais qui ne change rien au sens de garbaggt.
En résumé, je crois que la thèse soutenue par M. Luchaire, en ses chapitres
II et m, est lom d'être démontrée.
P. M.
P. S. Depuis que cet article est imprimé, j'ai reçu de M. Luchaire un opus-
cule intitulé : Ui Origines linguistiques de FAtimtaine, Pau, 1877, qui peut être
considéré comme une édition française revue et très-augmentée de la disserta-
lion latine dont je viens de rendre compte. Les modifications que M. L. a
apportées à son premier travail laissent subsister mes critiques. Je remarque,
p. 33,, quelques lignes sur les travaux relatifs i la phonétique gasconne, d'où
il résulte que M. Luchaire ne connaît pas les recherches que la Romania a
consacrées i ce sujet, lII, 453-43, et V, 367-73.
P. M.
ŒoTrefl de Uarguerite d'Oyngt, prieure de Poleteina, publiées
d'après le ms. unique de la Bibliothèque de Grenoble, par E. Piiilipon, avec
une introduction par M. C. GuiouB. Lyon, Scheuring, 1877, xxxnt-
9î pages.
Marguerite d'Oingt appartenait à une ancienne et puissante famille du Lyon-
nais*. Dès 1386, et peut-être plus tôt, die avait embrassé la règle de saint
I . Oingt {Iconium) ai une commiinc du KhAnc, art. de Villrfranche. Otngt est l'ortho-
graphe dn Dictionnaire ia posta. M. Cuigue écnt OyAjf, ce qui ne peut être approuvé.
Œuvres de Marguerite d'Oyn£t, p. p. philipoh 14)
Bruno, et en 1 288, on ta voit paraître dans un acte comme prieure de Poletetns.
pré& Mioanay*. Elle mourut le 11 février i)ii (n. st.). Cette date, qui est
fournie par l'explicit aiouté à l'un des écrits de la prieure, ne peut guère, jusqu'i
preuve du contraire. 6lre révoquée en doute ; it faut donc abandonner la date
de 129J ou 1294 proposée par divers énidils, entre autres par Victor Le Clerc.
Les ècnls de Marguerite d'Oingt se composent de courtes méditations en latin,
d'une vision en langue vulgaire précédée d'un préambule et d'un expticit l'un
et l'autre en lalm; de la vie, en langue vulgaire, de Béatriic d'Ornacieu, reli-
gieuse morte en 1 joj ou 1 309 ; enfin de cinq lettres, ou extraits de lettres, en
langue vulgaire. Le tout est contenu dans un m&. du XIV** siècle appartenant i
la Bibliothèque de Grenoble'. Il y a des raisons suffisantes de croire que tous
ces écriu sont bien réellemenirceuvre de Marguerite. Ainsi on lit dans le préam-
bule latin de la vision - < A. D., ■394i Hugo, prier Vallis bone, attulil ad
< capitulum gcncraic donno Bosoni, priori Cartusie, hanc visioncm sibi missam
< ab analla Dei domina Margarela, priorissa condam^ de Poleteins. Et crtdhur
• ipiam priorissam fuisse persanam que scripsil hune vtsion<m... n D'ailleurs, quand
aèine ces divers opuscules auraient été rédigés, non par la prieure, mats sous
ton inspiration, rintérèt que présentent ceux qui sont rédigés en langue vulgaire
n'en serait pas diminué, et cet intérêt est grand, car ils constituent le seul docu-
ment étendu que l'on ait publié jusqu'à présent du dialecte lyonnais. Ce docu-
ment est d'un grand prix pour l'étude de ces 4 dialectes franco- provençaux >
dont M. Ascoli forme un groupe i part, distinct du groupe français et du
groupe provençal. Il est incontestable que le dialecte lyonnais offre plusieurs
caractères importants qui sont étrangers à la langue d'oui aussi bien qu'i la
langue d'oc. Ces caractères ont été en partie constatés par M. Ascoli d'après les
pJTots actuels du Lyonnais et des pays voisins, en y comprenant ta Suisse
romande, mais on s'en rend un bien meilleur compte en les étudiant dans un
texte des environs de l'an 1 joo.
L£s écrits de Marguerite d'Oingt n'étaient pas restés inconnus jusqu'i ce |our.
En 1842, V. Le Clerc en avait cité quelques extraits, accompagnés d'une
notice intéressante, bien qu'inexacte en certains points, dans VHistoire tinirairt
(t. XX) ; et plus anciennement Champollion l'aîné avait publié, non sans de graves
fautes de lecture, le premier chapitre de U Vision dans ses Nouvelles rakercfus
tut Us patois ou idiomes vulgaires dt h France, a en particulier sur ceuxdadipaf'
trneta dt l'IiirtiPiTiSi 1809, p, 161-4)*. Maïs c'était là dequoi exciterlacurio-
siié des philologues sans la satisfaire. On doit donc savoir gré i M. Philipon
d'avoir édité les écrits de Marguerite d'Oingt dans un petit volume qui ne se
recommande pas seulement par l'élégance de l'impression, mais aussi, ce me
semble, par le soin apporté i la reproduction du ms. Les endroits qui me tais-
1 . Canton de Trévoux, Ain.
2. C'a y trouve auiù trois couru morceaux en langue vulgaire, reUtiâ i Marguerile
dXlingi. M. Phinpon les a cooipris dans son édition.
a. Le f noiuCtf R) veut due que la prieure ètah morte au monum où on écrivait ce prèam*
, ouu non pas au momeai où on apportait au chapitre le rédt de la visioD. car
c'est 1 U &n de cette mime vision que te trouve la mention de sa moit en 1 j 1 1 .
4. Le coaunenccflienf de ce chapitre 1 ètè de nouveau imprunè plus correciejneai, par
M. Gariel en 1869, dan a Petite rtrae ia bibUophiliJ dauphtnou, p. 66.
1 44 COMPTES-RENDUS
senl des doutes sont peu DOtnbreux. En voici quelques-uns : p. jb, I. \,
trovaret est uns doute une faute d'impression pour troMtel. M£me page,
5" avant-dernière ligne, ¥iuUnianax, dont lesetis doit itre « avanies, indignités >,
ne doit-il pas se lire niulinancts ^ Cf. le prov, nUtnensa. P. 40, I. ), manques
(siflon) n'étonne un peu : il y a ma^ui p. 41, 1. S, et ailleurs. P. 41, avant-
dern. 1., ttms cnoa m'est obscur : icin{i\ se notr? P. 44, I. 7, mais h Juirra-
vont artgarJaij il faut, selon un usjge bien souvent constaté en ancien français^
a regardar. P. 47, dern. I., H ne dt cuor, simple faute d'impression pour ntJe
{cf. MArru., V, 8). P. 48, 1. j, • Jhesu Criz nos dunt vimre si netament... >,
lisez vivirt.
Je possède de la vie de Béatn'x d'Ornacicu de longs extraits que M. Gariel a
bien voulu ae communiquer, il y a quelques années, pour mon Recueil d'ancuns
textes. Ayant comparé ces extraits, que j'ai lieu de croire fort exacts^ avec l'édi-
tion de M. Philipon, je ne trouve aucune différence digne d'être notée, sinon que
p. ^6, I. 16, M. Ph. a commis ce qu'on appelle en typographie un bourdon^
omettant, dans la phrase que je vais transcrire, les mots soulignés : 1 Ja requicr
4 a la très prevonda misericordi de vostra Jata j a la Ires piJoasa ckenta de
« wsUa poyssent humanita. * Y a-t-il bien, p. 90, I. 10, Ojtngt et Polettins f
Cette façon d'écrire tst bien peu vraisemblable, et dans la copie de ce passage
que |e tiens de M. Gariel, il y a Ojn cl Pehum.
Il y a dans l'édition des méditations latines (qui du reste sont sans Intérêt)
quelques traces d'inexpérience. II est inutile de mettre des sic devant des formes
aussi usuelles que percucielicnt, divicie^ ou jocundus, mais il en faudrait devant
quam s'il y a réellement funm dans une phrase comme celk'ci : ■ et nesciunt
malum per ^aam vadunt » ip. 2\). Je suis plutât porté 1 croire qu'ici, et en
maint autre endroit, l'éditeur a confondu l'abréviation de quod avec celle de
quant.
Aucun travail philologique n'accompagne l'édition de Marguerite d'Oiogt ;
mais il faut ajouter que M. Philipon va soutenir (en janvier 187SJ à l'Ecole des
chartes une thèse sur le dialecte lyonnais au moyen-âge, d'après des documents
au nombre desquels figurent les textes qu'il vient de mettre au jour.
L'intérêt de la publication est singulièrement rehaussé par une préface dans
laquelle M. Cuigue, archiviste du Rhâne, a écrit, d'après des documents en
grande partie inédits, l'histoire de la chartreuse de Poleteins, et celle de Mar-
guerite et de sa Emilie. M. Guigue, reprenant une opinion émise par M. Peri-
caud, établit péremptoirement que Marguerite appartient i la famille d'Oingt, et
n'a rien de commun avec Duingt, en Savoie, recliSant ainsi une erreur que
V. Le Clerc avait adoptée.
P. M.
D«r MOncheaer Brut. Gottfned von Monmouth in franzœsischen Versen
des XII. Jahrhundcrts, aus dcr etnzigen Mûnchener Handscririft zum ersten
Mal herausgegeben von Konrad Hopma.>in und Karl Volluuclli^b. Halle,
Niemeyer, 1877, in-8*, lij-iai p.
On connaissait depuis longtemps l'existence, dans un manuscrit de Munich,
d'unr traduction de Gallrei {Cal/rUus et non Coifridus) de Monmouth en vers
Dtr Mûnchtaer Brvs, p. p. HoF«*NN «t Volwsukr Mf
frstçtts astre qve ceHe de Wace, et Leroux de Lincy en arsh publia de lonKI
InpMOls dans nntroduction de son Mition du Bruj, M. Konratl Hofnuno
mil pris Bue copie du texte entier, et nous lui avions offert» pour imprimer ce
qor n'irtft pas donné Lincy, l'hospitalité de la Homania. Ayant trouvé l'occi-
mode publier le texte entier, ce qui était naturenement pr^f^rable. M, Hof-
Ta d'autant plus volontiers saisie qu'un ieune philologue, récemment
professeur à Erlangen, M. Vollmceller, lui offrait sa collaboration. Le
> a été sonmis i l'examen de M. Tobler, et en outre l'impression ayant tiré
I kwgDeor, < beaucoup de contributions ont été dues à MM. les professeurs
' îd. Bœhmcr, W. Fœrsler et Ad. Mussafia. » L'introduction de M. Vollmtrller
comprend trois parties : la première (â laquelle M. Hofmann a pris largement
part) comprend la description et l'histoire du ms. (Un du XIl' ou commence-
mmtdu XIU* sj; la seconde examine te rapport du texte de Munich i sa source
et an poème de Wace ; la troisième étudie la versification et la langue de ce texte,
Sarocttederniêre partie, qui contient d'ailleurs des choses utiles, il y aurait beau*
coup d'observations à faire; re m'en abstiendrai, parce que M. Musiafia Ta sou-
mise (Zàtichr,, I, 402) à une critique détaillée. Je ferai deux remarques sur ce
qui concerne la versification, f On trouve deux fois trois vers qui se suivent sur
U même rime, sans qu'il y ait de lacunes dans le sens; on ne peut donc admettre
qu'un vers soit tombé. » II a pu tomber un vers de remplissage, d'autant que le
poète aime à donner la même rime à deux patres de vers consécutives. — • V>
i;6i ne = inJe élide son t^ remplacé par une apostrophe, • Nt = inât n'exiUe
pas en français (cf. Rom., VI, ^04); la dame n'est augiirûe signifie: t |j
dame oc reste pas en repos, ne se dérobe pas à la lutte; ■ cf. v. 21 îa — Le
»s. de Munich ne contient qu'une très-faible partie de la traduction de Galfrei;
ore les derniers vers conservés (}69i-4i78) appartiennent-ils à une dlgm-
'ïioo, sur les rois de Rome, qui ne se trouve pas dans l'original. M. \'. »
recherché avec soin les sources du rimeur français pour cette interca!ation et
pour une autre addition de même nature (v. 91-J40), et, en tif;nalant les lec-
tures étendues que ces additions attestent chez ce rimeur fou chez l'interpola-
teur qui lui avait servi peut-être de modèle), îl a lui>même bit preuve d'érudition.
Il a en outre indiqué exactement toutes les petites divergences du traducteur et
de sa source ; et il a montré que son poème et celui de Wace étaient tout à
(ah indépendants Tua de l'autre.
Le mamiscHt étant remarquablement correct^ les éditeurs ayant cru deroir*
loote raison, le suivre fidèlement, le texte ayant d'ailleurs passé sous tant
Tyeu, on comprend qu'il y a rarement lieu de l'améliorer. Sur l'interprétation
jjt dtfère parfois d'avis avec M. V. et ses collaborateurs. I j ponctuation lai»e
XMTcat i désirer, mais je ne la corrige pas. V. ai, la Bretagne eit fertile Et
fêrte Mueiz stu bia U pûint^ Frumtnt et ntgU, orge et awaine; tun ^i<n la pâme
l'a fS de teos; te lirais s'an ^ca U paute {U = ttlac , car je se pose pai
^'OB fmîaat pmdre peaer activement au sens de < labourer. • — V. 70, Sormanj
Ctf ctrtaiaeiDcot vae bsie, nu» il faudrait corriger Romains et non Ramant. —
D faai aoCer, «n t. 196 et 218, l'emploi d'Infor au sens de * poète • ; le Ulm
èê MOfCB Jfe oifloTwt «uftfr de mène. — Silviiis régne 29 ans as v. 141,
1 1)1. — S^OÊinuiu an v. )o8, ràuM avec oinctMt^ parati aai Ui-
MWW. fti to
1 46 COMPTES-RENDUS
leurs devoir être corrigé en ^embuscent, parce que s' embranchent ^ qui est la forme
correcte, ne rimerait pas. Mais anbruc'ur se retrouve ailleurs (p. ex. B. Desc. )
4S7Î, FI. tt Bl. B 287) et convient fort bien ici. — Au y. 760 je lirais adam" 1
magier^ à cause du vers précédent (cf. v. 1698). — V. 803, De toUs parz /«
antescbs: je ne comprends pas; 1. enclos. — Aux v. ij49-i3joon lit: Dei'ûrc
li tramet une engaine Par orguel et par grant migraine, et M. V. remarque ; « Lil-
tré n'a d'exemples de migraine qu'A partir du XV* siècle. > Cela rend déji le
mot un peu suspect au XII'; maïs en outre le sens ne convient pas du tout. Je
lis engaine^ < colère »; mot souvent employé par l'auteur. La rime avec l'homo-
nyme engainej i trait, > est loin d'être contraire à cette conjecture. — V.
1 390 : U jursfu algues declirteiz Et li soloiles avaleiz ; j'ai peine â accepter la forme
ioloilts; je lirais Et li soloils jus av.; ou près avaleiz. — V. 1982 deportra est s.
d. une simple faute d'impression pour déporta, — V. 2063-4 - Dedeaz a mis
provoz majors, selunc les causes jugeurs, I. provoz, maiors (:= maires). — V.
2390 sa paternele rage, I. la. — V. 2785 «ï, je lirais ert. — V. 317$, guerre,
je lirais querra. — Si Làecestre 3)26 est regardé comme la bonne leçon (voy.
la note), il fallait l'enregistrer à l'index ii côté de Leircestre. I
Les notes sont un peu trop rares ; bien des passages intéressants sont laissés 1
sans explication ; bien des mots notamment, qui ne sont pas relevés, auraient pu
l'être; mais ce qui est donnéadela valeur. — L'index des noms propres est com- I
modément disposé.
G. P.
PÉRIODIQUES.
K RxTUE HiSTonanB db i/anciknnb lanoub paançaisk, octobre-
déccnbre. — Ces trois livraisons ne contiennent rien que nous puissions
signaler i dos lecteurs, à l'exception d'une disseruiion de M. Gidel, en deux
articles, qui porte ce litre qu'on n'accusera p:is d'être paradoxal : Us chansons de
geste sofii ta pàntare du maars et du caraclirc des temps qui tes ont produites.
n, AicFiv rûii DAH SrtTDrvM de» necbbici Sphache!*, t. LVIl (1877). —
P. 1-16, Kressner, Ueber de» tpischen Charakttr àtr Sprache VilU-Hiirdoamt (rap-
prochements assez intéressants entre des tournures habituelles â Villehardooin
et d'autres qui se trouvent dans les chansons de gesic. Beaucoup de ces simili-
todes tiennenl surtout à ce que l'ouvrage de Villehardouin était destiné â des
aditeurs et non à des lecteurs). — P. ^9-84, Cregorius auf dem Stem, poème
Jaglais p. p. Horstmann, avec des notes additionnelles sur l'Rvangile de Nico-
dènie. — P. 189-210, Kraùtcr, Oie t Verkommenhut » der Volksmundarten
(bonnes remarques sur les prè)ugé$ encore si répandus à ce sujet). — P. 241-
J17, Horstmann, Dte Evangelun-Ceschuhte der Homiliatsammlang des Ms. Vtmon
(extraits de textes anglais).
III. MÈHTsma, octobre-décembre. — Les six demien numéros delà Mlh-
ïw contiennent comme les précédents des contes, des chansons, des supersti-
tions populaires; nous signalerons particulièrement un extrait^ fait par M. Bau-
qoicr, d'un livre en patois du XVII* siècle, qui nous donne des renseignements
cBriecx sur beaucoup de superstitions alors courantes i Toulouse.
IV. BlBLIOTBftOt^ DB L'ÉcOI^ DIS CHAATSe, XXXVIII (1877), 4. —
p. î97'44î, Sepef, les Prophites du Christ (fin d'un travail bien connu, com-
mencé il y a longtemps, et dont les dilTérentes parties vont paraître réunies).
— P. 444-477, L. Delisle, Notice sur un livre â ptïniares exkali en \2\o à
rtfMj)e de Saint-Denis (ce ms., donné récemment à la Bibl. nationale, n'est
pas sans intérêt pour la tangue).
V. Zimcmurr pfiB deuiwbbs At-xnunniM» N. F., IX 11877}. — P. 6i-
6S, Waitt, 2u dem Lihuconeil, supplément à une curieuse pièce latine publiée
par H. W. dans un des volumes précédents : il s'agit d'un conale tenu par les
148 PÉRIODK^ES
chuoines5<s <et non pas nonna) de Reniirenioat poor décider sar la sapéfiotitÉ
en aiBoor des clercs ou des chevalien* c'est, comioe 00 ftàt, le dSMt de Pkyl-
lis et de Flon agrindi. — P. 68-87, Po^^ (TAlcum a pobnu à rât^ Pn-
JeMiiUf p. p. Dûminler. — P. i^j-iéo, Fragment et Wigatùis {= Oglm»), p.
p. Hciaze]. — P. 192-207. Frâgmtnts da Willehalm Je RuJorf, Jm WflJdula
iTUlruh de Tàrlin^ du poime sar Troie de Hubert, p. p. Cr«eliu$, H&Der et
Strauch. — P. J07-412, Fragment trouvé i Trius d'an Flore a d'an S. Gîle, p.
p. Stcinmeycr el Rœdigcr; le Flore est du Xil' siècle, et paraît imité do pre-
mier des poèmes français publiés par E. du Méril ; le Saint CUe est i peu près
du même temps el fait sur le latin. — P. 414-416, Scherer, les Qu^re jUla de
DUti^ complémeot d'un article antérieur de M. Hemzel; M. Sch. mocttre que le
fameux débat entre Paix, Miséricorde, Justice et Vérité, sur la rédemption de
l'homme, est primitivement uàe légeode juive relative i sa crtaiioa; la Ugeode
était connue, outre les passages qu'il cite, par la traduction de Levi, Pvabolt,
etc., p. 10-12. G. P.
VI. Bkitr^qb zl*» Cbschichts der deutschen Spkacue ckd Liraunm,
III. — P. ^24-^f ^, Wùlcker, Vtber du QutUtn Layamons ; cherche â montrer
que Layaraon, malgré ses assertions, n'a eu d'autre source écrite que Wace,
mais qu'il â utilisé des légeoda galloises et qu'il présente en outre des rémiais-
cences de la poésie épique angto-saxonoe.
VII. Revue celtique, III. — P. 223-229, D'Arbois de Jubainville, Chaden
< ehaine »; i propos de l'introduction de ce mot en breton, l'auteur distingue
les diverses périodes où le breton a emprunté au latin ou au roman des mots
ayant un t médial et défend /contrairement i deux conjectures de MM. Lîttréet
Havei) l'origine française des mots bretons choam (chàraer) et chifern (cnchi-
trener).
VIII. BCLLETW DE hk SoCIÈTè ARCBÉOLOOIQDK, SClEirriFlQCE ET LITT^
■AiBE DE BËziEits, 2* série, t. IX, 1" livraison (1877). — Les 46 premières
pages de cette livraison contiennent, sous ce titre assez peu exact • Chartes
romanes*, la publication in txtento d'un inventaire rédigé en 1442 des c libertais
e franquesas que son donadas et auctriadas a la vila e civitat* de Sanct Pous
per los senhors abbats et evesques de Sanct Pous. » Cet inventaire est fort dé-
taillé el contient souvent un résumé étendu des chartes. Le ms. en a été récem-
ment trouvé dans des papiers de famille et déposé dans les archives de la So-
ciété archéologique de Beziers. L'éditeur, M. L. Noguier, ne parait pas avoir
recherché si tout ou partie des pièces analysées dans cet inventaire existe
encore. Il y aurait eu là une facile et utile vérification i faire dans les archives
de Saint>Pons. Si elles sont aussi riches que celles de Béziers, d'Agde, de Lunel
(sans parler de Montpellier), l'affirmative est probable. Tout en accordant à la
Société de Béziers l'éloge qui lui est dà pour avoir donné place dans ses mé-
moires^ un document réellement précieux, on doit faire beaucoup de réserves quant
1. Forme iosoUte; n'y auraii'il pas dans le mi. datât i
PÉRIODiqyES 149
i 11 vileur de Tédilion. Tout y laisse à désirer : le texte, la ponctuation, le com-
oenuire, le glossaire. Le texte se divise naturellement en paragraphes qu'il eût
nécessaire de numéroter. C'est là un soin qu'on devrait toujours prendre
irsqu'on publie un document, tel qu'une coutume ou un inventaire, qui se corn-
d'une série d'alinéas bien distincts. De la sorte les renvois peuvent être
iffectaéi avec précision, el la comparaison des passages similaires dans de.-;
docomeots différents se peut taire commodément. Si M. Noguier arait numéroté
les alinéas de son inventaire, il aurait pu joindre i chacun des mots relevés au
gkttsaire on renvoi exact, ce qui eût doublé l'utilité de ce glossaire. L'éditeur
nous informe que l'écritnre du ms. est très-belle et très-nette. Néanmoins la
copte est fautive en maint endroit. Ainsi p. 17. lignes 1 et ^, il faut Seuda et
non UnJd. P. 19, I. 9, € jazer e pernoctar de dia tn de micths ■ est inintelli-
^ble; lisez e Je nutchf P. 20, I. 7 du bas, « h mayor branca, ■ lis. la. P. 21 ,
I, tj. donas doit être lu ou corrigé donadat. P. 32, I. 10 du bas, Sannida n'a
pas de sens; est-ce saumada^ P. 2^, I. 9, halmtn est-il une faute d'impression?
fis. lialmtn. Même page, I. 6 du bas, il ne faudrait pas imprimer < un »pour iiij.
P. iS, la fin du § I de justitia de sanc simple, • lequel est fort incorrectement
ponctué, est ainsi conçue ; > Empero de sanc simple, si es lach en la forma que
I dessus focha complauut a la cort, et pada adonc, es tengut de vu sols. • H
est clair que l'éditeur n'y a rien compris, lisez : > dessus, fâcha comptan-
ckd a la cort e proada, adonc » P. 29, I. 12, < exceptis mitttibus et lîliis
mililum et servientibus potataUm », lis. polatatum. P. j2, I. 6, je ne connais
pas le mol aiun<prar^ qui est expliqué au glossaire par • attendre »; n'est-ce
1 pas asumprar* P. 37, que veut dire ceci : < requérir a Moss' le senescal de
Carcassoone que lai amena ties justitia d'aquel vicari? > Ne faut-il pas lire tar
amausua^ La ponctuation, comme je l'ai lait voir par un exemple (il y en a de
tels i chaque alinéa), est plus que négligée. Les lettres capitales sont mises i
tort el i travers. Il faut une certaine réflexion pour deviner que non Rtmens
(p. i(, I. to du bas) est non re mens (néantmoins). Les mots sont souvent mal
coup^, ainsi, p. 2}, I. 7. adoptio doit se lire ad oplio. Inutile de critiquer le
glossaire. L'annotation est nulle. Elle consiste principalement A mettre en ren-
voi i chaque nom de lieu ou de personne, ces mots ■ nom de lieu » ou • nom
l'I de bmille. ■ Mieux vaudrait ne rien dire. L'éditeur exprime, à la fin de sa
DOtice préliminaire, l'espoir que son travail vaudra i la Société de Béziers des
encouragements « ou même des allocations pécuniaires de la part de M. le
Ministre de rinslruction publique, t Assurément une telle publication est bien
ut^t faite pour amener le résultat tout contraire. Il est heureux qu'elle soit
letncot une exception dans la longue série des travaux très-méritoires de la
Société de Béziers.
P. M.
IX ZEiTftcaitiFT rua Kjiicherrecht, XIV (1877), 2. — Mûller, Uehir dot
SomnJum Vïrîdarii. Ein Boitag zur CuthithU dtr Uteratar ùbcr Kircke und Suat
14 JérhunJtn. Voici le résumé de cet intéressant travail. Dans le premier
agraphCj l'auteur démontre par une analyse comparative, faite chapitre par
diapttre, que le Somniam Viridani n'est qu'iune mosaïque dépourvue de toute
ifo rfnoeaqoB
«ipMitf, cDBpife i Tàét ^ ABnB kris caaporis va le snfet depuis
Ttoaos i'AqvB jn^nl rAyeqac de TaMov m. pMc dk rcdactar. t O
r««Klarairx3kBrT pncidé sm mcmb tabSetf : i set dw U boochc de
tm lUBlwJiun — « sait ^k c'a! as iJhmjfa cl M dire ^m dspotctt
HrktSHiarapectifwdB poiwirMfrfgdiyonw iytriixi— desargo-
■otoprii detosleBÙ, sb k inirir» ifc h iWrrtfr rtri rm'iti de tnc; U
Kpiudiiil Machaalfet de to«p laoriajo ds awtni y'^ copie sai e» ittem-^B
dMrcc^«rtélna0cr i sn nief ; il w jps^wl répéter i JgrprtT owlreits lg™
■lacpMngeaBi^a jpereff«Bir;(M k pan esincr ca hi fM rifiadiie deas
bCtaRft.tLllîiififMplaidedo«xaBmnte9aMiiptMlccuqrï Bcntiome
daa fAfpmékt\ éum. è 2 maàsk de loags fragpatt ém sn osvre, ef fait
iMiMilMfr 91^ CD dteeapasnM nbies plu gntd Boabre. — Dm le par»- l
gnpben.M. N.^adaeautnecH. P. PamqvebrédaclioafrocaisedDSMfc
eu Ytrgxr et d» afae aattarqnc b rfdlKrinn taoae, —g poiléiiewy, h piact na
pn pivtard ^ cet érvdil, c^est-4-4ac a 1 J79 ; h difèrcaoe tieat aortout 1
rii rjirf I iT'r i ■ ifti piTigr nr Ir irar dnififf \m peatcacafvUsitcr; cepesdjnt
les âigMWtt sabnfinrts de M. MôBer paraisses asKz forts. — te $ 01 est
eoanoé 1 redbercfaer Faitear da Sbiifr. Rcgv^aat ropèHMi de M. Paris, qui
l'atlnbM, oottae o« sait, i Phifrppc de Maixiins, conaie sdeotiftcfseineot
déaoBtrée, M. M. s'allacbe i réfnter les ob)ectio«s qoe loi a réceminest adres-
aia M. Karod et i rappoyer de qoetqoes ooavenes Tratsenibhnces. Ce qu'il
appoftc de pitts totiressaot est Tindicatioa d'ooe lettre de Pbili{^ de Mjtziêres
i Ridurd U <i}94K aoalTiéc par M. Kerrr» de LeCtabon (Froissan, 1. XV,
p. )76(, q«î le montre, coaune dans le Songt da ndl PeUrin el le Soagt da
Vttffir^ présentant ses idées politiques dans le cadre d'un songe (et daas ce
SMge il f^agit Béme de daix lergurs). — Dans le j{ IV, M. M. cherche i déter-
naerceqtii, dans le Somnmm Vind*ru, appsrtient en propre i Philippe de
MaiEJim; il est ^m ceruin, comme li le dit, que si beaacoup de morceaux du
Somnmm n'ont p<t èlre retrouvés dans d'jutres ouvrages, cela prouve moins leur
originaJKé que notrecoonaissance imparfaite des sources où puisait l'auteur; cepen-
dant il signale Int-néme on assez grand nombre de chapitres qui, pour une raison
00 powrunc autre, doivent avoir été réellement composés par Philippe; ces cha-
pitres, qui ne sont pas d'ordinaire iniimement liés au sujet du livre, n'en comptent
pu moins parmi les plus intéressants : te jugement que porte M. Mùller, aprës comme
avant cette étodeaitique, sur l'ouvrage de Philippe de Maiziéres, est visiblement
trop sévire. 11 faudrait encore bien plus rabattre du reproche qui lui est fait
de n'être qu'un simple compilateur si on tenait compte de l'édilioB française,
où il a a)outê beaucoup de choses marquées de l'empreinte de sa persomiatité,
soit dans le lond soit dans la forme. — En somme, le travail de M. Mùller '
est une importante contribution d l'histoire littéraire du XIV< siècle.
G. P. M
X. MirrBBauHOEîi aiwï J. Pwthbs* Gboohamuschot Anstai.t,.. von D^
A. PmciiMAiv?!. 1877, X (octobre 1877). — P. îô^-S^, Chr. SchncHcr,
Dtutsche und Romanm m Sâd Tiret and Vcnûien (avec carte par Schneller et Peter-
mann). M. Schneller, autenr d'un travail non sans valeur sur les dialectes
PÉRIODIQUES 151
roman du Tyrol aièridional*. a voulu f;]irc connaître dans l'article dont nous
rendons compte, non-seulement la géographie actuelle des langues dansIcFrîoul,
le nord de fîtalie, le Tyrol, mais encore indiquer les modifications qu'a suIhcs
dans les derniers siècles la situation relative des divers idiomes parlés dans cette
contrée. La carte présente aux yeux la position géographique actuelle de ces
idiomes, Cette carte est certainement dressée avec tout le soin et toute l'habileté
qu'on peut attendre d'un géographe aussi expérimente que M. Pelermann, mais
die nous apprend bien peu de chose que nous ne sachions déjA. L'ayant compa-
' rée avec cdie que M. Ascoli a jointe à ses Saggi hdini je n'y trouve pas de
dtSércDces sensibles. Si la carte de MM. Schnetler et Pelermann a été dressée
lodépendaramcnt de celle de M. Ascoli, elle confirme celle-ci sur tous les
points. Les divergences — et il faut y regarder de bien près pour les aperce-
roir — oc portent jamais sur plus de quelques kilomètres de terrain. En pareil
fds, peut-être eÛt-il été désirable que M. Schncllcr comparât ses résultats avec
I orac de ses devanciers. Ainsi entendu son travail aurait été le contrôle perpé-
tael de la carte des Saggi iadim. Les deux cartes diffèrent principalement en ce
que celle de M. Ascoli est à une plus grande échelle quoique contenant moins
de noms de lieux ^ et qu'elle s'étend un peu moins i l'Est et un peu plus i
rOuest et au Nord. Celle de M. Schneller ne dépasse pas la vallée de l'Inn,
mais elle donne du côté de l'Est des indications sur la situation respective des
idiomes slave et germanique, qui naturellement ne se trouvent pas dans la carte
des Saggi- La frontière romane est, d'après les deux cartes, celle qui suit. La
ligne à partir de l'Adriatique ^ commence un peu à Test de Tlzonso, vers Mon-
ttCilcone (domaine roman), et, rejoignant le cours de ce fleuve, atteint Goritr.
Là elle s'infléchit vers l'ouest et franchit la frontière italienne vers le village de
Brazzano^ d'où elle s'éJéve, à peu près en droite ligne vers le nord jusqu'à
Cividale, l'ancien Forum Julit. Elle décrit ensuite un demi-cercle irrégulier dont
b convexité est tournée vers l'ouest, et rejoint la frontière du royaume d'Italie
à environ ^^ kilomètres au nord de l'Adriatique. De ce côté par conséquent I.1
frontière de langue et la frontière politique ne coïncident nullement, puisque l'em-
pire autrichien possède vers l'Adriatique une portion de territoire roman, tandis
que le royaume d'Italie contient vers Cividale, et au nord de cette ville, une bande
de temioire slave qui, par places, n'a pas moins de 2) kilomètres de l'est à
ronesi. A partir du point où la frontière de langue rejoint la frontière poli-
tique, près du mont Canin (lat. 460, 22') les deux frontières coïncident jusqu'i
l'endroit où le Tyrol commence à faire sa pointe dans le territoire italien. La
limite des langues traverse le Tyrol méridional, non en ligne droite, mais en
s'infléchissant vers le sud dans ta vallée de TAdige, passant à une vingtaine de
1. Oie Romaniichat Volkimutuiarttn in Sud Tiroi, 1670, 8*. U première partie seule
a para.
3 cette artf a suis doute été dessinée pour l'ouvrage auquel elle est ioinie; celle
de M. &chaelW est njturcllcnicni (et elle n'en vaut pa$ moiu pour cela) tirée »ur aae
>|iideanc pUnchc retouchée.
V TTOte, Capo d'iïtria t\ 1« environs, sur la côte opposée, loni aussi romans: k
' ' I y a remplacé daiu les temps modenus le dialecte Udin du Frioul : voy. Ascoli,
p. 474.
M»
tMwnrtrM M «ord Ac TiMlr. c( ati^^^ai 1> parte rtiiiiVBtilf àê Tysel, fv
4«^ ï/ IM. f Je a poat dit mmi U faortbén jvtq^i fa Smk «fc dk «Me,
dr M SdtoHW. L» dcicnptioi iatiffîairv ds Icfricovc amû bmàU ■'«§» |at
diVtfKj^ 4r 4ilir«oC0 scasiblcs »v«e la HnàUH» prisotb pv M. Ascofi..
Nous ivo« t/w^rf, eoBflie d<M U carir dtt S«|X'> lo trait gnads msab
ladfiii : •* dint U promet d'UdÎM; 2* étn U Tfrol, ce ownf toitt coifé
M d«if« par l« v>llé« de f'Adtge o4 «^ iAÏfritM «ur ow baodr Icroîte HuBa
M sud ri l'âlLMitind «u uord, tandl: ' , pea i peu oiUmé par fitafieD,
ftfl ptfU 1 IVm rt i ('ouest; j* mh' .-^ la Suisse f vallées df lins et da
nhin). Ce quM y I de plus sur 11 carte de M. Sehn. c'est TiDdicatioa des ea-
(Uyn Û» langue allraïaade, connon d'iillettrs, qui existent i quelque distance
d« la r»vf giuche de l'Adr^e, i *'eit de Trente «t de Roveredo. Le travail qae
M. Sch. j |uinl i crtlr carie donne, wui une (orme peut-être un peu décousue,
dr nombreux rt tnlèrrtMiil» reiiiwriRnemetiti tant sur l'importance et la situation
arluetle des populitions fi;ermanjqurt et dn romanes, — ces dernières se subdi-
vtkanl rfite/ neiirmenl en ladinn rt italiennes, — que sur l'état antérieur de
ces rn^mc) populutioni. Fluiieurs des notions réunies dans ce travail paraissent
recueilliei de première mjin, d'autres uint empruntées i des ouvrages ou i des
irliclrt de revues qui sont eiacIerK-nt cites, et dont il «t commode de trouver
U liste imprim/v II nt probable que la plus i^randr partie des questions abor-
ûèrn pitr M Sctin seront Iroitéet h fond par M. Ascoti dans la suite de ses
^W '<"'">'• Ma», m attendant l'achèvement de ce [p-and ouvrage, on pourra
lirrr quelque profit do l'écrit de M. Schneller, Il wt seulement regrettable que
Tiutcur n'jit pas su se dé^iiger de toute préoccupation politique. Sans doute
In eipliïsiuni de mauvaise huinrur auxquelles il sr Uisse aller lorsqu'il lui faut
consuter les «m)iiéleni«nti pnigressili de l'italien sur le domaine de l'allemand,
l,t «.ilisfnctiiinavcc laqufllr il aligne In témoignages d'où il résulte qu'au XVI* s.
(Il) parlait à Tiente un peu plus allemand qu'Aujourd'hui, n'ont rien que de bien
innocent ; parfois même la conviction avec laquelle M. Schn. exprime son appro*
Wlion lorsqu'il rencontre un petit fait qui lui eit agréable, répand, à son insu,
un air de ^^Hf uir un rvposé d'ailleurs quelque peu terne, comme lonqu'if a
I0 pUt»tr df couklatrr qu'un certain «bW, originaire des « treize communes ■
(enclave germanique au nord de Vérone) connais^^ait l'allemand et la littérature
«llrmande, t Ji son grand honneur, • a)0Ute*t-il. AfUis le lecteur, qui n'a qœ
df* préoccupations Kicmi6ques, ri ik qui les revendications mutuelles des AUe-
MMfldk ri des llalienv «ont bien indifférentes, se trouvant en présence d'un écrit
A»\\\ « tendrtilirl • commr on dirait i'Utr*-Rhiu» ne peut s'empêcher de craindre
que de& lails aient i%( laisses d« cAtf, que cetlains autres aient été eiagércs. Et
fo réublé, il est impimible de ne pas reconuttre que, p. 174, par exemple. iJ
•M bit un véritable abus d'un texte du <it ytgtn lio^mo de Dante; et que
dAM U partie du n^oire où soirt rassemblés les témoignages sur la prépoodé^
ruca de rètè«fM geffm»»qiK dau le Tyrot pesdani les derniers siècles^ on
paur cociplètcflMAt sou stleace hr Uit> MiialMm hors de contesuiion, que
pbk MCMMMNHI, c'cttSi-^br» m ««y«a lffe,«V ta remontant jusqu'à Tépo^ae
rMuiw, W doMkiae roaai tltaidail daaa W Tyrol et dans U Saissc ptea j
pAriodiques 15?
wrd que maintenant \ de sorte que si le ronun gagne maintenant du terrain
iu nord de l'Italie, tl ne fait que reconquérir pacifiquement et par les voies
les plos légitimes un domaine qui autrefois avait été sien.
P. M.
XI. RsvuB cRiTiQL-E, OC tobfe -décembre* — 2)8. Devic, Dictionnauc itjmo'
hgi^ut dti mots /ranfais d'origute orientale (article de M. Lucien Gautier, qui
coRliml d'importantes additions et corrections à cet utile ouvrage).
XII. GoCTTiNitisniB GRLSHitTE! Anzeioen, 1877. — N* (t. U BûsUrs àe
BiuilMy p. p. Schelcr ; long article de M. Tobter; nous y signalerons les
remarques sur l'accentuation moitU et autres analogues (p. i6o0, — sur la
possibilité de l'élision d'un t suivi d'^ (p. 1606), — sur 0 pour or {p. 1607), —
sur les 2"' pcrs. sing. en -tsis de certains parfaits (p. 1608), — et un grand
nombre d'observations de détail. Je doute fort qu'on ail jamais pu dire rcw^r d
U Mi<kt tp. 1610) pour « se diriger vers la Mecque t- U comparaison avec
yotoir,pooirf tausier est loin d'£tre probante.
XUI. LnreitARiMHE!* Centhauilait, octobre-décembre. — 44, /lioif/ Afîra-
ilt, Elu de Samt-GitUSf li Ckcfalitn as âeas esptes, p. p. Fœrster fSg.). — 46,
Braunfets. Kriûscktr Versuch ùkr den Roman Amaâis von Gailicn (W. F.; le cri-
tique, très -favorable, montre que l'épisode célèbre des amours d'Aroadis avec
Briolaoîa est emprunté au roman français à*Agravam^ analysé dans le t. V des
Komûm dt U Table ronde de M. P. Paris). — 48, Michaelis, Studun :ur roma-
niuhcti Worlschapjang.
XIV. Jb-iarr LiTEBATtiRZEiTfNn, octobre-décembre. — 40, Nisard, Defi»/-
fiuj ptrutantsmes populaires {E. Stengel). — 4^, Schmitz, Encychpad'u des phi-
lalogiscfunStudiums der neuerenSprachtn, 2* éô., 1-4 (£. Stengel: très^mauvais);
Rolland, Faune populaire de ta France (R. Kœhlcr; art. intéressant et très-favo-
rable). — 46, Suchier, Uekr die Vie de seinl Auban (E. Stengel). — 48, Rtme
di Peuûrca, éd. Carducci (W. Bernhardi; ne rend pas suffisamment justice au
mérite et à futilité de ce travail). — 49, Der Mùnchcner Brat, bgg. von HofmaDD
uad Vollmœiler (G. Grceber).
I. Voyei Romaaia, 1, 7-9.
CHRONIQUE.
A la somme reçue par M. G. Paris pour la fondation Diez (87s fr.; wf,'
Rom., VI, )i4), il faui ajouter j fr.. envoyés par M. le D' Bos, de Marseille.
— La souscription, qui devait être close au p décembre 1877, restera encore
quelque temps ouverte.
— LiSocUti des a/uiens textes met en distribiition, pour l'exercice 1877,'
Atol et le tome II des MirâcUs dt la Viergt. Pour compléter cet exercice, dÏP'
donnera le Dlbat dts hérauts de France et d'Angleterre^ publiés par MM. Pannîer
et Meyer, ou le Voyage du seigneur d'Anglun en Ttrrc-SainU, publié par
MM. Bonnardot et Longnon.
— Dans la séance publique de l'Académie des inscriptions et belles-lettres,
tenue le vendredi 7 décembre 1877, M. G. Pans a lu une notice sur la chan-
son du P'eUrinage de CharUmagne. Cette notice, plus complète et accompagnée
de notes étendues, paraîtra prochainement dans la Romania.
— La Ztitsckrift fur romanische Philobgu annonce l'excellent dessein de réser-
ver dorénavant sur chacune de ses couvertures une place pour l'indication des
manuscrits qu'étudie tel ou tel philologue, et qu'il se propose de publier; oa
évitera ainsi des concurrences toujours désagréables, comme il s'en est produit
plusieurs dans ces derniers temps. Cependant il faudrait prendre garde de laisser
se glisser certains abus par cette porte : il serait inadmissible qu'on marquât
pour ainsi dire d'avance à son nom un certain nombre de textes inédits, et qu'on
prétendit interdire aux autres de s'en occuper. La Zeiischrtft elle*méme ne s'est
pas fait scrupule d'imprimer la traduction saintongeaise de Turpin, bien que
l'éditeur n'ignorât pas que M. Boucherie en préparait depuis longtemps h
publication. — Nous fournirons ki une double indication du genre de celles que
demande la Zeilschrijl en disant que G. Paris a réuni toutes les copies des
divers manuscrits du roman de Roncevaux, rédaction renouvelée de Roland^ et
qu'il se propose d'en donner une édition critique. M compte également publier
quelque jour une nouvelle édition de Furabras, d'après tous les manuscrits,
mais il n'a pas encore rassemblé tous les matériaux nécessaires.
— Le aj décembre dernier est décédé à Londres M. Thomas Wright, cor-
respondant de l'Institut de France et l'un des antiquaires les plus distingués de
ta Grande-BreUgne. Né en 1810, M. Wright commença, étant encore élève de
l'Université de Cambridge, à publier sur des sujets très-variés d'érudition des
travaux qui lui assurèrent de bonne heure une place considérable parmi les
savants de son pays. N'ayant jamais obtenu, soit de l'Université, soit de l'Ëtat,
aucun emploi rétribué, M. Wright a dû, tant que ses forces le lui ont permis,
se livrer à une production incessante qui ne lui avait point assuré la fortune et
CHRONIQUE 15 s
dont la rapidité se conciliait mal avec le soin et ta réflexion qu'exigent les tra-
vaux de rcrudilion. Aujsi a-t-on pu relever, dans ses éditions de textes notam-
ment, nombre de petites inexactitudes, qu'il aurait assurément évitées s'il avait
ett plus de loisir pour les préparer. Mais on ne doit pas oublier qu'il a été
Pun des premiers à s'occuper avec méthode de l'histoire littéraire du moyen
Ige anglais pris dans sa plus grande extension, et i mettre au jour des textes
précieux dont, sans lui, bon nombre seraient encore inédits; que si ses publica-
tions relatives à la littérature anglo-normande^ par exemple, ne sont pas exemptes
de fautes^ il ne s'est trouvé jusqu'à ces derniers temps personne en Angleterre
qui fôt capable d'exploiter avec plus de succès le même domaine. Th. Wnght
était naturellement doué de critique. Tandis qu'en France on faisait remonter
les poésies des bardes gallois jusqu'au VI' siècle, il montrait, par l'examen de
la forme de ces poésies, qu'elles ne pouvaient guère être placées au-delà du
XIII* siècle'. Tandis qu'en 1860 M. d'Héricault, reproduisant une vieille et
très-grosse erreur de Fauriel^ en était encore à considérer le Waltharitu comme
an poème d'origine française, M. Wright avait, en quelques pages vivement
écrites, réduit i sa juste valeur, c'est-i-dire h rien, l'idée de Fauriel 3. Entre
les publications dont nos études sent redevables i M. Wright, nous citerons
tes RtiujuLc anti^ua, recueil en deux volumes publié par livraisons de 1841 i
r84J en collaboration avec J.-O. Hatliuretl, et dans lequel Th. Wright a inséré
plusieurs pièces françaises ; — le second volume de sa Biogrûphia ^rUannua lUle-
raria, consacrée ii la période anglo-normande, où sont corrigées tant d'erreurs
de Tabbé de la Rue, et mentionnés pour la première fois de nombreux mss.
français conservés dans les bibliothèques de l'Angleterre; — le premier volume
du recueil d'anciens vocabulaires {A Volume of vocabularies, privately prmled,
r8j7) publié aux frais de M. J. Mayer de Liverpool, et contenant la première
édition (la seule jusqu'à présent) du traité en vers de Gautier de Biblesworlh,
pour apprendre te français aux enfants, une édition da Dictionnaire de Jean de
Garlande meilleure que celle de Géraud, et le Tfoctatas de usUnsUihus d'Alex.
Neckam. réédité depuis par M. Scheler ; — Us cent nounllcs noaHÏla, publiées
d'après le seul ms. connu (celui de Glasgow) dans la B\bliothiq\u thb/iriennt^
18^8 ; — The chronicU of Pitrn de Langtoft in fttncht wr«, avec traduction
anglaise, dans la collection du Maître des Rôles, a vol., 18G6-8. — Th.
Wright est aussi l'un des hommes qui ont le plus contribué ï mettre en
Inmiére l'intérêt de la poésie dite ^ot'mtdtqae, et son recueil des poèmes attri-
bués â Gautier Map, publié par la Camden Society en 1841, est encore main-
tenant un livre indispensable i quiconque étudie soit la poésie latme, soîl le
mouvement des idées an moyen âge. En somme, quelles que soient les critiques
qi'on puisse adresser à telle ou telle de ses publications en particulier, on ne
peut nier que l'ensemble de ses travaux représente un labeur considérable et
porte l'empreinte d'un esprit ouvert et d'un jugement sûr.
1. Erseys on .trctuotogical subjetts and on vdriotu questianj cdnnuud whh Iht Mstory
o/tfrï, srunce and liUrniun m Iht middte uga. London, l86i, 2 vol.; voir IVsiji inti-
Ittlé : a On origin of rhvmes in Medixval poetrv. and ib bcaring tn ihe Jutheoticity of
early WeUh poems », i('i-68.
2. Voir dani les £fji3», 11, 194-219. l'anide sur les troubadours, qui fui publié i
l'occasion de Vnistoire de la poisie protetiçalt de nurlel.
IS6 CHRONIQUE
— M. Mord-Fatio nous communique la rectiticalion suivante à son mémoire
sur te Roman di BUqucrna, publié ici, t. VI, p. ^04 et suiv.: ■ Le ma-
nuscrit de M. Plot n'est pas le seul qui nous ait été conservé de Tancienne ver-
sion catahne du roman moral de Luit. Il en existe un autre à la bibliothèque
royale de Munich (Cod. hisp. 67, fonds de la Palatine], qui a été décrit dans le
Cataloguscodicam manuscriptortim bibiiothtcat regiae monacensts, t. VII, Monachii,
i8{8, p. 9). Cet exemplaire, sur papier, du XIV« siècle, est également incom-
plet du commencement, de 16 S. environ. M. Konrad Hofmann, qui a bien
voulu uir notre demande l'examiner i nouveau, nous écrit que la date est exac-
tement donnée dans le catalogue et que le nom du héros y est toujours écrit
biarufrndt avec un signe d'abréviation sur le f . Le ms. de Munich appartient donc
à une autre famille que celui de M. Piot, auquel se rattache non-seulement le
texte latin du Libre Je amich et de amatj mais encore l'ancienne traduction fran-
çaise, dont la Bibliothèque nationale possède deux mss. du XIV* siècle (fr. 763
et 24402), mss. qui s'accordent à écrire toujours BlaqutrneK >
— MM. G. Raynaud et J. Normand nous prient de rectiBer un Upstu de
l'introduction à leur édition d"-4io/. Parmi tes traces certaines de picard qu'offre
ta seconde partie de ce po^me, l'introduction mentionne (p. iic) caus assonanl
en d \¥. \(:12)\ mais c'est par une distraction évidente, dont on s'est aperçu
trop tard, qu'on a vu dans caus le nominatif du fr. coup; »uj, comme l'indique
bien clairement le sens, ne peut répondre qu'au nominatif du fr. chaad ; il faut
donc supprimer la preuve alléguée. — Il but ajouter aux citations A'Aiot réunies
dans cette introduction (p. xxxiij sq.l ces vers de Philippe Mousket fiïyiî ss.),
qui ont été omis par mêgardc. C'est à propos de Louis le Bègue, après avoir
rapporté la mort de Charles le Chauve, que le chroniqueur ajoute :
Ayous, li preui et U hardii.
Si ti couzins cesi Loe^'s
De sa SCTOui la feme Elie,
Kl bide fu, gente et délie.
— M. Arsène Darmesteter a ouvert son cours i la Factilté des lettres par
un aperçu général sur l'histoire de la langue cl de U littérature française au
moyen âge. Celte leçon d'ouverture, qui a été fort bien accueillie, va être impri-
mée dans la Raue politique a Itttérairt.
— Nous venons d'appren.dre ta mort de M. Chartes Grandgagnagc, l'aulcur
du Dutionnaire H)molog\qui de la langue waUonnt^ resté mat heureusement ina-
chevé. Nous donnerons prochainement une notice sur ses travaux.
— Nous avons reçu le prospectus du Dictionnaire provençal-français (Trésor
dm Fehbrige) que Fr. Mistral va mettre sous presse. Ce grand ouvrage, fruit
de plus de vingt ans de recherches assidues, devra une valeur toute particulière
à la connaissance intime qu'a de la langue provençale, dans toutes ses variétés
et ses tournures, le grand poète qui Ta composé. Le nom de l'auteur dispense
de toute recommandation; le spécimen joint au prospectus permet de juger de
l'étonnante richesse et de la bonne disposition du recueil* Ce n'est pas que nous
1. P. (07, I. 9, Itseï repirt pour repëire.
CHRONIQUE 157
orassions quelques objections i Uitt au plan qu'a cm devoir adopier rauienr
du Traor don FtUhrtgt ; mais nos critiques porteraient surtout sur ce qu'il a
p«it-Mre admis ea trop dans son livre: or ce qui abonde ï coup sûr ne vicie pas.
Noos engageons tî* eneni tous ceuï qu'intéresse cette grande cravre i souscrire
sans retard, parce qu'on attend pour commencer l'impressioa d'avoir des
souscripteurs en nombre suffiunl, et qu'il ne sera tiré qu'on petit nombre
d'dCOipUires en dehors de celui des souscriptions, l-'ouvrage formera detu
gmds voluines in-^" qui paraîtront par livraisons de ) feuilles. Chaque livrai-
son, coOtaal a frano, sera payable i réceptioa II suffit, pour souscrire, de
rimioacer par carte postale 1 M. Fréd^c Mistral, i Maillaoe, par Gravesoo
(Bovches-dQ-RbAne).
— M. Lêopold Detisle a pobhé dans ta Bibtiûthi^at dt Vtcolt dts chartes son
rapport sur la Bibliothèque nationale en 1876. Parmi les manuscrits français
qui ont été acquis cette année-li, nous signalerons le ms. contenant la Vu it S.
Altxii du X1V< siècle, qui appartenait à L. Pannier et qu'il a décrit dans son
UitioD, — un fragment d'un roman de Merlin, donné par M. Ptol, — un M^s-
tèft ai Satnt-S^basiitn^ ta vers, de ta seconde moitié du XV' siècle. — Les ma-
tériaia jadis réunis par le ComUi dt la tangue pour ta publication d'un recueil de
chansons populaires ont été, après la mort de M. Rathery, déposés i la Biblio-
ihèqDe. C'est un immense fatras, dans lequel il y aurait beaucoup i prendre;
mais d y faut de la critique et surtout de la patience. — Nous avons parlé déji
{Rom. V. 1271 de l'acquisition faite par la Bibliothèque nationale du chanson-
nier Clairembaot.
— Nous sommes heureux d annoncer à nos lecteurs que le manuscrit Seyssd-
SoChoQod, dont a été extrait le Lai de l'Eptnur, publié en tète de ce numéro,
vient d'être acquis par la Bibliothèque nationale. I^s laJs médits qu'il contient
seront incessamment publiés ici.
— M s'est fondé i Rennes une Soct^^ de hbliophilts bretons, qui promet de
s'occuper de t'ancienoe littérature française. M. A. de La Borderie vient de
publier pour elle les Œwrrcs françaisa d'Olivier Maillard ; on annonce une édi-
tion de ta chanson de geste d'^uiA. Celte chanson devait aussi être publiée par
M. LongnoQ pour ta Soàti des , anciens tajes français: mais l'éditeur de la
Sotsiii des bibiiopiula bretons, qui, paratt-il, avait préparé son travail depuis
kwglcmps, a pris l'avance. Son édition paraîtra, si nous sommes bien informés,
an nois de mars de cette année. La Soctété des anciens textes renoncera naturel'
lement i donner la sienne.
— M. Henry Nicol. dont nous avons plus d'une fois signalé les excellents
travaux, va prochainement publier un volume intitulé: Frcnch Soands m English.
Oa y trouvera l'histoire phonétique des mots anglais modernes qui dérivent
du français, l'eipositioo des lois de la transformation, et des listes complètes
de mots. Naturellement la phonétique du vieux français trouvera i faire son
pro&t dans ces recherches.
— Parmi les thèses qui doivent être soutenues à l'Ecole des chartes le 2 1
janvier 1878, l'une, dont l'auteur est M. E. Philipoa, a pour titre Etude sur le
diûiecU du Lyonnau au XHl' et au XIV' sûtle.
1^8* CHRONIQUE
— On annonce la prochaiae publIcalioQ, par souscription, d'une édition con-
pléte des Rimt di M. Cino 4a Pntofa, rùiotii s più schietta Uxtont td illuarate éa
EnncQ Binai t da Pittto Fanfâtti. Cette édition formera un volume io-i6, d'env»-
ron ^)0 pages, et coûtera 4 fr. 50. Elle sera imprimée i ta typographie Nicolai.
à Pisloja^ où sont reçues les souscriptions.
— L'école des langues orientales vivantes a récemment entrepris la publica-
tion d'une série d'onvrages géographiques et historiques, qui sont Imprimés
dans les tangues originales avec traduction et notes en français. Parmi les
volumes annoncés, il en est un qui intéresse les études romanes, la Ckront^uc
dis Princes dt. MolddW, depuis leur origine jus^uUn i {9J, par Gr^oire Urechi,
avec traduction, commentaire, table et glossaire^ par M. Emile Picot. La
première partie de ce volume doit être terminée au mois d'avril.
— A cfité de VArmana prouvaifau, il se publie depuis [877 un almaaach
intitulé la iausita, c armanac dau patriota lati, t dont l'éditeur, M. X. de
Ricard, joint i d'énergiques revendications languedociennes, même i Tencontre
des fèlihres suivant lui trop provençaux, des aspirations trés-génèrales ;i une sorte
de • panlatinisme. a II y a bien d'autres tendances dans cet almanach, qui
échappe en général à notre appréciation. L'élément populaire et l'élément philo-
logique j tiennent trés-peu de place. •
— Nous avons le regret d'annoncer que Mitusine cesse de paraître. Le succès
matériel n'a pas répondu i l'attente des éditeurs. Il n'est pas étonnant qu'il en
ait été ainsi, vu ta nouveauté de l'entreprise et le peu de culture qu'ont reçu
jusqu'à présent en France les études de ce genre; mais il est d'autant plus fâ-
cheux qu'une tentative aussi intéressante ait échoué. Nous espérons qu'die se
renouvellera sous une autre forme. En attendant, nous sommes heureux d'offrir,
comme par le passé, dans la Remania, une place assez large à U philologie et i
la mythologie populaires.
— Livres nouveaux :
E. Stenobl. Du provcnzùlischt Blamenltse dtr Biblioteca Clugiàna (programme
de recloratl. Marburg, in-4'', 82 p.
Dit btidtn ttltcsttn provtnzalisekai Grammatikeit . Lo Donatz proensals usd
tas Razos de trobar, nebst einem provenzalisch-itairenischen Glossar, von
neuem getreu nach den Hss. herausgegeben von Edmund Stenuei.. Mit
Abweichungen, Vcrbesserungen und Eriaiiterangen, sowie einem vollstaendi-
gen Namen- und Wonverzeîchniss. Marburg, Elwert (Paris, Vieweg; Turin,
Loescheri, in-8», 204 p.
Les Épopées Jra/t(aiscs. Etudes sur Us origi/ics et l'histoire de la littérature
nationale, par Lkon CxirrmH. 1. Nouvelle édition, entièrement refondue. Paris,
Palmé, gr. in-8», xii-jôi p. — Nous espérons revenir en détail sur le grand
ouvrage de M. Gautier; bornons-nous i dire que la nouvelle èditKin du pre>
mier volume est bien réellement < entièrement refondue. ■ L'auteur s'est
efforcé de mettre à profit tout ce qui a été publié depuis douze ans sur la
maifére, et il a fait en outre de nombreuses recherches personnelles.
La Chanson de Roland. Nach der Oxforder Handschrift herausgegeben, eriaô-
tert und mît einem Gtossar versehen von Theoilor MùLUEn. Erster Theil.
CHRONIQUE 1)9
Zweite vodlig umgearbcitete AuiUgc. Goettingeo, Diaerich, u-4^1 p. —
Comme les Epopéet Jrarnatsa de M. Gautier, la nouvelle édition de M. Mûl-
ler mérite pleinement l'èpithète de 4 vœllig umgearbeitet * ; les deux ouvrages
ont en outre cela de commun qu'on en réimprime le commen cernent avant que
ta lia ait paru. La première partie du Roland de M. Th. Mijller avait paru il
y a quinze aos^ l'auteur y annonçait, comme dan^ celle-ci, que la seconde
partie, contenant les notes explicatives et le glossaire, serait publiée « irès-pro-
chainemenl. • Nous espérons que celte fois le savant éditeur ne laissera pas
s'écouter assez de temps entre l'impressloD du texte et celte du commentaire
pour ne plus être satisfait du premier et sentir le besoin de Je retire. Nous
examinerons à loisir la nouvelle édition, qui marque une phase nouvelle dans
l'histoire de la Chanson Je Roland, comme avait déjà fait l'édition de i86j.
Utbtr du aU tchl nachn-àibaren Aisonanun da Chanson de Roland. Ein Bei-
trag zur Kenntniss des altfranzœsiscbea Vocalismus, von Adolf Rakbbau
(Dissertation du docteur de Marbourg), in*S% ;8 p. — L'auteur ne nous
donne ici que l'iotroduclton et les résultats de son travail, qui parait fort
intéressant ; nous en parlerons quand il aura paru plus complet.
Etadc philologique de la langue jrançaise, ou grammaire comparée et basée sur
le latin, par J. Babtih. Première partie. Saint-Pétersbourg] in*8% jja p.
Veniom aordiques da fahliau français le Mantel maulailU. Textes et notes par
C. Cbi>brschiielu et F.-A. Wulpp, Lund et Paris, Nilsson, 10-4*, loj p.
— M. Wuiff, qui a fait ta partie française de cette publication, annonce une
prochaine édition critique du hUniel mautailU^ <\\i\ nous donnera l'occasion
d'y revenir.
Lt Passe-temps Michaaltf fransk dïkt fran det femtonde arhundradet, efter tvenne
handslcrifter i kongl. bibliotbeket i Stockholm fœr fœrsta gangen uigifven ...
af Teodor MALunEHn. Upsala, in-8», 128 p.
Ch\ di(c ifuel che vuolc uJirà quel che non vaoUy Risposte di G. Pitre e S. Sai/)-
kuhe-Mauno ad un opuscolo che porta îl nome délia signora Giuseppina
Vigo-Pennisi, Palermo, in-8'*,4i p. — Réponse véhémente i la brochure dont
nous avons dit deux mots (VI, 6^6). Les deux écrivains de Palerme repous-
sent, les textes en main, les accusations portées contre eux et en intentent à
leur tour contre M. Vigo, qu'ils regardent comme le seul auteur de l'opus-
cule publié sous le nom de sa belle-6lle.
Prima cntiia ai Critici G. Pitri c S. Sa hmonc' Marina, pcr C. Chochbiti. Acireale,
irnSo, 18 p. — Suite d'une polémique qui prend un caractère de plus en plus
personnel .
Stotii popolari ut potsia siciltana, riprodotte sulle stampe de' sccoli XVI,
XVII e XVIII, con note e raffronti, da S. Salohone-Marino. Bologna,
Garagnani, in-8*, 186 p. — Cette collection, intéressante k plusieurs points
de vue, est un tirage i part du Propagna(ore.
Lu Enfaniuus du bon pays de France... recueillies par Ph. Kuhpp. Paris, San-
doz, in-12, J92 p. — Recueil dont l'idée est excellente, dont l'exécution
laisse i désirer.
Vom Verwànschtn. Von Adolf Tudler (Extrait du Recueil de mémoires philo-
l6o CHRONIQUE
logiques présenti A M. Th. Momtnsen à l'occasion de son julrifê doctoral). —
Recueil fort piquant de divers genres de malédictions, imprécations, etc^
rassemblées dans l'ancienne poésie française, et éclaircies avec la pénéuation
habituelle de l'auteur. Il pense que cette collection « peut servir à montrer
qu'il n'est pas prudent d'agacer les Français sans nécessité, — surtout peut-
être quand on a au fond les meilleures intentions à leur égard. *
Les Prophhis du Christ, Étude sur les origines du théâtre au moyen âge, par
M. Sepet. Paris, Didier, in-8*, rga p. — C'est, — bien que le volume n'en
fasse nulle mention, — le tirage à part de divers articles publiés dans la
Bihiiotlù^ue Je t'EcoUdes chants, cf. ci-dessus, p. 147.
Le drame ckrititn au moyen dge^ par M. Sepet. Paris, Didier., in-12, xij-a96
p. — Beproduction, avec quelques notes ajoutées, d'articles publiés dans
VUnion, le Polybibhan et la Revue du Monde catholique.
Canti popolan tstnam, raccolti a Kovigno ed annolati da Antonio Ivb. Turin,
Loescher, in-12, xxxii)-jSj p. (plus trois p. de musique). — Ce très-mtéres-
sant volume est le cinquième de la collection des Cantt c Racconti Jet popoh
italiano publiés sous la direction de MM. Comparetti et d*Ancona. Le pre-
mier, dont nous avons rendu compte ici (I, 2^^), comprend les chants i>opu-
laires de Moniferrat ; les t. II et 111 sont consacrés aux Canti délit pronncu
merxdionalt, recueillis par MM. Casetli et Imbriani, le t. IV, dû â M. Gianan-
drea, renferme les chants populaires de la Marche; enfin le sixième, paru
avant le cinquième, est la première partie du recueil des NovelUne popolari
ilatiane; M, Comparetti, qui l'a publié, nous promet un commentaire qu'on
attend naturellement avec impatience.
La Potsia popotart tialia/hi. Studj di Alessandro d'Ancona. Livorno, Vigo, in-
12, XII-476 p. — Nous reviendrons en détail sur ce livre important.
La Prise de DamulU en 1219, relation inédite en provençal* publiée et commentée
par Paul Meybb. Paris, libr. Franck. — Extrait tiré i cent exemplaires, dont
cinquante mb dans te commerce, de la Bibtiotkhjue de l'Ecole des charla^
l. XXXVm, p. 497S7»-
ERRATA.
Lai de l'Êpervier, v. 89 (ci-dessus, p. () : lors, lisez ior.
P. 9, I. 26 : iû^ lisez te.
P. ij» 1. 7, suppr. l'appel de note *.
P. 1% I. 6 des notes, ajoutez une parenthèse après 1742.
Tai encore un mot â dire au sujet des 1,700,000 dochers, ci-dessus
p. 104. — C'est Jean Bouchel, dans son Panegjric du chevallier sans reproche
(Poitiers 1^27,(01. c&), qui attribue i Jacques Cœur le calcul de 1,700,000
clochers; voy. Vallel de Viriville, Hitt. de Charles VU, III, joi, qui cite un
autre texte encore, dans Camusal, Meslangcs histonquts^ Troycs, 1644, fol.
6î-j. — P. M.
Le propriétairi^girant : F. VIEWEG.
(mprimrrie Gouverneur, G. Daupeley i Nogcat-le-Rotrou,
LA LÉGENDE
DE GIRART DE ROUSSILLON,
!. — Lk diverses (ormes de la légende de Girart de Rousulton. — La Vie
latine , manuscrits; ancienne traduction.
La légende de Girart de Roussillon nous est parvenue sous quatre
formes distinctes :
r Une Vie latine écrite à la fin du xi' siècle ou au commencement du
XJK.
a"* Une chanson de geste récrite en vers rimes dans la seconde moitié
du jcii' siècle, d'après un poème bourguignon de ta fin du W siècle, par
un rimeur qui était originaire du sud de la Bourgogne. Cette chanson est
généralement considérée comme provençale par suite de cette circons-
tance toute fortuite que te ms. d'après lequel elle a été publiée a été
exécuté dans un pays de langue d'oc, en Périgord.
jo Un poëme français composé entre i jîo et 1 348 pour Eudes IV,
comte de Bourgogne, et Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de
Valois.
4** Un roman en prose composé en 1447 par Jean Vauquelin pour le
duc de Bourgogne, Philippe le Bon.
^* Un abrégé de ce roman, imprimé deux fois: à Lyon après i(oo,et
à Paris en 1520.
Personne n*a jusqu'à présent embrassé ces différents monuments de
la légende de Girart dans une élude comparative. Ceux qui, avec plus
ou moins de critique, ont étudié cette légende, n*ont pris en considéra-
tion que les trois documents les plus récents, et ne se sont nullement
souciés d'en examiner la composition. Ils ne se sont pas aperçus que ces
trois documents n'ont presque aucune originalité, ayant été formés par
une compilation arbitraire d'éléments empruntés aux deux premiers
AofflMid, vu 1 1
|62 p. MSYBR
textes. Le poème du xi>r siècle a pour sources principales la Vie latine
et la chanson du xii* siècle. Le roman en prose de 1447 a pour sources
la même vie latine et le poëme du xiV siècle. Quant à l'abrégé imprimé
de ce roman, il est bien clair qu'il ne saurait avoir aucune valeur origi-
nale. Par conséquent, tout ce qui a été écrit sur la légende de Girart de
Koussillon jusqu'à ce jour manque entièrement de base.
Les bases de toutes recherches sur cette légende doivent être cher-
chées dans la Vie latine, dans la chanson du xir siècle et dans quelques
mentions éparses en diverses compositions du moyen âge.
On conçoit que la chanson, malgré son évidente importance, ait été
quelque peu négligée. Les deux éditions qu'on en possède, celle de
M. C. Hoffmann et celle de M. Fr. Michel reproduisent avec plus ou
moins de 6déUté un ms. incomplet du début et qui fourmille d'incorrec-
tions de tout genre. L'usage en est donc fort difficile. Mais la vie latine,
que recommande son ancienneté, était d'un abord plus aisé. A défaut du
texte latin, signalé pour la première fois en 1867, on pouvait du moins
faire usage d'une ancienne traduction française connue depuis bien plus
longtemps ■, et qui aurait pu rendre les mêmes services que l'original.
Reprenant aujourd'hui des études commencées il y a vingt ans avec
plus de zèle que d'expérience ', je vais publier le texte latin et l'ancienne
traduction française de ta Vie de Girart de Roussillon, et tout d'abord
j'analyserai ce document et )*en étudierai la composition.
La Vita nobilissimi comitis Girardi de Rossellon est le second article
d'un recueil factice enregistré â la Bibliothèque nationale sous le
n" I ^090 du fonds latin, etayant fait partiejusque vers 1S6; decequ'on
appelait le résidu du fonds de Saint-Germain-des-Prés ». Les morceaux
dont il se compose sont des fragments de mss. recueillis par les béné-
dictins en divers lieux. Celui qui contient la Vie de Girart est un cahier
arraché d'un livre de vies de Saints. Il se compose de six feuillets ayant
376 mill. sur 310. L'écriture appartient aux premières années du
XIII" siècle. A la fin, on Lit ces mots écrits au xvi' siècle : Ex Cistcrciensi
monasterio.
Je ne connais pas d'autre ms. du texte latin. Il en existe peut-être un,
d'une date plus récente, en quelque bibtiotlièque de Belgique. En effet, les
bénédictins signalent dans leur Voyage littéraire (II, 206) parmi les mss. de
I. M. P. Paris \i cite dans ses Manajcuts françois, Vï, 104-7.
3. Etttdeî sur la chanson dt Girart Je Rojsitlon, dans la Bibltothiaue de l'EccU
du tharus^ \, W, ji.6K. Cet e&sai, qoi fut publié à la fin de l'année 1860,
avait éié composé en 18^8 et 18(9.
j. Ce recueil a été décrit en 1867 par M. Detisie dans son hircntairedes mss.
lattns di Sûiia-Gtrmain-dts-Pris [BibUolh. di CEcoU des chartcSy 6^ III, ii4.
Tirage 1 part, Paris 1S68).
LA LÉGENDE DE GIRART DE ROUSStLLON \6^
l'abbaye de Rouge-Cloltre, non loin de Bruxelles, un recueil de légendes
qu'ils appellent NovaU sanctorum, et qui, d'après son contenu, doit avoir
été exécuté au xv* siècle. Il s'y trouvait une Vila Ceiardi de Rossilon,
dont ils rapportent l'extrait suivant, qui est conforme, sauf que le texte
en est fort incorrect, aux S^ 21 3-221 de la Vie latine ci-après publiée :
Ravardus prcsal quondam Liogonicus^ de stirpe comitum Corolensium et
sopercilio honoris eUtus, ent xcduIus Pultariensis ]ibertatis,quonram in eodem
nonasterio sicut in aJiis sus diœceseos efficere nequibat. Undeaggregatis comi-
tibos suis, dolose ingrcdnur villam, ac ilta repente crudeliter spoliata, cœno-
btum omne voraci flamma concremat. Quapropter Romam evocatas, pro pia-
culo tanti facinoris baculi honore viduatur ; sed tandem, mîseratione ipsius
abbatis et precibus impetrata venia, prislino honori restituitar, et illi pro res-
tauratione ecclesiae multa largitur munera, et annuos reditus condonat.
J'ai dit plus haut que l'auteur du poème du xiv" siècle, et Jean Vau-
quelin, cent ans plus plus tard, avaient l'un et l'autre fait usage de la
Vie latine. Mais antérieurement, vers le milieu ou la fm du xui" siècle,
elle avait été mise en français. Le seul ms. où j'aie rencontré cette
traduction est le ms. i J496 (anc. suppl. fr. 652s) du fonds français de
la Bibliothèque nationale, exécuté en Bourgogne vers la fin du xiii* siècle
et composé de 30$ fieuîllcts, de 256 miU. sur 170. C'est un recueil de
vies de saints traduites en prose, dont voici la liste :
Saint Paul et Saint Denis, fol. 179;
Saint Ladre, fol. 197;
Girart de Kouuillon, fol. 217;
Saint Grégoire, fol. 259 ;
Saint Gérôme, fol. 24s v' ;
Saint Brandan, foi. 248 ;
Saint Forsin, fol. 259;
Saint Benoît, fol. 264;
Saint Silvestre, fol. 283.
LepurgatoiredeSaintHatrice,fol. 298.
Saint Jolien, fol. 1 ;
Satm Cucufat, fol. tj:
Sainte Catherine, fol. 18;
Siinle Eufrasie, fol. 26 v* ;
Sainte Julienne, fol. 36 v* ;
Sainte Luce, fol. 39 v* ;
Saint Bernard, fol. 42 ;
Sainte Marie Madeleine, fol. 131 ;
Sainte Ntarthe, fol. 146;
Sainte Marie l'Egyptienne, fol. 118;
Sainte Elisabeth, fol. 1 j) ;
Plusieurs feuillets ont été laissés en blanc; sur l'un d'entre eux (212
Y*) a été peint au xv* siècle l'écu bandé d'or et d'azur à la bordure de
gueules, de Bourgogne ancien, au-dessous duquel est appendu l'écu
d'azur  la croix patriarchale ancrée, d'argent, de l'hâpiul du Saint-
Esprit de Dijon. Sur la page opposée ifol. 213 r^'t est écrite une note
relative à la fondation de cet hôpital. Le verso du fol. 213 est de même
occupé par l'écu de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, au-dessous
duquel sont encore une fois appendues les armes de l'hôpital du Saint-
Esprit. Sur la page en face on a inscrit le début d'une fondation faite
par Philippe le Bon dans ledit hôpital.
I
I
A U smte de la Vie de Ginrt vieoi wnnuSliaffTDcnt, sans rubrique, le
récit doublement apocryphe de renièremen! sabreptice du corps de
sainte Marie MaddeiDe et de sa trambaon à Vexelai par le moine &a-
diloT), envoyé à cet efiet en ProrcBce par Gitan de RoossiUon. C'est un
récit qui a été copié ei iradok mmaogi fais aa moyen âge, et sur lequel
ie présenterai quelques observacions dans «a appoidice placé à la suite
de ce mémoire.
Dans la traduction de la Vie de Girart que nous présente ce ms., les
rubriques ont dû être placées originairesacat aux mêmes endroits que
dans le texte latin, nuis les premières seulement, jusqu'au fol. 22 1 by ont
été écrites par le rubricaieur. Puis, à partir du fol. 22 j c, elles sont
placées, d'une écriture très-6ne, tout en bas des pages, comme indica-
tion au nibricateur, et ont été plus d*une fois entamées par le couteau
du relieur. Je les ai, autant que j'ai pu les lire, replacées dans le texte.
Cetu traduction est extrêmement littérale, et partout le style en est
lourd et pénible autant que celui de l'ancienne traduction wallonne de
Saint Grégoire. Elle n'est pas non plus exempte de contre-sens dont
plusieurs viennent d'une mauvaise lecture du texte latin'. En somme
ce n'est pas un travail fait avec beaucoup d'intelligence. Mais par cela
même que la version est une sorte de mot à mot. elle nous aide en plus
d'un cas à restituer le texte latin dont l'unique ms. connu n'est pas
toujours correct.
Le iraduaeur et le copiste étaient indubitablement bourguignons. Par
suite le texte que je lire du ms. 1 )496 n'est pas sans intérêt pour l'étude
du dialecte de U Bourgogne. Je voudras grouper ici les caractères
linguistiques de ce texte, ainsi que je l'ai fait récemment dans ce
même recueil pour un ms. bourguignon du Musée britannique, mais je
ne puis m'anêter en ce moment à des détails aussi accessoires, et je
passe outre.
11. — Analyse de la Vie latine.
Ces préliminaires expédiés, nous allons maintenant entrer dans l'étude
du document,<t d'abord en faire connaître le contenu.
i. Bien que les faits du trto-ooble comte Girarl de Rosselloo soient répandus
en tous lieux par U renommée, l'auteur ne croit pas inutile de faire un précis
de ce qu'il tient de la tradition, en laissant de côté le récit des guerres par les-
quelles Girart s'est illusué. Girart, au rapport des Chroniques, vécut sousquatrc
rois : Charlemagne, Louis son fils (f 840), Charles le Chauve (+ 876), Louis,
fils de celui-ci (Louis le Bègue, t 879). 4- H ^^^^ ""^^ d'Avignon, son père
I
LA LËGENDE OE GIRART DE R0USS1LL0N 165
était le comte Drogon. Eloge de sa piété; ses qualités physiques; étendue de
^es possessions. 7. ]t épouse Berte, fille de Hugues, comte de Sens; Charles
le Chauve épouse Eloyse, sa*ur cadette de Berte. A la mort des parents de ces
deux femmes, ane guerre 2 lieu entre Charles et Girart, chacun prétendant
avoir droit à l'héritage. Le roi chasse du royaume Girart, qui. réduit à se
cacher, exerce pendant sept ans, par esprit de pénitence, le métier de
cbarfaonnier. tandis que sa femme s'est faite couturière. 19. Au bout de ce
temps, une veille de Pentecôte, Girart et sa femme se présentent en habit de
pèlerin A la reine, qui les reconnaît, et bientôt réussit k rétablir la paix et
l'amitié entre le roi et Girart. j 1 . Girart et sa femme se livrent  la pratique
des bonnes œuvres, ;4. Mais bientôt le roi, excité par de mauvais conseillers,
cherche une querelle i Girart. 44. Girart, suivant le conseil d'un sage vieillard
de 53 cour, envoie au roi un messager chargé de paroles de paix. Ce messager
est repoussé injurieusement. Girart en envoie un second sans plus de succès.
J4. La bataille a lieu à-jour convenu, et le rot ta perd. Girart, toujours magna-
oime, défend de le poursuivre. 6r. Le roi tente de réparer sa perte par une
noovelle bataille. Avant d'en venir aux mains, Girart offre, comme précédem-
ment, de faire droit, mais ses propositions ne sont pas agréées. La guerre
recommença terrible, et selon la rumeur populaire il n'y eut pas moins de
douze ou treize batailles entre eux, le roi étant finalement obligé de se réiugier
daiu Paris. 68. Là, tandis qu'il cherchait les moyens de continuer ta lutte, un
ange lui apparaît qui lui enjoint de faire la paix avec Girart. Le roi adresse
alors à son adversaire des propositions que celui-ci s'empresse d'accepter.
Depuis lorsla paix ne fut plus troublée entre eux.
7j. Girart eut de Berte, son épouse, deux enfants, qui moururent avant
leurs parents. Après cette perte, Girart et sa femme se livrèrent avec plus d'ar-
deur que jamais i l'accomplissement des œuvres pies. Ils firent construire en
l'honneur des douze apôtres douze monastères, dont chacun contenait douze
moines Les deux plus illustres furent celui de Vezelai et celui de Polhières,
ne relevant que de Rome. 8). Miracles qui s'accomplissent pendant laçons-
tnictton de chacune de ces abbayes, loa. Description du lieu où est située
l'abbaye de Pothières et du mont Laçois qui est \oisin. Sur ce mont était
autrefois une ville^ comme l'attestent des ruines importantes. Les Vandales la
tinrent sept ans assiégée. Au bout de ce temps, les habitants, manquant de vivres,
songeaient à se rendre, lorsqu'ils réusslssentà tromper leurs ennemis par l'emploî
d'un stratagème qui consiste i laisser tomber aux mains de l'ennemi un |eune
taureau nourri abondamment du peu de froment qui restait dans la ville. Les
Vandales prennent te taureau, l'ouvrent, et le voyant plein de froment, s'iraa-
eot que les assiégés ont encore des vivres en at>ondance, et lèvent le siège.
riais les habitants se mettent imprudemment à leur poursuite ; les Vandales
leur résistent, les mettent en déroute, et rentrent avec eux dans la ville qu'ils
rament de fond en comble. Ensuite la division se mit parmi les Vandales, et
ils *e détruisirent les uns les autres. 121. La ville fut rebâtie plus lard, mais
sans atteindre à l'importance qu'elle avait eue jadis. Elle reçut le nom de
Roussilton. Etymologies diverses de ce nom. C'est près de li qu'est situé le
monastère de Pothières (< Palttrias^ quasi pulverem terens ■!.
i66
reHe s'àuuc éievée ^» e -9 s I^înr,
la Rufé (f 3a 9rti« m m 3 aesK ;k s -Bus b. i ^einx m s
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sunc Iv uiEf .«a:. ^ 'Kk. kvbbsx: a. x iza^ftaK'ieji^vteD
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THMCxa lar £ se sder^ 2 ?Ubêis. lïar -Mimr 1 1iiij,ihm. fti^
se âs^ TrmBBva-Tsr jsm zars. i r uljss. Â ;z i •' :tt saBw mpas ie
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azaereiBeic ^btbt e sotie. Zn e |sn&. ^ ^g ^tsx l^iea ir aaraitre a»
K 2 me a. nffrrrrmff si 2bze Tisaar ss ^ in iMiiii**
' TZl SHx 3SC ^— ** ' -lim ^ 'E.'t ^B 3EÎI1II£^ 2 ,C9 miÉDIB
TISIC Al VDBÏ ' ^K ^^UICC .«S Sl&nnC 3S f^Tp ]£ ttQff
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t>arT<uc SanrtfHSŒK »«■ ^^■■*'**" -i ^nrt ic :suhu de sanaa6. et
jTTcr - '^ï«»u* -."î •^cjBTïs» .sa ac sarôatL ie ponéderan tn»-
-trcw J^ tm^fr-uT. .ïm.îMr? -» jdems. le bat eff si évkfait <çk ce
sp>^ tar nuir '««iw:^-:^ «eht OŒ prâendre le Ini iÉi«fler.
.-«.:* >t "«irt- »M» 3«nae9t jue -rest i Pothiires, pv h
^r .'»» «,nî* -« -DufKfws ^4 « scTtc cstï légcndc. L'analy»
,, »^>«' >*"K ^* i^érttw»- f «-' -ai jroiKst Noos avons doac
^■^ - .. j;.». w.-*ï- »*iiié»a»tio» Jii je» Itaes iouées de sensibffité
>..,.^ -- ^.^ ^ w^^«%. vM-4 çflW^îB^JBiapêtênKTeetdeh
^ ■^■^■. ^ .^*, 5,**s »• .**.'s** * ïwraâ iiMonsdent de llmagi-
^^ ^^.„ ^^^ ,*.v X -^«N!•r » PeoMnait me cmpdatk»
,w--v 'Wt N -v*-*** ^ ^**'«« xnwrBKtwfw, cbaôà et
LA LÉGENDE DE CIRART DE ROUSSILLON 167
En ijad temps ? Il n'est pas difficile non plus de déterminer approxi-
mativement l'époque où la Vie a été écrite. On y trouve aux §§ 2J4 et
suivants le récit d'un miracle qui aurait été accompli < modernis tempo-
ribus j*. 1 Ce que nous avons vu de nos yeux, r> dit l'auteur, « nous ne
voulons pas le taire. » Ce miracle se serait accompli sous le pontificat
d'Alexandre II, sous le règne de Philippe, roi de France, Humbert étant
abbé de Pothières. Alexandre II occupa le Saint Siège de 1061 à I07;{,
Philippe fut roi de 1060 à 1 108, et l'existence de Humbert est constatée
en 107$, mais il était sans doute en fonctions avant cette époque, car
son prédécesseur Amoldus ou Amaldus n'est mentionné qu'en 1049 et
10^9*. La date du miracle est donc 107) au plus tard, et par suite on
peut affirmer que l'écrit où ce miracle est raconté par un témoin oculaire,
ou se prétendant tel, ne peut être plus récent que les dernières années
du XI* siècle ou les premières du xii*.
A l*aidi dt ijut'U éléments? Ici la recherche devient plus délicate et
nous ne pouvons pas espérer découvrir tous les éléments dont notre
hagiographe a fait usage. Néanmoins j'ai lieu de croire qu'on en peut
déterminer les principaux. On verra que les résultats qu'on peut obtenir
sont, bien qu'incomplets, d'une grande importance pour l'histoire de la
légende de Girart de Roussillon en général, et, plus particulièrement,
pour celle de la chanson bourguignonne du xii' siècle.
Il faut prendre pour point de départ de notre recherche les résultats
déjà acquis, à savoir que l'auteur était un moine de Pothières écrivant
à la fin du xi* siècle ou, au plus tard, dans les premières années du xit",
et désireux de donner le renom de sainteté à Giran, le fondateur de l'ab-
baye. Il y avait donc à ce renom de sainteté un commencement de tradi-
tion. On savait, ou on croyait savoir à Pothières, que Girart était mort
i Avignon (§ 1 70) ; que son corps n'avait été transporté à Pothières
qu'après plusieurs années, que cette translation, conforme au désir du
mourant, n'avait eu lieu qu'après que Dieu eut manifesté, par des signes
merveilleux, son irritation contre ceux qui gardaient induement le corps
du défunt (§5 185 et suiv.). Déplus, la croyance populaire attribuait
aux mérites de Girart plusieurs cures miraculeuses, non pas très-nom-
breuses peut-être : l'auteur a soin de s'excuser (§ 19^) du peu qu'il
raconte sur ce que le récit d'autres miracles aurait été détruit dans un
incendie; peu ou beaucoup, notre auteur avait à sa disposition un cer-
tain nombre de miracles. Tel a été, ici comme pour beaucoup d'autres
vies de saints, son premier élément. Mais il n'y avait pas là les données
d'une biographie. Ces données ont été fournies : r par la charte de
fondation des monastères de Pothières et de Vézelai ; 2" par une chan-
t.Cali christ-, IV, 72c.
I lacune ée^mimm ds aenasiem de Poâîerei a de Vëzc^û
BK le dOot de h CkMqK de Véidâ. CBe 1 AépabSée, avec «ne
pvd'AcheiyqB fi aon impcisée das les ooiesdeson
ideCiribeRdeNaseM'. M. Qaaâa 1^ coaprâe dm son Car-
tgfwiftJétPTmat, 1, r ma,
Genecfane ■'tttpasdiiée, ■aiBiciBiedD«BéfDeCiran(oaGcnrt,
car les cfancs portea Goanfa) ne kn^K lenre an paipe Niooln I,
rcbtncBMatataaeBeftMdMÎDB^ef coBnvée ans ptr b C]tfinii|ue
deVéa^i. Elleendiiéede86; :
Dou m mÊammmùa^mm imiimii tertio, rq^nle gkrmissiBo et sen-
■SSÎBB V^C Cl dOMMO BUSlTU CinMi.
Nom hagni^pbe a coona b ^atiuièift au noios de ces deux pièces,
ilesdcaz. Il en a lire noo-ieideiDeia k noa de aes béros. Girart et
Bertt, mais eacore ks nom éa pfire de ccBc-d et ia nouon
da teMps où vînit Giran. Seloo kà Giran ainaâ reçu soos qiutre rois :
La«b le Pieax, Chartes le Chauve, Lous le Bègue ig }).
Or, Ginct s'eximne aàaaà dam Tacte de inndatinn :
Neo JBMfnrf! eleini smos eoraa dra nos bcwiulfto ipsorva, id est
daaài scMorê Ladevid Aagnb, ladiUi doaiaz et regiu, CaroU filii ipsonim,
sifldrtcr doaisi et seniom, qvi aime sopercst regiuas.
Charlemagne et Loùs le Biguc ne sont pas nommés : il est probable
Kque le biographe les aura ajoutés de son auioriié privée. La Vie nous
présente Bene comme fiUc de Hugues, comte de Sens (§ 7). Hugues
vàcM de la cbane de fondation, qui mentionne les parents des deux
époox ; d^lné part Leuihardus et Grimildis^ d'autre part Hugo et Bava.
M^^ff je ne saurais dire sur quel fondement il a donné à ce Hugues la
Milité de comte de Sens.
(C*«si pfobjWcmcnt encore à des chanes, connues directement ou indi-
..5>K^f«««.M.in-W., 11,498-500.
a P 6u\ ; ""Ç»*' PâÈfhgit («riM, i. CVï. col. 1 187-92.
1. D'Ach«ry.5iMnA<MW. W. ia-W., II. 501-1. — Elk se trouve aussi, copiée
MX\lb »**«*«»****• *"■ ™^'* lui.f.U. 12693.(0!. îoj.ltveaadccouru
•\Miita MibW* MU indicatK» des orausioas, dans la Gktlu 1
CHriitûinM^ IV,
LA LÉGENDE DE GIRART DE HOUSSILLON 1 69
rectement, que notre auteur a emprunté la mention des fondations
pieuses qu'il rapporte, en outre de Poihières et de Vé^elai : voy. ^ 76
ei suiv., et notamment au § 78, « sicut privilégia eoriim produnt s.
V. — Source 2 : la ChaosoD de geste.
Mais les chartes, non plus que la tradition du monastère, ne fournis-
saient pas un corps de narration. On avait quelques jalons pour la bio-
graphie du personnage, il fallait des événements pour remplir cette bio-
graphie. Ces événements, noire auteur prétend les avoir trouvés dans la
relation simple et véridique transmise parles anciens, « ea duntaxat que
■ ab aniiquioribus nostris veraci ac simplici relatione didicimus,. . » 1^ 1 1 ■
En réalité, cette relation simple et véridique n'a pas été autre chose
qu'une chanson de geste, celle même à laquelle notre moine fait allusion
lorsqu'il commence son pieux récit en rappelant que l'histoire du comte
Girart de Roussîllon est répandue en tous lieux et jouit de la faveur
populaire. Bien qu'au début il ait l'air de dédaigner ce récit vulgaire, il
avoue plus loin (« vulgo concinente » § 64) qu'il en fait usage.
Qu'il l'avoue ou non, c'est de là qu'il a tiré tout le corps de son récit,
comme il est facile de le démontrer.
Nous avons en effet dans la chanson de Girart de koussillon, sinon le
texte même dont il s'est servi, du moins une forme rajeunie de ce
texte.
Il est impossible que l'auteur de la Vie latine ait connu la chanson
même qui nous est parvenue. Celle-ci est riméc et ne peut guère être
antérieure au milieu du mi" siècle. Mais il en a connu une rédaction plus
ancienne, composée sans doute en vers assonants, et dont l'existence
est assurée :
\o Par la chanson du xii' siècle, qui suppose nécessairement une
forme antérieure, comme je le montrerai en temps et lieu, et qui fait,
dans ses deux premières laisses, une allusion précise à cette première
forme de la chanson de Girart de Roussillon.
1° Par des allusions réitérées de Garin U Lorrain aux guerres de
Charles Martel et de Girart. Ainsi, le traître Hardré dit à Pépin, pour
le détourner de secourir Hervis attaqué par les Hongres :
< Hervis est riches et eaforcJés d'amis,
« Très bien se puct salver et garantir.
* Tes règnes est soufreteus et chelis,
< Il o'i a homme qui s'i puisse esbaudir,
• Tant a Gerars, qui te Rossillon linl,
f Gaslé la terre et treslout te païs.
(Carin le Lohirain, I, ^j.)
lyO p. MCYBR
Dans une autre occasion, il renouvelle la même objeaion :
I Drois emperereSf enteodis ci a mi : '
c Charles Martiaus, qui maint estor vainqui
I (Jhesus de gloire ait de s'ame merci !)
« Envers le duc Girart gueroia il ;
■ Maint orfe firent et maint homme morir,
• Dont mainte dame remesrent sans mari.
< Mortsunt ti père, si sutit petit li 61,
« Tes règne est povres et d'argent escheris.
(/W., I, 76.7.)
Et plus loin :
• La tnre est povre et li pais gastès
< Par dant Gerart qu'est de Roucillon nés,
c Et par paiens, les cuivers defaés.
(/W., I, 81.)
Ces témoignages sont trop anciens pour qu'il soit possible de les rap-
porter à la rédaction de Girart de Roussillon qui nous est parvenue. Voici
d'ailleurs une allusion, également fournie par Carm, qui ne s'applique
aucunement à cette rédaction. Henri de Montaigu, cousin de Garin,
s'adresse en ces termes à Pépin :
• Drois emperéres> » ce dist li dux Hem'is,
I Montagu tieng de tous et mon pais,
t Et sui cosins germains au duc Garin,
« Et sa seror hi ma mère Helois :
• Onques mes aives ti Loherens Hervis
fl Le vostre père, par mon chief I ne trait,
fl Si comme fist Hardrés li viis fïoris
I Ennrs Girart qui RoacUlon maintint, 1
(/M., I, 140.)
Le traître Hardré ne figure pas dans le Girart de Roussillon qui nous
est parvenu, et les querelles entre Charles Martel et Girart y sont déter-
minées par de tout autres motifs. Cette allusion s'applique-i-elle mieux
à la rédaction que connaissait l'auteur de la Vie latine? Peut-être. Je
présenterai tout à l'heure une conjcaure sur ce point.
Nous avons présentement à examiner ce que l'auteur de la Vie latine
a emprunté à la rédaction perdue de Girart de Roussillon.
Il lui a emprunté sûrement le récit des guerres contre Charles Martel,
faisant subir à ce récit des modifications que nous ne pouvons pas appré-
cier exactement, parce que le terme de comparaison — c'esï-à-dire
l'ancienne rédaction de Girart de Roussillon — nous fait défaut, que
cependant nous pouvons déterminer jusqu'à un certain point.
La plus notable de ces modifications consiste à avoir substitué Charles
LA LÉGENDE DE GIRART DE ROIISSILLON lyr
le Chauve à Charles Marte), modification imposée par ta charte de fon-
dation qui fait vivre Girart sous Charles le Chauve et non sous Charles
Manel. Mais d^auxres modifications ont été faites, parmi lesquelles il en
est qu'il est plus malaisé de déterminer.
Dans la Vie latine. Charles le Chauve et Girart ont épousé deux sœurs,
filles du comte de Sens Hugues. Girart a épousé l'aînée, Berte; le roi a
épousé Eloise, la cadette (§7). Il y a là un mélange, absurde au point
de vue de la critique, des données fournies par la charte de fondation
et de celles du poème. Dans l'exposition du poème, exposition grandiose
et véritablement épique, nous voyons aussi Charles Martel et Girart
épouser les deux sœurs, mais leur père n'est pas un simple comte bour-
guignon ; il n'est rien de moins que l'empereur de Conslantinople. L'aî-
née, Berte, avait été engagée pour Charles ; la seconde, Elissent, avait
été engagée pour Girart. Mais le roi étant devenu subitement amoureux
d'Elissent, Girart consent à la lui abandonner et à prendre Berte, non
sans difficulté, non sans spécifier, comme on le verra tout à l'heure, une
sorte de compensation. On voit comment l'hagiographe a procédé :
désireux de ne rien perdre des renseignements fournis par la charte de
fondation, ù laquelle il accordait assez naturellement plus d'autorité qu'A
une chanson de geste, il a rejeté l'empereur de Constantinople pour
conserver Hugues ; mais en même temps, il a pris à la chanson l'idée de
faire épouser deux sœurs à Charles et à Girart, et d'anribuer au premier
la cadette et au second IVmée. Dans le nom même d'Etoise, femme de
Charles, il y a un souvenir de l'Elissent du poème. C'est un curieux
exemple de l'aisance avec laquelle les hagiographes accouplaient les
renseignements les plus disparates.
Bientôt, dans la Vie latine comme dans le poëme, la guerre éclate
entre Charles et Girart. Le motif de cette guerre n'est pas le môme dans
les deux récits, et cette divergence n'a rien qui doive surprendre» puis-
que l'antagonisme des deux adversaires se rattache à des antécédents
qui, comme on vient de le voir, diffèrent notablement d'un texte à
l'autre. La cause de la guerre est, dans la Vie latine, la prétention expri-
mée par le roi de s'emparer de la terre par droit d'héritage, tandis que
Girart la revendiquait en vertu du droit d'aînesse de sa femme : « Rex . . .
li terram jure heredis sibi usurpare gestiebat, Girardus vero ob primo-
» genitam similiter candero sibi vendicare conabatur » (§ 9). Cela
est un peu concis : on voit pourtant que le droit d'aînesse de Girart
résultait de ce qu'il avait épousé la fille aînée du comte de Sens Hugues,
undis que le roi avait pris la cadette. La terre, objet du litige, ne peut
être que l'héritage du comte de Sens. Dans le poëme le motif de la guerre,
peut-être par la faute du remanieur. n'apparaît pas bien clairement. On
voit toutefois que Girarti en consentant à céder Elissent au roi, avait
I7Î P- MEYBR
Stipulé qu'il tiendrait dorénavant son fief en alleu '. Si bien que lorsque,
peu de temps après, te roi, envieux de ia puissance de Girart, regrettant
la concession qu'il a faite, réclame l'hommage, Girart rehi&e, d'où la
guerre.
Cette guerre se termine d'une façon tout autre dans la Vie latine que
dans la chanson, ou pour mieux dire, le premier de ces textes présente
par rapport au second une remarquable intervcreion des événements.
Reste à savoir si cette interversion est due au moine de Pothières, ou à
c'est le remanieur qui a altéré l'ordre de l'ancienne chanson. Le fait est
que dans la Vie latine <§ 1 1 et suiv.) la première guerre entre le roi et
Girart se termine par la défaite de celui-ci et par Texil pendant lequel
il exerce le métier de charbonnier. Or dans le poëme c'est la seconde
guerre qui se termine ainsi ; la première finit à la suite de signes miracu-
leux, comme nous le verrons dans un instant.
Dans la Vie latine, Girart, rentré en grâce auprès du roi, et tout
entier aux œuvres de la piété, ne tarde pas à avoir une nouvelle que-
relle. La Vie met tous les tons du côté du roi qui est accusé d'avoir
prêté t'oreille aux paroles des médisants >. Le roi est battu à plusieurs
reprises, et finalement refoulé jusque dans Paris. Alors apparaît un ange
qui, de la part de Dieu, lui apporte l'ordre de faire la paix avec GirarL
Il n'y a rien dans le poème tel que nous l'avons qui rappelle ces évé-
nements. Mais il est possible, cela est m^me probable, que dans la rédac-
tion plus ancienne se soit trouvé le récit que l'auteur de la Vie latine a
résumé. J'ai cité plus haut [p. 170) un passage de Garin U Lorrain d'où
il résulte que Girart avait été desservi auprès de Charles par le traître
Hardré. U se pourrait qu^il y eût là une allusion aux pernicieux conseils
qui, d'après la Vie» amenèrent le roi à recommencer la guerre contre
Girart.
La paix étant rétablie entre Charles et Girart, il semble, d'après les
termes mêmes de la Vie {§ 72), qu'elle ne doive plus être jamais trou-
blée. Cependant, après que le biographe s'est étendu assez longuement
sur les fondations pieuses de son héros, après un récit épisodique fort
curieux se rattachante Thistoire du mont Laçois (^§ 102-126I, il nous
raconte, sans la moindre entrée en matière, une nouvelle guerre entre
Charles et Girart. Cette guerre, qui est ici la troisième, et dont le fait
principal est la bataille de Valbeton {^ i ^7], correspond exaaement à la
première guerre du pocme, et se termine de la même façon dans les
deux textes par des signes célestes (feu tombant du ciel, tremblement de
1. Vv. 47)4, 497-8 du OIS. d'Oxford. Les j6j premiers vers du poème ne
se trouvent que dans ce ms,, les autres mss. étant plus ou moins incomplets.
2. t Dcrogantium tementati nimis credens i, ^ ]7 ; voy. Du Cange, i)£ho-
UAMt.
U LÉGENDE DE CIRART DE ROUSSILLON t?}
terre) qui arrêtent les combattants. Ce récit est si mal amené dans la Vie
btine qu'on pourrut croire qu'il a été retiré de sa vraie place par suite
de quelque erreur de copiste, qu'il devrait être reporté plus haut dans la
Vie de Gîrart. Toutefois, l'ancienne traduction française confirme la dis-
position du texte latin, de sorte que, s'il y a transposition, il faut ad-
mettre que la même erreur se trouvait aussi dans l'exemplaire suivi par
le traducteur '. Mais on peut aussi supposer que l'auteur, après avoir
négligé la guerre dont la bataille de Valbeton est l'événement capital, se
sera ravisé, et aura intercalé aupremier endroit venu cet épisode.
TeU sont, si je ne me trompe, les emprunts que la Vie latine a faits à
l'ancienne chanson. Certaines remarques de détail qui ne se peuvent
faire commodément ici trouveront place dans les notes placées à la suite
du texte.
VI. — Sources diverses.
Il y a dans la Vie latine un morceau dont on ne peut rendre compte
ni par les chartes, ni par la chanson tdu moins telle qu'elle nous est
parvenue). C'est le chapitre qui a poui rubrique De monte Latisco yel
Castro ejusdem ^§g loi-iajt. Le mont Lassois ou Laçois est un plateau
assez élevé qui s'élève sur la rive gauche de la Seine à deux kilomètres
environ de Pothières, dans la direction de Châtillon. Le nom de Lassois^
restitué à ce plateau par la carte de l'état-major, est depuis longtemps
tombé de Pusagc ; aucune carte ancienne ne le mentionne, et dans le
pays on dit « la montagne de Vix », du nom d'un village voisin. Là
était située à l'époque romaine, et antérieurement peut-être, la ville de
Latiscum, détruite à Pépoque des invasions barbares sans qu'on puisse
préciser l'époque, mais dont le nom a été conservé par le pagits Latis-
censis^ ou Laçois ^. L'auteur de la Vie latine nous apprend comment
cène ville fut assiégée par les Vandales, et par quel stratagème les habi-
tants réussirent à éloigner leurs adversaires, par suite de quelle impru-
dence ils finirent par succomber. J'ignore d'oii il a tiré le curieux récit
qu'il rapporte à ce propos. Il dit bien l'avoir recueilli de la bouche des
1. Ce qui donne un certain appui à l'hypothèse qu'il y aurait ici une trans-
position, c'est que le potme du XIV* siècle place la bataille de Valbeton ou de
Picrre'Perluis (éd. Mignard, p. r^ô et suiv.) avant la guerre dans bouelle
Cirarl poursuit le roi jusqu'i Paris et  laquelle met fia 1 apparition de I ange
(Mignard^ p. i8q et suivi. Mais l'auteur je ce poëme a fait une combinaison
si arbitraire de fa Vie latine et de la Chanson (qu'il connaissait sans doute
sous la forme aui nous e$I parvenue) qu'on ne peut tirer une conclusion bien
assurée de l'orare qu'il assigne aux événements.
2, Sur tes limites de ce p^igusy voir d'Arbois de Jubaioville, Bi^Mh, Â*
fEcoU des charUSt 4, IV, 349-54.
174 P- MEYER
vieillards dupais |§ 105), maïs une tradition purement orale remon-
tant à l'époque de l'invasion vandale me paraît chose suspecte. Peut-être
notre auteur a-t-il puisé dans une chanson de geste perdue. Que sa
source ait été l'ancienne chanson de Girart de Roussillon, j'en doute fort.
La rédaction que nous avons de ce poème ne contient rien de semblablCiiJ
et je ne vois pas pour quel molif le remanieur aurait supprimé un épisode^
en soi intéressant, s'il l'avait trouvé dans le texte qu'il entreprenait de
remettre au goût de ses contemporains. Mais on est d'ailleurs autorisé à
croire que le souvenir des Vandales avait été conservé par notre an-
cienne poésie épique. On se rappelle te début de Garin U Lorrain :
Vieille chanson voire volez oir
Si coro li Vandre vinrent en cest pats?
début qui promet plus que ce qu'il tient, car en réalité ce que Garin nous
dit des Vandales se borne à peu de chose.
Selon notre biographe, la ville détruite par les Vandales aurait été
reconstruite plus tard, mais sans recouvrer l'importance qu'elle avait eue
jadis (§ r2i). U en parle comme si elle existait encore de son temps, ce
qui est en effet infiniment vraisemblable, et présente à ce propos diverses
étymologies du nom de u Rossillon s qui dénotent un état encore peu
avancé de la science linguistique, et ne seraient pas déplacées à c6té de
cadavtr dérivé de caro data yermibus. Ce qui est plus intéressant, c'est
ta tradition vivante sur Girart de Roussillon que constate notre auteur
(S >04)- 0" n'était alors séparé du temps où avait vécu le fondateur de
Pothières que par un intervalle d'un peu plus de deux siècles, et d'ail-
leurs la tradition venait d'être rajeunie par la chanson.
Noire auteur suppose que dès le temps même où aurait eu lieu l'in-
vasion des Vandales, la ville bâtie sur le mont Laçois se serait appelée
Roussillon (§ loj). A vrai dire ce nom, qui tient une si grande place
dans l'épopée, n'en tient qu'une bien petite dans l'histoire. M. d'Arboîs
de Jubainville a cité, dans sa notice sur le Laçois, un assez grand
nombre de lieux faisant partie de ce pays, et Roussillon n'y figure pas.
Il n'en est pas question davantage dans les anciennes chartes de
Bourgogne publiées et étudiées au point de vue topographique par
M. J. Garnier', et le seul texte où j'aie trouvé ce nom mentionné, en
dehors des récits légendaires, est l'itinéraire de Londres â Jérusalem inscrit
dans un manuscrit de Mathieu Paris ^. On y voit marqué Russelltm mon-
1. Mirtwirts prèsinUi à PAcûJ. des Inscr. par divers savanISy 2' série, I, 168.
2. Musée britannique, Old Roy. 14 C. vn. Un médiocre fac-similé de U
partie du ms. qui contient cet itinéraire a été donné dans Les Monuments de la
géographie de Jomard, planche colée 39 provisoire. Voy. encore dans la coHec-
tion du Maître des Râles U préface ae Sir Fr. Madden â ï'Histona Aagtorum
de Mathieu Paris, p. xlvj-vij.
LA LêCEKDE DE GIFURT DE ROUSSILLON I7S
ticttium à i'endroii où il doit être, c'est-à-dire entre Putem abbaha et
Chdstellan surSàae.
Notre hagiographe peut encore avoir fait usage d'un ancien marty-
rologe que D. Vaissète mentionne sans indication précise comme conte-
nant le nom de Girart accompagné de son surnom « de Roussillon ■> *.
C'esi de U ou de quelque autre document ecclésiastique d'un caractère
local qu'il aura tiré les circonstances de la mort de Girart et de sa trans-
lation à Poihières (§§ 170 et suivO>
Vil. — Girart de Roussillon dans l'histoire.
Jusqu'ici nous avons considéré Girart de Roussillon comme un person-
nage plus légendaire qu'historique ne tenant à l'histoire que par ses fon-
dations pieuses. Y tient-il encore par d'autre liens? Oui, si on accepte
l'opinion unanime de ceux qui ont écrit sur ce personnage. Voyons un
peu sur quoi se fonde cette opinion.
« Gerardus, n fondateur de Poihières et de Vézelai, d'après des
chartes dont l'authenticité n'est pas suspectée, est certainement identique
à Girart de Roussillon, héros épique ayant, d'après la chanson dont il
est le héroSi fondé ces deux mêmes monastères de Vézelai et de Pothières.
Or les chartes prouvent que Girart vivait sous Charles le Chauve : c'est
donc au temps de cet empereur qu'on a dû chercher un homme impor-
tant du même nom pour l'identifier avec notre Girart de Roussillon. Par
suite il a fallu ne tenir aucun compte du témoignage de la chanson qui
fait de Giran l'adversaire de Charles Martel ^
1. Nist. àe Languedoc, 1 jG^.
2. On i eu d'autant plus raison de n'en pas tenir compte qu'il n'est pas
très>s&r que l'auteur de la chanson n'ait pas voulu désigner Charles le Chauve
par le nom de Charles Martel. A tout le moins on peut afËrmer qu'il avait au
sujet de ces deux personnages des notions fort confuses. Tout à ^it i la fin,
daiis UB passage que te ms. de Paris contient seul, on lit :
Sel .c. ans en avia que Dieus fo nalz
Qu'esta suerra fo fâcha ni l'ambaissatz...
Ë doret De .Ix. e plus assatz.
C'est bien, ou i peu près, le temps de Charl« Martel, En divers endroits
(par ex. éd. Hofinan, 8;j7; Michel, p. 2621 eslmenïionné Pépin, fiU de Charles j
et on pourrait citer quelq^ues autres passages conduisant à la même conclusion.
Mais aux vers 8430 et suiv. (Michel, p. 265), le pape, s'adressant i Charles
derenu vieux, loi dit : « Charles Martel ton aieul 6t ae grands maux, et toi,
« pendant ta jeunesse, tu as été tel que lui. C'est pourquoi tu as re^u le nom
i de Martel; ce nom fut faux. Maintenant tu dois plutôt avoir le nom de Charles
• le Chauve. >
Caries Martels tes aives fest moll granz maus,
E tu de tun juvent fus altretaus,
Perou'ogis nom Martels, cis nuns fu faus,
Er deiz mais nom aver Caries li caus.
Je donne ces vers d'après le ms. d'Oxford, fol. 164, le dernier est omis dan<
176 p. MEYER
Le personnage auquel on s'est adressé en premier lieu est le duc et
comte Girart qui gouvernait la Provence au nom de Charles, roi de
Provence (f 86 ji, fils de Loihaire 1 et petit-fils de Louis le Pieux. Son
nom apparaît souvent dans l'histoire. En 860 il chasse du pays les Sar-
razîns*. En 862, c'est à la requête de Girart, qualifié dans l'aae
d' 0 itlustris comes ac magisier noster a , que le roi Charles donne à
l'église de Viviers une lie du Rhône ^. Peu de mois après c'est encore i
sa requête que le roi fait un don important à l'église cathédrale de Car-
pentras '. Vers le même temps il est mentionné le premier entre douze
comtes qui assistèrent à une assemblée tenue en Provence^. Lorsque
Charles mourut sans postérité en 86}, son héritage fut partagé entre ses
frères Loihaire, roi de Lorraine, et Louis, empereur d'Occident et roi
d'Italie. Lothaire prit le Lyonnais, le Viennais, le Vivarais, Louis la rive
gauche du Rhône qui avoisinait ses états. Lorsque Lothure mourut en
869, Louis son frère pensa recueillir son héritage, mais ses deux oncles,
Charles le Chauve et Louis le Germanique s'unirent pour le dépouiller.
Louis le Germanique prit les provinces voisines du Rhin et Charies le
Chauve s'attribua le Midi. Là il rencontra Girart qui lui tint tête. L'épi-
sode le plus saillant de cette guerre est la capitulation de Vienne défen-
due par Berte, la femme de Girart, celui-ci étant ailleurs K Depuis l'his-
toire est muette sur ce Girart.
Tel est le personnage qu'on a voulu identifier avec le Girart fondateur
de Vézelai et de Pothières, et par suite avec le Girart de Roussillon
épique. D. Vaissète, D. Plancher*, iMrr de vérifier les datesT, pour ne
riter que les anciens auteurs, considèrent l'identité comme n'ayant même
pas besoin d'être prouvée. Ainsi D. Vaissète s'exprime ainsi à propos
du comte Girart, lieutenant en Provence du roi Charles : « Ce seig;neur
« n'eut qu'une fille de Berte, son épouse, dame aussi distinguée par sa
■ piété que par sa naissance. Ils consacrèrent l'un et l'autre une partie
» des biens très-considérables qu'ils possédaient à la construction de
V deux monastères qu'ils fondèrent dans les états de Charles, roi de
« Provence i» (I, s60- Et plus loin, après avoir rapporté la capiiula-
le ms. de Paris. Mais lors niêm« qu'on ne tiendrait pas compte de ce dernier
vers, que je recarde comme parfaitement authentique, Il n'en serait pas moins
clair que aans Ta pensée du poète le Charles Martel, adversaire de Girart, avait
un aïeul appelé aussi Charles Martel.
I. Vaissète^ Hist. de Languedoc, I, jCt. — 2. Vaissète, 1, ^6^.
j.De Wailly, Eléments Je paUographu^ I, 272; Andreoli et Lambert,
Monographie dt Saint-Siffuin dtCarpailras^ p. 22.
4. Baloze, Capit.^ \, 1468 ; Vaissète, 1, s(3\.
\. Annales de Saint Berlin, à Tannée Û70 ; édii. de ta Société de l'histoire
de France, p. 219-20. Cf. Vaissète, 1, 577 ; Dûmmier, Geschieku rf. Oslfrankis-
ihcn Rdchiy I, 748-9.
6. Hist. dt Boargogae, I, 1 }y-6. — 7. ll,43J-4.
LA LÉGENDE DE CIRART DE ROUSSILLON I77
■ bon de Vienne : « Gérard et Berthe se retirèrent en Bourgogne où ils
« avaient des biens considérables et où ils fixèrent leur demeure » (1, 577).
(krard et Bmhese TtliTercnt en Bourgogne t Mais nous n'en savons abso-
lument rien, aucun texte ne nous le dit ; c'est Vaissète qui imagine ce trait
d'union entre Girart, comte de Provence, et Girart, fondateur de Po-
thières. En résumé, le rapport entre les deux personnages se réduit à
ces trois faits : tous deux s^appellent Girart; tous deux ont vécu sous
Charles le Chauve; tous deux ont une femme appelée Berte. C'est à
peine suffisant pour constituer une présomption en faveur de l'identiié.
Si le Girart épique vient du Girart comte et duc de Provence, il a
bien changé sur la route. Car il n'y a point de comparaison entre les
guerres longues et acharnées que raconte la chanson et la lutte d'un
instjnt qui s'établit en S70 entre Charles le Chauve et le comte et duc
Girart, pour finir, peu brillamment pour le second, par la capitulation
de Vienne.
Aussi, pour donner au rapprochement une base un peu plus large,
a-t-on eu l'idée de faire intervenir un comte Girart à qui Charles le
Chauve, en 867, enleva le comté de Bourges pour le donner à un cer-
tain Egfiid. Girart résista, Charles vint au secours d'Egfrid et mit à
feu et à sang le Berry, sans réussir à en chasser Girart. « On prétend »,
dit D. Vaissèie (I, 574}, que ce dernier ^Girart comte de Bourges) est
le même que Gérard alors duc de Provence •>. Voilà au moins de la pru-
dence. M. de Terrebasse en a montré bien peu lorsque, identifiant le
comte de Bourges avec le comte de Provence (et par suite avec le Girart
épàquei, il a écrit : u Nous avons supposé avec les meilleurs critiques
• que Gérard, comte de Provence, était le même personnage que Gérard^
■ comte de Bourges... Quoi qu'il en soit, l'identité du comte de Pro-
< vence et de [celui de] Bourges nous a paru suffisamment démontrée par
■ la haine de Charles le Chauve envers l'un et l'autre » '. Cela n'est pas
sérieux, et M. Dùmmler^ a eu raison de s'élever contre cette confusion
de deux Girarts, qui n'ont en réalité rien de commun.
On a été plus loin encore : comme il y a un comte de Paris du nom
de Girart., qui paraU dans l'histoire en 8j7 et 840, on a voulu l'identifier
avec Girart comte de Bourges, Girart comte et duc de Provence, et
Girart fondateur de Poïhières et de Vézelay î. Ce Girart en quatre per-
lonnes est de pure fantaisie.
En résumé, il n'y a d'assuré que l'identification du Girart fondateur
de Potbières et de Vézelai avec le Girart épique.
1. Girard de Roamllon. Lyon. 18^6, p. xxii)-xxiv.
2. (k$chi(htt à. Oitfrankisckin Btichs, I, p. 797.
|. A. de Terrebasse, Gcrard de RoussHton^ p. xiij.
AMUflM, VII
12
178
P. MEYER
INCIPIT PROLOGUS
1:1 VITA TtOBlLISSIMI CQUITIS GIRARJUI DE ROSSBLLON.
I. [Gjesia' nobilissimi comiiis Cirardi de Rossellon, quanquam jubi-
liilorio favore in populis ubique multipliciterdivulgentur, eaque nimirum
admirando lum triumphalibus ingentium bellorura preconiis, lum specta-
bilis nobiliutts magnificeniia, fama celebri ubique volitante, admodum
aitollantur, nos tamen« hïs omissis, ea dumiaxat que ab antiquioribus
nosiri[sj veraci ac simplici relaiione didiciinus, brevi compendlo, memorie
profulura postcriorum, scripio iradcrc, Deo coopcranic, dccemirau$.
3. UiilLimum esi enim ac jocundl&simum, ut ait quidam, litterarum monu-
mcniis personarura pretereuntium actus nescientium oculis offerre, ut, si
fîdes adsit scriptis, id^em] sit légère quod videre. ^ Claruil autem idem
preclarissimus vir, sicui hystoria' annalium cronicanim séries liquide de-
palat, sub .iiii'^. rcgibus Francie, Karolo videlicetprecelleniissimo, Ludo-
vicû 6Hq ejus atque Karolo Calvo, ac filio ipsius Karoli Lodovico.
Incipit viu cjusdem.
4. Nobilissimus igitur cornes Girardus civitate Gallie Avinion nuncu-
paia, super Rodanum siia, oriundus fuit, Drogonis illusirissimi consuUs
filius, nobilitaiem sue stirpis nobilitate iilustravit excellentissimi operis.
5. Insignis equidem in humanis, sed insignior efTulsit in divinis. 6. Jus-
ticie reciissimus cultor, injusticie sevissimus expugnator, predonum et
furuin efficax utior, pauperorunique Chrisii piissimus tutor ; in bello vicio-
riosus, quoniam in cuku erat studiosus; cenobiorum devotissimus
struaor, inopie indigentium hylaris largitor; procerus corporis sutura,
elegans toiius ejusdem corporis figura - valitudine animi et corporis
robustus, armis miiiiaribus prestans ac sirenuus; in curia regali eminen-
tissimus, consiliis et prudeniia admodum [f. 2 b, subiilissimus, patrimoniis
magne heredilatis aftiuentissimus > ; denique maximam partem Gallie
jure hereditatio possidens, earaque mirabili jusiicie regens jure, feli-
cibus ac prosperis actibus usquequaque proficiebat. 7. Cui feiici connubio
nobilis eque puella nomine Berta conjungitur, Hugonis Senonuro comitis
filia, non disparibus natalibus procreata, specie admodum clarissima, et,
sicui génère, iia morum nobilitate egregia. Rex quoquc P'rancorum
tCarolus Calvus alteram sororem ea juniorem, nomine Eloysam, regali
pompa, sublimi conubio in regno sibiconjunxerat.
I . Ici comme dans tout le reste àt t'auvre, U lettre initiale n'a pas été cUcalie,
— 2. Il faudrait hyslorw, d'après Utriiduction. — j. // manque p.-i. ici ^q. motSf
wir ta traduction.
U LÉGENDE DE OIRART DE ROUSSILLON
179
\Fol. aya,] Ct commance U vie deCirarl de Rossillon^ translatée de latin
m ft'ançois.
I. Ce sont )i fait dou très noble comte Girart de Rosillon. Je saî * ce
qu'il soient publié par louz leus es pueples en maintes manières, par
ouiroy de ses enemis , et soient eslevé men'oilleusement ensemble
les loanges des granz victoires, la celebrable famé ponant par touz
leus, toute voie, ces choses laissies, je sai ce que sa très granz
noblesce soit mont a loer, nous avons proposé bailtier briement en escrit,
Bi l'aide de Deu, ses faiz, por racontera la mémoire desensiganz, entele
manière seulement comme nous l'avons apris des anciens par lor simple et
verai raponemem. 2. Quar, auxi comme uns prodons dit, très profitable
tchose et très esjoissable est baillier as eulz des non-saichanz les faiz des
enciens trespassez en escrit de lettres, pour ce que, se li foiz est es
cscrîz, celé melsmes chouse est lire que est veoir. }. Cîz très nobles
' bers resplendit, auxi comme ti ordenance de l'estoire des croniques de
'cbascun an lou deraosire certainement et cléremeni, dessouz .un. rois
de France, c'est a savoir Charle le très vaillant, if. 2iyb) Looys son
61 »
^. U diz Girarz fu nobles es humaines choses, mas il fu plus nobles es
cbouses divines. 6, Il fu très droituriers garderres de justice et très
cnjcx vaingcrresî des desloiautez. U fu très bons vaingcrres de larrons
|Ct de preors et très piteux deffenderres des povres Jhesucrit. Il fu vain-
querres en bataille, quar il s'estudioit adès en honorer Deu. Il fu très
devoz apparoillerres de abbaies et liez donerres a la chetiveté des povres.
Il estoit Ions en Testiint de son cors, et la forme ansivoit tout son cors.
It e«ioii fors par valor de coraige et de cors, et miez vaillanz et nobles
en armes de chevaliers. Il estoit très aparissanz devant louz en court
Lioial CI très sutieux mervoilleusement de consoil et de sapience. Il estoit
tirés habondanz de grant heritaige en patrimoine et ploins et refaiz de
[pant masse de rîcheces. A la fin il ponenoit par droit heritaige très
Igrant partie de France, et govemoit iceli par mervoillable justice, et pro-
^feaoit partout en faiz beneûroux et propres. 7. Une noble pucele ygauxa
lui li fu donée par loial mariaige, qui avoit a non Berthe, fille Hugon conte
de Sanz» qui estoit née de nobles genz, plaine mervoilleusement de granl
biauié. Et auxi comme elle estoit noble de lignalgne. ele (/. 217c} estoit
noble de bones meurs. Li rois de France Challes li Chauves^ l'autre seror
i. kt et aiiUuts je sai at pour ja soit. — z. LataiK; nir le latm. — J. Coff.
ninqunrn (expugnator)?
a»
■HOBi farrrfia ^ Hjb rex, &tti
fOu
, aai
M. AI Or,
et wcaâée
li-
, a«l vie
ttbat. 14. Umt fcro 3h» JBorteiwH «c
■MM jcqiîrebst.
M Mifiri opent
pnipnB niMens con-
CtOB ([Wliflll TÏCÔ-
ane ectocti, dB^gcft-
1$. O iefix nmiBm et
pMciotSy vcfC bwiiSlMM vfilas ^oa pruBCrctur re^n cdcjte desdcnts
joUMm! 16. Istt nanqoe Ycnenbâes oobâitate ppnàem pnâçm
pmm^ ted «mon devoboae conSs h—ilBiî fla^db tdnjiw kNig^
nMcr citigjwDt eos Dd, îgnc iwirgrt'wit et
dfgai HOR imrcnti D«o.
17. Trantaciu auicm .vii^**. annorum curriculis, Spuitus Sancii sepd-
fonnis kjrismatibus jam afîadm imbuti, insignes beremite Deo dignam
pcniientiiirn perhibemur exercuisse. 18. Siquidem. illo disponenie ac
coopérante in cujus ditione unîversa consistunt régna, et sine cujus nutu
nec fûlium arboris nec unus passerum solo proruunt, talî lenore celitus
ffleruerunt, rcgina mediante, ad propria revocari, juxta illud Daviiîcum :
Dominas erigil elisoSt Dominus solvit comptditos*. 19. Adveniente igitur
ccleberriraa soUeoipnitaie sancti Spiritus Pentecostest (/. 2 c] qua rex,
r. Mi. coniinnata, — 2. Ms. in quantum; £/. Up
Mt. uadcque. — 4. Ps. CXLV. 8. — j. Corr. Pi
français neant*pourveu. •—
■•enlecostcm. "
LA LÉGENDE DE GIRART DE ROUSSILLON l8l
maindre de celi, qui havoit Tion Aloys, avoit prise a feme par leal ma-
rïaige. eT havoit mis en son reaume a grant compaignie real.
8. Entre ces choses li pères et la mère d'iceles furent mort. Très
cruex tançons, ploinnes de pleurs et de larmes, muit entre le roy et
Girart, de quoi sont meii tante péril, tant millier d'ommes detrainchié
et occts(t), tante mur trabuchié et tanie maisons arses, que nulc
langue d'omme nou porroit raconter. 9. Quar li rois, orguilleux por ta
bautesce de la seignorie real, faisoit folement panre la terre a lui par
droit de heritaigc, mas Cirart s'esforçoit auxi acquerrc la diteterre a lui por
raison de l'ainznée fille. 1 0. Après ce, par aucune mauvaise fainte ploinne
de barat d'aucuns mauvais faite contre Girart. li rois iceli neant-porveù
gita en chaccnt fuer de son reame, et le giia fuer de sa terre nalivel, et
mit fuer de sa propre possession. 1 1 . Mas li dis Girarz mit s'esperance
en Deu et il fu couver?, de l'ombre d^icelui, et ala en exil sanr paour,
ensemble sa femme ; et, auxi comme il est escrit de saint Pol te premier
bennite, il converti la nécessité de fuîr en bonne volante de peniunce.
12. El certes li diz Girarz ne fu onques cogneùz (f. 2i'jd\ de .vu. anr,
mas mena vie povre et aspre, alanz humblement et très dévotement par
les diz .VII. anz, par le quel nombre perfections est signifiée, iî. A la fin,
ou jugement de mervoillable humilité, il commença faire dévotement ce
vil mcsiier de charbon par quoi les huevres de févre sont faites, cl de-
iraihoit en apert et portoit granz charges a ses propres espaules, et
acqueroît son vivre en tel manière et en vivoit povrement. 14. Rt
certes sa femme aprit diligemment a taitlîer et a coudre, et acqueroît
aaxi sa viande d'un chascun jour. "if. Ha Dex! veraiement trop ben-
, eûreuse ci précieuse est la viltez de humilité par laquele la désirée hau-
' tesce dou reaume des ceaus est acquise. 1 6. Certes, cist estoient honorable
par noblece de très haut lignai^ ; mas il sont trové digne a Deu por la
très haute devocion de cuer très humble en soffrant longuement de bon
coraige les tormenz de Deu qui tes chastioit, et sont examiné par le
feu de purgacion et d'esprovement.
17. Lou temps des .vu. anz trespassé, li noble hermiie sont reampli
errament de la grâce et des dons dou saint Esperit, quar il orent faite
digne penitance a Deu. 18. Et certes icelui ordenant et facent en la quel
seignorie tuit li reaume sont, et sanz la quelc volante une fuellc d'arbre
ne une (/. 218 a) passerote ne cheent a la terre, il desservirent en
tel manière estre rapelé a lour propres chouses a l'aide de Deu par la
reyiie, selonc ce que David dit : Nostres sires adresce les malmis, nos-
trtx sires desloie Us amprisonez. 19. Dont, quant celé très celebrable
feste de Penthecoste vint de la sollempnité dou saint Esperit en U quele
li rois havoit apelez touz ses princes por faire grant soilempnitl a jour de
court real, Girarz, ensemble sa femme, en habit de povre mendiant, se
iSl p. MEYEB
convocaiisuniversisprimoribussuis, regalis curie magnificentiasoUempni-
zabat diem, Girardus, una cum conjuge sua, sub habitu peregrino. assumpia
specie mendici, v-igilia ejusdem diei, Parisius, regine se ipsum clam mani-
festai. 20. Acilla,eocognito. pietatisatfectucommoia, lacrimabili voccin
ipsum imiens atque inter ipsa mutue complexionis oscula, de serons sue
cominuo sctscitatur sospitate. 3i. Qua adduaa et cognita, invicem diu
multumque collacrimanies, fit inenarrabile însperate agnîtionis gaudium.
22. Porro regina, illos apud se clanculo habundantissime rccrcans, cadem
nocte conquerendo, suggerii régi de injusta Girardi persecutione ac de
sororis sue miserîa et proscriprione, se nimis inde grave sub peciore
vulnus habcre'. 2;. Rex autem divinitus compuncius ait illi : a Faleor,
■ inquiens, continuus dolor et ingens tristicia animo meo insident tam
V fidelem michi nosireque reipublice utillimum ac probatissimiminugaci-
« tate deroganiium tamdiu amisisse. Sed, si alicubi fonuilu invenirentur,
« el gracie nostre sueque possessioni redderentur. n
24. His regina auditis eisque préparais ac preciosîs vesiibus indu(c)tis,
mane ipsius sacraiissime diei conspectibus régis jam ad ecclesiam pro-
gressuri subito eos représentât. 2$. At illi cominuo vesiigiis régis humi-
liter advolvuntur. 26. Quos ille agnoscens, statim divino nutu compuncius
lacrimisque pietaiis infusus, e vestigio illos a solo élevât, ac bénigne
complectens dulcibus eos aloquiis mirabiliterdemulcel, cunctîs pnmatibus
Francorum illo aslantibus atque stupentibus. 27. Deinde, Spiritu sanclo
septiformi inspirante, rex commîssa, licet colloquentium dolo concînnata,
eis clememcr indulget, universisque congaudentibus gratiam suam et
honores pristinos iili magnifiée restituit. 38. Igiiurheroesnobilissimi, rega-
libus magnificcntiis optimatumque exeniis admodum honorando ditati ac
multitudine obsequentium stipati, ab urbe digrediuntur regia, cunctisque
faventibus, cum muha gloria, remeant hylares ad proprîa. 29. Quibus
advenieniibus universi caiervattm obviam ruunt, singulis eos amorc
flagranti complecti sibi gestientibus, quoniam proprios patemos tanquam
carissimos quos tandiu lugubri desolatione olim adesse defleverant, nunc
[Dec] propiciante desideranter respicicbant '.
?o. Predarissimus iiaque cornes, rccepta terra propria, cepit hane-
lanii studio piis operibus efficaciter insistere, que uiique illum heremas
t. Haamùre.
J. On pourrait corriger recipiebani ; e'ttt u fB'tf /a U traducltur.
LA LÉGENDE DE CIRART DE ROUSStLLON l8j
manifesta a U reyne celéemenc a Paris, la voille dou dit jour. 20. Mas la
reyne, qoant ele le conuii fu roeûe par la perfection de pitié, et ala a lui
plonnt pt gémissant; et entre les baisiers de l'entrechanjable embracement
entre lour, ele demande errament de la santé de sa scur. 21. La qucle,
qoant Girarz U amena ci ete la conut, il plorérent ensemble a la foiée et
mont longuement ; et fu anqui faiz mervoilloux joies de ce que il se
veoicnt et il ne se cuidoient jamais vcoir. 22. El certes la repe les
eniuena celéement avec li. et les fisi tenir a aise habondamment. En celé
meîsmcs nuit ele dit au roy en plorant et en complaingnant de la des-
lotal perfection ' Girart et dou chaitif exil de sa suer, et dist qu'ele en
esioit formant a mesaisc de cuer, et mont sovani li pansersli grevoit. 2j.
Mas li rois, painz ^ par la grâce de Deu, ii dist : 1 Je reconoîs que
« dolors et granz irisiesce est ( /. 218 M en mon cuer et jour et nuit
« coQtinués, pour ce que nous avons perdu tant longuement si féal home
« a moi très preudomes et très profitable a nostre chouse commune par
• U gengle des traltors ; mas se il pooient estre trové en aucun leu par
« aventure, il seroient restabli a nostre grâce et a lour possessions. »
34. Quant la reyne ot ote ces choses, ele fist apparoillier ices etveslîr
de précieuses robes. Au matin de ce très saintisme jour, ele présenta
ices soudainnement ou resgart dou roy qui ja voloit alcr a l'église. 2 i .
Mas cil se geiéreni errament mont humblement as pies le roy. 26. Quant
li roys les conuit, errament il fii meuz et poinz de la volante divine, et
ift) plains et habondanz de larmes de pitié. Il les leva de devant lui de
'tnre i it les embraça benignement et les essoaija mer\'oiIleusement par
douces paroles devant touz les princes de France qui enqui estoient, qui
mont s'en mervoillérent. 27. D'anqui en après, le saint Esperit qui ha
.VII. dons inspiranz, li rois lor pardona debonairement lor mesfaiz, je
sai ce que il i fussent continué par la boidie des traiiors, et lor restabli
sa grâce et lor premiers honors ; et cil qui le virent en oreni tuit grant
joie. 28. Donques li très noble compaîngnon, honoré par les granz
îfeangesdou roy et par très granz esiroines ; il se partirent de la cité
lieal et rcpairent (/. 218 c) par l'outroi et par le gré de touz, sain ei
laligreT a Jour paiis et a lor propres choses, a grant joie. 29. Quant il
firindrcnt en lor paiis, il lour corrurent tuit a rencontre en conpaingnies,
rd les ambraçoient uns chascuns par bone amor. quar il recevoient par
Caidede Deu lor propres seignors très chiers, les quex il havoient plorez
moût longuement desconforté, quar il ne savoient ou il estoient.
}0. Puis que li très nobles cuens ot receue en lele manière sa propre
terre, il commanca par grant estude entendre diligemment a piteuses
oevres les quex li hermiiaiges li havoit enseigniè, c'est a savoir lui giter
I. Cerr persécution. — 2. Corr. poinz.
iloB deoiibai freadere ec anu sac pqïaiimiit excrccre,
! ne tojpvcfn&diH cotMCBpsn aenoMo ■OwV. )4. De-
! qttOBdam impioc sot ngKSJtts oooqMKXS wwigiiw^ virosi utique
lirons y»caU> saaôos. qui rctenuD dtscordiaran nigas et rcdmn miaii-
1 aaninaria 'pnàaàam sepoha iteroi iMcr Rgem et Cinrdum ore
mtttdtafe itfmcar. j). Sîqnîdea, luipmr» testante, stcui
sobrieus bonorum ron^ntm] viaonim eâaa tn se et in aliîs insequitur
> et odh. ita et nonnunquam torpens contumacia * malignantium virtotum
^«xerdtia exosa habet et ejceaabilia. ;6. Inde est quod ab imtio quoque
impii pios insectantur et adversaniur, quoniam diverso tramite gradî-
umar, juxta iUud psalmiste : ConsiderM pictàtor justum ei qusriî monip-
cart tiim^. ;?■ Rex autem, deroganiiuro temeritati nîmie credens^
Girardum deinceps non letù oculis intuebatur. )8. Quod héros pruden-
lissimus animadvertens, pacifice secessil m sua. ^9. Igitur, causis
utrorumquc ventîlando dtscussis atque tandem turbatis, precipue ob
b|>atrimonîa conjugum, rex atque Girardus infederaii ab invicem disceduni.
40. Rex» auteiii aniino etTeratus felleque amaritudinis indignando
succensus, exerdtu in unum coacto, Girardum omnimodo pertinacher
persequi parât. 41. At ille prenoscens, ascîtis fidelibus suis et precipue
regibus Hyspanie consanguiniiate sibi propinquis, oppida sua firmiter
munit atque regem sccure operitur. 42. Rex ergo, invidia^ niaxirae
ducatum gerente, moto oiagno et forti exercitu, lerram ipsiuâ drcum-
I. hU. conlumita — x. Ps. XXXVI, ja. — 3. Ms, Res. — 4. Corr. iaTÎ-
diam m. d. fhabendi]?
LA LÉGENDE DE GIRART DE ROUSSILLON |8Ç
sovani en oroitoni , sovante foiz geuner, securre piteusement au besoing
les povres, resplendir par équité de droiture, entendre diligemment a fiairc
abbates, et as autres vertuz dou saint Esperit entendre pardurablement
sanz cesser. 3 1 . Et certes Berthe sa femme honorable, resplendissanz
par dignité de prode femme, ne laissoit pas por ce qu'ele ne se travaillast
acostuméemeni et par grani désir as oevres de pitié. Ele s'csforçoit
aucune fois avec Marthe d'amour le commun ministère, c'est a savoir ou
servise des voves. des orfelins. des povres et de ces qui Deu servoicni
cntendiblemeni. et minisiroit a Deu en tel manière par grani cure; et
aucune foiz seoti avec Marie as ptez Jhesucrit el (f. 218 d\ ooit la parole
d'icetui et arousoit ses piez par habondanccdcses larmes, ei lour donoil
bai&iers de pitié et les terjoit par les chevox de veraie devocion. ^z. Et
por ce que cist faisoient noblement ces choses et autres semblables, li
très granz ilaireurs et li famés de lor bone opinion fu espendue large-
ment par le monde.
)3. Quant U anciens anemis^ H deables, esgarda ces choses par ses
cniex eulz, enflammez contre ices por la boidie de sa malignité auxi
comme il est contre touz les autres preudomes, il appareilla forsenner et
frémir contre lor par ses pesmes denz, et se travailla panrc ices par les
armes de sa perversité, et enlacier par les darz de sa grant decevance. $4,
A la fin il esmuit aucuns mauvais parceniers de sa desloiaulé qui estoient
navré d'envie envenimé, li quel s'esforcérent par lor parole esquemenie
resviver les fronces dercchief entre le roy et Girart des ancîenes dis-
cordes, d les seroances revivables qui estoient ja pieça obliées. >5. Et
certes, si corn li escripture tesmoingne, auxi comme li atemprance des
bons guerroie et hatst en li et as autres le devorement des vices, en tel
manière aucune foiz U tiedes despiz des mauvais hatst habondance de
vertuz el tient a mauvais. 16. De ce avîem que li mauvais, dès le com-
mancement, guerroient les bons et lor sont contraire, quar il vont par
divers santiers, selonc ce que David (/- 219 d) dit : £i ptcherra tsgdrtU
U droitamt tt tfuifrt commanl U U paisu souimetre a ptchii. 17. En tclc
manière li rois crut trop a la mauvaise volante des traltors et ne retgar-
doit pas d'anqui en avant Girart tiement. 38. Quant Girarz, qui estoit
tréi sages. I*aparçut, il se départi paisiblement et s^en ala en son patts. $9.
Donques les causes de l'un et de l'autre encerchies en apaiunt et a la fin
troblteft, masmes pour les patrimoines de lour femmes, li rois et Girarz
le dcpanireni a b foiée unz trives. 40. Mas li rois crues en son coraige
et embrasez en desdaîagnant de feu de amertume, amassa son oet
' emnnhir et apporailb guerroier fenncment dou tout en tout tt> dit
Gsrirt 41. Haï qaant az lou sout. il appela toux ses féaux ci meesœ-
nent les rois d*£spaDigne qui estoient si cosin pruchien, et garni fcnne-
nem ses rtimraiii et atendi segurement te roj. 43. Donques h rois.
p. MEYER
B, beluina feritate pessundat, atque eum in novisstmo
Wpoaessîoms, circumfusis undique agminibus obsidet s miniuns
tts; ace eum ulla dedicione salvandum. sed, veluii impium pro-
i, MB «fan lerra, sed etiam viu privandum ; illo semper cum rege
i reMcnte.
v4). Ginrdus autem. convocatïs fidelibus suis, consulit quid in tam
ttrod âniculo resici agendum. 44. Al illis cum rege congredi deccr-
n«ibb«$, precipueque Fulcone nepote suo, viro ulique sapiente et forii,
insistente, quidam sapieniissimus senior, divinitus, ut creditur, inspiratus,
tàl illi : 45- « Non est, inquiens, congruunij 0 Girarde, ut homo contra
« dominum suum pugnare présumât, nisi causa inevitabili et eo prius
w convenio. 46. Dirige ergo aliquem fidelium tuorum ad regem domi-
t> num luura, et verbis humilibus ei offer iusticiam, et de objeciis tibi
t secunduro jur? leguro sciât te esse paratum in curia sua defendendo
■ 1/. ;1 pugnaturum, salvo nimirum honore tuo et vita, atque injuste te
V înscqui, ac jure tuo te velle uti cognoscat. 47. Si autem ex bis adqui-
« etcere noiuerit, tune omnes tibi 6deliter jam auxiiiabuntur. » 48. Misso
it»que nuntio, ac salutaio rege legaiioneque luculenter perorata, rex mox
ira effcrbuil, atque ipsura nuncium crudelioribus verbis vehemenier irri-
Uktum continuo jussit expelli, nimis minas Girardo incumulans, nec se
omnino quiescere affirmât, donec atrociori examinatione> illum interimat.
49. Quibus renunciaiis, prefatus senex sapieniissimus ait : aO.inquiens,
ti Girarde, este et crede satubri consilto tibi in posterum profuturo.
* )0. Mitte, inquam, iteralo ad regem, humiliora ac subjectiora, atque
n jusiiciam in curia sui ipsius offerens, salvo utique jure tuo et vita.
u il. Quibus si abnuerii, continuo de adjutorio surami régis confisus,
« bcUum pro tua defensione secure illi denuncia. j2. Omnipotens autem
« Deus pro tua justicia pugnabit. atque triumphalibus preconiis ubique
0 magnificubcris. » {j. Rex^, his auditis, vehementî carpitur ira inge-
minansvcrba verbis pejoraprioribus. 54. Igiturbellodenominato, utrinque
bcllicus apparat us copiosissime preparatur. jj. Itaque, luctuosa die illa
advenicnte, utrorumque acies ordinatim instnicte, agminibus junctis
lerribilitcr conserendoi invicem invehuntur. (6. 0 dies funebris et lacri-
mosa, dies horribilis et formidolosa in qua lanta exacta suni exicia, toi
defecta sunt capita, tôt ampuiata membra, lotexanimata corpora, tellus
i. Mt. onidet. — a. Corr. exaDÎmaiione? — }■ Il parait manquer ici un
mot; (f. U Iràduttio». — 4. Malgré f accord da uxti a de U iradunloa, U
pdtjU rtiJnqutr tnltt tttU phtau et la prUidcntc qutlquii lignes ou au moins ^aelquu
moli, pour faut savoir aut Gtrart^ suivant U conseil du vieillard, envoya pour la
ittwài /»« m mtuaga à Charlis. — j. Afi. conferendo.
LA LÉGENDE DB GIRART DE ROUSSILLOK 187
ieqael envie de bavoir le duchesme menoit, mit dessoz lui la terre dou
dit Gtran en degastant cnieimeni par son grant osi qui forz esloit, et
sssieja iceiui a granz compaingnies de toutes pare ou darrenier chastel
de sa possession, et le menaçoit de mon; et ne le voloit laissier par
nul habandonement, mas ii voloit tolir la vie auxi comme a desloial trai-
teur, non pas seulement tolir sa terre, je sai ce que li diz Cirart vousisi
louzjourz acorder au roy.
4). Mas Girarz assembla touz ses féaux et lour (J. 2 19 ^) requist entre
CM choses qu'il devoit faire en cest cruel article. 44. Cil li dicnt qu*il
looient que il se combalissent au roy, et uns siens niés, qui havoit non
Foarques, devant louz. A ce coniredît uns soux homs saiges et for/, qui
estoit velarz et très saiges ; et croit l'on que ce fu par l'inspiracion de
Deu. Iciz disi : 45. « O tu Girart, il n'est pas covenable chose que li
« homs se com[bate conître son seigneur, se n'est par cause qu'il ne
« puisse eschiver, et que il l'ait avant semost de paiz. 46. Anvoie don-
« ques aucuns de tes féaux au roy ton seignor et li offre droiture par
« humbles paroles, et saiche;s^ que tu es apparoiliez de loi purgier en
« deftendam en sa court selonc le droit des lois de ce que l'on te met
« sus, en tel manière que ta honors soit sauve et ta vie, et ce qu'il t'a
« guerroie a tort ; et qu'il saiche et conoisse que tu vues user de ton
a droit. 47. Et se li rois ne vuet faire ces choses, toutes tes genz t'aide-
a ront adonc fealment. m 48. Il anvoia en tel manière .j. messaige au
roy et lou salua, et quant li messaiges ot dite sa parole, li rois fu crra^
non forment courrouciez ; et quant il ot blasmé forment le messaigier
par cniex paroles, il commanda errament qu'il fust gitez fors bonteuse-
BCM, et ajosta menaces a menaces encontre Girart, et aferme qu'il ne
œnera jusqu'an tant qu'il ait occis lou dit Gtrart dou tout en tout par
and eiaminacion (/. 219 c\. 49. Quant ces choses furent racornies a
Gtnrt. rij] devant dit rieillarz très saiges dit : « O to Girart. entan moy
« eC croi bon consoil en quoi tu barras profit a touz joart. ^o. Anvoie
« enoores derechief au roy, et li offre plus humbles choses et plus sub-
1 jccies, ei &tre droit en sa propre con. sauf toute voie ta vie et ton droit.
■ f I . La qoel cfaose le il ne la vaet Caire, fie loi en Paide de Deu toreratog
• ivy, et S Brade losi parnasmenam lo«a ■rgurcitw b bataflle po«r
• uààeAsàn. 52. EtcaktaqscfitooipamauttStfcs le coarimn poor
• ta draiOffc. et lovealevezpiartoazteaspOBr les lottgea des victoires*.
)^ <^MB1 E rail d ce que Ginrz fi niaadoît, il fa pÛv de trét^Mt
jfc d Mwn Mt paroles pires des prewercs. {4. Aood^ms b dsumc
roy. ei fn btz iparaileBeaz dWe pan et d'xitre de
f 5. En td iwirrr^if— t dx îoarz pleins de
S a«z iRM ^ipirniK^ màewêtmrm d'tee p«t ci d^Htte,
A s'dmcaHrtrai iei GoanoÎKiBes a bfciée, <« fiem
befi^genn-
ymSbm
; RX <|Mqae IgPOwinicMo
■fge pRs£o K ooflDBdth.
TÎctiidbus
Kjnla n^ Aid Oanlid
Nonsthétur
Dâ Ginrdo iBad qood sequsnir
6i . Rex itaqne podoroa et àtàean aou ferens ami infomimi. mulô-
p6c3to neram exeratn GinnloD domo peraeqoi ac uldsd se d« itlo
prntare fesônat. 61. <^oà iBe audicns. régi prias humiliier justicia
obbla, Boa obtenu, defendere se, Deo protegoite, lorte beUica magnï-
6ce parat. 6;. Ergo ntroruniqae ranei nidûkxmnus Tementes ac acmer
axigressu duro gravique Mavone aliqaandhj irtrinque conflixere; sed
divinitus Cirardo iriumphus tnbaiiar, regaiibus terga dantibus, robus-
losque iaus cedentium lolerare )am non ^-alendbus, et sic predpiii fuga
diffughim. 64. Quid multa? sed ut mutta et magna pauds conctudam.
produnt non solum antiquiores sed N-ylgo concinnente publicarur quod
divereis urique locis et leraporibus ingentibus preliis invicem fere duode-
cies seu, ut quidam affirmant, trededes terribiliier conflixenint, acsi duo
maximi * ac feroci&simi leones, (^f. $ ^) a quorum rugitu hombili finitima
undique régna terriu» suni et commota. 65. Nam rex semper Girardum
pertinacherimpetebat.iUe autem robustissimesedefendebat, Deoqueauxi-
liante jugiteririumphabat. 66. Novisstme quoque eundem regera fiigando,
cecidit usque Parisius urbem, ac intra menia cjus îpsum cum suis manu
pervalîda virilitcr detnisit. 67. Rex vcro in sua pervicaci obstinatione^
i. Wj. pudure. — 2. Ps. XXXII, 16. —). Ps. XXXII. 18. — 4. Ms.
inmaximi. — {. Mt. territi. — 6. Ms. obstimjtioDc.
LA LÉGENDE DE CIRART DE ROUSSILLON 189
méat. $6. Ha Dex 1 ce fu jourz pleins de pleurs mortex, joun orhble
et pleinz de paor, en laquete tante tormant sont fait, tantes testes train-
chies, tant membre copé, uni cors mené a hn ■ en laquele \j terre fu
arosée habondanment dou sanc des hommes et fu coverte par dessus
(/. 3 19 fi) des charevostes des morz ! 57. Certes il se combatircnt en tel
manière moui cruelment. A la fin les compaingnies le roy commancé-
rent a flainchîr en cheani et enmoindrir pou a pou ; mas les compain»
, gnîes Girart prirent a anforcier mont formant, auxi comme par U force
de Ûeu, et envahirent cruelment lor anemis en guise de lyon. 58. Don-
qnes en la fin les compaingnies lou roy, qui ja estoieni iravailties par lor
anemis qui cruelment les anchauçoienl, lour toméreni communément
les dos et s'anfuoient par divers leus ; et li rois, pleins de irfis grani
honte despiteuse, s'en torna en fue confus et pleins de pleurs. $9. Mas
li cuens, qui fu de grant coraige, Ast soner ses busines et fisi retrairc ses
genz, qu'il ne vuet pas qu'il chaçoicnt lou roy; mas 11 fist panr;r]c les
richesces et lou gueaing, et s'entoma, ensemble grant joie de viaoirc, en
ion chasiel. 60. En tel manière Dex apropria convenablement en aucune
manière au roy Challe ce que David dit au psalme qui dit : U rois n'est
pas sauvez par sa grant vertu, et cetera^ et a Girart le sergent Deu avient a
bon droit ce qui ci ensuit : Esgardat U oil nostre Seignor sont sus cets qm
/ou doutent^ €\ cetera.
6 1 . Li rois ne soffri pas en tel manière la honte et la desloiauté de si
grant roescheancc (/. 220 a), mas assembla derechief sesgranj 07. por
guerroier Girart et se haste vaîngier cruelment d'icelui. 62. Quant
Cirarz 1*01, iloffri premiers humblement au roy faire droit par lui, ma»
il ne pout bavoir Totroi. Adonc il s'aparoilla desfendre couraigeuscmeni
a l'aide de Deu par bataille. 6 3 . Après ce, les compaingnies vindrent d'une
part et d'autre habandonnées, et assemblèrent cruelment et t'entrefe-
rirent longuement par dure et par grief bauille; mas la victoire fu donée
a Ciran par l'aide de Deu, et les genz le roy tomérent les dos, quar il ne
pooient ja sotlrir les forz cops de ces qui les detrainchoicnt, mas s'en
fooiem coitousement. 64. Por quoi vous diroie je plusors chows i mas,
por ce que je mete granz choses et plusors en petites, li veillart nou
dîeni pas seulement, mas est ja publié par tout le monde, qu'il se coroba-
tirent espeontablemeni a b foiée en divers lexu et en divers tans, en
granz bataille, a bien près .xu. foiz ou .xiu. foiz, auxî comme aucun
Paffamcnt, ciaini comnie .11. très grani lyon et très cruel, dou bruit
bonifale des qoez S prodaen reanne um esjMooié et escoaineu de loote»
,fsnt.6$. QaarSroHrcqoensitadèsGîrartcniefaBeatyetcâKdafcadort
[fcnemnem et vanqaoîi adte a l'aide de Deo. 66. Att derresier il dbaça
[lou roy nnqoeaenûdtédc Paris par grant proeaoe. 67. Kai li roii q«
pcascfcriM (/. 220 ^) es s gra» aafice apda tei laewjîgiwi a \im
190 P. MEYER
perseverans. accim cursoribus suis atque breribus schpiis eos bonerans,
mand:ii usquequaquc, dans tnulia donaiiva et infimta promittii' sti|>endia,
quaiinus de Girardo tam coniumaci sevenssime se queat ulciscï. 68. Cui
taJii aiutic exequenii, angélus Ooroini magna cam luce noctu apparens,
compellat eum bis verbîs : 69. « Noli, inquiens. 0 rex, contra Girardum
n dcinceps aliquid sinistiî machinari, nec eum uttehus deiiberes insequi,
o quonîam proteciione tuetur Altissimi. sed quantocius siudeas eum eo
« pacisci, quoniam opéra illJ sunt placîta divine majestaii. 70. Sin auiem
« contra hcc aliquatenus reniii conaberis^ supemi Ultoris manum atro-
" dus experieris tuendo. » 7 1 . Evigilans vero rex suis dïvinum oraculum
depalai, atque cepta inconsuhe decassans, Girardum ad pacem invitai.
7a. Quam ille libeniisstnie amplectcns, siatutoque die mullis dignîtatibus
hominum utnnque illic confluentibus, invicem rex et Girardus, commis-
sis induitis et veteribus querelis sedaiis, lirnio perpétue et sincère diiec-
tionis glutino invicem confederant, Girardo nimirum suo jure libère ac
quiète podente» et sic finis tam diutume comrovenie fuit.
De monasteriîs Girardi.
7;. Igitur Girardus, pace quîeteque tandem adepta turbineque bello-
mm, Deo opiiulante, adempio, quod olim pio versabai in pectore nunc
pergit exequi efticaciter opère 74. Siquidem duos libères genuerant,
Theodericum scilicct puerum qui infra spatium unius anni vica excedens
Innocentium turmis ipse innocens glomcratur in astris, pueltam etiam
nomine Evam que et ipsa parentum funera inmaturo obitu prevenit.
7;. Quibus defunctis ceperunt vehementius atque ardentius quod dudum
gesiierant mentis atfectu alacriter adimplere operis effectu. 76. Denique»
in honore .xii. apostolorum Christi, seuinsignumi. xii. triurophalium pal-
roarum quibus eos magnificavitchrisii clementia> .xii. decemunt construi
monasieria, quod et feceruni fulii Dei opère et gratia, tam uiique viro-
rum quam muHerum et diversonim ordinum ; in quibus videticet monas-
leriis duodenos dumtaxat servienles Deo constituuni, per singula dele-
gantes eis patrimoniorum ac rediiuum larga continia. ad^ temporaiis vite
futdcnda subsidia. 77. Siquidem inter alia cenobia duo condideruni
egregia, videlicet Vercelliacum et Pulteriacum, tum pignoribus sancto-.
rum inibi delaiis. tum privilegiis Romane iibenalis, circumquaque nobilia'
ac celebria. 78. In suburbio quoque Auiisiodorensi^ urbis construxerunt
unumf, sicut privilégia eorum produnt, quod modo quidem canonicorum
I. Corr. promittens. — 2, Ms. conad'is. — 3. Ms. insigne. — 4. Mr. ac. —
}. SuppUtî cenobium oa monasterium.
Là iJCEKDK DE GIRART DE ROUSSILLON I9I
faaUla lettres et escriz, et mada par umz leos, et donoit phiaon Mvdécf
A fnMMloit très grau laaka, pour ce que il ac peôftvaa^er croei-
■lent de Ginrt qaî ù wutnn fi sembkit. 68. Qnam il pomoît cet dioics
en grant angoine, G anges aottre Seignonr hd apanit de mit a graat
lao^erCy et Pesaigoa en ces sg»z porolei, et ti difl : c 69. O ts, rois,
« w panner pios deaoRBavaat auoin mal encontre Ciran, ne ^'*— ^'tf
« m loa goerraies plas, qaar Dex loa gvde et défient, ont panse ce»-
« mam. tn panes loa aoorder a Im. qnar ses oencs pbÎKnt a Den, 70.
« Se Oi t'crfjfffi oanm ce cb ancone manière, tn le coDpsvraf crwl-
« aeat, ethnan OeneapanrabTaÎBgenoe. Bji.LiFOÎss'esvoSacB
tel onniere, et devovri a ses genz le dcBonoresem de Des, et «e
falanna de ce qn^ haroii CBOoacnaadé sasz comoâ. et scMomt le dit
(^nitdepnz.72.(^aaicizroL îen fo moût fiez .flpnraBU ^ordepao,
aoqnd 3 ot manaes âpes penooes qaà -nodrest taqai &vBt fan et
d'antre. Lî ns et Gnrz Êrec paâ a b faîée de lor aadeaes qaerdcs
et se pardooéfcat toBZ me^mz^ ci Kntanboééab fciée fsrien apte
Ben de paduiaUe amoor: e oœC Gxrz jaâ&!gmsa^ àeàarrtmat ti
qiiW^tjnd son droit, et ex vl manert ^rm. ia. £ coKass /. 22:. r^ xfà
hamit dorés]
7). Adoac, qaat Ckmz cm yoDâiie fon e nctz nt Mpvenen a
Paide de Den, i tdci aoer a «eirï ce airl îavfâ: ça «x arnen pwié
I aoE putsa. aa, 'x 1 iavat eaçEaûrvz :_ «sànz c'etf
.L fi ^ âvnc a sac Tossaotï. x naes SsaK » ré àsdanr
Peapaoe d^ ac; i tant iiiinrnu eii aiMBez aa «au <x a tani^
pfâg^des l^Bcm:e mieiile mt la^c i asK E«£, Açuse fleva»-
dtt la BOft de bm yéae s fe k aers ssr snanue mur. '^ 'Viaff
Isr c^im iaetn. aect i emu'X'^Jt soc iiraeac «ejum arflEonenr»
fat ùk ât tevrt 2 sl'î. xannc «x c » VJ/sr^ vtré *x jmt
r. TEL £x  âx. ex i mor ua xi »iii«r*s xmkï Vsçiwar
on pov rcDHBgac sa ju. i'jzuifïï fi« «eauLt ac nuiz â ûSMin»'
laez de Des jes àvac naçnnic ir*3r iaoK t.i jonâusi < itt ît:»ar.
jilifa-. par rjBÔE ne Itsx c lar » çîïi» t*t jr^uft» wmaua t us
jacnda icnoes s ûi xbwsir^es u:as>k. as auct iunaust 1 19. a »»iir isr
'^**'— *. i rcarihpmr ^aor aeausneir &i )«*mik;. jmt '.PSi, ygr^t
et loviaDBKres SE «nr »mnaw» ç. 1^ une '-m^A. ae-iffx mauvtma
poar BBEianc £ pat acasonr rs, ueban ut a 'gt nsmvvsfi '" tanK
les attres maua i «x tnsir .1 mia «pstas c*** » jacvur i^raedi.
[/. aaa i:^ e rvassat. sneanoe |pan '.Haptst ut imat «hol joitma
e pDiîicges ce î awuir finie, fie lar ><mmk , < smx frs wnes
paiz nocae £ imwnny Tt I 'tnvtr aoa me at>Mi« fi«aa<i: « -^hê
tTAjcaerre, «nt ganoe.tfr y&«iey jg fii«iiaw>ii.y yi."iriiir, fie ^9»-
192 P- MEYER
est, et dicitur ad sanctum Petrum. 79. Item, atiud in diocesi Suesso-
nica', itidem canonicorum nunc vero secularium, et dicitur ad sanciam
Mariam> de Monte. 80. Item alîud in Flandria, canonici (/. }c} utique
ordinis, cujus quidem nomcn e:i mcmoria excidit^sed canonicos iliiui olim
conspeximus affirmantes esse Gîrardi alumpnos; de quo utique rnona^
terio quondam delate sunt Pulierîîs effigies angelorum pcrpulchre due
que inibi reverenter servantur. 81. Cetera vero monasteha nobii
quidem sunt specie incognita, utpote longe a nobis vel in superiori Bur-
gundîa sita, quedam vero, antiquitate ipsorum diruendo, deleta, vel
transpositis ordinibus commuiata. Si. Insuper eiiam adhuc quedam
feruntur in pago Lingonico ex monasteriis Girardi, sed quoniam inde niJ
certum nobis eiucet, maluimus potius coniicere quaro atiquid frivolum
inde prcsuracndo affirmare.
De miraculo Vercelliacensi
8j. Miracula vero que in constructione prefatorum primorum ceno-
biorum supema pîetas pandere voluit, nefas arbitramur reticendo
celare, quibus utique evidentissime claruit ipsa eadem opéra conspeau
divinitatis admodum esse placita. 84. Naoi, cum Verzelliacense monaste-
rium in summo collis vertiœ mirifico apparalu edificaretur, ac numcrosa
aniticum multiiudo efficaciter operi insudaret, venerabilis comitissa fer-
vore pietatis et devotionis medullitus succensa, intempesia noais hora
de accubitu thori sui clandestine consurgens, cum ancillis suis, in valle
que monti subjacet silenier descendens, arenam ad opus monasterii usque
ad cacumen montis, ipsa honusta cum pedîssequis suis sepius deferebai.
8f. Siquidem vulgi favorem respuens solius superni inspecioris oculis
placere desidcrabat, qui nonnunquam bona occulia potius quam pubïicata
approbat. 86. Ista iiaque fréquenter ea exequente, vir ejus, buraane
in6nniiatis zelolipia ductus, suspicari cepit ne aliquo sinistri operis nevo
irretiretur. H7. Ergo, illa exurgente sicutsoliloconsueverat, cornes paulo
post et ille assurgens explorare niiiiur quo illa tam sedulo secedebat. 88.
Jtla jam per declivis collis ascensum honusta sabulo cum ancillis suis regre-
diente, prospicit eam cornes eminus et agnoscit, intueturque îngentem dari-
latis celice splendorem super eam et in circuitu undique mirifice fulgentem,
atque a lergo illius virum clarissimum, qui utriusque manicascjus harena
utique refertas utrisque suis manîbus hinc et Inde sustentabat, et cum
eunte ibat. S9. Quo viso. Deo amabilis intellexii clara divini misterii id
esse prodigia, et itlam beatam îllustrari deifica gratia^ attoniiusque quant-
I
I
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U LfiGtNDE DE GIRART DE ROUSSILLON 19$
Doînes, que !*on dit a saint Pcre. 79. Derechief il en 6reni une autre en
la dyocise de Saissons, qui est de chanoines, et sont orendroït seculer ;
et i dii l'on a sainte Marie Magdelene dou Mont. 80. Derechief une
autre en Flandres qui sont ja auxi de Tordre dechanoines« et ne sovient
orendroït de lonr non, mas nous les veïsmes jadis que l'on les aferrooit
chanoines et norriz dou dit Cirart ; de lâquele abbaie de voir furent apor-
técs jadis a Pouteres doues mont bêles figures d'anges, et isont gardées
a grant révérence. 81. Les autres abbaîes nos ne conoissons pas, quar
des sont assises loing de nous ou en la soveraine Borgolngne, et
aucunes en sont cheûes et esfacies par l'ancieneté dou tans, ou sont
rauées par lou changement des ordres. 82. Anseurquetout aucunes des
abbajes Giran sont afermées estre anquor en la vile de Laingres. Mas,
por ce que nous n'an savons pas bien la certeneié, nous amons miez
taire que affermer folement aucunes choses frivoles.
Des raîraclcs de Verelay.
8). Il seroit desloial chose celer en taisant les miracles (/. 221a) que
Dexvout démontrer quant l'on faisoit les premières devant dites abbaies,
par les quex il aparut apertement que ces oevres plaisolent mont devant
Deu- 84. Quar quant l'on faisoit l'abbaïe de Vezelai par grant apparoîl-
leroentou plus haut de la montaigne, et il i heùst grant multitude de
mcsires et de ovriers qui se iravailloiem en l'uevre, li honorable con-
tesse, qui estoit anflamée en son cuer de favor de pitié et de devocion,
se Icvoii de son lit celéement, en la plus secrète hore de la nuit,
et descendoit celéement. ensemble ses chamberieres , en la valée
qui est dessoz la montaingne, et portoit mont sovant granz charges
d'arainne pour faire la dite abbaie avec ses dites chamberieres, jusques
ou plus haut de ladite montaingne. 85. Ele ne voloit pas la favor dou
pueple havoir, mas desirroit solement plaire devant Deu qui aucune foiz
ïoc plus les bienfaiz celéement que en commun. 86. Quar ele fasoit sou-
veniefoiz celés oevres en tel manière comme il est dit Ses mariz, déme-
nez par jalousie de humaine enfermeté, commança douter qu'ele ne fiist
enlacie d'aucune taiche de mauvaise oevre. 87. Donques, quant ele se
leva auxi comme ele havoit acostumé, li cuens se leva auxi petit après, qui
voloit encerchier en quel leu ele aloil si eni[ent]iblement. 83. Quant celé
repairoit ja chargie de sablon et montoit en la montaingne (/. 221 b), U
cuens la regarda avec ses chamberieres et la conut de loing. et regarda
grant splendor de clarté celestiel dessus iceli, et vit clanc mer\'oiltouse
qui l'anvironoit de toutes parz, et vitdarriers li .1. homme très cler qui
li sostenoit a ses mains d'une pan et d'autre ses manches, qui estoient
pleines de araine. et aloit quant celé aloit. 89. Quant li homs amez de
RomMia, VII 1 j
'Î94 P- MEYER
ocius' redit ad propria. 90. Qua po$t paululum ventente, mox ad ejus
corruit vestigia proprUque sinistre suspicionis contiens peccamiiu atque
certa béate visionis profen indicia. 91 . At illa, ocuiis cum manibus pro-
tensis, ad sidéra Salvatoris certaiim collaudat magnalia, qui sibi pccc«-
trici lam pia voluit conferre suflragia.
De miraculo Pultericmi.
92. Vencrabiles igitur conjugcs Girardus et Berta, amorc rcligîonis
admodum Hagrantes, erga divinum cuiium magno pie devotionis alTectu
ferventes, preceptis Christi avide, tote mentis adni&u, parère satagentes^
ad delenda utique prions vite errata, necnon ad capessenda future vite
premia, inhianieraspirabant. 95. Denique, sicut affluebam [f, j d} opibus ^
t[err]enis, ita intima cordis eorum referta erant thesauro bone voluntatis; ^Ê
nam.ui sacra scripîura sonat: Argumentnm vere dikciionis est exftibitio operis^;
eîDominusipseprotestatur:(^o<iuntJnquiî,«mi>iimif /nf«/(*di/«, michi
fechtis^. 94. Constat proculdubio eos valde Dec placuisse.pro cujusamore
lot domicilia^ famulantibus ej condidisse. 9^. Et quantum ilios dilexit
rerum exitus evidemer indicavit. 96. Dum itaque monasterium Pulte-
ricnse. nobilius utique atque copîosus aliis, utpoie in eo post mortem
ambo turaulandi, edificaretur, atque jam a solo Celsius venustissime ^
emergeret, et non solum ocuiis inspLcientium,verunietiam,utreor, Divi- ^|
niiati placeret, supema clementia inibi ostendit prodigia quibus dantur
indicia supeme pietatis ibidem adesse suffragia. 97. Heroes etenïm pres-
tantissimi, ob magne devotionis et humilitatis insigne precipum i , propriis
humeris aquam ad opus cementi scpius convehebant. 98. Amiquus
autem hostis tante humiliiaii suatim invidens^ frendebat deniîbus in eîs,
acaliquidprestigium sue malicie concinnare machinans nititur. 99. Oeni-
que, cum die quadam ambo ipsi vcnerabiles limpham in unovecte affer-
rent, comitissa que preibat, offenso pede, zabulo insidiante, corruit, sed
illico divina opis afTuït, nam, ipsa labente, contus quo aqua ferebatur
repente in aère cum ipso vase inanis stetit, nec aqua que inerai omnino
eftluxit. 100. Tune cornes iltuminatis ocuiis videt angelum veaem
superne reiinentem, et comitisse surgentis humero illum împonentem;
qui statim ocuiis roirantium evanuit. loi . At illi, alacrcs de visioneange-
lica oppido elfecii, certatim Salvatoris coilaudant boniiatem, cujus um
evidenti indicio erga se experiuntur pïetatem.
I. Mi. Quam tolîus. — 2. Il y a dans la Bibie plusieurs passagts oà cette iiU
est exprima, mais la citation nest pas textutJU. — ). Matt. XXV, ^o. —
4. Suppl. (visi fueruati? — j- Corr. preceptum?
LA LÉGENDE DE GIRART DE ROUSSILLON T95
Deu entfndi que ce estotiverais dcraonsireinenz de divin mistere, et que
ccIe cstoit beneùreuse et environée de la grâce Deu^ H fu esbahiz ei s'en
repaira plus tosi qu^il pout a son bostel. 90. Quant celé vint petit après,
il li conit errameni au devant, et li reconuit ses propres péchiez de la
mauvaise soupeçon, et ii dit certains demonstremenz de la beneùreuse
i.tnsîon. 91. Mas cele leva les eulz et les mains as ceaus, et looit mont
fomam nostre Seignour qui havoit velu doner a li pecberresse si piteuses
aides.
Dou miracle de Pouleres.
9i. Li noble compaingnon Girarz et Benhe esioient mont bon flairant
par Tamor de religion, cl estoient mont fervanl ou servise Deu par grani
atfenion de piteuse devocion, et s'esforçoient obéir as commandemenz de
Deu par Taforcement de toute Jour panssée, et se travailloîeni esfacier les
mesfaiz de lour première vie et commant il peussent \j. 11 1 c) bavoir les
louiers de ta vie perdurable. 9}. A la fin, auii comme il habondoicni des
richescs icrrienes, en tel manière li arche de lour cuers estoit ploine dou
iresor de bone votante ; quar, auxi comme la sainte cscripiure te dit, li fait
ai Vuevre est bons argumenz de veraU dUection ; et nostres Sires melsmes
le tcsmoingne qui dit : Ce <jue vos hanz fait a .1. de mes très petiz, vous
l'Ayez fait a moi. 94. Et est certaine chose sanz doute que cil pleurent
moni a Deu, quaril firent pour l'amour de lui maisons et i mistrcnt cels
qui le dévoient servir. 9s ■ Et que Dex les ama li fins des choses le mostra
apertemenL 96. Quar il édifièrent en tel manière l'abbaïe de Pouteres et
plus noblement et plus richement des autres, comme cele en que il dévoient
estre enterré après lor mon; et ele aparissoit ja très noblement et très
haut de la terre, et ptaisoit non pas solement a cels qui la veoient, mas
auxif comme je le croi, plaisoii a Deu ; la debonairetez de Deu monstre
enqui ptusors signes par les quex l'on juge les aides de ta divine pitié
estre enqui as requeranz. 97. Et certes li très vaillant compaingnon, par
lor très grant devocion et lor noble humilité, portoiem mont sovani a
lour propres espautes t'aigue por faire le mortier. 98. Masli anciens ane-
mij (/. 22 1 rf) 01 envie de lor très grant humilité ; il frémit par ses denz
encontre lour et s'esforce aucune mescheance continuer a sa malice. 99.
A la fin, un jour que li dui honorable compaignon ponoient l'aiguë en
.j. pal, liconiesse qui aloit devant s'escepa et cheï, quar li deables l'a-
Lgaitoit por li grever, mas li aide de Deu la secorrut errament, quar quant
tle chei, la perche en quoi il portoient l'aiguë se resTut soudainement en
l'air ensemble lou vaissel, et li aiguë qui estoit dedanz n'espandi pas.
100. Adonc li oil dou conte furent enluminé, et vît l'ange Deu qui retint
la dite perche et la mist sus Tespaule la contesse quant cte fu relevée, et
s'esvanoî errament des eulz a cels qui s'en mervoilloiem. loi. Mas cil
igî
p. HEYBR
De monte Latisco vel cistro ejusdnn.
102. Pulteriense autem cenobium situm est super flumen Sequanicum
secus montem Laliscum quem vulgus corrupte monUm Lascum nuncupat,
in cujus summo vertice oppidum nobilissimum Rosselton quondam * fuit,
quod quidem a Wandalis olim destructum' exiitit. loj. Dicitur namque
idem mons vel a laticibus fontîum qui sub ipso coite exoriuntur, vet a
latendo, quoniam nonnulli simplicium quedam archana dîcunt in eodem
monic laicre, affirmantque aiiquociens quedaui prodigia apparere et
multos thesauros ibidem repertos fuisse, sed et mutios inibi latere,
aliaque pêne incredibilia feruni ; que omnia utrum vera an ficia sint ipsi
viderint, indeque» judicare supersedeo. 104. Similiter eiiam vulgus
nostronim autumat nemus quod eidem monti subjacet a Girardo comité
glande satum fuisse 4, sed omnino frivolum est, quoniam inveniiur
scriptum beatum Lupum, Trecensem episcopum, antiquiorem valde
Girardo in eodem luco soliiariam vltam aliquandiu duxisse. 105. Qua-
liter vero idem Latiscense oppidum a barbaris otim captum fuerit, uipote
tam arduo jugo situm, sicut seniores nostri uno ore proferunt^ huicopus-
culo subneciere non pigebit. 106. Mons namque idem, uti oculis conspi-
citur, mirabili situ quandoquet eminet, partim naiura, partim quoque
humana factura constructus. 107. Sïquidem et vestigia murorum et
parieiine maceriarum testaniur patenter magnam et fortem hominum
(/. 4) habiiationem inibi fuisse. 108. Exercitus itaque Wandalorum, inter
cèlera malicie sue facinora quibus pêne orbem Gallicum graviter depo-
pulando pessundedit, venit ad Latiscence oppidum, quo muiti, eorum
metu, confluxerant, sed illud muniiissimum inveniens tum altitudine toc-
tum ambitu murorum, tum roultitudine bellantium, ab eo pervalida
manu repuisus est. 109. Rex autem eorum perpendens quod nec arie-
tibus, nec machinis aliquibus neque ulla vi cogi valerei, reticia ibi magna
pane sui exercitus, ut pervlcacïter obsideretur, ipse ad alia sevicie sue
scelera exptenda, festinat. 110. Cumque Latiscenses continua septem
annorum afflictione a barbaris vallati perlinaciter obsidereniur, jamque
tara diutina inclusione perthesi et inedîe necessitate afflicii de deditionc
tractarent, jamque sua seque barbaris dedere cogitarent, unus eorum
sapientissimus tandem taie consilium intulit : 111 « Tollatur n inquiens,
u laurellus et domi indusus triduo jejunet ; tercia vero die triiico habun-
I. Ms. quoddatn ; cf. la traJacûon. — 2. Ms. dcstniclus. — }. Le tradactear
parait aroir iti an t. s. aut i. v. necnc. — ^. il manque peut-itre kijaelquet moti^
iqunaim du Irançms qui amoindrit les choses devant dites. — ï- Corr. quadra-
toque? roy. la trad.
LA LÉGENDE DE G1RART DE ROUSSILLON 1 97
forent moui lié de la vision d'ange, et s'esforçoieni louer la borné
nostre [Sauveor], la pitié dou quel il cspruevent si sovant vers lour par
apen jugement.
102. L'abbaie de Pouteres est assise sur le flanc de Saingne, selonc
lou mont Lascous [sic) y lou quel li pueples apele corrompuement mont Las-
coas, en \a soverainne hautesce dou quel li très nobles chasteaux Rossil-
lons i\i jadis, et fu desuuiz des Wandres. ioî. El est îciz monz àh ou
de l'aiguë des fontaines qui essordent dessoz, ou deatapir; quar aucunes
amples genz dieni secrètes choses aiapir an celé (/. 222 a] moniaigne et
afferment aucuns signes aparoir enqui, et dient que maint trésor i hont
esté trové et qu'il en i a anquor plusors , et dient autres choses qui ne
sont pas de croire ; les quex choses, se eles sont faintes ou veraies, et se
il les hont veues ou non, ne vuil pas jugier. 104. Auxi li pueples dit que
li bois qui est dessoz la dite monlaingne fu semez jadis de glanz par te dît
Girart, qui amoindrit les choses devant dîtes, que ce est faux dou tout,
quar l'on irueve escrit que sainz tous, qui fu evesques de Troieseï plus
anciens de Girart, demora longuement en cel bois et mena vie solitaire.
10 j. Gommant iciz chasieaux fu pris des Wandres, comme ciz qui
estoit en si haute montaigne assis, je lou verrai mètre en ceste oevre
ansint comme nostre devantier le dient tuit par une meismes parole.
106. Quar iciz monz est hauz de regart, et est quarrez par mervoil-
louse assise, en partie par nature et en partie faiz par oevre humaine.
107. Les aparissances des murs et des iranchies demonstrent anquor
apcrtemeni le grant et le fort habilement des hommes qui fu enqui. 108.
Li oz des Wandres, entre les autres desloiautez de sa malice par les quex
il havoit sozmis a bien près toute France, en li grieraeni degastani 1/. 2 22 b) ,
vint au dit chaste! ou quel maint Frainçois estoient fol par paour, mas il le
trova mont très bien garni, a la foiée pour l'autesce dou leu, a la foiéepour
U force des murs, a la foiée par la multitude des habitanz qui se comba-
loient viguereusement. 109. Mas lour rois se porpansa que il par aucuns
angins, ne par perrieres ne par aucune force, |il| ne porroit estre pris;
il laissa anqui grant partie de son ost por ce que il fust adès asigiez, et il
s'en ala pour acomplir autres desloiautez qui apartenoient a sa cruauté.
110. Et comme cil dou cbastel fussent assigié cruclmcni et fussent
ancloux et lormanté coniinuelment desestranges par .vu. anz, et fussent
rebuchié par si lonc ancloement et tormanté par la nécessité de mesaise,
et tractassent ja et porpanssassent commant il habandonassent tour et lor
■choses as estranges, uns de lor qui estoit très saigeslour dona a la fin tel
conseil et lour dh : 1 1 1 . <f PrenezM. ihorel et l'ancloez en une maison et
geùnoit in. jourz ; au quart jour li doint l'on a maingier largement dou
fromant ; après ce li ovroit l'on les portes pour ce qu'il aille aval a l'aiguë,
auxi comme se il i estoit anvoiez pour boivre. » t tz. Laquel chose il
|()8 p. MEYER
<i damius sacietur; denique, adapenis portis, ut ad aquam inferiustendat,
tf utpote sitiens emiitatur ». ii3. Quod ita factum est. Emisso itaque
juvenco et a barbaris impetuose siatim in frùstfria discisso, reperiuni
alvum istius tritico refertum^ admirsiitesque adinvicem dicunt : 113.
« Frusti^ se diucius vexari ; opidanos situ [oci esse inexpugnabiles ;
«I alimeniis sacius habundantes, quippe cum aninialia eorum utantur
t( frumenti pabulo. d 114. CoIIectis itaque papilionibus sonantibusque
tubis' inde recedere festinam. im. Tune supradicius sapiens conci-
vibus suis dixit : « Si modo eos caute et prudenter inseculi fueritis, for-
u silan superare valebilis. a 1 16. At illi, sumptis armis, non caute sed
précipites irruunt, ac secus Gemellos non [longe] ab oppido eos conse-
cuntur, strenuissime aggrediuntur, bellumque ingens et horribileutrinque
committitur. 117. Laticenses autem, et diutina' inedia imbecilles et
numéro impares, paulatim ad oppidum reverii pugnando cepere. r 1 8. Ita-
que barbaris inmaniterinsisteniibus, portis oppidi apertis, simul pernuxtr
et cesi et cesores ca(u)strum ingrediumur. 119. Tune barbarea rabies
cruentis gladiis orones trucidât, voraci flamma omnia conflsgrat, menia
undique evertendo omnia pessundat. 120. Wandali autem inde digressi
in Galliam Lugdunensem, non multo post omnes fere mutuis gladiis se
invicem occiderunt, rexque eorum ab hostibus suis captus, ut hystorie
tradunt, crudelem vitam cnideli morte fmivit. 121. Oppidum autem
Latiscense postea reedificatum [est], sed non ea valitudine qua prius,
et a Girardo comité suis temporibus patemo jure possessum et propria
mansioneinhabitatum. 122. Vocatur autem idem oppidum, ut premisimus.
et alio nomine Rosillon, a quo Girardus corgjnominabatur, quamquami
alia oppida in superiori Burgundia sita eodem nomine sint nuncupata.
12$. Dicitur vero RoiiUon vel quia Ro dîcitur magister, Siïla autem fuit
olim quidam magister et consul Romanorum ante monarchiam impera-
lorum^ et ab eo RosUlon putant conditum et nuncupatum; seu ab ilia
avicula que eodem pêne nomine vulgo nuncupatur, que utique in
nemore subjacenti crepitando cantiiare fréquenter audiiur; sive quia
ro[s] illum montem frequentiori infusione irrigare solet, unde collis ac
jugi ipsius (/. 4 i) montis pinguior et fertilior aiiis nonnullis moniibus
comprobatur. 124. Secus istum montem vel oppidum cenobium situm est
Ptdttrias, quod dicitur quasi pulvtretn terens, quoniam luiosus^ est locus
ille, et cito hyematibus pluviis in paiudem convertitur. i2j. Est autem
locus ( amenus, aeri quidem pingui et salubri subjectus, aquis vero,
praiis. arvis. vineis, silvis, satis habundans.
I, Ms. turbis. — 2. Ms. diuiiu — j. Ms, quandam. — 4. Ms. luctuotus.
— \. Ms. cocus
LA LÉGENDE DE GIRART DE ROUSSILLON 1^
firent en tet manière. Quant il anvoierent lou (/. 222 c] thorel en tel ma-
nière li estrainge i cornirent et lou detraincberent errament en pièces ; il
ifovérent son ventre plein de froment, et se mervoillérent mont et dirent :
u 1 1 j. Nous nous fumes ici travaillié longuement en vain, quar li chas-
« teaux ne pouhoit estre pris par la iorce qu'il avoit de l'essise dou
u leu, et il havoient grant foison de viandes quant lour testes ne main-
« joieni que froment. » 1 14. U reculèrent en tel manière lour pavoillons
et sonent lour busines et se hastent de partir d'anqui. iij. Adonc li
saigcs dessus diz dit a cels dou chastel : *. Se vous les ansivez orcndroit
« soutilment et saigement, vous les porrei: par aventure sorroonter. »
116. Ci prirent Lour armes et s'en aloient, non pas saigement mas coi-
tosemeni, et tes aiindrent selonc les Gémeaux qui ne sont pas loing dou
chjistel, et les asaillent noblement, et hout enqui grant bataille et horrible
d'une pan et d'autre, i ly, Mas cil dou chastel, qui estoient foible pour
la longue mesaise et moindre de nombre, commancérent repairier petit a
petit au chastel en lor combatant. 1 1 S. En tel manière les portes dou
chastel furent overtes et li estrange les anchauçoient cruelment, et entrè-
rent tuit mellé ensemble ou chastel et cil eut Ton detraincboit et cil
qui les detrainchoient. 1 1 9. Adonc li forsennerie des estranges les detraîn-
cha touz (/. 222 d) par glaives ensanglantez, et abati les mureaux de
toutes parz et mit tout au dessoz et degasia toutes choses par feu. 120.
Li Wandre se partirent après ce d'anqui. et alérent en la partie de
France vers Lyon. Après ce petit de temps il se tuèrent a bien près tuit
entre lour par glaives, et fu iour rois pris de ses anemis, ansint corn les
estoires lou dient, et feni sa cruel vie par cruel mort. 121. Après ce li
diz cbasreaux fu reedifiez» mas il ne fu pas si forz comme devant ; et lou
tint li cuens Girarz toute sa vie de son patrimoine, et i demora comme
en sa propre maison. 1 22. Et est appelez li diz chasteaux parautre non,
auxi comme nous l'avons devant dit, Rossillons, dou quel Girarz fu nom-
mez, je sai ce qu'il hait autre chasteaux en la soveraine Borgoingne
qui sont nommé parce meismes non. i2j. Et est diz Rossillons auù
comme maistres de Romme. Quar Silla fu jadis .). maistres consoilliers de
Romme devant la seignorie des empereors, et cuident les genz qu'il féist
Rossillon et qu'il li meïsi cet non \ ou il est diz d*un petit oiselot que
Ton nomme vulgaument a bien près par cel meismes nom, lou quel on
ot moût sovant chanter en la silvc qui est dessoz ; ou pour ce que la
rosée Tarose mont sovant, par quoi l'on dit que la terre est plus crasse
et plus planteureuse (J. 12 i à) as costes et en l'aut de celé montaingne
qu'ele n*esi en aucunes autres moniaingnes. 124. Selonc ceste mon-
taingne ou ciz chasteaux siet est assise i'abbale de Pouteres qui est dite
auxi comme atraissant la poudre, quar li leus est pleins deboe et est tost
converti(e) en palu par les pluies d'yver. 12$ Li leus est deliciables, et i
300
P. MEYBR
De pugna secus Rossellon peracia.
1x6. fO]rta itaque dissensione inter regem ei Girardum, rcx Kossillon
eu m gravi niultitudîne obsidendo oppugnare aggreditur. 127. Conside-
rans ergo locum usquequaque inexpugnabilem dolo machinationis callide
eum tnagis appelere molitur. 12S. Denique, cubicularium Girardi clam
ingentibus donis et promissis pervertens, imempesiacujusdara noctishora
claves oppidi ab eo fraude $ubdola extorsil; qui statim eadem hora,
sumptis arniiSj cum suis omnibus, magno cum strepitu, castrum ingredilur.
129. At Girardus in turre excelsiori cum paucis quiescens. audilo
tumuhu, correptis ocius armis, multitudini ingredienùum se audacter
infert, ac per médium armatorum viam gladio aperit, multisque detrun-
caris foras libère exiliit. ijo. Equités itaque eum recedeniem insccuti,
sed ab eo confestim consiricii diffugerunt. aliquibus eorum peremptis,
ipse tamen ab eis vulneratus esse perhibetur. 1 ? i . Qui recedens, congre-
gata non modica militum turba, Rosillon calumpniari magnifiée parât.
i;2. Denique, decem armatorum mililum cuneum premittil ad portara,
ut hostes ad bellum contrahendo incitent, relique exercitu sub nemore
quod menti subjacet preparato. i;i. Rex vero, visis equitibus, manu
valida eos usque [ad] loca insidiarum persequitur; Girardus autem cum suis
hostes incautos' subito cxcipit, ac moreleonum in oves irruemium eos
concidere cepit. 1 ^4. Tanta ergo, tamque vehemens pugna extitit, tan-
[ta]que muliitudo cesorum ibi uirinque decidit, ut in valle que non longe
ab oppido ab Occidente distat, cruor pere[m]ptorum ad instar torrcntis
effluxerit, que utique vallis ex lune voce omnium accolarum adhuc vallis
sanguinotenta nuncupatur. 1^5. Considerans igitur rex tandem intolera-
bile sue gémis discrimcn, abhorrens quoque jam tante multitudinis necem,
pudore et ignominia confusus tcrga vcrtere hostibus non conctatur.
136. Videmes autem specutatores qui oppidum custodiebant regem hos-
tibus cederc>, timoré perterriti, Girardum nimium meiuenies, oppido
relicto et ipsi illico effugerunt.
De pugna secus Verzeltiacum fada.
I )7. [R]ex itaque pre ira ignominiosi pudoris fervens superbaque dedi-
• 1. Ms. incaptos. — 2. Ms. cccl'e, « ^lu donnerait ecclesie; m/w douu il y
avâù dans h ms. original ced'e.
LA LÉGENDE Dfi GIRART DE KOUSSILLON 201
ha bon air et sain, et est assez habondanz d'aiguës et de prei, de champs
de vignes et de bois.
ij6. Quant descorz fu meùz entre lou roy et Giran, ti rois assailli
Rossillon et l'asseja a grant multitude de gent, 127. Li rois esgarda
lou leu qui ne pouhoit estre pris en aucune manière ; il aparoille
cavillacions par barat, commant il peùst plus saigemeni grever le dit
Girart. 1 28. A la fin il perverti le vallet doudit Girart ccléement par
dons et par promesses, et toli a icelui par desloial fraude les clers dou
chastel. Un petit devant ta mie nuit il prist les armes erramem, en celé
meîsmes hore ensemble toutes ses genz, et entra ou chastel a grant
brut. 129. Mas Girarz, qui dormoit avec pou de ses genz en la
plus haute tour, quant il ol la noise il prist mont lost ses armes, et
se 6ert hardiemeni en la multitude de cels qui entroient dedanz,
et fist voie au glaive parmi les armez. Il en detraincha plusors et si s'en
(J. 22} fr) issi fors delivrement. 1 50. Quant il s'en aloil en tel manière,
aucun chevalier lou suiguérent, mas il torna errament a tour et en occist
aucuns. Li autre furent navré ei s'en foirent, et toute voie il fu navrez
d'ices. Ml. Il s'en ala et assambla grant compaingnie de ses chevaliers,
et s'aparoille coraigeusement chalongier Rossillon. 1 ;2. A tafm il envoie
devant une compaingnie de .%. chevaliers armez a la porte dou chastel
pour ce qu'il esmucvent lour anemiz a bataille par defuer, et li remananz
de l'ost demora aparoillié ou bois qui est dessoz la montaingne.
13). Quant H rois vit ces chevaliers il les chaça a grant compaingnie
jusques au leu ou li agaiz estoit. Mas Girarz ensemble ses gens re^ut
soudainement ses anemis qui pas n'esioient porveu, et les commance a
deirainchier auxi comme li lyon qui se fièrent aus berbiz. 134. Adonc i
ot si grant bataille et si cruel, et si grant multitude de celschaerent mort
enqui d'une part et d'autre que en la valée qui n'est pas moût loing dou
chastel et qui est devers occidant. ti sans des morz corroit en scmblance
de .1. missel, la quex vaiée est dite anquores dès celui tans de touz les
gaaingneors valie de sanc. 13t. Quant li rois esgarda adonques lou grant
péril de sa gent qui ne pouhoient soffrtr, a la (/. 22; ci fin il ot grant
borrour pour la mort de si grant multitude^ et fu confus et pleins de
honte et de despit ; il torna maintenant lou dos a ses anemis. 1 )6.
Quant les gardes qui gardoient le chastel virent lou roy fuir ses anc-
rais, il furent espaonté par grant paour, quar il douioient trop Girart ;
ii laissèrent lou chastel et s'en foirent errament.
De la bataille
1 57- En tel manière li rois fu eschaufez par grant yre de honte et de
despit et forsennoit par orguil de desdaing por ce que Girarz l'avoit
vaincu; il l'ist anoncier bataille a toute sa force, c'est a savoir en Val
20i p. MEYER
gnatione insaniens quod Giranlus contra eum prevatuisset, denundat ei
betium cum omni.sua virtute, in valle videlîcet Betun que sha est inter
moniem Verzeiliacum ei castrum quod Petra penosa nuncupaiur. 1 38. Al
vero Cirardus hec audiens, velut aper de silva feritatem, animum attol-
lendo, condpiens, exullai, ac libentissime huic allegattoni < annuit. 1 ^9.
Misit ergo ad patrem suum Drogonem qui tunc in Hyspania paganos euro
magna roulmudinearmatorum irapugnabat', ut illa expéditions dimissa,ad
eum omni apparatu rcverli festinaret ; 1/. 4 c\ qui videlîcet filïus Gondo
baldi nobilissimiacpoteniissimi régis Burgundiorum [fuh], de quoutique
multaîn hystoriis scripta inveniuntur. 140. Misit et in universos fines sue
ditionis que a Reno flumine usque ad Baonîam civitatem Hyspanie jure
proprio continebatur, cenium \'idelicet oppida munilissima ac fortissima
habens, necnon decem civiiates magnas et opulentas, que utique omnia
vel ipse vel alii ab ipso tenebant ; siquidera Flandriam ei ulia tnuita a
rege in hominium possidebat. 141. Inde ergo conirahens muUiiudinem
armatorum, necnon eliam reges Hyspanie affinitate sibi propinquos cum
magnis exercitibus secura habens, quorum uiique omnium summa cen-
tum fcre milium militum eleaorum perhibetur esse numerus. 142. Rex
vero contra Girardum frendens insania nimia, non dissimiliter et ipse ab
universis ditionis sue fmibus infmitam contrahens armatorum muttitudi-
nem, non rainonarli eque numéro electorum militum fultus, malle se
potius imerimi affirmât quam Girardum tam contumacem vivere sinat.
14;. Igitur, die determinato adveniente, conveniunt utique cum mulii-
ludine innumerabiii equitum ac peditum in predictum locum. 144,
Replentur montes et colles agminibus armatorum^ micat aer fiilgure t
splendcntium armorum, pavet tellus hynnitu-t horribili equorum fre-
memium, stupet celum tanta acie, tôt gladiorum tôt preiiosa chs-
pando vexilla ventilant, quibus nimirum omnibus terrentur nimium
humana corda. 14^. Igitur rex ira superbe indigfnajtionis fervens, Girar-
dum impetcre non cunaaiur. 146. Itaque, clangentibus utrinque bucinis,
sensum i prime acies terrifico impciu consercndo" commitium. 147. Si-
quide[m] humano furore invicem debaccante prelium pertinadier ingra-
vatur, terribiliter invehendo legioncs congrediuniur , acie ferre cor-
pora hamana atrociter dissipantur, cruore cesorum tellus supra modum
irrigatur, ita videlîcet ut fluvîus qui per eandem vallcro nando méat,
qui utique eatenus Ants nuncupabatur, morientium cruore incre-
verii, et a dolore cordis eonim videlîcet quorum amici ibi îniericrant
Core ex tunc dicitur. 148. Etenim eïs pervicaciter 7 dimicantibus et se
invicem immaniter occidentibus, supema pietas conduluit unte multitu-
i. Ms. allegaotiol. — 2. Ms. imgugnabal. — j. JlCr. fulguro. — 4. Ms.
hymoitu. — ^ It y a ict ^ue/^w fdutc, cf. te Uadaam. — 6. Mi. confcrendo. —
7. Mi. pemicaciter.
LA LÉCENDC DE GIHART DE ROUSSILI.ON 20)
Béton, qtii est entre le mont de Verzelai et te cfaasiel que Ton nomme
Pierre-penusie. i ^8. Quant Girarz oi ce, il s'esjoîsi forment et fu fiers
ea son coraige en manière de sangler de bois, et si s'outroîa mont
Tolantiers a ce mandement, i ^9. Adonc anvoia Girarz a Drogon son
père qui se combatoit adonc as Sarrazins en Espaingne a grant compain-
gnie de genz a armes, et li manda que taissast toute celé besoigne et
i'cn venist coiteusement vers lui a tout ce qu'il porroît bavoir de bones
gens ; et fu iciz Drogons filz dan Gobcn qui fu très nobles rois des
Bourgoingnons et très puissanz, dou quel l'on trueve maintes choses
eschptes as hystoires. 140. Il anvoia par toutes (/. 22\d) les parties de
la seignorie, la quel duroit dois lou fluve dou Rim et partenoit en son
propre droit jusques a Boemie, une cité d'Espaingne, et havoit cent
cbasteaux mont très forz et mont très bien gamiz, et .x. granz chez
mont riches ; toutes ces choses il lenoit ou autres les tenoit de lui, et
lenoit auxi Flandres, et maintes autres choses dou roy. 1 4 1 . Il trest d'an-
qui grant multitude de genz a armes, et havoit avec lui les rois d'Es-
paingne qui li estoient prucbain par afiniié, ensemble ses granz oz qu'il
bavoit ; et estoit ta somme de touz par nombre a bien près de cent mile
chevaliers esleuz. 142. Li rois fremissoit auxi par grant yre encontre
Girart. Il manda en touz leus ou il ot seignorie et en trest grant multi-
tude de genz a armes, et fu gamiz igaument a Girart en nombre de ctie-
vatiers esleûz, et afferme qu'il aimme mieux estre morz dou tout que ce
qu'il laissoit vivre Girart qui si est mauvais contre lui. 14;. Adonques,
quant li jourz nommez vint, il s'asemblent au dit leu d*unc part et d'autre
a grant multitude sanz nombre de genz a che\'al et de genz a pié. 1 44.
Les montaingnes et les valées sont pleines de compaingnies années de
fer, li airs resplendist por la clané des armeûres retuisanz, la terre out
paour pour l'espaontable if 224 di hynniement des chevaux, li ceaus
s'esbaïst par si grant ost ; unt précieux confenons de tante glaives veo-
letent et brueni en l'air ; por les quex choses toutes dessus dites li cuer
des hommes sont formant espaonté. et n'est pas mervoille. 145. Oonques
li rois, embrasez par yre d'orguilloux desdaing. ne demore pas qu'il n'as-
tailk Girart. i46. kn tel manière il sonèrent tour busines d'une part et
d'astre, et li premiers oz s'abandone très cruelmeni, et s'enirefierent par
mervoiliom arabniissemem. i47. La bauitle est agravée cruetment por
la fbrsennerie des boauDet qui lorseRDoient li un contre les autres ; tes
légions s'asembloiem e«pttow»Mawtm en a[n icontrant - li cors des boin-
mes sont cnielmcnt dfipgrié par fcr trainchant; ta terre est mervoillett-
aflowm coverte dou toc do mon ; c'est a nvoir en tel manière que fi
$vrt$ qui court par eele valèe, «pi otoit nommez jusques a cel tempt
d*adooc ^rm^crusi par tou «anc des aorz, et pour la doulor de cuer de
eds qui perdirent Una aan ^ farcni enqui mort il est nommez dès
a04 P- MEYER
dinis imeritui, ostenditque eis sutfragiuni sue miseratioms^ ut ternti dis-
cederent ab imentio[n]is sue perversitate ' . 149. Nam terra, nuiu
divine, sub pedibus eorurn, ut veraciter feront, horrendo soniiu titubando
contrerouii et vexilla utrorumque supemo igné accensa et incensa sunt^
quibus nimirum lerriti ab invicem recesserunt.
De lapsu et compunctione comitis.
ijo. [Sjicut opère preciura est et honorificura virlulcs commemorare
fideliuRi quibus eos in presenti divîna manus illustrando miriftcavit, ita
nimirum utile est et salutare casus infirmitatis eorum aliquando non
tacere, quatinus sublcvantis gratia amplius commendctur, ejusque amor
mentibus fidelium dulcîus inprimendo 1^. 4 d) radicitus infigatur, audîen-
tiumque spcs securius animando ad veniam erigatur. iji. Igitur, sicut
per veredicos relatores emanavit usque ad nos relaiio, hic noster patronus
hoste verconoso [?) instigante in quadam noxia camalis noxe coniagione
corruit, sed confestim illum divina dextera relevando erexit. 1 52. Nam,
sicut sacra eloquîa edocent. nonnunquam quo tempus institerit sanctius.
eo nequitia zabulî versucia seviendo impugnare solet fidèles acrius.
15). Cirardus itaque, priusquam superius laxatam > septennem peniten-
liam percgisset. in quadam sacrosancta Oorainice nativitatis nocte, noc-
lurni incentoris jaculis impeiitus, stimulisque vénerie voluptaiis irretitus,
juxta jura conjugum cum uxore sua dormire appetîii. i ^4. Quod illa, ut
decebat. vehementcr execrans, illeque pondus importunissime titillaiionis
ferre pêne non prevaleret, ipsa concedente cum ancilia dormire non
erubuit, veluti Abraham et Jacob cum ancillisdormiere, licet altéra alte-
rius rei necessitate. 155. Interea, venerabilis comiiissa ad sacras vigilias
surgit, accensisque cereorum luminibus. stipata obsequemium muitiiu-
dine, devotissime ecclesiam ingreditur. 1^6. Cornes vero post paululum
ec ipse assurgens, ad se tandem reversus, tlloeum respicientequi Petnim
respexit, cepit amare flere atque nimto merore confundendo conieri,
quoniam inimicus prxvaluisseï contra eum 157. Perrexit lamen ad
ecclesiam contrito corde, sed inirogredi non presumens, ad januas
tamdiu anxius stetit, donec sollempnia vigiliarum percomplerentur. 1 58.
0 ! quis exarrare sufficeret gemituum illius suspiria et singuliuum crucîa-
menta, lacrimarum inundaniium flumina frequentia, pecioris verbera,
assidua genuflexionum cur\'amina ! 1 $9. Comitissa vero toia nocte pro
eo lacrimas cum devotissimis fundens precibus. intimo cordis affectu
supeme démentie implorabai pieiatem. i6o. Siquidem his ita sincère
I Ms. pervcrwtalis. — 2. Cf. § \2.
LA LÉGENDE DE CIRAAT D€ M)USSlLLO>r Mf
adon Cort. 14S. Et por ce qu'il se coobaitoiem si pereevcreiBSMtt ei
s'entrodoient si cnidniem, Dex 01 pitié de la mon de s gram raiMsde
de gem, et tour monstra (/. 224 h' l'aide de sa mscncordc : il les
espjonta pour ce qu'il se pnisicm de leur perverse antencioo. 149. Quar,
auij comme les genz diem veraienjeni, la terre trembla desoz lor piei
par la volante de [>cu et sona faornbtement en chancelant, et Uconfienoa
lou roy et li Girart furent embrasé dou feu dou ciel ; por quoi il furent
espaonté mervoilleuseroent et se départirent d'une part et d'autre.
1 50. Auxi comme il est granz pris et honorable renommée remembrer
par oevre la venu des sainz hommes es qucx li aide de Deu les esleva
en enluminant en ceste présente vie. auxi il est profitable chose raconter
aucune foiz les mescheances de loor enfermetez, pour ce que la grâce de
Deu en soit plus loée, et que s'amour soil anfichie et enracinée plus
doucement dou tout en tout es cuers des feaux^ et que li espérance de
ces qui l'oent soit adrecie plus seûrement a venir a pardon. 1 p. Don-
ques, auxi comme li raporz de aucuns voir disanz a aponé jusques a
nous, iciz qui est nostres patrons cheï en une nuisable pansée de courpe
de char par Tesconmovement de l'ancien anemi ; mas la puissance Deu
lou releva et adreça par sa miséricorde, i jz. Quar auxi comme la divine
escripture (/. 224 c; l'anseingne, de tant comme li temps est plus sainz,
de tant la desloiaux boidie dou deable suit et $>sforce plus submectre
cruelment les preudomes a pechié. i^^. En tel manière, ainçois que
Cirarz heùst parfaite sa pénitence qu'il avoit taxée a .vu. anz, il fu
feruz des darz dou mauvais lempteor de nuit en une sainte nuit de la
Nativité nostre Seîgnor, et fu enlaciez des agullenemenz dou dclii de
luxure, et vout dormir avec sa femme selonc les droiz demariaige. r $4.
Laquel chose celé, ausi comme il esioit avenant, li devea cruelment;
et ciz qui ne povoit soffrir a bien près la charge de la très raalvaise et
neant-covenable teroptacion, n'out pas honte de dormir avec une petite
chamberiere par l'outroi de sa femme, auxi comme Abrahanz et Jacob
dormirent avec lour chamberieres, je sai ce que ce fiist par autre besoing
d'autre chose, tjj. Endementiers la honorable comtesse se leva et fist
alumer cierges et tortis ; ele estoit anvironée de grant compaingnie qui la
siguoieni auxi comme il covenoit, et entra très dévotement en Teglyse.
1)6. Et li cuens se leva auxi un petit après; et ciz le regarda qui
regarda saint Père, et il commença a plorer mont amèrement, et fu
expresscz par très grani plor en lui reprenant por ce (J. 224 d) que li
anemis Tavoit vaincu. 1 ^7. Toute voie il aU a l'eglyse par cuer contreim,
mas il n'osa pas entrer dedanz : il estut angoiseux as portes du mosticr
jusqu'à tant que la sollempnitez des voilles par furent complètement
chantées. 1 f 8. O Dex 1 qui so5roit a raconter les sopirs de ses gémisse-
206 p. MEnîR
orantibus hora imminebat, qua' misse prime sollemnia celebrari oponebai.
i6i. Intereavenerabilis Rerta in loco quoenixius orabat paulom dormi-
tare cepîl, utpote corporis et animi labore faligaia, soporeque levi corri-
pitur. 162. Tune illico apparuit ei juvenis quidam speciosissimus nitilo
splendore prefulgidus, dicens ad eam : 1 Surge. inquit, et vade ; die
« comiti pro foribus procumbendo pemoctanti ut fiducialiier ecclesîam
« îngrediatur, obsequia solemnitaiis auditurus, quoniam Domînus rex-
V pexit lacrimas et contricionem cordis illius, peniteniiamque ejus gra-
« tanter suscipiet j te quoque pro eo flagitantem gratia divina exaudivit. »
165. Angélus, his diclis, confestim fertur in astris', venerabilis vero
Bcrta illico evigilans, inetîabili gaudio lacrimlsque ielicie perfusa ac irepu-
dians, gratulabunda gratificas odas refert Deitaiis gratie, lam de prectara
angeli visione quam de optata viri sut salutatione, juxta illud apostolicum :
Salvabitur vir injiJdis per mulieT^m jideUm ». 164. Surgens autem, festi-
na[^ns] Girardum addit , angelicumque ei divini oraculi responsum * pandit.
16;. Quo audilOy uti humilîmus supplex adorai pietatem Dominï qui
sanat contritos cordtj ut psalmographus concinit), ci alligat conmtiones
(f. 5) eorum*^ et cîevat cadcnUm Je lacu miscrie et de lutofecis^ y sicuicnim
divina eloquîa perhibent, non longiiudo temporis sed sincera cordis
comrieio conciliât? penitentem Domino. 166. Itaquc heroes devotis-
simi, cognoscentes erga se clcmentiam Dei qui tam cite eis penitentibus
dignatus est propiciari, juxia illud Daviticum : Vohintatem timentium se
facict et deprecaùonem eomm exaudiet. et cet. •* indesinenter Domini magni>
ficant pietatem ac illius satagunl in dies adimplere voluntatem,illique faniu-
lantibus conferre helemosinarum largitatem.
De obilu eomm, et quomodo cornes Pulteriis translatas est.
167. Reverendissimi itaque adeoconjuges Girardus et Bcrta in stadio
1, Mi. que. — 2. Hexûmitre. — j. I Cor, VU, 14. Il y a dam le texte non
salvabitur, mais sanctificatus est. — 4. Ms. responsit. — 4. Ps. CXLVI. 3. —
6. Ps. XXXIX, î. — 7 Afï. consiliât. — 8. Pt. CXUV, 19.
U LÉCEKDE DB GIRART DE ROUSSItLON J07
oeor, les tormmz de ses sangloteraenz, les fluves de ses lannes habon-
danz, ks continaex batemuiz de son ptz, les acostumec flainchissemenz
de ses genolz. 1^9. Mas U comtesse par toute !a nuit espandi larmes
pour celui, ensemble ir^s dévotes prières, ei deprioit la pitié de U sove-
rainne debonaireté par très paKonde affection de cuer. 1 60. A ce que cil
orotent ensaint dévotement, li bore aproicholt en la quête il covenoii que
les soilempnitez de U première messe fussent celebr6es. 161 . Entre ce»
cboKs Berthe li honorable commença un petit a somoillier ou leu en
quoi eie oroit mont efTorciement, si comme celé qui estoit lassée pour le
traval dou cors et dou cuer, et fu souiprise de dormir. 162. Adonc U
apparut errament uns très biaux jovanceaux mont retuisanz par resplen-
dùsant clarté, qui dit a iceli : « Lieve sus, et va au conte qui a esté toute
<• nuit devant les portes dou mosiier en orant, et U di qu'il entroit a
« grant foy en l'eglyse pour oir le servise \j. 325 al de la sollempnité,
u quar nostres sires a regardé ses larmes et recevra agréablement sa
< pénitence. Et certes la grâce de Deu t'a oie debonairemem qui prioies
« (ealment por lui. n 16;. Quant li anges ot ce dit, il fu errament as
ceaus; mas Berthe li honorable s'esvoilla errament pleine de joie néant-
recontable et de larmes de liesce^ et menant très grant joie rendi agréa-
blement loanges a la grâce divine, auxi de la très clére vision comme
de la salut de son baron qu'ele havoit desirrée, selonc la parole de IV
postre qui dit : U mauvais mariz sera sauvez par sa féal femme. 164. Ele
se lieve et se haste aler a Girart et li dit et declaira la vision de l'ange
et le respons dou divin demonstrement. i6f . Quant li ber très humbles
Toi. il aora supplément la pitié de nostre Seignor qui sane les contrainz
ou cuer, auxi comme David dit, et !oe les coniriciions d'ices et eslieve
celui qui chiet dou laj de chetiveté et de boe de pom'ture ; quar, auxi
comme la divine escHpture tesmoingne, la longuescedou tans ne récon-
cilie pas le repentant a Oeu, mas la pure contrictions. 166 vers lor
qui si lost lour a volu astre debonaires. comme il se repentirent, selonc
ce que David dit : // fera la volonté de ces <jm lou doutent, et orra
dûuament lor prières^ et cetera, (f. 22^ b) il loent sanz cesser la pitié
de nostre seignor et s'esforcent en lor vie a emplir la volante d'icelui et
doner granz aumonnes a cels qui font son service.
De lor mort, commant li cuens fu traas...
167. En tel manière li très noble compaingnon digne de Deu, c'est a
savoir Girarz et Berthe» alérent parfeaement ou cours deceste présente
vie par l'oirre de bone[sl oevres, pour ce qu'il puissent panre lou guer-
redon dou soverain louier, et se travailloient en efforcent diligemment
U vigne Deu qui est sainte eglyse par les ceps portanz fruit des abbaîes
208 p. MEYER
prcsentis vite gressibus bonorum opcrum cfficacitcr currcntesuibravium
supcrne mercedis capessere[nl], ac in vinea Dei, que est sancta Ecclesia,
propaginibus Iruciiferis cenobiorura condïtorum insitis studiose desu-
dando laborames, quaunus denarium béate visionis Dei adipisci mere-
rcniur, deroum communi et inevitabili sorte moriendi ad extrema perdu^
cumur. i68- Venerabilisautera Berta, pleiu operibus bonis et helemosinis*
apud cenobium suum Pulterias defungiiur, septîmo ferme ante obitum
comîiis, ibique ab eodem viro suo lugubribus exequîîs et nimiis omnium
planciibus venerabiiiter in marmoreo poliandro ac officiosissime tumula-
lur, ubi etiam divina pietas multa beneficiorum commoda sincère peten-
libusejusdem matrone meritis largiri dignatur. 169. Porro obitum illius
cepii vir Deo dicatus celibem vitam efficacius ac liberius ducere, ginna-
siumque celestis milîcie, acsi athleta recentissimus , devotissime aggredi,
frigore vîdelicet jejuniorum ac vigiliarum insolentiam carnis subiciendo
edomare, larga manu betemosinarum preterita comraissa diluendo redi-
mère, ac sic commune debitum monis nemîni parcentis summa vigilantia
prestolari. 170. Qui videlicct tandem ' profccie elatis veneranda caniiie
cigneo candore niveus, diuturnoque senio jam fe&sus, plenus dierum,
veluti quondam Abraham î, tanquam etiam miles emeritus, in civitatc
Avignon iu[n]c mansitans, incommode gravis egritudinis corripiiur. 171.
Proinde, presentiens haut dubium se migraturum, raandando imperat
primoribus et opiimatibus suis, quos uliquc omncs munifica manu paterno
more educaverat. quatinus certo die omnes convenirenonomiitant. 175.
Cumque, universis circunstantibus blanda consolaiionum ac exhortatio-
num afamina, illorumque utilitati congruentia, ac de suo exitu jamjam
imminenti aliqua intimando dulciter perorasset, novissime subinfert :
17J. 1 Karissimi, inquiens. mei, non latet vestre dileaîonis prudehtiam
t( quo affectu amoris omnes vos incoluerim, necnon consitio, sufTragio,
V dono, vos, inquam, aitollendo exaltaverim. 174. Horum itaque
« omni[um] gratia unum queso beneficium in uliimis patri vesiro, filioli,
« rcpcnditc, ut corpus meum jam cxanime * Pulteriaco cenobio ad
« id presertimt patrato referre non differatis, ac juxia comparem meam
« Bertam illo jam sepultam componere studeatis ». 175. Quibus
auditis, nimio merore universi conlacrimando conturbabaniur^, atque,
licet inviti, parère (/. 5 i») ediciis ejus se profecto profitemur. 176.
Quibus ille : n Si, inquit, obtemperando exequi istud efficaciter decer-
« nilis, inde nunc a[n]i[m]equiorem me ac certiorem me cfficcrc non
« obmitatis, et id ipsum sacramento jurisjurando queso confirmeiis »,
177. Atilli nolentes eum perperam contristari, jusjurandum coacti qui-
I. Ps. CXLrV» 19. - i. Corr. Uaquara?5/. ia Uâd. — j. Cm., XXV, 8.
— 4. Mi. examine. — \ Afj. presentim. — 6. Mt. conturbabuntur.
U LEGENDE DE GIRART DE ROUSSILLON 209
faites qu'il havoient hantez qu'il peùssent acquerre par lour desserte ei
havoir lou denier de la beneùreuse viiion. A la fin il sont mené a lor
darrenier jour par lou commun sort et neant-eschuissable de morir. i68.
Mas Berthe li honorable, pleine de bones œvres eld'aumonnes, morut a
Pouteres s'abbale. a bien près par .vu. anz devant la mort dou conte, et
fu etiqui enterrée de son me^smes baron par obsèques pleins de plors, et a
très granz plainz detouz, mont honoréement et a grant office en j. lom-
blel de marbre, en quel leu la piùezde Deu done largement mainz profi(l)z
de bénéfices a cels qui lou requièrent de bon cuer par les dessertes de
celé bone (/. 22 s c) preude femme. 168. Après la mon d'iceli, li bers
vocz a Deu commença mener plus formant et plus delivrement vie chaste,
et envahir très dévotement Tesiude de la chevalerie celestiel, auxi comme
s'il fust très noveaux champion, ei commença submeire et donter lou
mauvais movemenî de sa char, c'est a savoir la froidour de geûner et
de voniier, et reambre et esfacier ses mesfaiz irespassez par larges dons
d'aumonnes, et atendre en le! manière par commun ententiblemeni le
commun dot de la mort qui a nul n'espame, 170. C'est a savoir, comme
ciz qui estoit en ancienne honorableté de perfait aaige, il estoit blans an
manière de cingne et estoit ja lassez par longue viellesce et pleins de
jûurz, auxi comme Abrahanz fu jadis. Il demoroit adonc en sa cité d'Avi-
gnon, auxi comme chevaliers mis fuer de traval, et fu expressé de l'anfer-
meté de grief melaidie. 171. Pour ceste chose il n'est pas doute qu'il
ne seùst devant qu'il devoit morir. Il mande en commandant as plus
granz et as plus riches de sa terre, les quex il havoit norriz auxi comme
pères par larges dons, qu'il ne lais&oîent pas qu'il ne veingneni tuit a .1.
cerlajng jour. 172. Quant il furent tuit assemblé et anlor lui, et il lour
heust dit (/. 2 2jii} dévotement debonaires paroles de confort et de amo-
nesicmenz qui estoient covenable a lor profit, et lour heust dit aucunes
choses de sa mort qui aproichoit, il lour dit a la fin ; 17^. « 0 vous, mi
« très chier féal, vostre amiable sapience set bien par quel affection
« d'amour je vous hai honorez, par quele esiude de piffé je vous ai
V norriz, par quanz benifîces d'estroines je vous ai multepliez en acroîs-
u sant, et ensurquetout je vous ai essauciez et eslevez par consoil, par
*i aide et par dons. 174, 0 vous mi chier ami, mi chier enfant, je vous
t pri et requier que vous, pour la grâce de toutes ces choses, donez a
« moi vostre père .1. sol benifice a ma mort, c'est a savoir que vous
« ponez errament mon corps, qui est ja demi morz, en l'abbaiede Pou-
« teres que je ai faite espccialment pour ce, et vous travailliez que vous
« me metez selonc Benhe ma compaigne qui est ja enqui ensevelie, a
17 c. Quant il oïrent ces choses il furent iroblé et ploroieni par très
grant doulour et li outroiérent lour obéir a ses commandemenz, je sai ce
qu'il nou feïssent pas volantiers ; as quex il dit : 176. « Se vos volez
Romaitia, VU I4
210
P. MEYER
dera execumur, ei inde' mesti admodum digrediuniur. 178. Vir auiem
Deo dignus diutumo Incommodo confeaus, fatisceniibus jam iliius artu-
bus, ex hac lucc subtrahiiur, cujus anima fclix ei beaia transfertur ad
celesùa régna cum sanclis perpétue viaura, sicut protestantur divina
mirabilia signorum frcqucmium sequeniia. 179. Denique ad ejus funus
ingens confluxerat pontificum, abbatutn celerorumquc ordinum examen,
sed et copio&a rr.ultiiudo ptebium qui omnes merebant planctu ama-
rissimo se pairem piissimum, se patronum [perdidisse]. 180. Quo
defuncto, grandis altercaiio surrexit in populo inter primores sciiicet et
populares ; nam priraores dicebant corpus iliius Pulterias deferri opor-
lere, sicut ipse vivens preceperat, quin et ipsi id ipsum juravere»;
populares vero veheraenier obsisiebant, tumulluando affirmantes se
potius anlmo malle intérim) quam lali patrono patriam vîduari. 181.
Tandem, ccssere primates tum maxime desiderio retinendi corpus cjus,
tum ciamoribus vulgi, acceptumque predosioribus ungentis condiendo
aromati/jverunt ', ac in preciosissimo monumenio ofticiosissime deco-
rato prccepta ejus parvipendentes composuerunt <. 182. Sed ut opti-
mus Deus omnibus declararet quanti meriti essent apud eum cujus sta-
tuia lam audaci presumptione violabaniur, ipsos iransgressores temere
uiique pejoratos ceiitus acerbissima ultro atrociter deseviendo perculit.
18). Continuo etenim sepiennio celum non dcdii pluviarn, ncc terra
fruaumsuum, sed aère corruplo tellureque steriii permanente, tanta
tamque exicialis lues, tamque dira ac miserandainedia populum populando
assumebat, ut in dies multi acervatira exanimaremur t, nulto remedio
subveniente. 184. Ecclesiastici siquidem primates tandem in unum coeun-
tes, communi decreto promulgandosanciunt omnibus iriduanum jejunium
peragendura, cum letaniarum exclamationibus, pauperumque recreaiio-
nibus, necnon pignoribus sanctonim quicumque transferendis, quaiinus
Dominus populo propiciareiur, ac tam atrox flageltum ab co afferre digna-
retur. 185. lllis itaque summa cum dcvotione ista exequentibus, ecce
angélus Domîni tertia nocte ipsius jejunii apparuit cuidam incluso religio-
sissimo, magna euro claritate, dicens ad cum : « Vade », ait, < die populo
« huic et annuncia illi cèlera eorum que contra Gîrardum, precepta ejus
• temere transgrediendo, lamen jam nonimpunecommiserunt, quoniam
Il nisi corpus iliius Pulteriaco cenobio, sicut ipse eos adjuraverat trans-
it ferre curaverii, univers! eadem sibi irrogata clade usque ad intemitio-
« nem, penitus deperiei. » 186. Vir autem Dei, a tugurio domicilii sui
disgrediens, omnibus divinum pandit oraculum, commonens omnes ne
dissimulent, sed corpus Girardi quantocius quo idenn censuerat ferant.
I. Ms. io die. — 2. Ms. juvavere. — 3. Jtfj. aramatizaverunt. — 4. // ma/i-
fii£ ICI un mtmbn dt phrasiy tf It ftanfott. — j. Mi. examitiarcntur.
LA LÉGENDE DE GIMRT DE ROUSSILLON iU
fiure ceste chose et obéir parfecietnent a mes commandemenz, je
« vous pri que vos ne laissiez pas que vos ne me faciez errameni segur
« (/. 236 a) et plus ccrtajnget que vous confermez ceste meisme^s] chose
« par le sacrement de sairement ». Mas cil qui ne le voloient pas mau-
Taiscment courroucicr firent lou sairement comme contraint, et se par-
tirent d'anqui mont courroucié. 178. Mas li bers dignes de Deu fu
expressez de longue enfermeté et fu ja mont foibles en ses membres. Il
fu trai/ de cesie vie; la beneùreuse ame d'icelui est portée si as ceaus por
vivre perdurablement as celesiiaux joies avec les sainz, auxi comme li
miracle divin de plusors signes qui apparurent a la fin lou tesmoingneni.
179. A la mort d'icelui assembla mont gram compaingnie d'avesques,
d'abbez et genz de autres ordres, et grant habondance de menue gent
dou pucple, qui tuit ploroient par très amer plor, pour ce qu'il havoient
perdu lor très piteux père et lor très chier patron. 1 80. Adonc^ quant il fu
morz, gran/ altercacions muit ou pueple, c'est a savoir entre cels qui
estoient grant seignour et la menue gent; quar les granz genz disaient
qu'il covenoit porter son corsa Pouieres. auxi comme il l'avoit com-
mandé quant il vivoît, et pour ce qu'il meismes l'avoient juré. Mas li
menuz pueples aloit encontre cruelment. en menant grant noise et en
affermant qu'il ameroient (/. 226 b] miebt que l'on les oceïst que ce que
l'on portas[t] fors dou paiis tel patron. 181 . A ta fin lî grant seignour lor
outroicrcnt, quar il raeïsmcs havoient grani desîr de retenir le cors d'ice-
lui, aveques la clamor dou pueple. Il pristreni le cors et l'ambausmérent
et eraplireni de très précieux oingnement et lou mistrent en très précieux
lomblel, en despiriisani ses commandemenz, et fu honorez de très noble
office ensint comme il covenoit. 182. Mas pour ce que Dex qui est touz
poissanz lour demonstrast de corn grant desserte dz fu avec lui, les
estabtissemenz dou quel il havoient corrompuz par si grant hardiesce
de presumpcion , quar cels meismes qui havoient folement juré et qui
havoient aie contre ses esiablissemcnz, la divine vainjance très cruex
les bâti cruelment, en lui vaingeni. 18). Quar ti ceaux ne lour dona
pluie par .vu. anz continuex, ne li terre fruit, mas por l'air corrompu
et pour la terre qui estoit brezine, si granz et si maudisable porriture et
si cruex desaise pleine de pitié prenoït lou pueple en destruant, quar
plusor moroient en monceaux chascun jour, sanz meire nul remède.
1 84. A la fin li mestre des églises s'aunerent (/. 226 c) ensemble et confer-
mèrent ensemble par commun décret a faire geùnnes a touz ou pueple
par .111. jours, et dire a haute voiz letenies et oroisons, et saouler les
povres et aponcr les reliques de toutes parz, por ce que nostres Sires
fust dcbonaires au pueple, et que il vuille oster si cruel tormant d'icelui.
18). Quant dl fasoient en tel manière ces choses dessus dites a grant
devocion, li anges nostre Seignor apparut au tierz jour de cel geûgne a
212 P MEYER
187. At celesti archano divinhas stbt patefacto gavisi, unanimes corpus
adcunt,a mausoleo extrahuni^in locello precioso illud (/. f c] int^gerrïmuro
iniiciuni ac in coriis cervinîs accuratissime consuunt, et sic Pulteriis
officies issi me dirigunt. 188. Incole autem locorum, omissis negoiiis,
catervatim irruunî, audientes et videntes Dei predicanda miracula. 189,
Premissis itaque nunciis^ Pulterienses isia audientes atque confines cïr-
cumquaque tam desiderata gaudia, fama volante, agnoscentes, gavisi
sunt gaudio magno valde, et progredientes irruunt obviam, ac cum uni-
verso ecclesiastici splendoris ornatu, flagranti amore, proprium pairo-
num acsi viventem ineffabiliter tripudiantes ' excipiuni. 190. Vcrzellia-
censes quoque nichilominus et ipsi occurrentes, palrem ac nuiritorem
suum eo venisse applaudendo Pulteriensibus congratuiabantur. 191.
Itaque, congaudentibus cunciis aique magnalia Oei labiis exultationis'
collaudaniibus, gloriosis patris Girardi corpus trîumphali sublimitaie ;
Puiteriaco cenobio, donante Dec, reductum invehilur. 192. At Pulte-'
rienses, recepto proprio ac spécial! patrono, sibi nimîrum cariore
Omni auro. omnîque sexu et etate loci convolante, odas exultationis et
leticie jubilo cordis et cris concrepantes lollunt ad sidéra; Christi medul-
litus collaudatur clementia^ cujus nutu et gratia tanti patris tamque celé*
bris prcsentia propria illustraïur ecclesia. igj. Nec iramerito equidem,
quoniam et cotidiana substdii corporalis ab eo stipe alilur, et continuîs
feliciura meriiorum ejus suffragiis peccatorum levamen et piarum precum
illius remediis animarum sperai solamen. 194. Preparaia itaque raagno-
pere illius tumba, ex tabulis marmoreis diligenier ad unguem polilis,
quibus utique ipse vivens affatim dccoraverat candem ecclesiam sicut
etiam reJiquie columpnarum et pavimentorum adhuc attestantur, cum
celeberrima exequiarum sollempniiate, illo multis confluentibus, in eadem
ecclesia officiosissime lumubtur. 195. Miracula vero sanitatum que lune
et deinceps aliquandiu patrau sunt scripta quidem fuere, sed ïn contla-
graiione ejusdem cenobii, sicut utique et nonnulla talia, periere. 196.
Nec dubttandum omnimodo quin multa facta sint, cum sepius videamus
quam plurimos ardore febrium tabidos, seu alio corporis incommodo
invalidos, ad sepulcrum illius venienies dormiiare, et inde, sospitaie
reddiia, incolumes repedare. 197. Siquidem ea que roodernis lam tem-
poribus et que relatu veracium de eo comperimus, breviter pandere
satagirous» quibus utique evidentissime patei eumdem virum omni pre-
conio sanctitatis dignum et a cunctis fidelibus non immerito attollendo
honorandum.
I. Ms. tnpudiantem. — 2. Cf. Àct. II, 11; Ps. LXII, 6.
LA LÏÎCENDE DE GIRART DE ROUSSILLON llj
.1. très religioux reclux, a grant clarté, quï'dist a icelui : u Va, di a ce
(I pueple ei lour anunce lour desloiauté qu'il honi fait contre Girart en
« trespassani folemeni ses conmandemenz : et toute voie il n'iert pas
« sanz grani paine, quar se il ne portent hastivement son cors en l'ab-
tf baîe de Pouteres, ensint comme il iour havoii fait jurer, il périront
« tuii de celé meismes pestilance dou tout en tout jusques au derrenier, w
(86. Masii homs Deu se parti dou petit habitacle de sa maison et mani-
festa a touz lou devin demostrement, et les amonesia qu'il nou tenissent
pas a gas, mas emportoient tost le cors Girart, lai ou il meismes t'avoit
jugié. 187. Cil furent lié dou secret celestial qui lour fii declairiez dou
don de Deu : il s'en vont tuit d'un coraige au cors , il lou traihent dou
sepulchre, il loient icelui très (/. 226 d) aniier d'un précieux drap et le
cousent par grant anianie en kuirs de cerf, et l'anvoient en tel manière a
très grant service. 188. Quant li laboreur des leus ooient et veoient les
apertes miracles de Deu, il laisoieni lour besoingnes et i aloieni a granz
compaingnies. 189. En tel manière limessajgc furent anvoié devant. Quant
dl de Pouteres oirent ces joies tant desirrez et H pruchien de toutes
parz iou soreni par la renommée qui corrut par tout, il s'esjoîrent mont
plein de grant joie ; il corrurent luit et alérent encontre, et reçoivent,
mervoilloscment facent ioie, lor patron par très bone amour, auxi com se
il fust vivanz. ensemble tout l'aornement dou resplendissement d'église.
190 El cil me'ismes de Vezelay vinrent a l'encontre et s'esioîssoient
avec cels de Pouteres en menant grant feste, por ce que lor pères qui
les avoii norriz i venoit, t9i. Quant il s'esjoissoient luit en lel manière
et chantoient les loanges de Deu par lèvres de exultation, li cors Girart
ior gloirieux patron qui est ramenez par le don de Deu, est miz dcdanz
l'abbaie de Pouteres par la hautesce de victoire. 192. Mas quant cil dé
Pouteres orent receù lour especial patron, il lou tindreni plus chîer de
nul or, et ne fu pas mervoille. Toute manière de genz, homes, femmes,
enfant (/- 227 d) et veillan i vin d rem de touz leus. Il eslievent lour
bauz chanz de exuliacion jusques as ceaus en chantant loanges de liesce
et de cuer et de boiche ; la debonairetez de Jhesucrist est loée de
louz lor cuers. par la volante et par la grâce dou quel cele propre esglise
est honorée de la présence de si grant père et de si honorable. I9^ Et
ce n'est pas sans desserte, quar ele est norrie chascun jour par celui de
aide de cors, et espère havoir pardon de lor péchiez par les coniinuex
prières de ses mérites, et confort de ame par le remède des piteuses
prières d'icelui. 194. Quant la tombe d'icetui fu appareillie en tel ma-
nière par grant oevre de tables de marbre pollies diligenment. les quex
il meismes havoit mises en la dite église quant il vivoit, comme lesrema-
nances des colombes et des pavemenz le lesmoingneni enquor, il est
enqui enterrez a 1res grant office et a très granz sollempniiez de obse-
p. MEYER
De paralitico curato.
198. Erat quidam indigena Pulteriensis ita raiseranda specie paraliti-
eus ui crura illius nervis anractis curvata pêne natibus inherereni. 199.
Incedere namque non poterat, quippe qui nec pedibus terram attingere
nisi summis articulis via prevalebat, sed diiobus baculis innitens rep-
tando potius cum gravi cruciatu se ipsum quodani modo jaculabat. 300.
Tania igîtur tamque miserabilia flagella equanimiter ferens, ecclesiam
simplici devoûone frequentabat, dominique misericordiam supplex jugi-
ter implorabai. 201. Ad tumbam quoque Gtrardi comîtis sedulesecedens
excubabat, intimoque afîectu illum flagitans quatinus plis merîtorum suo-
rum suffragiis salutis gaudla impetrare sihi a Domino seu orationum sua-
rum opientu saniiaiis remédia conferre dignaretur. 202. Cumque indesi-
nenicr (/. 5 d) sincero affectu istud actitaret, jamque divina pieias et eum
pristine sospitati redderc et fidelis sui Girard» meritum hominibus dispo-
neret declarare, quadam dîe idem debilis ad tumbam comitis, ut consue-
verat, oratione devodus solito peracia, surgit et cordas signorum arri-
piens, cepil trahere et ab ejs trahi, eadem signa pulsilando. 205. Cum
veto toto adnisu extraherei ac traheretur, Girardumque fidc devota cum
frequenti iterationeinclamaret, dicendo : « Sancie Girarde auxiliare ».
sentit paulatim nervos poplitum humore salubri in eis infuso contra soli-
tum laxando extendere, ac tandem, consotidatis basibus et plantis^ cepit
rectissime stare. 304. Qui sentiens in se divinam operationera factam,
abjectis baculis. cursu haut pigro notam tumbam comilis aggrediatur et
eam cum clamoris magnitudine amplectendo raedullitus exoscutatur
referons multimodas odas creatori gratesque condi^nas repcndens suo
curaiori cujus precibus et meriiis evaserat jugum tamdurissimi langoris.
20 f. Monachi autem tanta mirabilia audientes eo ocius advolant^ attoni-
tique admirantur rei novitatem, iticoque immolant hostiam Deo vodié-
LA LÉGENDE DE CIRART DE ROUSSILLON 21 J
ques^ a grant multitude qui assembloit en celle melsmes église. 19;. Les
miracles des sainieez qui adonc et après ce i furent faites aucune foiz
furent escriptes, mas êtes furent peries et plusors autres choses, auxî
quant celé meîsmes abbaie fu arse. 196. Et n'est pas a douter dou tout
que plusor miracle n'i soient heu fait, comme nous veicns mont de foiz
plusors malaides de l'ardour (/. 227 i?i de fièvres, ou autres malaides par
autre enfermeié de cors, venir au sépulcre dou dit Girart et dormir, et
repairier sain et aligre d'anqui, lour santé rendue. 197. Et certes nos
nos estorçons dedairier briement ce que nous avons ja veu de celui en
ce temps d'orendroit et ce que nous avons trové par lou raport de voir-
disanz, par les quez choses il aperl cléremeni lou dit baron digne de
toute loange de sainteé et a honorer en eslevant de touz féaux par son
mérite.
Dou paralettque sané.
198. [l]!bavoii a Pouieres un paratetique d'anqui meismes ney qui
estoil en tele manière chaitis que ses cuisses estoient courbes, pour les
ners qui li estoient retrait, que clés loichoient a bien près a son dos. 199.
Il ne pooit aler ; et n'est pas merveille, quar il ne pooit atoichier la
terre de ses piez, ne mes que a grant paine dou chief de ses artoz, mas
s'esforçoii a .11. basions et se getoit en ravissant en aucune manière, a
grant torraeni, de leu en autre. 200, Donques il soffri ces torraanz si
granz et si repidablcs debonairement, et frequentoit t'eglisc par simple
devocion et requeroit humblement et pardurablement la miséricorde
nostre Seignour. 201. Il se trahoit auxi par grant entame a la tombe
Girart le comte, et se couchoit ei le deprioit par grant afTection de cuer
(/. 227 c] que il, par les piteuses aides de ses mérites, li deîngnoit empê-
trer de nostre Seignor les joies de .sa salu pardurable, ou doner remède
de santé par l'empetrement de ses croisons. 202. Com il depriast cesic
chose sanz cesser par pur désir, et la pitiez de Deu ordenasi ja icelui
rendre sa première santé, et ordenast auxi dedairier as hommes te mérite
de Girart son féal, .1. jour que cil meismes foiblesot perfaitcs'oroîsonde
devocion a la tombe Girart auxi comme il havoit acostumé, il se lieve
et prist les cordes des doiches et les commença a tirer et estre deiraiz
d'iceles an cloichetant ces meîsmes cloches. 20^. Quant it les tiroit
ensim de tout son esforcement et il fust auxi deiraiz, et crioit sovant
Girart. par dévote foy, et sovant recommançoit en disant : • 0 tu sainz
n Cirarz, aide moy i>, il senti les ners de ses genoz estandre petit et petit
en laschant par la humor de sainteé qui i fu espendue contre l'enfcrmcté,
et a la 6n les jointes furent fermes, et commença ester mont droiz sus ses
piez. 204. Quant il senti i'uevre divine faite en lui, il geu jus ses bas-
ions et s'en ala lou grant cours a la tombe lou comte, et embraçoit icele
2l6 H- MEYER
rationis ■ atque concrepant psalmum laudis ac jubilalionis. 206. Ac ubi
istud volucri fama circumquaque divulgatum percrebruit, ceperunt undi-
que paraliiici ei claudi apud Pulierias, vehiculis defcreniibus, confluere,
donaque devotionis ac vola orationis omnipoienti Deo ei lîdeli ejus
Girardo supplices exhibere, quatinus divina pietas, obtenta famuli sui,
iitis propiciando subvenirc dignarctur. 207. Horum igitur multi, Deo
donante et Girardo impétrante, simili modo, ut de primo pretaxatum
est, restes signorum trahendo et retrahendo curabamur, sicui utique
multitudo videntium perhibet, sedet ab aliis corporis incommodis quibus
plurimi ad tumbam illius curabantur.
De duobus a demonio possessis.
208. [C]omes Rodulfus Barrensis casiri super Albam siti, adunata
gravi multitudine predonum equestrium ac pcdestrJum Pulteriense ceno-
bium atrociier aggrediens. depopulart nitebatur. 209. Denique illis
villam beluina rabie spolianiibus homines loci in turrium luîcione confu-
giunt, ac suam supericctilem in monastcrii abditis. ut faculias admisit,
conferunt. 210. Quod predones animadvcrtenteSjin unum cuneum com-
globati monasterium invadere ac portas ejus manu pervallda ausu tcme-.
rario conabatur effringere, atque refugium introrsus positum diripere.
211. Tune illis talia pertinaciter exequentibus, mulieres cum clamoris
magnitudine, iteraits vociferalionibus, ceperunt Girardum conclamarc ut
suis viiam horribili articulo subveniendo auxiliari dignaretur. 212. Qui-
bus conclamantibus continue duos ex illis arripiens coram omnibus
vexare horribiliter ac terribiliter cepit lorquerc. Quibus pcrierritis non
solum monasterium, sed et villam quantocius fugiendo relinquuni.
De quodam inergumino,
3 M - Rainardus presul quondam Lingonicus non solum supercilio hono-
t.Ps. XXVI. 6.
LA LËGENDE DE GIRART DE ROtlSSlLLON 217
a grant cUir.or et la baisoti de bon cuer, ei looii en mom de manières
son Creator []. 227 d) et rendon grâces mont dignes a celui qui sané
l'avûii, par les prières et par les mérites dou quel il havoit eschapé iou
jou de si dure ei si cruel langour. 205. Mas quant H moines cirent si
grani mervoillcs, il corrurent lai coiieuscment. Il furent esbahi et se
mervoillent de la noveleté de teste chose. Il sacrelicnt errameni a Oeu
sacrefices de hautes voiz et chantent psalmes de loangesetdejubilacions.
206, Mas quant ceste chose fu seûc par renommée îsnele publiant de
toutes parz, li clop et li paralitique commencèrent venir a Pouieres de
toutes parz, et s'i fasoient aporter en charroz, et donoieni supplément a
Deu tout puissant dons de devocion et voiz de oroison et a Girart son
féal, auxi que la piliez de Oeu lour deingnasi secorre en aidant par la
prière de son sergent. 207. Plusor de cets estoient sané par Iou don de
Deu et par ta prière Girart qui l'empeiroit, ensint comme il est dessus
dit, en tirant les cordes des signes, et retirant auxi, comme plusors de
cels qui le virent te tesmoignent, et auxi plusor estoient sané à la tombe
d'icelui de autres enfermetez de cors.
De .ij. que li deables menoit.
208 Raoux. qui estoit cuens de Bar te Chaste! assis sur Aube, assem-
bla grant multitude de preors a cheval [/. 228 a) et a pié, etanvaist
cruelmem l'abbaie de Pouteres, et s'esforçoit qu*cle fusi destruiie. 209.
A la fin, quant cil desroboient la vile en manière de bcsies forsennées,
li home dou leu s'en foirent as lourz por lor cors deffendre. ei quaicbé-
rem et portèrent lor aaisemenz en l'abbaie, selonc ce qu'il en orent temps.
210. Quant li robeour ' Taperçurent, il s'assemblèrent en une compaignie
ei anvahireni l'abbaie, et s'esforçoient par foie hardiesce brisier les portes
d'iceli par lor grant force, et panre ce qui i estoit refoi et mis dedanz.
311. Adonc, quant dl fesoient ces choses ensint cruelment, les femmes,
par grant clamor et par hautes voiz sovant recomencies, commencierent
ensemble a crier et apcler Girart! Girart ! en gémissant et plorant, qu'il
deingnast aidicr a ses gcnz en secorrant en si horrible article. 212.
Quant êtes crioiem ensini li mauvais esperiz prit crramcm .11. de cels
devant touz et tes commença très horriblement et très cruelment a
tormenter. Quant li autre le virent il furent espoanté formant et ne
laissèrent pas solement l'abbaie, mas ta vile, et s'en foirent plus tost que
il porem.
De .j an continuel traval de deable.
il ). Renarz, uns evesques de Laîngres, qui estoit orguilleux non pas
I. Ms. rebeour.
2l8 p. MEYER
tis sed et peritia literamoi ac nobilitate generis datas, nam de stirpe
Barrentium super Sequanam comitum fuit oriundus, Pulteriensis autem
libertatis emulus nequissimus, îdeo quoniam in eodem monasterio libitus
suos sicut in aliis sue dioceseos efficere nequibai. 214. Unde, aggregaiis
coramunionibus suis, cum universo apparatu ecclesiastice professionis»
dolose, villam ingrediiur, que lunc vailis in circuiiu muniebatur. (J. 6) ac
repente villa crudeliter spoliata, cenobium omne voraci flamma concre-
mat. 21). Quocirca Romani evocatus, pro piaculo lanti facinoris bacuH
honore viduatur, sed tandem, miseratione et precibus ipsius cenobii abba-
lis impetrata venia, pristino honori restituitur. 216. At ille> pro restau-
ralione ecclesie munera largitur ac annuos redditus crucium eidem
cenobio perpétue habendos contirmando condonat.
217. Claustrum enim monachorum eatenus marmoreum erat. 218.
Siquidem, monasierio conflagrato, lumulus comitis Girardî saxis ruentî-
bus parumper conquassatur, ac foramine inibi aperto quo interiora cons-
piciebantur, ibidem a fidelibus multe sanitaics impetrabantur. 219. Qui-
dam vero vir, arte levitaiis inimice ïmbutus, temerariis et superfluis loqua-
citatibus lasciviens, ut illud genus hominum assolei, comitem dominum
suum importune conspicere appetcbat. 220. Sed, credo illum, ut non-
nunquam contingit, alicujus mortalis criminis nevo irretitum ; statim enim
ut inieriora tumuli contueiur, immundo spirilui iradiiur. 22 1- Qui.iriduo
atrociter vexatus, Deo propiciante et Girardo suffragante, pristine inco-
lumitati, inergia fugata, restituitur.
Ratio apologetica pro Girârdo.
222. [S]i vero alîquis derogantium obloquendo obicere maluit, hune
virum reatu cedïum infamaium, respondemus. quoniam nec nos abnui-
mus quin etiam id forsilan verum sil. 22]- Sed considerata divinarum
scripturarum latitudine. reperimus quamplurimos Dei elecios primo
quidem huroane infirmitatis casa fuisse [SjCelestos, deinde, gratia Dei
eos prevenienie, ea fide que per dilecïionem operatur effectos esse dilec-
tos. 224. Sed ut cxcmpli causa propter simpUciores aliquidinde breviter
conferendo proferamus, videamus primo sanclissimum patriarcham David,
in scriptura sacra^ ob multitudinem cedium, virum sanguinum evidenier
I. Pour processionis, cf. h iradtiction; mais eetu subsiitulion paratt fuqutntc-
il j en a plaiieun aemplts en provençal liam le potme de U croisade albigtoist
(voir le vocahulairc de mon édition aa mot proccssio), et aillttus encore: àtieaucaire,
Romania, V, 4^91 ** Arles, chronique de Bertrand Bopset, année 1412, <ï Dragui'
gnan. Revue des Soc. stv. 6, lil, 46).
U LÉGENDE DE CIRART DE ROUSSILLON iro
seulement pour la hautesce de honor mas pcoJr la science de leires
[/. 238 b) et pour la noblece de lignaige, quar il fu nez de la lignie des
comies de Bar scur Seigne, mas il fu très desloiauroeni anvioux de la
fraînchise de Pouteres, pour ce qu'il ne pooit faire en celé meismes
abbaie sesvolamez auxi comme il façoit as autres de sa dïocise. 3)4.
Pour quoi il assembla toutes ses commugnes et entra fausement en la
vile a tout apparoillement de procession de église garnie ; et estoii adonc
toute la valée ' pleine de vile {sic]. Quant la vile fu soudainement et cruel-
ment desrobée, il fist ardoir toute l'abbale par cruel flamme. 21$. Il fu
appelez pour ceste chose a Romme^ et fu prive?, de l'onor dou baston
pour le purgement de si grant desloiauté ; mas a la fin, pour la pitié et
por les prières de t'abbé de ccle abbaie, sa paiz li fu empêtrée, et fil
restabliz a sa première honor. 216. Et ciz, por le raparoillement de
Pe^ise, i dona plusors dons et dona rentes.
2 1 7. Li doistres as moines esioit de marbre jusques au xans d'adonc.
218. Et certes, quant li abbaie fu brullée. H tomblès dou comte Girartfu
un petit quassez des roiches qui chairent sus, et out .1. pertuîs aovert
enqui par le quel on csgardoit dedanzj maintes santez cstoient enqui
empêtrées (/. 228 c) des féaux. 219. Uns homs anbeûz de l'art de per-
verse légèreté, par foies et superflues gengles, auxi comme celé manière
de genz seul faire, vout esgarder son seignour le comte neant-covena-
btement. 320. Mas je croi qu'il estoit enlaciez delà taiche d'aucun mortel
pechié, auxi comme il avient aucune foiz, quar maintenant qu'il esgarda
la chose dedanz lou tomblel, il fu bailliez au mauvais esperit. 221 . Il fu
lorraentez cruelment par .ni. jourz, et par la prière Girart.a l'outroy de
de Deu, la continuel malaidie en fu chacie, et fu restabliz a la première
santé.
332. Se aucuns des mesdisanz vuet obicicr encontre ce baron et dire
quiri] est diffamez de la culpe de tant de murtres, nous respondrons que
nous ne nions pas qu'il soit heuz voir par aventure. 22;. Mas qui vuet
esgarder la largesce des divines escriptures, l'on tnieve plusors esleùz
de Oeu qui furent premiers mauvais ou commun temps de humaine en-
fermeté, et après ce, par ta grâce de Deu aidant, icels estrc faiz amis
de Deu en celé foy qui huevre par dilection. 224. Mas, por ce que nous
disiens de ce briement aucune chose en comparant pour cause de exemple
par les plus simples, veons premièrement lou très saint patriarche David
(/. 228</iqui est appelez évidemment an la sainte esc rit ure homsdesanc
pour la multitude de murtres, et qui fu notez de l'omicide de Urie et de
Tescocerie de sa femme, et Dex apele icelui meismes sanz doute
père de Crist. 22(. Et dou quel auxi nostres Sires done très haut
I . Stagulier umtre'Stns.
120
P. MBYER
âppetlatuin <, homicidio Urie et uxoris ejus adulteho notandum, eumdem
ipsum patrem Chrîsii ' procul dubio nuncupaium. 22 { De quo eiiom
idem dominus tam sublime testimonium protulit, dïcens : Invent, ait,
David virum secmdum cor mtum ». 226. Nam et ipsc toi est lania neces-
saria ad opus templi cdi^icandi mente devoîa oITerendo preparavit, ctiam
ex manubiis exterarum gcniium rapiis, que utique Salomon postea magno-
pere cffectui mancipavit. 227. Dcmum de Petro quid diccndum trina
negatione notatum ? sed misericordie oculïs respectum. atque postea
super universam ecclesiam promolum ac regni ceiestis clavibus mirabi-
titer ditatum. 228. Paulus vero sevissimus persecutor spirans minanim
et cedis ac multa mala sanctis Jnferens. etiani consentiens neci Stephani.
demum. gralia Dei prevenius, ad tantam sublimitatis prerogaiivam sub-
vehitur, ut ea comempiatione qua vident Deum Chérubin et Séraphin,
ineffabilem divinitatis naturam mirabiliter sublevatus mente contemplatus
sit 229. Maria e lia m Magdalena, totcontagionummaculis fuscata, domi-
natui septem demoniorum subjecta, idem septem principalium criminum
jugo pressa, sed a Domino, his ejectis, mundata. deniquecaritatisardore
succensa Dei meruit fieri dilecta. 2^0. Quamplurimi etiam similiter in
série Icgis vetcris ac novc inveniuntur, prias quidem per abrupta vicio-
rum aliquandiu errando exorbiiasse, sed Dei gratia resipicentes, vera
fide, bona opérande culmen sanctitatis promeruisse. 2;i. Simili modo
cquidem iste patronus noster, licet secularium illecebrarum proceUis
diviciarumque spinosis [sjcopulis in mari tumuliuoso hujus seculi nau-
fragando Ruciuatus aut periclitatus sit, tamen, gratia Dei preveniente
illuminatus, de tetra viciorum voragine ad tranquillum et solidum portum
virtuium meruit (/. 6 6)diviniius commeare. 2^2. Denique.uttaceamus
nunc que ei quanta pietatis opéra ipse vivens efficaciter exercuerit, que
utique superius summatim prelibando taxavimus, quis perpendere sufficit,
qualia et quanta bénéficia in monasieriis îpsius pro salute anime ejus
sint impensa, mm sacrosanciis vivificorum misterîorum oblaiionibus,
tum cotidianarum elemosinarum erogaiionibus ? 23;. Quocirca nemini
hesilandum quin idem culmen sanctitatis conscenderit et merituro, pre-
sertim cum intueamur eum tanta gloria illustrari signorum.
Istud Berte miraculum inveni hoc modo scriptum.
2)4. Miraculum nosiris roodernis teraporibus apud Pulieriense ceno-
I. I R*g. XVI, 8. - 2. C/. Mmh I. I. — î. Pi. LXXXVm, 2\.
LA LÉGENDE DE GIRART DE R0US5ILL0H 221
tesmoingnaige, qui dit ; Se ai trové David baron selonc mon cuer.
326. Quar il me'ismes apparoilla en ofTrani par dévoie panssée tantes
choses et si nécessaires a Tuevre por editier le temple, qui estoieni tolues
des mains des genz occises, le quel Salemonz mena a fm après ce par
grant oevre. 227. Après ce» quoi est a dire de Pierre que l'on set qui
renoia par .m. foiz nostre Seignor P mas il fii regardez des eulz de misé-
ricorde et fu mis après ce dessus toute l'église et fu faiz riches raervoil-
leuscment des clersdou rcaumc celestial. 228. Et certes Paules fu très
cruex guerroierres de l'église, tandanz a menaces et a ocision, et façoit
mainz maux as sain?., et fu consentant de la mort saint Estienne ; après
ce il fu appelez par ta grâce de Deu et fu eslevez a si grant excellance
de hautesce que en celé coniemplacion que li cherubim et li seraphim
voient Deu il fu eslevez par panssée, etesgarda (/. 229 a) mervoilleuse-
ment ta nature de la Divinité, que nuns ne porroil dire. 229. Et Marie Mag-
delaine qui fu pleine de tantes taiches de aïoichemenz, qui (m sozmise a
la seignorie des.vti. deables^ c'est a dire espressée dou jou des .vu.
principaux péchiez, mas nostres Sires tes en geta et la monda, et a )a
fin ele fu ambrasée de l'ardour de charité, et desservi que ele fu amie
Deu. 230. Auxi plusor sont trové en Tordenance de la viez loy et de la
novele qui hont erré premièrement en aucun tans por les forvoiabletez de
péchiez ; mas quant il se regardoient, par la grâce de Deu il fesoîent
bones oevres par veraie foi et desservoient la hautesce de sainteé. 231.
Auxi iciz nostres patrons, par semblable manière, je sai ce qu'il soit
démenez par les fluves de perilz et perilliez en la tumultouse mer de cest
monde aus roiches pleines d'espînes de richesces, toute voie il fu enlu-
minez par la grâce de Deu qui le secorrul, et desservi par l'aide de Deu
de l'oscur devoreraent des vices eslre menez a port paisible et fort de
vertuz. 3;2. A la fin, pour ce que nous ne disiens pas orendroit quex
oevres de pitié et com granz il fit parfeciemeni quant il vivoit, les quex
sont toichies desus auxi comme nous l'avons devant dit en somme, qui
porroit soffire a parfectemeni esgarder (/. 229 b) quex bénéfices et com
grant soient doné as abbaies d*icelui pour le salut de s'ame, avec les
saintes oblacions de divins misteres, les pardurables supplicacions de
prières plaisanz et les granz dons de chascun jour d'aumonnesP 2)).
Pour quoi nuns ne doit doter que dz ne hait ta hautesce et le mérite de
saimeé, meesmement comme nous veons icelui resplendir par si grant
gloire de signes. Iciz meï&mes miracles ci après escriz l'enseingne par la
manière que vous orrez.
Li miracle de la comtesse.
2^4. Lou miracle fait en t'abbaie de Pouteres par t'aide de Deu et par
les mérites et les prières de Berthe, l'onorable mère de ccl meisraes leu,
222 P. MEYEB
bium actum, opérante Deo meritis întercessionibusve vcnerande Bene,
loci ipsius Matrone, crcdimus fore manifestandum quatinus laude Cbristi
fidelium fides instituatur credeniium. 2;ç Etenim quod ipsi nostris
oculis vidimus, tacere nulio modo volumus. 2)6. Sane eo lempore que
Alcxander papa npostoticam gerebat sedem ', Philippusque, Henrici regU
incliti filius, Francie lenebat habenas, gubemante quoque bone memorie
Hurobeno jam dicti cenobii culinen, erai mulier quedam IngeUindis
nomine, ipsius cenobii incola. valiiudine suorum membrorum vacua, ica
ui^ pre debiliiate non modica. vlx ire sine sustentaiione duorum bacu-
lonun poserai. 2;7- Hec vero in talis infirmitaiis posita pena, oraiione
assidua iugiter anie urnam venerabills Berte solita jacere fuerat. curva
deprecans ipsam Dominam quatinus iniercessionc sua ante seculorum
regem. Dominum videlicet Christum, preces dignaretur fundere pro ea.
2)8. Hanc igitur consueiudinem dum même impleret devota, videba-
tur sibi dormiendo nonnullis vïcibus aures Redempioris pulsare pro ea.
2]9. Sed, cum jam pius Dominus, omnis pietatis caput, sacratissime
virginum gemme, genitricis sue scilicet Marie, precibus que jugibus mota
orationibus prefate fuerat domine, vellet et hanc de qua loquimur mulie-
rem a tania debilîtate liberare, et reverentissimam dominam hujuscemodi
taudis gIori6care, eidem mulieri per somnii visum est soporem vehemen-
tissime flagitare lucifluam Dei genitricem dominam Bertam pro ejus
sanitalis dono^ ipsamque gloriosara matrem ante pedes Domini fitiique
sui stare corpore pro divo. 240. Hanc igitur visionem dum aure respi-
ceret intenta, vidii Dominum manu annuere matri sue, que ante genua
sua, ut supradicium est, jaccbat inctinis, sibi sanitatem. 241. Mox enim
gloriosa virgo, elevans se, venit ad eam, << vade i>, inquiens, c ad vene-
K rabilis Berte sepulcnim, et ei hujus sanitalis referas gratissimas graies,
« utque scias absque aliqua dubitatione meritis ipsius sanitatem reco-
« pisse, quantocius a lecto quo jaces sana ex[s]urge *. 242. 0 magnum
et longa memoria predicandum miraculum ! eaque per lungum temporis
spacium languerat, uno momento quo jacebat surgens a lecto, sustenta-
men suorura oblita baculorum, cursu haut pigro ecctesiam petit. 34;.
Quo cum pervenit, ejusdem ecclcsie fores undique repperii obseratas,
quas extimplo crebris dum ictibus puisât, quidam fratrum, audito sonitu,
concite currit ad fores. 244. Tande[m], cognito rei eventu expergefac-
tus, ei reserat portas. 24^. Ipsam vero ecclesiaro intrat et cursu non
parvo notam repetit umam, proiciensque |/. 6 c} ante ipsius pavimentum
laudisonas referens odas, omnibus receptam pandit sospitatem. 246.
Praires enim pre gaudio flentes. Te Deum lauJamus concrepani hymnum,
referenies inde Deo clarissimas laudes. 247. Tua s-h (?) }hesu, pietatis
Ms. fidem.
U LÉGENDE DE GtRART DE ftOUSSlLLON JJ)
8 croioBS qu'il doive estre bien decUiriez pour ce que U foiz des
'fcMS creanz Jbesucriu soii enformée en la loange d'icelui. 2^^. Et
certes ce que nous metsmcs bavons veû par noz eulz, nous ne volons
pubiisier. 1^6. Quar en cel temps que l'apostoles Mixandres govemott
la foy d'aposlole, et Philippes fîlz dou roy Henri lenoit la seignorie de
France, et Humberz, jadis de bone mémoire, govemoit la dignité de U
dite abhàse, une femme qui avoit non Ingelsanz, qui bonoroit mont
icefe abbaiée. perdit la force de ses membres en tel manière que por
a gnat (/• 129 <) foiblece ele povoit a paines aler s'en li sostenani de
.0. bastoRS. i^-j. Masquant ele fu a tel poine d'enfermeté, ele estoit
iLOiHUUée gésir longuement en oroison continuel devant la tombe
Berthc l'oaorable, et deprioit bumblement celé mcisaies dame qu'ele
daglttst ùàn prières pour li devant le roy seignor des siecics. c'est a
• ofoir Jhesucrist. 2 ;8. Adonc, quant ete bavoit acompU td aoottBBaoce
fÊt dévoie panssée, il li sembloit en dormant mont de Ibiéct qye b dite
du»e csooHDOToit por li les oreilles dou Sauveor. 2)9. Mas coane li
pitBis Ares qui est dûef de toute pitié, voiUast ya par les prières de la
Irts saïme pierre predense des vierges, c'est a saToir Marie sa nére,
quiesuÀBeûcparkspardarablesoroisiODsdela deraatdiiediBe^îcele
lenuK deqooi noatrc parole est délivrer de si gra« fnUeié, ci voAat
gfoirifier h très booorable dame de celé raamere de box, 3 senbb a ioele
If iwipi ftamt par domir de songe qœ h cfite dame Bqihe prioit trts
isnaat la très bdc nte Dca por le don de sa saat£, et veoci icde aâaBs
g)oirîe«se nére ester par con engiB devant les piez nostre Scigoor aoa
fil, 240. t^aot de rcçvdoit emeotibleaieni celé visioa, ele vil uatut
^■T'gpnT q|ai oitfieaii par dbxd a sa ntn (/. 229 d\ qn 9S0ÎI f^K^iw
drram ses genob, cMÎai coaMae il est dessâs A, qMt serai s»6e.
141. ta g^irieBse vierge se leva errameiM Cl viat a cdi et fi dist : « Va
sa sepolac de roaarafak Bcrtbe et li rcn grâces très apcables de cesie
smé-M et par ce qae la saicfce» aam apoïc HiiWiiii 1 qoe toas leceac
umé por ses oeritts, Beve lost sas saée doa fit en qaoi ta pc Z4X.
0 Oex! ooa pwm ■iiik ipa est a precsdicr es loiqgDe aeaaire!
qav cde tfd kavaà tai^ par hn^ae espace de taps, tm.umd
atatacBi elcleadaa il ai «pioi de psoii, ciabKa loa nnflrai ■! ai ili
sesbatfoas, eiabare^be par iaid coars. 241. QBBtdcfaalV^K;
de mva les panes farséCejs de io«es pan, les 9»ks, qaas de kl bâc-
lait crraBcat. et fcrac savaMe faiz, IBS des irénetoi loaaOB, cfoamM
caiiraBff as pênes. 144- Aa daiieaier, qaaa i coadi la fia de ta
doK, i b frfwnii et & dafaras lespanes. 34$. Efe oBa ca tt^mt cl
ab pnK cma a b tsaèe qa'efe oaMÔna, de se pet» a htsic
denM ba pnoat Ac£, de dât t^av pbân de ba^s e(
msaifcita a tav caaHSK de hawîi reoeâe aMé. 246- li Hn plo-
324 ^' MBVSR
capud, qui quondam earum morte pestifera pressum vite redonasti Wven-
tem, nunc equidem îstani tuam servam debilitate non modica pressam.
orationlbus illustris domine Berte salutis reddidisti munus. 248. Te igiiur
omnibus mudis benedicamus gioriose Chhste, quisempercum Pâtre et
Spiritu sancio trinus et unus Deus régnas et vivis in secula seculorum.
Amen.
La traduction contient encore les lignes suivantes^ dont Vorigiml latin
manque :
249. Li noble compaignon donoient ja lor choses largement, et ce
qu'il havoicnt, pour Jhucnst en defolant les boidies dou deable. Les
eglyscs édifiées assez noblement, lour panssée desirroit ja lou reaume
des ceaus.
2^0. Uns sainz homs estoit reclus par lonc temps. Il rit divins voie-
manz par nobles signes. Il fu en très haute panssée et vit les delecta-
bletez dou ciel. 2p. Li anges le menoit qui resplendissoit par très cl6re
lumière. 252. A la fm il esgardoit que la porte dou ciel estoit overle. W
fu reampliz de mervoillouse clarté et de mervoillouse odor. 2j ;. Il envi-
rona apertemem les sièges dou ciel que li esleù desirrent et qui seront
doné à cels qui vivent adès honesicmeni; et vit iciz féaux vcraiemeni
(/. 2 jo b) as ceaus plusors choses a mervoillier et qui sont a amer par esfor-
cernent de cucr. 254. Avec ce il vit .11. liz couverz de noble coverturc
qui estoient bel mervoillousement et resplendissoient de mervoillouse
biauté. 2) j. Adonc li devant diz homs fu errament mont liez; il deprie
l'ange qu'il li die as quex sont cil .11. lit. 2j6. Ciz li respondi errameni
et li dit tex paroles : « Saiches que li lit que tu esgardes resplendir de
«. si grant biauté sont apparoillié et a bon droit as dignes compaingnons,
« c'est a savoir Cirart le conte et Berthe la contesse; li quel il est cer-
« taine chose et manifeste qu'il hont doné toutes lour choses pour nostre
« seignor, pour quoi il sont digne de estre beneùré sanz fm dou repoux
a dou ciel et estre compaingnie perdurablement as compaingnies des
u sainz. »
LA LÉGENDE DE GIRART DE ROUSSILLON 23 5
roieni por b grant joie « chantoient cesie hyne ((. i?o) Te Deum /au-
(tamas^ et rendoient de ce a Deu très hautes loanges.
J47. O tu. Jhesucrlsi qui es chief de pitié, tes oevres sont tex qui
goerredonas jadis de vie ton chier ami espressé de cruel mort quant il
vivoii, Cl orcndroit a iceste toie serve qui estoit espressée de grant foi-
bleté as rendu lou don de santé par les croisons de la noble dame
Berthe! 248. Donques nous te beneîssons en toutes manières, o tu glo-
rieux Jhesucrist qui règnes adès ensemble Deu trines et uns sanz fin.
VOCABULAIRE.
aaiflcmeoB 209, sappetUctiUm.
tk ce que 160, tandis que.
asnllenemens 1^;, tûmalis.
migne 97. loj, isj, aqaa.
atabrnlsaement 146, impetu.
aparlssances 107, Hsùgta.
&pparoUlerrea 6, stractor.
artoz 19$, articalu.
fttapip 103, lattre.
atoichemeiiB 219, cantûgionam.
blaszné 48, trntatam.
boldie })» 1^3, Ttrsatia.
breclne 18), statU.
chareToetes ^6, cadareribus. Il y a
dansColgravecharevastre, « aih
cloaih ». le charrier, l'ctoffe forte
qu'on étend sur le linge ï lessiver
et par-dessus laquelle on place les
cendres, la clurrée ; ce mot, qui se
£t aosst d'une larve d'insecte qui
I sert d'appât > <Littré, cf. Cot-
grave), n'a pas une étytnologie assu-
rée (cf. Romanut, VI, ^9^), et il
serait possible qu'il y eflt originai-
rement conneiion entre les deux
sens qu'on tut connaît et le sens
donné par notre texte bourguignon
i cbarevoste.
ebarros 206, ixluaîis.
elem 327, claréiu.
elolchetaat, en — 202, puisitando.
coitoose 74, immaluro [obita],
coltousement 6j, pncipiii faga ;
1 16, prtà piles ; 24)^ toncitt,
commaenes 214, commumotûhui.
devanclst 74, prévenu.
devorement 2 ] 1 , voragtne.
dot 169, dtbdam.
duchesme 42, ducatum.
eatentiblement , entendlble-
ment, adv. ji, 87, icàuU 340
[aiire] inltnta. — Sobst. par coin*
mnn — 1 69, samma ngiUntia ,- cf.
par grant entante 20 1, stdale.
ectrecbaojable 2 1 , mutae.
errament 17, a^atim .- 20, 48^ con-
mao ; 48, 91 , mox ; 99. (7/ico.
eaeepat a' — 99, offensa pede.
ecoooerle 224, adaheno.
eafkcies 8 1 , deleta.
eapaontable 144, korr'^ti.
espaonté 64, ternla -, 1 j6, perUrriti.
espeontablement }^,64, Urribi'
lUer.
esqnemenie, parole — H * "'*
ntfarxo
esralgna 68, compellat
eesUe 11;, situ [ha].
essoalja 18, demaîca.
esaordent lO}, aonontur.
estranges 110, 112, 118, 119.
barbon.
M
^^H MErSR ^^^1
^^^H «strolDes 28, atniis.
nxeeamement 41, pKàpm\ 2]}, ^^|
^^^1 estât 1^7, sittit.
pTtstrtm. ^^1
^^^H faaaement 314, dohie.
meTsmes, invariable» 22, 39 (prcci- ^^|
^^^M flalachlr $7, fiecti.
pue), toj, 122, 12}, 128, 168, ^H
^^^M llalnolUssemeiut 1^8, cunamina.
^^^H
^^^H foièe, a la — 39, j), 72, umctm.
nenoe gent 180, popularti, ^^^^^H
^^^H forflonaerte 119, rablts; 147,/u-
mureaax 119, menia. ^^^^^M
^^^H
natlvel 10, natali. ^^^
^^^H forseniioit 137^ insaniens.
neant-coveoable 1 ^, importants" ^^M
^^^H forvoïabletez 2}o, abrapta.
^^M
^^^H fï>ainchlse nj^ Ubcrtatu.
neant-coveoablement 220, im- ^^Ê
^^^H France 108, orbcm Galliam ; rao
portane. ^^|
^^^^1
neant^eschalftsable 167, ùim- ^^|
^^^1 nrottcea 34, ragas.
^H
^^m Tae }8, fagt.
neant'pourveû 10, incautum. ^^H
^^^H sa&ingneors 1)4, accohrum \\u
neant-recon table 16} , uielfabili. ^^^^H
^^^H agricolarum) .
oblcier obicere. ^^^^^Ê
^^^B ^ngle 2], nugacitate mot qui est
olrre 167, gressibus. ^^^^^M
^^^1 rendu par deslolaaté au ^ 34;
oiselet 12 j, nvicu/j. ^^^^^|
^^^^V 2 1 9 hifaacitiitibus .
^^^^^1
^^^M hantes lentes) 167, insUts.
passerote 18, [unui] passerum. ^^^^H
^^^f heuz, qu'il soit — pour ■ qu'il
preors 208, prtJonam. ^^^^|
^^H^ ait été 9f 222, cf. Mussafia, Bei-
qnaichérent 209, abjitis {âbéldt* ^^^^Ê
^^^fe tfitgc ZUT Ctichii.hu dtr Romaniscktn
^^^^H
^^^1 Sprachen^ dans les comptes-rendus
rapors 1 j 1 , ^^^^H
^^M de l'Acad. de Vienne, XXXIX,
rebnehiè 1 10, periktsi : cf. rebon'~^^^^|
^^^B H6'8, et Jakrb./, rom. Ut. V, 347.
quler, dans Du Cange, afiousABB. ^^^^|
^^^1 Iganment 142, non dissimihur.
repidables 200, miitrahïïxa. ^^|
^^H Joiea 2 r , gauJiam.
restât, se — 99, steih, ^^|
^^^M lay i6f, lacu.
[alvrej, anslves ii^, anslTolt ^H
^^^ 11 art. fém. sujet, 2, js, j$, 84, 9^,
6, slf^olent i^j, sniernérent ^H
^^^^Ê 119, 1^0, 160, etc.
1 }0, ensigans 1 , slganz 68. ^^^|
^^^F lor, contre — J ] • ûi illçs ; en-
supplément 206, sappticts, ^^^^^Ê
^^^V contre lour 98, m eis.
tante, pluriel neutre, 8, (6. ^^^^^|
^M maimU 18, ttisos.
vulganment 12;, ru/go. ^^^^H
^^^^ft ^^H
^^^P 1. — La traduction de la première phrase est particulièrement embarrassée. | ^^Ê
^m Le traducteur a détaché les premiers mots. Cesta ... Rossellon, les considérant ^|
^^^^ comme un litre. Il a lu immicotum à la
place de nimiram, peut-être annuendo ^^Ê
^^^H (cf. 1 )8) pour aJmirantio, et est arrivé
: tant bien que mal â l'interprétation | ^^M
^^^^ bi»rre * par ouiroy de ses ennemis
». II a lu cum au -lieu de tum., d'où ^^M
^M 1 cnsanblt les louanges • ; il a déplacé lum spcclabilii nobiîitaln magnificcnîia. — ^^|
^1 Je vais indiquer sommairement un assez
grand nombre de fautes du même genre i ^^H
^^^ que je n'aurais pu signaler au bas des pages du texte sans détruire l'équilibre ^^H
LA UCCNDE DE CtRA^T DE R0USS1LL0N 137
entre le latin et le fraDçaii: -~6. f et la forme ansivoii » ; le irad. paraît-
avoir lu a set]utns au lieu à'elegans. — i j. c ou jugement >, iadUio au lien de' .
iadieio ; mftme faute A 07 et toi. — 27. c continué *, contmaaxs au lîeu de' '
tonànaaîa ; même faute à 98. — 48. « menaces a menaces «, mmi au lieu de' I
tttmu. — 84. c iavor 1, fûwri au lieu de fervore (on pourrait aussi bien cornger' |
t fervoT •). — 124. € atraissant », Uahats au lieu de Urcns. — 1 $4. t gaain-
gneors », agricolarum au lieu de accolarum. Ce n'est pas trè$*sûr, car, au
l 188, incoU est rendu par « laboreurs ». — 140. • Boemie •, Botmiam au
lieu de Baoniam ou Baiorum, — 1 ^0. • par oevre », contre-sens sur opcre pu-
thm tst. — t J2. « suit », st^auiÀo au lieu de serieaJo. — i { j. Contre-sens sur
superiui laxatûm. — 167. c digne de Dieu », a Dto au lieu de adto. — 181.
• avenues *, cum au lieu de limt. — 19s. — " saimeez ■, sanctiutum au lieu
de santtatum. — 199. > en ravissant ■, tap'undû au lieu de npiando. — 336.
« occises », il est difficile d'admettre que le traducteur ait lu nieraram. —
2}o. < quant il se regardoient », respicie/iUi au lieu de resipisanUs.
4. — O'apr^ la chanson, Girart était en effet le fils du comte Drogon \eon*
rn/ir), puissant seigneur dont les possessions s'étendaient sur une partie de U
France et de l'Espagne |ms. de Paris, Hofm. v. 945-9 , Michel, p. )0-i)ct
de qui il tenait la Bourgogne et Avignon iHofm. v. 6497; Mich. p. loj).
C'est à Avignon que Girart se réfugie et tient conseil avec les siens après que le
roi s'est emparé de Roussillon par trahison {Hofm. v. {06, (p, Mich. p. ty^
18}. Mats je ne vois nulle part que Girart fût natif de celte ville.
9, — Ce motif est très -vaguement emprunté i la chanson. Le prétexte de la
qieitlle est proprement que Charles, ploux de la puissance de Girart. demande
que celui-ci lui fasse horomage pour Boussilloa. Refus de Girart qui prétend
tenir ce chÂteau en alleu. Voir les premières pages du ms. de Paris.
12. — D'après la chanson, Girart aurait exercé non pas sept ans, nuis
vingt-deux, le métier de charbonnier {Oxf. fol. 40 ; Paris, Hofm. v. 674},
68a I ; Mich. p. 21 ), 21 ^ ; cf. mon Recueil d'anciens textes, p. 66). — Il est i
remarquer que l'exil de Girart est placé par l'auteur de la Vie latine à la suite
de la première guerre entre Girart et le roi, tandis que dans la chanson cet exil
prend place bien plus tard, i la suite de la seconde guerre.
13. — t Honera ingentia propriis humeris convectans. » Cf. ces vers de U
chanson (mon Recueil, p. 67) :
Il ac bone vcrtut, forte e plenere,
E portet major fais d'une saumere.
14. — Cf. la chanson (ibid.) :
Es loc fu la contesse pois taillendere,
Cane no vistes de mans tal fazendere.
19. — Selon le poème cette entrevue de Girart et de la reine sa belle-sceur
eut lieu, non pas i la PentecAte, mais le vendredi saint (Hofm. v. 686^, Mich.
P- 2'7I-
23-7. — Tout cela est fort arrangé. Dans le poème Charles pardonne à
Girart parce qu'il le croît mort, mais lorsqu'il l'aperçoit devant ses yeux, il
M peut réprimer un mouvement de colère (Hofm. v. 702 r et sniv., Michel
p. 22i-3}.
aaS p. MEreR
^0. — Cf. le poémf, Hofm. v. 7185 et suW., Mich. p. 226-7.
4Î. — L'auleur doit avoir mal compris son texte; nous voyons dans la
chanson que Polcon, le cousin et le plus fidèle allié dcGiran, joue constamment
le rôle d'un sage conseiller qoi cherche i calmer son bouillant cousin et à lui
inspirer la modération. Il n'y a pas de raison pour qu'il ait été représenté sous 1
nn autre aspect dans la rédaction qu'avait sous les yeux l'auteur de la Vita.
jî-72. — Ce récit d'une guerre entre Girarl et Charles n'a pas son corres- j
pondant dans la chanson telle qu'elle nous est parvenue. Nulle part on ne voit
dans celle-ci qu'il y ait eu entre les deux rivaux douze ou treize batailles (6;),
i la suite desquelles le roi aurait été obligé de se réfugier à Paris (66) ; nulle
part il n*y est question de l'apparition miraculeuse qui met fin i la guerre (68).
59. — I Qu'il ne vuet pas qu'il chafoUnt lou roi. ■ Il y a dans cette même
traduction d'autres imparfaits de l'indicatif employés au sens du subjonctif pré- I
sent ou imparfait, ou du conditionnel. 111 c li ovrott l'on les portes ■ (sens du
subj. présent) ; 1 1 ; 1 li chasieau ne poahoti estre pns p (sens du condi-
tionnel) ; 142 « que ce qu'il Uissoii » |sens du subj. présent); 162 « et li di
qu'il uitroit » (même sens) ; 172 < qu'il ne laissaient pas > (mime sens) ; i$6
« qu'il nou tenissent pas a gas, mas importoitm • (subj. imparfait) ; aoi c et le
depriott ... que il ... li dûngnoit » (même sens). Déjà en bas-latin, dans la vie
de sainte Euphrosyne, M. Boucherie a signalé l'emploi de l'imparfait de l'indi-
catif au lieu du présent ou de l'imparfait du subjonctif (Revue dts tanguts
romanes^ II, j?).
74. — Les mots < qui infra spatium unius anni vita excedens > rappellent
ce pentamètre de l'épiiaphe du jeune Thierri, 51s de Girart, épitaphe autrefois
placée dans l'église de Pothiires, et que l'auteur de la Vie avait sans doute
toc:
Vix anni unius transierat spatium.
[drard de Roussillon^ éd. Terrebasse, p. xjncv.)
D'après la chanson Girart aurait eu de Berte deux garçons, qui moururent
tous deux très-jeunes, l'un de mort naturelle, l'autre tué par un des hommes
de Girart (Hofm. v. 7948-9, 81 17 et suiv., Michel p. 2^0 et 2^6).
;6 et suiv. — La seule fondation religieuse dont il soit parlé avec détail
dans ta chanson est celle de Verelai (Hofm. v. 8007-8, 84879; Mich. p. 2^2,
267). Il est singulier qu'on n'y trouve aucune mention de Pothières. En outre
il est deux fois question dans la chanson des monastères fondés par Girart, mais
toujours avec peu de précision. D'abord à la suite de la première guerre :
Girarz en fes mostiers ne sai canz faire
En qu*el mes assaz monges e santuaire
(P. Meyer, Recoal, prov. 6, 7-8).
La seconde fbis^ tout i fait à la fin du poème, dans une sorte de conclusion
qui ne se trouve que dans le ms. de Paris :
E fo molt om bénignes, rcltgios,
. E basti ne mostiers, sapchat/., pturos :
VersaUi l'abadia es us deli bos.
8960 Plus de .cccc. gliesas ab orazos
Fetz far G. e Berta la dona pros,
U LËGENÛ^ DE GIRART DE ROUSSILLON Z2Ç)
E dotero las totas de forlz rixs dos,
De chastds e de viUs, de rins maios ;
Pcr loU meiro personas, abatz, priors.
Tant quant te U B«rgonha on es Dijos,
I a be pauchas gteias mas de lor dos...
78. — Il parait que les actes auquel l'auteur fait allusion n'existent plus,
car les auteurs de la nouvelle Gallia christiana ont révoqué en doute la Tonda-
lion ou restauration du monastère de Saini-Pierre d'Auxcrrc par Girart de
Roussillon. Ils s'expriment ainsi {Call. chr. XII, 4;4-t) ■
Kesuaiatum quidem rcf^runt Sammirthani hoc roooisterium a Ccrardo de Rossilione
et Benhj ejus coningc, constrnaa de novo bisillca apostolorum Pétri « Pauli in lubur-
btis Aullssiodori, et erecto collegio duodecim canoniconim qui regutarem degerent vitam
sub Angelctmo decano, anno 749 * ; venim ipsis lue la re fides habenda non est, quos
fotun deccpil vcl j'abaU liii^dam aliijuot abhinc sitculit tcn'pta, vel nccrologium domus
cujui eo levîor es autoiiias quod hxc traditio quam refert ad dicm t oaobrb in ipso
hterit tncena, Ccrardiunque mortuum exhibeai aiuos amplius cemum quinquagioia ante
Carolunt Calvum, que lamen régnante Cerardus, circa annum 867 Vîieliacum Augusii-
dimenseiT) ci Pultariam Lingoncnscm ante annmn 868 condidlt ui duimtu 1. IV, et mnr*
tout eiicuin Bcnha conjugc anno duotaxat 874.
79. — Je ne trouve aucune trace d'une abbaye de Sainte Marie Madeleine
(selon la traduction) qui aurait existé dans te diocèse de Soissons.
gj-toi — Les deux miracles ici racontés, celui de Vézelai et celui de
Pothiéres. se retrouvenl tondus en un dans la chanson (Hofm. v. 8)60-74^ ;
Mich. p. 269-270. La comtesse se levait chaque nuit pour aller, avec un pèle-
rin, travailler aux fondations de l'abbaye de Vézclai. A eux deux ils portaient
péniblement du sable rn un sac. Le chambellan de Girart, pour se venger de la
dame, sur la vertu de laquelle il avait F^iit une vaine tentative, fit croire à son
maître que ces promenades nocturnes n'avaient rien d'innocent. Girart épia sa
femme : il la vit emplir le sac avec l'aide du pèlerin, et i ce moment une grande
clarté descendit du ciel sur eux — comme ici dans le miracle de Pothtères {% 88),
— Un peu après la comtesse se mit en marche portant l'un des bouts de la
perche à laquelle était suspendu le sâc: k pèlerin portait l'autre bout. En mar*
chant, elle se prit le pied dans sa robe et tomba; mais, par un miracle, la
perche se tint droite en l'air, — comme dans le miracle de VézeUi (§ 99).
L'auteur de ta Vie latine peut aussi bien avoir recueilli ses deux miracles
dans une tradition monastique que dans la chanson qui est sa principale source
d'information ; mats, quelle que soit celle de ces deux hypothèses que l'on pré-
fère, il me paraît vraisemblable que ta version du poème est la plus ancienne;
qu'il n'y avait originairement qu'un seul récit, se rattachant à Vézelai, et que
c'est l'auteur de la Vie qui a imaginé de couper ce récit en deux, afin que
Pothières eût, tout comme Vézelai. un miracle i son origine.
ro4. — Voir la vie de saint Loup, évèque de Troyes, Aclû Sanctorum, juil-
let, V, 80, § 46, et cf. la discussion des BolUndisles dans le Commcntaiius
I. Cette date est celle que donne le récit de la translation de sainte Marie-
Madeieine (ci*aprés p. 2j2, § 2) peur la découverte du corps de la sainte.
310
P. MEYER
âfi ^ 7°) 71 : voir "Jisi d'Arbois de Jobainvitte en son
^rrfviuï, ibid., p
élude sur le Laçois, Bibl. dtl'Ec. dit chants, 4, IV, jio.
it6. — < ... sccus Gemellos ■. Une colline située sur le territoire de la
comiBUne de Prusly-sur-Ource, à quatre kil. environ au N.'E, de ChAlitlon*
sur-Seine, à l'est de l'ancien inonl Laçoii, s'appelle encore Les Jumeaux.
127 et suiv, — Dans la chanson on voit Charles s'emparer â deux reprises
différentes de Roussillon par tr.ihison ; la première fois, vers le commencement
du poème (Hofm. v. {^9 et suiv., Mich. p. la-^), la seconde, beaucoup plus
tard (Hohn. v. 548) et suiv., Mich. p. 17;). Dans le premier cas, le traître
est le sénéchal de Girart, dans le second cas c'est le portier. Il est visible que
l'hagiographe a eu en vue la première de ces deux affaires. Comparez le § 1 29
à ces vers (Mahn, GtAUhu, I, ajo; Hofm. 407-425; Mich. p. 15-4) :
Li cons Girarz |azi' en une tor,
E ne furent o lui mais irei contor;
Aicil sunt condurmit a la freidor.
E li cons rasidet de ta freor,
E entendet la neise e la rutm)or
Que funl la fors donzels e vavasor
E estranz e privât, grant e menor,
E reclament Girart lor dreit seinor ;
E vest aubère e elme qu'il a forcer
E près escu e tance qu'il sat meitlor ;
La 0 sat son cheval celé part cort :
Ja l'en traïe(nt] fors irei lecador,
A cascun fait votar la leste por;
Pois e$ montai li cons de gran vigor,
Per une porte pauce, n'i sai menor ;
Per la s'en ist li cons a grant ïror,
E cubice {mi. dt Paris apela) lo rei perjur tracor.
I {4. — Il n'est rien dit dans la chanson de cette * vallis sanguinolenta >. Il
est notable aussi que la Vie ne parle pas du combat singulier de Girart et du
roi, V. 74î,74S, 7^ S (Michel, p. 24)-
\]\. Selon la chanson la bataille aurait eu lieu sous ■ Ftere*nause > (Oxford,
fol. 24), sous • Peira-nausa » |Hofm. v. 772 ; Mich. p. i\), et le roi vaincu
aurait fui jusqu'i Troies (Hofm. v. 847 ; Mich. p. l'j),
\}j. Dans la chanson, de nombreuses tirades (v. 87$-)7a9; Mich. p. 28-^)
sont consacrées aux délibérations de Girart et de ses barons, à la suite desquelles
est décidé l'envoi h Charles d'un messager chargé de paroles de paix, au récit
de l'entrevue de ce messager avec le roi, qui, contre l'avis de son conseil,
repousse toutes les propositions de Girart, et au rapport fait par le messager i
Girart. — Dans ta chanson, c'est le messager qui assigne i Charles le lieu de
la bataille (v. 1477-8, Mich. p. 47), qui est bien, comme dans ta Vie, Vatbetun,
mais n'est pas déterminé par le voisinage de Vézetai et de Picrre-pertuisc.
> }9- — Il est aus^ spécifié dans fa chanson que Drogon avait d'importantes
possessions en Espagne (v. par ex. v. 16^4-7). mais non qu'il fût en ce moment
en guerre avec les Sarrazins; au contraire, il est dit, v. 960'j, qu'il était en
LA LÉGENDE DE CIRART DE ROUSSILLOH 2^1'
piix et que ceux de Mayorque, d'Afrique, et même d'Asolone, lui payaient
tribut. — On oe voit nulle part dans le poème que Drogon f&t le fils de Goo-
delniit.
141. — La somme des troupes de Ctrart n'est pas donoée dans la chanson,
mais eo additionnant les chiffres des divers contingents on voit qD'elle dépasse
de beaucoup le nombre ainsi indiqué.
146. Cette étymologie peu vraisemblable de la Cure, petite rivi^e qui passe
pris de Vézelai et se jette dans l'Yonne avant Auxerre, manque naturellement
dans la chanson, qui ne connaît que l'Arcen, v. 1478^ 17^6.
308. — Raoul III, comme comte de Valois, qui par suite de son mariage
arec Adélaïde, fille de Nocher H. comte de Bar sur-Aube, acquit le comté de
Bar-sur-Aube. Il fiit l'un des principaux alliés d'Etienne H, comte de Cham-
pagne, son seigneur, dans la guerre que soutint celui-ci contre le roi de France
Henri en 1038, et y fut fait prisonnier. Plus lard il suivit son seigneur à l'ex-
pédition que le roi Henri dirigea contre le duc de Normandie Guillaume le
Bâtard. Il mourut en 1074. Voy. An Je vltifier ta datu^ II, 702 ; d'Arbois de
Jubainville, HUloin de Bar-sur-Auhtf p. xiv-xvj ; Histoiu dis comta de Cham-
pagne, I, }2\, M7, )62, J89.
aij-7. — Rainart occupe le siège de Langres de io6( i 108^. Les faits que
lui impute la Vie sont connus d'ailleurs. Ils se rapportent i l'année 107}; voy.
Cali. ekrisl. IV, ^62. C'est donc un récit fondé sur une tradition encore très-
récente^ comme celui du miracle rapporté plus loin § 234 et sarr.
APPFNDICE.
U TRANSLATION DU CORPS DE SAINTE MARIE-MADELBINE A VBZELAI.
On connaît depuis longtemps un récit en latin d'après lequel le corps
de sainte Marie-Madeleine aurait été découvert en Provence et amené
à Vézelai par un moine nommé Badilon. Ce récit se rattache d'assez
près ft la légende de Girart de Roussillon, car c'est Girart comte de
Bourgogne, époux de Berte et fondateur de Vézelai, qui aurait envoyé
ce Badilon à la recherche du corps saint. Aussi esi-ii assez naturel que
le traducteur bourguignon de la Vie de Girart ait cru devoir compléter
en quelque sorte cette biographie avec l'histoire de la translation des
reliques de la Madeleine '.
Cette histoire de translation se rencontre fréquemment dans les mss,
à la suite de la légende de sainte Marie-Madeleine et s'y rattache étroi-
tement par une phrase de transition. En voici le commencement, d'après
le DIS. 12601, fol. 267 v°f du fonds latin de la Bibliothèque nationale :
I . Nuoc ergo, largiente Domino, aggrcdiemur eiponcre qualiter gleba cor-
f . Voir ci-dessus, p. 164.
2)3 P. MEYER
poris ejusdem beatissimx Marix Magdalenx ad locum in quo hodie vcneritur
translata i\l.
2. Anno igitur passionîs vel resurrectionis Dominica:* plus minus septingen-
tesimo quadragesimo nono, régnante Ludovico regum piissimo, necnoa et filio
e)Us Karolo, vîguît pax atquc profcctus Christ) ccclesix in. orbe terrarum,
prêter infestationes genlis Sarracenorum quaî fichant pr«ipuc a partibus Hi$-
paniarum. ;. Eo quoquc lempore partem maximam totius Burgundic Gcrardus,
comitum^ nobilitate et armis copiaque diviciarum prestantlssimus, fac predïc-
lorum regum afdnitate proximus^], jure heredilario possldebat. 4. Erat enîm
illl uxor non dispar natalibus, admodumque moribus egregia. 4. Qui scilicet,
sexus utriusque proie destituti, res proprias larga manu Deum limentîbus
ejusque pauperibus împendebant. \. Dehînc quoque omne patritnoniom suarum
possessionum ad ecclesiamm domos omnipotcntis Dei construendas summa cum
devotione transcrîpserunt, potiore denique ulentes consilio, ut propter carnalem
prolem Deum [sibi] etigerent coheredem. 6. Edificantes autem quampluri-
mas jccclesias ac monasteria in suis latifundiis, in quibus nondum fuerant, sta-
biliverunt in eisdem Deo famuiantes quaroplurimos, ditanles ex rébus proprits
ut absque penuria regulariter degerent. 7. Sub eodem qaoque tempore, tant a
rege Francorum quam ab eodem Gerardo comité Johannes papa Romaous
accersitus, deventl Gallias. 8 Qui, tnter cetera salubria quae [ibij excrcuit,
monasteria qua Gcrardus cornes a-dificaveral, ejusdem precatu in honorera Dei
et ejus genitricis Marix sanctorumque apostolorum Pétri et Pauti consecrari
fecit. 9. Qui Romam regressus, muUorum sanctorum pîgnora ab amorem prx-
dicli corailis ad loca quac consccraverat rctransmisit. 10. Post aliqua vero tem-
porum currîcula, déficiente regum Francorum valitudine, cepilgens barbarorum
a transmarinis partibus veniens, per universas Galliarum provincias ctades
exercere permaximas, tam in cedibus hominum quam in predationibus rerum ac
coocremationibus domorum, xcclesias quoque ac monasteria dissipans igni con-
sumpsit. 1 1. Tune denique, inier calera, monastcrium Vicelaicum, quoda prat-
dictocomile Gerardo cum ceteris ut prcmisimus juxta Core fluvium constnictum
fuerat, permissum est solo tenus destrui. 12. Post hec vero, ob defensionîs tute-
tam, inanissimo colle qui juxtâeminebat, ab eodem Gerardo convementissîme ree-
diBcalum est ; quod etiam vocabuloeiusdemlocihonorificecongruit. Diciturenim
Viulûicam quasi inde vîdeatur orizonta cxli circumtuentibus per amplîssima,
seu etiam Vxcelaictu, quod exinde videatur amplissimum ca:li latus, potest inlelligi.
1 ; Ubi dum reedificatum, ut primitus, in honore genitricis Dei Marix et sanc-
torum Apostolorum Pétri et Pauli fuerat, innumerabilibui signis et virtutibus,
Deo opérante, claruit.
14, Sub eodem fere tempore contigit ut egressa gens Sarracenorum ab His-
panix panibus depopulans, exterminavit pêne Aquitaniam ac maximam Pro-
vincix partem. ij. Interea Aquensem metropolitanam civitaiem aj^gressa,
ipsamque capiens, universam suppellectïtem ipsius diripuït, captïvorum roullitu-
dinem indc educens^ reliqua autem gtadio et igné consumpla sunt ; virorum
I. Je transcrU car x Pc ciJilU </u mt. — 2. Mt. comitatum. — j. Ce ^ui est
entrt [] est omis dans a ms.
LA LÉCENDE DE CIKaRT DE ROUSSILLON 2^'
namque et inulienjra quamplurcs vives decoriAntcs, ut mos est Sarracenoruoi
hominibus nostrx gentîs facere, ut ipsimet postnioduro vidimu^, quieveruQt. 16.
Cujus cladîs ccde peracta, quam credimus propter pecutta inhabitancium illi
terre contigissc, in sua rece&seruDt. 17. Compertum namque jam olim a multis
longe lateque hab^batur. quod beata Maria Magdalene in territorio civitatis
Aquensis a sanclo pontifîce Maximlno sepultufie tradila fuerat, quodque ibidem
illius sacratissima ossa s^rvabantur. 18. Mac deoique fama instigati, tam cornes
Gerardus quam abbas Heudo ' praedîcti nionaslerri Viceliacensis, delegavenint
satis accu rate ad cmtatem Aquensem fralrem quendam cui nomen eral Badilo,
ea sctiicet devotione ut si, annuente Domino, illis in parlibus aliquid pignus de
corpore sacratissime Marjjc Magdalenx repperire valeret, revertens ad illos
deJerrrt
La suite nous fait connaître comment Badilon réussit à découvrir le
tombeau de la sainte, comment i) en retira subrepticement le corps et
parvint à le iransponer  Vézelai. Suivent, dans les mss, divers miracles
opérés par l'intercession de la Madeleine.
Tout ce récit est apocryphe ; personne n'en doute. Ce que je veux
faire remarquer, c'est qu'il offre certains rapports, d*une pan avec notre
Vie de Cirart de Roussillon, d'autre pan avec le poème.
Le rappon avec la Vie est surtout sensible aux §§ j et 4 où se retrou-
vent plusieurs expressions de la Vie : maximam partem iotms Burgundu
[GailU dans la Vie) ... jare hcredUario possi(Ubat, cf. la Vie § 6 ; — Uxor
non Mspar naialibus, admodumque morihus tggre^ia, cf. la Vie § 7. Il se
peut que les deux récits aient puisé â une source commune, que je ne
suis pas en état d'indiquer ; il se peut qu'il y ait eu imitation de pan ou
d'autre. Dans cette seconde hypothèse, quel est l'imitateur ? C'est l'au-
teur du récit de la translation, si on admet l'opinion des Bollandistes et
de l'abbé Paillon sur la date de ce document. Les premiers pensent que
le récit, dont ils ne donnent que quelques extraits^ a dû être écrit après
126s d'après une tradition un peu plus ancienne '. L'abbé Faillon, qui
l'édite en entier, exprime avec plus de développement la même opinion :
Cette relationt icmposit au milieu du XIII' sïtcU oa au sâclt suivant^ fut ensuite
envoyée à Home, probablement par les religieux de Vézelay» pour l'opposer à
la découverte du corps de sainte Madeleine faite en Provence par Charles,
prmcc de Salerne, en 1270. Elle a été conservée depuis â la bibliothèque du
Vatican. L'abbé de Vézelay, étant allé à Rome en 1600, la transcrivit de sa
propre main comme un monument qui n'était pas sans intérêt pour son monas-
t . Le premier abbé de Vézelai. On fait durer son abbalîat de 878 à 900
environ {Gall. Christ. IV, 467). Ces dates ne sont guère en rapport avec ta
date de 7^9 donnée au début, laquelle accompagne assez singulièrement la men-
tion des règnes de Louis le Pieux et de Chartes le Chauve, mais tout ce pieux
récit n'est qu'un tissu d'absurdités.
i. Actû SS.y 12 (uillet, tommtntarms histontccraictts, ^ m.
2J4 P MEYER
tère. Lacopiequ'i) en 6t alors, ou peut-être une autre transcrite dans le même temps,
d'après la sienne, est aujourd'hui à la bibliothèque du roi. et c'est cette copie
que nous donnons ici. Elle avait appartenu successivement à M. Fouquet, évèque
d'Agde, à l'oratoire de cette ville, et enfin au collège de Navarre (n* 36 ^s) *.
L'abbé Failton était un compilateur aussi dépourvu d'érudition que de
critique. S'il avait poussé ses recherches un peu plus loin, il aurait
reconnu que le récit de la translation ne se trouvait pas seulement dans
le ras. 26 bis du fonds de Navarre iraaintenam n" lyôjô du fonds latin')
mais encore dans un grand nombre de mss. dont plusieurs remon-
tent au xii^" siècle et même aux premières années de ce siècle », ce qui
me dispense de rechercher quelles raisons on aurait pu avoir de fabri-
quer cette légende au xiit' ou au xiv'.
Le récit de la translation est donc au plus tard du commencement du
xii« siècle, et très-probablement d'un temps plus ancien. Comme la Vie
appartient à la 6n du xi'' siècle, ou peut-être aux premières années du
siècle suivant, on peut hésiter sur la question de savoir lequel des deux
écrivains est l'imitateur. Je considère comme très-probable que c'est
l'auteur de la Vie. La biographie latine de Girart de Roussillon n'a
jamais été un ouvrage répandu ^ le récit de la translation a eu en son
temps une véritable célébrité. On en possède de très-nombreuses copies;
Vincent de Beauvais Ta fait entrer sous une forme abrégée dans son
Miroir hîstorial * et Jacques de Varaggio dans sa Légende dorée. Il y a
là une première présomption d'aniériorité. Si je ne me trompe, c'est
parce que le récit delà translation des reliques de la Madeleine à Vézelai
par ordre de Girart avait mis ce monastère en grande réputation» qu'un
moine de Pothières a eu l'idée de composer une vie de Ciran, afin que
Pothières eût aussi un corps saint à exposer à la vénération des fidèles.
Et on s'expUque sans peine que notre biographe, tout en mentionnant la
fondation de Vézeiai [§ 77), n'ait rien dit de la translation du corps de
la Madeleine : il n'était pas de son rôle de rien dire qui pût contribuer à
augmenter la réputation d'un monastère voisin et peut-être rival.
Quant au rappon du récit de la translation avec la chanson, il ne peut
pas être établi d'une façon bien rigoureuse. Tout ce qu'on peut dire,
c'est quelepoëme mentionne la translation de la Madeleine à Vézeiai >.
i. Monuments île ftipcîloht de samie Maru-hUdilatK en Provenu, II, 74J.
2. Dans ce ms. le récit de la translation est précédé d'un court préambule,
que le n>i pas rencontré ailleurs, cl probablement tiré du ms. envoyé à Rome,
titi Girart est iiualifié ■ de Rossclione •■
j Par ex, Bibl. nat. 1260a fol. 167 v» (rammenccmcnt du XII* siècle),
IJ090 fol. 97 V" i4j6j fol. 142 »«, 16754 ^'* Pi '700s fol. j6 y.
4. Livre hXWX, chap. i^i.
}. Edit. Hofmaan, v. 8000 et suiv. ; èdit. Michel, p 2$2.
LA LÉGENDE DE GIRART DE ROUSSILLON 2}$
Badilon ne 6gure pas dans le récit très-court du poète. Toutefois, un
peu plus loin, on voit paraître un personnage du même nom, dont le
rôle auprès de Girart est celui d'un sage conseiller. Le poète a cru à la
tradition d'après laquelle le corps de la sainte avait été transporté à
Vézelaî du temps de Girart, mais il ne s'en suit pas. que dès lors cette
tradition ait été rédigée sous la forme o£i nous la possédons.
Les rapports qui unissent la chanson de Girart de Roussillon, la vie
latine du même personnage et le récit de la translation du corps de
sainte Marie-Madeleine sont incontestables. L'explication que j'ai tentée
de ces rapports n'est, en plusieurs points, que probable. Mais, quelles
que soient les combinaisons auxquelles on ait recours, un résultat^ non
sans importance pour l'histoire, me parait hors de doute, c'est que Girart
de Roussillon, héros presque entièrement fabuleux de la poésie épique, a
été en voie de devenir un saint. Il ne Pest pas devenu tout à fait : il
s'est arrêté dans la route qu'ont parcourue jusqu'au bout Guillaume au
court nez et Renaut le fils Aimon, pour être enfin transformés en saint
Guillaume de Gellone et en saint Renaut de Cologne, mais il l'a suivie
assez loin pour nous fournir un curieux exemple de l'influence de la
littérature vulgaire sur la composition des Vies de Saints.
Paul Meyer.
LA SOTTIE EN FRANCE.
Les sotSj qui occupent une si grande place dans notre ancien théâtre,
lireni évidemment leur origine des réjouissances de carnaval, des fêtes
grotesques si fort en honneur au moyen-âge. Pendant des siècles, U
liberté de la parole n'exista que sous le masque de la folie, mais, sous ce
masque^ on peut dire qu'elle fut presque complète : les cérémonies de
l'Église purent être impunément parodiées le jour des Saints Innocents;
les fous jouirent du privilège de faire entendre la vérité aux rois; enfin la
sottie transpona sur la scène la satire dirigée contre les diverses classes
de la société. Ce caractère satirique, qui permet de considérer la sottie
comme un de nos genres dramatiques les plus anciens, est bien défmi
dans les vers suivants de Jehan Bouchet. Après avoir parle de la satire
en général, le poète ajoute :
En France ellR a de solU le nom,
Parce que sotz des gens de grand renom
Et des petits jouent les grands follies
Sur eschaffaux en parolles polies,
Qui est permis par les princes et roys,
A celle fin qu'ils sçachent les derroys
De leur conseil, qu'on ne leur ause dire,
Desquelz ils sont advertïz par satire.
Le roy Loys douziesme desiroit
Qu'on les |Ouasl a Paris, et disoit
Que par tels jeux il sçavoit maintes faaltes
Qu'on luy celoit par surprinses trop caultes.
{Ep'utrts morales tt famdUrts Ja Traveruur; Poitiers, i Hïi \n-io\,, ], ji </.)
Au point de vue de la forme, la sottie se rattache à ces fatras ou
fatrasies, dont le moyen âge nous a légué de nombreux exemples [voy.
notamment Jubinal, iVouwdu Recueil de Contes, Dits, Fabliaux et autres
Pièces inédites f 1!, 208) ^ c'est une série de traits et de mots disparates
U SOTTIE EN FRANCE 2^y
qui n'ont d'autre liaison entre eux que la rime. L'extrême diversité des
vers qui se suivent, le brusque passage d'une idée à une autre, l'amon-
cellement des proverbes et des allusions satiriques sont les principaux
mérites du genre. La fatrasic donna naissance à deux espèces de sotties :
l'une destinée à être récitée dans des concours de rhétorique ; l'autre,
au contraire, ayant un caractère dramatique.
Sur la première espèce de sotties nous trouvons quelques détails dans
un Doctrinal de retorique composé en 143^ par Haoldet Hercut [Raol de
Thercut] i Archives iUs Missions scuntifujaes et littéraires, 1, '8jo, 275).
L'auteur de ce traité nous apprend que ces compositions, dites sotties
amoureuses, se récitaient à Amiens, le premier jour de l'an, dans des
fêtes présidées par un b prince n ; il ajoute que » tant plus sont de sos
mots et diverses et esiranges rimes et mieulx valent i>. Les sotties amou-
reuses paraissent d'ailleurs avoir été connues en dehors d'Amiens et fai-
saient sans doute partie, sous des noms différents, du programme
ordinaire des puys de rhétorique dans les villes de la Picardie et de la
Flandre française. Elles se confondent en effet avec les sottes chansons
en usage à Valenciennes, et dont Hécart a publié quelques spécimens
curieux [Serventois et Sottes Chansons couronnés à Valenciennes; ?'éd.;-
Paris, 18)4, in-8).
La seconde espèce de sottie., appelée aussi jea de pois piles, était un
poème dramatique ; c'était, dans le principe du moins, une simple fatra-
sie divisée en couplets et récitée en public par des sols ou des badins ;
les mêmes règles étaient applicables aux deux compositions.
La fatrasie, détrônée par la sottie, fut à peu près abandonnée au
XIV" et au xv« siècle, mais elle reparut au xvi' sous le nom de coq-
à~l'âne. Pour le remarquer en passant, Marot, qui contribua plus
que tout autre à mettre à la mode les épitres « de l'âne au coq » ou
«r du coq à l'âne », ne fut cependant pas l'inventeur de cette sorte de
facétie. Sa première épître à Lyon Jamet est de 1 5 ]4; or on trouve
dans les œuvres d'Eusiorg de Beaulieu iLes divers Rapportz; Lyon,
I s 57i pcL in-8) un coq-à-l'âne daté de i s jo. U y a donc lieu de rccti-
6er le passage suivant de Charles Fontaine :
< Co^i à l'asnt sont bien nommez par leur bon parrain Marot, qui norama
le premier, non Coq à l'asm, mais EpiUrc du Coq à l'Asne, le nom prins sur le
commun proverbe françois: Saulter du coq ù Pasm, et le proverbe sur les apolo-
gues. Lesquelles vulgarilez, à nous propres, tu ignores, pour les avoir despri-
sées, cherchant autre part l'ombre, dont tu avois la chair; et puis téméraire-
ment tu rcprcns ce que tu ne sçais. Parquoy pour leurs propos ne s'cnsuyvans
sont bien nommez du coq à l'asne telz énigmes satyrics, et non satyres, car
satyre tst autre chose ^ mais ilz sont satyrez, non pour la forme de leur facture,
mais pour la sentense redarguaote  la manière des satyres latines, combien
2]8 K. PICOT
que telz propos du coq i Tasne peuvent bien c&tre adressez à autres argumens
que satyricques, comme les AbsurJa de Erasme, la Farce du Sourd et de t'Arcugtt
et VAmbassaJt du Conardz dt Rouan. » Charles Fontaine, Le Qaintit Horallm
sur la Defftnu a Hliislraûon dt la Langue françoise, à la suite de VArt poëuqat
/rd/ifoiV Cpar Thomas Sibilelj (Lyon, iiii,în-i6), 221. — Cf. Le Roux de
Lincy, lÀvrt da ProverUi JrançaiSj 2« éd., I, 17J.
Aprds l'invention du coq4-l'Âne, te mot fatras s'applique spécialenaent
à de petites pièces sur divers sujets, assemblées en recueil, comme on le
voit par le volume d'Antoine du Saîx intitulé ; Pelitz fatras d'ung Appren-
tis, surnommé l'Esperonnier de discipline {Psim, Simon de Colines, 15371
pel. in-4) ; on ne le trouve plus guère employé avec son sens primitif.
Dans les deux derniers tiers du xvi" siècle, où le coq-à-!'àne, surtout
le coq-à-1'ànc politique, fut en grand honneur, on en invenu en Nor-
mandie une espèce nouvelle, la jricassie. On donna ce nom à de petites
pièces composées des premiers vers ou des relrains des chansons en
vogue. Nous en trouvons un spécimen dans la Fleur des Chansons amou-
reuses iRouen, 1600, pet. in-8, pp. 47^-476 de la réimpression l, mais
l'exemple le plus connu est la Fricassée croteslUlonée (1 { 57) . dans laquelle
les proverbes, les jeux et les formules enfantines se mêlent aux chansons.
Ces fricassées nous ramènent au théâtre dont nous nous sommes insen-
siblement éloigné; elles paraissent être le point de départ de la ComeAie
des Proverbes (165 j) et de la Comédie des Chansons (1640).
Nous n'insisterons pas sur les origines littéraires de la sottie. Nous
voulons maintenant l'étudier comme œuvre dramatique ; c'est une ques-
tion beaucoup plus délicate et qui ne paratt pas avoir préoccupé jus-
qu'ici les historiens de notre théâtre. A nos yeux, la sottie était une
sorte de parade, récitée avant la représentation pour attirer les specta-
teurs ; on ne saurait mieux la comparer qu'aux boniments de nos saltim-
banques et de nos bateleurs modernes. M. Sepet nous paraU s'être
absolument mépris sur le caraaère de la sottie, en y voyant simplement
un genre de moralité qui s'appliquait c plutôt aux travers sociaux qu'aux
vices moraux » et en prétendant qu'on en retrouve des exemples jusque
dans le théâtre de Molière, dans les Femmes savantes^ dans le Bourgeois
gentilhomme et dans les Précieuses ridicules (voy. Le Drame chrétien au
moyen-âge; Paris, Didier, 1878, in-ii, ^0).
Pour faire bien comprendre la place réservée à la sottie par les
anciens acteurs, il convient tout d'abord de rechercher comment les
représentations étaient composées à la fin du xv et au commencement
du XVI* siècle (nous ne possédons pas de documents suffisants pour
entreprendre ceue recherche pendant la période antérieure). A l'époque
qui nous occupe, il Caut distinguer les représentations extraordinaires,
LA SOTTIE EN FRANCE 2\()
organisées à des époques indétemiinées, par des prêtres ou des
bourgeois, qui n'abordaient U scène qu'en simples amateurs, et les
représentations régulières données par des comédiens de profession. Les
unes, qui se bornaient ordinairement au jeu d'un mysièrCt étaient des
fêtes municipales, célébrées avec pompe ; les villes tftchaienl de se sur-
passer les unes les autres par le luxe des décors et des costumes, le
nombre des personnages et souvent aussi par la longueur du spec-
tacle. Les représentations des comédiens n'exigeaient au contraire
que peu de mise en scène ; les acteurs étaient en petit nombre ;
les costumes et les décors étaient sans doute des plus simples, mais les
acteurs avaient pour eux leur pratique de t'art dramatique et, sinon la
longueur, du moins la variété du spectacle. Les frères Parfaict ont
remarqué {Hist, da Théâtre JrançotSf 111, 106) que les représentations
des Enfans sans soncy étaient composées de trois pièces : une sottie,
une moralité et une farce. Ils en ont donné pour exemples le Jeu du
Prince des Sotz de Pierre Gringore et la Moralité de Mundus^ Caro,
Demonia^ qui nous esi parvenue reliée avec la Farce des deux Savetiers ei
qui était sans doute précédée d'une sottie. Celte observation des auteurs
de VHistoire du Théâtre français est très-juste ; mais nous pensons qu'il y
a lieu de la compléter. Les comédiens de profession donnaient des spec-
tacles a coupés » ; l'argument tiré du Jeu du Prince da Sott est con-
cluant, mais il a l'inconvénient de laisser dans Pombre un genre drama-
tique important : le monologue. Voici un texte qui indique bien nettement
l'ordre dans lequel se succédaient les diverses parties de la représentation.
On trouve dans le Journal d'un bourgeois de Paris^ publié par M. Lu-
dovic Lalanne (Paris, 1854, in-8, 1 ;) des détails singulièrement curieux
sur une aventure arrivée au mois d'avril 1 { 1 5 : » En ce temps, dit le
bourgeois anonyme, lorsque le roy esioit a Paris, y eut un prestre qui
se faisoit appeler monsr Cruche, grand fatiste, lequel, un peu devant,
avec plusieurs autres, avoit joué publiquement a la place Maubert, sur
eschafaulx, certains jeux et moralitez, c'est assavoir sottye, sermon^
moraîité et farce ; dont la moralité conienoit des seigneurs qui portoient
le drap d'or a credo et emportoienl leurs terres sur leurs espaules, avec
autres choses morales et bonnes remonsirations. » Nous n'achèverons
point l'histoire de maître Cruche ' ; nous ne voulons emprunter à ce pas-
sage que l'énumération des parties du spectacle donné par lui. La
sottie n'a d'autre but que d'attirer le public par des quolibets; la repré-
seniaiioa proprement dite ne commence qu'avec le monologue ou le
I. Ce prètre-comédien est ciiè par Pierre Grognet coromt un d«s plus cxccl-
tents (jeteurs de son temps (Monlaiglon et Rothschild, RtcueU, VU, 10}, On
trouve UDc épitre de lui i Robinet de Lucz dans un ms. de la Bibl. aat. (Fr.
n' iiOi, fol. i>.
240 B. PICOT
sermon joyeaXy dont l'effet doit être de mettre les spectateurs en belle
humeur. Vient ensuite le mistérc ou U moralité, qui est le morceau de
résistance^ puis lafarce^ qui clôt gaiement le spectacle.
Toutes les représentations, même celles des comédiens, n'étaient pas
organisées d'après ce plan, mais c'était là le mode de composition le
plus ordinaire. On pouvait bien, comme nous le voyons par la Vu Mon-
seigneur S. Fiacre (Jubinal, Myst. inéd., I, 504; Koumier, 18; et par le
Mirouer et Exemple moralle des Enfant ingratz (réimpression de Ponticr,
à Aix, fol. L^b), insérer dans un mystère ou dans une moralité une
farce absolument étrangère au sujet, mais on n'aurait pas joué une
sottie à la fin de la pièce sérieuse. Quand les sots paraissaient sur
la scène pendant le mystère ou la moralité, ce n'était que pour
faire des annonces aux spectateurs comme en fait le sot dont le
rftle a été ajouté après coup dans le ms. du Mistére de la Passion
deTroyes (Vallei de Viriville, Bibiioth. de P Ecole des chartes, }" ^^^
III, 4s6; Boutiot, Recherches sur U théâtre à Troyes au XV* siècle^
1 8) , ou celui qui figure dans le Mistére de Saint Bernard de Menthon (Lecoy
de la Marche, Une Œuvre dramatique au moyen-â^e; Paris 1865, in-S,
18), ou bien encore pour se livrer à de simples exercices de clowns,
comme dans la Moralité, Mystère et Figure de la Passion de Nostre Seigneur
Jésus Christ^ de Jehan d'Abundance. Dans cette dernière pièce, l'auteur
indique cinq intermèdes grotesques : u Icy faut une passée de sot, ce
temps pendant qu'ilz vont devant Moyse. — Icy faut une clause de soty
ce temps pendant que Nature va devers le Prince, etc. »
Un passage de la Rejormeresse iLe Roux de Lincy et Michel, Recueil^
], n* 15, p. $4 montre bien que la sottie n'était, en principe, qu'une
parade. Le Badin ayant chanté quelques paroles un peu libres, la Refbr-
meresse lui fait compliment de sa chanson :
El vrayment je vous reliendray :
Savés vous bien telle chanson?
Y fault publier a plain son
Les estas qui nous viennent voir.
La représentation proprement dite n*est pas encore commencée ; on
en est aux « bagatelles de la porte 0, et les joueurs de farces se flattent
d'attirer les spectateurs par des plaisanteries fortement épicées.
Nous avons dit que la sottie ne pouvait guère appartenir qu'au réper-
toire des comédiens de profession; nous pouvons faire valoir plusieurs
arguments à l'appui de cette assenion. Il est évident que le genre de
facéties que se permettaient les sots ou badins aurait répugné à la
gravité de» chanoines, des prêtres ou des bourgeois de distinction,
qui figuraient dans les représentations solennelles des mystères, mais il
LA &OTTIC SN FRANCE 34I
j a une autre raison, que l'on peut appeler une raison physique. Les
sots étaient des clowns, qui accompagnaient leurs dialogues de culbutes
ou d'exercices athlétiques. On le voit clairement dans la farce du Bâte-
itur (Le Roux de Lincy et Michel. IV, n*69, p. 6; Foumicr, îjj), où
le principal personnage apprend à son valet à bien sauter, afin d'obtenir
le prix comme badin :
Sus! faicles le saull . haolt, deboult;
Le demy tour, le souple sault,
Le faict, le def^ict, sus! J'ai chault,
J'ey froid. Est il pas bien appris?
En efect. Nous aurons le pris
De badinage, somme toute.
Nous aurons plus loin l'occasion de citer divers passages de nos sot-
ties qui font, croyons-nous, allusion à ces culbutes. Aussi bien les anciens
auteurs de farces jouent-ils fréquemment sur les mots rot et saut (voy.
par exemple un passage de la SotUe a huit personnagis cité dans VHistoire
du Théâtre françois, II, i\o; Douhet, Dictionn. des Mystères, 1544).
Jefum du Pont-Alais lui-même, le plus célèbre acteur du xvi' siècle (voy.
Picot, Pierre Gringoreetlcs Comédiens italiens, 25; Marot, éd. G. CuifTrey,
III, 2)$, 2^4) ne croyait pas indigne de lui d'exécuter des sauts sur la
Kène. L'auteur anonyme des Satyres chresùenms de la cuisine papale
([Genève], Conrad Badius, ij6o, in-8), qui parle plusieurs fois des
comédiens renommés de son temps, le dit en termes formels (p. 92) :
Çd, maistre Jehan du Pont AUis,
Un saut à la mode :onique !
Quand des acteurs exercés, bazochiens ou joueurs de farces de pro-
fession, représentaient les mystères, même les plus graves, ils les faisaient
ordinairement précéder d'une sottie. A Paris, les Confrères de la Pas-
sion s'entendirent avec les Sots, qui prêtèrent leur concours aux
représentations données à l'H6pital de la Trinité, puis à l'Hôtel de
Flandres et enfm à l'H6tel de Bourgogne, et s'installèrent à cet effet, rue
Daméial, dans une maison dite des Soti attendans (voy. Picot, loc. cit., y],
La sottie avait un caractère tout différent quand les acteurs étaient
de simples bourgeois; entre autres preuves, nous citerons la mention
relevée par M. Magnin sur les registres de la ville d'Amiens. A la
date du 26 juin ijSi, les joueurs de comédie de la paroisse Saint-
Jacques sont autorisés à jouer VYsioire de Tobie par personnages t
« à la charge qu'ilz ne jouront riens de erronné et scandaleux; que,
paravant juer, ils communiqueront leurs jeux au bureau, et que le
lendemain ny autre jour \\l ne feront aucune cceulldte de poix rebouUez
ne autrement, avant ladiae paroisse ny ailleurs. » (Voy. Bulletin du
Comité de la langue, de Vhistoire et des arts de la France, IV, 99.)
Rom«ttia, VII 16
242 E. PICOT
Il s'agit ici évidemment d'un jeu de pois piUs^ c'est-à-dire d'une sottie,
mais d'une sottie d'un genre particulier qui pouvait être débitée dans
les rues de ta ville, le lendemain même de la représentation, à peu près
comme les Devis des Suppostz du Stigneur de la Coquille i Lyon. La
défense faite aux confrères d'Amiens prouve du reste que le mélange
des deux sortes de spectacles était un fait habituel.
La représentation de sotties n'était pas à Amiens un fait isolé ;
il existe encore à Abbeville une rue des Pois-Piiés, où fut établi !e pre-
mier théâtre que cette ville ait possédé. Voy. Louandre, Histoire d'Ah-
beviUe^ l (Abbeville, 1844, in-8), pj.
Les sots avaient un costume traditionnel dont ils ne paraissent pas
s'èirc écartés. Ils portaient sur la tête un « sac a coquillons », ou « cha-
peron a fol », muni d'oreilles d'ânes ; un pourpoint découpé, des
chausses collantes, aux couleurs bariolées, une marotte complétaient ce
costume. M. Jubinal [Mystères inédits^ II) a reproduit d'après le célèbre
ms. de la Bibliothèque Sainte-Geneviève le portrait d'un « stultus
siuliissimus » dessiné au xv* siècle. On en trouve d'autres représen-
tations dans la marque bien connue de « Mère Sotte » (Brunet, II,
1747], dans un bois qui orne le titre d'une édition du Dialogue du Fol et
du Sage et d'une édition des Menus Propos, etc. Maroi dépeint ainsi les
sots de la Bazoche dans sa Seconde Epistre de l'Asne au Coq (éd. Jannet,
I, 224; éd. Guiffrey, III, jj2| :
Attache moy une sonnette
Sur le front d'un moioe crotté,
Une oreille a chasque costé
Du capuchon de sa caboche :
Voila un sot de la Bazoche
Aussi bien painct qu'il est possible.
Lorsque les poètes de la pléiade renouvelèrent le théâtre français,
composèrent des tragédies et des comédies imitées des Grecs et des
Latins, il semblait que la sottie devait être irrévocablement proscrite ;
mais les facéties des sots avaient si bien le don d'exciter les rires des
spectateurs qu'elles conservèrent leur vogue. Au commencement du
xviic siècle, la Confrérie des Sots était toujours en fonctions au milieu
de Paris, â l'Hôtel de Bourgogne. Elle avait alors pour a prince » Nicolas
Joubert, sieur d'Angoulevent, qui eut, en 160}, une violente querelle
avec un autre comédien, !'« archi-poéte des Pois pillez » iKoumier, Va-
riétés histor. et littér.^ VIII, 81). Ce n'est pas ici le lieu de faire l'histoire
d*Angoulevem, ni de la confrérie des Sois parisiens, mais nous espérons
récrire un jour en publiant tous les documents que nous avons recueillis
LA SOTTIE EN FRANCE 245
sur les associations dramatiques qui ont existé dans les différentes villes
de France.
En 1616, la sottie existait encore à l'Hôtel de Bourgogne. Une facétie
du Pont-Neuf, intitulée : Le Réveil du Chat {jui dori, par la cognoissance
de ta perte du pucelage de la pluspart des Chambrières de Paris (à Paris,
jouxte la coppie imprimée par Pierre le Roux, 1616, in-8 de 16 pp.l se
termme par un c coq à Tasne >, à la fin duquel on lit :
Allons vistemenl, car je craint [sic)
Qu'on noas face quelque vergogne;
Desjâ dans THostel de Bourgogne,
Les mautres foux sont habillez
Pour faire veoir les pois pUltz.
Les Sots parisiens, comme les Confrères de la Passion, ne furent
dépossédés qu'à la suite du célèbre procès de 16^2. Dans les provinces,
la sottie se maintint jusqu'à la même époque, soit sur le théâtre, soit
même dans les rues, pendant les fêtes du carnaval. Les Devis des Sup-
posti du Seigneur de la Coquille, que les imprimeurs lyonnais récitaient
encore dans les carrefours, au commencement du xvii" siècle, les dialo-
gues facétieux que débitaient les soldats de Vinfanterie dijonnoise, par
exemple le Réveil de Bon Temps, composé en i62j, sont de véritables
sotties.
La sottie est un genre dramatique tout français, et qui parait n'avoir eu
que peu d'influence sur les théâtres étrangers. Son nom même [sotteme)
a passé dans la littérature néerlaadaise ; mais, au lieu de désigner une
parade précédant la représentation^ il s'applique à une farce jouée â ta
fin du spectacle. Ce point, déjà évident pour tous ceux qui connaissaient
les sorf;rm>/i publiées par Hoffmann von Fallersieben \Horae belgicae;
Pars sexta; — AltniederlànJtsche Scliaubùhne; Breslau, 1838, in-8j et
réimprimées par Van Vioten {Het nederlandsche Kluciitspei, van de veer-
tiende tôt de aclittiende eeuw ; Haarlem. 1854, pet. in-8) et par Moitzer
{De middelnederlandsche dramalische Poezie ; Groningen, 1875, in-8), a
été mis en lumière dans un travail récent de M. Siecher [La Sottie fran-
çaise et la Sotterrt te flamande ; Bruxelles, 1877, in-8, cxir. des Bulletins
de V Académie royale de Belgiijuey 2' sér., XLIIl, n' 4).
Le sens de « farce n donné par les Néerlandais au mot « sotiemie »
parait avoir influé sur la signification du moi sottie dans la Flandre fran-
çaise elle-même. M. Stecher (p. 14) en cite un exemple curieux dans
une relation écrite au xvi' siècle par un auteur artésien : « Près de
Tolède, au premier may, n raconte Oom Jean Sarrazin, abbé de Saint-
Vaut, • nos voyageurs prirent plaisir à une sottie commune à beaucoup
d'autres lieux. Ayant accoustré quelques Biles richement pour en (aire
244 E- PICOT
des mayaSt qu'ils appellem, lesquelles lireni par les rues une longue
irainée d'autres filles, à la façon des reignes que l'on contrefaict auître
part... n {Pièces inédites pabliéei par l'Académu ttArraSy 256).
H. Siecher a cru trouver ailleurs que dans la sotternie l'équivalent de
la sottie française. « On le rencontre, dit-il (p. 17J, dans une des caté-
gories des programmes {Charte dcr Rctiiorijcken] du célèbre « lantjuweel»
et « haechspel n, qui coûta tant de florins a la ville d'Anvers en 1 561.
Ce qui y correspond à un jeu des sois se nonime factie ou sotte faaie. ■
Le « facteur 11 est le nom donné au poète attitré des chambres de
rhétorique, et ce mot est souvent employé dans nos auteurs du xV s.
et du commencement du xvr pour désigner un poète en général [cf. par
exemple la Louange des plus excelUns facteurs de ce temps de P, Grognel,
ap. Momaiglon et Rothschild, Recueil, Vit, j] ; une « factie n doit
donc être une œuvre poétique quelconque. M. Stecher (p. 18)
pense que, pour arriver au sens de « sottie », le néerlandais factie a dû
subir l'influence du français v farce ». Il y aurait eu ainsi dans la Flandre,
flamingante une interversion du sens spécial attribué aux deux expres-
sions par les Français. Nous avouons que celte hypothèse nous parait
inutile. On disait factie par abréviation pour sotte factie ; les deux mots
se trouvent réunis dans le paragraphe du programme où il est recom-
mandé aux sots de n'employer que des paroles décentes [Speîen van
sinne volscoone moraiisacien ... ghespeett ... blnnen dtr sîadt van Anîwtr-
pen; Antwerpen, Willem Silvius, 1562, in-4, ï, fol. Bi b).
M. Stecher cite â l'appui de sa thèse l'Alven-Factie ^Sottie des Elfes),
représentée au concours d'Anvers par la chambre de rhétorique de Bois-
le-Duc. Cette pièce, qui ne compte que 186 vers, est incontestablement
une sottie ; mais nous devons dire que presque toutes les factien con-
tenues dans le recueil de Silvius sont des farces, ayant la forme d'une
moralité facétieuse et non celle de la sottie. De plus la factie terminait la
représentation au lieu de la commencer. On voit par le programme des
fêtes d'Anvers que les pièces jouées par les chambres de rhétorique se
succédaient dans l'ordre suivant : prologliCj esbatementj spel van sinnen
(rooraliié), factie. Cette dernière composition, â la suite de laquelle les
acteurs faisaient entendre une <* sotte chanson » (Jactic liedeken), corres-
pondait, en réalité, à la sotterniey ou, plutôt, sotte factie et sottemit
étaient deux expressions synonymes. Si lM/w/7-/^dfïj> se rapproche d'une
sottie française, cette ressemblance, à notre avis du moins, n'est pas
due aux règles du genre, mais à un caprice des rhétoriciens de Bois-
le-Duc.
La fête des fous fut célébrée en Angleterre, comme en France, pen-
dant tout le moyen âge ; elle ne fut même interdite que sous le règne
d'Henri Vlli (W. Hone, Ancient Mysteries described ; London, rSaj,
LA SOTTIE EN FRANCE 145
ift-8, 1 99) . Les fous pénétrèrent sur le théâtre anglais, soit pour y rem-
plir le rôle de héraut ou prologueur (Hone, loc. cit.'), soit pour y per-
sonnifier les vices (Collier, History of English Dramaûc Poetry ; London,
i8îi, în-8, II, 268; Edélestand du Méril, Origines (atines du théâtre
moderne; Paris, 1849, *"'8, 72 ; Ward, History of English Dramatic
Uterature ; London, 187J, in-8, I, 60). Lorsque les auteurs de la fin du
XVI' aècle essayèrent d'écrire des comédies régulières, ils laissèrent
encore une large place aux improvisations des clowns (Ward, I, 269) ;
mais. malgré le goût du public pour les intermèdes bouffons, nous ne trou-
vons en Angleterre aucune pièce qui puisse être rapprochée de la sottie.
Le nom de soîelty fut cependant appliqué à certains divertissements
donnés par des ménestrels dans les maisons particulières. Les corpora-
tions de Coventry, par exemple, se réunissaient dans des banquets que
des chanteurs ou des acteurs ambulants venaient égayer par des soteltys.
Un compte de l'année 1^25, cité par M. Sharp (/1 Dissertation on the
Pagtantsor Dramatic Mysteries anciently performed at Coventry ; Coventry,
18}), in-4, 217), nous fournit à cet égard de précieuses indications :
hem payed tor ihe sottltys on Candelmase daye V) s. vitj d.
Um payd for suttclty ij s. v d.
Iltm payd lo the players iii 5. iiij d.
Item payd for payntyng the sotelle xij d.
La sotelty parait n'avoir été qu'une simple farce, comme la sotternie
néerlandaise. Quant au mot sotie, on ne le rencontre dans les anciens
auteurs anglais qu'avec le sens de » folie », en général. M. Halliwell
(Dict. of Archaic and Provincial Words, II, 776) en cite deux exemples
tirés de Gower.
En Allemagne on trouve des jeux de fous (narrenspiele) qui, au pre-
mier abord, éveillent l'idée de nos sotties (voy. noummenl Kelter,
Fasinachtspiete , zjS, 28;, 1008); un examen plus minutieux ne permet
pourtant pas le rapprochement. Les narrenspiele^ comme les fastnacht^
sp'ule en général, éuieni joués par des acteurs grossiers, qui parcouraient
les rues à ta fm du carnaval. Ces comédiens improvisés entraient dans
une maison, se rangeaient en demi-cercle dans la salle de famille, puis
chacun d'eux récitait un couplet et la troupe allait chercher fortune ail-
leurs (Keller, 14811. Les fous de Nuremberg portaient bien, comme les
sots parisiens, des oreilles d'âne et des bonnets grotesques (Keller,
2)8!, mais leurs représentations avaient un caractère absolument diffé-
rent ; il y a loin des couplets diffus où chacun d'eux raconte ses folies
au dialogue vif et animé de nos sotties. L'influence exercée parles pièces
françaises sur le théâtre allemand se manifeste beaucoup plus tôt par les
rôles de fous, intercalés dans les moralités et dans les mystères ou
246 E. PICOT
comme personnages épisodiques, ou comme prologueurs. En réalité,
l'on ne peut citer qu'un petit nombre d'exemptes de ces r61es de
fous dans les pièces les plus anciennes, mais, en Allemagne comme en
France, il semble qu'on se soit dispensé de les écrire et que Tarteur
ail eu la faculté d'improviser à sa guise.
Le début d'une pièce politique attribuée â Pamphile Gengenbach
prouve qu'en 1 J4S ou 1^46 tes sots ouvraient ordinairement le spectacle :
Sdten ein spil wirt gfangen an
Das nit auch oiusz ein narren han^
So ist es auch in diescmspil...
(Pamphiius Gengenbacht hrsgg. von Karl. Côàtkt ; Hannover, iBjfi, in-8, 291.)
Cependant les rôles grotesques, que Hans Sachs avait introduits
déjà dans un certain nombre de ses pièces, ne reçurent une forme
tout-à-faii régulière que dans celles du duc de Brunsvic Henri-Jules et
de Jacques Ayrêr.
Il est curieux qu'en dehors de la France, les fous ou les sots sem-
blent n'avoir été des personnages vraiment populaires que dans les
théâtres du nord de l'Europe. Les facéties des bouffons allemands se
retrouvent dans les pièces de Justesen, qui, le premier en Danemark,
donna aux fous des rôles écrits, dont il ne dédaigna pas de se charger
lui-même ^oy. Hteronymus Justesen Ranch's danskc Skueipil og Fugleyise,
uàgivne ved S. Birket Smith ; Kjdbenhavn, 1877, pet. in-4, introd., xiij,
xxxij'l- Au-delà même de l'Allemagne, tes quelques mystères bohèmes
qui nous sont parvenus présentent des parties comiques qui les rappro-
chent singulièrement de nos anciennes productions dramatiques. Le
célèbre fragment connu sous le litre de Mastickdf (le Vendeur de par-
fums), qui appartient au xiii* siècle (voy. Hanka, Starohyla Skatadanie ;
w Praze, 182?, in-8, 198; NebeskV, C-asopis ceského Muséum^ 1847, 1,
;2^, etc.) mêle à un sujet d'édification tes facéties les plus grossières.
Il est probable que le public auquel s'adressaient de semblables joyeu-
setés se plaisait â entendre les discours fortement épicés des fous, mais
c'est là, nous l'avouons, une simple conjecture. Les rares monuments
du théâtre tchèque qui, après la terrible guerre de trente ans, ont
échappé à la rage des -Jésuites, ne nous en fournissent pas la preuve.
Enfin, les plus anciennes pièces polonaises mettent en scène un bouffon,
le klecha^ qui n'est pas sans analogie avec le sot ou le fou des pays voisins
(W(5icicki, Tcatr starozytny w Polsce; Warszawa, 1841, in-8, 1, 9j).
t. M. Birket Smith a promis une étude spéciale sur les diables et les fous
dans le théâtre danois, étude dont la première partie seule a paru dans les
Danske Samlinger, II. Rxkke, 111, 1874, 219.
LA SOTTIE EN FRANCE 247
Les fous n'obtinrent pas la même feveur dans TEurope méridionale.
Les mystères provençaux que nous possédons n'en offrent pas de trace,
ei M. d'Ancona [Onginidcl Teatro in /ra//a ; Fircnzc» 1877, 2 vol. in-i2|
n'en trouve pas non plus dans l'ancien théâtre italien. Dans les ia^re
rappresentazioni ce sont toujours des anges qui font les annonces aux
spectateurs ; on n'y rencontre, à noire connaissance du moins, aucun
r6le de sot. Il faut descendre, pour trouver des bouffons, jusqu'à la
commedia deW arte. En Espagne, cependant, le bobOf ou badin, est un
personnage obligé des premiers aulos, mais nous ne voyons à citer, dans
l'ordre d'idées qui nous occupe, que les œuvres de Torre Naharro. Cet
auteur semble avoir connu la sottie française et s'être proposé de l'imiter
dans les intràitos dont il a fait précéder chacune de ses pièces. Les intrôitos
n'ont aucun rapport avec le drame auquel ils servent de prologue ;
ce sont des scènes burlesques dans lesquelles un acteur comique
recommande la pièce à l'attention des spectateurs, au milieu de pointes
et de facéties de tout genre. A ce point de vue, ils tiennent le milieu
entre les sotties et les monologues. Voy. Schack, Geschichîe der drama-
tischen Literatur and Kunst in Spanien ; 3. Ausg. ^Franckfurl am Main,
i8î4, m-8s I, 184.
Comme preuve des emprunts faits par Naharro aux poètes dramatiques
français, on peut citer le nom de jomada (journée) qu'il donna aux actes
de ses pièces ; il adopta le mot, tout en lui attribuant un sens nouveau
(cf. Wolf, Studien zur Ctschichîe der spanischcn und porîugiesischen Natio-
flu//*/«rafur; Berlin, 18^9, in-8, 595).
Après avoir recherché l'origine de la sottie, examiné la place qu'elle
occupe dans notre théâtre et montré qu'elle fut à peu près sans influence
sur les littératures étrangères, nous nous proposons de dresser une liste
aussi complète que possible des sotties qui nous sont parvenues. Cette
liste sera forcément assez courte, car, par leur nature même, les sotties
étaient un genre dramatique dans lequel les acteurs devaient souvent
improviser. Les v fatistes » donnaient beaucoup plus de soins aux mys-
tères et aux moralités qu'à ces œuvres éphémères qui le plus souvent
ne devaient offrir qu'un intérêt de circonstance. On s'explique ainsi que
les manuscrits et les imprimés nous en aient conservé un si petit
nombre. Toutefois les pièces que nous possédons suffisent pour nous
donner une idée précise de cette espèce de composition. Nous nous
sommes efforcé de les classer par ordre chronologique, en relevant les
allusions historiques qu'elles contiennent, ou. lorsque nous n'y avons vu
aucune allusion, en leur donnant par analogie une date approximative.
Nous avons également indiqué la ville dans laquelle nous croyons que
chaque pièce a été jouée Ce classement permet de suivre pas â pas les
348 c. PrcoT
progrès de l'art dramatique. La sottie n'est d'abord qu'un dialogue,
presqu'entièreraenl dénué d*action; c'est la parade propremeni dite,
dont les Menas Propos sont le type {voy. ci-après, p. 2^ ij ; mais peu
à peu on y introduit une action, qui tient tantôt de la moralité^ tantôt
de la farce. Ce caractère moral est surtout remarquable dans deux sot-
ties politiques évidemment écrites sur commande et qui sont beaucoup
plus développées que toutes les autres. Les deux pièces dont nous par-
Ions, la sottie du Jeu du Prince des Soîz de Gringore et la Sotise a huit
personnaiges^ que nous attribuons à André de la Vigne, étaient à la fois
destinées à la représentation et à la lecture; c'étaient des pamphlets
plus encore que des comédies satiriques.
En dressant la liste des sotties, nous n'avons considéré que le carac-
tère même des pièces et non le titre qui leur est donné dans les imprimés
ou dans les manuscrits. La plupart des sotties sont qualifiées de farces
ou de moralités, mais il n'en est pas moins aisé de les reconnaître en
tenant compte de ce que nous avons dit ci-dessus : ce sont des parades
jouées par des fous, des sots ou badins, auxquels se mêlent assez ordi-
nairement des personnages allégoriques. Les fous, sots ou badins
portent seuls le capuchon à oreilles d'âne ; à c6té d'eux on voit figurer
d'autres aaeurs, appelés galants, compaignons, pèlerins, etc. ; mais en
réalité ceux-ci ne se distinguent des premiers que par le costume.
Nous avons fait suivre le titre de chaque sottie d'une courte notice
contenant : r les noms des personnages ; 2* les premiers et les derniers
vers ; 30 l'indication des noms propres ou des allusions historiques qui
permettent de fixer la date, le lieu de la représentation, et, s'il se peut,
de déterminer l'auteur; 4<> un relevé des chansons chantées dans la
pièce et, autant que possible, des renvois aux recueils o£i l'on en trouve
le texte complet ; s" la bibliographie '.
I. Dans la bibliographie nous avons indiqué d'une manière sommaire les
recueils suivants :
Oaron. — Collection de différents ouvrages anciens, poésies et facéties.
{Paris, 1798-1808], 1 1 vol. pet. in-8.
FofHxiEB. — Le Théâtre français avant la Renaissance, i4{o-i{jo. Paris-,
Lûpiace Sanchez et C'*, [1872?}, gr. in-8.
Ll Roux de Liscv et Michel. — Recueil de Farces, Moralités et Ser-
mons joyeux, publié d'après le manuscrit de la Bibliothèque royale. Paris,
Tethentr, 1837, 4 vol. pet. in-8.
MoîTTAtiH.oTi ET RoTHscHiLi». — Recucil de Poésies françoises des XV" et
XVI" siècles. Paris, Jannet, [Frank et Daffis], i8js-"877, li vol. in-i6.
V10LI.ËT LB Duc. — Ancien Théâtre françois. Paris, Jannet, i8^4-i8f7,
10 vol. in-i6.
LA SOTTIE EN FRANCE
M9
USTE CHRONOLOGIQUE
DES SOTTIES QUI NOUS SONT PAR.VENUES.
l.
Les TROIS Galants, farce joyeuse a cinq personnages, c'e$t a sçavoir :
Le premier GaUni, Le Monde qu'on faia paistre,
Le deuxième Galant 5 Ordre.
Le iroisiéme Galant,
[Roueiit vers 1450 ?]
Celte pièce est, croyons-nous, la plus ancienne sottie qui nous ait
été conservée ; aussi présente-i-elle de nombreuses obscurités.
En void les premiers vers :
Le phemirr Galant commenu ei dict :
Et puis, est il façon aulcune^
Lz DEUXIÈME Galant.
De quoy faire ?
Le troisième Galant.
De quicter tout.
Le premier Galant.
Y fouldra quelque uo ou quelque une
De bref, qui nous mectra deboall.
Je songe.
Le deuxième Galant.
Je suys en escoult. )
Le troisième Galant.
J'ey mains et sy ne puys rien prendre...
Le plan de la sottie est des plus simples. L'un des Calants veut
aveugler le Monde
Et loy bire entendre que noir
Sera blanc ;
un autre veut le faire paitre,
Luy disant qu'il a une toux
Qu'i fault que par herbe on garisse.
Ils mettent ce beau projet à exécution, dès que le Monde entre en scène,
mais celui-ci se moque de leurs finesses; il a pour lui l'argent. C'est en
vain que tes galants convoitent son accoutrement, son pourpoint, sa
toque ; ils ne les auront pas. Ordre accourt au bruit de la dispute et
ne peut réussir à concilier les parties. Il y a longtemps que le Monde te
connaît, mais les Calants ne le connaissent pas; ils vivront donc uns
2$0 S. PICOT
Ordre, et le Monde ne leur donnera que « troys vins de nois », comme à
des 9 SOS radoiés ».
Sans pouvoir donner une preuve positive de notre opinion, nous
croyons que Us trois Galants appartiennent au milieu du xv« siècle.
Avec quelque effort on pourrait voir une allusion historique dans le pas-
sage suivant :
Ordre.
Que dient ces vassaulx, )6o
Qui sont en ce poioct arrivés ?
Le Monde.
Se sont trois povres Engelé^
Qui me veulent inengertOLlt cru.
Ordre,
Monde, s'on leur a rien acreti,
Qu'on les paye a6n qu'i s'en ailent (/. vouent). ^6\
Que vous faull il ?
Le Monde.
Y se degoisent :
Moitié figues, moytiê raisins,
Combien qu'i sont tous mes voisins...
Ordre ne voudrait-il pas dire qu'il vaut mieux acheter des Anglais les'
places qu'ils occupent encore que de leur faire la guerre P Si le Monde
les appelle ses <c voisins », c'est que la seine se passe en Normandie
(l'emploi des formes av^ous pour avez-votis (y. 266) et on pour notu
(v. 406) ne laisse aucun doute sur ce point).
Un nom propre que nous n'avons pu identifier servira peut-être à
reconnaître si notre hypothèse est exacte. On lit au v. }oi :
Dieu ayl l'ame de Paul Flalart I
La pièce se termine ainsi :
Ordre.
Enfans, que nous ^ce debvoir
De chanter, a la departye,
Quelque chanson qui soit partie.
Hardiment, je vous en dispense.
Le deuxième Galant.
Voila pour nostre récompense. 44^
Le premier va devant, commence.
On remarque (v. 1 f ^ sqq.) une chanson qui commence ainsi :
Atendés a demain, atendés a demain!
Il y sont ; chascun faict sa main.
Le texte indique en deux autres endroits que les Galants chantent des
chansons.
LÀ SOTTII W FRANCE ïfl
BtbtiogrdphU.
A. Biblioih. nai., ms. franc. 24)41 [o^*"* La Val). 6$) , fol. 12) f»-
i|2 b.
B. Le Roux de Lincy ei Michel, t. Il, n*> 15.
Le Premier,
Le Second,
IL
Lbs Menus Propos.
Personnages.
Le Tiers.
[Rouen, février 1461.]
t Les Menas Propos peuvent être considérés comme le type de la sottie
primitive ; ils ne renferment aucune action dramatique i c'est un simple
dialogue entre trois sots. Les questions relatives à cette pièce ont été
parfaitement élucidées par les derniers éditeurs, dont nous ne ferons
guère que reproduire le travail.
La sottie commence par un triolet ainsi conçu :
Le Premier.
Se je vous doy, je vous payeray ;
Ce sont les gaiges de Trevtères.
Le Second.
Faictes moy voye ; si me serray.
Le Tiers.
Se je vous doy, je vous pateray.
Le Premier.
Il sera jour quand je verray (
De beurre frez faire chiviéres.
Le Second.
Se je vous doy je vous payeray ;
Ce sont les gages de Treviércs.
Elle mérite surtout d'être étudiée à cause du grand nombre de pro-
verbes et de dictons populaires qu'elle renferme. Les noms géographi-
ques y abondent; on y voit figurer diverses villes ou villages de Nor-
mandie : Bayeux, v. 517; Beaumont [-le-Roger], v. 556; Bostcachart
[Bourg-Achard], v. 94; Cahieu, v. ijç; Gibray [Guibray], v. 16};
Isegny, v. 15^; Saint-Lo, v. 186; Treviéres, v. 2, 8; Villedieu f-les-
Poëles], V. 482, sans parler de la vallée d'Auge, v. 497, ni de la
Toucque, v. 1^4; mais Rouen et ses environs y tiennent la première
place et l'on ne peut douter que les Menus Propos ne soient d'origine
rouennaise. Les étrangers ne connaissaient guère le Robec (v. 420* 1^
3SJ E. PICOT
chapelle Saint Mor (v, 193, 291] ; la porte Beauvoisine (v. 399); les
Moliniaulx [v. 184), non plus que le privilège attribué Â la fierté de
saint Romain de délivrer chaque année un prisonnier (v. 427}. Les autres
allusions géographiques : Beauvais (v. 481); Paris (la Grève, v.
115; les Quinze Vings, V. jij; la porte Baudaiz, v. 182); Nevers
(v. 447); la Bresse ^v. 177). Constantinople (v. 188), n'ont aucune
valeur particulière. L'auteur écrit pour des Normands, dont il nemanque
pas d'exalter le courage :
C*e:it bon courage que Normant ;
Jusque au mourir il ne se rend,
La date de notre pièce n'est pas indiquée d'une oianiire moins pré-
cise que sa patrie. Tout d'abord, nous y relevons une allusion à Du
Guesclin iv. 502;, à la bataille de Forinigny, livrée en i4iû(v. i îi_) et
à la « bataille aux gays » ^v. 14^1, que Le Pogge place en 14^2 ; mais
les V. i6^'i64 contiennent la mention d'un événement plus récent, la
défaite du duc d'York, qui eut lieu à Wakefield au mois de novembre
1460 :
Tons ceux de Londres sont matés
Et est vaincu le duc d'iort.
Par contre, on lit aux v. 41 1-412 :
Ou est la Pucelle du Mans?
Jou elle plus de ses fredaines?
Il $*agit ici de Jeanne Le Féron, qui en 1460 essaya de se faire passer
pour Jeanne d'Arc et fut condamnée pour ce fait au mois de mars 1461.
Les Menus Propos paraissent avoir été écrits entre la mort du duc d'York
et la condamnation de la fausse pucelle. Comme on doit y reconnaître
un divertissement de carnaval et qu'ils contiennent même une allusion à
u karesme prenant » [v. 41), on peut les dater avec une certitude
presque complète du mois de février 146 1 .
Les Minus Propos^ si curieux comme recueils de proverbes et de dic-
tons, présentent encore un autre intérêt. IL est très-probable que nous
en connaissons l'auteur et les acteurs. Le premier parait s'éire nommé
dans les vers suivants (9S-96) :
Autant vautt a dire Richart
Comme Cardin ou CarJiaot.
Cardinot était un joueur de farces normand qui Horissaii au milieu du
xV siècle. Il est cité avec d'autres comédiens de son temps dans la farce
du BauUur (Le Roux de Lincy et Michel, IV, n" 69, p. 16 , Fournier,
Mû):
Voccy tnaislre Cilles des Vaulx,
Rousignol, Briérc, Peugeî
El Cûriinot, qui fait le guet,
LA SOTTIE EN FRANCE 2^^
Robin Mercier, Cousin Chalot,
Pierre Regnault, ce bon falot,
Qui chanls de Vires mectoyt sus,..
Il est assez ^'équeni au moyen-âge de voir des auteurs se faire con-
naiire en iniercaîani leur nom au milieu de leurs ouvrages. Ce procédé
a élé employé môme au théâtre, comme le prouve une moralité d'André
de la Vigne, dont nous aurons l'occasion de parier plus loin (voy. le
n* Vni, p. J70). M. Vallet de Virivilie {Bihlioth. de l'École des Chartes,
V"sér., V, 1-17) a cru pouvoir retrouver ainsi le nom de l'auteur du
Misîérc du Siège d'Odcans.
Si l'on admet que Cardinot a pu composer la pièce qui nous occupe,
on peut admettre également qu'il la jouait lui-même ; il aurait eu alors
pour acolytes deux acteurs dont les noms se trouvent dans les vers sui-
vants (50I-ÏO2; ;
Deablc Roget, Aeih\c Cajcgart,
Et ou sont tous ces semmaulx (})?
Le dernier vers est malheureusement incompréhensible et, comme il
ne se trouve que dans une seule des éditions des Menus Propos qui nous
sont connues, il nous est impossible de le rectifier. La suppression même
de ce passage dans les éditions postérieures nous confirme dans l'idée
que Roget et Guycgart étaient les acteurs primitifs.
Nous avons dit que notre sottie était dépourvue d'action ; ce n*est en
effet qu'une parade, mais nous sommes porté à croire que cette parade
était mêlée de u soubresauts ». Les comédiens devaient accompagner de
quelque culbute des couplets comme les suivants :
C'est ung grant tour d'abiletc
Que faire bien lesoubre sault (v. 121-122).
Quant je danse, je S3ulx, je tripes ;
J'ay toujours le cul ortie (v. 2oj-ao6).
Nous avons fait remarquer ci-dessus (p. 241) que les sots ou badins
devaient posséder les talents de nos clowns modernes.
Us Menus Propos se terminent comme ils ont commencé, c'est-à-dire
par un triolet :
Le Premier.
Vous tous, qui nous avés ooy.
Pour Dieu^ ne nous encusès pas. f6j
Le Second.
Marchés oultre le pire touy [?],
Vous tous, qui nous avés ouy,
Le Tiers,
Lucifer s'est esvanouy
Puis trois jours; c'est ung piteux cas.
354 ^^^V' ^' ^<^'^
Le Premier.
Vous tous, qui nous avez ouy, jya'
Pour Dieu, ne nous encusés pas.
Bibliographie :
A Les menus propos. — Cy finent les menas propos Jm || primes nouàêl
iement a paris par le || lian treperel demourrant sur U pont i, nostre dame a
tymaige satct Laurês, S. d. [hts i 500], in-4 goth. de 1 3 ff. de j8 lignes
à la page, sign. A-B, par 6.
' Au titre, \!i grande marque de Jehan Trepperet |Silveslre, n* 74).
Le V* du dernier f. est blanc.
Cette édition avait sans doute été précédée d'une ou de plusieurs édrtions
exécutées en Normandie, mais c'est la plus ancienne qui nous soit parvenue.
Les autres éditions que nous avons eues sous les yeux offrent une lacune et des
transpositions qui indiquent un remaniement postérieur.
Biblioth. de M. le duc d'Aumale {Cat. Cigongnc, n* 690). — Btbtioth. du
baron J. E. de Rothschild. — Biblioth. du baron de Ruble.
B. Les menus propos. — Cy Jinissent Us menas propos, S. L n. d.
[PariSf vers i joo], pet. in-4 g^^- ^^ ^ ^m ■'"pr- à 3 col.
Au titre la marque de Tnppcrtl.
C. Les menus propos. — C y finent les menus propos. S. l. n. d. [Caen^
vers 1 $00], pet. in-4 ë^^^- ^^ '^ '^- ^^ l^ lignes à la page, sign. A-B.
Au titre, la marque de Robinet Maci^ imprimeur ï Catn de 1498 i i)o6
(Silvestrc, n" 1 34).
Au V** du titre, une grande figure en bois représentant un clerc assis dans un
fauteuil, U main gauche levée ; devant le clerc est agenouillé un personnage
qu) paraît écrire sous sa dictée.
Cette édition donne les vers dans l'ordre suivant: 1-160: 181-238; 161-
180 ; 239-284 ; ;2^-57i. Elle présente une lacune de 20 vers(v. 2^^'^2^) que
vient heureusement combler l'édition A.
Biblioth. du baron J.-E. de Rothschild (exempt, du baron J. Pichon, Cat.
n" 4ÉJt <iui faisait partie d'un des recueils du duc de La Vallière, Cat. étBitre^
Tfi 2904).
D. Les menus propos composes nouuellement. — Cy finent les menus
propos imprimes nouuellement a Paris pour Guillaume Cyon. S. d. [vers
I $20], pet. in-8 goth. de i3 ff.
E. ^ Les menus 11 Propos Auec II le temps qui court. — [A la fin :]
T Imprime nùuudlemtnt a paris p \\ Alain Lotrian Imprimeur et lihrai- 1| rt
demeurant en la rue neafue nostre || dame a lenseigne de lescu de France. S.
d. [vers \^2^], pet. in-8 goth. de 16 ff. de 27 lignes à la page, sign. A-B.
Au titre^ un bois représentant un docteur et un fou élevés au-dessus de la
foule et se parlant. Ce bois se retrouve en tête d'une des éditions du Diahgat
du bol et da Sagt.
LA SOTTIE EN FRANCE i^^
L'édition E donne les vers dans l'ordre suivant : i-i6o; 181-228; lùj'
284 ; 32) ; 170-180 ; 23^266 ; 229-238; 161-170; )27*S7i (les vers 285-
J24 et }26 manquent).
Ahin iotrian exerça de t p8 i 1 S4S-
Bibl. nat. V. 61 j8. c (4) Rés. — Bibl. du baron J.-E. de Rothschild.
F. Les menus propos. || Auec le temps qui court; — [A la fin :]
^ Imprime a paris. || ^ Qui en vouldra auotT si se transporte \\ Au paîays a
la première porte. [PariSf Cailtaame Nyverd], s. d. [vers 1525]. Pei. in-8
goth. de 16 ff. non chiff. de 27 lignes à la page^ sign. A-B.
Au titre, un bois représentant trois hommes debout, qui se parlent. C'est le
bois qui 6gure sur le titre des Moyens d'éviter mertncoljt de d'Adonville (on peut
en voir une réduction peu exacte dans le recueil des Jojmstiez). lia été employé
par Cuitlaume Nivtrd au recto du dern. f. d'une de ses éditions de Pathttin, et
c'est i ce même libraire que nous reporte l'adresse rimée qui se trouve i la fin
du poème.
Voici dans quel ordre cette édition donne les ven :
1-160 ; 181-228 ; 267-284 ; 325, \2C\ 171-180 ; 2)9066 ; 229-238 ; 161-
170; 327-^71. Les vers 28VU4 manquent comme dans C E.
Bibiroth. de M. le baron de la Roche la Carelle.
G. Montaiglon et Rothschild, Recueil, X, 34^-^96.
III.
Farce nouvelle moralisme des censnouveaulx, qui mencent lk
Monde et le logent de mal en pire.
Personnages.
Le premier Nouveau, Le tiers Nouveau,
Le second Nouveau, Le Monde.
[Paris f vers 1461.]
Il est essentiel de bien saisir la donnée de cette pièce pour en décou-
vrir la date, carelle ne contient aucune allusion historique précise.
Une ère nouvelle s'ouvre et les gens nouveaux se promettent de tout
changer dans le monde :
Les vieuU ml régné, il souffit ;
ChaKun doit reoer a son tour.
Désormais les avocats donneront leur argent aux plaideurs ; les poltrons
«lonteroni les premiers à l'assaut ; les prêtres vivront saintement ; les
médecins guériront les malades. Le Monde parait et se moque de ces
beaux réformateurs ; il n'a rien à gagner à tous leurs projets ; pour lui
le bon temps est passé et ne reviendra plus. Il connaît les gens nouveaux
et ne les croit pas sur parole ; il sait d'avance qu'il lui faudra supporter
les mêmes abus que par le passé et des abus pires encore.
156 E. PICOT
Le sujet de celle sottie offre d'assez grandes ressemblances avec celui
de notre n* i, mais ici l'idée du poète est mieux accusée. On voit immé-
diatement que la pièce a été écrite au commencement d'un règne ; mais
quel est ce règne? M. Magnin { Journal des Savants, i8j8, 41B) croit
que les Gens nouveaulx datent de Charles VI; M. Edouard Foumier
(p. 68) la place au contraire avec beaucoup de raison au début du règne
de Louis XI, D'une part, une allusion auji gendarmes d'ordonnance
(v. [85-186) ne permet pas de remonter plus haut que 1448; d'autre
part, la langue ei le style appartiennent au milieu du xv siècle.
En léte de la sottie est une ballade sans envoi, dont la première strophe
est ainsi conçue :
Le premier Nouveau commence
Qui de nous se veult enquérir,
Pas ne fault que trop se démente ;
Nostrc renom peult on quérir,
Corn verrez a l'heure présente.
Des anciens ne vient la sente, (
Combien qu'itz fussent fort loyaulx,
Chascun 3 part soy se r^ente ;
Somme, nous sommes gens nouveaulx.
Les sots (car les gens nouveaux sont des sots, ce que n'ont remarqua
ni M. Magnin, ni M. Fournier] exposent ensuite leur programme :
Le Premier.
Gouverner, tenir termes haulx, 2j
Régenter a nostre appétit
Par quelques moyens bons ou faulx ;
Nous avons du temps ung petit.
Cène espèce de programme se continue (v. 41-71) en huit couplets
terminés par ce refrain :
Ainsi serons nous gens nouveaulx.
Voici le couplet où il est fait allusion à l'ordonnance de 1 448 :
Le Monde.
Il vous court une pitlerie
Voyre sans cause ne raison ;
Labeur n'a riens en sa maison
Qo'ilz n'emportent; vda les termes.
Et si ne sont mie gens d'armes 185
Qui soyent mis a l'ordonnance
Servansau royaulme de France;
Ce ne sont qu'ung tas de pailtars,
Meschans, coquins, larrons, pillars;
Je prie a Dieu qu'i les confonde. 190
IK SOTTIC EN rtUNCB 3^7
Là pièce se lermiac ainsi :
Le Monde.
Or voy \t bicD qu'il m'est meslier }^\
De le porter pAtiemmeol ;
Chascun tire de son cjrtier
Pour m'avoir, ne luy chiult comment.
Vous povez bien voir cléremcni
Que gens nouveaulx sans plus rien dire j}o
Ont bien tost et soubdainetnent
Mys le Monde de nul en pire.
Noire sottie est probablement parisienne; elle ne coniieni, du reste,
aucun nom géographique qui nous permette de l'affirmer. L'emploi de
vers i queue annuée dans deux des couplets récités par le Monde (v.
^45~'$9i 320-nil semble seulement indiquer que Tauteur appartenait
au nord de la France.
Bibliographie :
A. Farce nouuelle I| moralisee des || gens nouueaulx qui mengent le
nion||de^ f le logent de mal en pire' a quatre || personnaiges. Cestas-
sauoir. fj ^ Le premier nouueau. || ^ Le second nouueau. || ^ Le tiers
nouueau. )| ^ Et le Monde. — ^ Finis. \ 1 Farce nouuetle moralisee dti l
gens nouueaaix (jai men \\ geni le monde! et le || logent de mal |f empire, S. /.
n. d. [Lyon, en la maison de feu Barnabe Chaassard. vers 1548], in-4
goth. allongé de 6 fT. de 48 lignes à la page pleine, impr. en grosses
lenres de forme, sign. A par 4, B par 2.
Au titre, un grand F initial orné de rinceauK et deux petits t>ois disposés
côte i c6lc : i*» L'arche de Noé; z" Un berger gardant ses moutons.
Au v" du dernier f., 4 petits bois, disposés deux à deux et séparés par un
double filet : 1° Uae monnaie représentant la Vierge, avec cette légende :
ProUge Virgo Pizas; 2° Un roi et une reine devant lesquels jouent deux entants.
j* Un pape entouré de ses cardinaux (cette figure se retrouve en tète d'une
édition de la Morattti ou Histoire rommaine d'une femme qui avoit voulu trahir la
oti de Rommtj édition qui porte le nom de feu Barnabe Chaassard et la date de
IS48).
4' Un revers de monnaie représentant une aigle i une tête avec celte l^ende:
Muhatl Ant ■ Mdrchio ' Salutiara.
■0 cl.
Musée brit ,
B. Violtetle Duc, III, 2)2-248.
C. Foumier, âS-yj.
jtflouitù, vu
17
258. ■• PICOT
IV.
Les deulx Gallans et une Femme qui se nomme SANCTÉ^farcea trois
personnages, c'est a sçavoir :
Le premier Gallant» La Femme.
Le deuxiesme Gallant,
[Vers 14^^?]
Deux Galants chantent gaiement et cherchent à se réjouir pour se
consoler de tous les maux qui sont dans le monde, quand une femme
inconnue se présente à eux. Cette femme n'est autre que Sancté, qui
consent à devenir la compagne des Galants et leur promet de les dédom-
mager de tous les biens qui leur manquent.
La pièce débute par un triolet :
Le premier Gallant commence.
Je chante.
Le deuxiesme Gallant.
SouTcM je me ry
Par deuil et grosse fantasye.
Le premier Gallant.
Je voys plusieur[5] gens [fort] marys ;
Je chante.
Le deuxiesme Gallant.
Souvent je me rys.
Le premier Gallant.
Mes esptejritz sont tous ravys j
Par guerre qui l'homme mestrie.
Je chante.
Le deuxiesme Gallant,
Souvent je me ris
Par deuil et grosse fontasie.
Les chansons des Galants étonnent Sancté, qui les traite de fous,
mais, à cette occasion, elle nous apprend que les deux compagnons
sont des gendarmes cassés. Cette allusion à l'ordonnance de 1480 est la
seule donnée que nous possédions pour fixer la date de la sottie :
Vostre forte fiebvre quartaine,
Cens d'armes cassis, eus rompus I
Et, je vous prye, ne parlés plus
De vous ne de vostre vaillance \ 17^
Vous ne tenés nulle ordonnance ;
C'est argeut perdu pour le roy.
La pièce se termine ainsi :
la sottie en france ^^^ ^59
Le deuxiesue Gallant.
A Dieu la notable assistence ;
Y nous faullde ce lieu partir.
Car nous avons pour recompense
Sancté pour nous entretenir^
Et, au parlement de ce lieu.
Une chanson pour dire a Dieu. 210
Les deux Callans et Sancté sont bien un jeu de sots ; suivant Pobserva-
TÎon générale que nous avons faite ci-dessus, les culbutes ne devaient
pas y manquer. Il nous paraît évident, en efTet, que les couplets suivants
étaient accompagnés d'exercices gymnasdques :
Le PKEMiER Gallant.
L'homme saina a bien tost gccté t(o
Un plain sault ou one virade. .
Faire le pect et la ruade
Faict a Thomme avoir guerison. 8(
Mais, si celte sottie ne s'écane pas des règles du genre, elle se disun-
cependant des autres pièces que nous possédons par le grand
'nombre de chansons qui y sont insérées. Le temps requis pour l'exécu-
tion de ces morceaux explique que l'auteur se soit arrêté au vers 210*.
Voici du reste la liste des chansons :
1. Y n'est si douice vie
Que de joie d'esté... (v. 9-1 1)
2. Jamais [e ne seray {oyeux
Tant que je vous revoye (v. 22-2}).
|. Fleur deguesté, alliés ta martyre (v. ji).
Voy. Caste, Chansons normandes du XV^ siècle (Caen, 1866, in-i6),
II» ) I ; Gaston Paris, Chansons du XV siècle^ n» 6$ .
4. Onques depuis mon cœur n'ust joye (v. })}.
\. Je vous donne plaine puissance
De choisir la ou vous plaira (v. 92*91. r64*i60.
Voy. Gasté, Chansons normandes, n* 54.
6. Jamais mon cœur cesse n'ara
Tant que j'es son amour entière (v. 166-167I.
Nicole de la Chesnaye cite, avec une légère variante, le premier vers
de cette chanson dans sa moralité de la Condamnacion de Bancquei :
Jamais mon cueur joye n'aura.
Voy. P.-L. Jacob, Recueil de Farces, Soties et Moralités, ii6 ; Four-
nier, )2o.
7, L'amour demoy [s\] est endosse.
Voy. Gaston Paris, Chansons du XV siècle, n" 1 3.
E. PICOT
8. Genlilz gaUns, coropaigQon[s) du ressin (v. 199].
9. En amours n'a synon bien ;
Nul mal qui ne V(u)y pense (v. io}-i04).
Voy. Gaston Paris, Chansons du XV" siècle^ n" 1 3.
La même chanson se retrouve dans le Vieil Amoureux et le Jeatu
Amoureux \Lt Roux de Lincy et Michel^ I, n" 7, p. 6; Foumier, jS?;
Mabille, II, 261), pièce que nous rangeons parmi les dialogues drama-
tiques ei qui est peut-^tre du même auteur.
On remarquera que les cinq chansons qui nous sont connues sont de
la fin du xv*" siècle el concordent avec la date approximative que nous
avons indiquée.
Bibliographie :
A. Bibl. nat., ras. franc, n"* 24541 (olim JJ04; La Vall. 6j), fol.
B. Le Roux de Lincy et Michel, I, n" 12.
V.
Karce de Folle Bobance.
Personnages :
Folle Bobance, Le second Fol, marchant,
Le premier Folj gentilhomme. Et le tiers Fol, laboureux.
[Lyon, yers 1 joo.]
Folle Bobance, qui est la mère des sots, appelle tous ses enfants
autour d'elle.
Folle Bobance commence :
Ou estez vous, touz mts folz affolez ?
Sortez trestous et [sij me venez voix.
Et qu'esse cv? N'oyez vous point ma voii?
Dcspechez vous ; (bien) tosl icy avollez;
Raffolée suis que cy je ne vous voix. j
Borgnes, bossus, rabosiez et tollez,
Folz folians, de folie fault pourvoix;
Folz tyonnojs, mylannoys^ gauvoys...
Les couplets qui suivent continuent sur ce ion, puis la pièce devient
plus sérieuse. Les trois fous veulent à tout prix bannir le travail, la
peine, le souci et le chagrin ; ils veulent s'abandonner entièrement à
Bobance, dont ils énumèrent les bienfaits. Ils espèrent que la belle dame
les mènera « au chemin de prospérité », mais celle-ci leur répond
qu'elle les conduit au contraire « au chemin de mendicité ». Les fous
réfléchissent alors que Bobance dit vrai et que ses prétendus bienfaits ne
peuvent que les ruiner.
LA SOTTIE EN PfUNCE 36 1
La Fara de FoiU Bobancc exprime donc la m^e idée morale que le
petit livre populaire de Robert de Balsac, iniiiulé le Chemin de VOspital
{voy. Allut, Etude biographujue et bibliographique sur Symphorien Cham-
pier; Lyon, 1859, gr. in-8» 119), le Chasteaa d'Amours âe Cringore
et le Cathoticon des Matadviseï de Laurens des Moulins ; nous la
croyons du même temps que ces diverses compositions. Il est vrai
qu'elle ne contient pas une seule date, mais le v. S nous permet de
ta placer vers i joo. Les « folz lyonnoys n tiennent ta tête de l'énumé-
ration des fous (preuve que Folle Bobance a été jouée à Lyon), puis
viennent les fous de Milan ei de Gênes. Ces mots prouvent, croyons-
nous, que la sottie a été composée alors que Milan et Gênes appartenaient
à la France, c'est-à-dire entre 1499 et 1^12. Les ■ folz genevoys »
reviennent une seconde fois plus loin (v. 16), mais le poète ne les con-
sidère pas comme des étrangers ; il semble que, par une intention satî-
rique, il n'ait pas voulu aller chercher des fous en dehors des limites de
la France. Nous croyons donc que notre pièce a été écrite entre 1499
« 1512, mais plus près de la première date que de la seconde. L'occu-
pation de Milan et de Gênes devait être encore un fait récent.
Les costumes élégants dont les trois fous nous donnent la description
sont ceux des premières années du xvi'^ siècle :
.. robe a large manche, 80
Et soliers carrez en morchant (?) ...;
.. fines robes, noyres, grises,
Vermeilles, vertes, coulourées,
Et chauses de toutes devises.
Par hault et par bas bigarrées... ; lOf
robes fourrées ;
.... vdours ; 1 10
De satin pourpuins a graos manches,
Et becquetons pareilIccneDl
Bien cours, que ne passent les hanches .
De Hollande chemises blanches
Froncées devant la poytraine, 1 1 }
Et au coict chemises blanches
A la mode napolitaine, etc.
Folle Boomce se termine ainsi :
Le second Fol, marchant.
Par ce point tout va meschamment, s\o
Car tel veutt maintenir bobance
Le tiers Fol, laboureux,
Qui ne scet façon ne comment
D'y gaigner la folle despense.
Folle Bobance.
Pourtant, seigneurs, chascun y pense :
262
E. PICOT
Qdî preot de moy gouvcrnenieni
Rjot» iuy faott ou grjol chevaace
Preoez en gré i'esbatement.
Ut
Bibliographie :
A. Farce nouuelle It tresbonne de folle Bobance || a quaire person-
naiges. || Cestassauoir. fl ^ Folle bobance. || ^ Le premier fot gentil
homme. \\ T Le second fol marchant. Il ^ El le tiers fol ïabourcux. — ^
Cy fine folie )\ Bobance. S. l. n. d. [Lyon, en la maison de feu Bamahè
Chaussardf vers 1545], in-4 goih. allongé de 8 ff. de 48 lignes à U
page pleine, irapr. en grosses lettres de forme, sign. A-B.
L'Wition n*a qu'un simple titre de départ et le r' du 1" f. contient î5 IJg.
de texte.
Le» grosses lettres de forme avec Ie$quclles ce volume est imprimé ont été
employées par les hèrKiers de Barnabi Chaassard pour la Paru nounlU
moralisa da Cens noavtaalx (voy. p. a jy), pour la Fara dt Coltn, pU de Thoot,
etc., et pour les titres de plusieurs farces dont le texte est d'ailleurs imprimé
en caractères gothiques ordinaires.
Mus. brit., '■ — '
B. Viollet le Duc, II, 264-291.
VL
SoTTiK, par Pierre Gringore.
Personnages.
Le premier Sot
Le deuxiesme Sot,
Le troisiesrae Sot,
Le Seigneur du Pont Atletz,
\ Le Prince de Naies,
Le Seigneur de Joye,
Le General d'Enfance,
Le Seigneur du Plat,
Le Seigneur de la Lune,
10 L'Abbé de Frevaulx,
L'Abbé de Plate Bource,
Le Prince des Soiz,
Le Seigneur de Gayecté»
La Sotte commune,
I î La Mère Sotte,
Sotte Fiance,
Sotte Occasion,
Croulecu.
[Paris, mardi 2^ février içia.]
Il n'est pas dans tout notre ancien ihéÂire de pièce plus connue que
ta Sottie qui précède la représentation donnée par Gringore aux Halles de
Paris, le mardi gras de l'année 1512. Nous-méme nous avons déjà parlé
de cette représentation qui nous fait connaître l'ordre dans lequel se
succédaient la sottie, la moralité et la farce (voy. ci-dessus p. 2^9). A
LA SOTTIE KN FRANCE 20}
ce que nous avons dit précédemmemnous ajouterons une seule réflexion.
Si le Jeu du Prince des Sotz ne contient pas de monologue, c'est sans doute
à cause des proportions inusitées que l'auteur a données à ta sottie et â
la moralité. De plus, ces deux pièces se complètent l'une l'autrc> et il
eût été difficile de les séparer par un morceau étranger au sujet.
Cringore se proposait d'intéresser les Parisiens à la querelle de
Louis XII et de Jules II, en représentant le pape comme un person-
nage ridicule et odieux. Il est probable qu'en attaquant ainsi la supersti-
tion populaire, il obéissait aux ordres secrets de la cour. Nous avons
cité, au début de nos observations sur la sottie en général \p. 236),
un passage de Jehan Bouchet, qui montre que Louis XII se rendait
compte de la place importante réservée au théâtre dans toute société
policée. Brantôme nous apprend également que ce prince ne craignait
pas de voir les acteurs se livrer à des allusions politiques. Voici ce qu'il
raconte dans la vie d'Anne de Bretagne :
« Le roy Thonoroit de telle sorte, dit-il, que, lui estant raporté un
jour que les clercs de la basoche du Palais et les escollicrs aussi avoient
joué des jeux où ils parloient du roy, de sa court et de tous les grandz,
il n'en fist autre semblant, sinon de dire qu'il falloit qu'il?: passassent
leur temps et qu'il leur perraettoii qu'ilz parlassent de luy et de sa
court, non pourtant desregtémem. mais surtout qu'ils ne parlassent de
la reyne sa femme en façon quelconque, autrement qu'il les feroit tous
pendre. » Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme^
publ. par Ludovic Lalanne, Vil (Paris, 187J, gr. in-8j, j 16.
Gringore usa largement de la permission qui lui était accordée de
représenter le roi et sa cour. Le Prince des Sotz , qui personnifie
Louis XII, doit passer une revue générale de ses suppôts. Au premier
rang des courtisans on voit divers prélats grotesques, qui ont pour cor-
tège l'Ignorance, la Dissipation, la Paillardise. Les trois Sots et Sotte
Commune, qui figurent le peuple, reçoivent ces hauts dignitaires ecclé-
siastiques. Mère Sotte arrive à son tour, revêtue des attributs de la
papauté et suivie de ses ministres Sotte Fiance et Sotte Occasion ; elle
pousse les Sots à la révolte contre le Prince, mais ceux-ci veulent rester
fidèles à leur chef. Seuls les Abbés grotesques sont entraînés à la trahi-
son ; alors « se fait une bataille de prelatz et de princes ». Mère Sotte
est dépouillée de ses ornements sacrés ; on la reconnaît et tout le monde
l'abandonne.
La Souii de Gringore est trop connue pour que nous jugions utile
d'en donner une plus longue analyse. En voici les premiers vers :
Le droit premier Sot.
C'est trop joué de passe passe ;
Il nefiult plus qu'on In menace ;
6ii
264 ^^^ E- PICOT
Tnus les jours iU se (ortiliçnt.
Ceulx qui en promesse se fient
Ne congnoissent pas la fatace.
C'est trop joué de passe passe.
L'ung parboull et l'autre frica&se ;
Argent entretient Tung en grâce,
Les autres Hâtent et pallient
Elle se termine ain» :
La Sotte commune.
Af6n que chascun le cas noue,
Ce n'est pas Mère sarncte Eglise
Qui nous fait guerre, sans fainctise
Ce n'est que nostre Mère Sotte.
Le Troisiesme.
Nous cognoissons qu'elle radote
D'avoir aux Sotz disscntion.
Le Premier.
El ireuve Sotte Occasion
Qui la conduit a sa plaisance.
Le Deuxiesme.
Concluons.
Le Tboisiesme.
C'est Sotte Fiance.
La pièce ne contient qu'une chanson, le célèbre refrain :
Faulte d'argent c'est douleur non pareille (v, j3o).
Ce refrain est souvent cité ; on le trouve notamment dans Rabelais
(II, xvi), dans la Farce joyeuse du Sayetier |Le Roux de Lincy et Michel,
IV, n*> 75, p. 5) et dans une ballade de VAmoitreux Passetemps (éd. de
C'était le premier vers d'une chanson qui commençait
660
1)81, f. E
ainsi :
$J*
Faulte d'argent c'est douleur non pareille;
Si je le df , tasl je sais bien pourquoy
Var.
Si je le dy, j'ay bien raison pourquoy...
On en trouve le texte dans le recueil intitulé : Plusieun belles Chansons
nouvelles IParis, Alain Loirian, 1 54^, pet. in-8 goih., fol. 86 6 ; le pre-
mier couplet seul figure dans le Mellun^e de Chansons publié par Ronsard
en 1572 (fol. )2 ^, avec une mélodie de Josquin. et fol. j$ h, avec
une mélodie d'Ad. witlard). Eustorg de Beaulieu transforma la chanson
profane en un cantique spirituel :
Faulte de foy c'est erreur non pareille;
Si )e le dy, j'ay bien raison pourquoy...
LA SOTTIE EN PRAMCE afij
Ce cantique, qui fait partie de la Chrestunne Resjouyssance (Genève,
1546, in-8, n" 91), avait été imprimé dès 1 sj? dans les Noets nouveauU
publiés par Mathieu Malingre à Ncufchastel (C/unjo/i/iwr Auga«/io/, 42 s).
Hoger de Collerye (éd. d'Héricault, 22}) a composé sur le même
refrain un rondeau, en partie reproduit dans la Vraye PronostUation de
AP Gonin Fournier, Variétés hist. et litt.^ V, ia^j. M. Fournier prétend
que ce rondeau est devenu une chanson, qu'il dit avoir rencontrée dans
un recueil publié à Louvain en 1 5H» P^r P'cre de PhaJèse. Il est pro-
bable qu'il a confondu le rondeau avec la pièce que nous avons citée
d'après le Mellangi de Ronsard ; et la date même qu'il assigne au recueil
de Phalèse nous parah inexaae. Il s'agit sans doute de la Fleur des
Chansons à trois parties^ etc. (Louvain, Pierre Phalèse, ei Anvers, Jean
Bellère, 1 574), collection très-rare, qui ne nous est connue que par la
mention de Fétis et dont la Bibliothèque nationale ne possède pas
d'exemplaire.
Bibliographie :
A. ^ Le ieu du prince des sou. Et || mère sotte. || ^ loue aux halles
de paris le mardy II gras. Lan mil cinq cens et vnze. — ^ Fin du cryi
sottie< moraiitei et farce cô- \\ posez par Pierre Cringoire dit mère sotte, f ||
imprime pour iceluy. S. /. n. d. [Paris^ i J12], pet. in-8 goth. de 44 ff.
non chiffr. de 26 lignes à la page, sign. A.-F.
Au titre, le bois de Mère Sotte avec la devise: Tout par Adûon, etc. 'Bruoei.
Il, 1747)-
La sottie occu(>e les ff. A 2 t — C ^ b.
Bibl. nat,, Y, 4439. Rés. — Copies figurées k la Bibl. de l'Arsenal, B. L.
P. (0 «t jo bis.
B. Le ieu du prince des sotz et mère sotte ioue aux halles de pis le
mardy gras, iiij. — [Au r' du dernier f. :j Nonueliemét imprime a Paris.
PeL in-4 goth. de t6ff. de J9 lignes à la page, impr. à 2 col.
Bibl. Méjanes, â Aûc.
C. Caron, n* 4.
D. Œuvres complètes de Gringore réunies pour la première fois par
MM. Ch. d'Héricault et A. de Momaiglon [à partir du tome 11 : par
HM. A. de Momaiglon et J. de Rothschild]. A Paris, chez P. Unet^
Libraire [à partir du tome H : Paul Daffis, éditeur-propriétaire de ta Bibtio-
thiifue eizeyirienne, 7, rue Cu4négaud\, M DCCC LVIII Ii8i8]-M DCCC
LXXVII [18771,2 vol. in-ié.
Torae I, 303-24}.
E. Fournier, 29^506.
266
e. PICOT
VII.
Lks Sotz nouveaulx parcez, couvez.
Le premier Foi,
Le second Fol,
Personmges :
Le tiers Fol.
[Rouen, vers i J i J ?]
i
Les Sotz nouveaux ne présentent pas plus d'action théAtrale que les
Menas Propos. Trois fous racontent successivemeni comment ils ont été
u ponnus %, ce qui donne lieu à des plaisanteries assez grossières ; ils
chantent une chanson bachique, exécutent sans doute quelques cabrioles
et se retirent.
Voici le début de la pièce :
De trois Fols le Premier commence.
Je SUIS venu i U huée
Cotome ftlz de dame Follye,
Qui m'a faia, enclos et couvée.
Dieu gard toute la compaignie.
N'est ce pas belle rusterie
De quatre corbeiilèes de folz.
Qui sont venus d'une saillye,
Tous nouveaulx ponnus et esclos^.
L'expression de « nouveaulx ponnus » nous fait croire que noire
sottie est la pièce désignée dans la Farce du Vendeur de Urres sous le
nom de Farce des nouveaux Ponus :
Les Fieux et Rentes
Des filles nouvelles rendus j
La Farce des nouveaux Ponus
El Le Depuceteur dcnourriches
[Le RouxdeLincy et Michel, II, n" 40, p. 1 ;; Mabille, II, 20;, 221.)
Cette mention est précieuse, car elle nous aide à déterminer la date
de la sottie. Parmi les ouvrages cités dans la Farce du Vendeur de livres,
deux sont en effet datés : V Obstination des Souy cites, qui a dû être écrite
vers 1 SI I (Montaiglon et Rothschild, Recueil, VIII, 282; Œuvres de
Gringore, II, j^o^ et Lt Dépucelage de Tournay [de Laurens des Moulins],
qui est de 1 51 j ^Montaiglon et Rothschild, Recueil, XII, 1 loj. Les Sotz
nouveaulx doivent être du même temps. Nous croyons y reconnaître une
allusion à l'expédition de Louis XII contre les Vénitiens et au retour de
l'armée française :
Le Tiers.
Tais toy, tu m'estourdis U leste.
LA SOTTIE EN FRANCE 267
Va veoir ailleurs; je n'en sçay rien, 190
Mais je vous compteray du mien.
Ce fut quant revins de Venise ;
J'avois pissé en ma chemise...
Ce passage nous reporte à l'année i joô ; le suivant est relatif au con-
traire à Texpédition de Pampelune, oii François I" porta ses premières
armes (i s 12) :
Le Second.
Je suis venu tout en jergault
De la contrée de Pampelune
Et ay volé du premier sault 6 s
Jusques cy par roe de Fortune.
Enfin voici deux allusions à la campagne entreprise par Henri VIII et
par Maximilien contre Louis XII (i $ n) -
Le Premier.
Je feis bien ung aussi beau faict
Quant je revinsde Picardie 217
Le Tiers.
Et si disoyent en leur langaige
Qu'ilz m'arracheroyent le visaige,
Les oreilles et les deux bras ;
(Bien) eusse voulu estre a Arras. 244
La sottie contient plusieurs autres détails intéressants. On y voit
qu'elle a été jouée sur un théâtre où les représenutions avaient lieu le
dimanche. Le second Fol dit au début (v. 1 2) :
Et vous verrez des plus fins sotz
Que vous ouystes puis dymenche^
Et le Tiers raconte, de son côté, qu'il a rapporté « du fleuve Jour-
dain »
Une beste de grant essence jo
Qui fait sçavoir chascun dimenche
Tout ce que les femmes ont faict.
Dans un autre endroit (v. 21-22) le même personnage se vante d'avoir
pour mère Labine :
J'ay esté couvé au pignon
Du four a ma mère Lubine.
Et il ajoute (v. 89) :
Je veulx qu'on m'appelle Mymin.
Maistre Mymin, mis au théâtre dans une farce célèbre, qui fut
peut-être antérieure à Pathelin et dont nous ne possédons malheureu-
sement qu'une suite très-postérieure, avait en effet pour mère Lubine
268 E. PICOT
(Vîollet le Duc'f II, jjS^ Fournier, J14I. Ce personnage fui populaire
au théâtre pendant un siècle. En dehors de la farce doni nous venons
de parler, la Farce du Vendeur de Livres nous apprend qu'on avait mis
sur la scène vers 1510 le Testament Maistre Mymin, comme on y mil le
Testament de Pathelin (Le Roux de Lincy, II, n" 40^ p. j ; Mabille, II.
191, 209).
En 15}4[P), Mymin reparut dans la Farce du Couiîeux (Viollet le
Duc, II, 176; Fournier, î7o); enfin son nom passa dans la langue
courante avec le sens de « niais ». C'est dans ce sens que le moi est
pris là et qu'on le retrouve dans Les Trois Calants (voy. ci-dessus, n** I),
V, 190 : Mimin a sonétes, ainsi que dans Us Trois Pèlerins et Maliu (voy.
d-après no X), v. sî-S4 :
Comme qq trupelu, un mymin
Qui veult devenir femynio.
Au milieu de la représentation , les fous chantent une chanson farcie
de latin, qui rappelle Vincitatoyre bachique que nous a conservé le ms. du
duc de la ValUère (Le Roux de Lincy et Michel, II, n" 52) et la Letanie
des bons Compaignons ^Montaiglon et Rothschild, VH, 66) :
Vcntte tous, nouveaulx sotins^
Jeunes folletz, nouveaulx ponneus ; 110
Apportez plains f[ljacons de vins
£( Domxm jahiltmiis .
Comme dans les Menus Propos (n° 11) et dans les Deuh Calions et une
Femme qui se nomme Sancté in" IV), il semble que ces facéties aient été
accompagnées de culbutes. Le second dit (v. 222-22 f) :
Le cul avois tout droit en hault
Quant je feis la tourne bouelle,
Que je tambay a la nirtle
En cuidant [laire] ung soubre sault.
Au milieu de leurs ébats, les fous vont chercher sainct AUvergaut
(v. 63). Ce dévot personnage était probablement un momon grotesque,
proche parent de sainct Couiliebault (v. 60).
Les Sotz nouveaux doivent appartenir au théâtre de Rouen. Le nom
de cette ville est cité deux fois (v. $2, 92I et la pièce contient plusieurs
mots obscurs, qui appartiennent sans doute à la Normandie : Besarde
(v, 24^], choi^uart (souchard, v. ijy)' corcaillotz (v. 91, dringue
(V. 141), jergaalt (v. 6}), jouen \v, 95), marcoux (v. ajÔ).
Les Sotz nouveaulx se terminent ainsi :
Le Tiers.
On a le vin a boa marché ; 2(o
Allons mettre cousteaulx sur table.
UA SOTTIK EN FRANCE
Le PREMfBR.
Messieurs, s'on a dit quelque fiable
Ou quelque compte de plaisance,
Point o'a esté par arrogance.
Pardonnez nous, je vous [en] prie,
Car en soties n'a que foll]rc.
269
^\
Bibliographie ;
^ Les sotz nou || ueaulx farcez couuez || lamais nen furent de plus
fo\z [j Si le deduici veoir vous voulez II Baillez argent ilz seront voz —
^ Finis. S. t. n. d, [Paris, Alain Lotùani^ vers 1525], pet. m-8 goth.
de 8 ff. de 2$ Ugnes à la page, sign. A.
Au titre, le bots de Mère Sotie, représentanl trois soti, avec la devise :
Tout par raison. Raison par tout. Par tout raison (Brunet, H, 1747). — Ce
bois ne se trouve guère que sur les ouvrages de Pierre Gringore {Les folles
Enlrt prises ; Paris, Pierre le Drut, 150 s ; Us Fatilaisia de Mire Sotte : Pari»,
i l'Elephant, 1^16; veufvc Jehan Trepperel, vers ipo; Alain Lotrian, vers
I S21, et Us menus Propos de Mire Sotte ; Paris, Philippe le Noir, 1 52$ ctc*),
et la devise Raison par tout a été employée par ce poète à la fin de plusieurs de
ses ouvrages, par exemple d la 6n de ses Heures Je Nostre Damt. Nous avons
eu en conséquence la pensée d'attribuer les Sotz mai-eaulx i Cnngore (Purrt
Crmgore ei les ComidUns Uahens^ 11), mais nous n'avons fait cette attribution
que sous toute réserve. Nous avons dit nous-mètne que le bois de Mérc Sotte
figure sur te litre d'une pièce qui n'est certainement pas de Gringore : U MonO'
icgtu des Sotz joyeulx de la nouvelle Bande iMontaiglon et Rothschild, Recuà!^
tll« 1 1), et l'on peut admettre que la marque des trois sots n'a été employée
par l'imprimeur des Sot: nouveaulx, comme par celui du Monologue^ qu'en
raison du sujet. La famille de Gringore était probablement de Caen (De la
Rue, Essais butor, sut les bardes, les jongleurs ti la trouvires normands et
anglo-normands, III, {44-^48) ; mais rien ne prouve qu'il ait habité lui-m(me
la Normandie et qu'il ait fait représenter des pièces à Rouen. .
En tout cas, le bois de Mère Sotte semble bien indiquer que l'impression a
été exécutée à Pans.
Au V» du 7' f., au-dessous du mot Fims, un bois représentant six têtes de
personnages dans des altitudes diverses ; au-dessous de ce bois, un fragment de
bordure.
Le 8' f. contient au r« et au v* le bois du Fol et du Sage discutant devant la
bule, bois qui figure sur l'édition des Menas Propos, imprimée par Alain Lotrian
fvoy ci-dessus, p. 254).
Nous croyons donc que les Sotz noaveauli ont été imprimés par Alsin Lotrian,
^ui, d'après Silvestre (Marques typographi^ueSj n* 76), exerça de 1 (18 i 1 ^(.
Ainsi que bous l'avons remarqué. Lotrian employa vers la même époque le bois
des trois sots sur une édition des Fantaisies de Mire Soile (Musée britannique,
"47i '^)
Les quatre vers de l'iatitulé sont répétés au v- du titre.
Musée britannique : C. 22. a. 20.
270
E. PICOT
vm.
SoTiSE a buia personnaiges, [par André de la Vîgne ?].
Le Monde.
Abuz,
Sot dissolu,
Sot glorieux,
Personnages.
S Soi corrompu.
Sot irorapeur,
Sot ignorant,
Sotte folle.
[Paris, IJ14.]
La pièce dont nous allons parler est encore beaucoup plus développée
que celle qui ouvre le Jeu du Prince desSotz de Pierre Cringorc (n» VI)i
elle ne compte pas moins de r 58; vers et, bien qu'il y en ait un assez
grand nombre de trois ou de quatre syllabes seulement, elle nous parait
trop longue pour n'avoir été qu'une simple sottie. Elle a dû occuper
dans une représentation à la fois la place de ta sottie et celte de la mo-
raliïé. Le poète, qui a mis en scène le Monde et Abus, s'est en effei
proposé de soutenir une thèse morale et il l'a rendue plus compliquée
que les auteurs des Trois Galants (n* I) et des Gens nouveauk (n" III).
Au début de la Sotise est placée une ballade dont voici les premiers
vers :
Le Monde commence :
Au temps premier que hault Dieu me créa.
Qui tout créa : elementz, asmes^ corps,
Son bon vouloir me faisant recréa
Et recréa maint2 tueautx a mes <:or(u)s ;
Bons et accors les 6t, oiaiz mal acors |
Tant de discors en (aitz et en dilz que ors
Mys et discors ont purté blanche et munde.
C'esl grand pitié que de ce povre Monde.
Ces équivoques, à peu près incompréhensibles, annoncent dignement
les pointes, les ieux de mots, les bizarreries de toute sorte qui vont
suivre. Pour le remarquer en passant, le 8" vers, qui sert de refrain,
parait imité de Meschinot (Bibl. nat., ms. fr. 2206, fol. 1 J4; Les Lunettes
des Princes^ Lyon, Olivier Arnoullei, s. d.. pet. in-âgoth., fol. M 8 â) :
C'est grant pitié des misères du Monde.
Jehan Bouchet (Généalogies, Effigies et Epitaphes des Roys de France,
etc.; Poitiers, 154^, in-fol., fol. 112 b) a composé une ballade qui
commence presque par le même vers ;
C'est grand pitié de ce monde fragtile.
La ballade achevée, Abus prend ta parole et donne au Monde le con-
U SOTTIK EN FKANCE 27 1
seil de suivre Plaisance Mondaine. U s'offre à le remplacer dans le gou-
vernement, tandis que le Monde, déjà vieux, prendra un peu de repos.
A peine Abus s'est-il saisi du pouvoir qu'on voit arriver Sol dissolu
* habillé en homme d'Eglise », Sot glorieux « habillé en gendarme »,
Sot corrompu, qui personnifie les magistrats, Sot trompeur, en qui se
sont incamés les marchands, enfin Sot ignorant et Sotte folle qui^ à eux
deux, représentent le peuple. Cette belle assemblée veut, avec le con-
cours d'Abus, élever un Monde nouveau où Hypocrisie, Apostasie, Lu-
bricité, Lâcheté, Pillerie, Avarice, Mépris, Trahison, Corruption, Afflic-
tion, Parjurement, Larcin, Convoitise, Chicheté, Rusticité, Murmure,
Rébellion, Fureur, Dépit, Caquet, etc., tiendront la place de toutes les
venus. Au milieu de ce Monde nouveau, les cinq Sot2 tombent amou-
reux de Sotte folle; celle-ci déclare qu'elle donnera la préférence à
celui d'entre eux « qui fera plus beau sault ». Il y a lutte alors entre ces
personnages, qui renversent le fragile édifice qu'ils ont élevé, et le
Monde rentre en possession de son domaine. A la fin de la Sottie, le
Monde récite une nouvelle ballade dont voici les premiers vers :
Cueurs eodurcys pUins de grande vilitez'
Que M pansés qu'en voz humanitez,
Gaudir, jouer, vivre a vostre plaisance, ij}j
Considérez que voz [grandzj vanilez,
Ptainoes d'abuz et de mondanités,
Feront ung jour bien piteuse silence.,.
"STdom le refrain est :
Bien est deceu qui ce fit en ce monde.
Le même personnage ajoute ces cinq vers pour prendre congé du
public :
Seigneurs et dames de la ronde,
Si en riens vous avons ^ forfaict^ 1 )8o
Pardonnes nous, car nul meifaici
Ne prétendons en faiz ne diz.
A Dieu, qui vous doint Paradis!
Les allusions historiques ne sont ni aussi transparentes ni aussi nom-
breuses dans la Sotise que dans la Sottie de Gringore ; cependant certains
mots que nous y relevons nous paraissent suffisants pour en déterminer
la date. Nous remarquons tout d'abord un passage satirique qui se rap-
porte sans doute au jubilé célébré après l'élection de Léon X |ri mars
1(1 }^ et à la réconciliation de Louis XII avec le Saint-Siège (décembre
1. Impr, vuitez.
2. Impr. avonl.
272 E. PICOT
Sot glorieux.
Saind Jehan 1 le rojr paye l'espîsse
De ce pouuige ou les pardons.
Sot corrompu.
Le jubilé. 670
Plus loin nous trouvons des indications plus précises.
Sot corrompu.
0 que le roy a esté sourd
Qu'il n'ayc faicl chancelier 67 j
Cil qui faict grand chance lyer
Tant sainct, tant bon, tant sçavant homme,
Tant plain de miracles de Rome t
Par mon serment ce n'est pas riz.
Sot trompé.
Qui est ce légal de Paris ? 680
Panoes tu qu'il en voalsist estre ?
Sot ignorant.
Sang bieu, il cuidoit mener paistre
Le roy par simulation
Le chancelier qu'il s'était agi de remplacer était Jean de Cannay,
mon à Blois en 1 ç 12. Au lieu de lui donner un successeur, le roi confia
provisoirement les sceaux de France à l'évêque de Paris, Etienne Pon-
cher, qui les garda jusqu'à P^vénement de François I". Le personnage
à qui le poète aurait voulu voir attribuer la charge de chancelier, ce
H tant saint, tant bon, tant savant homme », parait avoir été le cardinal
Guillaume Briçonnet, l'un des prélats qui prirent part au concile de
Pise. Jules II le priva de la pourpre que Léon X lui restitua.
Nous pensons donc que la pièce a pu être jouée au carnaval de 1(14.
Voici les fragments de chansons que nous y relevons :
1. Voule voule voule voule voule... {v. laa)
2, A Tassault, a t'assault, a Tassault, a l'assautt I
A cheval, sus I en point, en armes I (v. i47-i48)
j. Procureurs, advocatz [bis]
Veu le procès et veu le cas... (v. 169-170}
4. Et Dieu la gard, va vart, la bergerette
Et Dieu la gard, va vart, seans au non [?]. (v. 2ig*a2o)
Cf. Gaslé, Chansons normandes du XV* stècU (Caen, 1869, in-i61, n* 99 :
Dieu la gard, la bergerette,..
(. Et l'autre jour, |e m'en avoye [alloyePI*
Tara ra buy damgnoys...
6, Hautt le bois, compaingz, hault le bots t
Qui la gainera 5aos esmoy?
LA SOTTIE EN FRANCE ly^
On trouve dans tes TrfnU et uiu Chanson[i] musuales a quatre parties^
nouyetitment imprimées a Paris par Purre Attaingnant..., 1529, ïn-S goih.,
f. } b, une pièce qui se rapproche beaucoup de celle-ci, si même ce n'est
pas un couplet de la même chanson :
Hsu hau hau le boys |f<r]1
Prions a Difu, le roy des roys.
Les bibliographes attribuent d'ordinaire la Sotise a haict personnaig/ts
% Gringore, ou à Jehan Bouchet iBrunet, U, 1749), sans que cette attri-
bution ait jamais été appuyée d'aucune preuve. Un poëie du commen-
cement du xvi" siècle s'est distingué entre tous par les formes extrava-
gantes qu'il a données à ses rimes, et a pris plaisir dans la plupart de ses
ouvrages à entasser les vers baielés, équivoques, rétrogrades, etc. ;
c'est André de la Vigne, l'auteur du Verg,\er d'Honneur et des Complaintes
et Epitaphts du Roy de la Bazoche. Gringore n'est guère tombé qu'une
fois dans ce ridicule ; il a glissé des vers baletés et couronnés dans un
petit ouvrage de sa jeunesse : La Complainte de la Terre Sainctc, mais le
Jeu du Prince des Sotz et le Mistére de Saint Loys montrent bien qu'il ne
se serait pas permis ces misérables tours de force dans une œuvre dra-
matique. Quant au grave Jehan Bouchet, il a su, lui aussi, éviter presque
toujours ces rebutantes équivoques, et quand même il les aurait cultivées
de préférence, il faut n'avoir pas lu ses ouvrages pour lui attribuer la
Sotise. Il dit lui-même qu'il ne se sent aucune disposition pour l'art
dramatique.
Car en lelz faiciz ne mis onc mon eslude
Et ne sçaurois ung bon jcu composer
Tel qu'il le fault surchauiTaux exposer, etc.
(Epistres morales et familières du Traverseur ; Poitiers, r^4^, in-fol.,
tt, fol. )4fr, n" xLii).
Quant à nous, nous croyons pouvoir attribuer la Sotise â André de la
Vigne, et voici sur quoi se fonde notre opinion,
Avec la pièce qui nous occupe, le même imprimeur publia dans le
même format, avec les mêmes caractères, la même marque et, à ce
qu'il semble, le même privilège, une pièce plus ancienne intitulée : le
Nouveau Monde, avec Vestrif du Pourveu et de fEllutif, etc. Tout nous
porte à croire que la sottie est du même auteur que la moralité ; or
celle<ï contient en toutes lettres le nom d'André de la Vigne. Univer-
sité promet l'absolution à ceux qui ont attaqué le pape et ajoute :
C'est la vigne, c'est l'olivel
De Dieu, dont sor[t] fruit blanc et nect.
Les mots : la vigne ne sont ici que pour indiquer le nom du poète;
ils n'ont qu'une relation des plus forcées avec le passage qui précède.
AonuHut» vu 1 8
274 c- ^'CO'''
André de la Vigne s'esi, du reste, fait connaître à l'aide du même pro-
cédé dans les Complainaes et Epiupkts du Roy de la Bazoche et dans plu-
sieurs petites pièces insérées au Ver,^ier d'honnmr.
La Sotiic a haia personnaiges est la seule de nos sotties dont nous
retrouvions quelques traces à l'étfanger. L'auteur anonyme d'une pièce
néerlandaise, dont nous ne possédons qu'un fragment, parait Tavoir
connue et s*en être inspiré. A Pexemple du poète français, il a mis sur
la scène te roi Abus. Voy. Eeai Spel van seven personagUn : Heei scha^
met Vokk, Vcrwaent GhepeynSf Fortayne^ Abuys, aU enn coninck , Dai Tiji,
Gùdts Gheessdy Godts Roede, ap. Willcms, Bdgisch Muséum voct dt neâtr-
daâsche Tad-en LttterkunÂe^ VI (Cent, 1842, in-8j, }i7-))i.
Bibliographie :
^ Sotise a huit persônaiges c'est || asauoir le monde abuz Sot dis- 0
solu sot glorieux sot corrôpu sot II trôpeur sot ignorât et sotie folle. \\
Hz se vendit a la iuifrie a (enseigne des deux II Sagittairesi et au palays au
troisiesme pillier. — [Au f du dernier f., après cinq lignes de texte :]
Oeo gratias, || ^ Et a donne le roy nostre sire audit || Guillaume eustace
libraire et relieur II de liures iure de luniuersite de Paris ji lettre de preui-
lege' et terme de deux II ans pour vendre ^t distribuer sesditz || liures :
affin de soy rembourser de ses !| fraitz f mises. Et défend ledict sci- 1|
gneur a tous ïprimeurs et libraires || de ce royaulme de nô iprimer ledict
Il liure iusques au temps dessusdit : Il sur peine de confiscation desdiciz
liures/ et damcnde || arbitraire. H Ainsi signe de Landes. 5. d.j gr. in-8
goth. de $8 ff. de p lignes â la page, sign. A-D par 8, E par 6.
Au titre, une marque de Guillaume Euslacc repré&cntaat les deux sagittaires
CSilvestre, n* 6}] ; au v* du litre, un bois rcpréscotanl l'acteur agenouillé
devant le pape et lui présentant $on livre ; le pape est entouré de six cardi-
naux.
Au V* au dernier f.. une grande marque représentant les armes de France
supportées par deux lévriers ; au-dessous de l'écu de France sont placés deux
petits cens, dont l'un contient le monogramme d'Eustace et dont l'autre est
vide. Au-dessus de ces deux petits écus, se voit le porc-épic de Louis Xll. Ea
bas de la planche on lit : Cum gratta et priviUgto ngts,
Bibl. nal. : V, 4)73, Kéî., deux cxemp)., dont un sur vélia (Van Praet, L.
)3S)> — Hibl. de M. te duc d'Aumale {Calai- Cigongnc, n»* 14&5, cxempl. sur
vélin, et 1466, exesipl. sur papier). — Bibl. de M. le comte de Lignerolles.
U SOTTIE ÏN FRANCE
*7Î
IX.
SoTYE NOUVELLE DES Croniqueurs, [par Picfre Gringore?].
La Mère,
Le premier Sot,
Le Second,
Personnages.
Le Troisiesme,
5 Le Quatriesme,
Le Cinquiesme.
[Paris, mai iji j].
Cette pièce est un lissu d'allusions historiques qui paraissent d'abord
très-hardies, mais, en les étudiant, on reconnaît bien vite que Fran-
çcûs I*', continuant la tradition de Louis XII, ne laissait parler tes comé-
diens qu'à la condition qu'ils soutiendraient la politique royale.
La pièce commence ainsi :
La MtRE.
Nous sommes \n ïoh croniqufurs,
Qui trouvons dedans nos croniques
Que ceulx qui n'ont esté vainqueurs
Se sont monstrcz lâches en cueurs,
Aymant tropt argent et praticques. }
[Le] premier Sot.
Les machinacLoiis, traffiques
Firent perdre renom et los,
Ûesprisant bonnes loix antiques,
Qui dient : nul ne tourne dos...
En écrivant leur chronique, les sots ne dissimulent pas les sentiments
d'hostilité dont ils sont animés envers le clergé. C'est aux ministres
sortis des rangs de l'église qu'ils attribuent tous les maux que la France
a soufferts, en particulier au fameux La Balue :
Loys XI« fut mené
Au Liège par un cardinal,
Dont cuida venir ung grant mal,
Voire sur sa propre personne...
Prebstre ne fera
Ne feisl jamais bien en France.
Le poète est plus favorable à un prélat (Briçonnei),
Qui trespass2
A Nerbonne n'a pas gramment
jBriçonnet mourut en m 14), mais il stigmatise avec force les favoris
qui ont jadis épuisé le royaume : Chastillon. Bourdillon, Bonneval.
Les chroniqueurs parlent successivement de Louis XI, de Charles VIII
et de Louis Xll, de Jules II et de Léon X, et représentent la mort de
M
i°
276 E. PICOT
Louis XII comme un événement récent; enfin ils font ailusionaux quatre
maréchaux créés par François }" :
[Le] Premier.
A quoy tient que la paix entière 26 {
On [n'Ja forgée depuis huit ans,
Veu que gens si preux et vaillaos
Ont Irafersé montaignes et vaulx ?
La MËRE.
C'est faulte de bons mareschaulx
Qu'on [n']a forgé la paix en France ; 270
Mais maintenant j'ay congnoissance
Que nous en avons de nouveaulx,
Par quoy villaiges et hameaulx
Seront desormès supportez
Les derniers vers indiquent nettement que la pièce a été composée an
moment où François I" entreprenait l'expédition d'Italie, c'est-à-dire
au mois de mai i j 1 5 ;
[Le] Premier.
Je treuve qu'il est convenable
Que retournons delà les mons,
Affin que nous y recouvrons j 2 j
Nostre honneur perdu puis naguéres.
Le Tiers.
On dit que c'est le cymetiére
Des Françoys.
La Mère.
Se sont parabolles
Et toutes opinions folles ;
Se on y va par bonne conduicte, jjo
N'ayez doubte qu'on y prouffite
Mieulx qu'on y prouf^ta jamais
Croniqueurs
De brief verrez François vainqueurs ;
La chance n'est qui ne retourne, 340
Mais est ma! faict quant on séjourne
A suyvir la bonne fortune,
Vous en souvient il }
[Le] ClNQUlESME.
C'est pour une.
La Mère.
Il suffist. Sans plus de répliques,
Il fault recloser nos croniques 345
Et chanter bas a voix série,
Pour l'honneur de )a seigneurie :
AlUlaya !
LA SOTTIE KN FRANCE 277
La Sotye des Crontijueurs contient trois fragments de chansons :
I C'est matencontre que d'aynier
Qui n'en a joye...
i. Vive le roy
ï. Pastourelle jolie
Voy- Gaston Paris, Chansons du XV* siècle^ n» 2.
Nous attribuons cette pièce à Gringore, non-seulement parce qu'elle
reflète son style et son esprit, mais surtout à cause du nom donné au
principal personnage. La « Mère » c'est v Mère Sotte u ; or. en 1515,
c'est à Gringore seul que ce nom paraît avoir appanenu. Cf. Picot,
Cringou et les Comédiens italiens^ 1 2 ■
Bibliographie :
A. Bibl. nat., ms. franc, n* r7527 {olirn S.-Cerm. t^s6), in-fol. sur
pap. composé de 20j ff., mais en ayant compté primitivement un plus
grand nombre (xvi* siècle), fol. 54 [i.xxiv] b — 61 [iiii"] b.
B. Chronique du roy Françoys premier de ce nom. publiée par Georges
Caifrej (Paris, M"" V* Jules Raynouard, 1860, in-8), 429-444.
X.
ELes Trois Pèlerins, farce morale a quatre personnaiges, c'est assavoir:
Malice, Le deuxième Pèlerin,
Le premier Pèlerin. Le troisième Pèlerin.
L [Rouen ? vers ifai.]
Nous voyons dans les Trois PtUrins une satire dirigée contre Louise
de Savoie, à qui le peuple attribua, non sans fondement, tous les mal-
heurs qui assaillirent la France sous le règne de François I*'. Dès le
mois de décembre 1 p6, le roi avait fait arrêter et conduire devant lui,
à Amboise, trois joueurs de farces : Jacques, clerc de la Bazoche, Jehan
Sérac [Us. Serre], et maître Jehan du Pont-Alais, coupable d'avoir
représenté la reine-mère sous le nom de ^ Mère Sotte ». pillant l'état
« le gouvernant à sa guise [Journal d'un bourgeois de Paris, publié par
H. L. Lalanne; Paris, 18^4, in-8, 44) ; mais ces poursuites ne fermè-
rent pas la bouche aux acteurs populaires. Notre sottîe en est la preuve.
Trois Pèlerins « des vaulx», ou plutôt trois «i dévols >> Pèlerins,
sortent de leur retraite pour voir ce qui se passe dans le monde ; Malice
leur apprend que tout y est changé. Ce sont les femmes qui gouvernent;
quant aux hommes, ils ne recherchent que les plaisirs et ne savent que
se faire battre. Le désordre est panout et les Pèlerins feront bien de
rester chez eux. Telle est la donnée de la pièce dont voici le début :
2yS E. PICOT
Malice commence.
Ou sont ces Pcleriiu des vaulx ' ?
Veulent ilz pobict suyvre Malice
Par chans, vilages ei hameaulx?
Ou sont ces Pèlerins des vaulx ?
Quoy! veulent ilz estre enormaulx? {
Sortes, ou g'y meiray police.
Ou sont ces Pèlerins des vaulx }
Veulent y poioct suyvre Malice^
Les acteurs ne parlent qu'à mots couverts et se tiennent sur leurs gardcsT
Malice.
Taises vous ; je suys avertye.
Premyérement sçays les contrées
Ou plusieurs se sont acoustrés
En estât de ftmymn gerre.
Le Troisiesme.
A ! ce ne sont point gens de guerre, 4f
Ne vray[z] suppôts du dieu Bacus,
Car ilz ne bataillent qu'aux eus...
Le poète dit comme l'auteur anonyme du Monde qui est crucifié (Mon-
taiglon et Rothschild, Recueil, XII, 2221 :
Ce grant malheur vient du fiminin gerrt;
les spectateurs devaient saisir le sens de cette allusion.
Sous le gouvernement des femmes, le désordre a pénétré même dans"
l'église :
Malice.
Ouy, car ceulx de religion
Veulent tenir sa région
Et mesmes grans historyens
Veulent estre luthériens, 64
Ces derniers vers, rapprochés d'un autre passage, montrent que la
sottie a été écrite dans les premiers temps de la réforme. Plus loin en
effet (v. 1J6-1411 un des Pèlerins parîe des persécutions qui pourront
être dirigées contre les novateurs, et il ajoute (v. 142-144) :
Et puys y s'en repentiront
Ces bouraux ! Ils en mentiront
De ce que veulent mettre sus.
Parmi les autres signes de désordre que les quatre aaeurs énumèrent il
en est un qui nous parait donner une date plus précise encore (v. 66-68) :
Le Troisième.
Et puys voyla
I. Ms. des maulx. La correction est de M. Poumier.
LA SOTTIE EN FRANCE 279
Pourqoof vient yver cet esté,
Qui aoDS maînctîent ai pauvreté.
Ce fot pendant Tété de 1521 qu'il y eut des pluies continueUes
et qœ b Êunise désola toute la France (voy. Journal tPtui bourgeois ie
Paris, 97). Les gaerres malheureuses dont parlent les Pèlerins et
Malice, ces guerres qui ont
mainct Caict inhamer
Loin d'une église ou cymetiére,
Sans faire confession entière (v. 1 17-119),
doivent donc toe les campagnes de 1521 en Italie, en Picardie, en
Flandre et en Champagne. Le poète dit (v. 1 16) que le désordre s'est
montré
En guerre, par terre ou par mer.
L'expédition maritime à laquelle il £ut allusion est sans doute la des-
ceme de la flotte ang^se sur les c6tes de Normandie.
La sottie se termine ainsi :
Le Deuxième.
C'est bien dict, marchons snr la brune
Et parlons des mangeurs de lune ; 340
Hz ont mangé mainct bon repas
Et ne sauroyent marcher un pas,
Synon danser avec filléte.
Ce sont ceulx qui desordre ont faicte
Et la font tousjours, mais argent 24 j
Les maintient en leur entrant;
L'un saillit, l'aultre regibet ;
Mais, ne vous chaille, le gibet
Sonnera tousjours son bon droict.
En prenant congé de ce lieu, 2)0
Une chanson pour dire a Dieu.
Nous ne pouvons dire sur quel théâtre cène pièce fut représentée. La
forme on pour v nous », au v. ^7 :
En quel lieuoA la pourrons veoir,
nous fait penserquecefut en Normandie, probablement à Rouen, comme
la plupart des pièces que nous a conservées le ms. de La Vallière.
Bibliograph'u :
A. Bibl. nat., ms. fr. n* 24^41 [olim La Vall. 6}), fol. 17; (t-}T^ ^•
B. Le Roux de Lincy et Hicbel, t. IV, n" 66.
C. Foumier, 406-411.
280 B. PICOT
XI.
Sottie a dix personnages jouée a Genève, en la place du Molard,
LE DIMANCHE DES BORDES, l'aN I52J.
Personnages :
Folie, , Claude Rolet,
Le Poste, Pettremand,
Anthoine [Sobret], Gaudefroid,
Gallion, Mulet [de Patude],
5 Grand Pierre, lo L*Ënfant.
[Genève t dimanche 22 février 152?.]
Genève possédait, au commencement du xvi^ siècle, une confrérie dra-
matique dont les membres portaient le nom d'Enfans de Bontemps. Ce
sont les membres de cette association qui ont représenté la pièce dont
nous allons nous occuper. Mère Folie ouvre le spectacle :
MÈRE Folie vestue de noir, commence :
Sur mon ame, quoy qu[e] on die,
Encorfe] me fait i! bon voir.
Enfans, je suis Mire Folie,
Qui, pour passer mélancolie,
Viens vous voir vestue de noir. s
J'ay matière de desespoir ;
Je suis vefve de fort long temps ;
C'est, comme devez bien sçavoir,
De vostre bon père Bontemps...
Bontemps n'est pas mort seul ; Mère Folie ajoute :
Au vinaigre! le cœur me crève
Quand je pense aux trespassez.
Stéphane Holet, Nicolas,
Petit Jean, maistre Jaques, helas !
Grand Mattey, Perrotin, Hectore 20
Et vous tous mes amis encore(s.),
Ou estes vous?
Un point qui mérite d'être noté, c'est que tous ces noms sont des
noms réels et que les acteurs genevois croient inutile de prendre des
noms de théâtre.
Mère Folie est surprise au milieu de ses doléances par l'arrivée d'un
poste, c'est-à-dire d'un messager, qui lui apporte une lettre de Bon-
temps lui-même. Aussitôt elle convoque ses enfants pour leur en faire
part':
tA SOTTIB EN FRANCE iSl
Guillaonte le Diamanlier, ) )
Anthoine Sobret, Gaudefroid,
Claude Raud, Michel de Ladrex,
MatsirePeitrcmand, Gallioni
Jean de i'Arpc, vcoez I Jean Bron,
Ça! Grand Pierre, Claude Rolet, 60
Presire d'honneur, frért Mulet,
Venez, et vous aurez nouvelles
De Bon Temps... '
Les suppôts, qui se tenaient x parmi la irouppe », c'est-à-dire au
milieu même des spectateurs, montent sur le théâtre par des échelles et
la pièce proprement dite commence. Aniboine, qui a « fréquenté les
notaires ■. lit la missive de Bontemps et se charge d*y répondre. La
lettre et la réponse sont pleines d'allusions hardies, Bontemps a quitté
Genève depuis que le duc de Savoie s'est rendu maître de la ville ; à
partir de ce moment on n'a plus connu aucune liberté, on n'a pas même
pu jouer de moralités ni d'histoires, mais les sots genevois peuvent re-
prendre leurs ébats puisque leur père n'est pas mort, La sottie se ter-
mine par une scène bouffonne oîi les compagnons se taillent des
béguins dans la chemise de Mère Folie. En voici les derniers vers, qui
forment un rondeau double :
Rolet.
Beuvons tant que le feu en saille 295
Sur les nouvelles de Bontemps.
Gallion.
De nos beaux yeux, vaille qui vaille,
Bcuvorts tant que le feu en saille.
Gauuefhoio.
Donnons a ce vin la bataille
Roidemenl comme beaux quettans. ;oo
Mulet.
Beuvons tant que le feu en saille ;
Beuvons en attendant Bontemps.
Gaudkfroio.
Beuvons de ce vrn, ne vous chaille;
Payé l'ay a deniers contents.
Mulet.
Beuvons tant que le feu en saille ;o^
Sur les nouvelles de Bontemps.
Nous avons cherché des renseignements sur les personnages dont
les noms sont énumérés ci dessus, mais nous n'avons réuni que des
indications bien insuffisantes.
Claude Rolet, l'un des auteurs de la soitie. était évidemment parent de
1%2 I. PICOT
Stéphane Rolei (v. iS) et de Nicolas Rolei» qui joua, en 148$, à Genève,
le Miroir de Jtistict, et qui composa des histoires en 149) et 1501 {Mé'
moires ei Documents publiés par la Société dViistoire et d^anhéologit àt
Genève, I [1841), 1, 142, 14)). Guillaume le Oiamantier, qui ouvre la
liste des compagnons vivants (v. j j^ , mais qui ne figure pas sur la scène,
était en 149} un des compagnons de Nicolas Rolel \md.^ 1, i, 14}) ; il
devait être le doyen de la troupe. Anihoine Sobret [v. )6) parait être le
compagnon qui figure dans la liste des personnages sous le nom d'Anihoine;
nous avons même rétabli son nom entre crochets. On voit par la pièce
suivante que le r6le de Mère Folie était rempli également par un aaeur
appelé Sobret, qui mourut peu de temps après. L'un des trépassés,
Perrotin (v. 20] est cité en 1 5 10 comme ayant reçu de ta ville un florin
pour certaines « gaillardises » par lui composées; un autre, maistre Jaques
(v. 19), était sans doute le père d'un jeune homme appelé le « filz du
grand Jaques », qui toucha aussi, en r^io, une indemnité pour avoir
récité un compliment à Pévèque Charles de Seysset {Mèmoirts, etc., I,
1, 144).
Bibliographie :
A. Sottie a dix personnages iouee a Geneue en ta place du Motard le
dimanche des Bordes lan 1 S2j. — Sottie iouee le dimanche après les
Bordes, en 1 524, en la Justice. S. /. n. d., pet. in-8 de 20 ff.
Nous n'avons pu retrouver cette édition citée par les auteurs dehBibtiothi^iu
âa Théâtre français (I, 91) et dont M. de Soleinne possédait une copie figurée
(Cd/d/. n* 72^).
B. Bibl. de Grenoble, ms. n» 916, in-fol. sur papier (fin du xvi« s.).
G. Sottie, Il à dix personnages. Il Iouee à Genève, en la Place || du
Molard, le dimanche des Bordes, l'an 152}. || ^ Lyon, \\ Par Piene Ri-
gatsd. S. d. [vers 1750], pet, in-8 de 41 pp. et i f. blanc.
Au titre, une petite marque représentant une femme debout près d'une roue
bnVe et appuyée sur uneépée.
Le nom de Pierre Rigaud est une fausse rubrique.
Au v^ du titre est placée la liste des personnages de li Sottit de 1 i2j.
A la page 21 commence la Sottie de 1 ^24 qui occupe la fin du volume
Bibl. nat. Y, 4J72 B, Rés. — Bibl. de l'Arsenal, B. L., 9682.
D. Caron, n® 2.
E. Mémoires et Documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie
de Genève^ [ \i^4t/\nS), \^}-\b^.
Le texte présente ici plusieurs coupures.
F. Deux Sotties jouées à Genève, l'une en 152$. sur la Place du
Molard, dite Sottie à dix personnages, et l'autre en i ^24, en la Justice,
dite Sottie i neuf personnages, avec une Notice historique par F.-N. Le
LA SOTTIB BN FRANCK JO^
Roy. Genève, chez J. Gay et fis, éditturs, [imprimerie A. Blanchard] ^ 1868.
In- 16 de I r blanc, xxx et 4$ pp., plus 1 f, pour la Table.
Tiré à lOi exernpl., savoir : 96 sur papier de Holtandei 4 lur papier de
Chine, 2 survélm.
Voy. Rgyueeràiqaty 1S6S, I, 22$.
G. F.-N. Le Roy, Us anciennes Fèf es genevoises (Genève, 1868, in-8),
79-99-
H. Foumier. 192-398, sous le Uire de Sottie dts Begfûns.
XII.
Sottie jouëg le dimanche après les Bordes, en 1^24.
Personnages :
Le Prebstre,
Le Médecin,
Le Conseiller,
L'Orphévre,
( Le Cousturier,
Le Savetier,
Le Cuisinier,
Grand Mérc Sottie,
Le Monde,
[Genève, dimanche
Acteurs :
Frère Mulet de Palude,
Jehan Bonaticr,
Claude Rotlel,
Le Bonnatier,
Claude le Gros Rosset,
?
Maistre Pettremand,
Anthoine Le Dorier.
i^ février 1534],
Cette pièce est une continuation de la sottie iouée en 152}. Les
Enfants de Boniemps se retrouvent coiffés du bonnet ridicule qu'ils ont
coupé dans ta chemise de Mère Folie, mais ils portent encore le deuil.
[Anthoine] Sobrei, qui jouait le rfile de la Mère, est mort récemment et,
quant à Bontemps, leur père, c'est en vain que l'on a pu espérer son
retour. Cette allusion discrète au gouvernement tyrannique des ducs de
Savoie explique bien pourquoi les sots de Genève s'abstiennent de tou-
cher à la politique. Us s'en tiennent à une satire générale contre le
Monde, à qui les livre Grand Mère Folie. Le Monde s'évertue à les
faire travailler tous de leur métier, mais il n'est content de nen. Le
Médecin, que Ton consulte, déclare que le Monde est fou.
Voici le début de la sottie :
Le Prebstre commence.
L'homme propose et Dieu dispose.
Le Médecin.
Fol cuide d'un, et l'autre advient.
29S
E. PICOT
L*Orphévre.
Du tour au lendemain survient
Tout autrement qu'on ne propose.
Le Bonnetier.
En folle teste folle chose ;
Point n'est vray tout ce que fol pense.
Bien que les acteurs évitent autant que possible les paroles compro-
menantes, ils laissent percer çà ei là des tendances favorables â la
Réforme. Le Monde dit lui-même, en entendant le Médecin (v. 2$j-2$6):
Ce sont des propos du pays
De Luther, reprouvez si faux.
La pièce se termine ainsi :
Le Cuisinier.
Or sus, Monde ; es(t) tu braguard
Maintenant ?
Le Monde.
Ha ! je suis gaillard
Et en point, la vostre mercy
/il pontndum nlam super Mandt capia.
Le COUSTURIER.
Marchons et nous osions d'icy ;
C'est trop demeuré en un lieu.
Le Conseiller.
Pour mettre fin a nostre jeu,
Messieurs, vous notterei ces mots
Qu'a l'appetit d'un tas de sots.
Comme Ton voit bien sans chandelle.
Le fol Monde s'en va de voile.
Une note qui précède la sottie nous apprend que la représentation,
qui devait avoir lieu le dimanche des Bordes, n'eut lieu que le dimanche
suivant à cause du grand vent qu'il faisait, Le duc et la duchesse de
Savoie, qui se trouvaient alors à Genève, furent invités à la représenta-
tion, mais refusèrent de s'y rendre sous le prétexte « qu'on ne leur
avoit pas dressé leur place ». « Aussi, pour ce qu'on disoit que c'es-
toyent huguenots qui jouoyent, monsieur de Maurianne et plusieurs
autres courtisans y furent et tout plein de marchans, car ta foire estoit
alors ; et Jean Philippe fit la plupart des despens. •>
Bibliographie :
A B C D (voy. ci-dessus, n" XI).
E. Mémoires et Documents publiés par ta Société d'histoire et d^archéolo^ie
deCenhe, 1 (1841, in-8), 1, 164-180.
)00
LA SOTTIE BN FRANCE
F Deux Sotties jouées à Genève... CttUvej i86S, in-i6.
G. Le Roy, Fêtes, 106-128.
H. Founùcr, 3 99-40 ^.
xB\
XIII.
Satyre pour ues hahitans o'Aoxerrb, par Roger de Collerye.
Peuple françois,
Joyeuseté,
Le Vigneron,
Personnages :
Jenin Ma Ftuste, badin,
^ Bon Temps,
[Auxerre, ijjo.]
Lorsque le traité de Cambrai put enfin recevoir son exécution et que
les fils de François l" furent rendus à la liberté, des réjouissances eurent
lieu dans toutes les villes de France. C'est à cette occasion que Roger
de Collerye dut faire représenter sur le théâtre d'Auxerre la pièce
dont nous venons de reproduire le titre. M. d'Héricault, qui s'aban-
donne volontiers à son imagination, a supposé que la Satyre avait été
écrite pour une entrée qu'Eléonore d'Autriche aurait dû faire à Au-
xerre en se rendant à Paris, et que, cette entrée n'ayant pas eu lieu, la
représentation avait été probablement ajournée. Nous avouons ne rien
voir dans La pièce qui donne à cette conjecture une ombre de vraisem-
blance.
La composition de Roger de Collerye ne ressemble en rien à ces
petits poèmes allégoriques qui étaient récités lors des entrées royales.
Le litre seul de Satyre en indique clairement !a nature. Le passage de
Jehan Bouchet que nous avons cité au début du présent travail (p. 2)6)
nous apprend, en effet, que l'on confondait la « satyre » avec la « sot-
tie i>. Cestdonc une sottie que notre auteur a composée ; mais comme
il faisait une pièce de circonstance, il n'a conservé des sots traditionnels
que Jenin Ma Fluste et il lui a donné pour interlocuteurs des person-
nages allégoriques chargés de rappeler les événements que l'on célébrait.
Du reste, le dialogue a conservé ce décousu qui est le trait caractéris-
tique du genre.
Void le début de la Satyre :
Peuple krançois commence.
Puis qu'après grant mal vient grant bien,
Ainsi qu'on dit en brief langage,
D'avoir soulcy n'est que bagage ;
Qu'il soit ainsi je l'enlens bien.
La paix nous avons, mais combien 1
aiti C PICOT
Que nous l'ayons, c'est qu'on la garde.
Or Prudence et Subtil Moyen
Ont bien joué leur pcrsonnaige...
Une première allusion au dauphin, au duc d'Orléans et à la reine se
trouve dans les vers 82-91, mais le passage le plus important pour fixer
la date de la pièce est celui-ci :
JSNIN.
J'ay veu le roy, i6^
Et anssi ta royne AJienor,
Qui est richement parée d'or,
Voyre vrayment qui est bien fin,
Et aussi monsieur le dauphin
El le petit duc d'Orieans. 170
Ces vers ne prouvent nullement qu'il ait dû y avoir une entrée solen-
nelle à Auxerre. Lfes personnages de sottie se vantent d'ordinaire de
toutes les choses qu'ils ont faites, ou qu'ils ont vues, et Jenin Ma Ftuste
raconte précisément qu'il a vu passer le cortège royal qui traversait
alors la France.
Nous relevons dans la Satyre (v. 2J4-245) une chanson qui ne nous
est pas connue d'ailleurs :
Par joyeuseté,
En honnesteté
La pièce se termine ainsi :
Bon Temps.
Demourer avec vous je veulx ;
Mais an mot vous diray, non plus ;
Se vous n'estes bons, ce m'eisi Dieu I j 1 }
Je m'en iray en aultres lieux,
Vêla que je diz et conclus.
Bibliographie :
A. Les Œuures de Maistre [j Roger de CoUerye home tressauit tj natif
de Paris. Secrétaire de feu monsieur Dauxerre |[ lesquelles il composa
en sa ieunesse. Contenant |[ diuerses matières plaines de grant récréation
& Il passctemps, desquelles la déclaration est au secôd || feullet. I! On la
vend a Paris en la rue neafue II nostre Dame a leiueigne Faulcheitr [sic] H Auec
priuilege pour deux ans. !lM. v. xxx. vi [is)6]- — f^if^- Pet. în-8 de
104 ff. non chiff. de 29 Lignes à la page, impr. en lettres rondes, tign.
A.-N.
Au titre, la marque de Hofftt (Silvestre, tfl 1 {o).
Le volume ne contient pas le texte du privilège annoncé sur le titre.
Bibl. nat., Y, 4478, Rès. (exempt, incomplet de plusieurs ff.]. — Bibt. de
LA SOTTIK RN FRANCE 287
M. le comte de Ligoerollcs. — Bibt. de M. le baron James E. de Rothschild
(exenpi. de M. de Soleinne, Catal. a* 726, et de M. Pichon, Catal. n* 471}.
B. Œuvres de Roger de Collcrye. Nouvelle édition avec une Préface
et des Notes par M. Charles d'HéricauIt. Paris^ Chez P. Jannetj Libraire^
[Impr. de J. Claye, nu Saint-Benoit^ 7J. mdccclv [iS^jj. ln-16 de
xxxVMi et 287 pp.
La Sdfyf occupe les pp. i-i9.
XIV.
Sottie nouvelle des Trompeurs.
Soitie,
Teste Verte.
Fine Mine,
Personnages :
Chascun,
5 Le Temps.
[Vers 1^0.]
Sottie, qui joue le rôle de Mère Sotte, convoque tous les sots de son
empire ; elle en fait une longue énuméraiion qui rappelle celle du cri
du Jeu du Prince des Sotz [Œuvres de Cringore, [, 201 ; Fournicr, 29s).
Sottie commence.
Sotz triumphans, solz bruyaatz, sotz parfaHi,
Sotz glorieux, sotz sus, soiz auientiques,
Sotz assotez, sotz par ditz et par faictz,
Sotz enforcez, solz nouveaulx et antiques,
Sotz assotez, fsotz) laitz, (sotz) ecclésiastiques, j
Soiz advenans, sotz mignons, solz poupars,
Sotz enraigés, hors du sens, fanlasticques...
Teste Verte et Fine Mine se rendent à cet appel ; ils viennent seuls
et pourtant ce ne sont pas les sots qui manquent dans la ville; on en
trouverait
Assez pour charger trente bas
De quatorze asnes bien ba&tez. )(
Teste Verte.
Mais ilz sont un peu translatez
Quasi de latin eo françoys.
SOTTlK.
Et comment?
Fine Mine.
Ils sont tous gastez.
Nous voyons dans ces derniers vers une allusion aux progrès de la
Réforme en France,
Tandis que les trois personnages s'entretiennent, arrive Chascuni
a88 E. PICOT
dont la venue fournit à l'auteur le prétexte d'une de ces énumérations
chères aux poëies de ta fin du xv et du commencement du xvr siècle,
sous le nom de /)irz ^f C/Jdicun (cf. Montaiglon et Rothschild, Recueil j
XII, 329). Le nouveau venu se divertit avec les sots et le Temps sur-
vient à propos pour lui faire la leçon. Celui-ci apporte avec lui une
trompe et déclare que Chascun doit savoir jouer de cet instrument ;
Chascun s*en empare, mais ne peut réussir à sVn servir. Il voit alors
qu'il est attrapé.
Chascun, en soufflant en sa trompe, et sa trompe ne dit rien.
Bon gré saincl Gervais ;
Je voy bien que (je) suis attrapé;
Ma trompe ne vault pas deux noix.
Par trop tromper je suis trompé. 27 ^
La sottie se termine ainsi :
Sottie.
Mes enfants, puis qu'avez le Temps,
Allons boire, je vous en pry.
Fine Mine.
Mes seigneurs, soyez convenants :
A trompeur trompeur cl demy.
Teste Vertk,
Se nous vous avons faict ennuy joo
Nous et noslrc mère Sottie,
Pardonnez nous, je vous en pry.
A Dieu toute la compaignie.
Nous n'avons relevé dans cette pièce aucune allusion qui permette
d'en préciser la date et de déterminer la ville où elle a été composée.
Les vers suivants 1121-122) semblent indiquer que la représentation
eut lieu en hiver, sans doute aux jours gras :
Mon amy, happe ces (nitalnes ;
Elles sont bien cbautdes dedans.
La seule chanson que la sottie contienne est celle-ci :
Chantons i gueulle bée
Et nous rcsiouyssons... {v. 161-170).
Bibliographie :
A. * Sottie nouuelle a !! cinq personnages : Il Des trôpeurs : cestas-=
sauoir. H 1 Sottie II T Teste verte S T Fine mine II 1 Chascun l[ 1 El le
temps. Il 1 A trompeur trom- I! peur et demy. — ^ Finis. S. /. n. d.
[Lyon? vers i ^4^], in-4 golh. allongé de 6 ff. de 46 lignes à la page
pleine, sign. A par 4, B par 2.
L'édition n'est oroée d'aucun boii et n'a qu'un simple titre de départ, en
sorte que le f du 1" f. contient 29 lignes de texte.
LA SOTTIE EN FRANCE 289
L'impression, faite en gros caractères, ne ressemble pas aux impressions or-
dinaires des héritiers de Barnabe Chaassard ; la justification, qui est de 214
mm. pour 46 lignes, nous fait croire cependant que le volume est sorti des
presses de ces imprimeurs.
Mus. brit.; *
B. Viollet le Duc, II, 244-a6^
XV.
Moral de Tout le Monde, a quatre personnages, c'est a sçavoir :
Le premier Compaignon, Le troisième Compaignon,
Le deuxième Compaignon, Tout le Monde.
[Rouen? vers 1555.]
Nous n'avons relevé dans cette sottie aucune allusion qui permette
d>n 6xer exactement la date, aussi ne lui donnons-nous qu'une date
approximative.
En voici les premiers vers :
Le Premier commence.
Compaignons I
Le deuxième Compaignon.
Quoy ?
Le Premier.
Que dict le cœur ?
Le Troisième Compaignon.
Qu'i dict, mon amy? — Le toult vostre.
Le Premier.
De vray ?
Le Deuxième.
Comme la patenostre,
Vous portant sa et la honneur.
Le Troisième.
Quel gaudiseur !
Le Deuxième.
Quel enseigneur!... j
Le premier vers parait imité du commencement d'une ballade bien
connue de Jehan Meschinot {Lunettes des Princes^ éd. de Lyon, Olivier
Amoullet, s. d., in-8 golh., f . M 5 f») :
Compaignons! — Hau! — Congnois tu? — Qui? — La court.
— Comment? — Voy. — Quoy? — Ses grans abus...
Les Compagnons appellent Tout le Monde, qui se présente à eux cou-
vert de plusieurs sortes de vêtements,
Jto/ndiittf, vil 1 9
390
E. PICOT
Différent de robe et pourpoinct.
De bonnet et de tous abis.
Il est vêtu V de blanc, gris et noir ;> et personnifie par ce costume
étrange les trois états. Les compagnons saisissent ce prétexte pour se
livrer à des observations satiriques sur Marchandise. Noblesse et Eglise,
Us veulent habiller et déshabiller Tout le Monde à leur guise; ils essaient
de le vêtir en damoiselle, mais Tout le Monde s'y refuse :
Trop me fjuldroict de jazereos, 220
De doreures et de carquens :
Force chaynes, bagues, ancaolx...
Ces vers contiennent la seule indication chronologique que nous ayons
pu relever dans la pièce. Les jazerans, les carcans, les chaines, etc.,
furent surtout à la mode entre isîo et 1540. Voy. Quicherat, Histoire
du Costume^ 559; cf. Montaiglon et Rothschild, Recueil, Vlïl, 29}.
La conclusion des Compagnons, c'est que Tout le Monde est fol ; ils
expriment celte pensée dans une ballade qui termine la pièce :
Messieurs, pour la conclusion, 2S7
Toult le Monde, a l'heure présente,
Est fol et pUin d'abusion...
Tout le Monde.
Ausy souvent que le veni vente,
Du Monde le cerveau s'esvente ;
Par foys est dur, par foys est mol,
Sans aîllei souvent prenl son vol;
Sans yculx vcult voir chose latente, )ij
Dont conclud?., lachûsc est patente,
Qu'aujourd'huy Touk le Monde est fol,
Aucun détail ne nous révèle la patrie de notre pièce. Les v. 109, 1 10
sont ainsi conçus :
Cela est plus commun en France
Qu'a Paris la Porie Baudès,
mais cette allusion n'indique point que la pièce ait été composée à Paris.
Il est de même question delà Porte Baudais dans les Menus Propos^ dans
Coquillart, etc. Le soin même que l'auteur prend de nous dire que In Porte
Baudais est à Paris ferait supposer qu'il n'écrivait pas pour les Parisiens.
Il nous parait probable que notre sottie aura été jouée à Rouen, comme
la plupart des pièces contenues dans le ros. de La Vallière.
Bibliographie :
A. Biblioth. nat., ms. franc., n* 24^41 (olim La Vall 6}), fol.
B. Le Roux de Lincy et Michel, t. lit, n* 48.
LA SOTTIE EN FRANCE
J91
XVI.
Les Sobres Sotz entrehellés avec les Syeurs d'ays, fiirce moralle
et joyeuse.
Personnages :
Le premier Sol, Le quatrième Sot,
Le deuxième Sot, 5 Le cinquième Sot,
Le troisième Sot, Le Badin.
[Roue/if carnaval de i j ^6 ^]
Il parait avoir existé à Rouen ^ au commencement du xvi« siècle, plu-
sieurs confréries dramatiques placées sous l'autorité suprême de l'abbé
des Conards. Parmi ces confréries trois seulement nous sont connues :
les Enfans Maugouverne ivoy. Moniaiglon et Rothschild, Recueitj 111,
262 ; VI, 186; XI, 80, 861, les Sobres Sotz et les Siears d'ays; il n'est
question ici que des deux dernières.
Le nom seul des Sobres Sotz justifie ce que nous avons dit cî- dessus
(p. 241 1 des culbutes et autres exercices gymnastiques auxquels les sots
se livraient sur la scène ; il renferme en effet une allusion aux u soubrer
sauts », qu'ils se vantaient de savoir faire, en même temps qu'ils se
piquaient d'être sobres en propos.
Les Sieurs d'aySj c'esi-à-dire les « scieurs de long », devaient cette
appellation à un jeu de mots dont le sens précis nous échappe, lis sont
cités dans le Monologue des nouveatilx Sotz de la joyeuse Bende et dans le
Monologue des Sotz joyeulx de la nouvelle Bande :
Sotz maislres comme Cieurs d*aictz
(Moniaiglon et Rothschild. Recueil^ I< 'îî m. i?)- La célèbre facétie
composée en 1 5 sy par les Conards, sous le titre de Friquassit croies-
tUlonée, est dédiée « A très et retresfamé et affamé Sieur des Sieurs
d*aiz ». Cette dédicace montre bien les liens qui unissaient les Sieurs
d'aiz aux Conards.
Notre pièce met aux prises cinq Calants, appartenant aux deux confré-
ries dont nous venons de parler, et un Badin qui leur adresse toute sorte
de quolibets ; en voici les premiers vers :
Le premier Sot commence.
J'enay.
Le deuxième Sot.
J'en sa y.
Le troisième Sot.
J'en voy.
Le quatriëme Sot.
J'en tiens.
292 E. PICOT
Le cinquième Sot.
Et moy, j'en faicts comme de cire.
Le Premier.
Voulés vous pas estre des myens }
J'en ay.
Le Deuxième.
J'en say.
Li Troisième.
J'en Toy.
Le Quatrième.
J'en tiens.
Le Cinquième.
J'espère avoir plus de biens }
Conn'en sauroit conter ou dire...
Les allusions politiques que l'on relève dans la pièce sont peu nom-
breuses et surtout peu transparentes. La plus importante est celle-ci :
Le Deuxième.
Qui eust pensé que i'avyron
Eust eu si grand bruyt ceste anée ?
Le Troisième.
Pourtant que la gent obstinée
Est plaine de rebellions.
Le Quatrième.
Qui eust pensé que pavillons 4s
Eussent esté sy cher vendus?
M. Foumier a très- ingénieusement remarqué qu'il s'agît ici de l'expé-
dition de Charles-Quint contre Tunis. Les autres allusions historiques
concordent précisément avec la date de 1 536.
Les vers suivants permettent de penser que les Sobres Sotz et les
Syeurs d'ays appartenaient à la paroisse de Saint-Vivien. Le Badin
parle d'un a lourdault » qui se laisse tyranniser par sa femme ; le pre-
mier Sot dit qu'il connaît ce personnage, qui a nom Sandrin ; le Deuxième
ajoute (v. 202-207} :
Mais, dictes moy, peut il point estre
De nos paroissiens en somme ?
Le Badin.
Luy, mon amy ? C'est un bon homme ;
Y n'est pas grain de Sainct Vivien \
Je vous le dis en bon escien
Qu'il n'y demoura de sa vye.
Ce ne sont pas les Sobres Sotz ni les Syeurs d'ays qui se seraient
maltraités ainsi> eux et leur quartier ; aussi la sottie n'est-elle pas leur
LA SOTTIE EN FRANCE 29}
œuvre, mais celle des clercs du Palais, comme on le voit par ces mots
du Badin (v. ^$0-353) :
Y iiault parler des ses nouveaulx,
Messieurs ; n'en vistes vous jamais ?
On en voit tant en ce Palais,
Qui les uns les autres empeschent...
Les clercs semblent, du reste, avoir eu la spécialité des allusions ma-
lignes aux mauvais ménages. Après avoir parlé d'un mari malmené par
sa femme, ils s'en prennent à un mari brutal ; cette fois ils ne se con-
tentent plus d'un simple prénom : ils citent en entier le nom de Colin du
Quesnay (v. 450).
La pièce se jouait d'ailleurs aux jours gras (v. 181, 288) et l'usage
permettait ces licences en carnaval.
La sottie se termine ainsi :
Le Premier.
Mieulx vauldroict asaîllir un deable 460
Que d'asaillir aucunes femmes.
Le Badin.
Aulx bonnes ne faisons difemmes ;
Qu'el ne le prennent pas en mal...
Mais a vous tous je m'en raporte
Tout le monde est de telle sorte ; 475
Y n'en fault poinct prendre d'ennuy.
Chantés, c'est asés pour meshuy.
Bibliographie :
A. Bibl. nat. , ms. franc. n° 24941 [olim La Vall. 63), fol
357 a- 364 a.
B. Le Roux de Lincy et Michel, IV, n" 63.
C. Fournier, 429-437.
XVII.
La Farce des Brus, a cinq personnages :
La vieille Bru [Tretaulde], Le premier Hermite,
La deuxième Bru, j Le deuxième Hermite,
[La troisième Bru],
[RoueRf vers 1536.]
Nous avons hésité à ranger cette pièce parmi les sotties, mais nous
nous y sommes décidé, surtout parce qu'en terminant lesacteurs annon-
cent qu'ils vont faire la quête et se recommandent à la générosité du
public. Or il semble que la collecte ait eu lieu non pas à la fin du spec-
294 ^* P"^OT
ucle, au moment où la foule était pressée de se retirer, mais avant de
commencer la partie sérieuse de la représentation. Plusieurs exemples
indiquent que c'était l'acteur chargé de débiter le monologue, qui, en
finissant, descendait au milieu des spectateurs et tendait la bourse (voy.
notamment WateUt de tous mestiers^ v. 199, ap. Moniaigion et Roth-
schild, XIll, 168; le Sermon d'un Cartier de Moutoriy v. 292-297, ap.
Le Roux de Lincy et Michel, I» n* 5, p. 15, — le quêteur devait être
Gaultier [Garguille ?] — et le Sermon joyeux des Quatre Vens, v. 40, ibid.,
I, n" 4, p. 7, — le quêteur était ce Phlipot ou Philippot, dont nous par-
lerons au n*> XXI). Dans les représentations qui ne comprenaient pas
de monologue^ il est naturel de penser que la collecte se faisait après ta
sottie. Si d'ailleurs la Farce des Brus se distingue de toutes les pièces qui
précèdent, l'un des acteurs prend soin de nous avertir (v. $02) que c'est
un 11 jeu nouveau. »
Les sots nous apparaissent ici sous le costume de Brus, c'est-à-
dire de filles à marier. Mère Sotte elle-même s'est transformée en
Vieille Bru. Tandis que cette dernière interroge deux de ses sujettes,
apparaissent deux Hermitesqui, malgré leur habit de moines, veulent
séduire les Brus et leur tiennent les propos les plus matséans. Le rôle
ridicule et odieux joué parles moines est le fond même de la sottie, qui
parait être l'œuvre d'un partisan de la Réforme. Plusieurs des pièces
que nous a conservées le célèbre ms. de La Vallière sont du reste écrites
dans ie même esprit.
Voici le début de la Farce des Brus :
La vieille Bru commence.
ie suys nommée {la> Vieille Bru,
De toutes aultres (bnis) gouvcmaote,
Tant à Meulanc comment a Mante ;
Par tuut l'ey moulu orge et gru ;
J'cy eu l'esplejrii si agu, \
J'ey porté lance sy mennante,
J'ey esté si [Iresjremuante ;
Homme ne craignoys plain d'argu...
La Vieille fait plus loin une longue énumération de tous les pays par
lesquels elle a passé et où elle s'est acquis tant de science et d'expérience.
Cette tirade rappelle les énumérations de fous et de sots qui se trouvent
dans la Farce de Folle Bobance (voy. ci-dessus, n* V), dans le cri qui
précède le Jeu du Prince des Sotz^ de Gringore, etc. Les auteurs de sot-
ties et de monologues aimaient ces enfilades que l'acteur devait réciter
tout d'un souffle.
Parmi les pays où la Vieille a été, les villes et même les petites loca-
lités de Normandie occupent le premier rang. Elle a été
LA SOTTIE EN FRANCE JÇJ
Bru de h Bouille ei Moulineaulx,
firu des isics partout les eiulx ^
Bru partout, fbru] a Dcmctal,
Bru partout, tant a mont qu'a val,
Bru de Gournay, bru de Beauvais, ii^
Bru Sainct Julien, bru Saincl Cervais,
Bru de Dieppe, bru de Trcport,
Bru d'Arqués, sans en dire mot ;
De Rouen, je n'en parle pobct.
Ce dernier trait indique suffisamment que la sottie est roucnnaise. On
remarquera d'ailleurs la forme normande on (= nous) au v. 299.
Nous croyons voir la date de la pièce dans les vers suivants (290-291):
Tant en Piedmont comme en Savoyee
Argent fsi] faict partout la voyee.
Le style général de la composition ne permettant guère de ta placer
après le règne de François 1", il y a sans doute ici une allusion à Toc*
cupation de la Savoie et du Piémont par ce prince au commencement
de Tannée 1 $;6.
La Vieille Bru cl6t le spectacle par les vers suivants :
Qui a argent il a des bru$ ; a^j
Aultre choze je ne conclus.
Avant que partir de ce lieu,
Un petit bran pour dire a Dieu.
Pourtant s'oa n'avun poinct musique
Pas ne diminués vostrcdon ; joo
A vous nous nous recommandon.
Jeu nouveau couste a qui l'aplique ;
C'est une chosse aulenticque.
En prenant congé de ce lieu,
Or dansons pour dire a Dieu I joj
Bibliographie :
A. Bibl. nat., ras. fr. n" 24^41 (olim La Vall. 6;), fol. i99fZ-204^.
B, Le Roux de Lincy et Michel, II, n* 36.
XVIII.
Farce nouvelle a cinq personnages, c'est à sçavoir :
La Mère de Ville, Le Garde Napc,
Le VarletfSoucydet], 5 Le Garde Cul.
Le Garde Pot.
[Rouen, vers i ^40.]
Voôdt à n'en pas douter, une pièce jouée par les bazochiens de
Rouen; non-seulement elle est toute hérissée de termes de pratique
2^6 E. PICOT
dont l'effet était surtout plaisant pour les clercs du Palais, mais le sujet
même parait être emprunté à un règlement judiciaire, qui nous est resté
inconnu.
Le principal personnage, qui n'est autre que Mère Sotte, prétend
s'élever au rang de Mère de Ville. Quel sens faut-il attribuer à ce nom
de Mère de Ville î* A notre avis, c'est une appellation satirique qui
revient à dire que tous les habitants de la ville sont les enfants de la Folie.
Mère Sotte, pour donner plus d'éclat à sa dignité nouvelle, a chargé
son varlet de lui recruter des gardes ; elle veut maintenant passer en
revue cette milice improvisée et Soucyclet fait défiler devant elle trois
gardes grotesques, dont les fonctions prêtent à de joyeux développe-
ments. Il est probable que l'auteur aura voulu persifler quelque ordon-
nance sur les huissiers ou les sergents.
La pièce débute par une ballade, en tête de laquelle on remarque
une allusion au célèbre voyageur Jehan Parmentier, né à Dieppe en
1494 et mort à Sumatra en 1530. Parmentier, lauréat des palinods de
Rouen en 1 5 1 7, 1 5 1 8 et 1 j 28, également lauréat du puy de Dieppe en
ij2oetis27, avait laissé un nom comme poète (voy. Ballin, Notiu
historique sur l*Académie des PAinods; Rouen. i8j4, in-8, 48; Suite à Ut
Notice^ I ^ ; Deuxième Suite, i6 ; cf. Jehan Bouchet, Epistres morales et
familières du Traverseur; Poitiers. 1545, in-fol., III, xliii, xliiii), et nous
avons encore le texte d'une moralité fort singulière composée par lui en
l'honneur de l'Assomption de la Vierge :
Il n'a rien qui ne s'aventure, ^
Dit le Parmentier, bon Pilote;
C'est par trop mys, je vous asure
Quant on court après sa pelote.
Les uns me nomment Mère Sole, \
Despourveu de sens, peu habille,
Mais, malgré culx cl leur cohorte,
Sy serai ge Mère de Ville...
La Mère invite Soucyclet à faire comparaître les gardes qu'il a enrôlés
et le menace de se fâcher contre lui s'il ne se hâte, mais le Varlet l'ex-
horte à la modération et lui rappelle (v. 54-55] quelque punition précé-
demment infligée par la cour aux bazochiens :
Oq vous feroyt aler prescher
Pardon a la cour souveraine.
Les gardes comparaissent donc. D'abord vient te Garde Nape^ qu!
n'est autre qu'un sacristain, peu révérencieux pour te pape et pour les
évéques; le second, le Garde Pot, personnifie le prêtre. C'est dans son rôle
que se montrent surtout les tendances nettement protestantes de la pièce :
U SOTTlf. EN FRANCE ^97
Je garde que le marniiton
Et U marniite qui est creuse,
Qu'i n'y ayt quelque maleureose
Personne qui la vueille abatte ;
Je faictz acroyre de troys quatre 17)
Et de feing fauUché que c'est feure ;
Je faictz acroyre que le beurre
N'est poincl bon au poucsson salé...
Le Garde Cul, qui vient en dernier^ paraît étrele complaisant qui, moyen-
nant 6n3nce, endosse les fautes commises par les curés et les chanoines.
Ces gardes ne sont pas ceux qui défendront les bazochiens, ce sont
au contraire ceux qui les poursuivront par crainte de leurs bons mots et
de leurs railleries. La Mère de Ville semble indiquer dans la sentence
qui termine ta sottie qu'une première fois elle avait été condamnée sur
leur dénonciation :
Donc, gardes, oués ma sentence,
Qui n'est pas de grand conséquence.
Se contre tous je n'ay peu résister,
Me cuydês vous garder d'y assister, $40
Gardes ingras, efeminès de cœur.
En lieu plaisant, pour dccha&cr l'errur^
S'on me repince et on me tient rigeur,
Dictes a ceulx dont leur langue vacile
Que je ne crains leur cruelle douleur. HS
Prenez en gré de la Mère de Ville.
En prenant congé de ce lieu^
Une chanson pour dire a Dieu.
L'attribution de cette pièce à la ville de Rouen est certaine. Outre
que le rôle du valet est écrit en grande partie dans le langage des pay-
sans normands^ on y trouve cités (v. m) deux villages voisins de
Rouen : Compain [Compainville ?] et Carville. Quant à la date, il est
difficile de la déterminer. D'une part cependant on relève (v. 165)1
une allusion à Gargfjntua (1 1 ji) et d'autre pan les tendances ouverte-
mepl protestantes de l'auteur ne permettent guère d'admettre que la
pièce ait été jouée après 1 540. A cette date, le Parlement de Rouen fui
supprimé ; il fut rétabli en 1 {41 et se distingua dès lors par le soin qu'il
mit à poursuivre les protestants '.
En tout cas ta Mén de Ville est postérieure à la célèbre farce de
Stur Fesue (voy. v. 295).
1. Les plaintes que le chanoine Guillaume Le Rat exhale en 1)41 contre
les tendances irréligieuses du peuple de Rouen semblent se rapporter î un état
de choses remontant i quelques années Voy. Floquet, Hist. aa ParUmtiU dt^
Aosen, U, 217.
298 i. PICOT
Bibliographie :
A. Bibliotb. nat, ms. franc, n" 24)41 [olim La Vall. ô;)» fol. i^h-
149 a.
B. Le Roux de Lincy et Michel, M, n" 28.
XIX.
Farce nouvelle tresbonne et port récréative pour rire des
Cris de Paris.
Le premier Gallant,
Le second Gallant,
Personnages :
Le Sol.
[Rouen ? vers 1 540 ?]
Celte pièce paraît avoir été inspirée par ces petits recueils de cris de
Paris qui eurent tant de succès au xvt' siècle (voy. Brunei, IV, 14(2 ;
V, 971 ; II, 425, 640) et qui avaient été formés dès le xin* (voy. Us
Rues et les Cris de Paris au XIII'^ siècle, pièces bistoriijues publiées par
Alfred Franklin ; Paris, 1874, in- 1 6). Les deux Galants s'entretiennent
ensemble de choses et d'autres comme dans les sotties en général, mais à
chaque phrase ils ont la parole coupée par un sot qui répète quelque cri
de Paris. L'effet comique vient de ce que les interruptions du crieur
sont combinées de telle sorte qu'elles servent de réponses aux galants.
Se demandent-ils : « Quel mctz est bon ? », le sot répond : » Pastez
tous chaux )» (v. 1 58) ; s'agit-il de savoir ce qu'il faut à un père mécon-
tent de ses enfants, le sot s'écrie : a Balays, balays ! » v. 182, etc.
Le même procédé dramatique se retrouve dans deux pièces du même
temps, le Sermon joyeux de bien boire, a deux personnages (Viollet le Duc,
II, S-20i, et la Farce joyeuse y tresbonne, a deux personnages^ du Gaudisseur
qm se vante de ses faicti et ung Sot qui luy respond au contraire [ibid.^ II,
292-502). Ces pièces, il est vrai, ne sont pas des sotties ; bien qu'elles
soient jouées par deux personnages, nous les rangeons parmi les mono-
logues. Le rûle des interrupteurs n'est qu'un rôle accessoire uniquement
destiné à rompre la monotonie de ce genre de composition.
Voici le début dé noire sottie :
Le premier Galunt commence :
Et puis ?
Le Seoond.
El fontaine?
Le Premier.
Et rivières ?
Ce sont tousjoars de tes manières \
LA SOTTIE EN FRANCE
Tu le giudis.
LE Second.
Je me gaudis
Et en povreté m'esbaubis,
En passant ma melencolie. )
Le Premier.
Mctencolie n*est que follie...
Malgré son titre, nous ne croyons pas que cette sottie soit parisienne.
Lorsque le Sot se fait entendre pour la première fois, l'un des Gallantz
remarque que c'est un « crieur de Paris » fv. 57), observation que
l'auteur eût sans doute jugée inutile s'il eût écrit pour un théâtre pari-
sien. Les mots Aflrirr (v. î4),/a//o/ (v. 17^, ^^7;, poyre d'angoisse (v.
I9$)t agardez (v. 30$, ); j|, etc., appartiennent plutôt à la Normandie
qu'à aucune autre province. Nous supposons donc que notre sottie est
d^origine rouennaise. Quant à la date, il nous est impossible de ia préci-
ser ; celle de i $40 est purement hypothétique.
La pièce se termine ainsi :
Le Sot conctat.
Enfans, pensez a mon affaire,
Et vous semble que j'aye l'aage
D'estre marié cesle année?
Une belle robbe tennée 450
A chascun vous pcnt, de gros vert.
Voila voslre cas recouvert.
En faisant la conclusion,
Ce a^est pas [par) illusion
Ce que avons faici ny par tens; 4|(
Ce n'est que pour passer te temps
Et resjouyr la compaignie.
A Dieu. Qu'il vous doiat bonne vie I
La sottie contient des fragments de deux chansons, savoir :
I . Amourettes de nuyt
Jouyssance d'amours, (v. 217-221)
z. Nous mengerons du rosty,
Par avanlure s'il esi cuyt. (v. )é6-}67>
Bibliographie :
A. FAFce Nou H uelle très bonne !l et fon rccreaiiue pour rire. Des
cris II de Paris; a troys personnaiges. || Cestassauoir. I| ^ Le premier
gallant. H ^ Le second gallant. |t 1 Et le Sot. || A B — ^ C^ fine la farce
des ciis de \\ pans : Imprime nouuel \\ lemtnt a Lyoni en ta || maison de Jeu
Bar II nabe chaussard \\ près nostre I dame de | Confort, m. d. || xlvih
[1(48]. In-4 goih allongé de S S. de 46 1. à ta page pleine, signé A-6.
)0O
E. PICOT
Au titre, un bois représentant une comète, qui se retrouve au titre du Stt'
mon ioyiux de bien boire.
Mo., brit., '• " "■
4ï
B. Viûllet le Duc, [I, 303-Î25.
XX.
La Reformeresse, farce a six personnages, c'est a sçavoir :
La Reformeresse,
Le Badin,
Le premyer Calant,
Le deuxiesme Galant,
5 Le troisiesmc Galant,
Un Clercq.
[Rouen^ vers 1 J44.]
La Reformeresse, qui a donné son nom à celte sottie, se retrouve
dans une moralité qui nous paraît être du même temps et du même
auteur : les povres Deabies. Bien plus, nous croyons reconnaître entre
ces deux pièces une parenté si étroite qu'il nous semble probable qu'elles
ont fait primiiivcracni partie de ta même représentation. Le Sermon
joyeux pour rire, qui est placé dans le ms. de La Vallière après la Reforme-
resse^ était peut-être récité entre la sottie et la moralité dont nous par-
Ions. En tout cas, la langue et le style de la Reformeresse^ du Sermon et
des Povres Deabies offrent des ressemblances frappantes. On y remarque,
notamment, une grande incertitude quant à la transcription de la diph-
thongue 01 ; sans parler des cas où elle est rendue par o/, nous relève-
rons les formes suivantes : dans b sottie, ferouenî iferoientj, souet (soit),
vouecy ,vouere\voiTe] ,voyefa, youerra; dans le sermon, pouessons (poissons),
vouecy^ bouéte; dans la moralité, Souesons (Soissons), vouecy, voyeîa,
vouer^ souer, pouesson, bouesson. Quant à la Reformeresse, c'est la maî-
tresse d'une troupe de fous, et elle possède le droit de tout dire et de
tout imprimer. La pièce a peut-être été composée par un imprimeur, qui
aura voulu personnifier son métier.
Voici les premiers vers :
La Reformeresse commence.
Par un art que Dieu m'a donn^
Nommée suys Reformeresse ;
Je mais chascun estât en presse.
Ainsi qu'il m'est preordonné.
L'homme de savoir guerdonné j
Me fera révérence expresse,
Ou comme une vielle compresse
Yl est de moy hibandonné...
LA SOTTIE KN FRANCE ^01
Le Badin prend la parole et chante deux chansons, dont l'une nous
fournit la date approximative de la pièce. Sunriennent les Galants qui
arrivent également enchantant. La Reformeresse demande qui sont ces
personnages ; )e Badin répond que ce sont des <« Enfans sans
soucy ;> .
Nous assistons alors à une scène qui, un siècle avant le Aoma/tcomi^uf,
nous donne des détails assez peu édifiants sur la vie des comédiens. La
Refonneresse aura fort à faire pour les réformer, car ils ne poursuivent
que le plaisir, fréquentent les lieux de débauche et perdent au jeu le peu
qu'ils ont gagné. La conclusion du Badin c'est que
Farceurs, rimeurs et rimaleurs
Y sont tous sus le bas mestier.
La pièce se termine ainsi :
Le premier Galant.
Pour éviter melencolye,
Presseur, qui pressés nos estas,
Laissés les en la presse a las,
Puys demain seront despressès.
AHin que vous resjouyssés 280
Le& honnestes gens de ce lieu.
Une chanson pour dire a Oieu.
La sottie contient quatre chansons, savoir :
I. Dens Paris, la bonne ville,
L'Empereur est arrivé, (v. 4} -49)
Cette chanson nous parait avoir été composée lorsque Chartts-Quint
traversa Paris en 1 540. Le même événement donna naissance à une
autre chanson :
Quand l'Empereur de Rorae
Arriva dans Paris...
dont nous ne possédons pas te texte, mais dont la mélodie fut appliquée
à une complainte rapportée par Alain Lotrian [Plusieurs belles Chansons
noitvetla^ 1 542, n" 9) :
Voulez OQjrr la coaiplaiDCle
De paovres prisonniers...
Comme les chansons composées lors du voyage de Charles-Quîni en
France n'eurent qu'une durée éphémère et qu'on cessa vraisemblable-
ment de les chanter dès qu'on eut reconnu la duplicité de l'empereur,
nous aurions placé notre sottie vers i $40 ou 1 541 ; si une allusion con-
tenue dans les Poytcs Deables, dont nous n'avons pas cru pouvoir la
séparer, ne nous avait fait avancer cette date de trois ou quatre ans.
|M E. PICOT
2. Vous ferés (ollye,
Metresse, m'amye. (v. jé-jp)
}. Nous soqimes une beode
Galande, friande, normande, (v. 88'9[)
4. Jacobin, la chosse tant doulcete... (v, i2j)
L'origine normande de la sottie, attestée déjà par les formes en oae
pour oi, est confirmée encore par la chanson n" j. Enfin le Badin
(v. 178) donne à l'un des Galants le nom de « Raul !c Mal Pcncé »,
et l'un des dignitaires des Conards de Rouen portail précisément le titre
d* a abbé de Maupencé » (Triomphes de t'abbaye des Conards, éd. Mon-
tîÉiud, 1874, p. ÎS)'
Bibliographie :
A. Biblioih. nat., ms. franc, n" 24341 (plim La Vall. 6)), fol. 81 ^-
Ub.
B. Le Roux de Lincy et Michel, I, n" 17.
XXI.
Les trois Gallans et Phlipot, farce joyeuse, [par Philippoi Platier??].
Personnages.
Le premier Gallant, Le troisième Gallant,
Le deuxième Gallant, Phlipot.
[Rouen, vers (S4$.]
Nous ne croyons pas que cette pièce ait pu être composée avant le
milieu du xvi* siècle. Sans nous arrêter plus que de raison aux
arguments que l'on peut tirer de la tangue et du style , nous
ferons observer que la sottie, par ses transformations successives, est
devenue ici une véritable comédie. Bien que le fond de la pièce soit tou-
jours un dialogue entre des * sots », des « badins » ou des « galants »,
ce dialogue est combiné avec plus d'art que par le passé ; ce ne sont
plus seulement certains bons mots qui ont le don d'exciter l'hilarité du
public, ce sont en même temps des situations et des effets vraiment
dramatiques. On verra plus loin qu'une allusion aux guerres entre la
France, l'Espagne et l'Angleterre rend la date de 1 $44 assez vraisem-
blable.
Voici le début de la sottie :
Le premier Galunt commence.
Je m'csbays de ce sotart,
Qui ne veult, ne matin ne tart,
Rien aprendre, ne rien sçavoir.
la sottee en fftance 3o}
Le deuxième Gallant.
Y n'a garde de rien avoir,
S'aprendre ne veult quelque chose. t
Le troisième Gallant.
Mais ou est il ?
Le Deuxième.
II se repose
Le Premier.
C'est un innocent innocent ;
Si le rojr Herodes le sent,
Y luy fera couper la teste;
Y fault solennyser sa feste... 10
Arrive Phlipot, qui n'a jamais rien fait et ne veut rien faire. Les
Galants lui conseillent de choisir un métier ; ils profitent de l'occasion
pour décocher un trait contre l'Eglise : Je te donne telle puissance, dit
le Premier,
Qu'en tous mestier que tu vouldras
Incontinent maistre seras. 70
Si tu veulx estre homme d'Eglise,
Tu seras remply de clergise,
Sans a jamais docteur parler.
Phlipot se décide pour l'état de cordonnier, mais, tandis qu'il s'épuise
à « empougner le lygnou », Tes Galants se déguisent en gens d'armes
et viennent enrôler le pauvre diable qui n'ose résister. Il lui faut
coucher sur la dure, faire le guet, sans parler des coups que l'on peut
recevoir. Le métier ne va guère à Phlipot, qui coud sur son habit la croix
blanche de France et la croix verte de l'ennemi, a6n d'échapper aux
deux partis. Au moment où il se croit en repos, les Galants le trompent
encore. Ils fondent sur lui à l'improviste, comme s'ils appartenaient à
l'armée opposée .
Le Deuxième.
Je luy voys donner une taille,
Car tant endurer me desplaist.
Phlipot.
Et nenin, Monsieur, sy vous plaist. 480
Le Premier.
A ! vilain, tu viens mal a poinct.
Phlipot.
[A!] Monsieur, ne me tués poinct ;
Vous seriez excommunyé.
Le Deuxième.
Le procès vous est [des]nyé.
Phlipot.
Gardés, [gardés] ; vêla ma grongne. 48 (
?04
Et torche I
Qui vive ?
E. PICOT
Le Premier.
Le DBUXtÉUE.
Et lorgne M
LE Premier.
Et donae, donne 1
Phlipot.
Le Deuxième.
qui?
Phlipot.
La guerre I
LE Premier.
Vilain I criis vous Angleterre t*
Phlipot.
Vive Engleterre I
Le Deuxiëme.
Et Espaîgne?
Le Troisième.
Y m'eit avys que |e me baigne. 490
Dicl : Vive France.
Phlipot.
Et France ausy!..
Ce passage, dont on remarquera le haut comique, semble imité d'un
monologue dramatique composé à Angers au carnaval de 1^24 et qui était
encore célèbre trente ans après, le Franc Archter de Cherré (Moniaiglon
et Rothschild, Recueil, XIII, 26). Les expressions : a Torche, frappe,
tire » se retrouvent dans la Farce de Colin filz de Thevot le maire (VioUet
le Duc, II. Î95). Les détails du combat livré au pauvre Phlipot ont d'ail-
leurs la valeur d'une allusion historique. La pièce a dû être écrite au
moment où l'Espagne avait l'Angleterre pour alliée contre la France.
Elle appartient par la langue et par le style à l'époque de François I"";
on peut donc choisir entre les campagnes de 1 522 à 1 j2 j et celles de
I $44 à I ^6. La date de 1 54; nous parait la plus probable.
La sottie se termine ainsi :
Je prye a Dieu qu*i vous octroyé
Sy et lasus parfaite joye.
En prenant congé de ce lieu^
Phlipot, chantons pour dire a Dieu. s}5
Ce qui donne à cette pièce un intérêt particulier c'est que te nom du
I . Sur l'expression torche torgm voy. Littré, «</ r.
LA SOTTIE EN FRANCE )0$
principal personnage, Phlipot, est irès-probablemeni le nom de l'auteur
lui-même. Il y avait à Bouen, au milieu du xvi' siècle, un acteur popu-
laire, nommé Phlipot. que nous retrouvons dans le Sermon joyeux des
quatre Vens (écrit vers i Jj^) :
Dam Pklipol vous fera la qucste,
e( dans la vie de treshaate et trespuissante dame Cueline (écrite vers 15^0):
Un vieil docleur, frère PhlippoL
Dans d'autres poèmes, Phlipot est associé à Gautier ; ainsi dans les
Ténèbres de Mariage ^^Moniaiglon et Rothschild, Recueil, I, 29), on lit ce
qui suit :
Il ne luy faut point de courtier,
Car, fust Philippot ou Cautur^
Il s'obligera par nisi.
Ces deux noms, qui étaient passés en proverbe, se retrouvent dans les
Complaintes des Monniers aux Apprenîifz des Tayernicrs (Montaiglon et
Rothschild, Recueil, XJ, 66) :
Les enfants sans ordre et raison
Avec Gautier ou PhiUpol
Robcnt le bien de la maison,
Ponr l'aller [ouer au tripot.
Les deux pièces que nous venons de citer sont toutes deux des pro-
ductions rouennaises du milieu du xvr siècle. La plus ancienne édition
connue des Ténèbres de Mariage est de 1 546 ; les Complaintes sont exac-
tement de celte année. Une troisième pièce, dont nous ignorons la date
précise, mais dont il a existé une édition gothique sans date {CataL de
La Vallière par De Bure, II, n'^ ^095) et une édition de 1537 (Cat. de
Richard Heber, V 1 1 , n" i j 80) , la Grand Confrairie des Saouls d*ouvrer^ , nous
fait connaître le nom exact du farceur normand et de son compagnon
Gautier. On lit à la fm de cette curieuse facétie : « Les témoins sont : Jean
Gueneau, Thibault l'Enflé, Yvon Pied de Vache, Pliitipoî Platier, Jean
Sonyn, CduM/tr Cdr^ui//^, G uilloi Malconteni, Pierre Jamais Saou, Martin
Grongnant, Philebert le Ventru, Girard Manuet et Guillaume Mausoupa, a
L'auteur, ou tout au moins Pacteur de notre sottie, le farceur dont la
vieille gaieté avait fourni aux Rouennais le type des u Enfans Maugou-
verae » s'appelait donc, croyons-nous, Philippot Platier. Cet acteur
excellait à représenter les paresseux, les poltrons, les gourmands, tous
les personnages qui ont le don d'exciter le rire du public ; aussi n'est-îl
pas étonnant qu'il ail occupé une place d'honneur dans la « Confrairie
des Saouls d'ouvrer >. Quant d son compagnon, Gauthier Garguille, on
1. Nous parlerons avec détail de cette nièce dans le
Ripcrtotre bibHographtijac a cnù^aty k Tarticle Roukh.
Romania, VU
dernier livre de notre
20
îo6 E. PICOT
ne doit pas s'étonner de le rencontrer au milieu du xvi' aiècle. fl est
établi aujourd'hui qu'Hugues Guéru, qui a donné au nom de Garguîlle
une renommée durable, n'avait fait que s'afTubter du nom d'un farceur
connu avant lui.
Hugues Cuéru mourut à Paris à la tin de i6)j ; il avait, il est vrai,
rapporte Sauvai (Hist. et Antiq. de Pans^ 11, 37), joué sur le théâtre
pendant plus de quarante ans. Il aurait pu, â ce compte, débuter en
Normandie à la fin du xvi' siècle, mais il n'était pas né en 1 546. Or
Gautier Garguille était célèbre avant cette époque. Il est cité dans la
Farce de Colin, fiU de Thevot le maire^ dont nous possédons une édition
datée de 1542 (VioUet le Duc ,11, 404I , et son nom ne tarda pas à passer
en proverbe. 1 Riez seulement, dit Bonaventure des Periers (éd. Louis
Lacour, I, 9}, et ne vous chaille si ce fui Gaultier ou Garguille. » La
Comédie des Proverbes (Viollct le Duc, IX, 51I a recueilli un dicton
presque semblable : « S'il eust pris Gautier pour Garguille, j'en aurois
belle verdasse. »
Il y a pourtant une difficulté. Le passage de la Grand Confrairie des
Saouls d'ouvrer que nous avons cité est tiré des réimpressions populaires
exécutées au xvui" siècle à Rouen et à Troyes. U nous a été impossible
de consulter la première édition gothique ; le recueil dont elle faisait
partie fut acheté par la Bibliothèque royale à la vente du duc de La
Vallière, mais il ne se trouve plus aujourd'hui dans notre grand établis-
sement national. Nous ne savons non plus ce qu'est devenu le volume
possédé jadis par Richard Heber. Nous ne pouvons donc affirmer d'une
manière positive que les noms de Philippol Plaiier et de Gaultier Gar-
guille aient été dès l'origine mentionnés parmi ceux des fondateurs de
la confrérie. Il est remarquable en effet que ces noms ne figurent pas
dans une édition de Lyon, I59)i S"' reproduit le texte d'une édition
beaucoup plus ancienne de Franfo/i Juste iBibl. de Rouen, fonds Leber,
n" 250)), ni dans une édition imprimée à Rouen, chez Nicolas LescuytT,
à la fin du xvi" siècle (Bibl. de M. le comte de Lignerolles), ni dans
une édition de Paris, « sur la coppie imprimée à Lyon », lûio (BiW.
nat-, Y. n. p., Rés.), On lit simplement à la fin de ces trois réimpres-
sions : « Tesmoings Jehan Gueneau, Thibaud TEntlé et Guillaume
Mausoupé. T>
Malgré le doute que les trois éditions que nous venons de citer peuvent
inspirer, nous sommes portés à croire que les imprimeurs du siècle
dernier n'ont fait que reproduire une édition ancienne et que Gaultier et
Philippot figuraient à l'origine parmi les «1 saouls d'ouvrer n. Les édi-
tions de Lyon 1 ï9î, de Paris 1620 et même celle de Rouen vers 1600
sont calquées sur celle de François Juste; or l'on comprend sans peine
qu'à Lyon, où les aaeurs rouennais étaient inconnus en 15^1 François
U SOTTIE EN FRANCE JO7
Juste n'ait vu dans les signataires des statuts de la confrérie que des
personnages imaginaires ci qu'il ail supprimé une partie de ces noms
auxquels il n'attribuait aucun sens. Les seuls qu'il ail conservés sont les
deux premiers et le dernier.
Nous serions heureux de restituer au théâtre de Rouen le nom de
Philippot Platier, mais nous reconnaissons sans peine que, pour changer
noire hypothèse en certitude, il faudrait découvrir d'autres renseigne-
ments sur ce personnage. Peut-être le trouverait-on cité dans quelque
document locat; par malheur la ville de Rouen, jadis l'une des capitales
politiques et littéraires de la France, considère aujourd'hui comme un
luxe inutile le classement de ses archives et l'entretien d'un archiviste !
Bibliographie :
A. Biblioifa. nat.f mss. franc, n" 24^41 {oîim La Vall. 6;), fol. $93 b-
401 b.
B. Le Roux de Lincy et Michel, IV, n*» 71.
XXII.
Sottie nouvelle a six personnaiges.
Penonnages :
Le Roy des Sot?,, Sottinet,-
Triboulet, j Coquibus,
Mitouflet, Guippelin.
[Lyon f nrs i$4$.]
Cette pièce nous ramène aux sotties primitives ; c'est-à-dire que l'in-
térêt dramatique y est à peu près nul. C'est un simple dialogue entre le
Roy des Sotz, qui veut passer une revue de ses suppôts, et cinq person-
nages qui se rendent à son appel. Il est curieux de rencontrer ici le
nom de Triboulet. Le fou qui rendit ce nom célèbre mourut avant 1 $14
(Joly, La vraie Epitaphe de Triboulet; Lyon, 1867, in-8 ; Montaiglon et
Rothschild, Recueil^ XIII, 2) ; mais, comme l'a montré M. Joly, le nom
resta légendaire ; on l'appliqua communément aux fous. Le nom de
Quoquibus [équivalent de ^u/pro^uo| était aussi une appellation ancien-
nement donnée aux fous, témoin les passages suivants :
El je suis bien un co^iuibus
De si longuement seiourner.
(Fûru noavtlU au Pasti et de la Tarte, ap. Viollel le Ouc, II, 6; Fournîer, 14.) '
Tu es entre tous les orfebvres
Le pins ort des ors coquibus.
{Farce nouvelle ttes cin^ Seru de l'homme, ap. Viollet le Duc, 111, 307.I
|p8 B. PICOT
Je regny Dieu ! J'^y procuray
Que vous boyrcz, fol quoqmbai,
[Moraiité des Blasphémateurs du nom de Dieu, fol. C 2 6.)
Entre vous, foUstres coquars,
Meschans gens de Horde façoo,
£slourdis> coqmhus^ paitlars,
Entendez a nostre leçon.
{Lt Miroita et Exemple moralU des Enjans ingrau^ réiropr. de Ponlier, fol. A
Voici te début de la sottie :
Le Roy des Son commence.
Je suis des soiz seigneur et roy ;
Pourtant je vueil par bon arroy
Maintenant |i)cy ma court tenir
Et tous mes sotz faire venir
Pour me faire la révérence,
Et aussi que c'est grand plaisance
Quant frères habitent ensemble,
Comme on chante, se me semble :
Ecce quam bonum et quant jucundum
Habitare Jrafres in unum.
La chanson que le Roy chante ici revient plusieurs fois ensuite
(v- 37?. ?7S. ?78)-
Le dialogue offre peu d'intérêt et le jeu de mots sur Coquibus qui
« ratz porte » l'v. 1 16-142, 320-124) ne vauiguère mieux que le calem-
bour que nous avons vu dans la Sottie nouvelle des Trompeurs [n' XIV).
Le seul passage vraiment curieux de la pièce est celui qui contient une
allusion à Pantagruel (v. 207^ 208) :
SOTTINET.
Il a donc quelque aullre mal.
A il point le panthagnul f
Les bibliographes croient que les premiers livres de Rabelais parurent
en i5?2 ; le nom employé par noire auteur pour désigner la maladie
des ivrognes semble indiquer que Pantagruel était depuis longtemps
connu des spectateurs. Ce motif nous autorise à placer la Sottie nouvelle
vers I J4S. Elle nous parait être du même temps que l'édition lyonnaise
qui nous en est parvenue ; aussi raitribuons-nous au théâtre de Lyon.
En voici les derniers vers :
Adonc ilz chantent tous ensemble
Ecce qucm bcnam et ^uam locundum
Hùhitan fratru in anum.
LA SOTTIB EH FRANCE
SOTTINET.
Or, je vous requier de caeur 6n, )8o
Attendez vous au ubourin.
Pour l'honneur de la compaignie»
Qu'itz nous pardonnent no folie,
Vous plaise de dire une noite.
A Oïeu TODS dy trestoas et toute. {Bj
Bibliographe :
Sottie nouuel H le a six personnaiges. Cestassauoir. || ^ Le Roy des
sotz. Souinei. || ^ Triboulet. Coquibus. || ^ Miiouflei. Cuippelin. — ^ Cy
fine la Soitie du roy des sot: \\ Et aussi de ses suppotz. S. l. n. d. [Lyon^
en la maison de fcit Barnabe Chaussardj vers 1 545], in-4 goih. de 6 fF.
de 46 lignes à la page pleine, impr. en gros caract., sîgn. A par 4, B
par 2.
La pièce n'a qu'un simple titre de départ et n'est oraée d'aucun bois. — Le
reclo du i*' f. contient jy lignes de texte.
Mus. brit., *°
B. Viollet le Dt]c, II, 22^-241.
xxm.
Pour le Roy oe u Bazoche es jours gras mil cinq, cens
QUARANTB HUtCT.
Personnages :
La Ba7.oche, Le troisiesrae Suppose,
Le premier Suppost, Mireloret, 5 Monsieur Rien.
Le deuxiesme Suppost, Rapporte
Nouvelle,
[Paris y février 1^48.]
Voici une pièce qui nous donne une idée précise de ce qu'étaient les
représentations des clercs du Palais à Paris au milieu du xvi* siècle.
C'est une sorte de revue de l'année où les bazochiens s'expriment avec
la liberté dont ils paraissent avoir eu le privilège. Le début est solennel :
La Bazoche commence.
Non sans propos l'on dict que U justice
A faict cl faicl régner princes cl roys ;
Non sans raison fault que force juste tsse
Pour corriger les rebelles desroys
£1 metrc aux champs les martiaulz arrojrs... S
La Bazoche récite ainsi une sorte de prologue, puis les Suppôts entrent
en scène :
^^^^^^JtO B. PICOT
^H
^^^ Le premier Suppost. Mirklorct.
^^^^^^^^M
^^^H C'est le temps de me resveiller
^^^^^H
^^^^^^K Et sur joyeusetez veiller
^^^^^^B
^^^^^^1 Pour (lancer et mot2 joyeulx dire.
^^^^M
^^^^^H Le DEUXIE5ME SUPPOST, RAPPORTE NOUVELLE. ^^^^|
^^^^^^1 C'est le temps de s'esmerveiller
^^^1
^^^^^^H Et plus que jamais travailler
^^^H
^^^^^^ Pour lanaenter au heu de rire...
^^^1
^^^" L'arrivée de Monsieur Rien est une sorte d'intermède moral, qui ^|
^Ë^ ravive le dialogue des suppôts :
^^M
^^B^ Monsieur Rien.
^^^H
^^^^^^H N'enquerez point que je sçays faire,
^^^H
^^^^^^B Qui |e suys, ne quel est mon nom ;
^^^^1
^^^^^^M Je sçay tout et défaire
22} ^^^B
^^^^^^H Et transmuer ouy en nom
^^^H
^^^^^^H J'ay par le monde grand renom »
^^^H
^^^^^^H Aussy suis je grand terrien.
^^^^fl
^^^^^^H Ne demandez poiot mon surnom ;
^^^^1
^^^^^^^ Je pculx tout et si je suys Rien...
MO ^^H
^^V La fin de la sottie contient des détails curieux sur la montre générale ^^|
^1 des clercs du Palais.
^^^^H
^^H La Bazoche.
^^^^Ê
^^^K^^ C'est assez dict pour ceste foys
^M
^^^^^^H Bazochicns, entendez tous
^^^^^^H Je veuixen tnumphant arroy
^^^^^M
^^^^^^H Eslire faire un nouveau roy
^^^^^^1
^^^^^^1 Comme il cousturae de faire;
^4S ^^^^H
^^^^^^H Pourtant chacun pense a l'affaire,
^^^^H
^^^^^^H Autant les grandz que les pelitz,
^^^^H
^^^^^^H Et faire les preparatifz,
^^^^^1
^^^^^^B Car, comme liberalle,
^^^^^^^
^^^^^^B Je tendz a monstre generalte,
6(0 ^^^^^1
^^^^^^B Qui. l'esté qui vient, sera faicte.
^^^^1
^^^^^^^1 En honneur du triumphe et feste,
^^^^1
^^^^^^^1 Ne faillez mon&trer voz bons meurs
^^^^1
^^^^^^^1 Qui font de la vertu approche,
^^^^^Ê
^^^^^^^P Tant que Ton dye par honneurs ;
^is ^^^M
^^^^^^^ Vive l'excellenle Bazoche !
^^^M
^^^P M. de Moniaiglon a te premier attiré l'attention sur
ta sottie de 1 J48 ^H
^Ê dans le BulUtin de ta Société des Antiijuaires de France
|i8$8, sjhilest ^H
H surprenant que depuis lors elle n'ait pas trouvé d'éditeur. M. Favre, ^^|
H l'auteur des Clercs de U Bazoche \i* éd., Lyon, 187^,
in-8) n'en a pas ^H
H^ eu connaissance, pas plus qu'il n'a parlé de la Mère de VHle {p9 XVIIl}. ^^Ê
^^^^^
H
LA SOTTIE EN FRANCE ) 1 I
Bibliographie :
Bibl. municipale de Soissons, ms. n" 187, in-fol, sur papier de 95 S.
et 3 ff. blancs (xvi' siècle), fol. 14^25 è.
XXIV.
OrALOGUE PLAISANT ET RECREATIF, ENTREMESLË DE PLUSIEURS DIS-
COURS PLAISANS ET FACETIEUX EN FORME DE COQ^A-L'aSNE.
[Rouen? vers 1550 ?]
La pièce dont nous venons de transcrire le titre ne nous est connue
que par deux éditions des plus fautives. Elle se compose de deux parties
que nous croyons d'époques différentes. La première est un sonnet,
dont le second quatrain est incomplet de trois vers ; la seconde est un
fragment dramatique, que nous croyons tiré d'une sottie.
Le sonnet commence ainsi :
J'ai veu, n'a pas longtemps, la fortune improspére
Se jouer de plusieurs et n'espargner nully.
N'est ce pas hors saison recevoir de son père,
Las, o Dieu ! que diray je ? grant tristesse et ennuy !
Quant au dialogue, les interlocuteurs n'en sont désignés que par les
lettres P et D, qu'il faut peut-être interpréter par « Premier » et
« Deuxième ». En voici les premiers vers :
D.
Je vous dirai présentement
Ce qui en est [enj un moment.
P.
Or, dites donc, sans plus tarder.
D.
De ce ne pourrez ignorer.
L'éditeur intercale ensuite six vers décasyllabiques empruntés sans
doute à un poète de la pléiade et plus modernes que la sottie :
P.
Je m'esbahis d'ainsi voir l'ignorant j
Estre sur tous prisé et révéré
Et plus qu'un dieu le voir mieux adoré.
Or n'est cela pour ce qu'argent comptant
11 a en main? 11 en fault donc avoir,
Si voulez estre dit homme de sçavoir. 10
Le reste de la pièce est écrit en vers de huit syllabes ; en voici la fin:
D.
Il n'est que la présence honneste
De l'amie au vray besoin,
Et ne peut il, qui n'en a point.
;i2 ^^^^^^ E. PICOT
A sa mignonne faire feste. 1 1 o
P.
Il sera donc réputé beste.
D.
Poarquoy? [ )
P.
Pour n'avoir peu bien satisfaire ;
• D'avoir aassi mis a ce faire
Un gros lourdaut et faint-neant 1 1 }
Qui n'a puissance de bien faire;
Aussi le fait il pour néant.
Bibliographie :
A. Dialogue (| plaisant et re (I créatif entre- Ij mesié de plusieurs Dis- 1|
cours plaisans & || facétieux. || En forme de Coq à l'Asne. Il A Rouen. R
Chez Loys Costéy libraire, rue Es- Il cujcre aux trois -i^l'l-. || couronnets. S.
d, [vers i6ooj, pet in-8 de 4 ff. de 27 lignes à la page, sans sign.
Titre encadré, au v? duquel est placé le quatrain suivant :
(luatrain.
Lecteur, ()ui que tu sois, auras pour agréable,
S'il te plaist, de bon cœur ce livret et recueil.
Oui t'est [cy] présenté comme un mets délectable.
Ne luy refuse point ton gracieux accueil.
Bibl. nat., Y -f 61 lâ, A Rés.^ dans un recueil qui contient douze pièces
imprimées par CosU.
B. Dialogue II plaisant et n récréatif en-lltremeslé de n plusieurs Dis-
cours Il plaisans & fa- n cetieux. Il En forme de Coq à L'asne. Il A Rouen, Il
Chez Nicolas Lescuyer, près le grand |j portail, nostre dame. S. d. [vers
1600], pet. in-8 de 4 i!. de 27 lignes à ta page, sans chiffr., réd., ni
signature.
Le titre, dont le v est blanc, est orné d'un encadrement et de la petite marque
de LtscwjtTy avec la devise : Ilâfsovrat «at (ii>.>orca.
Le y" du dernier f. est blanc.
Bibl. de M. le comte de Lignerolles.
C. Dialogue plaisant et récréatif entremeslé de plusieurs discours plai-
sans et facecieux en forme de coq à l'asne. S. l. n. d. [Rouen, Adrien
Morront, vers 1622 ?], pet. in-8 de 8 pp.
Cette édition, dont un e;cempiaire est conservé â la Bibt. de Rouen, ne
nous est connue que p»r une courte notice de M. Frère (Manuel 4u Bibliographe
normand, I, 216). Elle fait partie d'un recueil qui contient en outre un Chant
real faict en forme de dialogue (Rouen, Adrien Morront, 1622) et le Miroir des
Moines mondains. Ces pièces paraissent avoir été publiées par le même libraire,
aussi M. Frère les a-t-il attribuées toutes trois i David Ferrand, mais le célèbre
auteur de ta Musc normande n'était certamement pas né quand le Dialogue fut
composé. Quant au Miroir des Moines mondains, il remonte i la fin du XV»siéde
(MontaigloR et Rothschild. Xlll, 2S1-2HS).
D. Montaiglonet Rothschild, Recueil, V,i{)-i6(.
LA SOTTIt EN FRAHCE
XXV.
Farce a cinq, personnages, c'est a sçavoir le Pèlerinage de
Mariage.
Personnages :
La viéle Pèlerine, Le viel Pèlerin,
La deuxième Pèlerine, s Le jeune Pèlerin.
La troisième Pèlerine,
[Rouen t octobre i $56.]
Celte pièce se rapproche par le sujet de la Farce des Brus. Les n pèle-
rines » ne se distinguent des « brus » que par le nom. La « vîéle Pèle-
rine B, qui remplit le r61e de Mère Sotte, se met en route avec ses
compagnons pour accomplir un long voyage :
La viéle Pèlerine comence.
Or allons a nostre voyage.
Que l'on apelle mariage ;
Jeunes filles en ont dcsir.
La deuxième Pèlerine.
D'y aller m'est un grand plaisir,
Et pour Ijnt partons de ce lieu. {
La troisième Pèlerine.
Puys que c'est le plaisir de Dieu,
Je m'y veulx mectre par chemm..*
Les trois femmes rencontrent un « viel Pèlerin )>, qui a déjà parcouru
la route qu'elles veulent suivre et qui les exhorte à porter ailleurs leurs
pas. Survient un jeune homme qui, dans son inexpérience, se propose,
lui aussi, de faire le pèlerinage. Les raisons du vieillard ne le convain-
quent pas ; il se moque de lui et s'apprête à passer outre.
Le vieil Pèlerin admire cette ardeur, non sans témoigner quelque
incrédulité :
Le viel Pèlerin.
Il est vaillant comme Roullant.
Saincte dame, qu'il est bardy !... 1 {4
Le jeune Pèlerin.
J'ey bon pié, bon oeuil, bonne main 14)
Pour bien sçavoir descroter cotes.
Le viel Pèlerin.
Olivier, baille luy ses botes ;
Y tura Karesme Prenant!
Ce dernier trait manque au Livre des Proverbes de Le Roux de Lincy.
;i4 e. PICOT
La dispute se continue iv. i97'2{4) par des couplets d'une habile
facture. Ce sont des quatrains mis alternativement dans la bouche du
vieillard et de ses coniradiaeurs. Le dernier vers de chaque couplet est
repris en chœur par tous les personnages :
La première Pèlerine.
Un coeur qui d'amour «t espoinct
Et peuJt mariage choîssir,
Je CTO^ que de douleur n'a poinct,
Y chantent :
Puys qu'il est beau a mon plaisir loo
Le viel Pèlerin.
Voitre plaisir? Quant on a le loisir
On ne seroyt meilleur choisir ;
Mariage est mygnon et gent
Y chantent :
Quant la nuicl nt venue...
Le vieillard finit par prendre en pitié tes défenseurs du mariage et se
met à énuraérer les choses nécessaires en ménage, mais cette énuméra-
tion n'est qu'indiquée ; l'auteur ne lui donne pas les développements
qu'elle a reçus dans les Complaintes du Nouveau Marié (Montaiglon et
Rothschild, Recueil^ I, xz ; IV, 5).
La fin de la pièce est fort curieuse. Le viel Pèlerin ne peut convertir
ses adversaires ; il leur dit que,
..premyer qu'entrer au sainct lieu
De mariage, îl îault crier
Et a haulte voii Dieu prier
Et. pour prendre poscssion,
[Y] faire une procession. 370
Après une chanson, dont le texte ne nous est pas rapporté, la pro-
cession commence.
Tous ensemble en tournant a la salle :
Sancta Bafecta, reculés de nobts ;
Sancta Sadineta^ aprochès de nobis ;
Sancia QuaqatUy ne parlés de nobis ; 385
Sancla Fachossa^ ne faschés poinct nobis ;
Sâncta Crondina, ne touches nobis...
Les sots font ainsi le tour de ta salle en parodiant les litanies du
samedi saint :
De lemtne ptainne de lempeste
Qui a UQC mauvaise leste
Et le cerveau contaminé
Ensemble.
Ubera nos, Domine,
LA SOTTIB EN FRANCE
Les litanies se lermincnt par un oremus grotesque :
Fil d'estoupe, fil d« Lyon,
Fil d'Estampes, fil d'Avignon,
Fil de Gibray, fil de Paris,
Fil noeir, fil vert, aussy fil grîs,
Fit d'ozeille et fil de lin, 475
Fil de soeir, fil de matin.
Fil de Rouen, fil de Louviers...
De tous les filz je suys au boult
Or ne parlons plus de ces filz,
Mais resjouyssons noz cspritz.
En prenant congé de ce lieu 49)
Une chanson pour dire a Dieu.
Telle est cette pièce sur laquelle nous avons la bonne fortune de pou-
voir donner des détails inconnus à nos devanders. Le Pderina^t de
Mariiige fui représenté à Rouen, en i jî6> par une troupe qui inaugura
dans cette ville le premier théâtre régulier.
Au mois d'octobre de cette année, un comédien appelé Pierre le Par-
donneur loua sur la paroisse Saint-£tienne-des-Tonneliers un jeu de
paume appartenant à Jean Uasne et connu sous le nom de Port-de-Salut.
Le Pardonneur avait avec lui cinq autres acteurs : Toussaint Langloïs^
Nicolas Lecomie, Jacques Langlois, Nicolas Transcart et Robert Hurel,
plus « trois petits enfants chantres >►. Dès la troisième représentation,
alors qu'on jouait la Vie de Job, la salle fut envahie par les sergents et
bruialeraeni fermée. Quelle était la cause de celle mesure rigoureuse ?
Une farce appelée le Retour de Mariage. Il ne nous parait pas douteux
que cette pièce ne soit précisément celle dont nous venons de donner
une analyse. On remarquera que les sots font leur procession autour de
la « salle », autour du jeu de paume dont nous venons de parler ; cette
indication, rapprochée des allusions normandes que contient Vorcmus
|V. 47} et suivi, tranche la question d'une manière aussi certaine que
possible.
Les documents relatifs â ta troupe de Pierre Le Pardonneur ont été
découverts par M. Gosselin aux archives du Palais-de-Justice de Rouen
(Recherches sur tes origines et Vhistoire du théâtre à Rouen avant Corneille ;
extr. delà Revue de la Normandie; Rouen, 1868, in-8, 41-40- *-C8
documents se composent d'une requête adressée à nosseigneurs du Par-
lement par les malheureux comédiens et de deux arrêts de la cour. Dans
la requête Le Pardonneur et ses camarades énumèrentles dépenses aux-
quelles ils ont été entraînés, s'engagent à ne faire aucun bruit par La ville
et se soumeiteni d'avance à la censure Le premier arrêt, rendu séance
5l6 E. PICOT
tenante, dispose que, « comme c'est la première fois qu'une troupe se
présente et joue en public moyennant sallaire, la cour ordonne que frère
Mathieu des Landes, provincial des Carmes, et Jehan Lambert, chanoine
et pénitencier de Nostre Dame, vont examiner les moralités et farces
que les requérants se proposent de jouer. » Le second arrêt, le seul où il
soit question de notre sottie, nous apprend que l'examen eut lieu immé-
diatement, sans doute parce que les censeurs connaissaient déjà les pièces
qui leur étaient soumises. En effet, dès le lendemain, 2j octobre, le
rapport ayant été déposé, la cour « permet aux suppliants d'achever leur
jeu ainsi qu'ils l'ont commencé, parce qu^ils ne feront leurs dits jeux que
le dimanche après vcspres et ne feront sonner le tabourin ne autre
instrument faisant bruict pour assembler le peuple, et aussi qu'ils ne
joueront la farce du Rétour de Mariage et que en tous leurs jeux, jusqu'à
Tachevement d'iceux, se y conduiront honnestemeni et modestement ».
Quels reproches le Parlement pouvait-il adresser à notre sottie ? Il
jugeait sans doute inconvenante la parodie des litanies, à un moment où
il faisait tous ses efforts pour arrêter les progrès de la Réforme. Quant
aux allusions politiques, il lui aurait été difficile d'en découvrir.
Nous ne rechercherons pas les autres pièces qui ont pu être jouées
sur le théâtre de Le Pardonneur ' , mais nous ferons encore une dernière
réflexion.
La course des apothicaires dont Molière a égayé Monsieur de Pour~
ceaagnac n'a-t-elle pas son origine dans les processions grotesques du
genre de celle qui termine notre sottie ^
Bibliographie :
A. Biblioth. nat., ms. franc, n" 24^41 {oUm La Valt. 6)), foi. 86 fr-
B. Le Roux de Lincy et Michel, I, n"» 19.
XXVI.
Les trois Galans, farce nouvelle a quatre personnages, c'est à
sçavoir :
Le premier Galant, Le troisième Galant,
Le deuxième Galant, Un Badin [Naudin].
[Vers 1571.]
I. Parmi les pièces qui peuvent èlr*r attribuées au théâtre du Port-de-Salut,
nous citerons seutemcnl U Discours dcmonsirant sans ftïncu tornme maints Pions
font leurs plainte. Ce Discours, composé comme notre sottie en 1^6, est un
monologue dramatique (]ui paraît seulement avoir subi quelques modilications
au mûmenl de l'impression ; on y trouve en toutes lettres (v. ^7) le nom du
Port-de-Salut. Vojr. Montaiglon et Rothschild, Recueil^ XI, 71.
U SOTTIE EN FRANCE Jl?
Les trois GaUns sont par ordre chronologique la dernière sottie qui
nous soit connue. La pièce débute par un triolet :
Le f'remier Q al aht commence.
Qu'est il de faire P
Le deuxième Galant.
C^oy ? De rire
Sans avoir e&pntz eadormys.
Le troisième Galant.
Joyeutx, joyeulx.
Le Premier.
Promptz i bien dire.
Le Deuxième.
Qu'est il de laire ?
Le Troisième.
Quoy? De rire.
Le Premier.
Y nous (ault chagrin interdire... j
Les Galants rencontrent un badin et, pour se divertir, se mettent à
rinterroger. Le Badin leur raconte des songes ; il a rêvé qu'il était le
pape:
Le Premier.
Le pape? Baicdiciu!
Le Baoin.
Ouy, par ma Toy, je Pay esté,
N'en ayez la pens^ troublée,
Car j'ey faict faire l'assemblée 80
Des princes : crcsliens menoye
Sur les Turcs, et les corabaloye ;
Et, quant m'esveillay au malin,
J'apcrceuplz que j'estoys Naudin,
Et puys après je m'endonnys. 8f
Comme l'a déjà remarqué M. Fournier, ce passage donne la date de
la pièce. Il s'agit en elTet ici de la ligue que le pape Pie V forma contre
les Turcs et de la bataille de Lépante gagnée, en 1571, par les flottes
combinées de l'Espagne et de Venise.
Le Badin, continuant ses facéties, prétend avoir rêvé qu'il était Dieu
le père. Ce beau rêve lui donne l'occasion de dire tout ce qu'il ferait s'il
trônait en paradis. Il donne une description assez amusante d'un pays
de Cocagne, où il ne serait plus nécessaire de travailler, de payer, ni
de faire le carême ; où l'on mangerait de bonnes choses et boirait de
bon vin ; où les boulangers ne tromperaient plus sur le poids du pain ;
où enfin les femmes ne parleraient plus. La sottie se termine par une
sorte de morale :
,.8
E. PICOT
Le Premier.
Mais conclues.
Le Badin.
Pour conséquence
Et du sens avoir la sentence :
Plusieurs sots de tel propos sont,
Si povoient aroyent plus qu'i n'uni ;
Y feroyent choses impossibles
Qui ne sont pas à eulx possibles,
Comme avés veu en ceste place.
Or chantons donc de bonne grâce;
En prenant congé de ce lieu,
Nous vous disons à tous à Dieu.
HO
MS
Bibliographie :
A. Bibl. nat., ms. franc, n» 24^41 (o/fm La Vall. 63), fol 21911-226^.
B. Le Roux de Lincy et Michel, II, no ^9.
C. Fournier, 449-455.
Emile Picot.
TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
(Les titres des pièces analysées ci-dessus sont accompagnés d'un astérisque.)
Absurda d'Erasme, 238.
Abondance (Jehan d'), 240.
AlfUZj 270.
Adonville (d'), ijj.
Agardez, 299.
Ayrer (Jaltob), 246.
Alienor (la reine), 286.
Alivergault {sûinct)^ 268.
Allut, Symph. ChampUr^ 261.
Alven'Factie, 244.
Ambassade des ConardZy 2} 8.
Amboise, 277.
Ancona {d'), Origini^ 247.
Aneaalx^ 290.
Angleterre, 304.
Angoulevent, 242.
Anne de Bretagne, 263.
Anthoine, 280.
Archi Poète (1') des Pois pillez, 242.
Arques, 295.
Arras, 267.
Attaingnant (Pierre), 273.
Auge (vallée d'), 251.
Aumale (le duc d'), 254, 274.
Auxerre, 284.
Aveugle [Farce da Sourd et de /'), 238.
Avignon, 315.
Av' OUSj 2J0.
Badin, 240, 285.
Badin (/«), 291, 300.
Badin (un), 316.
Badius (Conrad), 241.
Bagues j 290.
Ballin, Palinods, 296.
Balsac (Robert de], 261.
Baoldet Hercut, 237.
Bateleur (/e), 241.
Baud (Claude), 281.
Baudaiz (Porte), 252, 290.
^^^^^P u
EN FRANCE ^IQ ^H
^^^M Bayeux, aji.
Charte der Hethortitktn, 244. ^^M
^^^H Bàzoche {la), }0<).
Chascun^ 287. ^^^^^Ê
^^^Ê Bazoche de Rouen, 29}, 29).
Chasteau {tq d'Amoars^ 261. ^^^^H
^^^1 Bazochiens, 241, 26;, jio.
Chastillon, 27). ^^^H
^^^1 Beaulieu ^Eustorg de), 2^7, 264.
Chaussard (Héritiers de Barnabe), ^H
^^^H Beauniûnt j'Ie-Rogerj, 2$i.
2(7, 262, 289, 299. ^H
^^^H Beauvais, 252, 29^.
Chemin (U) de l'Ospital, 261 . ^^M
^^^H Brauvoisine (Porte), 2^2.
Chemises de Hollande, 261. ^^H
^^^H Btgams, 28}.
Cherri {U Franc A/chur de)^ 304. ^^^^Ê
^^H Bdlére (Jean), 26).
Choquart, 268. ^^^^H
^^^H Bvnatd [mnl) Je Mtnlhon^ 240.
Cinqmeime (/t), 27;. ^^^^^Ê
^^^H Buârde^
Cmqmime \U\ Sot^ 291. ^^^^H
^^^H Blasphtmûleurs {Moraï'iti dts)^ )08.
Clereq (s»), 300. ^^^^^|
^^^H Bobo^ 247.
Clowns, ^^^^H
^^^H Bonatier (Jehan), 28}.
Caullettede poix rebouUtx, 241. ^^^H
^^^H Bonneval, 27).
Cohn, (ilz dt Tkevot le maire, 262, 304, ^^M
^^^H Bon Temps, 24}, 280, aSf.
306. ^H
^^^H Bostcachart,
Colioes (Simon de), 23$. ^H
^^^1 Bouchet (Jehan), Episuts, 2361373,
Colleryc (Roger de), Satyre^ 281-287. ^H
^^^H 29^; — Ctntalogiii^ 270.
Collier, Hisl., 24}. ^^^^H
^^^1 Bouille (la), 29).
Comédie des Proverbes^ 306. ^^^^^|
^^^H BourdilloQ, 17 j.
Commedia delV arte^ 247. ^^^^^Ê
^^^B Bourgeois (le) gtnuihommt^ 238.
Compain, 297. ^^^^H
^^^H Bootiot, Recherches^ 240.
Complaintes du Nouveau Marié ^ 3 1 4. ^^H
^^^H Brûii tbranle), 29$.
ComplamUs lies) des Monniers, 30$. ^^^^|
^^^H Brantôme, 26}.
Conards, 2}8, 291, ^^^^|
^^^H Braunschweig (H. J. v.), 246.
Condamnacion de Bancqtut, 2(9. ^^^^|
^^^1 Bresse
ConJrairU {la grand) des Saouls d'oa- ^^^
^^^1 Bri(onnet (Guillaume), 272, 27{.
^H
^^^H
Confrères de la Passion, 241, ^^^H
^^^H Bron (Jean), 281.
ConseilUr (U), 283. ^^^H
^^^H 'Brus {Farce des)^ 293-29).
CoDstantinople, ^^^^H
^^^^ Bttjecta (M/icld), J14.
Coq-à-l'âne, 237, ^^^^H
^^^M
Corcailloti, 268. ^^^^H
^^^H Cabieu, 2JI.
(^sté t^ys), ^^^^H
^^^H Cardin,
Costumes, 261, 290. ^^^^H
^^^1 Cardinot,
CouilUbault [sainct)^ 268. ^^^^H
^^^H
Couflumr (/c), 283. ^^^^H
^^^H Caron, Cotlict.^ 248, 36{, 282.
Coventry Mjsterus, 24). ^^^^H
^^^H Carquens^ 290.
'Cris {Farce des) de Paris, 298-300. ^^^H
^^^H Carville, 297.
^Croniqueurs, 27J-277. ^^^^B
^^^H Chaynes,
Croalecu^ y^^^^M
^^^H Cbatot (Cousin), 2J3,
Cruche (Maistre), 239, ^^^^H
^^^H Chansons (Plasictirs btlUs) noineltts^
Cuisinia (/r), 283. ^^H
^^m 264,
Culbutes, 241, 2^3^ 2{9f 268, 291. ^^M
^^^H Chant rtal faut en forme de dialogue,
^H
^^m
^^H
^^M Charles Vni. 27t.
Demonia^ 339. ^^^^^|
^^^B Charles 'Quint, joi.
Ûepaeeleur {le) de nourriehes, 266. ^^^^|
H ^20
PICOT ^^^^^^^^^1
^M Oernetal, 29^.
Factie-Uedektn^ 244. ^^^^^^^^|
^M Des Moulins, Catholicon, 261; Dtpate-
279. ^^^^^^^H
^^ lagc fit Tournay^ 26G.
299. ^^^^^1
^^^K Des PerrierslBonaventurc), jo6.
Farce dt Cotin^ filz de Thevot^ '^^^^^^|
^^H Des Vaulx (Gilles), 2^2.
304, 306. ^M
^^^H 'DtuxiUs) Gaïlans et une Jemmc qui le
'Farce de Folle Bobance, 260-262, 294. ^H
^^^^ nomme Sanctij 2^8-260, 268, 270.
'Farce des Brus^ ^9i-29J, 313. ^^Ê
^^^H Deuxième {la) Bru^ 39}.
Farce des a/if Sens de l'homme^ 307. ^^|
^^^H PeuxUmc [la] PtUrinc^ 513.
Farce des deux Savetiers^ 239. ^^^^H
^^^1 DeuxUme (U}^ 289.
' Faru des nouveaux Panas, 266. ^^^^B
^^^H Dtaxiime (Ui Compaignon^ 289.
Farce du Caudisseur^ 298. ^^^^^|
^^^H Dtaxiesmc {U) Caltant^ 2^8, }00, ]02,
Farce du Goutteux^ 268. ^^^^H
^H
Farce Ja Pasti et de la Tarte^ 307. ^^^^|
^^^H Dtuxiime \Je) Hermite^ 29}.
Farce du Sourd et de l'Aveugle^ 238. ^^H
^^^H Daixiùni {le) Petenn^ 277.
Farce du Vendeur de livres. 266, 268« ^^H
^^^H DeuxUme [le] Sot, 262, 291.
Farce joyeuse du Savetier^ 264. ^^H
^^^H Dwxiime (le) Suppost, J09.
' Farce nouvelle [de ta Mite de fiUe\^ ^^H
^^^H Dialogue du Fol et du Sege^ 3^.
29}- ^M
^^H Dieppe, 29$.
Farce nouvelle des Cris de Paris , 298- ^H
^^^H Discours des Pions, ji6.
^H
^^^H * Discours plaisant et recrtétif^ ] 1 1 • j 1 2 .
* Farce nouvelle moralisa des Cens ^^|
^^H Ditz de Chascun, 288.
nouveaulx, 2) $-2)7, 262. ^^|
^^^H Doctrinal de retoriqae^ 237.
FastnachtspieUj 24 1- ^^^^^Ê
^^^H Doreures, 290.
^^^^H
^^^H Douhet, Dict.^ 341 .
237. ^^^^^H
^^^H Dringue, 268.
Faulte d'argent, 264. ^^^^H
^^^H Du Guesclin,
Féminin gerre^ 278. |^^^^|
^^H Du Méril (Edel.K Origines^ 24$.
Femmes (les) savantes, 238. ^^^^H
^^^H DaPlat {le seigneur), 262.
Ferrand r David), 312. ^^^^H
^^^H Du Pont-Aliis (Jehan), 241, 262,
Fétis, Biographie, 2C-(. ^^^^H
^^m ^77-
Fteux (Us) et Rentes des filUs, a66. ^^^B
^^^1 Du Quesnay {Colin), 29).
Fine Mine, 287. ^^H
^^H Du Saix lAnloirte), 2j8.
Flandre, 279. i^^^H
^^^1
Flaun (Paul), ^^^^^Ê
^^^H Eléonore d'Autriche, 28(.
Fleur des Chansons, 36(. ^^^^^^^H
^^^H Enfance {le général d'), 262.
Ftoquet, Hist.^ 297. ^^^^^^H
^^^H En/ans de Bontemps^ 280.
^^^^^1
^^^H Enfans Maugourernt, 291, jof.
'Folle Bûbance, 260-262, 294. ^^^^|
^^^H En/ans sans soucy^ 239, 301.
FolLyc {dame), 266. ^^^^H
^^^H Engelés, 2^0.
Fontaine (Charles), 237. ^^^^^|
^^^H Erasme,
Formigoy (bataille de), 3j3. ^^^^H
^^^H Esbatementf 244.
Foarnier (Ed.), Théâtre, 240, 241, ^^H
^^H Espjgne, 304.
248, 2s6, 2S7, 260, 268, 279, ^1
^^^H Estampes, 31^.
283, 28^, 287, 292, 293, 307 ; — ^M
^^^H Eustace iGuillaume), 274.
^«r., 243,26^ ^H
^^^1
Fous, 2}6, 248. ^^1
^^^H Fachossa {sancta), 314.
Franc {le) Archier de Cherrl, 304* ^^^^B
^^^H Facteai^ 244.
304. ^^^^^1
^^^1 Fâctie, 244.
François 1«% 27), 277, 29}. ^^^H
^^^^|P Lk
EN rRANCK
3>l ^M
■ Franklin 'Alfred), 298.
Sotfta, 262, a6)^ 266.269,
37s- ^^H
H Frère (Ed.), Manuel, ^ti.
277; Terre Sâincte, 27 j.
^L^ Frtvaaix {Cabbi de)^ 262.
Crognet (Pierre), 2J9, 244.
^^^H
^^^H Fricûssù crotatilloniey 291.
Grondina {sancta), 314.
^^^^M
^^^H FfictUiUsj
Grongnant (Martin), joj.
Gueneau (Jean), joj, )oé.
^H
^^V
Gueru (Hugues), îo6.
^^^H
^M CalantSy 298, joo.
Guycgart, 2y.
^^^
^^^B 'Gallans (/u (/;ux) tt une jtmme ^ui le
Guiffrey (Georges), François /" ,
^1
^^^P nommt Sancté, 2^8-260, 268, 270.
A/jz-Q/, 241, 242.
^^H
^^^ 'Gâtants [Us trois), farce à cinq pers.,
Guillaume Mausoupa, )0(, jo6
^^^H
■^ 2^9.^1,268,270.
Guiltot Matcontent, jo^.
^^^^^
^^^L *Gaians (les uoit), Tarce i quatre
Guippelm, J07.
^^^H
^^^T pcrs., ;i6-]i8.
^^^^^
^m * Cailans (la trois) et Pbltpot, J03.
Halliwell, Dicl., 24^.
^^^^^
^^^^ Gannay (Jean de), 272.
Hankâ, 5^W , 246.
^^^^M
^^^B CûidtCal (/(), 29 (.
Harxer, 299.
^^^^1
^^^■^ Garde NafK (te), 295.
Heber (Richard^, jo6.
^^^^1
■ Carde Pot {k), 29 {.
Hécarl, 257.
^^^^1
^1 Gargantua, 2i)-j.
Hectore, 280.
^^^^1
^Ê Gargaitle (Gaultier), 30$-jo6.
Hcnn VllI, 267.
^^^^1
^M Caste, ChansonSf 2\^, 272.
Hcricault (d'), Collerje, 26$,
285. ^™
^1 Gaudefroid, 2S0.
2S7.
^1 Caadisjeur {Farce ^u>, 298.
Héricaolt (d'j et Montaiglon, Grtngore^ ^^|
^H Gautier, jof.
26s..
^^^^M
^^ GafKti {le seigneur de), 262.
Htr mites, 29}.
^^^^M
^^^H Gendarmes, 2j6, 2j8.
Herodes, joj.
^^^^M
^^^P Géne!(,
Hoffmann von Fallersleben ,
^H
^^^V Genève, 280, 28^.
beig., 24 j.
^^^H
^^P Gengenbach (Pamphitiu), 246
Hone (W.|, Mysi., 244, 245.
^^^^^
^F Gentilhomme {le), 260.
Hôtel de Bourgogne, 241, 24}.
^^^^1
^1 Gervais (sainct), 288.
Hurel {Robert), îi^.
^^^^1
■ GIbray, 2p, jij.
^^^^1
^B Gyoa (Gaillauine), 2^4.
Incitetoyre bachique, 268.
^^^^1
^1 Girard Manuet, fO}.
In/jnttrie dijonnoite, 24).
^^^^M
^M Goedeice (Karl), Cengenbûch, 246.
Inlrôilos, 247.
^^^^M
^M Gonin rMâtstre), 26^
ïsegny, 2p.
^^^^M
^M CoiStUn, RechtrcheSt }i^.
luhe, 376, 279.
^^^^M
^1 Goumay, 29).
^^^^^
^M Gower, 24^.
Jacob (P.-L.)> Rcc, 2S9.
^^^^1
^M Grand Maitey, 280.
Jaques (MaistreK 280.
^^^^M
^m Grand Mût Sottie^ 28).
Jacques le Bazochien, 277.
^^^^M
^B Grand Pierre, 280
Jamais Saou (Pierre), jov
^^^^M
^Ê Grève (la), 2^2.
Jamet (Lyon), 237.
^^^H
^^^H GriDgorCj C6d;r. d'Amours, 26 r ; —
Jezerens, 290.
^^^^1
^^^1 Fantaisies, 269 ; — Folles Entrtpr.,
Jean Philippe, 284.
^^^H
^^^H 269 ; — Heurts, 269 , — Jeu, 2 \<),
Jenin Ma Fluste, 28 j
^^^^^
^^^L »4*i 273i 287, 294; — Obstma-
Jergault, 267, 268.
^^^^M
^^^^^K lion, 266; — 5. Loys, 273; —
Jeu de pois pillez, 2)7.
^^^H
^^^^^^ft RomMÏa,
31
^
^H P2
PtCOT ^^^^^^^^H
^^^H Jui du Prince desSotz^ 2J9, 248, 26).
Le Rat (Guillaume), 297. ^^^^|
^^^H Jeune {U) Pèlerin^ j 1 j.
Le Roux (Pierre), 24J. ^^^H
^^^1 Joly, Trtbotila, ^07.
Le Roux de Lincy, Prw., 2)8, }i|, ^H
^^^H 247.
Le Roux de Lincy et Michel, Rtcutil^ ^H
^^^H Josquin, 264.
340, 24r, 248, 2p, 260, 266, ^H
^^^H Joubert (Nicolas), 242.
268, 279, 290, 29Î, 29s, a9«, ^H
^^^H Joatiij 368.
J02, 307, 316, 318. ^H
^^^H Joyei {le seigneur de), 263.
Le Roy (F.-N.)* 283. ^H
^^^H
Lescuyer (Nicolas), 306, 312. ^^|
^^^H JabJoat, Fûbl., 236 ; Myst.^ 240,242.
Letante des bons Compaignons, 368. ^^|
^^^P Jules 26jj
Le Veatm (Philebert), 30J. ^H
^^^H Jusle (Fraocois), ;o6.
Lignerolles {comte de)> 274, 287, ^^Ê
^^^H Justesen (Hicronymus), 246.
^H
^^H
Lygrtûu {cmpougner le), joj. ^^^^H
^^^1 Karesroe pruiant, 2(2, pj.
Lorgne {Torche), 304. ^^^^H
^^^H Keller, Fastnachlsp., 24).
Lolrian (Alain), 2^, 369, 301. ^^^^^|
^^^H Klecha,
Louandre, Hist. d'AbhailUf 242. ^^|
^^^H La Balue, 27).
Louis XI, 27). ^^^k
^^^H Laboartux {le), 260.
Louis XII, 236, 263, 267, 371, 2^\. ^^1
^^^H La Carelle (le baron de la Roche),
Louviers, jtj. ^^|
^^M 2SS.
Lubme, 367. ^^^^^|
^^^H Lacour (Louis), )o6.
Lucz (Robinet de), 239. ^^^^H
^^^H Lacroix (Paul), voy. Jacob.
Luther, 284. ^^^^H
^^^1 La Chesnaye (Nicole de), 2}9.
Lyon, 2J7, 2&0, 262,307, J09, jij. ^H
^^H Ladr» (Michel de), 28t.
^^Ê
^^^H Lalanne (Ludovic), 2}9, 277.
Mabille, Choix, 260, 266, 268. ^H
^^^H La Ijine \U seigneur dt)^ 262,
Macé (Robinet), 3t4> ^|
^^^^ Langlois (Jacques), ii\.
Magnin, Bullet.^ 241 ; Journ. dis Sa,, ^^Ê
^^^H Langlois (Toussaint), 315.
H
^^^H L'Arpe (Jean de), 281.
Malcontent (Guillot), 30}. ^^^^H
^^^H La Rue (de), Essais, 269.
277. ^^^^H
^^^H Lasne
Malingre, Nolls, 46(. ^^^^H
^^^T La Vigne (André de), Complainctes,
294. ^^^^H
^^L 274; — Sotiuy 248, 2Sî, 270-
Manuet (Girard), 30J. ^^^^^H
^^H 274; Vergur, 274
Marchant ^^^^^H
^^^H Le Bonnatier, 28;.
MarcouXy I^^^^^M
^^^H Lecotnte (Nicolas), ]i5.
Mareschaux, 376. ^^^^^|
^^^B Lccoy de la Marche, S. Bernard, 240.
* Mariage {Pèlerinage de), 3i3-3l6. ^^^^H
^^^H Le Diamanticr (Guillaume), 281.
Marot iClèment), 237, 241, 242. ^^^^|
^^^H Le Oorier (Anthoine), aSj.
Martin Grongnant, 30^. ^^^^H
^^H Le Drut (Pierre), 269.
Mastiikàf^ 246, ^^^^^Ê
^^^H Le Feron (Jeanne), 2f2.
Maapatcé {abbi de)y 302. ^^^^^|
^^H Le Gros Rosset (Claude), 283
Maorianne, 284. ^^^^H
^^H L'Enfant,
Mausoupa (Guillaume), )0(, 306. ^^M
^^H L'Enflé (Thibault), 30^, joâ.
Maximiliea, 267. ^^^^H
^^^B Le Noir (Philippe), 269.
244. ^^^H
^^^H Léon X, 271 , 272, 27$.
Médecin {le), 283. ^H
^^^1 Lépante (bataille de), 317.
'Menus (les) Propot^ ^t'-^Hf '«l'* ^H
^^^^ Le Pardonaeur (Pierre)f )if.
248, 269. ^H
^^V LA SOTTIE
EN FRANCE J2) ^H
■ Mirt(UUi-js-
NarrcnspitUf 24). ^^H
■ Mire (h) Ji ydtt, 29).
Natalle prince dt), 262. ^^^^|
■ Min Folie, 280.
^^^^^1
^1 MireSotte^ 3^2, 262, 269,277, 296.
Naudin^ ^^^^^Ê
^B Mercier (Robin), aj).
Nebesk^, Mastiikài, 346. ^^H
^Ê Meschinot, Ltintttes^ 270, 289.
Nerboone, 27). ^^^H
^1 Meulanc, 39^.
Nevers, 2 {2. ^^^^H
H Michel (Francisque), voy. Le Roux
Nicolas^ ^^^^H
H de Lincy et Michel.
Nyverd (Guillaume), ajj. ^^^^H
H Milan, 361.
Normandie, 279. ^^H
H Mymm (Maistre), 267, 268.
Normands, ^^H
^M Mlrehretf )09.
Nuremberg, 34^. ^^^|
^M Miroir [U) des Montes mondains^ 312.
^^^B
H Mirouer et EumpU morallt lies Enjans
Obstinaticn {C) des Souyches, 366. ^^^H
H ingratz, 236, 308.
On — 2(0, 279, 29}. ^^^H
^M MisUre de la Passion^ 340.
249. ^^^^H
^Ê Mitiirt dit iUge d'Orléans^ 2^).
Orléans (le dac d'), 386. ^^^M
^M Mitou/îetj 307.
Orphivre {t'), 28|. ^^^H
■ Motard (le), 280.
Que oj, 300. ^^^^H
H Molière, 238.
^^^^M
^M Mûliniaulx (les), 2)2, 295.
^^m
^Ê Moltzer, Dram. Poez.^ 24).
Pampelune, 267. ^^^^H
H Monde ile), 249, 2jj, 270, 283.
Pantagruel^ 308. ^^^^^|
^m Monde {U Noineau)^ 27}.
Parfaict (Frères), Hist., 3)9, 241. ^^^^|
H Monde [U] qui eslaadfi^ 278.
Paris, 2(), 270, 27t,50i| j09t)'S- ^^^|
^m Monologue^ 239.
Paris (Cris de)^ 298. ^^^^H
^M Monologue des notaeaatxSotz, 291.
Paris (Gastonjf Chans.^ 2(9, 260, ^^^^H
^M Monologue des Sotz joyeulXf 269, 291.
377- ^^^1
^^^^ Montaiglon,
Parmentter Jehan), 296. ^^^^H
^^^f MonUigloD et Rothschild, Cringore^
Passetemps {t'amoureux)^ 364, ^^^^^|
H 26i, 26e; — fl«.. 2Î9, 244,
Palheiin^ 267. ^^^^H
■ 248, 266, 268, 288, 290, 291,
* Pèlerinage {le) dt Mariage, 313-316. ^^^^H
H jof. P7i }>^ P4i P6.
"Pèlerins (les trois) et Malice, 368, ^^^H
^1 Montifaud, 302.
^^H
^M 'Moral de Tout U Monde^ 289-290.
Perrotin, ^^^^H
^P Moratiti de Mundus^ Caro, Demonit,
^^^^1
1
Pcliremand (Maistre), 280, 28]. ^^^^f
^M Moialài des Blasphémateurs, 308.
^^^H
^1 Moraiiii, MysUrc et Figure de la Pas-'
Peuple françott, 38 (. ^^^^^H
^M sion, 2)6.
Phalése |Pierre), 26(. ^^^^^H
^M Moraliti ou Histoire rommaine d'une
Philebert le Ventru, 30), ^^^^^^H
^M femme qui aroit wutu trahir la cita
Phitippot, voy. Phlipot. ^^^^^^^
^1 dt Romme, 2^7.
Phlipot^ 294, ^^^^^^H
^^ Morronl (Adrien). 313.
Picardie, 267, 279. ^^^^B
^^^ Moulioeaulx (les), 3(2, 29).
Picot (Emile), Ôringore, 24), 269, ^^^^|
^^^Hjfojru,
^^^1
^^H Mulet de Palude, 380,283.
Pied de Vache (Y von), 30^. ^^^H
^^^KJAin^iu, 239,
Piedmont, 29}. ^^^^^|
1 ■
Pierre Jamais Saou, joj. ^^^^H
^H P4
PICOT ^^^^^^^^H
^^H Plate Bourse [Fabbi de), 362.
Rc¥eU de Bon Temps, 24]. ^^^^H
^^^1 Platier (Phitippot), jos-joy.
Réveil (le\ du chat ^ai dort^ 24-}. ^^^^^
^^1
^^^^H
^^^H Pois piUa^ 2J7, 342.
Rien [Monsieur], 309. ^^^^^|
^^^H Pois rebouÛtz^ 341 .
Rigaud (Pierre), 282. ^^^H
^^^1 Ponchet (Etienne)T 272.
Rebec, 2p. ^^^^B
^^^H Pontier,
Robes fourrées, ^^^^^Ê
^^H Port de Salut, jij.
Rofîet, 286. ^^^H
^^H Postt
^^^1
^^^H Poarcecugnac, ;i6.
Rolet (Claude), 280, 28j. ^^^H
^^^1 * Pour le Roy de la Bazocke es jours
Rolet (Nicolas!, 282. ^^^H
^^H gras
Rolet (Stéphane), 280. ^^^^H
^^^H Poarpoms a grans manches^ 261.
Romain (saint), ^^^^H
^^^H Ponts [la) DtableSy }oo.
Ronsard, Ckans., 264. ^^^^^|
^^^H Poyre d'angoisse^ 299.
Rothschild rie baron de), 254, ijj, ^^M
^^H Prebstre 283.
287. Voy. Montaiglon et Rothschild. ^H
^^^H Précieuses {les) ridieuttSt 2)8.
Rouen, 249, 2^1, 266, 277, 289, ^H
^^^1 Premier (le),
^9U i9h 29h }oo, ï>>» PW ^1
^^^H Premier (le) Compaignon^ 289.
■
^^H Premier(U) Fol, 266.
Roullant, jtj. ^H
^^^^1 Premier {le) Fol, gentilhomme^ 260.
Roussignol, 2^2. ^^^^H
^^^1 Premier (le) Gallant^ 358, 298, joo,
Roy [le) des Sotx, J07. ^^^^|
^^B
2}9. ^^^^^1
^^^1 Prtmier {le) Hermite^ 293.
Ruble (le baron de), 2^4. ^^^^H
^^^H Pnmitr [U) Nouveau, ijj.
^^^^M
^^^H Premier {le] Pèlerin^ 277.
Sachs (Hans), 246. ^^^^^|
^^^H Pftmier {te) Sot. 262, 27 j. 291.
Sad'uieta {sancta) , ; 1 4 . ^^^^H
^^^^^ Premier (le) Suppost, J09.
Saint-Ëtienne-des-Tonneliers i Rouen, ^^Ê
^^^H Prince (le) des 5orz, 2^9^ 262.
;>s- ^M
^^^^Ê Pfûhght, 244.
Sainct Gervais, 29). ,^^^^H
^^^V Protestantisme, 297.
Sainct Julien, 29). ^^^^^|
^^^1 Pucelle {U) du Mans, 252.
Saint Lo, 2p. ^^^^^|
^^H
Saint Mor, à Rouen, ^^^^^Ê
^^^H Qaa^ueta [sancta), 314.
w^^^^M
^^^H Quatname {le), 27}.
Saint Vivien, à Rouen, 292 ^^^^^|
^^^H Quatrième {te) Sot, 29 r .
^^^H
^^^H Quèie pendant la représentation, 294.
^^^^^1
^^^H Quichcrat, Costume, 290.
Saouls d^oavrcr, ^^^^^|
^^^H Quinul Horalian, 2}8.
Sarrazrn (Jean), 24J. ^^^^H
^^^^ Quinze Vings (les), 2^2. .
'Satyre pour les habitants d'Auxerre^ ^^M
^^^H Qaoijuibus, ;o7.
^H
^^^P
Satyres chreslienna, 241. ^^H
^^^H Rabelais, 264.
Sauts, 241, 2n, 2t9i 368, 291 ^^^Ê
^^^P Rapporte Sounlle, 309.
^^^^H
^^^B Raui U Mal Ptnd, }02.
Saretier 28J. ^^^^H
^^H Réforme, 278, 284.
Sayeliers [Farce des dtux)^ 2^9. ^^^^H
^^^H * Reformera se (la), 240, joo-joi.
Savoie, 281, 28), 29^. ^^^^H
^^^1 Regnault (Pierre), 2y.
Schack, Dram. Lit., 247. ^^^^H
^^^^ * Retour (U) de Mariagty j 1 j .
SuondOe), 37^. ^^^H
^^V LA SOTTIE
EN )a) ^^^1
H Seeond (U) Foi, 266.
Solz attendons^ 241 . ^^|
^1 Sicorul iU) Fo/, marchant, 260.
* Sofz (/u) /louwdu/t /srcez , couvez^ ^^|
H Suond {le) Gallantj 298.
266-269. ^^^^1
H Stiorui {U] Nouveau, 2\).
Soubresauts, voy. Sauts. ^^^^H
^M Seignmr {le) de ta Coquille, 242, 245.
Soucycla, 29}. ^^^^H
H Sepet, 2)8.
Sourd {Farce du) et de i'Avtugte^ 2)8. ^^^^|
H Sérac (Jehan), 277.
Spelen van sinne, 344. ^^^^H
^M Strmon d'un Cjnier de Mouton^ 294.
Spel van seven personagien, i-j^ ^^H
^m Sermon loyenlx, 240.
Stccher, Sottie, 24], 244. ^^H
^m Sermon joyeux Je bien hotrCj 298.
Stultus stuUtssimus, 2^2. ^^H
^M Sermon joyeux du Quatre Vem, 294,
Supposls de ta Co^uitle^ 24}. ^^H
^1 Stimon foytax pour rtre^ }00.
Temps 287. ^^^1
^H Serre (Jehan), 277.
TerUbres {les) de Mariage, lOf. ^^^^|
^B Stur Fesuc, 297.
Testament </^ Afdislr^ Mymin, 268, ^^^^|
H Seyssel (Charles de), 282.
TuMmcnr (/«) i/^ Patheltn, 268. ^^^H
H Sharp, Pageanu, 24 {.
TVjff 287. ^^^H
H Sibîlet (Thomas), 2^8.
Thercut (Raol de), 237. ^^^^|
^m Sieurs d'ays, 291.
Thibault l'Enflé, 30). ^^^H
H Silvestre, Marques, 2^4, 269, 286.
Turs{U], ^^^H
^M Silvius (Willem), 244.
Turs Oe\ Fot, 366. ^^^H
H Smith (S. Birket], Justestn, 246.
Tiers {le) Fol, laboureux, 260. ^^^^H
^1 Sobrel (Anlhoinc), 280, 28}.
Tiers {le) Nouveau, 2\\. ^^^^H
^1 'Sobres (Us) Sotz entremelUi avu lu
^^^^^1
H Syeurs d'ays^ 291 •291.
24}. ^^^H
^P SoUsons, }oo, ji 1.
Torcke lorgne, J04. ^^^^^|
^1 Soiurs carrez, 261,
Torre Naharro, 347. ^^^^|
^1 Sonyn liean), jo{.
ToLcque, ^^^^1
■ 5o( (/^), 298.
Toat le Monde^ 389. ^^^^^|
^1 Sof corrompu^ 270.
Tout par raison, 269. ^^^^^|
^H Sot dissolu, 270.
Tourne boiielle, 368. ^^^^^H
^1 Sot glorieux, 270.
Traoscart (Nicolas), j 1 \, ^^^^H
^1 5cr ignorant, 270.
29^. ^^^^1
^1 So/ trompeur, 270.
Trepperel (Jehan), i\4. ^^^^H
^1 So»e (/)>) »/nmu/i«, 262.
Trepperel (V« Jehan), 269. ^^^^|
^1 Sctu Fiance, 362.
Trttaalde, ^^^^^|
H Sctu Jolie, 270.
Treviires, 2s 1. ^^^^|
^1 So((e OuJjiorr, 262.
TriboaUt, \o-j, ^^^^H
H So/r//>, 24 s.
* Tro\s {les) Calants, brce icinq pers., ^^^^f
H Sottcrnie, 24}, 244.
349-2 p, 268, 270. ^^H
^1 Sono cAjniOAi, 2^7.
* Trois {les) Galans, farce à quatre ^^M
H Sotlif, 287.
pers., p6-)[8. ^^H
^Ê 'Sotie des Croni^ueurs, 27J-277.
Troisième {la) Bru, 19]. ^^^^H
^1 *Sotlie nouvelle, >07*}09.
Troisième {la) Pèlerine, ji j. ^^^^H
^1 Sotties amoureuses, 2J7.
Tioisiime [le), 27}, 289. ^^^^H
^1 *5oUui ;oti/ci d C</i^e, 280, 38].
Troisième {le) Compaignon. 389. ^^^^H
^M ' Sotise a hua personnages^ 270'274,
Troisiesme {le) Galant^ 300, )03, )i£. ^^^^H
^L^ 241,248.
Troisième (te) Pèlerin, 2'j'j. ^^^^^
^^^H Souinet,
'Troisième {le) Sot, 262, 291. ^^^^H
336 E. PICOT,
Troisiimt (U) Suppost, 509.
*Trompcars (Sott'u acttHlU des),
•289.
Turcs, 317.
Tunis, 392.
Valenciennes, 237.
Vallet de Viriville, Mystïre^ 240,
Van VIoten, KlachUpel^ 243.
Varia {U), 29$.
Venise, 267,
Vu de dame Guelinej 30J.
Vie {la) de Job, 31}.
]rie Mgr, S. Fiacre^ 240.
Vul (U) Pèlerin, 313.
Vitille {la) Bru, 293.
VUle (la) Pèlerine^ 313.
LA SOTTIE EN FRANCE
Vigneron {le), 28).
287- Villedieu [-les-PoëlesJ, 2 j i .
Viollet le Duc, Théâtre, 248, 2J7,
262, 268, 298, 300, 304, 306,
307» 309-
Virade, 2J9.
Vires, as3-
2SJ-
Watelet de tous mesiwts, 294.
Ward, //«(., J4S.
Willard (Ad.), 264.
Willems, Muséum^ 274.
Wôjcicki, Teatr, 246.
Wolf, Stadieiif 247.
York (le duc d'), 2^2.
MÉLANGES.
UN NOUVEAU TEXTE DES NOVAS DEL PAPACAY.
Dans U Rinstû éi jilologia romanza, I, ]6-9, M. Stengel a publié une nou-
velle version de las Novas del papagay^ d'après un m$. de la Biblioth. nationale
de Florence (Magliabcchiano 776, F, 4), qu'il désigne par ta lettre J. On n'en
connaissait jusqu'alors que la version du ms. de la Bibliothèque nationale de
Paris 22^5 (ms. La Vallière 14, R de Bartsch), attribuée à Arnaut de Car-
easses et publiée i diverses reprises par Raynouard et par M. Bartsch.
M. Stengel (/. c, p. j6^ note jo) est d'avis que le texte représenté par le
ms. florentin, offrant une narration plus simple que celui qui porte le nom
d'Amaut, a servi de base au remaniement satirique de ce dernier. Avant de
se prononcer définitivement sur cette question, on devra consulter le ms. de
l'Ambrosiennc de Milan jR. 71 sup., G de Bartsch)j qui ne contient, à ce qu'on
nous dK, que le commencement de la nouvelle. Il s'agirait avant tout de con-
naître l'étendue de ce fragment : s'il ne va pas plus loin que le vers 1 2 j de J, i
partir duquel J et R commencent à diverger sérieusement, il n'apportera que
peu de chose à la solution du problème posé par M. Stengel, et servira tout au
plus i la constitution du texte commun ^ l'une et à l'autre version.
U n'en est pas de même d'un fragment que j'ai copié, il y a une dizaine
d'années, dans le ms. de la Riccardienne de Florence, n» 27^6. Je ne sache
pas qu'il ait été signalé, et le donne tel quel. Il a été inséré au dernier leuillct
du ms. par quelqu'un qui paraît avoir écrit de mémoire, sans avoir sous les
yeux un texte quelconque, ce qui expliquerait selon moi l'omission de certains
vers et la dé6guration complète de certains autres. Il parait que le texte ainsi
reproduK était de la famille de J; il y aurait pourtant une remarque à faire à
propos des vers J2-3 et jG-? du texte R :
Car senes vos no pot guèriT
Del mal d'amor que-l fai languir
Car, si-us plai, morir vol per vos
Mai que per al viure joyos.
}2S MÉLANGES
Ces vers correspondent aux vers 17.18 cl 27-8 de J :
Quar senes vos non po! sofrir
Lo mal d'amor quel fai languir,
Que mais ama morir per vos
Que d'autra esser poderos.
Le fragment nccardien donne ces deux paires de vers (is-i&, 27*28) à peu
pris comme J, mais il place au devant du second un nouveau couple, inconnu
i J et â R et reproduisant cependant une rime du premier couple de R
iguerir-garir) :
Ch'il ama mieus per vus mûrir
Che per autre donne garir;
m ame mielz mûrir per i^iu
Che per auire donne eitre poderus.
L'orthographe du fragment présente un caractère mixte el des formes fran-
çaises et italiennes mêlées aux formes provençales. — Les vers sont knts comme
de la prose, chaque vers étant séparé du suivant par un point. Après le vers j)
te texte s'embrouille tellement que force m'a été de le reproduire comme prose,
sauf â retourner à la lorme de vers là où elle a pu être rétablie approximative-
ment.
J'ai séparé partout les mots que le copiste a soudés ensemble.
I Denz un verzier de mur serrât
Ad onbra d'un laurier fogliai
Adi contendre un papagae
4 De te razo com ge vos drae.
Devant una donn' es vengut
Et si li apport' un salut
Et a dit : Donna, Die vu sal^uj !
8 Messagier sum, ne vu sia mal,
Del miglior cabbaler cum fus,
Del plu certes^ del plu gioius :
Antifanor le fmls a rej,
1 2 Che per vus a(n) basti le tomej,
Vus man salu cen rail feiz;
Pre vuz per mei che ll'amciz,
Ch'il sam vuz ne po soffrir :
16 Li mal d'amor le fa langhir,
Et nul mez li po valer ■ ,
Me vuz, che IPavcz in poer,
Le poez garir se vuz plais.
I . Ms. valir.
UN NOUVEAU TEXTE DES NOVOS dit Popagfly \2<f
20 Soi che per mei ti trametuis
Zoia che-l port per voilr' amur :
Si H'aurez gari da se doulur.
Ancor vuz di per ma fej
24 Che m...' doiez aver merzej,
Ch'iil ama roieus per vus mûrir
Che per autre donne garir, *
m ame mielz mûrir per vus
28 Che per autre donne ettre poderus.
Al tant la donna respon[tJ
E a dit : Amich e don(t),
Vus est abattuz in vam
}2 Plus che nul home cristian,
Ch'a me donez um tal consîl
per mom mari. — Donna, ze non die ce che ne s vu me.
Ves mari mes c'autre ren.
Me puis appres celleamen
Amer celui che moraman',
Per vcitr' amur non aggie ingan.
— Pappagae, iro sa bien parler:
Be sa, se fosse cabbalier,
6e sauris donna prier.
Donna de vus me meravii. che de bom cor no ll'amez. Nel vu remembre
de Flur et de Blanceflur, d'Isotte c*amo Trittan,
E de Tisbe co al ? pertus
Ala^ parleva Perannus?
A. WhSSELOPSKY.
Jl.
SUR iO, PRONOM NEUTRE EN PROVENÇAL
fVoy. flomumti, IV, h'"?^-
t. Aux exemples mentionnés ci-dessus (IV, p. 342' de l'emploi de lo
comme sujet neutre, on peut joindre les suivants, tirés des Leys U'aitujrs
et qui sont4es seuls qu'offre cet ouvrage : lo es annati (II, Jso et jji),
lo era amat^ (M^)* ^^ esavenhat (îsoj. On en trouvera de pareils en
I. Apris mit j j un trou dans It parchtm'tn. — 1. Ms. a mat. — 3. Ms. alal.
— 4. Mî. Alfr.
t. Aniat a ici le même sens que amet dans le v. du Saml Légtr (7, 6^, si
ingénieusement restitué par M. Gaston Paris (Toy. Romanio, \, joj).
))a UÉLANCES
assez grand nombre dans le Peiii Thalamus de Montpellier. Mais ni les
Leys ni le petit Thalamus n'ont un seul exemple de io régime ou attribut,
De même que o [oc] et so sont devenus respectivemcni en divers lieux
a {ac) et sa^ lo s'est aussi renforcé en la. Je trouve cette forme en Dau-
phiné où elle est usitée (avec /o, tou, le; — cf. so, sou, se) comme sujet
neutre. Ex.: la faut ^ la fouilli'. Elle y est ancienne, car j'en vois deux
exemples {ta sia fayî, ta serefayt) dans l'extrait de la traduct. vaudoise
de l'évangile de saint Jean, donné par M. Paul Meyer dans son Ruueil^
p. }6, col. I» verset 19, d'après les mss. de Dublin et de Grenoble.
2. Autres exemples tirés d'une pièce du troubadour Amaut Plages
{Parnasse occilan'un, p. îs8) :
Avenir P Dîeus 0 volguesl
Non pot lo?
Et plus loin :
NoQ es mais qu'aissi m'aucia
Lauguen? — Lo non.
Ce dernier exemple où l'on voit le pronom neutre employé comme le
sont souvent les pronoms masculins et féminins des trois personnes cl
des deux nombres, dans les réponses soit affirmatives, soit négatives
(ieu ocy ieu non ou inversement oc îeu, etc.), me suggère, pour deux
vers de Flamenca, une correction qui nous fournirait deux exemples de
plus de lo sujet.
V 2j8j-7. Ha dig suau : « Ha i comtier,
Amies, aqui ni calendier?
— Seiner, 01 lo » (au lieu de oit 0),
V. 6189. Si m'en soveni per Dieu, oi lo (id.l
La particule affirmative oi, qui se trouve encore au v. 4496 du même
poème et qui paraît provenir de oc par vocalisation du c, manque au
Lexitjue roman; mais Rochegude la mentionne dans son Glossaire occitanien.
Des textes cités dans la note 1 de la page ^42 comme offrant des
exemples de lo régime neutre, il faut retrancher Flamenca. Vérification
faite, tous les lo qui ont, dans ce poème, l'apparence de pronom neutre,
sont à mon avis pour l'a (ti 0), sauf un seul très-douteux (v. 5566), que
M. Meyer propose avec raison de corriger so. Il faut pareillement rejeter
l'exemple de so = 0, tiré (même page) du roman de 'Jaafré. C'est s'o
[sibi hoc) que Raynouard aurait dû écrire.
C. Chabaneau.
I. Champollion, Recherches sur les puXoxs du Daaphiné, p. 117.
CORRECTIONS.
LE DIT DE COUSTANT.
Nous avons reçu de M. Thor Sundby les rectifications suivantes à ce texte que
nous avons publié (VI, 162 ss.) d'après la copie faite par M. Wesselofsky de la
copie de M. Sundby ; ce dernier a collationné de nouveau l'édition de M. Wes-
selofslcy avec le manuscrit.
V. 2 le ms. porte : degastte.
V. 10 si ne manque pas.
V. 2; et )0 le ms. a roee^ et non voce.
V. 12 va est une bonne correction, mais le ms. lit ca.
V. 35 et 36 ms. moijen.
V. 61 boinne.
V. 70 dans le ms. il n'y a pas Quant ains^ mais Quent ains.
V. 97 le prisî a plorer.
V. 145 ms. : mos {cf. v. 1 56).
V. 186 ms. : Dûu {oa^ mais sans initiale).
V. 257 ms. : sen (cf. v. 266).
V. 258 ms. : avoecques (cf. v. 248).
V. 3 16 // ne manque pas.
V. 347 ms. : roi.
V. 37 j elle ne manque pas.
V. 577 ms. convient.
V. 401 ms. auoec (cf. v. 248 et 2 $8).
V. 4ro ms. Manc (comme commanc).
V. 441 empereour est dans le ms.
V. 44S ms. varies (cf. 477 et sj8).
V. 487 le ms. a bien : cestoit.
V. 5S5 ms. casiieL
V. 566 le ms. a li ville.
V. S75 le ms. a uo.
V. 215, 22J, $91 et 602 lems. a partout : .ii.
COMPTES-RENDUS.
I Complementi della chanson d*Haon de Bordeaux, testi franceai
inediti tratti da un codice dellâ Biblioieca nazionale di Torino e pubblicati
da A. GaAF. I. Auberon. Halle, Niemeyer, 1878, in-^*, xxvi-^ p.
M. Graf a pensé que le prologue et les suites de Huon de Bordeaux, bien que
sensiblement postérieurs et fort inférieurs à ce charmant pocmc, méritaient
d'être publiés. Je suis comme lui d'opinion que tous les textes poétiques du
moyen âge valent la peine d'être rais au jour, et puisque M. Graf avait sous la
main à Turin le manuscrit unique qui contient Aubtron (le prologuel, il a tort
bien fait de copier cl d'imprimer ce poème. La seconde partie, qui sera beau-
coup plus volumineuse que la première, ofnra aussi beaucoup plus d'intérêt, et
il est à souhaiter que l'éd/teur ne la fasse pas trop attendre. Toutefois il ne sera
pas mauvais qu'avant de la publier il étende et précise quelque peu sa connais-
sance de notre ancienne langue : on verra par les remarques que |e devrai faire
sur le texte d'Aubcron qu'elle n'est pas aussi familière â M. Graf qu'on pourrait
le souhaiter.
Après un court avertissement, relatif au rns. de Turin, où les observations
diatcctologiques auraient pu sans inconvénient être omises, M. Graf, dans une
préface de 1 S grandes pages, étudie le caractère et les sources dn petit poène
à' Auberon. Ce qu'il dit est généralement judicieux et atteste une lecture atten-
tive de ce qui a déjà été écrit sur le sujet. M. Gr. a fort bien reconnu qu'il n'y
a dans Auberon aucun élément traditionnel : c'est le simple développement, ii
l'aide d'une imagination fort pauvrement douée, des indications sur le roi de
féerie contenues dans Huon de Bordeaux. L'auteur de ce poème parlait sans
doute déji 1 l'aventure en faisant naître Auberon de Jules César et de Morgue la
fée; son imitateur a entassé au hasard des noms encore plus étonnés de se
voir accouplés : Auberon a pour frère saint George ; Jules César est fils de
Brunehaut qui a pour père Judas Mac ha bée ! De tous ces personnages popu-
laires, l'ignorant et plat rimeur semble d!ailleurs n'avoir connu que les noms ;
on chercherait en vain dans son œuvre quelque fait original, quelque détait
traditionnel'. Un seul trait mérite l'attention : c'est la bizarre histoire de
I. J'avlb coniecturé jadU que le rapprochement àt Jules César ci de Brunehaut pro*
venait de ce que loiu deux étalent considérés comme ayant fait les Riands chemins;
cette conjeaare est confirmée par les vers 10S6-88 de noire poème . Sa mire et il font
tes teir.ins fera Parmi les règnes par lors (sic?) soathais fais Efcor i sont, bien savoir
U pois.
Auberon, p. da Grap jïj
saint George. Ayant enlevé de Babylone la fille du roi, i) combat, sur le ■ mont
Noiron I, an serpent terrible qu'il tue, mais non sans avoir reçu de cruel les
blessures ; réniotion qu'éprouve son amie hâte l'heure de son enfanlement, et,
par une pudeur un peu tardive, elle ne veut pas que George l'assiste, même en
se bandant les yeux. L'embarras est grand, quand survient la sainte famille,
qui passe par li en allant en Egypte : la vierge Marie entend les cris de la
pauvre gisante, et fait de ses propres mains l'office de sage-femme ; après quoi
elle guérit George de ses plaies. Pendant que celui-ci va chercher des provisions,
le reste de ta compagnie s'endort, et trois voleurs les surprennent : ils ne
trouvent pas grand'chosc à prendre; le premier cependant emporte l'enfant
nouveau -né, le second le bouidon de Joseph, el le troisième s'amuse à lui couper
I» grtMnt. George rencontre les voleurs el leur reprend tout :
Mais Jozef est de larmes esplourés
Pour ses grcnons c'on li a bertaudés.
Georges les a a ta vierge donnés ,
Dont fu Jozef de la vierge acenés .
Au vis ii a les siens grenons pozés ;
TlDtost i furent trestout enracinés :
Barbus devint (/. revint^, moult est réconfortés (v. 1991 is.).
H. Graf s'est arrêté avec raison sur cette burlesque histoire; il en a signalé
d'analogues au moyen âge, et il a surtout montré^ chose vraiment curieuse,
qu'elle se retrouve dans un poème sur l'histoire évangélîque contenu dans ce
m£me manuscrit de Turin. Il y a peut*étre l plus qu'une coïncidence fortuite.
M. Graf, qui regarde la date de ijii, placée i la an du ms., comme très*
postérieure i ta composition des poèmes qu'il contient (p. v), s'exprime ailleurs
d'une façon qui pourrait faire croire qu'il considère le scribe du ms. et l'auteur
d'Aubtron comme une seule et même personne. Remarquant en effet que le
prologue contredit le poème de Huon, ott Auberon est donné comme fils unique,
tandis que dans le prologue il a saint George pour frère, il ajoute : « Il Pro-
logo dando per fraicHo ad Auberon San Giorgio, quel verso (S'onnl plus d'otn
tn trestout ior ai) non poteva rimanere nel susseguente poema Il poeta se
ne accorse, ma dopa (Taverlo scr'tUo, e h canccitô, lasciando nella colonna una
riga vuota dove chiaramente si veggon le tracée dcl raschietto. Nel princîpio
délia iranscri^ione del poema egli fu più accorto, e giunlu a quel verso delta
prima strofa, Si not plus d'oirs tn trestot son eaigt, lo saltft di nelto, e pass6 al
verso seguente (p. >xv). > Il est certainement plus vraisemblable d'attribuer
cette double altération à un scribe, qui aura remarqué et voulu effacer la contra-
diction entre le poème et le prologue. Cependant, si on joint ce petit fait i
l'observation présentée ci-dessus, on sera porté à croire que le ms. a été copié
dans le même milieu, dans la même Ubmru oti le poème à'Aubtron avait été
composé, et peut-être sous les yeux de l'auteur. Je ne vois rien qui empêche
d'en abaisser la composition jusqu'aux dernières années du XIII* siècle ou aux
premières du XIV'. — Le reste de la prélace de M. Gr. est consacré à l'étude
du personnage d'Auberon (il montre par de nombreux rapprochements son
intime parenté arec les autres </&»), et i des remarques intéressantes sur tes
)54 COMPTES-RENDUS
objets merv«îll«ux qu'il possède ei qui jouent un si grand rftte dans les aven-
tures de Huon. Du poème d'Aubcron en lui-mime, l'éditeur dit peu de chose
et il y a peu de chose i dire. Il rapproche le dèbol de celui de Darmart U Gûloii :
il aurait pu le rapprocher de vingt autres, également consacrés i développer
cette pensée qu'il ne faut pas t celer son sens •, Le style est médiocre et
lourd ; la langue n'est cependant pas sans originalité : le lexicographe y puisera
plus d'un mot. La versification offre quelques particularités remarquables, une
entre autres qui, si je ne me trompe, est unique dans tes chansons de geste. La
césure lyrique y est employée tout i fait habituellement'. Par exemple :
V. 48*9 : De ses frères ounerer li pria
Et del peuple que dcsous lui tenra.
Il y en a 21 cas dans les 200 premiers vers, soit plus de dix pour cent;
ensuite cette proportion va toujours en diminuant ; je n'en trouvre que 6 dans
les 200 premiers vers du second millier, que 4 dans les 300 derniers vers du
poème {2268-2468). L'inverse a lieu pour la césure épique : elle apparaît pour
la première fois au V. ji^, ; fois en tout jusqu'au v. 500 ; dans !es vers looi'
1300 on la rencontre ao fois, et 16 fois dans les cent vers de la fin. Que
conclure de ce rapport ? Apparemment que l'auteur a commencé son poème avec
l'intention d'écarter la césure épique et d'introduire la césure lyrique : c'était
une innovation du genre qu'aimaient les versificateurs de ce temps ; puis insen*
siblement i! s'est relAché de l'attention que lui demandait ce procédé, et il a
laissé la césure épique s'introduire puis foisonner, la césure lyrique devenir de
plus en plus rare. — Il faut encore signaler chez lui ta négligence du repos de
l'hémistiche : ses vers sont souvent dénués de véritable césure, bien que la
4* syllabe (sauf naturellement dans les cas de césure lyrique) ait toujours l'ac-
cent. Ainsi : Et Judas ^ujnt l'ost prist a aprocitr (14O; Del rot ^ui U cuidoit
dtsireUr (a^g) ; Et des plut baus barons de sa contrée (]^]) ; Ert une grant cité
bien massonrUe ()72) ; De par U tout poissant U souHaida Qu'elle trois cens ans et
plus rivera (^jo-ji), U Ua u la dame st demtnta (1917), etc. On trouve des
vers construits de même avec la césure lyrique : Tous Us autres oisiaus st esmaia
(1 17I ; Vîtrr la table le roi est poursatlis (489). — L'auteur semble se permettre
parfois de ne pas élider un e féminin devant une voyelle initiale : Et sa serours
Morgue as enns deulgHs (1261 1; L'aisnet enfant George ont aptlli ((428); Strr
amiraus, fait ele humlement (j^C; peut-être ici l'hiatus cst-ilfavorisé par l'A
initiale) ; Pourtant de et que li avoil promis La ^uatr'ime fte ert moult pensts
(469) ; Assez i misent viiaUle a plenti (242 j) ; on peut joindre ï ces exemples
deux cas de césure lyrique où le second hémistiche commence par une
voyelle : De nous faire ocire a tel hontage (264) ; Qui ^u'il place et qui qu'en
ait maugrès IJ91I. — Enfin on remarque des rejets tout à fait contraires aux
habitudes épiques, consistant par exemple en un seul mot :
A Rome l'ai laîssié pour le pais
Carder : de tous est amés et chéris (220}).
I. i;n veri deux fois répété (707, 711) 01 ainsi conçu : En une lande wittj li s'aresta.
On a des exemples de cette structure, où U 4* syllabe appsriieoi au 1' liémiMidie, daoi
quelques pièces lyriques (ou faudraîi-il voir Ici et dans quelques autres des vcn diés des
exemples de coupe h U lUième syllabe PJ.
Auberon, p. da Graf ))5
Par dedens Romme la fort cité garnie
Vinrent ; par tout en fu la gent moult lie (2204) ;
ce qui nous permet de rétablir le sens des deux vers suïvans, que l'éditeur, ne
les ayant pas compris, a ponctués ainsi :
D'autres pecies faire est amanevis ;
Cascuns li cors a l'ame est anemis (1794);
Le premier vers n'a pas de sujet, et li au second est inadmissible. Lisez :
D'autres peciés faire est amanevis
Cascuns : li cors a l'ame est anemis.
Ces divers traits concordent pour nous faire voir dans l'auteur d'Aabtron un
versificateur plus habitué à la poésie lyri^jue qu'i la poésie épique, ou qui en
tout casa voulu faire pénétrer dans la seconde tes habitudes de la première. Le
début, ob il déclare s'adresser aux 1 lolaus amoureux », me semble amener â
la mênie conclusion.
■ Délie norme da me seguite nella pubblicazione poco ho da diae. CercaJ
di prendermi quante meno lîcenze fosse possibile, sapendo come, per ismania dî
correggerc e di restituire, spesso si adutteri e si lalsifichi. Pcrcifi insi fatto pro-
posito, badai anzi tuito a mantenere inalterata la grafîa del codîce^ né credo
d'aver mesiiere di spenderc piii parole a dimosirare la ragionevolezza di tat
procedere. 1 Ainsi s'exprime l'éditeur, cl certainement on ne peut que l'approuver
d'avoir reproduit fidèlement le manuscrit tel qu'il l'a lu. Mais déji pour bien
lire, il faut posséder solidement la langue du texte ; pour bien imprimer il faut
bien comprendre, du moment qu'on prend sur soi de séparer les mots autrement
que le ms., d'apostropher, de ponctuer et de guillemeter (même quand on omet,
comme M. Gr. , toute accentuation , et qu'on ne distingue ni Vu du v ni \'i du /) ;
on ne doit jamais imprimer sans une remarque expresse ce qui est inintelligible,
et pour te discerner il faut comprendre nettement ce qui est intelligible. Enfin
l'éditeur ne s'est pas interdit toutes corrections, et par là il a donné le droit de
lui reprocher d'en avoir omis d'indispensables. J'examinerai successivement les
corrections inutiles ou fautives, — les corrections omises à tort, — les phrases
mal distribuées, — les mots mal coupés, — enfin les fautes de lecture, que j'ai
remarquées dans une lecture de ce texte. La liste n'est certainement pas com-
plète, mais elle est trop longue. Je l'ai dressée d'abord parce que, dans le
nombre des corrections qu'appelle l'édition de M. Graf, plusieurs sont assez
intéressantes ou donnent lieu à des remarques générales, ensuite pour que l'édi*
leur, dont |e reconnais le soin et la bonne volonté, comprenne la nécessité de
se préparer plus mûrement aux publications qu'il a en vue.
Corrttuons inutUes. On peut dire que c'est le plus grand nombre de celles
qu'a faites l'éditeur \ car, même parmi celles que je n'indique pas, beaucoup
sont au moins oiseuses, portant sur des particularités orthographiques qui
pouvaient fort bien subsister dans une édition qui n'a pas la prétention d'être
critique. V. 16^ Jadas fu fort, atns /if/i guerpt atrier . M. Gr, intercale /*
avant »tri^, mais l'omission de l'article dans ce cas est normale. — 2]3 Le
n». a poittis^ l'éditeur corrige poestts ; ces deux formes, diversement contrac-
tées, de l'ancien 'podeuUis pouttii, sont également légitimes. — ^27 N<mi
n6 COMPTES-RENDUS
.XX». tn ctl ocummi I famu prù ; M. Gr. ajoute seul après nous ; tt ignore que
.xxfi. doit être lu vint a sis. — }}i Sts gtns au norainaiif pluriel est corrigé
eo ta gtni, geni itant féminio, sts gens seul est correct; s'il était mascnlio, il
faudrait jt gent; {67 sa gtnl au aom. sing. est inutilement changé en sa guis.
— }99 O sa mouiHier !a puais] et la semt : preus, qui est proprement uo
adverbe, prod (voy. Rom., II],420>, est régulièrement invariable: /r^Uf/f est une
formation récente; preuse a été dit barbarement au XV' s. — f}} Gentis tt
nobles rois, ne voas tormentîs : M. Gr. trouve le vers trop long et propose
de lire ne ons ; nous avons simplement ici une césure épique, avec l'hé-
mistiche à peine sensible comme il arrive souvent dans le poème. — 6{6
souhauic est corrigé en souhait^ mais souhaing est conservé au v. 3J9;. —
777 (Et) Il services : conservez £f, avec césure épique. — 808 amours au
rég. ne doit pas être corrigé en amour ; l'usage de cette forme est cons-
tant, notamment dans la poésie lyrique. — 89^ et 997 il est bien superfhi
de changer muet en mtex ; muex est une focme dialectale connue. — 841 n'ttt-
t[r]era : enteris pourrait rester, mais si on voulait corriger, il fallait eaterris. —
(aî7 prcnd[r]ti : le verbe est i l'impératif, et prtndis est fort bon. — 1319.
Tant qu'en Monmar .i ioar \s']en deliura : délivrer se dit absolument pour « ac-
coucher ». — 1679-80 De vostrt mort ueoir sunt desirrant .xiii. en[s] ta; l'édi-
teur a compris ; < Ils désirent votre mort depuis treize ans dé|a >, sans voir
que l'hémistiche serait trop court ; il faut entendre : • Ils désirent votre mort;
ils sont treize », et lire Treize en i a. — 1717 L'éditeur a corrigé u en £( i
ton, parce qu'il a mal compris et mal lu, comme je le dirai plus loin, le
V. 169}. — i8i4 Plm rostt mont lamais nus ne verra. M. Gr. lit roist ; l'addi-
tion de yi peut se justifier, mais pourquoi supprimer \'c nécessaire à la mesure?
— 3934-6 i^i la utist Arta le roy chenu loie mentrtni, tant at ie bien seu, Que
grant aie eat la tant n'tust utscu. < Non si cogtie, dit l'éditeur, il sensodi questi
versi ; forse bisogncrebbe leggere loie mener et gu'eusl uacu. > La première de
ces corrections est bonne, la seconde inutile ; le sens est : 1 Celui qui aurait
vu la joie qu'Artus menait, \t suis sÛr qu'il en aurait eu de ta joie, quelque vieux
qu'J pût être. » — 2290 De son père ot U tuns le chuf cope, c'est-à-dire :
• Ton père a eu la tite coupée par le sien > ; M. Gr., ne comprenacl pas, a
imprimé : De ion pert ol H sitns te chief cope, qu'il entend : < Son père a
coupé la léte du tien ». — 2441 Ens tn sa chambre sestost armer, l'éditeur
corrige s'aU tost armer ; lisez, pour le vers : s'est tost atis armer. — 34G4 /t
pour U (=: la) est inutile.
Corrections omises. M. Gr. n'a pas vu la nécessité de rectifier le manuscrit
dans les passages suivants, où le sens, U grammaire ou le wn le demandeol.
V. 81 et 86 El U caens forment sUn aira, Que h cuens la mort tudas iura ; cuens
ne peut compter pour deux syllabes, et il s'agit d'un roi : I- crueus (cf. v. aj).
— (9i .t.m. et plus en i ot mte mors que pris, suppr. i. — 419 Encore n'iert pés
iê mitnuit passée, 1. Kncor. — 424 desgree. I. desgreee. — 441 pms qu'amsi ua,
I que pour la mesure. — 574 S'il nous plaist, I. Se. — 628 nonchies, I. nonchtt.
— 664 Qu'ains., I. Que. — 1^32 En tor compaignie, \. En lor compatgne. —
i^6a li cuisiniers, suj. plur, lisez, pour la rime et la grammaire, cuisinur. —
20i7 Encontre h tn uint Morgue U senee, suppr. tn. — 2167 Qu'en leurs {siefd.
Auberon, p. da Graf î}7
tors i]oa et 2087) terres fussent al ^u'estoitnt /j, vers trop long ; lisez gui sont
la, avec césure lyrique? — 2184 Majs trespassa, mots de tutng enlra^ I. /i mois.
— 2JS9 m, 1. ci. — 228) Endormis si si est, I. s'i U seconde fois ; au reste,
d (non avis, ce vers et tous les autres alexandrins qui se rencontrent dans le
texte doivent el peuvent être ramenés k dix syllabes ; par exemple ici il y en a
cinq qui se suivent et que je lirais ainsi :
Li autre sont el bos [sachiés) cachier aie ;
(et) Auberons (si) a le sien cors désarmé,
Et (après) son haubert a le perche posé.
{treslous) Nus s'est couchié ens en un lit paré,
Endormis (si) s'u) est, si (i. lit frère l'ont garde.
2382. Vos haubert \\. haabtr s) iert par lai reconfortes; cela n'a pas de sens,
I. rtconqatstis. — 2438 LÀ OrgaïUeus tert atts a cueter ; \c ne devine pas le sens
de ces mots, peut-être mal lus. On pourrait songer i lire jhueter, mais |e n'ai
pas d'exemple de cette forme contracte pour abeveter: aboeter^ qui se trouve par
ex. dans Rcnart (Méon, 6617, 2170J), a quatre syllabes. Je ne relève pas les
menues erreurs de ponctuation ; (voy. cî-dessus. p. jjj, pour les v. \y<)y^);
je signale seulement deux exemples où la mauvaise distribution des guillemets
détruit complélement le sens.
V 740-42. Dist Brunehaus : c 11 vous rapaisera;
Dedens brie tans vos cuers plus l'amera
Que riens qui soit et ceuis » Dist : c Non fera >.
Je ne sais comment Têditeur a compris le dernier vers. Il faut lire dots pour
itais, et imprimer :
Que riens qui soit. * Et cieus dist non fera.
V. 1400-j. La tierce fee adont le resgarda,
tPuis dist : < En haut mal ait qui ce pensa
En son despit' Soushait que l'enfes ia
K Puis que de âge (/. d'eage) .xv. ans passés ara,
F la puis se di iamais nen uiellira (/. n'envielltra).
ten 1401-2 doivent évidemment être imprimés :
Puis dist en haut : • Mal ait qui ce pensa I
_ En son despit soushait etc.
Les vers précédents offrent déjà deux exemples de mots mal coupés (dont
le premier se retrouve d'ailleurs au v. 270, le second aux v. 4}7> ' U^) ; ^^
genre de fautes n'est malheureusement pas rare dans le vers, et trouble le
sens ou viole les règles de la versi6cation ou de la grammaire. V. 1 1 j ti atiz^
I. t'iaae. — 127 Ki trent, I. Kltrent. — 269 tant tien dire nous sagt^ \. sa g«,
forme bien connue. — 497 Voille ludas, ). Voit le, mais il faut reconnaître que
cette fusion n'est pas rare dans les manuscrits — 499 Sqs un destrier eoarant
ne de gre morte; quel sens l'éditeur attache-t-il i ces mots? Je proposerais ni
d'Egremorte, pays que je ne me charge pas d'ailleurs de trouver sur la carte.
— S71 ./. chias, corr. Ichius. — ^Sj Moult i auoil de staueurs embrases. I.
d'eitaveair)s. — 921 Si re ii a aotant tous (M. Gr. corrige à tort tout) pat'
dotinttf \. S'i«. — 1 07 1 apoint^ 1, a point. — 1 140 nen, I , n'en. — i s 2 1 ormter,
Romania^ Vtl 23
Jj8 COMPTES-RENDUS
1. or mUr, — 178^ parest, ). par ttt. — 20^0 ji al^ t. z*'un — 2101 qui trcnt,
I. qa'iertiU (ou mieui corr. qu'ieit pour la mesure). — 254^ Des soas, I. Dtsious.
— 2)8o si ert, I. i'ùrf. — 2429 a la tuspre^ \. a l'arespri.
Enlin, malgré l'attention qu'a apportée M. Graf à copier son manuscrit, 1)
est difficile de ne pas lui imputer d'assez nombreuses fautes de lecture. Je sais
bien que les scribes du moyen âge étaient, quoique moins dangereusement,
exposés aux mêmes erreurs que les copistes d'aujourd'hui, et qu'il est peu de
confusions modernes dont ils ne puissent fournir des exemples ; mais, guidés
par le sens, ils distmguaieni des lettres que les formes rendent presque sem-
blables, et c'est aussi avec ce secours qu'il nous faut déchiffrer leurs produc-
lions. Il est possible que les diverses fautes que |e vais relever se trouvent
en grande partie dans le ms. de Turin ; en ce cas l'éditeur aurait dû les corri-
ger ; mais it est plus probable que c'est lui qui les a commises, parce qn'D n'a
pas reconnu les mots où elles se trouvent 11 lit par exemple i pour c : 1 p
Vesti U chnâlUr {Vtsei), 388 Sans noise et sans tru\e] (erite), et en revanches ||
pour t : 2 scunceus (au moins je doute fort de ce mot, qui ligure dans plusieurs
textes imprimés, mais que je crois mal lu pour saenltus), 3 ctus (le sens demande
ffuj ,- je remarquerai d'ailleurs que MM. Cuessard et Stengel^ qui ont publié
ces premiers vers, lisent également ctus et tcUnctui}, îj2 creancu {aeanUc^
comme l'atteste la rîme : bien que ce texte offre quelques exemptes de mélange
de i^ avec i, ou plutdt de répartition irrégulière de U et ^ il ne tolérerait pas
t après £), 434 La tierce après celé li dest'ma Qu'elle sur tous Jaes pooir ara (ici
encore il faut lire tele, pris comme souvent au sens absolu : 1 lui donna telle
destinée • ; — /i pour u : 1 laj Or tt argent tenans a grant plerite, I. Or et au
géra, cevaus a grant plente (ainsi t pour c, et deux fois n pour u), 1691 Et Auht-
fons auec nous tn uenra (le ms. porte certainement uous^ c'est-à-dire vous; en
effet Auberon va avec son grand-pére et son père et ne reste pas avec
Brunchaut ; cf. ci-dessus, p. J36, la remarque sur le v. 1717), 1878 et i88i
grans (I. graus; cf. iubinal, Noav. Rec, I, agi, etc.}, et en revanche u pour n :
)7 Qu'il n'ot el mont plus bel ne iauara (ainsi lit M. Gr., qui corrige ne i auera,
U ne ja rt'ara), ni, 118, 123, 134, \ç)j utmer (vivier]^ i^j triatagc {irieuage =
trtuage, tribut)» 1 3^ eonnoi (je pense qu'il faut convoi^ au sens de « fais con-
naître 1, car cannois ne peut perdre son s, et d'ailleurs convient mal au sens). |]
— Pour ir l'éditeur a lu n dans uiphont 1223, triphonii 1 320, u dans remua
1894 ; il a lu n pour (/, si je ne me trompe, au v. 1698 : Entour Monmur tous
tes pies contera^ Et Je ses pies tous Us punira (1. piclura, mais M. Gr. corrige
replenirai, im pour mi dans aimaaèlts 967, qui ferait le vers trop court {aima
60 doit être une faute pour ama, comme serois 1063 pour seroit) ; si au v, ^4
[PreuSy si ia (fis ^ Preus fa jadis) est sans doute imputable au scribe - mais si
pour li au v. 2283 (cité plus haut^ ne doit pas être dans le manuscrit. Houmcres
J76 pour houneres est une simple faute d'impression. Enfin au v. 1407 l'éditeur
imprime Que ire[s] cens ans plainenant muera : le scribe a écrit ou M. Gr. a lu
l'abréviation de que au lieu de l'abréviation de qua; lisez Quatre cens ans.
Il n'y a pas lieu d'être trop sévère pour les éditeurs d'anciens textes français,
puisque la langue d'oil n'a encore ni grammaire ni dictionnaire : ce sont leurs
publications qui permettront d'écrire ces deux ouvrages, el on peut dire qu'il
La Légende de Sainte Marguerite, p. p. A. Schbler } 19
n'est pas une édition d'un texte en vieux français qui n'offre des fautes du genre
de celles que j'ai relevées. Toutefois ici cites sont trop nombreuses et trop
graves A défaut de codes officiels, chacun doit se soumettre, avant d*aborder
la tâche d'éditeur, à une étude sérieuse des textes ; l'édition â'Aaheron atteste
une inexpérience que l'auteur perdra bienlAt s'il veut s'en donner Id peine.
C.'P.
Deax rédactions diverses de la légende de Sainte Margue-
rite en vere français, publiées avec variantes d'après des mss. du
XIII" et du XIV* siècle par M. Auguste Souei.eii. Anvers, typogr PÎasIey,
1877. ln-K% 8t( p. (Extrait des comptes-rendus de l'Académie de Belgique.)
La première des deux rédactions (ou ptulM versions) de la vie de Sainte Mar-
guerite que contient cette brochure est celle qui commence ainsi :
Après la sainte Passion
Jesucrist, a l'Acension,
Quant il fu ens ou ciel montés
Furent aucun de grans bontés...
La version publiée en second lieu commence tout autrement :
Ascotez tote bone gent :
Dire voz voil aperlement
Comem la bone Margarite...*
De la version I, M. Scheler a connu trois éditions modernes : i' par M. de
Herltenrode dans le BulUtin du BibHophile klge, 1847 ; j"» par M. L. Holland,
Hanovre, 186; ; )" par M. I. de Cousscmaker dans ta Flandre (revue publiée
 Bruges) 187^. M. Sch. ■ choqué ■ de l'imperfection de ces trois éditions,
eut l'idée d'établir « sur les trois (textes] un nouveau qui eôt le mérite, sinon
fl de l'exactitude absolue, du moins d'une correction grammaticale et proso-
■ dique relative et surtout de l'intelligibilité %. Mais, reconnaissant probable-
ment que trois mauvaises éditions ne fournissaient pas une base suffisante, il a
collationué trois des mss. de la même légende que renferme la Bibliothèque
nationale. Le texte qu'il nous donne a pour base celui de la troisième des édi-
tions mentionnées plus haut (Coussemaker) corrigé arbitrairement d'après tes
autres textes.
C'est li une manière de procéder que nous ne pouvons en aucune manière
1. Après un prologue de u vers celte version enire en matière i peu prés dans les
' ne» lemies que l'autre :
Après la Jesu passion
R puis la Deu ascentioft
Furent apostle coroné...
Il se poumit qu'on en trouvât un ms. qui n'eât pas le prologue, auqad cas la cititioD
des deux premiers vcn ne sufliraii pas poai distinguer les deux versions l'une de l'julre.
Une troisième version que M. Scheler ne connaît pas, celle de Fotique, a un commence-
meoi ]nalO({ue :
Après U sxime passion
Et après II suricction
De no)^re maîstre Jhau Crist.
Il est donc opponuQi en ce qui concerne celte vie, de citer dau Ica dcscriplioni 4c
tnsi, les trois ou quatre premiers vers.
540 COMPTES-RENDUS
approuver. Sans doute l'édition de M. Sch. est plus correcte que les préc^
dentés, mais c'est dans l'espèce un faible mérite. Il est toujours aisé, lorsqu'on
a à sa disposition plusieurs mss., de corriger les leçons évidemment mauvaises,
et de donner ce qui s'appelle un texte lisible, mais si l'emploi des mss. n'est
pas réglé par la connaissance du rapport qu'ils ont entre eux ; si, en d'autres
termes, on n'a pas au préalable classé ces mss. par familles, on aboutit à un
texte constitué arbitrairement : et mieux vaudrait la copie pure et simple d'un
bon ms. Or. non-seulement M. Sch. n'a pas tenté (non plus du reste que dans
ses précédentes publications) de classer les textes dont il faisait utage, mais il
est même très-loin d'avoir, |e ne dirai pas connu, mais seulement soupçonné
l'abondance des matériaux h étudier Les mss. de cette vie de sainte Margue-
rite sont innombrables, et de plus il en existe toute une série d'éditions an-
ciennes, publiées soit isolément, soit dans des livres d'heures ', et se continuant
jusqu'en ce siècle dans les impressions populaires de Troyes^. Il est étonnant
que M. Sch., qui par ses fonctions est tenu de savoir la bibliographie, ait ignoré
l'existence de toutes ces anciennes impressions, dont plusieurs assurément se
peuvent consulter à Bruxelles : tant est qu'il n'en dit mot. La vie de Sainte
Marguerite n'est pas en soi bien intéressante et on pouvait se contenter provi-
soirement des très-nombreuses éditions, anciennes ou modernes, qu'on en pos-
sède, mais dès qu'un philologue croyait utile de la publier de nouveau, il lui
incombait le devoir de se rendre compte à lui-même et de nous rendre compte
ensuite de l'histoire de ce texte.
La version publiée sous le nf II n'ayant été reconnue jusqu'i présent que dans
un seul ms., le travail de l'édition était d'une grande simplicité. Il y aurait
peut-être eu une question préliminaire à examiner : celle de savoir si te poème,
dont l'unique ms. connu a certainement été exécuté en Angleterre', est pure*
ment français, ou si, comme le ms., il est d'origine anglo-normande. Cette
question, dont la solution eût pu, en quelques cas, inilucr sur la constitution du
texte, n'a pasétéexaminéc par l'éditeur qui s'est borné aux corrections • qu'in-
diquaient la mesure et la rime*. Cette édition est donc essentiellement une
copie du ms. En tant que copie je regrette de dire qu'elle laisse à désirer. Voici
les plus notables des fautes de lecture que la collation du ms. m'y a fait décou-
vrir : j, Marguerite, ms. Margariie. — 29, - ;ur telafalre •, ms. por. — 57, « Et
ses privez a sei apele [ E lor dit... b^ ms. Df ses privez... Si lordit 1. — 47., < U
sergant •, ms. si. — 52, a sire 0/iiriui parler », ms. Olibtion, cette forme de cas
régime devait être conservée. — 60, 1 Que m'aime en ajt le! grant mérite, > ms.
ta que d'ailleurs le sens exige. — 71 , 198, ajS, 370, 4 J9, 470, erranmtnt, il y a
clairement erraumtnt, forme qui est attestée d'ailleurs. — 81, « Der jnt • (faute
d'impression), ms. Devant. — 91. ■ Kî $st tuz jorz ■ le ms. porte et le sens exige
ert. — 122, « Mes qu'aime » (faute d'impression?) ms. m'almt.— 172, vKng/w, ms.
Vangt. — 208, 294, par^ ms. for. — Jo^-6. • Lendemein a qui il atint | .Ameinent
1 . U R. P. Cahier a publié dei extraits de cette même vie de uinte Marguerite d'apr^
uo livre dlieurci imprimé i Parii en i)7i| dans ics iYoïtvcdax MUanga tfarthioùigit
I, III {1870 p 67-70.
2. Voy. Brunei. Manuel, Vit ot lAracTt Marcurriti (j*é(lit.,V,i2oi-2).Ch. Niiard,
Hist. du livrti populairu, 2* éd. Il, 167.
}. Bibl. Dit. fr. 1912).
Ld Légende de Sainte Marguerite, p. p. A. Scheler ^41
Margûnu 2 CHU ■, ms. a^ut qu'il aturt ... Margateit û cm {faut« déjà corrigée,
par conjecture, ftomiwid, VI, 6î6). — Le v. $44 est représeniê par une
Hgne de poinls, el en noie M. Sch. dit ■ vers omis », Omis, sans doute, mais
par l'éditeur, non par le ms., où je lis Et sa liens Jtrompn jact. — Ï96. # Ou de
bon ciiir la canitiù »^ ras. qutr hcostaa, ce dernier mot devant être corrigé en
Vaitottra, — -(71 . Il y aurait dans le ms., selon M. Sch., ■ Donc descent des
angles grant amena » ; il y a meînie.
Je laisse de câté les erreurs de peu d'importance, telles que croix pour crçiz^
10, 88, II//» pour ydlts ao, Margarile pour hUrgareli ; 1 , 148, 1 5 }, 189, etc. —
Faisait is, venoit 27, àou 54, etc., pour/dUfif, vM(i/.(/«/. que donne le ms., est,
je suppose, une pure négligence, car M. Sch. conçoit bien qu'il n'avait pas le
droit de ramener ces imparfaits à la forme française, dés l'instant qu'il laissait
VûbiisXtr \ol(ient-eschapcun\ 21-2, etttil-gardeit ji-a, mn-iei ^7-8, etc. — Parmi
les corrections de M. Sch. beaucoup me semblent contestables. Ainsi,, v. I7S>6.
le ms. porte, en rime, victoru-estone, que l'éditeur corrige en victorr-estore, bjcfl
ijort, stlon moi. V. 213, ms. E pam t tuue tt aporteil; le vers étant trop long,
M Sch. corrige tuue en tdu; j'aimerais certes mieux supprimer l'c qui commence
le vers. V. 369, ms. Mis are me dirras 4onl es tu (le vers correspondant, qui logr-
niriit la rime, manque), M. Sch. corrige dont este; il est clair qu'il fallait laisser
dont es tu et corriger oie en or. V. jaS, d'or ne cierrai : il faut dor en un mot,
c'est le bas latin durnas^ le prov. dorn, voy. Diez, Etym, Wart, Ile dour, et
Du Cange %o\iiamplam. —Je note en dernier lieu que M. Sch. est peu conséquent
dans sa façon de transcrire les abréviations du ms.,écrivant, pour ne citer qu'un
exemple, tantôt vos, lantât mai quand le ms. a v*.
En résumé, le texte de ces deux versions de la légende de sainte Marguerite
n>*a pas été préparé avec un soin suffisant. Ce qui est d'autant plus regrettable
que le travail de l'éditeur a été strictement limité- à rétablissement des textes.
Aucune recherche d'histoire littéraire. M- Sch. ne nous dit même pas laquelle
de» deux versions lui semble ta plus ancienne. Rien sur le rapport des deux
versions publiées et de leur original latin, sinon cette phrase un peu rude :
t Toutes les vies riraées que l'ai rencontrées * sont plus conformes k la légende
« telle que l'a propagée le recueil de Boninus Mombritius, recueil réprouvé par
• les Aita Sanctùruni, qu'à celle que celte dernière collection couvre de son
• autorité, u
11 y a trente ou quarante ans les éditions d'anciens ouvrages français étaient
rares et c'était servir nos études que de publier, même médiocrement, des textes
inédits ; maintenant il importe moins de publier beaucoup que de bien publier,
et en cette matière c'est à des hommes du mérite de M. Scheler qu'il appar-
tient de donner te bon exemple.
P. M
I. Toiàta, c'est-à-dire les deux td publiées.
PÉRIODIQUES.
I. Revue des lanol'Ks bomancs, 2« série, t. IV, n® 11-12 (15 nov.-ii déc. ^
1877). — P. 21 j, Gazier, Lett/ts à Crégoin sur Us patois dt Frana (suite]. —
P. 2JJ, Monte) et LimhcrX, Chants populains du Languedoc IsuUe). — P. 291-90,
CompTc-rendu des Rkits d'hntoin sainte en béarnais, trad. el publ. par V. Lespy
et P. Raymond, l. II iC. Ch. ). Série d'observations critiques sur les
textes, l'un béarnais, l'autre provençal, qui composent cette publication.
P. 297, M. Ch. revient sur son étymologie de mot venant de modus dans
l'expression t ne savoir mot. u Je ne puis reconnatlre aucune valeur aux argu- t
ments qu'il invoque: \'o de modus a dû se diphthonguer et s'est en effet diph-
ihongué. Il n'y a pas lieu de citer ici ni bon, ni on, ni hors qui se trouvent en
toute autre condition, les modifications subies en franc, par \'o latin dépendant en
une grande mesure de la consonnequi suit. L'exemple def/^/irfnrd oti îl y imoti,
au plur., est unique et probablement fautif: le r s'expliquerait bien difficilemenl ij
dans ce texte, quoi qu'en dise M. Ch., comme un développement du d de modam.
Enfin II est surprenant que M. Ch. ne voie pas l'évidente connexion qui existe |
entre • ne savoir root ■> et « ne dire mol " (prov. sonar mol), • n'entendre
mot », etc.
T. V, n« I (1 s janvier). — P. (, Abri, Étudts sur t'histoin de quelques mott
romaas : l" damtjant expliqué \>2.T*d'imui'iana, maintenant damajana. Cette étymo- I
logle est ed tout cas plus vraisemblable que l'origine arabe as.signée à ce mol par i
divers auteurs, en dernier lieu par M. Littrè dans le supplément de son diction-
naire. Toutelois elle serait plus assurée si on trouvait la «/iTma/iind dans des textes
catalans un peu anciens. — P. 9, Uttrts à Origoin sur Us putois de France (suite).
Il s'y trouve une courte esquisse de grammaire du provençal par Achard. l'aa- I
leur du Dtcttonnairt de la Provence et du comiat Venmssin, — Comple-reodu du
Breviari d'amor de Matfre Rrmengaud, publié par la Société archéologique
de Béziers, t. II. 2* livr. (C. Ch.). Choix d'observations critiques sur le texte. |
Les corrections proposées ne visent point des Uule!» des mss. mais des fautes
de l'édition. En effet le texte de Mâtlre nous est parvenu dans un étal irés-
satisCaisant et les quatre mss. que nous possédons à Paris du Brmjri suffisent en
général à l'établir sans qu'il soit nécessaire de recourir aux conjectures. Voir
sur cette même livraison ce qui a été dit dans une de nos précédentes chro-
niques, VI, 31S-6.
N' 2. (1 i février). — P. ^8-8^, Mi!â y Fontanals, Poêles lyriques catalans.
Notice el extraits de quatre chansonniers, maintenant en la possession de M. Aguilô.
dont M. Milâ a déji fait usage dans sa Codohda (voy. Romania^y^ joa). Nous
PÉRIODIQUES )4^
sommes encore une lois ^cf. Romania, VI, i j i ) obligés de remarquer que U dispo-
siiion typographique laisse bien à désirer, que les épreuves n'ont pas été revues
avec assez de soin. Il est très-difficile de s'orienter dans la l2ble que M. Milfv a
dressée de ces mss. , oh bien des observations placées entre ( ) ou entre | ] ou en
italiques, seraient mieux à leur place au bas des pages, oti pardessus tout ranna>
tation est insuffisante. On voudrait savoir avec précision ce que sont les cent bal-
lades indiquées p. ^8 d'après le chansonnier B. Est-ce le recueil publié sous ce
nom par M. de Queux de Sainl-Hilaire? Est-ce les cent ballades de Christine? Il
y aurait eu lieu de citer les refrains de quelques-unes de ces ballades. De même
p. 59^ qu'est-ce que « la hisloria de Amich et Melis ■' Sans doute une
rédaction en prose d'Amis et Amiles; il eût suffi de quelques lignes pour déter-
miner la place qu'elle doit occuper entre les rédactions déjà connues de la même
légende. A la suite de la notice M. M. publie quinze pièces nouvelles dont plu*
sieurs auraient besoin d'un commentaire historique. Les vers ne sont pas numé-
rotés.— P. 92-9, W. Fcersler, Corrections (d'après le ms.) au texte d'Etienne de
Fougères. [M. F. a joint à ses leçons rectifiées de bonnes corrections et expli-
cations, notamment sur estauder, ûrroabUr (cf. arrabUr dans Roquefort), etc.
V. 99, je ne connais en vieux français ni enne^ ni ne de indc. V. 107, Ncndis^
V. ) 1^4, Ntnuii, M. Fr. veut lire Ne neis; il faut saas doute dans les deux cas
Pftftteis, ce mot est parent d'tnteismes, enusmes, enlemes, * même, surtout, * qui
n'est pas très-rare en vieux français. V. ajj, 1 Icil sunt tri btrn sai queten.
V. 240, sainte Jame est bon : samte Gemme (20 juin) était très-honorée
dans l'ount de la France, où elle a donné son nom à plusieurs localités. V.
lïi}, jonnor pouvant très-bien avoir trois syllabes (cf. fOftsgnor, joaveigneur),
la correction est inutile. — G. P.] — Périodiques. Dans le n' 34 de la Roma-
nia (p. J02, V. 4î) on lit Mii unes jtns desloi^onl h, qui n'a évidemment aucun
sens et que M. Boucherie propose de corriger : Mes unts jtns ta des loi font. La
correction est beaucoup plus simple : M. B. ne s>st pas aperçu qu'il y avait 11
de ces fautes d'impression qui se produisent souvent au tirage par la chute
de quelques lettres, et que les typographes corrigent comme ils peuvent, séance
tenante : il n'y a qu'à remettre deux lettres  leur place : Mis unes lens dtslmxi.
sont. P. M.
n. — ZcrfSCHHIFT PUB IIOMAHISCUB PBil.OLOGIE, 1,4. — P. 489, Stim-
ming. Dit Syntax des Communes (fin). — P. \\o, Canetlo, // vocaltsmo tomco itû-
luao isuite d'un travail fort intéressant, commencé din% h Rinsla di filologia
romanza). — P. ^2;, Weber. Zuei ungedrakte Vcrsionen dtr Theophilus sage.
De ces deux versions, l'une, en vers latins rhylhmiques, et apparemment du
XIll* siècle, est tirée d'un ms. de Paris fBibl. nat. lat. 2îJîJ^)i l'autre, en
vers français octosyllabiques, est publiée d'après le manusc. Egerton 6ia du
Musée britannique, qui a été mis plus d'une fois i contribution dans ces der-
niers temps, et qui m'est particulièrement connu. L'édition du poème français
bisse à désirer, surtout si on considère que le ms. ne.présente aucune difficulté
de lecture. Les textes français transcrits en Angleterre ont toujours plus ou
moins besoin d'être corrigés, même quand il s'agit d'un ouvrage originairement
composé dans le pays, ce qui parait être ici le cas, M. Weber a fait ou proposé
J44 PÉRrOOlQUES
un cerUin nombre de corrections qui ne me paraissent pas reposer sur des
principes suffisamment établis; mais ce que je lui reprocherni surtout c'est de
n'avoir pas apporté à sa cop:e toute l'exactitude nécessaire. M y a trop de
petites négligences; ainsi v. 21, 40, etc., et (conjonclioni quand te ms porTe
toujours e; v. OC, /rirr, ms. fatie : v, 141, he (exclamation), ms, hra (comme
V. 144) dont le second jambage est elfacé. Souvent un t a été pris pour un c,
ainsi derocian^ laj, trtbatacion j8il, quand le ms. porte daotmn^ uibulatmn: ce
sont M des erreurs sans importance, j'en conviens, mais il est déjà plus grave
d'écrire kd 88{ pour iltl, ou iun 446, quand le ms. porte et quand la gram-
maire exige juri {iurgil'\. M. W. remarque que dans des formes telles que ftrai,
ftras, \'e tantôt compte et tant&t ne compte pas. ie doute que cette question
puisse être résolue avec certitude dans le cas présent, le texte du poème ne
reposant que sur un ms.. et par conséquent étant peu assuré; mais au moins
fallait-il noter exactement, sauf à proposer une correction, la leçon du ms. Il y
a artrai jSy. avcra Î91-2, feiai 409, overai 4JI. Jesccndera 4^7, etc., et non
ûvraty jKfl, etc. — V- 191, aws, ms. aiis, qui est bon; 201, nu, qui peut se
déïendre; joj, s\o\entrc, il y a sacntn, Vu étant un peu effacé; î28, aier, ms-
o«r,- Jî3, pirdmabU, ms. paidutahU; ;4i, chaitif^ ms. chaiùfs : }^2, de 10^
mustn, n'a absolument aucun sens, ms. de conuistrt; 41 ij trrai, ms. irai; 423
k'il, m$, iju'il; 48^, fist, ms. Just; 527, purrat, ms, porrai; 546, que, ms. qui,
et le sens montre qu'il faut corriger car ; 566, Jesu Christ, ms. Jhesa Crtit;
S7}> penitance, ms. ptmltnu ; même faute aux vers 681, 783, d'autant plus
facile à éviter que dans ces deux derniers cas penittncc rime avec cunsocncc (écrit
à tort conscience au v. 784I ; 687, 76^, 793, 1022, etc. Teofîe, ms. Teopte
dans le premier cas et TeophU dans les autres. Laissant de cAté un grand
nombre de menues erreurs, je me bornerai à signaler encore : nquitenl 912» ms.
requiirtnt; ujugerk 947, ms. rt/ngenc; qucr, 962, ms. qutor : MZ, 982, qui
forme un contre-sens complet, ms. 001; a aàrc, 1026. ms. a mire*, — D'autres
fois M. W. oublie d'avertir qu'il corrige le texte; ainsi, s8o : Li Niniven di ta
cité, ms. Li l^'inivcn en la cité; 72^, Offrez mei a vostrt cher fiz, ms. a tun c/i,,-
726,0 tun cher fiz, ms. a vostre fi:, qui vaut autant; 8s9, Equ'al diable, ms. E
cum a diable; de même, 7Î7, Fon qu'cie, ms. Fors cum ele, — Certaines correc-
tions sont fort contestables; ainsi, 441-4, ms. Ne iai certes, ne sui dtgm, De
requerre la dame btmgne^ M. W. corrige le premier vers ainsi : Ne iai certes \st
}o] sut digne en supprimant ne : il laul bien plus probablement le doubler :
Ne sai, certes^ [ne] ne sui digne les mots ne sai certes étant la réponse à une
question posée dans le vers précédent. V. Ji Z-e vndani [que) de cuer anurent:
V. 64 Cet yisdanz kt [pas) ntl Uissassenl ; la restitution de [qut\ dans l'un de
ces vers, de [pas] dans l'autre, est faible; corr., dans les deux cas U nsdame.
En voili assez sur cette édilion, bien que la mat:ére ne soit pas épuisée.
MÉLANurs. Varnhagen, Die hanJschriftluhai F.rwcfbungen des Briiish Muséum
eu] dtm Cebtete des Altrotnanischen m àcn lahren ¥on 186^ bts niitte 1877. Travail j
fort médiocre d'un débutant qui ne s'est pas suffisamment rendu compte de U '
I. Pour tn tire (ittr), locution Fréquetite dans le ms. FgertM 61 1 ; voy. mon Reeuetl^
partie française, o* 24, v. 180, rS?, aii. I
PÉRIODIQUES 54Î
somme de connaissances qu'il taul posséder pour décrire avec compélence des
mss-On y Irouvcrj peu de renseignements nouveaux, la Romania ayant sotn de
faire connaître tous ceux des mss. français acquis d'ans ces dernières années par le
Musée britannique qui peuvent intéresser ses lecteurs. Ainsi, dans notre dernier
numéro (p, 99-1021 nous jvons consacré plusieurs pages au n^add. )oo9i<motet$
français et latins) que M. Varnaghen décrivait en mfme temps ip. ^47) en quelques
lignes non exemptes d'erreurs. Il y a trois fautes dans ta pièce qu'il rapporte et que
l'ai publiée dans l'article précité : M. V. lit au premier vers A mai, quand le ms.
porte En mai\ au v. j vat! pour wd, et au v. 14 ru; pour vos. — Le ms. le
plus important, parmi ceux dont parle M^ V., est le n" addil. 2677Î, contc-
oanl les évangiles des dimanches, en vers, avec leurs expositions, et acquis par
le Musée en 1864. Malheurcuseroeni M. V. ne sait rien dece qu'il y al dire sur
ce ms. qui n'est pas aussi inconnu ni au&si unique qu'il le croit. En tète du
volume est reliée une description imprimée de ce ms. due ii M. P. Paris avec
prix marqué tn frana (fr. 2,400!, non en monnaie anglaise. Comme le ms. a été
acquupar le Musée de Messrs. Puttick and C", de Londres, M. V. s'est empressé
de conclure que cette description était tirée d'une annonce de la maison en
question, sans apercevoir ce que cette supposition avait d'invraisemblable. Le
fait est que la description rédigée par M. P. Paris a été tirée d'un catalogue à
prix marqués qu'a publié en 1862 la maison Tecbener, catalogue très<
connu de toutes les personnes qui s'occupent de la bibliographie des mss.'. Le
ms. du Musée étant incomplet du commencement et de la fin, il est impossible de
rendre bon compte de l'ouvrage qu'il contient, sans l'aide d'un ms. complet.
Mais, selon M. Vamhagen. 0 on ne connaît pas d'autres mss. du même ouvrage. ■
On en connaît au moins un, décrit fort longuement dans un catalogue très-faci-
lement accessible et que M. V. avait sous la maiu au Musée britannique; 00 y
voit que les évangiles en vers ont été rimes par un certain « Robert de Gre-
tham (Greetham) pour une dame appelée Aline. J'aurai occasion de revenir sur
cet ouvrage. — Le t Mirouer des dames • tadd. 29986} est un ouvrage connu.
M. V. aurait dû renvoyer aux ManascnU Jrançois de M. P. Paris, V. iSj. Le
ms. que le Musée britannique possède de cet ouvrage ne présente qu'une parti-
culanté intéressante, que M. L. Delisle a pu reconnaître avec certitude d'après
mes notes, c'est d'avoir fait partie de la célèbre bibliothèque du duc de Berry.
— La pièce Jt vots monr : venés avant. ., que M. V, ctie comme une nouveauté,
se trouve dans plusieurs mss. et est publiée depuis plus de quarante ans â la
la suite des Vers sot ta Mort de CrapeJet (1* éd., p. 7}-86). — P. 1^6, il y a
I- M. V n'a sans doute paj aperçu t*E, quoiqu'il wit de belle taille, ei c'est sûre-
neoi Va allongée quil a pme pour un A. J'écris ayant drnouveau sous les yeux le n»,
du Musée.
1. Ofjcnption rmîonnl< é'unt collection ehoine tCamens manatcrits.., rianii psr ta
JOiKj de M. J. Ttchtntr, tt artc tes prix de tkacun d'en!, première pinir. Paris. Tecbe-
ncx, i66a, in-S*, p. 69-7} (n' \i). Un çrand nombre des tnss. de ce ciUloguc n'ayani
pas trouvé acquéreur, ont été ir^nsportes en i^ngleterrc, enregistrés dans un catalogue
d'obiet^ variés sur lequel j éié mis le nom de i.îbri, et vendus aux enchères le i" juin
l$6^, voy. A Catalogue ci M. Giigbtlmc. Libri's magnifictnt (vllectian of iUuminated ani
Wtaiouî manunripU .... i»''iu''i wiU Iv ioU by auction. h Ueisrt. Sctkthy, Wilkimon
cltfid Hodge 0» Wedntjday, 1864, Noire ms. y figure lous le n* 78 tôt deux cata-
logues l'attritmeni an xii* siècle, quoiqu'il soit tout au plus du milieu du xtii*.
J46 PÉRIODII^ES
une restitution malheareuM u post dominicain qua cantatur leum\ie] Jérusa-
lem. > Quand on s'occupe de manuscrits on doit connaître le « Uetare Jéru-
salem. » — P. M. — P. îi^, Varnhagcn, Za deux rédactions des Stpt Saga
àe Rome, éd. C. Paris; M. V. indique deux ms. écrits et conserves en Angle-
terre de la rédlction que j'ai dans ma préface désignée par A ; dans son article
précédent il avait fart connaître le manuscrit d'une rédaction italienne différente de
celle qu'a publiée M. d'Ancona, quoique appartenant aussi i la famille A, et qu'il
se propose de publier. — P. s\(>, nouvelles corrections de MM. Suchier et
Toblcr au Diaiogas anime et raàonis. — P. ^^9, W. Foerster, EtjmoJogies :
i. F.sp. encUnque, rattaché avec toute raison, non à c/mituj (Dicz), mais k l'anc,
franc. »r/(/i£^ ail. ilinc; l'explication de l'auteur donnerait d'ailleurs lieu à certaines
réserves. — :. Fr. ri (bûcher}, séparé par de bonnes raisons de ntt (Diez) et
rattaché â raùs; cette étymologie avait déjà été donnée par M. Lceschhorn {Da%
norm. Rolandsited, p. 17). — j. Sur vaincre tt mangier; utiles observations gram-
maticales portant sur des points fort obscurs : nùncre est-il réellement assuré dés
la fin du XII" siècleMe me méfie des éditions. —4. Fr. selon; M. F. le tire de
seronc, oii le c serait épenthétiquc, ce qui est bien peu probable {phnc a été
influencé par plonchier) : lorgnc viendrait de icQn=. itcanàym^ et IV aurait servi,
d'après la théorie de M.Tobler, qui est vraie 1 quoi qu'en puissent dire Mussafia
et Paris. • à combler l'hiatus : tout cela est fort douteux. — 6. Fr beau 4t
btllum; l'auteur explique beaucoup mieux que Diez les transformations de Vt
ouvert devant // ; il y a longtemps du reste que j'enseigne à mes cours une
théorie qui ne diffère de celle-ci que sur des points de détail (voy. Revue critiqai,
187s, t. Il, p. 267I. — P. 567, Canello, Perder i'trre: l'auteur explique celte
locution, qui d'après la Crusca signifie ■ s'enivrer, • par « s'égarer, a cC
reconnaît dans erre l'anc. fr. erre = aer; il faudrait, semble-t'il, plus de preuves
qu'il n'en donne.
CnMf*Tr.s*BF.NDD8. P. jô*). Le Ime des psaumes, p. p. Michel (article de
M- Suchier, qut porte la trace de ses études solides sur t'anglo-normand; on
y remarquera la revendication pour ce dialecte du Livre des Rois *). — P. 572,
I. M. S. reproche i l'éditeur d'avoir omis les accents marqués dans le mi. : ce reprocfae t
n'es» pas fonaé. L'édition » été faiie entièrement «os ma dirtctîon, le glossaire a été
rédigé d'après un plan dont j'ai fourni le ïpécimen. et 1« épreuves ont cxé revues par *
moi, de sorte que je suis responsable non point de l'exécution qui laisse ci et li i dési-
rer, non point sunout de la prcfdce, mais du lystéme général suivi dam l'édition. ^
donc l'accentuaiion du tns. avait offert de l'intérêt, je l'aurais fait reproduire. Mais cette '
accentuation, très-peu consume, et dont i'ii fait .tur le ms. de Tnnity Collège un relevé
exact, pour une ires-grande panie du psautier, n'est pas du tout conçue d'iprès le même
principe que l'accentuation ou pMutier de la Bodlèienne ou de la traduction limousine
des dupitres Xlll-XVIl de Sainl-Jean dans le nts. Harleicn 1918 : elle n'a pas pour
objet, comme dins ces deux teiies, de marquer les syllabes ioniques, mats elle se place,
sans motif apparent, i diverses voytlles toniques ou atones. Voici les accents des cinq
premiers versets du psaume II : i trubUé ; i h réi ... f U: } i : ^ ti (deux fois) e/cAùr-
nirat (ici et ailleurs l'accent s'applique peut-être i l'h; ainsi uHélçanz m, j; menchùage
IV. 2 ; chdtense LXXIll, 8 ; csscchds LXXIV, ij, etc.) ; ( .1... r, in. Cette sorte d'ac-
rentuaiion se trouve dans beaucoup d'anciens mss-, et clic n'offre qu'un intérêt paléo-
graphique. J'ai donc été d'avts que M. Michel pouvait se dispeuei de les reproduite. Je
conviens qu'il ctli été à propos d'indiquer dans la préface en quoi consistait cette accen-
tuation. Mais bien d'autres choses encore auraient dtH prendre place dans cette préfoce,
et le droit du commissaire responsable, même poussé jusqu'il ses dernières limites (voir
PÉRIODIQUES ?47
Longnon, François Vitlon (Ulbrich) — P. S7i, Wuiff, De tinfinîtif dans Us plus
andais tam français (M. Behaghel loue ta méthode, et critique certains détails).
— P. i7, Kriiger, Die [Vortsiellung in dtr fran:. Prosa des XlîlUn Jakrh. |lcs
observations judicieuses de M. Stimming montrent que le sujet est loin d'être
traité d'une façon définitive). — P. ^79, Benui<<(, De ta syntaxt Jrantatsc trtUt
Pûligrave it Vaugtlas (art. peu favorable de M Ulbrichl. — G. P.
m. — Bulletin oe la SocifcTK de? ascirns textri français. 1877, j. —
P. 8{-ti). Noticeda mt. 179 bis de la Bihltotkè^ae de Genhfe, par M. Rilter.
Ce ms. du XV« siècle ne contient pas moins de lrente*lrois compositions, dont
M. R, donne la notice sot(;ncuse. Hn appendice il publie le fragment seul sub-
sistant du conte du ■ menestrier Orpheus • < 108 vers plus ou moins complets)
avec un fragment d'un poème sur les travaux d'Hercule, — puis ia jolie pièce
des Dix souhai: où sont formulés, chacun dans un douzain, les souhaits de dix
personnages appartenant aux diverses conditions sociales, — cl enfin une char-
mante petite facétie, les Menai Souhai: < 156 vers), où on voit tout le mcchefqui
arriverait au monde si les souhaits de chacun se réalisaient. — P. 1 M-i s> t^ou
{par M. G. Raynaud) sur un chansonnier du XVT sûcie eonservé ù la bibliO'
tbi^ut d'Utrceht ; ce recueil ne comprend que le premier couplet et le refrain*
malheureusement, car les deux échantillons cités donnent l'idée de chantons
véritablement populaires
IV. — BlDLIOTttRQUE DE l'ÉûOLE DES i:HAllT8fi, XXXVII (1877), 6. —
P. 497-^72, La Prise de Damiette en i j 19 : relaiwn inldite in pfonnçal publiée par
P. Meyer; document très intéressant pour Thistoire, accompagné d'une intro*
duction étendue, de notes et d'un glossaire. — Daqs la chronique, M. Dclisle
signale (p. 661), dans le catalogue récemment publié des livres du marquis
Campori, un ms. (iraduciion en prose de ['An d'aimer) qui a lait partie de la
bibliothèque du château de Blois, et donne (p. 662 ssl ta description du ms. de
l'Arsenal ioj9, écrit en 1 jji à Valencieanes. et contenant divers opuscules en
prose française.
V. — Buu.KTTN DD 6inLioPHiLE,i877, |uin-juillel, août- septembre, p. a4i-96,
^90-419 : Bibliographie des ouvrages imprimés en patois du Midi de la France et des
Irarata sur ta langue romano-proveniale par Robert Reboul. Celte bibliographie
a la prétention, fort peu justifiée, d'embrasser la littérature provençale ancienne
el moderne. En ce qui touche i la littérature ancienne, il suffira, pour montrer
l'incompétence ab&olue de l'auteur, de remarquer qu'il ne signale ni la gram-
nuire de Dïez^ ni le Cfundnss de Bartsch, ni tes éditions de Flamenea et de ta
Croisade albigeoise par M. Paul Meyer. Pour ce qui est de la période moderne,
M. R. suit pas i p,-)s Pirrquin de Gembloux et Mary Lafon : Arcades amhof Les
quelques bonnes indications fournies par cette bibliographie sont relatives aux
Bouches-du-Rhône et au Var. — J. BAUgriER.
In remarques de M. Fr. Michel, p. xi|]. ne pouvait aller iuiqu'Â imposer i l'éditeur un
suiri qu'il ne voulait pas traiter. — P. M.
348 PéRIODIQURS
VI. — RrvisTA Di Lettbratdra i'oi'olare*, I, 2. — p. 8i, A. de Gtibcr-
natis, NovelU pop. ai Santo Sujano di CaUinaia. — P. 87, Sabatini, Saggio ii
canti popolari romam (saite|, — P. 97, Pitre, Antichi usi pop, per la (esta 4i
mezzo agoîto in Palcrmo. — P, 108, de Puymaigrc, Chants populaires éa pays
messin, — P. 117, Draga, Uttcratara dos contoi populares poria^aezas (rensei-
gnements intéressants, accompagnés de rapprochements souvent aventureux).—
P. 1 )7, Gianandrea, Saggio di giuochi e canti fanciutlcschi dclle Marche, — Va'
rietA. i. Due mss. mtditi m dialelto româtitsco (F. S.|. 2. Usi t iradiitont dtl
Monferrato (Ferraro). — Bihtiografia. — Pertodict. — Notizic.
VII. — Rbviib critique, janvier-mars. — An. 4. Hall, On enghsh adiuiim
m -able (A Beljame). — 59. Andrews, Vocabulaire jrençais-mentonais (J. Bau-
quier; observations complémentiires utiles). — ^0. Cbabrand et de Rochas,
Patois des Alpes coltiennes (J. Bauquier). — 68. Delboulle, Sappliment au Gtot'
saire de la vallie d'Ylrts.
VIII.— LfTEBABiscHKS Centralolatt, janvicr-niars. — N* 4, Lùcking, du
alttsttn franzctsischcn Mundartcn |W. F.). — 6, Bauquicr, Bibliographie, dt U
Chanson dt Roland (Nn.) — 7, Birch-Hirschfeld, die .Sd^eramCrj/ (éloge grand
et mérité)».
ÏX. — jRNAEn I-iTBBATrny.Rrri'Nr., janvier-mars. — N* 1, Keller. AUfranza*
sische Siï^M (réimpression d'un recueil connu de traductions de l'ancien français).
— 6, Edslrœm, la Passion du Christ (Sucbier : très-sévère). — 10, Grœber,
die Liedcrsammltingcn der Troubadours ; Stcngel, du provenz. Blumenlese det Cht-
giana ; Barberino^ Dtl reggimenla di donne, éd. Baudi di Vesme (Suchier). —
M, Darmestcter, i/( F/oovj/i/f; Dt ta criation actuelle de mots nouveaux; Ray-
naud, Etude sur le dialecte picard fNeumann : beaucoup de critiques).
Err.\tum. p. 242, dtrnùn ligne^ rétablir ainsi /« § 247 : Tua sunt hcc, Jhesu,
pietatis capud, [opéra], qui quondam carura morte pestifera pressumvite redo-
nasti, vivent! (ms. vivenlcm) nunc equidem isti tue serve {ms. istam tuam servam)
drbilitatc non modica presse ims. pressam)....
1. Depuis rapparitiOQ de cène revue. M G. Piiré s'est adjoint comme directeur i
M. Sabalini. L'accession tl'un travailleur aussi actif ei aussi com|Wtenl ne peut manquer
d'avoir la plus tieurru&e influence sur la destinée du nouveau recueil.
3. Dans une noie insérée dans un des premiers n** du Ctntratblatl, îniiluWe Zur Atnfthr^
M Fsrsier proteste conire une erreur commise par nous dans le compte-rendu du n* 12
de 1877 {Rom. VI, 6j4*|. Nous lui donnons acte de sa rectification : c'est lui en effet qui
a rattaché avec raison db l'abord aiquetume à in^uietadirtem, et M. Boucherie qui a
voolu y reconnaître iaquU\ti\htdiiiem.
CHRONIQUE.
Il faut ajouter les contributions suivantes aux sommes déjà reçues i Paris
cour la souscription Diez :
M. E. Littré 20 fr.
M. K. Nyrop. s
— Nous sommes heureux d'annoncer que M. Thor Sundby, noire excellent
^'/tollaboratcur, a été nommé professeur de philologie romane i rUnivcrsilé de
Copenhague.
— Nous apprenons avec ta plus grande satisfaction que le gouvernement
portugais vient de créer, i l'Institut des études supéneures de Lisbonne, une
chaire de linguistique, et que cette chaire sera confiée i noire collaborateur
M. Ad. Coelho, qui tera dans son enseignement une large pari i la philologie
romaoe.
— M. Gral 3 été chargé du cours d'Histoire compatit des htUratures niofaimes
1 l'Université de Turin.
— M. G. Pans a fait le samedi 6 avril, à la Sorbonne, sous les auspices de
VAssoàanon scunûfiqut de France, une conférence sur !a science du langage
appliquée au français. Une analyse de cette conféience paraîtra dans le Bulletin
de rAssocialioa.
— Le 22 mai et jours suivants auront lieu i Montpellier les fêles latines.
t Cette solennité, dit la lettre d'invitation, a pour but d'encourager les études
relatives aux langues romanes et de rendre plus intimes les relations que ces
mêmes études créent entre les savants des différents pays. Elle aura aussi pour
résultat de resserrer, p»r le souvenir de communes origines linguistiques* les
liens de mutuelle sympathie qui unissent les peuples latins. ■
— La SocUli des Etudes histornjuu a mis au concours pour 1880 le sujet de
prix suivant : Histoire des angines et de la formation de la langue française jasqu'A
ta fin du itiziime sUtle, Le prix est de mille francs. Pour les renseignements, il
faut s'adresser 4 M. le comte de Bussy, administrateur, rue Gay-Lussac, 40.
— La Rivista di filologia romanza renaît décidément sous un autre nom.
Nous venons de recevoir le premier fascicule du Giomcle d\ filologia romanza^
que dirige M. Monaci seul. Ce premier faKicule. dont nous rendrons compte
dans notre prochain numéro, donne les meilleures espérances sur la suite. Le
GiornaU paraît h la librairie La'scher (Rome, Turin, Florencel; chaque volume
se compose de quatre livraisons d'au moins quatre leuilles ; le prix d'abonne-
ment est de 10 fr. pour ritalie, de 13 fr. pour l'étranger (on s'abonne à Paris
i la librairie Franck),
— La librairie Hachette publiera prochainement une traduction à'Aacassin et
Nicolete par Bîda, accompagnée de dessins du même. G. Paris a joint â
cette traductwn une préface et une nouvelle édition du texte. De son c6té,
JJO CHRONIQUE
M. Suchier va donner en Allemagne de ce charmant ouvrage une édition avec
grammaire, notes et glossaire, destinée aux étudiants.
— Le Mystirc dt la Pjsiion d'Arnoul Grcban, édité par MM. G. Paris et
G. Raynaud, dont la publication a été retardée par diverses circonstances |1
au'deli de toute prévision, va enBn paraître incessamment à la librairie
Franck.
— M. Rajna annonce la prochaine publication d'un ouvrage sur Lu pocut
provtnçalt en italie.
— M"" C. Michaelis de Vasconcellos s'occupe d'une édition nouvelle du
CMcionetro do CoiUgiodos Nobrcs, imprimé par lord Stuart, en iSaj, à vinot-
ciMQ exemplaires.
— MM. Bonnardot et de Bouteiller vont mettre sous presse une édition de
la chanson de Htm de Metz.
— L'Académie française vient de publier la septième édition de son Diction-
naire. On remarque dans la préface les déclarations relatives A rorthographe, à
laquelle on n'a pas voulu toucher, c S'il y a un point sur lequel l'Académie
ait cru devoir garder une grande réserve, c'est celui-là. Les innovations qu'elle
s'est permises se bornent en général au retranchement de quelques lettres
doubles, consonnance, par exemple, qu'elle écrit par une seule n, consonance.
Dans les mots tirés du grec, elle supprime presque toujours une des lettres
étymologiques, quand cette letîre ne se prononce pas; elle écrit : phtisie, rythme^
et non phthine, rhjthme. L'accent aigu est remplacé par l'accent grave dans les
mots : piige, sUge, collige, et dans les mots analogues. L'accent grave prend
aussi la place de l'ancien tréma dans les mots pointe^ poète, etc. Dans beaucoup
de mots composés de deux autres que l'usage a réunis, le trait d'union a été
supprimé comme désormais inutile. •
— M. Charles Grandgagnage, né à Liège le 9 juin 1812, est mort dans cette
ville le 7 janvier dernier. Nos lecteurs connaissent ses remarquables travaux
sur le dialecte wallon. Il fut un des premiers, dans les pays de langue romane,
à comprendre la portée des ouvrages de Diei et à travailler avec la même
méthode et sur les mêmes bases. Son Dictionnaire de ta tangue wallonne^ qui
commença h paraître en iSjo, est un ouvr;jge des plus importants et des plus
utiles : l'auteur y a montré^ avec une érudition étendue, une véritable aptitude
à l'observation et i l'interprétation linguistique. M est très-regrettable que ce
beau travail n'ait pas été terminé. Grandgagnage. pour des motifs qui ne nous
sont pas suffisamment connus, en suspendit la publication : ce qui est imprimé
s'arrête au milieu de la lettre M. Si, comme on l'assure, les matériaux complets
de la fin sont entre les mains de sa familte, ce serait une tÂche digne de la piété des
siens que de les coordonner et de les mettre au jour : tous les romanistes leur
en seraient vivement reconnaissants. Le mémoire de Grandgagnage sur les noms
de lieux anciens de ta Belgique wallonne nous le montre sur un terrain difficile,
o& ta linguistique rencontre l'ethnographie, l'archéotogie et l'histoire, où les
causes d'erreur abondent, oti les points de repère font défaut ; l'auteur n'a pas
évité tous les écucits qu'une exploration de ce genre réserve â l'étymologiste^
mais en général il a montré de la prudence et de la pénétration, et il a obtenu
CHRONIQUE ^1
i]nriquei résultats précieux. Ses juires travaux, d'atlteurs peu nombreux , ne
sont guère que des études préliinmaircs ou accessoirrs pour son grand Diction'
nuire. La réputation du linguiste liégeois ne se répandit pas aussi rapidement
qu'elle aurait dû le faire : car si on songe que ses études étymologiques parais-
saient il y a trente ans, on reconnaîtra qu'il se plaçait au premier rang parmi
les adeptes de la philologie romane. Ce fui peut-être la froideur de l'accueil
lait i son œuvre qui le découragea ; il reçut plus tard un honneur qui devait
compenser et au-deU l'indifférence du publtc : Diez, qui l'avait souvent cité
avec éloge dans sa Crammatrc^ lui dédia en 1865 ses Altromsmscht Glossare.
Son nom figure aussi en léte des Origtnts Europaeac de M. Diefenbach. —
A partir de 18)9, Grandgagnage, qui appartenait au parti tibiial, se donna i
la vie politique : ses concitoyens renvoyèrent h la chambre des représentants,
puis en tKyi au Sénat, où il siégea jusqu'à sa mort. Estimé de tout le monde
pour son caractère sÛr cl franc^ il a laissé parmi ceux qui l'ont connu des
regrets unanimes.
— Les journaux d'Espagne nous ont apporté la nouvelle du décès de D. José
Amador de los Rios, professeur titulaire de la chaire d'histoire critique de la
littérature espagnole à l'université de Madrid. Nous résumerons ici en quelques
mots les principaux services que cet érudit a rendus dans sa carrière, trop tÛt
interrompue mais très-complètement remplie, i une branche importante de nos
éludes. Né à Baena, petite ville de la province de Cordoue, le 1" mai i8r8,
D. José Amador de los Rios débuta en 1841 dans l'histoire littéraire par la
traduction de la partie espagnule du Cours de HtUratare mcrUionaiede Sîsmondi,
qu'il compléta sur divers points. Sept années plus tard il mit au jour ses £5(1;-
dios hatàricoSf poUluos y liUrarios sobre los judios de Espana (1848], ouvrage de
seconde main qui a eu le mérite de répandre dans le grand public sur le râle
politique et littéraire des Juifs espagnols des notions jusqu'alors confinées dans
un certain nombre de livres d'accès difficile ou connues seulement de quelques
spécialistes. La publication des Esladios ouvrit â Amador de los Rios les portes
de l'Académie de l'histoire et le fit désigner par le conseil de l'Instruction
publique pour occuper la chaire d'histoire critique de la littérature espagnole à
Madrid. C'est à partir de ce moment qu'il s'occupa avec assiduité de la rédac-
tion du grand ouvrage qui l'a rendu célèbre dans son pays et lui a donné en
Europe une certaine notoriété; mais avant d'en entreprendre la publication,
Amador de los Rios voulut combler une des plus graves lacunes de l'ancienne
histoire littéraire et restituera l'un des écrivains les plus importants du XV' s.
la place qui lui revient de droit dans un tableau complet et vraiment historique
des lettres espagnoles. Les Obras dd marqaa de SantUhna, imprimées en 18^2,
sous les Auspices du duc d'Osuna, furent une révélation. Le trésor de la poésie
castillane de l'époque de Juan II s'accrut d'un seul coup d'une série considé-
rable de productions remarquables par leur valeur propre ou par l'influence
qu'elles exercèrent sur le mouvement littéraire de l'époque. Cette édition, enri-
chie d'une biographie et d'assez nombreuses notes, peut, à notre avis, passer
pour le travail le plus soigné du professeur espagnol. Enfin la protection d'un
ministre éclairé de la reine Isabelle H permit en 1861 à Amador de los Rios de
commencer la publication de son Historia trittca de la htaatura opanota.^u
^^2 CHRONIQUE
cinq années parurent sept volumes de cet ouvrage, conçu, comme on sait,
d'après un plan des plus vastes. Le septième tome, qui va jusqu'i la (in do
XV* siècle, porte la date de iSéf ; ce fut aussi le dernier, et Tcsuvre entreprise
avec un grand enthousiasme fut brusquement interrompue pour des raisons
diverses qu'il est inutile de faire connaître en ce lien et en ce moment. Nous ne
porterons pas dans cette notice nécrologique un jugemenl d'ensemble sur Vopus
magnum d'Amador de les Rios, sur la préparation de l'auteur, sa méthode ni
ses procédés de composition. Le moment de critiquer un tel livre est passé ou
n'est pas encore venu : il faut, pour l'heure, reconnaître au savant espagnol le
mérite d'avoir beaucoup compilé, beaucoup décrit et beaucoup discuté. Cet
imas de matériaux servira ï de nouvelles constructions, moins spacieuses mais
plus solides, jusqu'au jour o(i une main expérimenlée et savante ^aura cons-
truire le temple où viendront adorer tous les hispanistes.
D. José Amador de los Rios est mort, après une courte maladie^ à Séville,
le 17 février de cette année. — A. M. -F
— Livres nouveaux envoyés à la Romanta :
Usi popolari per la (esta di Natale in Sicilia. descntli da G. Pitre. Palermo,
Montaina, in-8', 2j p.
Thcsen ûber die Schreibung der Dialecte... von Prof. D" G. Michakms (2"éd.|
Berlin, Barthol, 8% j2 p.
Die Kunde und Bcnutzung der Bongarsischen Handschriften ... in Bem , . von
D' Alb- Jaitn. Bern, Wyn, 8°, 54 p.
Die Declination der Substantiva in der Oil*Sprache .1. Bis auf Crestiens de
Troies ... (von| Casimir vi>n Lehi.nski. Poscn, 8°, ^2 p. (Diss.).
The Science of frcnch Conjugalion, by E. T. Williams. Boston, Brooks,
54", 40 P-
ALBSANuitBscu-llaECHrA. Incercare bibliografica pentru Iitria si Dalmatia.
Bucuresci, gr. 8", 20 p. (Extrait des Annalts dt U Soc. a(ûdimique).
La Chanson dt Roland, traduction nouvelle rhythmée et assonancée, avec une
introduction et des notes, par L. Petit de Jcllsville:. Pa^s.'Lemerre,
in- 12, 460 p.
Ueber die Verbalflexion der ^Iteslen franzœsischen Sprachdenkmale..... von H.
Kreuni). Heilbronn, Henningcr, 8", )2 p.
D'utys-Siplimius^ Ueber die ursprungliche Abfa.ssuag und die Queilen der Ephe-
mcm hilU Troiani von H. DcNaen. Dresde, 4', j4p. \^rogr.).
Novelline popolari Rovignesi (1877) ; Fiabe popolari Rovigncsi (1878), rac-
colle ed annotate da A. Ive, 8s J2, 26 p. iPubl. per noz:t).
Inventaire général et méthodique des manuscrits français de la Bibliolhéqtft
nationale, par L. Demsle. T. Il : Jurisprudence — Scttncu tt Arts. Paris,
Champion, 8*. i^i p.
la Lanterna, novelta popotare sicilîana pubblicata... (da) F. Sabatini. Imola,
in-12, 19 p. {per noz:e\.
Le propriétaire-gérant : F VIEWEC.
Imprimerie Couveroeur, G. Ompeley 1 Nogeot^le-Roirou.
GLANURES PHONOLOGIQUES.
VOYELLES TONIQUES.
A.
Si nous comparons le présent de IMndicatif
de
JACEO
JACES
JACET
5"
gisi
gisums gisons — jacemus
— JACETIS
— JACENT
avec plat ou plais de placeo
— plais — places
— plaist — PLACET
— plaisams — placemus
— plaisez — placetis
— plaisent — pucent.
de JACEBAM zvec plaiseieplaisoiedt placebaMj
de
JACUI
JACUIT
avec ploi de placui
— ploUt plot — PLACUIT
gisez
gisent
IMmparfait
giseie gisoie
le parfait
jui
jui
jurent
le présent du subjonctif
gise de jaceam
l'infinitif
gésir de jacere
le participe présent et le gérondif
, J JACENTEM
gisant de (
* ( JACENDO
et enfin le futur
girrai ou gerrai de jacere habeo avec plairai
nous remarquons une singulière transformation de I'a dont personne &
ma connaissance n'a donné jusqu^à ce jour l'explication. La combinaison
de deux forces agissant sur le même son l'a modifié d'une façon qui
semble irrégulière. Sous l'influence de ;', I'a de jacet devait devenir ie
Romanidy VU 2}
— JACUERUNT — plourent plorent — placuerunt,
avec place plaise de placeam,
avec plaisir
avec plaisant
de PUCERE,
, (placentem
(placendo
de PLACERE HABEO,
j;4 J< CORNU
dont le son est te même que ie ^ ë, de même que caput a produit
chief, mais en même lemps, comme dans plaUt de placet, c devait
donner naissance à un i ou j; jacet aurait en conséquence fait 'gieist,
mais il s'est contracté en gist de la même façon que *diei& de decem
(comp. dyldii franco-provençal, l'it. dieci ex l'espagnoUKï) s'est réduit
à dis'. Tout pareillement gisurns gisons, gtseZy giseie Qt g«ir doivent
remonter à des formes théoriques g/>ijumjgt>«offf, gieisez , giaseie et gieisir^
comme chevai a été une fois chieval. Comp. le prov. chivau. Si mes
déductions sont justes, il est non-seulement inutile, mais faux, d'expli-
quer gif^r £^f<r par EJECTARE qui ne peut en aucune façon donner ces
formes, et si jeUr est jactare, l'influence de / sur a est commune à tout
le domaine roman, car ^italien a gittare et gettare, le provençal giîar et
getatf l'espagnol y/Mr et *c/i(ir et le portugais gc/fdr. Comp. à ce sujet»
l'italien gennaio et gennaro, l'espagnol auroj le provençal ^«noW^rg^/zo^fr
ttjmier et l'ancien français jenvier j.
C'est à cette même aaion de / qu'il faut vraisemblablement attribuer
aussi jui au lieu dey'oi, de jacui.
Gcsir de jacÂre n'est du reste pas te seul mot qu'offre le français
dans des conditions toutes semblables. Nous pouvons le contrôler au
moyen d'un autre verbe. Car chier avec son composé concilier (Suisse
romande contxî) n'a nullement subi l'influence de l'aha. skIzan ou de
l'anglo-saxon skîtan qui a fait eschiter, comme Diez, EW., lï c,
croit la reconnaître; encore moins en vient-il, comme Scheler l'affirme
de bonne foi, disant ce que Diez n'avait pas voulu dire : il est le
produit légitime et régulier du latin cacare, qui dans la Suisse romande
offre l'intéressant phénomène d'avoir trois représentants tous également
populaires de leur nature : cacâ^ qui se dit de Thomme, cjy/, qui se dit
des oiseaux, et txl (^ chiet) qui a le même emploi que le premier. Chitr
n*a de commun avec tschiîtr que la parenté de sens sans en avoir aucune
d'origine.
A tonique maintenu.
Un certain nombre de mots monosyllabes conservent Ta changé ail-
leurs en e. Le maintien de la voyelle latine ne me paraissant pas avoir
été suffisamment éclairci, parce qu'on n'a pas tenu compte du genre de
I. Comp. la note de W. Fcerster dans ses recherches sur le traitement de i'v
en français, Rom. Studien. 111, p. i8o-t8i.
3. L'affaiblissement de i'\ en e remonte au plus ancien lalin vulgaire. Voir
ScHUGUAHirT, i'okaluttms ^ 1, p. iSj-iSy, 19J-194, III, p. 98.
j. Cette forme est celle du Cumpot Philippe de Thaun, vv. 690 1049 1016
liai 1141 11^9 I9P 1944 1976 2027 1128 2]03 2}oj 24^4 )}69 3586
jSio.
CUNURES PHONOLOCIQUES 35$
mots auxquels l'on avait affaire, je tente une voie nouvelle et présente
les observations qu'ils m'ont suggérées,
La, ma, ta, sa, ja et ad a gardent Ta parce qu'ils sont atones et parce
qu^ils forment corps avec les mots qu'ils accompagnent. Ils ne sont
isolés que par abstraction. Mal formant avec plusieurs verbes des com-
posés, le maintien de I'a n'otfre rien d'extraordinaire. C'est par leur
influence qu'a été préservé Ta du substantif et de l'adverbe mat et de
l'adjectif ma/x mj/^, mais un certain temps il y a eu lutte entre cette
forme et la forme régulière mels meU.
Qaar kar car (Saint Alexis ifuer) ne peut guère être rangé parmi les
mots atones. Le sens qu'il a en ancien français semblerait^ au contraire,
lui imposer la modification de I'a en e.
Il est peut-être moins aisé de fournir pour les verbes présentant le
maintien de I'a des raisons solides, mais si l'on lient compte de la puis-
sance de l'analogie, autrement dit de la tendance à diiïérencier le moins
possible dans le radical tes formes qui appartiennent au même tronc, on
aura moins occasion de s'étonner de cette irrégularité que de la régula-
rité elle-même, si on la rencontrait.
Trois des verbes en question présentent du reste d'autres formes par-
ticulières, que je traiterai du même coup.
La conjugaison du présent de l'indicatif de stare ester est : estois estas
estad (esta ) eslums lestons] estez esiunt estant. La seconde personne de l'im-
pératif est esta, vado vadis vadit vadunt et l'impér. vade ont fait vois vas
vat vont (vont) et va. Enfm l'indicatif présent de habere aveir avoir est ai
as at ad {a) avums lavons] avez unt [ont) . Dans ce dernier verbe, la seconde
et la troisième personne du singulier ont a irrégulièrement sous l'empire
non seulement de la première personne du singulier, de la première et
seconde du pluriel, mais des autres temps et modes du même radical à
l'exception du parfait de l'indicatif et de l'imparfait du subjonctif. Dans
les deux premiers, vas vat et l'impér. va et estas esta et l'impér. esta,
te son de Va est beaucoup plus rapproché que ne le serait e de Vo ouvert
des premières personnes vois ^v\do *vao vau (forme prov.) vo-f is
(d'origine incertaine) et estois = istao estau tforrae prov.) esto + is,
plus rapproché également de l'u ou de l'o de la troisième personne, vunt
voat ^ VADUNT 'VAUNT « estunt estant =z 'staunt. Il n'en est pas
autrement dans unt ont = 'habunt 'awunt 'aunt.
Les autres exceptions sont calet qui se présente tantôt sous la forme
calt chalt, d'où léfr. moderne ckaut^ tantôt sous la forme chieh (par ex.
Ch. de Roi. calt 1405, chelt 1840 191; 241 ij, et où le maintien de Ta
n'est pas étonnant, vu que tous les autres temps et modes du même
verbe le maintenaient ; vales valet valent et l'impératif vale, formes
qui, devenues 'hIs 'velt 'nient et *veU que je n'ai jamais renconir'ées.
Jj6 J. CORNU
auraient brisé l'unité de la conjugaison ; et assaU et assoit au lieu des
formes théoriques assels assclt ^ 'aSSalis assalit, en conflit avec le
reste de la conjugaison qui maintenait nécessairement Ta partout aiUeure.
Pour ces trois verbes on pourrait du reste chercher une autre raison
delà persistance de la voyelle latine, si elle était nécessaire , dans la
tendance que 1'/ semble avoir à protéger l'ii, comme on le voit par les
doubles formes fréquentes des adjectifs en -alem.
Dans le parfait de la première conjugaison c'est sous l'influence de
cantai chantai de cantavi, qui a dû perdre de bonne heure son v, et de
caniaSf cantames et cantastes, que la troisième du singulier est devenue
cantat cantad conta. Cependant la troisième personne du pluriel es:
cantercnt^ qui s'est développé régulièrement de cantarunt, sans subir
l'influence des autres personnes. Mais la forme en arent^ qui n'est pas
rare ', la montre bien clairement.
i== t.
A l'égard des infmiiifs
JACÊRE g,esir nocêre nuisit
LICÊRE Uisir loisir placÊre plaisir
LUCÊRE luisir tacêre taisir,
verbes dont la conjugaison n'est jamais inchoative, il se pose trois ques-
tions : d'abord de savoir s'ils doivent èlre considérés comme assimilés
dans le mode infinitif à la quatrième conjugaison et être rangés sur la
même ligne que
IMPLÈRE emplir
lancuére languir
PALLÊRE pâlir
puTRÊRE purrir pourrir
R.ESPLENDÊRE tcspUndir
GAUDÊRK loir jouir
REPOENiTÉRE rcptnttr ;
puis s'ils marquent par leur i, qui serait identique à celui de savir, poàir,
àifty mi et prindrai des Serments, l'ancienne prononciation de l'É qui
n'avait pas encore un son assez ouvert pour qu'on pût l'écrire ei\ autre-
ment dit s'ils présentent un archaïsme phonétique ; et enfin si Vi n'y est
que le développement normal de Vt dans un cas donné. Sans m'arrèter
ni à la première alternative, qui est celle admise par Diez, Gramm. II.,
p. 136 et 240, admise aussi par \\i\ pour podir et savirâes Serments ^céWe
à laquelle semblé se ranger Schuchardl, Vokalismus, \, p. 268-274, ni à
la deuxième qui est celle à laquelle j'avais adhéré en proposant la leçon
ARDÊRE
ardir
MERËRE
merir
TENÊRE
tenir
SEDÊRE
seir '
vWrfpic
cair)
VIDÊRE
'CADÊRB
FLORÊRE
flarir
t. Voir Di££, Gramm. Il, p. 234.
CUNURES PHONOLOGIQUES Jjy
dift, Romania 187$, p. 456, je regarde la dernière comme la vraie et
liens que ce n'est que par une coïncidence fortuite que gts'tr^ UUir et
loisir^ luitir^ nuinr^ plaisir et taisir ont la désinence de la quatrième. En
effet si nous leur comparons les mots suivants
VERVÈCEM '
CÊRA
'marchê[n]sem
mercèdbm >
PACÊfNlSE
htrhiz brebis
cire
marquis
merctd merci
pais
PULLICÈNUM >
RACËMUM
SaGÊNA 4
SARRACÈNUM
pttlcin
raisin
saine seine
Sarrasin
FÉci FÉciT F tciRWT fis fut firent
auxquels nous pouvons ajouter pire = pêior et pis = pëius, nous y
reconnaîtrons le rétrécissement normal de IV en contact avec une guttu-
rale donnant naissance à y \.
Il reste, il est vrai, outre d'autres exceptions dont je n*ai pas le loisir
de donner maintenant la raison, à expliquer pris, compiles, tapis^ venin et
parchemin. Pris vient de prehensuk PRÊrNjsUM sous l'empire du parfait
et complies remonte à complétas par complir, A cause de son s, tapis ne
peut être ni tapêtem ni tapête ni tapétum. mais est le diminutif grec
TxmfjTtov latinisé en tapêtium. Comp. iglise église ^ ecclêsia. Venim
venin et parchemin sont plus difficiles, et du premier je ne puis donner
aucune explication satisfaisante ; parchemin en revanche, avec les formes
qui lui correspondent dans les autres langues romanes, n'est pas* perca-
m£num mais pergaminum. qui avait Tavanuge de présenter un suffixe
latin au lieu d'un suflixe grec.
I atone protoniijae et 1 en position.
Si nous comparons vIdMUS veisins voisins avec dîcêbam diseis disait^
nous remarquons que le traitement de l'i n'est pas le même, quoiqu'il
soit dans les mêmes conditions. Dans diseie disoie^ dont la forme théCH
rique serait deiseie doisoie, il y a eu assimilation aux temps et modes qui
devaient garder l'i. Deii deife, it. detto-a, est la seule forme que puisse
donner théoriquement d'ictas-a^ dont la quantité est mise hors de doute
par Aulugelle> IX, 6. Cf. Schuchardt, VokaiismusW, p. ji, et Ascoli,
Saggi ladini, p. 2;, note 5. Si l'on en excepte deit de la Passion. 46 a
ei 1 12 a, on ne la rencontre il est vrai jamais comme participe de dire^
mais les deux composés bene{4]eii-te beneoiz-tt et m4/f[i]*iz-te nudeoiz-te
I. Cf. ScBCCBAADT, Vokoltsmas 1, p. 284, 1)6, m, p. 1 19.
}. Cf. SctIDCHARDT, Voknlumtli 1, p. 28^-86, III, p. 120.
j et 4. Cf. ScHtnHARPT, Vokalismus., p. 292-9^, III. p. 121.
y Nous avons ici la même contraction de la triphthongue ici nue dans àis =
4im,' et) effet cera kbra a dû passer par des formes mierméataires *ilieira
TIBIftA UEIRA.
358 J. CORNU
sont employés comme participes et adjectifs. Le premier traduit ainsi
le nom propre Behedictus. L'i étant bref, comme il l'était vraisembla-
Wement dans estreiz-tt estroiz-U ^ strictus-a, comme il l'était aussi
dans dàs dois de discus linz^ S le participe parfait passif n'a pu devenir
dit-e que sous l'empire des temps qui avaient l'i long.
DÛCTUS-A, qui est en italien dôtto-a, devait produire également ioc
doite, tout de même que le substantif dùctus a donné Joiz, « torrent. »
Aussi dans la Vie de Saint Léger doit peut fort bien être Pancien dùctum
non assimilé aux formes qui ont il, et il est au moins imprudent de corriger
dans le même texte doist et doistrent en duist et duistrent^ vu que nous ne
connaissons pas la quantité de ouxi. Duit-etsi une assimilation aux temps
et modes qui ont ù.
DIPHTHONCUES.
AO.
ore
AD HORAM.
M. G. Paris, Romunia 1878, p. 129, est d'accord avec moi sur l'ori-
gine de orf= ad HORAM. M. Bœhmer, Homaniiche Studien III, p. 1)7
et 142, enseigne, dit-iU la même étymologie depuis nombre d'années,
il nous donne en même temps celle de encore et des formes correspon-
dantes qu'il n'est pas difficile de faire remonter à hanc ad oram, comme
je le fais aussi. Mais uncou, de la Vie de Saint Alexis^ du Psautier
d'Oxford, de la Chanson de Rolland, du voyage de Charlemagne, des
ouvrages de Philippe de Thaùn et d'autres textes reste sans explication.
M. Bœhmer nous dira sans doute à une autre occasion ce qu'il en pense.
En attendant voici les preuves que je puis alléguer en faveur de ore ^
AD HORAM. Elles sont tirées des passages suivants de VEpistuk Anthimi
ad regtm Theadencum^ passages que je cite d'après la copie que je pos-
sède du manuscrit de Saint-Call, sans tenir compte des corrections sans
nombre que Valentin Rose a fait subir mal à propos * à ce texte dans les
deux éditions qu'il en a données en 1S70 et 1877 :
Et mdc inûngcndù in oximdli simpiici adora (ad hora g) facto ut duas
partes de nui et una pars de aceto adhibeatur lo.
Lardo vero, unde non est qualiur exire delitias Frarxcorum, tamen quaUter
melius comedatur adhora [a g] expono. Si assatum fiurit adhora quomodo
bradoniSy pinguamen ipsum défiait infoco. 14.
Sapra scriptas vero aves [gailine vel paUus pingaioriï] in iusceiîo beru coC'
1. Cf. rarticle de W. Fo?rstcr. Rhdn. Muséum 1878, p. 2^>8.
2. Je dis ma) à propos, p^rce qu'il a modifié \i langue comme s'il avait i
(aire i un texte classique détigifré par des copistes ignorants.
CLANURCS PHONOLOGIQUES ^J9
têt con^ruae sunt et si vaporaiat adora [a, adhora g] occiit^ btne tamen
Cûct€^ apU^ eùam et asse ut longe in foco cautius asstntar. 2 3 .
/a v'ûU deo ' rastici sic adoïia [A, adhora g] captum [tarturem] come-
derunt... 35.
Lactuce uno more suntj pitlered si adhoka [g, adora a] collecta mandi^-
cantur. j 1 .
Asparagi verosatis boni sunt et domestici et agrestis^ et urinas provocant j
SI in calda iliorum apii radicem admixtam vcl fenucula radiées, coriandro
nodicum adora [adhoka g a] missum vel menta^ cum virto ipsa calda biba^
tut. SA-
{RaÀUis] si aohora > [g, adora a] coiUaa fuerint, gravare soient. 60.
VOYELLES ATONES.
Suffixe 'AroKKH.
Le suffixe -atorem devient en ancien français -edur -^ur ;
AOIUTATOREM donne aiuedur dont le nom. est amerre aiuae
CALUHNrATOREM —
DONATOREM —
iUDICATOREM —
PECCATOREM —
REMEMORATOREM —
SALVATOREM —
VENATOR EM —
CûUnge[â]uT
dune{d\m
juge\d\ar
pecche[d\ur
rememhre[d]uî
sahe{â\ur
vtne[d\ur
Si nous comparons ces accusatifs avec
*&ATULLABILEM
LATOREM
LATRONEM
MATURITATBM
qoi conservent 1*a, nous ne voyons pas pourquoi le suffixe -atorem n'est
pas devenu -adur aur. Mais ce changement s'explique fort bien en admei-
calengierre
danerre dunere
jugierre
pecch terre
remembrerre remembrere
sahern salvere
venerre venert.
saulabU
laur
larram
maarted
1. Cette phrase est précédée des mots suivants : Ua ut et tgo in umpora mta
probavi in proyincia mu qui est expliqué par viHa Deo^ Villedieu. où l'on doit se
nrder de corriger deo en duo comme l'ont fait les manuscrits plus modernes et
Valentin Rose, c\m a cependant assez étudié celte mtércssante lettre pour dire
dans l'introduction dont il l'a accompagnée en 1870, p. 4^, que c est : dus
w<fk tines m vornchmer Irbtnssttllung unltr dm Oslgoxhcn i/i haiun Ubtndtn Giii-
(ha, dtr sich vorùbcrgehtttd ait gesanttr Inim FranUnkanig Thcùdtrich aufgchahtn
und ihm inc a itkttiU bd oder nach ciium schtidcn âus Callien dicte 'ratio observa'
lio/n'j' intorm dna scndickràbcns :u aUgtmemm frommcn hinterJassat batte.
2. Dans le manuscrit incomplet de la Bibliothèque de Bàtc dont l'éditeur sus*
mentionné n'a pas eu connaissance, le mot est tantôt écrit ad horam et tantôt
omts-
^60 ]. CORNU
tant Pinfluence du nominatif singulier sur Taccusaiif. D'une manière
analogue amaritudinem est devenu amertume sous l'empire d'amer et
aquûsum est devenu ewos sous celui à'ewe. Dans les mots tels que caienge-
[dlur juge[d]ur pecche[d]ur, la môme modification exceptionnelle s'est
produite, mais là e remplace te.
De Pinftuence régressive de /1 atone sur les voyelles toniques.
Que, après l'accent, V\ aît vécu plus longtemps en Gaule que e, Î, o
et u, c'est ce qui est mis hors de doute ; a] par le datif de qui ou quis coi
qui ■ , par la première personne du parfait du verbe substantif/ui comparée
à la troisième /u/ judfu, prov. fo; b) par la première personne du par-
fait de la première conjugaison
CANTAVi cantal chantai prov. cantei\
c] par la première personne des parfaits à accentuation latine tels que
DEBUI
dut
•recipui
reçui g
HABUI
oiprov.aigaicY
'p.dc
SAPUl
1
JACUl
jai
'UGUl
lai ^
MOVI
mut
'CREDUI
crui
NOCUl
nui
CREVI
crwprov.crxc j"p. crée
PLACUI
plot
COGNÔVl
cunui
TACUI
toi
PAVI
pot
'bibui
bui
VOLUI
voit* _
Dans les
parfaits
1
TENUÎ
tinc
prov.
ting tinc
j"" pers. tenc
•venu!
vinc
—
ving vinc
— vetic
'pREHENSl
pris
—
pris
— près
QUAESll
quis
—
quis
— quesi
"SESl
sis
n semble être tombé, mais il n'en est rien. Car c'est à son action qu'il
faut attribuer le rétrécissement de Te bref et de I'ë long en i. La même
influence de 11 n'a pas permis à vIginti 'vijinti de devenir vent, comme
trIginta *trijinta est devenu trente^ mais l'a maintenu sous la forme
vint. On a attribué avec raison à l'influence de Vt posionique de illî
ecce illî, ist't eccc isti, les formes du nominatif pluriel il icil cil, ist icist c'ist*.
Mais on n'a pas expliqué le nominatif singulier^ qui n'en diffère pas. Si
1 . La déclinaison française et provençale en fournirait encore d'autres preuves.
2. Ps. d'Oxtord, 59/1 1 72/24 i i8/ît.
3. Le prov. a encore rats = habI (cf. ftidif, cais = qcvsÎ, ciuasî) tl fis fi et
faz =: FECI et FECIT.
4. Cette explication a été donnée pour la première fois par Mussafia, préface
de Macaire, p. vij. Diez, Gramm. II, p, io2» a eu tort de ne pas l'adopter.
GLANURES PHONOLOCIQUES 56 1
nous lui comparons l'article masculin singulier /f, nous serons convaincus
que les bases de il icil ci/ et ist icist cist doivent avoir un i après l'accent.
Cet t esi fourni par ilUc ei isth fréquent dans les comiques au lieu de ille et
ISTE, comme on peut voir dans Neue. Formenlehreder latcinischen Spracht,
II, p. 2ir. Avec les formes françaises s'accordent Titalien (gli^ tjuegU et
ifUisli, l'ancien espagnol elli et esii, l'ancien portugais eli, dont l'emploi
est restreint aux personnes. Le développement d'un y issu de la guttu-
rale peut seul expliquer la forme egli de l'italien, laquelle doit remonter
par ^Utij ' illji à illic.
Dans/ui/, prov. tuit {tuith tuih Ev. de Saiht JeanI tuich luch tug =
TÔTi TUTTI *TUTTii 'tuttji *TUiTTJi TUiT, l'attraciion, toui  fait semblableà
celle que nous connaissons dans une foule d'autres mots, est si évidente
qu'elle saute aux yeux. Elle ne l'est pas moins dans o(, l'une des formes
de l'impératif de oir. Car audî n'a pu donner oi qu'en devenant succes-
sivement 'ODII 'ODJl "OJDJI,
Quelqu'un pourrait être tenté de penser que le redoublement de Vi
admis par moi pour expliquer îuit et or est une pure hypothèse qui n'est
appuyée par aucun témoignage. Mais la traduction de l'évangile de Saint
Jean a tramesii xvii 1 8, diissU xiu 3 j xiv 38, dusii xjv 29^ fezu xv 1 j
xvti 36, exemples qui lui fournissent un fondement solide.
Par le redoublement ou la diphthongaison de 11 — qu'on me per-
mette d'employer ce mot dans un sens un peu différent de l'ordinaire —
s'explique sans aucune difficulté comment en provençal le déplacement
de l'accent s'est opéré et comment on est parvenu
de K^Bul à
agui agùi oaatguit
de Môvî à
moguit
de sàpul à
saupi,
de coûn6v1 à
conoguii St Jean xvu 25 conoguî,
de *vÉNut à
vtnguii St Jean xvi 28 vengul^
de PÔTut à
pogiii.
de 'tAlluÎ à
tolgul,
et de v6l\jS à
volgui ;
comment aussi en
français ont pu se former les parfaits avec un accent
fixe,
dolui
motai teneistjui
parut
morui nastjui
ckaui cheui ro/ui nsqui
et autres.
D< l' influence régressive de /1 sur les dentaUs.
Dans la Vie de saint Alexis l'impératif de odir oir est ot, où dj est
rendu par z. Cette forme nous donne la clef d'une difficulté phoné-
?6a j. CORNU
tique que renferme la seconde personne sing. du parfait de l'indicaùf en
français. Panoui ailleurs dans cène langue, excepté dans posr pou puis^
se mainiieni la combinaison st, qu'elle soit biine ou romane, c'est-à-
dire amenée par la chuie d'une voyelle :
EST ea
H05TEM on
REPOS[r]Tuii repost
)' pers. sing. des parfaits tels que
MANSIT "MASIT ftlCSt
*PREHEMS1T 'PRESIT pnsi
5'"« pers. àng. du présent du subjonctif :
PAUSET ' post
PASSET past
et enfin ?■*« pers. sing. de Timparfaït du mÔmc mode :
r.ANTASSET caittost
TENuissET tenist
vENOioissET vendist vcndUtt
PARTiissET pariist
Au contraire la seconde personne du parfait n'a pas de t dès les plus
anciens textes ;
CANTASTî cantas
HABUISTt OUS
VENDiDisil vendis yendies
' PARTI istI partis
Elle manque également de t dans certains textes provençaux. Voir"
Diez, Cramm., II, p. 21 j.
Cette disparition d'un son ailleurs tenace a lieu d*éionner, mais elle
s'explique bien simplement de la manière suivante : cantastÎ est devenu
'CANTASTii ' CANTASTJI OÙ STJi s'assîmilc en ss, qui se simplifie à la fin
des mois. Comp. uû et us de ostium et angoisse angoisse de ancustia.
CONSONNES.
Etymohgie de dumne et de dunc.
Schelcr et Brachet admettent sans contestation l'étymologie de donc
donnée par Diez, tandis qu'elle ne satisfait pas Littré. Elle ne me satis-
fait pas non plus. Car elle est de celles qui forcent à recourir, pour expli-
quer soit la tète soit la queue du mot, à des procédés qui n'ont rien de
scientifique. Dans mon enseignement, après l'avoir d'abord présentée
GLANURES PHONOLOGIQUES )6)
SOUS toutes réserves à mes étudiants, j'en ai enfin rencontré une autre
qui me parait remplir toutes les exigences des lois phonétiques et ne pas
moins bien convenir au sens que celle qui avait le plus d'adhérents.
C'était AD TUNC, comme on sait.
Les anciens textes français, par exemple les Psautiers publiés par
Frandsque-Michel, fournissent deux mots qu*il importe de bien distin-
guer. L'un est damne qui traduit nonne dans le Psautier d'Oxford, Ps.
18/7 ?8/ii 45-2} 52/i 59/11 61/1 107/12 1 58/20, et dans celui de
Cambridge, Ps. (9/10 107/1 1 ; qui traduit aussi kumqijid dans le pre-
mier, Pi. 43/2} 77/23/24 84/s 86/s 87/11. Ce même mot traduisant
NUMQyiD et NUMQuiD NON (Ps. de Cambridge 52/41 est écrit Jannf dans
le Psautier d'Oxford, Pi. 40/9 et plusieurs fois dans celui de Cambridge',
par ex. Ps. $2/4 77/19/21 87/10 et gieres dunntf {dune B] ergone ?
72/ 1 î . L'autre mot est danc. C'est ainsi qu'il est écrit constamment dans
le Psautier d'Oxford, où il rend tantôt numquid, Pj. 49/14 76/7 87/12/
I j 88/46 9^/20, traduit, Caat. Hab. 1 2, par qui dune; tantôt tunc, Ps.
18/14 50-20 68 6 95/12 [des idunc ex tunc 92/jl. Le Psautier de
Cambridge rend également tunc par dune, Ps. 77/54 95/12, ainsi que
ET par t danc 142/8 ; dunehes [dunkes B] 38/9 « e dunches [dunches B]
"jtlyjS traduisent en revanche tes particules interrogalives ergo et
ERGONE. Dunehts^ F. C. 24, répond à la particule consécutive ergo.
Dans les passages suivants tirés des QLDR donne? traduit num? num-
OyiD? NUMQUiONON.^ et nonne?
P. 112. NUM ignoraùs David!
P. J70. NuMQUiD sertis?
P. }. ET QUAM OB RE« ûffligitUT
cor iuam ? numquid non ego me-
lioT libi sum quam decem fiUi!
P. }î7- NuMQUiD non dixi tibi?
P. 344. NuMQUiD non est Deus in
Israci, ut eat'u ad considtndum
Bteizebub deum Accaron?
P. 345. NuMQUiD ... NON erat
Deus in Israël ?
P. 112. Nonne iste est David f
P. 408. Nonne istt est Deusf
Danne cunetssez David ?
Dunne savez ?
Dann' as tu m'araur? dunn' as tu
mun quer, ki plus te vali que
si ousses dis enfanz ?
Dunnel te dis ?
Dunn' est li veïrs Deu en Israël e
purquei dune alez prendre cun-
seil del deable de Acharon ?
Dunn* est Deu en Israël ?
Dunn* est ço David ?
Dun' est ço cil Deu ?
Dans le môme texte dane a dans les phrases interrogatives qu'il sert i
marquer plus fortement un emploi qui le rapproche évidemment de
dunne.
^ t Jccile d'après l' index -glossaire de Francisqur-Michel, aai n'est pis exempt
d'ermin, mais après avoir vén6é loas les passages qu'tl mdiqoe.
j64 i- CORNU
p. ]62. NuMQtriD Deus ego sum^
ut occiderc possim et vivificare f
P. 409. Et quomodo potestis resistere
ante unum satrapam de servis Do-
mini met minimis ?
P. 410. NuMQL'iD itberaverunt dit
gentiam terram saam de manu
régis Assyriorum ?
Cument cheles ' sui îo dune Deu
que puisse ocire el vivifier ?
El cument purrez dune cuntrester
neis al menur des princes al rei
des Assiriens ?
Cument chieles pout dune nuli
Deus de nule terre défendre sun
païs et sa geni de mei et de mes
ancesurs ?
Ailleurs, il marque une conclusion^ ou traduit et ou oçoque ;
P. ^4î et Î46. Si hamo Dei sum^
desccndat ignis de cœto.
P, 569. ET ait rex,
P. 374. ET inutrogavit ret mulie-
rem.
P. 576. Nuntiavit qyocyJE specula~
tor.
Se io sui hume Deu, dune descen-
det feus del ciel.
Dune dist li reis.
Dune en demandât li reis à la
femme.
Dune dist la guaite.
Venons maintenant à l'origine de damne dunne et de dune danekes.
Celle de dumneou dunne ne saurait être douteuse. C'est num nam tout
indiqué par le sens. On pourrait penser aussi à numne et num non. Ce
dernier cependant semble être écarté par le fait que le Psautier dOxford,
qui a fréquemment nen = non, surtout devant est^ n'a jamais dumnttiy et
NUMNE aurait perdu la voyelle finale*. L'étymologie de dune dunches^
avec le sens de NUMqj^iiD, erco ou ercone, et avec celui 4e tunc offre
plus de difficultés. Nunc satisferait aussi bien que tunc au sens et mieux
que lui à la forme, Comp. l'emploi de nunc dans les dictionnaires el les
grammaires et surtout dans Handii TurseUinus, IV, p. 158, 9-15.
Cependant il est un autre mot beaucoup mieux qualifié : numquid
et le pluriel neutre numqua î lèvent tous les embarras. L'italien dunque
s'explique comme cinque, et l'ancienne forme dunche n'est pas plus extra-
ordinaire que ehi ~ qvis et ehe = qvid. Quant aux formes donquan
de l'ancien italien, doncas de l'ancien provençal et de l'ancien espagnol,
I. Sur Torigine de ce mot voir l'anicle de Suchier, Zeitschrift Jùr romanische
Philologie 1877, p. 428; cf. Rom., VI, 6J9.
1. AfJiin, nêdàn et anidan t n'est-il pas vrair » de la Suisse romande indi-
3uent plutôt NUMNox avec l'accent sur la dernière. Voir le Glossaire de Bri-
cl, s. V.
j. Comp. Nbok, Formenlehn dtr lattinischen Spracht II, p. 25 j, Zcupt,
ialtiimchc Grammattk S 1 jé; et KùmiB»; Ausfûhrltche Grammattk Jer latcinischcn
Sprache^ p. 40J. — Sur l'emploi de ^um.ve, ncmnxm el NVMguin, voir H\ndii
Turselimus, IV, p. J2}, ij, et p. Î24, 16, Reisnis VorUsungcn uber lattimsche
Sprackwbsenschiift, htrausgegeten von Haase, S ^77, et G. T. A. KianiEn, Cram-
matik der laUmuclun Sprache^ Hannover 1842, § {)(, }.
CUNURES PHONOLOGK^ES ^65
doncifacs danqua dunkes dunches dontjua donque de l'ancien français, elles
répondent à numqua qui peut prendre Vs adverbial.
La substitution de d ^ n^ sans être fréquente, est représentée cepen-
dant par un asse^ grand nombre d'exemples pour qu'elle n'offre rien
d'invraisemblable. Elle a sa cause dans la dissimilation. C'est avec
raison que Chabaneau dans sa Grammaire limousine, p. loi, renonce
A admettre une influence germanique dans degan de nec unvm, comme
Diez Ta fait, Dict. étym. Il c. Comp. Ascoli, Saggi iadini^ § 145,
et Schuchardt, Vokaiismus des Vul^arlateins I, p. 142, 111, p. 253. Au
lieu de doinent ro<i, comme on a mal lu, le manuscrit de Lamspringen
de la Vie de Saint Alexis, ainsi que le marque Lucking, Die âltesien
Mundarîcn des Franzaslschen^ p. 1 5, porte doment nom[Nant^ qui est une
excellente forme à laquelle on doit se garder de toucher. L'inverse, qui
n'est pas moins probant, se rencontre aussi. Comp. Diez, Gramm. I,
p. ajj. Si Tétymologie â'amonester n'est pas admolestare, il s'en offre
une autre it mon esprit, 'admûdestare, qui réunira peut-être plus de
suffrages que la première; voir Romania 1874, p. 577. Comp. Schu-
cbardt, VokaUsmus I, p. 142.
Quant au développement du sens de nannfuid numqaa perdant petit à
petit sa force inlerrogaiive, on peut comparer car de <juare.
L'a de l'it. adunque, adunche et adonqua, du prov. adonceiddoncas, de
i'ânc. firançais adunc adonc, adanques adonques, peut s'expliquer de deux
façons. Si l'on admet que nunc entre dans ce composé, sa composition
avec d^ a de nombreuses analogies. Si en revanche nuu4^id et numqua
sont les uniques bases des formes en question, la préposition ad n'a pu
se placer avant danc dunques qu'après que ce mot eut pris le sens d'alors.
A est peut-être la conjonction et qui aura cessé d'éire comprise.
-tume = -TuriNEM.
Diez, Dict. étym. s. \. costuma^ et Gram. Il, p. 540-41, se tire commo-
dément de la difficulté que présente le suffixe -TUDiNEM devenu -/um« dans
AMARiTUDiNEM amertume
CONSUETUDINEM CUStUmc
SUAVITUDINEM suatume
par exemple, en admettant que ce suffixe a été remplacé par -tumen.
Mais dans ce cas le français ne devrait pas avoir dV, â moins qu'on ne
considère cette voyelle comme produite par la tendance à marquer plus
fortement le genre, comme cela est arrivé dans l'italien ei le provençal
costuma. Car klumen devient /ïu/n, nomen nam et aeramen araim.
Sans faire violence aux lois phonétiques, je crois qull est possible de
prouver que le suffixe fr. -tum€ et le su^xe espagnol -dumbrt ont pour
base -TUDiNE. -tuoinb est devenu successivement "-tunink par assimi-
^66 s. COKNU
laiion àedînij puis par dissimiUtion '-tunime ou '-tumine, de même
que VENKNUM et venenosum se sont changés en vcmm et venimus^y et
entîn, après la chute de la voyelle atone, la combinaison mn que nous
avons dans le provençal cosdamna du Boèce s'est réduite â m comme dans
DOMINA dame
PEMiNA fenu
NoxiNARE mimer nomer.
Cette métamorphose est mise hors de doute, me semble-t-îl, par
'iNCUDiNEM qui en français et en franco-provençal est pourvu d'un / dont
on ne s'est pas rendu compte. Fourarriver à la forme enclume du français,
fn/i/ufld du bagnard 3 et£n/j/)'^/udu Jorat, 'incudinem a dû subir les trans-
formations suivantes : 'inculine 'incluline 'inclumine 'inclumine*.
ses SCI et scA dans la conjugaison.
SCE et SCI se fondent en iss ou is selon ]a place qu'ils occupent dans
le mol :
PASCEM fais
VASCELLUM VaUSCl
COCNOSCis ennuis
COGNOSCIT cunuist
COGNOSCEBAM cunuissett
cocNoscE cunuis
coGNOSCERE cunuistre
Il en est de môme dans les autres verbes à désinence inchoativc
PASCERE paistre
IRASCERE iraistre
PARESCERE paristre pareïstre
et dans ceux qui appartiennent à la quatrième conjugaison.
SCA devenant sch dans
ESCA esche
muâca musche moasche
* PisCARE peschier,
cVst la tendance à unifier la conjugaison qui a fait
coGNOSCAM cunuisse
PASCAM paisse
de Nhascam iraisse
f parescaM parasse
•pLORiscAM fturisse
1. Comp. du reste Diez, Cramm. I, p. ai8 et itj.
2. Voir ma Phonologie du bagnard, Homania 1877, n* 20î noie.
j. Dans VArchnio gîottolooico italiano II, p. 4)1, Ascoh a faii te même rap-
prochement, mais sans chcrcncr à expliquer tes métamorphoses de -tudine.
GLàNURES PHONOLOGK^KS
?67
7T_ TRDR.
TR se maintient au commencement et dans le corps des mots après
une consonne. CW«nii« et crirmur de tremere et tremorem sont Jes
seules exceptions à cette règle '. Entre deux voyelles tr devient d'abord
DR, puis RR et enfin fréquemment r. Il y a eu, comme les exemples le
prouveront, assimilation et non chute ou syncope de ta dentale, comme
l'admet Diez, Cramm. I, p. ij i et 2^2, et comme semble le penser G.
Paris, qui parle de suppression du d, tout en ayant bien jugé ailleurs ta
provenance de rr. Voir son édition de la Vie de Saint Alexis, p. 97. Dans
le Psautier d'Oxford les mots suivants ont conservé le redoublement de
la liquide :
perT€ jagene sa(verre
larrum peccherre défendent
aiderrt porierre tectverre
aiueme raachaîerre pierre
delivrerre remembrent ponai >.
Nous y rencontrons il est vrai avec d'autres une partie des mêmes
mots écrits avec un r :
frère gablere defendere
père g^^gUre ventjuere
mère remcmbrere ariere
aiuere saîvere tire
cultivert cumbatere toneire tuneire,
deiivrere
Cf, Meister, die Flexion im Oxforder PsalUr, p. 91-95.
DR s'assimile en rr qui est constant dans les futurs
venai acrerrai tsjonai
senai i ocinai hanai.
carrai onai
Avec un rest écrit chaere ainsi que désirer et desirahlet h côté de con-
siner et desirrer qui sont fréquents dans la Vie de Saint Alexis, voir
t. L'inverse a eu lieu dans l'ancien français vci'/itrf ^ tincsiie.
3. Comp. avec ces formes parn en patois d'Evotèna (Valais), Appcndue Ju
Ciossaire dt Brtdtl, p. 4 ] j .
j. A c6té de urai. futur de atrc, on trouve plusieurs iolsserrai. Cf. Mstithr,
die Flexion un Oxjoracr Ptatter^ p. èj. La mfmc orthographe que Mail attribue
i la négligence des scribes, p. 1 1 1, est fréquente dans le Campât de Philippe de
Thaûn. La forme française s expliquant difficilement par *K8st:fii: uadeo, serrm
serait-il iilentiauc au futur de «ëulhb, infinitif qui entre dans la compoïitiûn du
futur espagnol r
)68 J. CORNU, GUNURES PHONOLOCIQUES
p. 97. Rire et rirai ne présentent à ma connaissance jamais le redouble-
ment de IV. Il en est de même de frère et ariere qui est arrière dans de
nombreux textes. Voir s. v. le Dict. de Littré. Dans ces trois exemples,
la double répétition du même son a été évitée de bonne heure.
Prague, le 18 avril 1878.
Jules Cornu.
Je profite de l'espace vide pour joindre quelques observations. L'ex-
plication (p. 3j^ ss.i des représentants français de jacetj cacat^ jactai,
donnée par M. Cornu, a été clairement indiquée ici par M. Thomsen
[Rom., V, 67I, ainsi que par M. Havet [Rom., VI, J24, note), et je
l'avais moi-même donnée il y a trois ans [Rom., IV, 13;, note). Enfin
nous avions tous été précédés par M. Ascoli dans ses Schizzi franco-
provenzali \Arck. Glotiol.^ III, 72}. ~ P. 555, il eût été bon de remar-
quer que les formes pour vadis vadit les plus fréquentes en ancien fran-
çais sont vaiz vait et non vas vat. — P. î 56. ce qui est suggéré à propos
de l'action de 1'/ sur la voyelle précédente a été exposé ici (VII, uo),
— P. 3i6, je ne crois pas que chantât de canîavit ait subi Tinfluence de
chantai; pourquoi cantdvit n'aurait-il pas alors donné ciianuiit, puis
chantèt, comme en provençal? Je pense avec M. Cornu que l't bref de
cantdvit étant tombé on a eu cantdvt : Va s'est trouvé terminer le mot,
bien qu'accentué; soit que plus tard le v soit tombé direaement [cantdt),
soit qu'il ait passé par / avant de tomber (cantafî), Va devait persister :
dans le premier cas il était traité comme tous les a devant deux con-
sonnes, dans ie second comme Va de stat ta.fr. estât, esta). J'explique
de même at, a de habet. Ont^ vont remontent à des formes du latin vul-
gaire aunt, vaunt, comme voi(s) au lat. vulg. i^ao (cf. outre les formes
citées par M. Cornu l'esp. voy et le port, vou). — P. 5 J7 la différence
entre veisin voisin et diseie me parait plutôt tenir à ce que Vi de vtcinus a
été abrégé, peut-être sous t'influence de vtce. L't long de diceham ne
devait pas se changer en ei comme Vi bref de licere.
G. P.
UNA
VERSIONE IN OTTAVA RIMA
DEL LIBRO DE! SETTE SAVI '.
II.
Dal di fuori delP edificio ci convien passare z\V interno. Dobbiamo
esaminare il contenuto del libro; vedere su quai ramo del maestoso
albero dei Sette Savi sia cresciuta questa nostra fronda ; esaminare se
essa ci presenti caratteri suoi peculiari, o se învece venga solo ad aggiun-
gere una prova di più délia meravigliosa forza vegetativa propria del
vecchio e venerando tronco.
La nostra redazione consta del racconto fondamentale e dî ventiquat-
tro eserapi. Eccone qui specificata la composizione. Per le novelle
comuni ad altre redazioni mi valgo dei titoli latini introdotti dal Gœdeke >
e mantenuti dai posteriori. Quanto aile altre, sarebbe un aggravarsi la
coscienza di un anacronismo il creare anche per esse designazioni
analoghe.
Introduzione (c. I ; 9 5 stanze) .
|o Savio, Lenziles : Canis [c. II ; 26 st.).
Matrigna 1 : Arbor (c. III; 18 st.).
2* Savio, Lentulis : Medicus (c. IV ; 22 st.).
Matrigna 2 : Aper (c, V ; 9 st.).
}* Savio, Ansiles : Tenîamina (c. VI ; 36 st.).
Matrigna j : Sapuntes (c. VII ; 19 st.).
4* Savio, Malchidas : Avis (c. VIII; 15 st.)-.
Matrigna 4 : Gaza (c. IX ; 48 st.).
S*» Savio, Catone : Inclusa [c. X; 28 st.).
Matrigna j : Roma (c. XI ; 12 st.).
1. Voy. Romania^ t. VU, p. 32.
2. Onent und Occidcnty III, 422.
Romaniat Vil 24
Î70 P. RAJMA
6*» Savio» Espc, o Esepc : Vidua le. XII ; 20 st.).
Matngna 6 : Virgilitu (c Xlil ; 2\ A^.
7* Savio, Charaus : Puleas (c. XIV ; 21 st.).
a) La nuora )
Matrigna 7 : b) // mpolino > (c. XV ; 88 $L).
t) U jonuTi \
Lcnales : / torâi (c. XVI ; 11 st.).
Ansiles : Cliamiâven e ifalsi (c. XVII ; ^5 st.).
Leniulis : Scevok {c. XVIII ; 17 st.)-
Malchidas : La gara délie ire mogli |C. XIX ; 2} st.).
Calone ; Muzio e Cesare (c. XX ; 12 st.).
Elsepe : L'amko e il nemico (c. XXI ; 59 st.).
Charaus : Ambasciata (c. XXII ; 1 1 st.).
Principe Slcfano : Valicimum \c. XXIII ; 56 st.).
Abbiamo qui un numéro di racconti superiore d'assai a quelle delïë~
alire redazioni occidcntali. Ad ogni Savio ne îoccan due, invece di un
solo. Comtnei Syntipas, e in génère, possiam dire, nellastirpeonenulej
quale la conosciamo noi '. Se non che viene ad esserd una differenza
essenzialissima. CoIà i second! racconti sono distribuiti tra i varii gionû,
in oui dura la loua per la vita del Principe; ogni Savio, conie per meglio
assicurarsi la viuoria sull' animo del padre, rinnova la scarica. Invece
presso di noi questi second! racconti si irovan luiti accumulât! in un
giorno solo, nelP oitavo, dopo che già s'è annunziato ail' imperatore
come in quel giorno stesso il giovane romperà finalmente il silenzio.
Orbene : che fanno essi mai in questa sede ^ Turbano, e nuU' altro.
Ritardano inconcepibilraeme la soluzione, che tutti quanti, ma i Savi in
primissimo luogo, dovrcbbero essere ansiosi di affrettare. RassomigUano
acoipi di cannone, che uneserciio viuorïoso si divertisse per ore ed ore
a tirarconiro una fortczza ridotia con indicibili sforzi ad arrendersi, in
cambio di enirare dalle porte, già belle e spalancate. insomma, costi-
tuiscono manifesta m ente una giunta, non solo oziosa, ma assurda, inspi-
rata soltanto dal desideno di prolungare il divertimento del raccontare,
e di render più copiosa, s!a pure a danno délia logica, la raccolia délie
novetle. Quel po' d*analogia che c'è col tipo orientale scompare sotto le
enormi diversità, e si dà a conoscere meramente fortuito.
Ë un giudizio sitfatto è subito convalidato, appena si badi^ di quali
racconti si componga questa, che diremo Seconda Parte dei nostri Sette
Savi. Nessuno ve ne troviamo, nemmeno per accidente^ che occorra neUe
redazioni orientât! del libro. Bensi ce n'a uno, il scsio {amico e rumico)^
che ha pur luogo nel Dolopathos. Ma si tratia d'una novella cosi ampia-
mente diffusa, che proprio l'incontro non pu6 destare la menoraa mera-
1. CoMPjiKBrn, Riurche intorno al Uhro 4i Stndibàdj p. 9, 22 segg.
UNA VERSIONS RIMATA DEI Setle SaVl J7I
vîglia. E d'altronde, come si vedrà a suo luogo, non si puô certo partare
di derivazione délia versione nostra dal romanzo del Monaco d'Alu-
selva, 0 dalle sue emanazioni. Se poi badiamo aglî alirï racconti, ve ne
troviamo due presi dalle siorie romane. E questi — ne quesii solianto —
non appajon punto opportuni per lo scopo, a cui dovrebber servire. Per
cavame un' applicazione al caso attualc bisogna ricorrere agli argani. E
si che non era poi difficile di trovare nella letieraturanarrativadel medio
evo roba che potesse valere per metter in roala visia il sesso femminile !
Sicchè, non solo abbiamo a farc con una giunta, ma con una giunta,
nella quale non si saprebbe dire, se sia più riprovevole Pidea fondamen-
tale, oppurc l'esecuzione.
CJueste lutte son considerazioni suggerite dal solo esame délia parle
seconda. Ma una confertna non meno efficace di sicuro viene ad esserci
forniia dalla prima, ossia da ciô che costituîsce la verasostanzadellibro.
Soiiraiti i secondi racconti dei Savi, e insieme con essi quelli, pure
superflu), che la mairigna narra nell' ultima notte, quand* ella. secondo
la nostra versione, ben sa che tra poche ore nulla più impedirà al prin-
cipe di parlare, ci rimane un tesio che csaitamente combacia con un
tipo già noto, e precisamente con quello, col quale^ anche a priori,
sarebber staii da supporre i rapporti più immediaii. Intendo parlare del
gruppo, a cui il Mussafia ha dato il nome di Versto Itatica *. L'esser
dunque ona parte del libro imparentata cosl strettamente con gente bcn
nota, menire Paîtra, che pur le va unita, non manifesta rapporti con
nessuno, hnisce di mosirare quest* ultima corne una nuova venuta,
estranea alla famiglia nella quale s'è falia accogliere. La cosa apparirà
ancor più chiara andando innanzi. Frananio ciù che s'è derto basta di
sicuro a spiegare, perché mai io prenda a studiare la nostra versione
astraendo in tutio e per tutto dai secondi racconti. E in veriti non sen-
tiremo pressochè mai uno stimolo a rammentarci che esisiano. Solo,
beninteso, dopo avère minutamente esaminato tutto il resto. conside-
reremo un po' da vicino ancor essi, dacchè la loro presenza, per quanio
inutile ed incomoda, è pur sempre un fatto che sussiste.
La Vtrsio Ualka. era rappresentata finoa qui dalle seguenti redazioni:
1 . Storia (Vuna Crudele Matrii^na : pubblicala la prima voila a Venezia
nd 1 8 î 2 dair arcipreie Giovanni Délia l .ucia, sopra un suo codice, adcsso
smarrito, e opportunamente ristampata poi a Bologna da) Romagnoli
nel 1862 {SuUa di Curiosità Utterarie, disç. XIV).
2. Il Libro dei Sctte Savi di Roma^ pubblicato nel 1865 a Bologna
stessa da Antonio Cappetli (disp. LXIV délia medesima Scetta).
I. Biitr. 2, Utter. d.S. W: M. in SiiiuAgilnr. dell' Accad. di Vienna, Cl.
fiï.-îtor., LVII; p. 9).
)yi p. rajna
i. U testo latino scopeno dal Mu&safia in un codice viennese, e da
lui dato alla luce nei Rendiconti dell' Accademia impériale ■.
4. L'Erasio tnanoscriiio, conosciuto assai impcrfetta mente pcr una
nolizia del Carducci [Hivista Italiana. anno IV, i86î, p. 4^ t), e per rag-
guagli meno scarsi somminrsirati dal Cappelli [Op, cit., p. 69 segg.J.
5. L'Erasto a stampa, ossia la nottssima redazione a cui i Setu Sdvf
hanno obbligo dell' essersi manienuti vivi nelle memorie anche durante
i secoli XVI, xvii, xviii. Inutile rammentare le iraduzioni che difïusero
il libro per tutta oramaî TEuropa civile. Insieme colle traduzîoni si pu6
meticre anche il poema di Mario Teluccini, che non è altro se non una
trasformazione del libro dalla lingua délia prosa in quella délia poesia.
Consta di nove canti e tu pubblicaio nel 1 566.
Contrassegno le cinque versioni colle sigle m (i . Cr. matrigna)^ c [2.
Cappelli), i ^j. latino], em I4. Erasto ms., « (j. Erasto st.). La nostra,
che viene ad aggiungersi adcsso, designerô colla leiierar (vers, riraata).
Mediante un / designerô con G. Paris ïuito il gruppo dclla Versio îtalica.
E dal medesimo erudito, ossia dal sagace proemio da lui premesso di
récente a due redazioni francesi dei SetteSavi ^, prenderô pure a prestiio
le lettere per indicare le altre famiglie : K, L, A. A coteste majuscole
propongo che si aggiungano, quando sia il case, le determinazioni
secondarie sotto forma di esponenti. Per U Versio Italica avremo 1^, /^
/' -ecc. ?.
I rappresentanti délia Versio Italica vengono a rannodarsi in gruppi
rainori, a seconda di speciali affinità. Uno comprende gli Erasti : cosi
siretiamente uniii, che quasi non s'è neppur pensato a disiinguerli. Un
altro, d'assai più anticoe noievole, abbraccia le versioni /, m e c. Non
c'd fra queste sola ideniità di maieria ; bensi corrispondenza prcssochÈ
continua dei periodi, délie proposizioni, delle parole. I tre testi ne cosli-
tuiscono in cena maniera uno solo. Manifestamente i rapporti devono
essere immediati e di natura assai semplice.
Ma corne, propriamcnte, abbiam noi a concepirli ? In quai ordine
genetico collochercmo i nostri tre individui ? Già al Mussafia, nella bre-
vissima tntrodu?.ione prcmcssa al testo latino, parve t< assai verosimile >
che / fosse da riguardare siccome l'originale ; e preventivamenle egU
confutô Tobbiezione, chetaluno avrebbe potuto trarre dalla lingua e dalla
sintassi. le quali, per poco che si guardi, vi appajon roraanze^ e specifi-
1. Vol. cit., p. 94-1 18.
2. Dtax rédactions du Roman des Sept Sages de Honte ; Paris, 1876 : pubbli-
cazione délia € Société drs Anciens Textes français. »
;. Netle citazioni, designerô con L i testi del Le Roux de Lincy; un IC la
reciazioDe in vcrsi pubblrcata dal Kelier; con cat. la versiooe catalana dataci
dal Mussafia.
t
UNA VEHSIONE RIMATA DEI Sttte SdVt ^7^
carnente italiane^ anzichè latine. Il dotto professore ha perfettamente
ragione. Solo ciô ch' egti dice ha bisogno d'esser maggiormente chiariio,
deierminato, assodato.
In primo luogo importa di fissar bene che le due redazioni iialiane m
e c non s'identificano gii in modo assoluio. Chi pensasse di non avcr
dinanzi nett' una, se non Paîtra, alterala o corretta dal capriccio dei
copisti, od anche dall' arbiirio di un editore. s'ingannerebbe a paniio.
Non si traita qui di csempiari diversi di una medesima scrittura ; bens)
di due forme distinte '. Di ciô potrà subito convincersi chiunquesi metta
a confrontare î due testï, anche soto per qualche pagina.
Ho accennato a possibili arbitrii di editori. Gli è che sut délia Lucia
pesa un sospetto. Egli non deve aver riprodotto il suo esemplare con
fedeltà scrupolosa ; assai probabilmente si permise di ripulirne un poco
la lingua. Quesia conserva ancora qua e là qualche traccia idiomatica ' ;
ma nel manoscritto doveva, secondo ogni verosimiglianza, essere intinta
dî elementi dialeitali in grado assai maggiore. Giacché, non è dalle penne
veneziane d'uomini non coltissimi, che possiamo aspettarci purità di
dettato nei primi secoli délia nosiralelleralura. Edico veneziane, perché
a Venezia, non ne so dubitare, apparliene anche questa versione. G'ù
gli elementi dialetiali. per quanto scarsi, fanno pensare a quel territorio.
Non soto non gli disconvengono, ma positivamenie gli convengono.
Certo converrebbero de! pari anche a quasi tulta la regione padana ; se
non che la patria presuraibile dell* unico manoscritto vuole che di pre-
ferenza ci fermiamo allé provincieveneie. E lascelta riceve unaconferma
e una deierminazione più précisa da un passo, corrispondente a quello
che ci a)utô cosl validamente a precisare la patria délia redazione in
oltava rima ^ Nella novclta del Tesoro ai due sages dei testi franccsi ri-
spondono qui « due officiai) o comandatori ». Ora, i comandaioTi appanen-
gono al sisiema degli ordinamenti civili di Venezia *. Erano funzionarii
scetti dal doge, e dipendenti in tutto da lui : una cosa stessa coi gastaldi
ducali, di cui ebbî a far men/ione.
Con tuito ciô lo studio minuto del icsto in questione m*ha dovuto
convincere che alterazîoni profonde non possono in nessuna maniera
essercene state. Ritocchi continui per ciô che spetta alla fonologia ;
modificazioni abbasianza frequcnti d'ordine morfologico ; poche sostitu-
zioni di vocaboli e frasi : ecco le licenze che l'editore puô cssersî pcr-
1. Insisto, perché il Massa&a, seoza propriamente djr ço%» erronea/polrebbe
fone traire altrî in errore. Op. cit., p. 92.
2. Per es. itntando, sèntali p. 26; tera sa in prtua p, 27; la mwirmt,
p. 3S-
}. V. pag. jK
4. V. Sandi, Prific. ii SU rrv. H Ven.^ I, So8.
■
J74 **• f^AJ^A
messe. Egli dovette Uvorar di mestoU e levar la schiuma : non altro di
sicuro.
Ci6 premesso, ci si presenterebbe in astratto una doppia possibiliti.
0 le due redazioni volgari son tradotte indlpendeniemenie dalla tatina,
0 quesia è essa medesima traduzione d'una dl esse, esemplare dell'altra.
Quale ira le due ipotcsi sia a priori più verosimile, non c'è bisogno ch'io
dica.Tuitavia ciô non puô bastare perché ci permetiiarao un' affermazione.
Di testi iradotti in una lingua, e da quella poi riiradotti più Xarài net lin-
guaggio primiiivo» non mancano dawero gli esempi.
Con^-ien dunque esaminare più addentro il problcma, ossîa fare un
raffronto minuto di c ed m con /. Ben presto si riconoscerà che, supposto
/originale comune, i rapport] si spiegano colla massima naturalezza ;
prcsentcrcbbero invece mille difficoltà, data un' altra ipolesi. L'imma-
gine del testo latino si riflette imera in c ed m insieme uniii ; ma non gjà
nell' uno o neU' ahro soltanto. Si prendano due traduzioni indipendenti
di un libro qualunque, e si mettano a confronto tra di loro e coU* origi-
nale : si vedranno relazioni perfeitameme analoghe a quelle cbesî mani-
festano nel nostro caso.
Di ciô potrà persuadersi chiunque faccia l'esperimento. Qui tuttavia
sente il dovere di recare anche qualche prova più determinata. Comincio
da m. Son molle e moite le frasi ed i modi che irovano la loro ragion
d'essere nel latino di /, Trovo a pag. n : « Ma ella [la regina) corne
innamoraia d'esso, lo fece chiamare a se ». La frase è impacciaia e
queir esso non vîen naturale. Si confronti il latino : i< Quae ... tanquam
capta amorc fecit ipsum ad se vocari " (p. 98). A pag. 1 ^ il primo filo-
sofo si meraviglia che il padre voglia disfare il figliuolo » non servato
l'ordine de la ragione ». E noi alla nostra voila ci meraviglieremmo di
questo modo di dire, senza V « injuste nec ordine juris » — forse da
supplire appunlo « servato » — di / (p. 99). Non che si iratii di cose
che proprio in italiano non isiieno. Gli è che cotesie espressioni si otfrono
da se medesime quando si scriva latino, mentre chi pensi in volgare deve
andame in traccia a bella posta, e cacciame via alire ben più naiuralî.
Ancor piû significative è il /t'poriirfo, che abbiamo ripetutamenie subito
dopo (p. 15 e 14), e che proprio mal s'intenderebbe come avessc
poiuto venire in mente senza di /. E cos' è in iuliano, a avvcnne che
la question si commetteva circa la culla n (p. 14;:' £ manifesiamente
il laiino : « Contigit auiem quod illud esseï circa canam « (p. 100), Vol-
tiamo ancora qualche pagina. Dire in volgare, u E mentre egli volesse
andar fuori de la terra » (p. \6\, sîgnifica valersi di una siniassi abba-
stanza curiosa. Ma / subito ce la spiega : « Cumque » — probabilmente il
testo che servi alla traduzione portava dunnjue — « dominus vellei ire
extra terram I) (p. loo). Si potrebberraccogliere esempi quanti si volesse.
UNA VERSIONE RIMATA DEI Sette SdH 57J
Appunto l'evidenza del fatto, chc ancor prima délia scoperta di / aveva
indoito il Mussafîa, sagace qui coir.e sempre, a fiutare nella Crudei
Matrigna una traduzione dal latino 'iini dispensa dal prolungare ulten'or-
mente il discorso.
Piunosto non devo tacere che non tutti i latinismi di m hanno da / la
spiegazione cercata. Ancilia (p. p), w longimjua- parte {p. ;î1, untgenito
(p. s II, incnpandolo ip. 55), ecc-, si trovano a fronie nel latino voci 0
frasi difîerenti. La cosa non è sirana. Talvolta il traduttore avrâ avuto
dinanzi una lezione diverse dalla nostra. Ma più ancora è da tener
conto dcir ambienie in cui il suo cervello si irovava trasporiaio, in grazia
deir operazione a cul stava attendendo. Sopra uno scrittore toscano
l'efFetto sarebbe siato appena avvenibile; non cosi sopra un proWnciale,
cbe mal conosceva la favella délia quale s'ingegnava pur di valersi. £ si
rammentino anche le cose dette a proposito délia parte che il latino
continuava ad avère corne elemento délia lingua scritta'. I latinismi
parevano accrescere maestà al linguaggio. Ben lungi dallo scansarsi, si
cercavano di proposito.
Con ciô avrô forse messo nella mente del lettore un po' di scetticismo
circa il valore délie prove che adducevo poco fa per la derivazione dî m
da /. Daio che cosi sia, sarà bene rincalzare Tasserto con una prova
d'altro génère. Se m non fosse traduzione di /, ne dovrebb' csscre l'ori-
ginale, e c ne sarebbe, senza alcun dubbio possibîle, una ritraduzione.
Ma £ è giunto a noi in un codice di rispettabile antichiià. Il Cappelli
fp. x) lo dice del secoto xiv ; ed io posso confcnnare il suo giudizio, e
soggiungere anzi che non assegnerei di certo il manoscritto agli ultimi
decennii di quel periodo. Ne verrebbe che m, per e&sere l'originale di
/, originale alla sua volta di c, dovrebbe appanenere perlonieno al
principio del trecento. Ora, avcsse pur anco il Della Lucia messe le mani
nel testo molto più addentro che non sia ragionevole il su{^orre, quesu
data non cesserebbedi apparire assolutamentc assurda.
Passiamo a c. Non mi par meno sicuro che anche quesïo lesto
sia traduzione di /. Gl* indizi somrainistraii dalla forma non abbondano
ceno quanto in m ; se non che hanno qui maggior forza. Il traduttore
non è oialaccorto alla maniera dell' altro ; ritrae per solito il suo modello
esaïtamente, ma non goffamenie, e sa sosiiiuire ail'espressione latina —
giaccbè, per quanto l'auiore di / spropositi, per quanto scriva una lingua
italianeggjante, il suo è pur sempre una specie di latino — un' acconcia
espressione volgare. Appunto per ciô non ci riesce naturale il irovare,
prccisamente nelle prime parole conservate |p. 5), che Timperaiore
1. Nei Jahrbuch del Lcmcke, IV, 166.
2. Pag. 41.
J76 P. RAJNA
« annunciô alla mogUe ci6 che del figliuolo era addivenuto. La quale ebbe
grande letizia » ecc. ■. Quell' annanciô, e it collegamento col relativo sen-
tono qui di esotico. E infatti eccoceli in l : « Imperator uxori quod
de filio suo acciderai nuncïavii. Quae quia ipsum cum gaudio expeaa-
bat * etc. (p 97-981. Di peggio forse abbiamo dopo la novella del
Icvricrc : « Udcndo questoriropcraiorerilassô la semenza del figliuolo »
(p. 10). Cfr. / : « Audiens hoc imperaior senieniiam monis filii sui relaxa-
nt ■» (p. 100). F. cotesto ribssare^ e di fronte a lui il rdaxare, ritornano
quante volte i filosofi hanno finito di narrare. — Nella iransizione alla
lerza novella, ■ E incontenente venne l'altro filosofo » (p. la), Caltro è
dovuto al fatto délia traduzione : « El ecce mane alter philosophus »
(p. 1001, Ed anche Vincontenenu è volgarizzaraenîo irritlcssivo di ccce.
Lasciamo altri esempi, e guardiamo un pochino anche allecose. Nel
Pino è manifcsto che s'è guastaio il racconto. là dove il padrone, avaniî di
partire, ordina ail' onolano » che di quella planta egli avesse cura , eziandlo
s'cgli dovesse [lagliarej lutte Taltre plante n (p. 11). TuUe no, e neppur
una : bensl unlcamenie i rami dell* albero maggiore. E cosllnfattl è dette
più sotto'. L'errore non è in / : '< Jussithorlulanoquodhaberet magnam
curam de ea ac ipsain recte elevareî, et si deberet incidere arborem illam
lotara Cl omnes ramos ejus » (p 101). — Nella sioria d'Ippocraie e del
nipote c non ispiega punto con quai metodo di cura sïa guarito il principe
basiardo : « E poscla lo medico curoe lo giovane si che guarie » (p. 14).
Il ladno dice « cura decenti » <p. io2\ ;evedrenio più olire corne questa
frase abbia assai importanza. — A pag. 17 il pastore, che capita al pero,
dov' è solito di venire il cignale, comincia « a cogliere di queste père a.
Non cogture, bensi raccogUere; t^itte l'altre ver&ioni, e il seguito pur di
questa, ce ne fanno sicuri : le perc sono per terra. Sembra dunque
essersi iniesa maie l'espressione ambigua di / ; « collegitque de piris ■
(p. loj). — Chiediamo qualche escrapio alla s* novella : Ttntamina. In c
non si tratta per la donna di trovarsi un amante ; bensi di dar effetio ait'
amore che es&anutre giâ per un giovane (p. 18). Eccoci allonianaii dalla
versione primitiva, che risulia in modo non dubbio dair accordo di /
(p. 104) coi lesti forestieri. Poi la terza prova è manifesiamente sirozzata.
La madré dïce : ■> Domenica, quando luo marito farà grande convito [di
suoi] amici, andarai e sederaî appre&so lui, e ligherai la borsa ail'
anelto delta lavola, si che si ribaltl ; c se di questo non si turba, poscia
farai tua volontà. — E fatto questo, lo marito si turbà molto contra
lei R (p. 20). Lasciamo siare la soppressione del fatto : ma chï capisce
1. Dinanzi a ta ^uaU l'editore mette solo una virgola. A torto.
2. * S«rvo maledetio, non t'avea io detto che lue devessi ugli^re tutti li
rami perch' elta andasse ritu? » V. anche la nota del Mussafia al testo lalino.
UNA VERSIONE RIMATA DEl Stttt SaVt }77
in che maniera la tavola abbia da rsser rovesciata ^ E s'avr propno a
rovesciare la uvola ? Pare un po' troppo. Ebbene, si guardi al latino '.
« .. .Vade et sede juxia eum, et verte * caput labaleae mensae ad clavera,
quam apud latus tuum habes » (p. 104}. Cosl sta bene>. E che quesia
sia la versione primitiva, è dimostrato incontestabilmente dall' accorde
colle altre redauoni 1. — Termine con un esempio di Roma. Il nome del
msustro che libéra la ciitâ dall' assedio è laciulo da c (v. p. 3 j). Invecc
nel iaiino lo abbiamo (p. 1 10) ; e sebbene nel codice viennese la lezione
sîa corrotta, imendiam pure essere il medesimo che conoscono i testi
francesi, vale a dire quel Giano, a cui il fatto è attribuiio anche in libri
anteriori d'assai ai SeUt Savi occideniaii *.
Penanio credo di dover riguardare corne un fatto umanameniesicuro,
che Tanio m quanio c son traduzioni di /. Le ragioni a cui s'appoggia
questo risultato son troppo valide, perché abbiano a lemere di qualche
piccolo inciampo. C^ô non mi esime dal dovere di guardarbene in faccia
le difficoltà e di cercame la soluzîone.
Accade lalvolta che c ed m si trovino d'accordo tra loro e in disaccordo
con /. La spiegazione non sarà sempre la medesimo. In certl casï l'in-
contro sarà da ritenere accidentale. Ein verîtà sarebbe pressochè impos-
sibile che due volgarizzatori di un medesimo libro non s^aves^ero mai da
inconirare ! Ma quesia ragione è ben lontana dal valere dappenuiio.
Non pretenderemo, per esempio, che e$sa ci spieghi, come mai nel-
Vindusd, tra le varie prove messe in opéra dall' astuiamoglie per togliere
ognî sospetto al marito, c ed /n ne conoscano una d*un cagnuoloic p. ;i ;
m p. î9t» che / ignora. Qui è ben sicuro che i due iraduttori dovevano
aver dinanzî un testo più compiuto del nostro. E ceno, che la lezione
del codice viennese sia qua e là malconcia. non è cosa dubiiabile. Per
convincercene, tomiamo un momento a Medîcas. Ucciso il nipote, Ippo-
crate <' passus est intolerabilem fluxum ventris. quem ipse nequaquam
valuit restringere cum omnibus suis medicinis. Et dixil suis ministris :
Ego non possum restringere hune fluxum meum. Faciens autem aquam
1. Attorciglia.
2. Solo, invece di clanm, ^uam^ ci aspctteremnio detu, qoas.
}. Clr. L., p. 47; K., V. a688, 2716; cal., v. 1910; ccc. ecc.
4. V. C. Pahis, U rèc'n Roma dam les Sept Sages, Rom., IV, p. 117.
— Per Ij solita ragione dell' abbondare soggiunger'N un alUo esempio. Apjpar-
lirne a Sapitntis. Leggiaino in c ; * Ed eztandio avea e tenea Vit filosoh^ li
Î[uali dovea accertare di darc moneta come egli interpretavano h insonii i
p. 21}. L'esprcssione non è chiara, ma seoibra indubitabileche il soggctto délia
Ijiropoiizione xelativa sia il re. Sarebbe questi che dovrebbe darc, o altneno )iar
fgaranle. Il confronto del latino spiega Tabbaglio del tradallore : « Habeb^t
I^LUtem teplem jihilosophos in cuna sua, et datis eis certis manenbus (cod mu-
liUrihtu) somma homrnum interpréta ban tu r • (p. 105). L'ablalivo assoluto e il
unii haono iraviato l'interprète nostro.
jyS P. RKtttK
cum putveribus resirictis» ut usus ea attraheretur, et videns hoc non
proficere, (levit amarissime de viia omnino desperando » (p. 102). Ch)
non vede Tassurdo f Ippocraie ha provato di già tune le sue niedicine,
e lorna ancora a provame una ? Orbene : m te, perfeitamente concofdi
con / fin dove il latine dice medicints, Il se ne staccano, per narrare l'epi-
sodio caratteristico del vasello foraio [m p. 21 ; c p. 1 j 1 , comune a tulte
le altre redazioni. Cli è che in / il passo è evidentemente coirotto. Un
irascriitore dovcva aver sahaio qualche rigo ; vi fu chi voile rimediare
alla lacuna, e a quesio fine impastrïcciô una correzione quaUïasi. Nel
coHcio si riconosce ancora qualche parola appartencnte alla Iczione ge-
nuina : faciens, aquam. Si confroniino i volgarizzamenii '.
Similmenie, non che abbaiiere, non pu6 nemmeno far menomamenie
traballare i resuitati ottenuti qualche rarissimo e minimo accordo d'una
sola ira le versioni iialiane con alire più remote. Sarebbe un grosso
errore il vcderci un indizio di parenlcle, e quindi di dcrivazioni diverse
da quelle, che s'è creduio di dover riconoscere. Che importa, per es.,
se, nel gruppo nostro, solo m dia una specificazione al re che manda per
Ippocrate (p. 18' ? Ê il re d'Anglia, sia bene ; a quel modo che in altre
redazioni abbiamo il re d'Ungheria L.. p. 26), un re di Grecia (IC.,
V. 170J), di Puglia (ca;., v. 91}). Ma par facile vedere essere pura-
tnente fonuito, 0, perdir meglio, dovuto a cause psicologiche e logîche^
quel pûco di somiglianza che qui viene ad esserci. In qualche altro caso,
precisamente corne per le concordanze comuni ad ambedue le traduzioni
bisognerà supporre ragioni d'altro génère. Ma, purchè si sappia rappre-
sentarsi al vivo le condizioni reali, queste lievi difficollâ non faran mai
paura; si vedrà sempre uno 0 più modi per sbarazzarsene'. Ûa tutto
1. Un guasto c'era forse di già nel testo donde uscl c. Almcnoil codice mode-
nese ci da imperfetto questo luogo, sicchè l'edïtore dovctte supplirvi alcane
parole. — Del fatto osservalo qui sopra dar6 ancora qualche esempio. Inciusai.
4 Quidam sapiens judex habuit uxorem sapunum » (p. \oH). Quest ultima voce
ai subito eran sospetto; ci aspettercmino pulcram. E difatti c ed m dicono
entrarab) bdla. Qui la cosa è sempiicissima ; ma corne si spjeça che in Gaza le
due traduuonifacciano che ï) figliu del ladro, per giustiticare il pianto de' suoi^
si fertsca ntUa coscia ic p. 28; m p. j6), mentre in / egli si ferisce in cjpiu
(p. ioS| P Mi par di poter sciogliere l'enimma. Il latino dovcva di certo aire
primitivamente coxa; coscia, omano, e non già capo^ s'ha pressochè in lutte le
redazioni di questo racconlo. Un irascrittore cbbe a franlendere il vocabolo;
credette signi6casse cocaa, ossia predsatnente testa, e pens6 di far opéra buona
sostiluendo un sinonimo p\ii nobile.
2. Un'omissione minima nella nostra lezione di /, gii esi&tita nell' eseniplare
donde usci c, potrâ spiegarci, come mai tn Roma soltanio m abbia i due cap\ (on
tptcckt ip. 41). bcn noti ad altre famigtie. V. il Pans, nello scritto citato, Rom.'
Iv, 12}. Quatchc altro caso ricorder6semplicemcnte, scnu proporrcipotcsi. La
versionc m c altresl la sola del nostro gruppo che in Ga:a accenni cne il figlio
tenti dissuadcre il padre dal turto ip. u| ; la sola che vi menzioni specificaïa-
mente le sorclle del giovane (p. j^) ; la sola che in Virgilius nomini il poeta-
mago (p. 44K
UNA VERSIONE RtMATA DEl ScttC Sûvi ^79
ciô mi si lasci déduire un corollario, ovmîo quanto mai, ma iroppo spesso
dimenticato nelU praiica. Guai in faito di comparazioni a vedere in ogni
convenienza un indizio d'ongine comune ! Se per to più te somiglianze
si ereditano, spesso anche si producono. Lo scienzîato deve studiarsî di
affinare quanto sia possibile i criterii per distinguere i^uno dal l'aliro i
due generi di affiniià. Senza cotesta distinzione si finisce sempre per
aggirarsi in un labirinio inestricabite di dati contraddittorii.
Quesia discussione preliminare serobra meîlerci in istaio di scoprire
facilmente, quai posto sia da assegnare alla redazione in oltava rima.
Invece di un problema molteplice, ci iroviamo ade&so dinanzi una que-
stione semplîcissima in apparenza. Dériva r da /, oppur no? Che, data la
derivazionc, essa abbia ad esscrc piuitosio immediaia o mediata, sia poi
attraverso ad m o e, sia passando per un altro volgarizzamenio ipotetico,
ë una determinazione d*ordinc sccondario.
Gli è paragonando contcmporaneamente r ed l con redazionî d'altri
gnippi , che dobbiam cercare la riposta . Credo opportune di cominciare da
una novella, anzichè dali' iniroduzione. Procederemo più sicuri e
spediti.
Faccio cadere su Medkus la scella. In générale c'è molta somiglianza
fra i nostri due testi. Siamo^ ë vero, discretamenie lontani dalla perpé-
tua convenienza siniatiica e verbale che s'aveva tra J e c oppur m ; ma
già s'intende che rapponî cosl streitî, ira una redazione poetica ed una
prosaica, son possibili solo nel caso, che la prosa sia dissoluzione dei
versi. Giacchè, del resto, ogni verseggiatore è tratto di nécessita ad
ampliare, a sopprimere, a modifîcare. E quel certo grado di licenza che
il ritmo lo cosiringe ad arrogarsi, si converte in un eccitamento ad arbi-
trii e mutazioni maggiori. ^
Dunque la rima, cora' ë da aspeitarsi, ci offre ordinariamenie un di
più. Per solilo si riduce a mero fogliame délia peggior specie. Parole
vuote di pensiero e vanissime ripetizioni. Il latino coroincia : « Hippo-
cras suramus medicus... » E la rima :
Lo inedicho dî gran fisicha
Che Ipocras si nomeva, lo gran teologo,
Lo quai aveva de gran libri in robricha,
Costui sopra i altri fo medicho soprano,
E in medizina si fo molto alUao.
(IV, I.)
Inutile insistcre con altri esempi. Già nella prima parte diquesto lavoro
$*ë imparato abbastanza a conoscere il nostro uomo, perché le sue goffag-
gini ci possan più far meraviglia. Ne Tosservazione di differenze sîSiaiie
farebbe progredire d'una linea la quesiione crilica.
Finchè dunque nelle cose r ed / camminano di conserva, anche noi
?80 p. RAJNA
tiriaroo di lungo. Le discrcpanze comnni — se discrepanze ci sono —
dagli altri gruppi, non vogliono esser considerate in questo luogo. Ve-
niamo pertanto fin dove il medico ha tninacciata la regina, ch' egli se ne
andrà, dacchè essa non gli vuol palesare il vcro. Qui r proseguc :
Vedendose ia d^ma esere sguxita,
Dise : Se credese chel non tosse saputo
E che l'avesi m credenza, perché la vita
Lo mîo marito me toria al tuto,
fo ti diria da chui e' fui rapita.
A tel respoxe lo medico proveduto :
Madona, non dubttate. Aldi el mio detto :
Retignerô tutto el falo secretto.
(St. 9.)
Nulla che esattamentc corrisponda in / ■, e nemmeno in r né in a,
che ci farebbero â3 spia, se mai nel lesio del codice viennese ci fooe
una lacuna. Invecc abbiamo nella prosa francese : « Quant la roine voiï
ce, si le rappelle et li dist : Sire, je le vos dirai, et por Dieu, gardez q«
n'en soit parole. — Dame, non sera il » ^L, p. 27K
Se non che questo non è ancora un indizio col c^uale fare a 6daiua.
tanio più che la nchiesta e la promessa délia segretezza mancano in
altre versionî. Nulla vieta di vederci una di quelle ampli6cauom, che
qua si producono, là spariscono^ per poi rinascere un' alcra volta. Ma
non si puû già dire altrettanto del metodo di cura che il medico adotu.
quando sa di positivo che il principe ë bastardo :
Dise lo medico nel so con7.eto solo :
Qui me bexogna lasar le dignitade,
E corne av6itero medichare lo volo,
Perché bastardo Te con pravitade ;
E corne avôltero e bastardo lo vu' medicare.
Alora lo medicho ebeno a comandare
Che zibi grosi qui si sia arechato,
Corne è charne di vacha e simele cosse ;
E da mangiare a quel giovene i dato,
Perché la natura sua vuot cose grosse.
(St. îi'iz.)
Si confrontino le redazioni francesi e le loro emanarioni» c à reda
corne s'accordino. L, p. 27 : u 11 est avoltre, je li ferai poison a avoltre:
donnez lui a mengier char de buef *. Il firent son commandement ju.
1. < Et medicus dixit : Ex quo mihi non vis dicere veritaiem, ego ;_
Et regina videns ipsutn vclle recedcre, cum tnultum affeclaret fjllisanitaiem.ait:
In curiam régis > elc. (p. 102).
2. Non c'é bisogno di dire che vaaa 0 ke, non costiluiscono una difierenza-
La vacca ci rappresenia iit certo modo un' evoluzione progrcuiva. Sisceads
d'un gradino. -"
VJ1K VERSIONS MHkTk DEi Sctte Savi )8l
.K**T. 174s : Dame, dist il, c'est bien raison ;
Or aura avoutre puison.
Lors li fist car de buef mangier... *.
Si veda, se si vuole, anche la versîone italiana pubbUcata dal d'An-
cona, p. 24, e la catalana dataci dal Mussalia, v. 9Û9.
Ora in / troviam solo un' indicazione indeterminatissima, già ricordaia
anche aiirove : cura decenti. Questa frase ha l'aria d'essere un riHesso
dignitoso délia verûone degli altri tesli. Il redattore lalino par corne
aver voluto scansare una volgarità. Pertanto r conlienequalcosache non
è in l r\è nei suoi derivati ', e che doveva essere invece nelta sua fonte
immediata 0 mediaia. Le conseguenze pajono ofTrirsi owie. Tuttavia per
adesso lascio ch& il lettore le cavi per conto suo, e mi limito a osservare
e raccogliere.
L'accordo peculîare di r con redaztoni più remote per ci6 che riguarda
la cura, si ripeie al riiomo del nipoie presse lo zio, Mentre l si contenta
di un « Kediit medicus ad Hippocratem nepotem [sic) suum, narrans
eidcm quae fecerat » ^ r cosl espone il fatto :
Part) lo giovene medicho saputo
E ritorn^ al suo barba tpocràs,
E domandolo, se lui à guaruto
Quelo amalato per chui andare el fas.
E lui dise de si, come proveduto.
Che li itu fato? lo barb;i li partis.
Charne de vacba e altre cose grosse
Li 6 dato a manzare, lui li resposse.
— Adonque costui è avôltero nato?
SI, dise lo nepote, cb'io 1*6 cogoosulo.
(St. tj-M.)
Paragoniamo L : h Et s'en revint a son oncle. Ypocras li demanda :
As tu Tenfant gari ? — Oil, Sire. — Que li donas tu? — Char de buef.
— Dont estoit il avoltres? — Sire, voire. » Si confronti pur K, v.
17s ^ ; cal. 979 ; Hans von Bûhel, v. 4J85. Proprio solunto / co' suoi
accotiti venne ad appartarsi.
Ail' incontro l'uccisione proditoria del nipoie è strozzaia da r, mentre
/ ce la narra assai acconciamente, e con panicolari che occorrono anche
1. Qui s'aggiunge anche pane inzoppato odl' acaua. L'acqua si ba pure neU'
Histona Stpitm Sapientum, V. Paeis, Sept Sjgu, XXX, n. 2.
2. Cf. c p. 14 ; m p. ao.
3. Acciocché l'etrore del ntpQUm non faccia percaso supporre un guasto piit
profonde nel teslo, si confrontino le traduzioni : /n ; 1 11 quai subito riIorn6 dal
suo barba, narrandueti il falto come gli era inlravenuto, e come avea cono-
scioio che il detto infermo era bastarao > (p. 20). c ; « Ritomato il medico a
Ippocras, aarroe a lui ci6 ch'era addivenuto a (p. 14).
)82 p. RAJNA
fuort délia Versio italica. Ecco i due testi nostrali. Ci aggiungo pur L,
per comodiià di confronto.
r; Chiam6 lo nepote e dise : Ora andemo
AU canpagna e dele erbe acolieremo.
Esendo gionti a un luocho salvagio,
Lo SQo nepote dele erbe arcolie.
Alora lo vechio faiso e malvagio
Con un coltelo da dricto con so volîe
Lo arsaltô e ferllo adagio,
E a tradimcnto la vita li tolie.
E per invidia amaz6 lo nepote
Lo vechio Ipocras io qude grote.
CSM4-M-)
/, /. ât. : u ... Vocansque ipsum quodam die in viridarium sumn, ubi
crai herbarum medicinalJum muliitudo, inspexii Hippocras quandam her-
bam bonam mulias habentem virtutes, dixïique nepoti suo : Videsne
aliquam herbam bonam ?Qui respondit : Video. Etillam ostendit et col-
tegit, et Hippocrati singulas virtutes declaravit. At Hippocras vidit atiam
herbam, cujus virtutes nepos suus ut prions declaravh. Tertiam herbam
vidit nepos Hippocratis, quam Hippocras non vidit, et dixic Hippocrati:
Haec est melior cunctis herbis. Dixitque Hippocras : CoUigc cam. Et
dum se flecteret ad colligendum ipsam, Hippocras ipsum ad cor cura
gladio percutiens [occidit], clamque ipsum sepelivit. »
L, /. cit. : « Il apela : Biau nies, disi il, venez après moî, en cel ver-
gier. Il entrèrent ens, par le guichet ; ei quant il furent en milieu : Dex!
disi Ypocras, com je sens une bone herbe. Cil saut avant, si s'agenoilte,
si la quest et li aporte, et li dist ; Sire, veez la ci. Et il la prent en sa
main : Voirs est, dist il, biaus nies. Il ala encore plus avant : Ore en
sent, fait il, encore une meillor. Cil vientavant. si s'agenoille pour cueil-
lir la. Ypocras se fut bien appareilliez et tret un coustel, si vient après le
vallet, si !e fiert, si l'ocist par mi tout ce. n
I contatti di / con quest' uliima versione baizano agli occhi e mi di-
spensano dal melter più sotto gli occhi del lettore fatti dello stesse génère,
Tanto più essendo te conseguenzc che ne derivano già abbastanza mani-
feste anche per prove d'altro génère.
Sicchè passiam oltre. Subito ucciso il nipote, Ippocrate nella rima
arde i libri :
Poi Ipocras vrne nela zilade
E tuti li suo ttbri ebe a bruxare.
(St. i6.)
La cosa è riferita, precisamenie in questo luogo, anche dalle versioni
francesi e da una pane délia loro figliolanza. Si veda L, p. 38 ; K, v.
18 j;. Invece / e famiglla non dicon nulla dell' arsione. Eppure l sa
UNA VERSIONE RIMATA DEI Setît SaVÎ \%]
hent di libri scritti da Ippocrate, e di passaggio ne ha fatto prima men-
zione ad aliro proposito : « Hippocras auiem invidia motus ex eo quod
isie raelior erai eo (ex eo quod multos libres fecerai Hippocras^, ne
post moriera propter istum nepotem suum ejus mentio cum roemoria
dclereiur », etc. Si vede quindi che nell' esemplare di dove è uscito il
latino i libri e Tarsione dovevan csserci di sicuro. Ma il nostro prosatore
sapeva forse che ancora sussistevano opère del famosissimo medico.
Perô soppresse la distruzione, pur conservando qualcosa. muiato luogo
e desiinazione. Fors' anche gli sembrô assurdo in chi tanto ambiva la
fama, il disiruggere precisaraente cià che meglio avrebbe dovulo servire
a perpeiuare la memoria sua'. Comunque, ecco un seconde caso,
analogo ad uno rilevalo poco addietro. S'avrà occasione di richiamarli
enirambi.
L'episodio dcl vasello forato, che,com* era bendaaspettarsi, inr non
manca, se non esiste più nella nostra lezione di /, esisteva, come s'è
Visio, nei manoscritti di dove procedono m e c. Non è dunque il caso di
lenerne conto. E cosi ci troviamo al termine délia novelta.
Volgiamoci adesso ail' imroduzione. Siccome peraltro sarà questa
una parte del libro da riportar poi tutta intera^ qui procederô molto
alla spiccia, contentandomi anche di soliio, per seropliciià maggiore,
di chiamar a paragone il testo del Leroux,
Comincio dall' aweriire che r, d'accordo colle razze oitraraontane,
parla subito al principio (St. 4-6] délia madré del principe, mcntre /
appena ta ricorda poi incidentalmente per annunziarcene la morte, dopo
aver lasciato crescere ed educare per più anni il fanciullo. — (I palazzo
dove il giovinetto riceve la sua educazione è in r fatto edificare apposta
(Si. 1 1-12), concordemente con ciô che si ha nella maggior parte délie
versioni forestière, e perfino nel ramo orientale ; non cosl in /, se pur
non vi si voglia soiiiniendere gratuiiamente la cosa. — Né il latino dà
particolari di alcuna specie sulle disposizioni che là dentro si prendono.
Ben ce ne fomisce parecchi la rima, sostanzial mente concordi con quelli
somministratici da L. Abbïamo ie arti dipinie sulle pareil ;St. 1 j) ; abbîa-
mo la menzione spéciale del letto assegnato al giovane alunno (St. 14),
— Poi l, ne qui, ne in alcun' ahra parte, non dice i nomi dei Savi; rct
li enumera tutti , St. r 9-2 s ) ; e , sal vo certe siorpiature 0 leggiere varietà ,
son precisaraente i medcsimi che abbiamo in L. — Lo strano esperimento
délie foglie per accertare il profitto del giovinetto, è taciuto da /, narrato
da r [St. 28-32). — Al pari di L, r espone disiesaraente corne si vada a
i. [a certe redazioni !e espressioni son cosl ambiçue, che non si captsce se i
libri bruciali siano opéra d'ippocrate, 0 dcl nipote. TaIudo mostra di averpro-
prio credoto che fosser di qucst' ultimo.
;84 p. RAJNA
consigliare ail' imperatore di prendere altra donna, quali argomenti
s'adoperino per persuaderlo, corn' egti commetta ai consiglîatori di fare
essi stessi la scella, corne questi cerchino, trovino, e corne le nozze abbïan
luogo [St. 36-40) ; / sbnga tulta quesla parte in poche parole, trala-
sciando ogni partîcolare. La sola dijferenza grave che sia qui ira L ed r,
si è che gli eccitatori délie nuove nozze sono assurdamente nella ver-
sione nostra i maestri stessi del principe. L'identificazione dev' esser nata
dall' aver hranteso un'espressione ambigua, che possiam credere riflessa
fedelmente da / : imperator de constlio sapUntum^ etc. — La nialrigna in
r corne in L è mossa da invidia a chiedere al marito di vedere il figlia-
stro ; essa pensa con dispetto che abbia a toccare a lui, e non gîà ai figli
che poiesser nascer di lei, l'crcdità detl' impero, e perà vuol sbarazzar-
sene (St. 4{-47J. In / il motivo è ben diverso : la donna vuol vedere il
principe, perché, udendone decantare i pregi, s'è accesa d'amore per lui.
— I messi mandaii ai Savi son due in L ed r (St. $ t) i in / t'espressione
rimane indeterminala : nuncios misit. — Ed / tace similmenie la circo-
stanza délia cena e del giardino, che è in r (St. ; )) allô stesso modo che
in L. — In r, corne nelle versionî francesi, abbiamo due stelle: la prima
rivelatrice del pericolo, è avvenita da un fiiosofo ; la seconda annunzia-
trice délia possibilité di unoscampo, è scorta dal principe (St. j4'Mi '
riduce invece le due ad una sola, nella quale il principe legge e il peri^
colo e il rimedio, sicchè ai filosofi rimane una parte puramente passiva.
Poi / fa che i maestri vadano l'indomani col giovane alla corte ; in r
non si muovono (St. 65-66], di modo che siamo vicini ad L, dov' essi
partono bensl, ma s'arrestano in un bosco, e non giungono per nulla
affatio air imperatore. — r ci rappresenta presso a poco alla maniera dî
L l'impératrice, che, saputo l'arrivo del figliastro, viene al marito a lui
ed (St. 77j; in / è l'imperatore che va alla donna; e ci va solo. —
Infine altre convenienze estranee ad l $i potranno rilevare agevolmente
confrontando r con L, tanto netla brève scena fira i tre prolagonisti,
quanto in quella tra la matrigna e il 6gliastro.
Estendere qui maggiormente il paragone, sarebbe superflue. Mi
basti dire in génère che tutto quanto l'esame comparatîvo dei lesti
continua a mettere in luce fatti délia medesima natura. Sicchè la causa è
oramai isiruita : veniamo alla discussione.
Che mai risulta dalle cose osservaie ? — Le deduzioni sarebbero sem-
plici e nette, se non venisse a creare gravi imbarazzi un fattore, del quale
troppo spesso non si tien conto abbastanza. Cotesto fattore consiste
nella mescolanza e nella sovrapposizione possibile di due 0 piCi versionî
diverse. Più individui s'incrociano, e danno n^scimento ad una razza
mista, che cosiituisce poi la disperazione detl' antropologo. E l'incrocia-
menio puô awenire in ditTerenii manière : lalora è voluto, tal* altra
UNA VERSIONE HiMATA OEI Setîe Sav'i )85
sponuneo ; qui si procura col paragone di due lesti scritti ; là accade
înconsciamente netia memoria, perpétua rimescolairice dî reminiscenze.
Poi v' hanno qui pure casi, nei quali te due specie ne procreano una
lerza ben distinta da enirambe ; altri invece, in cui l'uno dei due tipî
prévale di gran lunga, e solo viene poco o tanto ad essere modificaio.
Questi ultimi casi son di gran lunga i più frequenti ; ed è appunio alla
loro caiegoria che apparterrebbe pure il nosiro, se mai s'avesse a con-
chiudere che la rima fosse un teslo coniaminato.
Ciô premesso, veniamo a specificare. Ci stanno dinanzi due possibi-
liià, delte quali l'una, duplice essa medesima. 0 / ed r emarlano indipen-
dentemente da una fonte comune, oppure l'uno di essi provienc bcnsi
dair altro ; ma insieme s'è aggregaia una certa dose di elementi» attinti
ad una redazîone di stirpe diversa.
Délie tre ipotesi, che appajono cosi possibili, non mi perîto nondimeno
ad eliminarne subito una. La derivazione di / da r va esclusa in modo
assoluto. Le si oppongono ragioni di vario génère. In primo luogo la
cronologia : / ê senza dubbio pïù aniico. Se anche lo conosciamo fino ad
ora in un solo raanoscrino apparienentc al secolo xv, speiia al xiv,
rammentiamocene, e non al suo cadere, il codice che ci ha conservaia
una délie traduzioni itallane. Questa prova rende oramai superflue le
altre, meno conclusive d'assai. Ne acccnnerb tuttavia qualcuna, pet
soprappiù. Non è un traduttore latino che vorrebbe darsi la briga d'un
lavoro di contaminazione per un libro siffatto. Inoltre, di elementi che
uno solo fra i due lesti abbia comuni con altre famiglie, c'è una discreta
abbondanza in r. e invece molta scarsità in /. E poi per / si traita per
solito di mère variant) minute, e non già di particolari nuovtche abbiano
un ceno rilievo. Sarebbe pur sirano che s'andasse a prender lontano
roba di questo génère.
Sicchè restano a fronte due sole possibiliià. 0 / ed r provengono ria-
scuno per conto suo da un medesimo ceppo y o r dériva da / e fu conia-
rainato coll' ajuto di un' alira versione.
Tra le due ipotesi confesso di non sapermi indurre a scegliere defini-
tivamente. Certo ta prima è più semplice. Ed essa ha altrest titoli ben
più serii da far valere. Passiamoli in rassegna.
Una demanda preliminare sembra atta a sbarazzare un poco la via.
Indipendentemenie dalla questione attuale. l'esisienza di rappreseniantî
délia Versio Italua anteriori ad / par probabile, ono ?— Probabilissîma,
oso rispondere ; ché questo nosiro tesio latino ha troppo spesso l'aspetto
di un abbreviamento. Impossibile scorrerlo senza riportame quest* im-
pressione. Si guardi aile transizioni da una novella ail' altra. Solo il
primo giorno si dicon le cose compiutamente ; poi sempre, ora più, ora
menOf si taglia corto. Cost unicameme dal primo Savio vedjam pattuirsi
Rûmaaia, Vil 2j
}86 p. rajna
llndugio del supplizio per quella giornata. Par corne che l'ainore si
secchi di ripeier scmpre formole e parole ideniiche. e perô voglia, se
non altro, diminuire la nûja, A volte, proprîo, la brevitâ va tant' olire,
che più non poirebbe. Cosi accade la terza noite : « Rediens auiem im-
perator adhuc vivente filio. dixii mulier : 0 imperator, tibi eveniet quod
cuidam régi accidit, qui non videbat lumen extra civitatem suam, et a
multis sapientibus consilium postulans, non poterat remedium invenire.
Habebai autem sepiem philosophes » etc. [p. 105}. Comc si vedc, non
s'accenna alcuna circostanza ; non si lasda aprir bocca air imperatore
per interrogare. E s*avveria : il confronte con m et con c (p. 38 ; p. at)
mette fuor di dubbio l'integriià de! testo '. Son poi nolevolia volte certe
espressioni : u Et ecce mane tenius philosophus venit, dixitque inter
alla : Imperator » etc. [p. io}-4).
Anche nelle narrazioni vtene a rivelarcisi questo medesimo carattere.
L'esempjo più ragguardevole l'abbiamo in Tentamma fp. 104). Seropre
per evitar ripctizioni, l'csecuzione délie prove non è mai esposla. Unica-
mentela si accenna con una frase riassuntiva : Fecit^ue ilia. — FeàUjac
puella, et senex respondit ul prias. — Feciîqae iîa. Cosi non si contengono
già le redazioni délie altre famiglie; e cosi non si contiene neppur r.
che qui narra per disteso, e che anche nei passaggi tra i varii racconti,
batte la via generalmenie seguiia. Or dunque, perché mai» avendo di-
nanzi un lesto più compleio ed uno quasi di sicuro abbreviato, vor-
remmo nondimeno supporre che il primo non ci ritletta già l'originate
primitivo, bensi abbia ad essersi ricomposto mediante un' iniegrazione
e con nuovi presiiiî ? Ne gli esempî citati stanno già soli ; nient' atîatto.
Il paragone con r ci fa non poche volte apparir / più brève, più povero
di circostanze. Ora di coteste circostanze s'intende assai megito ed è per
se siessa di gran lunga più probabile la soppressione. che non sia l'ag-
giunta. Tanto più poi mancando esse in un tcsto, che dà a conoscere
una tendenza incontestabile al condensare ed allô sfrondare.
E talvolta avvicne periino che l'esistenza di certe circostanze narrate
da r neir originale di / possa ritenersi indubitata. Si rammentino i due
casi occorsici nell' csame deita storia d'Ippocrate : quello del metodo di
cura usato col principino, c I' aîtro dei libri, Ognuno vede quanto se n*
avvalori Pipotesi di una fonte comune.
La quale trova conferma aliresl nel fatto, che i contatti speciali di r
con aiire famiglie consistono spesso in analogie, anzichè in vere idenntà.
In r il pericolo del principe è leito in iw pianeto [], $4) ; seconde t (p.7)
I. Dico ciô, perché în qualche case aaaiogo questo confrooto potrebbe lar
pensare il contrario. Ma forse non a ragîone. £ altreltanlo probabile che i due
tradulton abbiano aggiunto per conlo loro. Del reslo il caso non è fréquente :
\» maggior parte délie abbreviaztoni in coteste !^i ritnaDc confermau.
UNA VERSIONE RrMATA DEI Setît Savî 387
IC (v. 489 seg.) ecc. , nella luna. Similmeme si consideri la scusa addotta
in r dalla moglie desiderosa di un amante, per giustificarsi detl' aver
inandato all^ aria la tovaglia con tutto quanto l'apparecchio :
Marito niio, non putl altro fare :
Per adurvi la vostra copa m'ebi a levare.
(VI, ij.)
È évidente il rapporto coi testi francesi : « Par ma foi, sire, je n'en
poi mes. J'aloie quérir vostre couiiau et vosire tablier qui n'estoit mie
sor table, si m'en pesoit » (L, p. 48). Ora non si vede troppo perché
un auTore, che aveva l'abitudine di.tenersi strenoalla sua guida, dovesse
fare dï coteste sostituzioni. NelT altra ipoiesi invece ogni cosa vien
naiuralissima. Tutta quanta la Versio ïialica^ e perd in primo luogo il suo
prototipo, sta colle aitre famiglie in relazioni di questo génère. Strette
somiglianze, accompagnate da varieià continue.
E c'è deir aliro. Qualche sfumaiura. qualche elemento affatto secon-
dario slabilisce un rapporto tra r e le redazioni estranee, nei punti in
quali del resio la somiglianza con ï è assai stretta. In quesii casi, per
verità, la comaminazioneappare improbabile. Es allarghi pure Posserva-
zione e le si dia un' altra forma. Se un nuovo esemplare fosse cmrato
nella composizione di r, gli elememi derivatï da cotesta fonte sussidiaria
pairebbero dover essere di gran lunga più copiosi. Non è per prcnder
cosl poco che si suoi meitersi ad un lavoro di contaminazione. E son
moite le cose che avrebber dovuto teniare t'autore. Per esempio, quella
specie d'asia per l'educazïone del principe, che vedîam tenersi dal padre
nel principio délia storia. Cosl, al termine del Virgilius la rima accenna
allô sdegno del popolo contro Timperatore, per rinesiimabile danno di
cui cgli è stato causa alla città :
E lo chomuno di Roma universale
Di queslo falo n'ebe gran dotore.
0, qaanlo a tuti li parve gran maie,
Lamentandosi forte de lo icpcratorc !
Dopo queste parole non si capisce, corne mai, se s fosse avuto sotte
gli occhi un altro testo, si sarebbe qui omessa la storiella délia fiera ven-
detta mediante l'oro colato, che, allMnfuori délia Versio Italtca, s'ha in
lutte le redazioni del racconto.
Soggiungerô altresl che del pari mal s'intenderebbe, corne si potesse
trabsciare di prendere addirittura qualche racconto, da mettere nelle
nnore nicchie aggiunte al disegno anteriore. 0\è tanto in A quanto în L
si contengono narrazioni esiranee ad /. Una in A : Stnescalcas. In Ltre:
questa medcsima : più Fitia e NovtrciX. Dai nuovi racconti a cui s'è dato
posto vediamo che Pampiificatore del vecchio libro non era uomo da far
^S8 p. RAJNA
lo schizzinoso. Là roba da lui scelta è in gran parte più scadenie di
quella che A ed L gli avrebbero somminisiralo. E ciio A ed L, perché
sono di sicuro i testi aï quali si deve qui pensare dl preferenza. Ma si
sosiituisca pure qualunque altra redazione : l'argomemo regge con
lutte.
F.cco parccchic ragioni, che pajon buonc. e che son tali di sicuro.
Eppure esse non bastano ad appagare pienamente chi non ami di fab-
bricare ipotesi . che poi i falti smennscano troppo spesso. Una
veriiA bcn positiva deve raetierci in gran diffidenza. La nostra redazione
in ottava rima ci si présenta col vanlo o la macchia di un arbitrio capi-
ulc> Al vecchio Itbro s'è appicdcata una lunghissimacoda. E non questo
solo. Anche ad uno dei racconii primitivi s'è aggiunio non poco.
Questo racconto è l'ottavo : Gaza. In r la storia non termina, corne
nelle altre ver&ioni. col pianto délie donne, cosî astutamente e coraggîo-
samentc giusiificato dal figtio del ladro. Seguono due altri episodi ben
noti . goU ; tussaria. F. anche le parti aniecedenti si sono accresciute di
panicotari. non meno ignoti agli aliri gruppi, che ad / e derivati. Abbiam,
pcr eseropio. Tespediente del fumo, usato dal custode del tesoro per
conojcere,donde mai il ladropossa essere enlrato. Dunquenonc'è dub-
bio ; in questa novelta una comaminazione cbbe luogo di sicuro. Quai
possa c&scre stato il secondo modello, non è adesso da cercare. Mi con-
tentera solo di dire, che non fu nient' affatio il Dolopathos. al quale cor-
rerà subito il pensiero di più d'un leitore. Cîà si prova facitmente. Là
dcntro s'ha bene la prova dei fumo e l'episodio délia lussuria^ ma non
si pensa nient' affatto a scoprire il colpevole mediante la gota.
Messa fuor di dubbio la contaminazione per un caso, mal puù esclu-
dcrsi il sospetto che il medesimo processo possa aver avuto una parte
ben più estesa nella composizione del libro. S'è insistiio sulla stranezza
che. prendendo, si possa aver preso cos) poco. Ma badiamo . casi consi-
mili occorrono moite volte. Perô non vale negare; bensi bisogna conien-
tarsi di cercare le ragioni. Gli è aile recitazioni ascoltate, aile letture fatte,
che conviene chiederspiegazione il più délie volte. Son faîtori, pur troppo,
indcterminabili, e che solo ci vengono a convincere, quanto sia vano il
preiendere di capire ogni cosa. E se ne aggiungono allri ancora d'in-
dole p^cologica, che menO ancora si riescc il più dclle volte a bene
alferrare.
Sotlo il rispetto che ora consideriamo, poco importa di sapere, se le
grandi innovazioni che ci si offrono in r, si debbano al rimatore stesso,
oppure ad un suo autore. Giacchè è ben possibile che il libro in rima
non faccia se non dard siorpiata una versione in prosa, perfettamenie
costrutta corne la nostra. Certe dichiarazioni clie s'hanno in principio ed
in fine condurrebbero anzi diritte a creder cosi
î89
(I, M
UNA VERSIONE RIMATA OEI SettC SjW
Ma motti se ne ritrova dj cotoro
Ch' aluo cha rima non 11 piâze ascollare^
Ed io si votio sastifare a colora :
DJ proxa in rima volio rezitare,
E di la proxa anticha trare qucsto lavoro...
E qui, signori, io si fazo fine a voi
A questa vaga c dilctevcle instoria ;
E sefatalto vi avesemo noi
Ne Io rimare, Io quai per vanagtoria
Non avemo fato, ma per dischiarir poi
Le dite cosse e per famé a voi memoria,
Perché atguni noma rima lezer li piaze,
Per satisfar a loro l'ô fato ben audaze.
Se non che le dîchiarazioni di questo génère son sempre sospeiie.
Agli autori sta troppo a cuore che si creda alla verità dclle cose da loro
narraie. perché s'abbia da aspettarsi che, quando innovano, ce l'abbiano
a dire. Certo il nuovo disegno dei Sette Sait è degnissimo del poeta al
quale dobbïamo le malaugurate settecento e sei sianze, di cui si compone
la vcrsïone in rima.
Con ci6 non intendo tuttavia di dichiarare improbabile l'esistenza di
cotesta ipoteiîca redazione. V'oglio solo che la probabîlità non s*esageri, e
non si creda quasi di poterla rappresentare corne poco distante dalla
cenezza. Una cosa piuiiosto oserei affermare : se cotesta redazione è
esislila — e chi sa che ancora non esista ? — essa dovette esser scrilta
m dialeito veneto. Perché io pensi cosi, s'intenderà andando innanzi.
Qui lascio siare per un momento le congetiure e le incenezzc, per
dir qualcosa che credo indubitabile. In nessun caso la fonte direiia dt r
non potè esscrc /. Tra i due bisognerebbe sempre mener di mezzo un
volgarizzamento. Me ne convincono i due passi ripoiiati qui sopra. Se
t'autorc avesse preso dal latino, se ne sarebbe ben pavoneggialo. Pigu-
riamoci quanta auiorità se n'accresccva ail' opéra sua ! E poi, è moi pos-
sibile che s'adducesse corne ragione dell' opéra la preferenza che certuni
davano ai versî, e non si dicesse verbo di quella turba infiniia, che un
testo latino non to potevano intendere P Di più, s'ha la conferma di un infi-
nité d'analogie. Ne si contrapponga che il rimatore alleghi egli ste$so un
suo originale latino. Alla st. { del c. I si legge, è ben vero :
La booa madré propia si Io latoe
Per darli bona natura, dize mîo latino.
Ma questa frase, presso gli antichi, e soprattuno poi presso i rimatori,
ha un significato affatto generico, dove la specificazione del tinguaggio
Î90 p. RAJNA
non entra più per nulla. F invero in questi nostri Savi vediam poî citarsi
// librOf Vautore; ma di Uiino non si dice più altro.
Ciô posto, bisogna pur proporci un' altra piccola questione. Oato che
r émanasse da /, poirebbe darsi che od m o c avesser servho di ira-
mite ?
Il rispondere non è facile ; chè ci iroviam ridotti ad una povertà dln-
dizi, veramente incredibile. Là dove tre individu!, t^ m e c^ si rassomi-
glian tanto, non è agevole determinare a quale s'accosti maggiormente
un quarto, che, per quamo simile, ha pur sempre faitezze sue proprie,
E poi suite somiglianze di parole non c'è da fare assegnamento. Pren-
diamo un caso ira molli del medesîmo génère. In Mediciu la rima dice
dei messi, mandati ad Ippocraie (IV, j) :
Li mesi alora si se parti di fato
E zonse dove lo medicho la dimoris ;
E ta anbasata li fi del suo sijjaore,
£ ncool61i el fato tulo alore.
Il iaiino {p. 101^ porta : « Iverunique nuncii ad Hippocratem et dixe-
runt sibi causam adventus eorum. » E ï: (p. i }i ! << Li messi furonoa lui,
e sposeno loro ambasciata. » Qui non si puà a meno di avvenire quella
parola ambasciata, comune ad r, e che, a fronte di /, sembra siabilire un
rapportofrai dueiesti. Macidisinganncremo trovandoanchcin //i[p. 19):
0 Onde [o re raandô per esso messi, ed essi gli dissero Timbasciata
loro. >' Insomma, gl' incontri di parole son faiii per iraviare» piiiche per
servire di guida.
Nonostante quest' infelice condizione di cose, credo di poier escludere
senza titubanza che tra / ed r possa esserci stato di mezzo m. S'abbia un
pajo di confronti, appartenenii ad Indusa :
/ (p. 1 10) : « Fecitque juvenis convocari multos amicos suos, et spe-
cialiter marilum uxoris. Dixit ei : Habeo desponsare quandam dominam
mullum honestam ; volo quod intersis honorimeo. Qui dixit : Libenter. i>
m (p. ^9) : a Ed inviià il suo marito e molli altri^ dicendo che volea
sposare una donna. »
/- (X, 19) : E convitô molti suo aroizi e parente ;
Poi al castcUn dise ta! covinente :
Ko charo amicho e doize amor mïo,
Lo quale amo sopra ognl persona,
A farme honore volio che vegni io.
Spoxare per molïe e' volio una dona,
La quat è bêla e loio per mio disio ;
E poi nela mia tera e' anderone.
Dise el castebno : Aveii nomma a comandare :
Iq ne vignerà per scrvirve e onorare.
UNA VERSIONE RIMATA DEI Seîîe SHVÏ ^^J
l il. c.) : « Judex reversus ad camerarn suam, credens eam invenire,
nidum inveniens vacuum, » etc.
ffl Ip. 40/ : 0 E il marito lomato a casa andà a la caméra, e non la
trov6. »
r (X| is) : Lo chasteUno, povero, iscognouito,
AI suo torone si fono ritonuto ;
La sua moiere lui credcva del tuto
Kitrovarla in quela, corne era usato...
^ Aggiungo qualche altro esempio da Roma :
[l \\. c.) : « Et lanto terapore stetit in obsidione Romae, quod Romain
fere lenere ampHus Romani non valebani. »
m (1. c.) : « Lo re avea assediaio con grand' eserdto Roma lungo
tempo, e U Romani non poteano resistere alla battaglia. »
r [XI, a) : E tanto tenpo lui la teoe in asedio,
Che li Romani prCi non si potea tenerc.
/ (p. 1 1 1) : K Et fortiter mirabantur pagani. n
m (V. p, 41) :
r (Xlf 6) ; A vedere chostui gran meravelia
Si era a tuti, ve dicho per zerto.
£ insieme con queste di&somiglianze, délie quali si poirebber moltipli-
care gli esempi, dice assai la mancanza'di dati posiiivi, che mettano in
sospetto di un rapporte di reale derivazione. Poi m par îroppo récente,
perché il rimatore vi volesse aliudere coU' espressione proxa anticha,
che s'a vista adoperata da lui in un passo già citaio. Non è nemmen
sicuro clie sia anteriore alla rima ; in ogni caso poi è opéra di un con-
temporaneo.
Anteriore d'assai^ senza dubbio di sorta, è invece l'altra versione : c.
Rispeito a quesia, vi son ragicni pro e contra. Cominciam da quelle che
pajono escludere una mediazione sitTatta. Anche qui. ben inteso, prendo
solo un certo numéro d'esempi tra i molli che s'offrirebbero.
Canis. l Ip. 100) : u Similiter habebat quendam suum 6)ium in cunis,
qui a nutridbus lactabaiur. n
c (p. 8) : < Ed avea uno fanciullino. il quale facea nutrire in cuna. »
r (H, )) : .. qupsto romano aveva un fiol mone
Picolo fantino, che in chuna stava ;
£ la sua baila qudo si latava.
Arbor. / ip. loil : n ... Jussit hortulano quod haberet magnam curam
de ea ac ipsam recte elevaret. *
c (p. I 0 : « ... Comandô atlo lavoratore che di quella pianta avesse
cura. 1}
1^2 P. RAJNA
r (III, 2) : E al suo hortolsno alora con gran mesura
Comand6 che ala rameta avese chura ;
E quela bene dovcseno Dodrigare.
Roma. ! magi di / [p. loo) ed r (c. XI) ■ non son chiamaii in c |p. i}\
alirimenii che maestri. t vero che una volta accade anche ad r di dire
(XI, j) : « Questo tal mago, ch'era savio maestro. »
Vidua. / (p. fil) : a ... Domina ... vulncravii se ipsam in digîio. •>
c (p. )4) : « ... Ed ella ... st si tagtiô la mano sconciamente. ■
r ^XII, 2) : La dona
. . . . arquante se Ui6 et deto.
L'impiccaio è in / ed r jSt. 5) un omidda ; c non spedfica. In m —
noto la cosa in aggiunia allé osservazioni anteriori — un ladro Ip. 43).
La sete viene al cavalière posto a custodia quasi terùa nocte. L'autore
di c^ frantendendo^, iraspona senz' altro il fatto alla terza notu (p. )j).
Si conffonii r (Si. 7) :
Tulo lo zoroo e âna a meza note
Guard6 lo cKavalier quelo inpichato.
Una gran sede si li vene forte ...
Che anche qualche testo francese abbia la mezza notte (L p. 81),
non scmbra guastare, dacchè le altre circostanze differiscono notevol-
mente. L'essenziale sta in ci6 : parrebbe che se il rimatore aves$c iro-
vato la terza notte nel suo testo, difficitmente gli sarebbe venuu Tidea
di mutare.
/ (p. 1 12] : « ... Tu fedsti haec marito tuo, quera tanto diligebas;
muho igitur pejus mihi faceres, si casus se offerret. »
c Ip. 57) : « ... Cosl corne hai fatto a costui, ch'era tuo marito, cosl
farestu a me, ed anco peggio, se fare si potesse. »
r (St. 17) : Se al tuo marito questo lu a' fato,
Che per te morile, lo irislo, o che pecato !
Mo che farcsti a me ?
Virgilias. / (p. 113) : « Rex ... cogitans qualiterillud spéculum habere
posset seu destniere... »»
c [p. ;8) : « Pensava corne potesse disfare questo specchio. >
r (XIII, \): E pure se pensava quelo savio re vechio
Corne el potesc qudo spcchïû rubare.
Polrei continuare a meitere sopra un piatto délia bilanciaconfrontidi
questo génère. Ma sarà meglio guardare che cosa si trovi sull' altro.
Délie convenienze di parole, come ho detto, non mi fido. E non do
1. Nelle redaiioni Irancesi iâga.
2, Cfr. m (p. 4)) ; i circa la tenu parte de la notte. t
UNA VERSIONE RIMATA DE! Sctte Sav't jgj
peso nemmeno aile omissioni comuni. Ché délie omissîoni ce n'è troppe
nella rima, perché l'accordo in alcune possa significar nulla. M rimaiore
tende bensl a rigonfiare di parole il dettato ; ma nelle cose è trascurati»-
simo, malaccorto quanto mai, sicchè gli accadc perfino di saltar cose,
che poi sente il bi&ogno di soggiungere a guisa di suppleroento, rifacen-
dosi addietro d'un passo nella narrazione. Con tutio ciù dice qualcosa il
fatio che nell' Inchsa la rima, appunio come c, ignori le sette pone,
ittraverso aile quali si giunge alla donna detla terre nella redazione
Rbtina 1 .
Ma i fatti che veramente pesano, son due. Anzitutto il cominciamento
di Virgitius :
« / ip. 1 1 2I : Romae antiquitus erat quaedam statua aenea tenensarcum
tensum in manibus cum sagitta habens in fronte scriptum : Qui me per-
cussit, dabo ei. Et opposito slatuae erat ignis validus, qui semper arde-
bai sine lignis, qui multum erat utilis pauperibus romanis, maxime in
hieme. »
c (p. ;8) : «t Uno imperatore fu in Roma ch' avea una stalova d'uomo ',
la quaie avea un arco in mano con una sitta ; ed innanzi dalla statova
avea un fuoco che ardeva continue, si ch'era di moha utiliià a lutta
gente, e massimamente a' povcri. E quella statova avea scrilto netla
fronie : cui ferirà me, io ferirô lui. »
r {Xlll, 1) El fo in Roma un gran inperalore,
Ch'avea una statoa multo ardila
Di rame, che uno arco Kgnia con furore
In la man senestra, dico, con una saita ;
Lo quale molto stava tirado in quel' ore.
Poi uno gran funcho ardeva a ta! partiia.
Lo zomo con la note la statoa chusl sIm
Con quelo gran fuocho, che d'ogn' ora ardu.
E questo per la ultlitade hunjversale
De la zente di Roma luta quanta ;
Per poveri e richi, zascadun equale.
Nel fronte avea scrito ta &tatoa santa :
Colui che me feriri, overo fari maie,
lo el ferir6 lui dal capo ala planta.
Ciô che qui richiama fortemente l'attenzione non è già l'identità di
Icerte espre&sioni, bensi quel cominciar&i in ; ed r dall' imperatore, non
menzionaio nel luogo corrispondente di /; Tordine identico dei pensieri,
diverse dal laiino ; quella voce univirsale in c, e la rispettiva amplifica-
1 . r tace ed ignora, 0 almeno lascia Ignorare ; c esclude, giacchè parla di ona
sola chiave (p. 29).
2. Sarà bien da correggere di rame.
J94 **• RAJNA
zione nella rima. Che nella prosa volgare manchi ail' arco l'epitelo di
mOf nasce, credo, da un piccolo guasto nella lezione ■.
Ancor più vate l'aliro faito. Dissi anche atirove che in Tentamina,
allontanandosi dalla versione primitiva, c aitribuisce di già alla donna
un amore : « ... Voï dovete fore a lei corne fece une savio di tempo a
una sua donna giovene e belta. la quale volea bene a uno giovene.
£ vogliendo fare secretatneme suoi facii con lui, si lo disse alla maire a
(p. i8). — Orbene : lo stesso accade in r ;
El fo on savio homo, in fede mia,
Vechio t richo lo quelo argiilo,
Lo quale uns bêla motcre lui avia,
Giovene e zentile e molto Iizadreta :
Bela quanto un fiore era la gioveaeta.
Un poliio e oobele suo schudiero
Acnava Ici, ed ela amava lui ;
Zaschuno aveva l'anemo ardito e fiero
Di conpiazersi ivî tramedui,
Et adtnpire ogni suo pensiero.
E l'uao e t'altro, o quanto zentil fui!
Altro dcsio lei non poteva avère,
Salvo col suo amante potere giazere.
E lei, lo suo dixidcrio volendo adinplire,
A una sua madré lo dise, che vetrana
Si era ouela, e savia. a non meniire.
(VI. .-M
Tutto poirà esser giuoco del caso. Ma si osera proprîo affermarlo r
Perd, se non riusciam neppure ad escludere il dubbio che una dclle nostre
versioni sia stata fonte principale délia rima, tanto mène dovrem sen-
tirci il coraggio di negare assoluiamente il faito della contaminazione.
In favor della quale dicon qualcosa anche altn indizi. Per esempio,
par strano che l'originale, al quale si risalirebbe, dovesse aver conser-
vato il nome dei Savi, e lasciassc poi innominato l'impcratore. Ma sic-
come queste son cose lutte questionabili, credo bene di non proseguir
pii^ su questa via, augurando che qualche fortunata scoperta ci venga
a dipanare con altro che congetturc l'ingarbugliata matassa*.
1. II < gran fuocho •, che par rispondere al vdiidum^ non menta attenzione
di sorta.
2. Certe parole di Gaza faranno pensare che anche il traduttore al quale si
deve m abbia avuto sotlo gli occhi, oltre ad /, un* alira redazione. « Altri
dicono sopra di questo fatto, che 'I 6gliuotû disse : Meglio è che tagliamo il
capo, acciocchè io ti [ik) ne anche la famiclla tua non porli per questo fatto
pericolo né detrimenlo alcuno » (p. î6). Savvcrta lultavia cne quesle parole
si trovan hion di poslo. Perô potrebbero esserc glossa marginale d'un qualche
lettore. A ogni modo sembrereobe di aver qui una traccia, per quaoïo lievis-
UNA VERSIONS RIMATA DEl SltU Savt ^9^
Bensl non po&so Usciar in disparie un* analogia, fornita da cose cbe,
anche indipendenieraente da ogni considerazione indirelia, dovrebbero
qui ess«r prese in esame. Si tratta degli Erasù : il manoscriiio \im\ e lo
stampaio (^5) . £ tempo di chiedercî quai posto spetti nella famtglia a
cotcsie due redazioni.
Sfonunatamente non dispongo del materiale necessario per trattare a
fonde la questione. Chè per il lesto manoscrino mi trovo ridotto ai rag-
guagli pubblicaii fine ad ora, ossia, in sostanza, aile notizie e ai pochi
saggi datici dal Cappelli. Ora, siccome i rapport! tra le due forme appa-
jono discretameme întricati. sarebbe proprio necessario di avère assai
piii. Vuol dire che per adesso mi contenierè di lasciar dubbi quci punti,
dovc non mi crcdcrô in diriîto di affcrmarc.
Che VErasto appartenga al gruppo délia Versio Italicat vide assai bene
il MussaBa', Subito ce n'accorgiamo, sia che si consideri la disposizione
générale, sia che si osservino i particolari. Rispeno alio schéma, basu
awertire che l'ordine délie novelle tradizionali qui conservate convîene
esaiiamente col no&tro, e con quello unicamente. E si che le nuove
sosiituzioni introdotte nel libro non vcngon tutte di seguito, ma si tro-
vano intercalate. Poi si badi che la série dei racconti è incominciata da
un Savio, non già dalla donna. Quanto ai particolari, non ho che ad
invitare chi voglia pienamente sincerarsi ad istituire un paragone, sia
pur rapido e brève.
Non mcno agevole a determînare é la posizione rispetiiva di em ed €S
di fronte ai lesii più antichi. L'Erasto a siampa ci rappresenia una dévia-
tione sempre maggiore. l confronti istituiti dal Cappelli Ip. 69 segg.)
possono fornirne prove in abbondanza. Mi Umiio ad un esempio. In em
il figlio del ladro di Caza, per giusiificare il lamenio délia madré, si ferisce
in una coscia, come nelle alire redazioni. L'auiore raalaccorto aggiunge
peraliro di suo capo che di quella fcriia egli mori. Ebbene, es ritienc in
parte la novità. Qui pure la ferita è causa di morte ; ma il giovane non
ha colpito se medesimo, bensl la madré. Ecco a quesio modo ristabitiia
la logica nel racconto ; ma eccoci in pari tempo piii remoii dalla versîone
primitiva.
Sicchè VErasto manoscritto si frappone come termine medio tra le
redazioni primitive e VErasto a stampa. La sostanza del fatto non muie-
rebbe nemmeno se il primo, quale l'abbiam noi, fosse compendio di un'
opéra maggiore, come al Cappelli (p. xiul sembra si dica in principio ed
sima, d'una versionc ignota dei Seite S*vi,' chè il metter la proposta sulla bocca
de) ngliuolo, p;ir direlto 2II0 scopo di rendere pib logica t sirmgeate la morale
che r:mpcrairice vual cavare dal racconto.
I. Op. cit,, p. 9j.
596 p. RAJNA
in fine. L'unica dj6ferenza sarebbe cbe, in cambio di tre terraini, ne
avremmo quattro. Ma le parole del testo, quelle almeno che vengon pro-
priamente dall' autore, doè le uliime ■, non hanno forse cote&u précisa
significazione. £ se anche Pavessero, non perciô sarei corivo a dar toro
fede. Dai saggi riporiati il libro m'ha aspetto di tutt' altro che abbrevia-
mento. Epiteti sopra epiieti, circostanze superflue, omamenti leziosi,
periodi strascicanti e conturti. Eppure in cotesto abbigliamento, coà
odioso a noi, sia probabiimente assai la ragion d'essere dell' Erasîo. La
sempticiià délie vecchie redazioni non conveniva più al gusto dei tempi.
Quindi anche gV innumercvoli latinismi ; i nomi greci attribuiti ai pcrso-
naggi ; insomma, tutto quell' apparato pomposo, mediante il quale lo
scrittore s'è studîato di dare ail' opcra un' aria di classicismo.
Questa forma studiata e manierata anesta che, se il libro non è po-
steriore al 1517, poichè a queir anno appanengono due fra le copie
giunte fino a noi ', esso non puô ncmmeno stimarsi anieriore al dccli-
nare del secolo xv. S'inganna ruttavia il Cappelli > quando nel baciare
alla franciosa crede di vedere una prova che vieii di rlsalire più su del
1494^ ossîa délia spedizione di Carlo VIII. Glielo dicail Pulci, epropha-
roente Rinaldo, il quale, trovandosi invisibile presse Luciana, antica sua
fiamma^
.. non potè tanto desiro patire :
Che gti appicc^ due baci alla franciosa ;
Ed ouni volta rimanea la rosa.
[Morg. XXV, io^.)
Fino a qui si giunge con piena sicurezza. Più in là comincia per me
il lerreno non sodo tutto quanto. Cosi non posso mener ben in chiaro
su quai testo propriamente abbîa lavoraio l'autore dell' Erasîo. Il Cap-
pelli pensa al suo proprio, e non senza qualche fondamenio. Eglî nota
corne le due redazioni abbian comune qualche errore manifesio 4. Se
non che l'errore poteva gîà esser penetrato nelle copie délia redazJone
lalina. E in una lezione di / alcun poco varia dall' originale potrebbero
anche aver ragione certc altre concordanze, nella novclla del Pino.
Non dico già quesio per affermare ; bensi per soggiungere che anche
quesio problema domanda un esarae più accuraio. Di cià mi per-
suade ancor più la fine délia sioria d'Ippocrate. tn em il famoso me-
dico, visto di non poier guartre, « per dimostrare quanta fosse la sua
1. CAppELLf, Op. cit. y p. 68*69. Le altre parole non son già nel testo, bens)
precedono Vargumento.
2. Ib., p. 69 e 82.
î. Ib., p. 82.
4. Pag. 7j. Badiamo peraltro che, se é manifesto l'errore, non è del pari
acceitabne la correzioae mtrodotta, perché fondata sopra un' xllra ramigtia di
redazioDÎ.
UNA VERSIONE RtHATA DEl Sctle SaVÎ 597
scien7j, si fece poriare una coppa piena d'acqua fresca, e in quelta met-
lendo una cena sua polvere, la bevette, c subito fu ristagnatoit correnie
flusso, che per via alcuna non potea andar del corpo ... e cosî pass6 di
questa viia i> (p. 711. 0 non sî direbbe questa un innovazione dovuta
alla lezione erronea e malamente racconciata che s*ha nel nostro esem-
plare di /^ e che non era ail' incontro, corne s'è visto, in quclli da cui
provengono mec/ Cosi pure si badi a queste parole di Aptr : n Diceso
adunque il pastore, e preso il suo colielio in mano, loaccorà^ e cos) use)
fuori del sospetto. n Ora quell' accord ha riscontro csaito in / (« percus-
sJt porcum ad cor ni, e non l'ha in c.
£ dunque possibile che em provcnga dal laiino direttamente, oppure
attraverso ad una traduzione diversa datle nostre due. Che possa rappic-
carsi ail' albero în un punto più vicino aile radici, ossia emanare dall*
originale stesso di /, non credo invece menomamenie probabile Piut-
losto, se un esame diligente vi facesse rilevare pariicolari contatti con
aitre famiglie, inclinerei a spiegar la cosa con una doppia fonte : Puna
principale, ed appartenente alla Versio Italie a ; l'alira secondaria, di
scfaiaita francese.
Oi cotesti coniaiti taluno par di scorgeme anche nello stato atluale
délie notizie. Il nipote d'Ippocraie risana il principe malato muiando
«( i cibi delicaîi in grosso nuïrimenio ». Il laiino. se ben si rammenia,
diceva solo « facta postmodum cura decenti ». Ma l'auiore di em poirebb'
anche avcr inirodotto ta lieve modificazionc, che ci ravvicina alla fornia
originale, dietro reminiscenze venutegli da altra fonte, e non propria-
menie da una redazione dci S<tu Savi. Si avverta che egli sostituisce
altresi al nobite padrc del giovineito un molinaro. Un altro contaTto s'ha
in ciè, che gli esempi ridivenian quindici, di quatiordici che erano netle
altre reda^joni délia Versio llalica. Se questo accrescimento non è dovuto
ad un principio di giustîzia distribuiiva, per il quale sia scmbrato che si
faccssctorto alla regina dandole seisole novelle, mcntrci Savi ne avevan
setie, sarebbe da vederci un indizio che l'auiore abbia avuto conoscenza
anche d'un eseroplare d'altra schiatta.
Quel ch'è ben certo si è, che un doppio originale ebbc il rimaneggiatore
a cui dobbiamo VErasto a stampa. E il secondo, che del resto non fu
seguito se non in cose secondarie, apparteneva davvero ad un' altra
Camîglia délia stirpe occidentale. Ilfalto si manifesta fin dalle prime parole.
L'imperatore, innominaio fin qui nella Versio Italica, riprende il nome di
Diodeziano, che esso ponava nei gruppi A ed L. Se non avcssimo altro,
ci sarebbe poco da 6darsî. Ma, nonostante l'imperfeitîssima cognizione
di f/n, le prove manifeste e inconfiiiabili non fanno difetto. Vediamone
qualcuna.
RivolgoTauenzione alla novella Sapientes^ ed anziiuito aile parole colle
J9^ P- RAJNA
quali Merlino rivela al re la causa délia sua malattîa. Qui em è perfetta-
mente d'accordo con /, sicchè non c'è punto a dubitare che possa aver
subho accorciamend di ncssun génère. Orbene : es ,cap. XIIl, aggiunge
moite circostanze ; e tra di esse ve n'ha, che trovano riscontro soto al
di fuori délia Vcrsio Italica : et Ne tentar di far levare U caldaia cosî
ardente del luoco dov' è, che ... guai a te se la ne fusse levata, che
irreparabilmente per sempre perderesti it lume. » Si cfr. L, p. 6i : a Et
se vos estez la chaudière sans les boulions estaindre, vos avez perdu la
veue. » Simiimente, poco piùolire, (atta la fessa e trovaia la caldaja,
in €Sf e non alirove nel nosiro gruppo, Merlino, prima di svelare il rime-
dio, vuol che ogni altra persona sia faita uscire di caméra : « Sappi, re,
che queste è un grande segreto di Dio... Per6, se lo vuoi sapere, fa
uscire gli altri, che da solo a solo ti narrerô. Senza indugio fece il re
uscire ognuno di caméra, c se ne resiô solo con Merlino ». Ebbene,
confrontiamo di nuovo la redazione già citata [p. 621 : « Sire, fet Me!-
lins, or faites ces genz fouir de ceanz tantost. Et il si 6st meintenant. Il
s'en alerem tuit, puisque Temperere l'avoit commandé ». ïnfine, la-
sciando per brevità altre o&servazioni dello ste&so génère, es narra corne
il re, decapiiati i filesofi, uscisse poi in forma solenne dalla città, in
compagnia di Merlino e dei baroni, per sperimentare se dawero fosse
risanato. Questa narrazione è igneta affatte ad em, ad r, ad / e derivati;
ha invece in L un risconiro esatto, sebbene meno verbose e prolisso.
Cli esempi qui citaii riescono molio isiruiiivi, anche perché escludono
in modo assoluto che il seconde esemplarc adoperato dail' autore ita-
liano poiesse essere VHistoria Septem Sapienmm, che fin dal secolo xv
ebbe l'onore di far gemere î terchi ' . Ciononostanie pessono ben darsi con
quella redazione comatti, ai quali non partecipi il teste pubblicato dal
Leroux. Vedo, per es., che in Tentamina H ta es convengono nel fare
che la giovane moglie mediti di prendersi per amante un uomo di chiesa.
Se non che questo particolare non è già un' invenzione di H : tant' é
vero che l'abbiamo anche nella versione catalana [v. 1748).
L'aver cosi scopene nella famiglia iialiana un Testo almeno, coniami-
nato di sicuro, diminuisce la fiducia nella purità délia rima. Cesl reste
proprio impigliato più che mai nei miei dubbi, che m'impediscono di rico-
struire con sicurezza la genealogia délia Versio Italka. Rappresenterô
nondimeno graficamente le due principali possibilità, seminandoci parec-
chi punti interrogativl. per designare incertezze d'ordine secondario. Con
X ed Y désigne versioni ipoteiiche.
I. In mancanza detr originale, mi valgo délia traduzione pubblicata da G.
Paris nel libre cKato.
UNA VERSIONE RIMATA DEI Sette SûVi
I.
599
/*
Af
y^
m
A?
II.
I
i
t
em?
UJ
es
A?
Tf
m
em?
es
Ognun vede quanto sarebbe maggiore nella priraa ipotesi t'impor-
tanza di r, che si troverebbe essere allora uno strumento efficace per
risalire fine al capostipite di tutta ta Versio Italica. Poichè, come già dissi,
assai difficilmente mi so indurre a riconoscere in / cotesto antico proge-
nitore. /, seconde me, è esso stesso una traduzione. L'originale primo
me lo figuro volgare : non toscane, peraUro ; bensi scritto — e se ne
intenderanno or ora le ragioni — o in lingua d'oïl, o in dialetto veneto.
NelP altra ipotesi invece la rima perde pressochè ogni valore critîco,
e rimane poco più che un monumento d'ignoranza e d'inettezza.
Ma tutte queste incertezze riguardano infine punti non prindpali, ne
vietano di sollevarsi ad una considerazione complessiva délia Vérsio lia-
Uca. La quale ci appare davvero come un gruppo distinto, composto di
400 p. RAJNA
altretianii individu!, varii non poco di fattezze, ma seoipre, piùi
tra di loro, di quel che non sieno ad un altro individuo qualsia^ di
altra famiglia. Orbene : quai posto spetta al nostro ramo nell' aibcroi
luua quanu la siirpei'Si dipane essoimmediatamente daluonco, opfm'
non è se non un prodotto secondario d'un ramo più poderoso ? Si troR-
rebbe mai la Versio Italien più vicina alla schiatta orientale che gliiiui
suoi prossimi consanguinei ? O invece il vero sarebbe Topposto ^
Certo, considerazioni indirette ditipongono a tenere gran contodiquem
nostra versione. Sua pairia, seconde ogni verosimiglianza, è la nçau
veneta. Veneziano s'è visio il teste in rima. A Venezia od al suoieni-
torio s'ebbe pur da assegnare uno dei testi in prosa. cioè m Eiui
mancan del lutio neppure in c gli elementi dialenali, che ci irauecgoDO
se non atiro al di qua dcgli Appennini, nella gran vatlaia dei Po, si
che Topera sia siata composta da un loscano che vivesse in questi pMSi,
sîa che un toscano non abbia fatto se non riformare e riputire un detuto
originariamentc diverse. Pertanto si puà con animo tranquillo assegnare
al lemiorio veneto, o almeno alla regione padana, pur Porigiiule M|^H
E non basia ancora. Ad autori veneti e lombardt si devonodi^^^H
anche i due Ertuti. Insomma, noi abbiam qui che fare senza dubbio ooa
una famiglia indigena deIT Italîa settenirionale.
Perd, pur mantenendo la denominazione di Versio ItûlicA, entntt
oramai nelle abitudîni^ dobbiamo aver ben présente che cotesta espns-
sione è troppo generica. E infatti, se passeremo gli Appennini, iroverea
subito che il libro ebbe a propagarsi al di là in redazioni spettaa&ai
altri gruppi. Taie è quella pubbticata dal D'Ancona < ; taie Paîtra, c&es
contiene nel codice Mortara^ ; laie una lerza, délia quale ds'idjfli
notizia recenlemenie >.
Ora, Venezia era una ciuà in perpetuo contaïto col Levante, che ora-
mai si puô dire le fosse più vicino dei paesi di terraferma che le sta-
vano aile spalle. Ceno in Venezia eran d'assai piCi numerosi i cûtadini
che avesser visio Constantinopoli di quelli che fesser stati a Milaiio.
Perô anche in un' età posteriore a quella a cui mi voglio qui rifenre, nei
secolo XVI, Venezia dovette per più d'un racconto d'origine asiatica br
da médiatrice ira l'oriente e l'occidenle 4. Non avrebbe essa mai adea-
piuto a quesi' uftîcio anche nel caso nostro? 0 almeno la Versio iuMa
non sarebbe per caso un grappolo cascato dal cesto dei Srtu Sàfi, dn-
ranle il trasporto dal levante alla Francia ?
L'ipotesi puû parer seducente, ma non risponde allarealtâ. Siesduiâ
1. Il libro dei Sstu Savi ai Roma. Pisa, 1864.
2. Ce ne dà qujiche notizia il D'Ancona mraesimo, Op. cit. y p. sxru|.
j. Da H. Varnhaacn, nella Zeitschrift del Graber^ 1, ) jo.
4. V- Ufonti dciV Orlando Furioso, p. 589.
UNA VERSIONS RIMATA OEI Sttte SaVl 40 1
in primo luogo che hVersio Italica possa in nessuna maniera esserc ancllo
di congiunzione Tra ii ramo orientale e l'occidentale. Se cosi fosse, gU
elemenii spetianti al primo dovrebbero abbondarvi più chc negU altri
tesii. E invece s'ha precisamenie il caso opposio. Dei quatiro racconti
che i due rami hanno in comune, la Versio Itatica ne ignora uno : Senu-
calcus.
E bisogna andare più in ta. La Versio /M/(cacontieneancoressa tracce
di un' elaborazione francese. Il personaggio di Mertino nei SepUm Sa~
pientes ci conduce iroppo raanifestamenie oltralpe. L'indizio è tanto più
sicuro, inquantochè nella Francia stessa un gruppo, il V, non mette
innanzi alcun nome. Si archiieitino ipotesi quante si vuole per ispiegare
corne le famiglie francesi e la nostra abbian comune l'incantatore bri-
lanno. Si finira per convincersi che una sola pa6 reggere : la derîvazione
di quest' ultima da una tra le prime.
Il dire ces! non è ancora un affermare chc la Versio Halica roetta pro-
priamcnte capo ad uno fra i tesii che noi conosctamo. Gli studi sulle
versioni francesi, sebbene, grazie al Paris, abbian fatto di récente un
gran passo, sono ancora tontani dalla meta a cui devono tendere. Di
nessuna tra coteste versioni s'ha un lesio criiicameme cosiituito. I rap-
port! e la storia dei varii gruppi restano tuttavia da indagare. Ancora
non s'è cercato abbastanza se le redazioni note non conducano a pre-
supporre l'esistenza di altre, che, col ragionamento e la critica^ si pos-
sano, fmo ad un ceno segno, ricostruire. A queste indagini, non agevoli
di certo, ma assolulamente indispensabili, potrà forse recare qualche buon
elemento anche la Versio Italica. La quale in contraccambio vedrà allora
le sue origini più compiutamente e sicuramente dichiarate.
Tuttavia, se anche non siamo adesso in istatodidilucidareognipunto,
non si deve rinunziare per ciô a spinger lo sguardo fin dove è possibile.
£ subito batzerà agli occhi che, per la qualità dei racconti, la Versio lia-
Uca combacia colle famiglie V ed A. Unica differenza, I^omissione di
Senescalcus, non supplita dei resto con nessuna nuova sostituzionc. Ac-
costandoci un poco più, riconosceremo non meno chiaramente ed evi-
dentemente che tra cotesti due tipi il seconde ci sta di gran lunga più
vicino deir altro. La Versio Italica non partecipa punto aile peculiarità
più spiccate di V. Comincia, per es,, corne A — qui in perfetlo accordo
anche con L — , e ignora affatto quella specie d'introduzione, chc il
testo poetico e le sue dcrivâzioni prcraettono al racconto principale. La
scena è in Roma, non già in Costantinopoli ; Peducazione si compie in
una specie di villa, appanaia, ma non iroppo lontana dalla ciità', ccc.
ecc. La cosa ë troppo manifesta, perché ci sia bisogno di spenderci altre
parole.
Cid non toglie che non sia da indagare, se non esistano in pari tempo
Roiaania, Vil i(>
402 p. RAJNA
speciali concordanze con V. Supponiamo che s). Ne risulterà una conse-
gueaza importante per noi; ma più importante ancora per la storia del
libro nel lerriiorio francese. La Versio ïialica dovrà allora derivare da on
testo più antico, quanto alla sostanza^ sia di V, sia di A. Sîccome poi A
s'identifica per U massima parte con L, anche ad L si esienderanno
implicitamente le condusioni. K per tal modo ci troveremo in faccia ad
un individuOf che, se anche non fosse propriamente il capostipiie délia
stirpe francese^ gli sarebbe almeno congiunto di parentela assai stretta,
e polrebbe pretendere con buona ragione di valerc, fino ad ullcriori
scoperte, corae suo rappresentante.
Le conseguenze sarebbero dunque rilevanti assai. Appunto per cià,
bisogna anche valutar bene la solidità dei fatti, sui quali esse dovreb-
bero appoggiarsi.
Orbene» un certo numéro di convenienze, cui non partecîpa A, si rile-
van davvero tra V ed L Per ragioni ovvie, considero della Versio Italica
U sola redazione latina ; del gruppo V, la forma originaria, vale a dire
il testo del Relier, che possîam qui chiamare V^^. Tra i due noioun primo
avvicinamento cola dove nell' introduzione Timperaiore manda per il
figlio. Il riiomo del principe alla corte paterna è fissato per un giorno
festivo : in / abbiamo du dominico ; in V^, a ia Toussains (y. 4^ i ; ^ 1 2|.
Vien subito un' altra analogia. Ricevuto il comandamento impériale,
i Savi di / sottopongono il principe ad un esame. In V^, se non i!
fatto dell' esame, ne ritroviam peraltro Tintenzione (v. 47^]. Non si va
più oitre, in grazia delle cosc che impcnsatamente soprawengono.
Passo aile novelle, seguendo l'ordine della Versio Jtalica.
Canis. L ed A, dipartendosi dalla forma primitiva, dataci dalle reda-
zioni orientali, fanno che le balie, prima di andarsene aimerliper osser-
vare lo spettacolo, portino ail' aperto la culla del bambino. V.zVcrsio Ita-
lica non partecipa ail' innovazione ; / implicitamente, r assai esplici-
tamente, mettono neir interno della casa il combattimento del cane e
deï serpe. E nell' interno esso avviene anche in V*. — Questa concor-
danza cresce qualche poco di valore ad un' altra, che senza di d6
dovrebbe mettersi senza titubanza fra le casuali. In / corne in V^, il
cavalière, ammazzato il cane, irova prima il fandullo, e vede poi il serpe
ucciso. In A ed L l'ordineè inverso.
Medicus. V ed / conoscono la ragione per cui Ippocrate non puè
andare al re, che ha mandato per lui. V^, v. 1710 : « Malades fu, n*i poi
aler » ; / : a propier senectuiem et gravitaiem ».
Tentamina. In V' ed / le prove sono iramaginate dalla madré, e la
donna è salassata subito dopo il banchetto, non ^à l'indomani.
Gaza. La Venh Italica conosce unicamente due ufficiali del re, l'avaro
e lo spendaccione, e non sa nulla di quegli altr^cinque, che si vedono
UNA VERSIONS RIMATA DEI SettC SaVt 40;
aggîunti in L ed A, e di cui s'è costretti a sbarazzarsi, mandandoii fuori
di paese. Neppur V'' non alludc mcnomameme a cotesti altri Savi^ desti-
nati unicamente a produire anche in questo caso il numéro sacramen-
talc di sette.
Avis. Jl padrone délia gazza è un cavalière in J e V^ (/, milts; V'',
V, 5070 casuUins^ ^184 chevaUcTi\\ un bourjois m A ed L. In quesie
ultime redazioni. scopertahnfedeltà, la donna èsemplicemeniecacdata;
in / e V'', fatta oiorire : arsa nel primo^ ucdsa dal marîto nel seconde
(V. MM)-
A laluni di questi contatti cresce valore l'esseme partecipi anche altre
redazioni. Paragoniam quella, che et è comervata in compendio dalla
Scala CœU di Giovanni Juniore ■. L'esame ail' arrivo dei messi imperUlî
Tavremo anche li. E po&siam dir proprio di irovarci prossimi ad i Solo
si differisce in ciô» che S — cosî désigne anch' io col Paris la versione
délia Scala — fa consistere cotesio esame nella curiosa prova délie foglie,
della quale /, forse di proposito deliberato, non tiene paroîa. Similmente
in Canis la baitaglia scgue anche in S dentro alla caméra >, e s'avverte
il serpe ucciso solo dopo d'aver trovato il fanciullo ; in Tentamina ë la
madré che suggerisce le provc c non scmbra aspeîlarsi Pindomani per
cavar sanguc alla donna ; in Guza non si conoscono i cinque Savi su-
perflui.
S'aggiunga quatche accordo non comune a V. I Savi accompagnano il
Principe alla presenza del padre, in luogo di celarsi ad una certa di-
sianza. In Virgilius^ lasciando stare che abbiam corne in / il re di Sîcilia,
anzichè dï Puglîa^ perché le due espressioni son da considerare sinonïme,
il seconde sognatore, per quanto si puà intendere, trova un lesoro dop-
pie del primo.
Su quest' ultimo tratto mi si permeita di fermarmi un mémento. La
Versio Itultca appare qui dawero superiore aile allre. V'abbiamo un
crescendo, opportunissiroo adinfiammare gradatamentc ta cupidigia impé-
riale. In S il crescendo s'arresia al seconde sognatore; în A, se dobbiam
fidarci della Traduzione italiana <, ed in V, esso manca. Altrettanto, a un
dipresso, awiene nel testo del Leroux. Il seconde sogno è identico al
primo. Qui inoltrc resta ozieso une dei tre costerez. Gli è ben vero che
a me pare essersi dipartito dalla versione legica, e, per quanto si puô
supporre, primitiva, chi al lerzo mariuolo fa sognare altro che l'imma-
ginario tesore sotte lo specchio ; ma perché il conte lomt, bisogna che
le cose sian poste corne nclla redazione nostra.
1. Orunt und Ouidtnl^ 111, 401-21.
2. Il raedcsimo pur nell' HUtoria Stptaa Sàpuntum. V. Pxiiis^ Op. cit.,
XXX, n. 2.
j. IVAncoka, Op. cà.^ p. 5).
404 P- RAJNA
Colla Scala Çali ci siam già dîscostati alquanto. Allontaniamoci assii
piii, giungendo fino al Dolopathos ed alla sua versione d*fndusaK Corne
nella Versio Halka, son motte le cosc sue proprie, che il geloso vede
presse l'amante délia moglie, prima che gli si giuochî il liro finale. In V
ed A si parla solo d'un anello^ che d'alironde non gli é messo sotto gli
occhi a bello studio, bensi per inavverten/a. Non c*è dunque l'intcnzione,
esplicita in /, abbastanza trasparente nel DohpathoSy di preparare cosi la
credulitâ del marito.
Un certo numéro di questi inconiri son da ritenere fortuiti, 0 si devono
ad una legge molto owia : l'analogîa degli etïelti, quando s'abbian
cause 0 condizioni consimili. Cosl, per es., il mandat a Roma i Savi
insieme col principe, è una mera stroppiatura délia versione primitiva»
da altribuire ad arbilrii atfatto individuali 0 a confusioni mnemoniche.
Anche nel rame orientale, menire tutie le altre redazioni fanno che Sin-
dibàd si nasconda, il Tûiî-Nâmeh lo manda a ricondurre in persona il
principe a corte '. Ma escludere in ogni caso i rapporti genetici, non mi
parrebbc, per adcsso almeno, cosa giustificabile. Perô, pur riienendo
che la Versio Italica sia da ricondurre ad una versione somigliantissima
ad A^ non saprei ancora decidermi a mener questa precisamcmc in capo
alla nostra siirpe *.
Ma corne mai si puô osare di far procédera 1 da una specie di me-
1. Il testo latino dell' Oesterley^ corne b«n fu notato, appar monco in questa
parte. Per noi, anche senza di ci6, &arebbe più opportuno il coafronto délia
versione trancese.
2. CoMPARB-m, Op. cit., p. 8.
). Qui non sarâ fuor di luogo l'accennare anche qualche accordo spéciale dî
r colla versione catalana. In enlrambi l'impératrice è esperla neile arti magiche
(r st. J9 ; çat. V. 22 1|. Poi, cî sono somiglianze nell* inconlro dell' imperatorc
col fi^fiuolo ^st. 66 scg. : v. ju seg.). Una convenienza è comune anche agli
altri mdividui delU (amiglia iuliana : pfima di gridare e di stracciarsi i paani,
l'impératrice minaccia il giovane, che ricorrerà a questo mezzo, s'egli non cède
{cat. V. 400 seg.j.
4. Rispetto 30 A, una piccola osservaziooe iaciôentale. Mi riesce dtt6cile il
sottoscrivere ail' opinione del Paris, là dov' cgli {Op. ciV-, p- xix| attribuiscc
l'origine di cotesta redazione ad un mero accidente : < L'écnvaîn qui a fait le
ms. d'où sont dérivés tous ceux de cette famille a eu à sa disposition un texte
de L incomplet, cl, pour terminer le récit, il a puisé dans le poème. » Per
veriti par strano che una versione^ d'importanza cosl capitale per la propaga-
zione ael tibro abbia ad esser nata in maniera siffalta. E dcve anche parer strano
che cotesto accidente conducessc per l'appunto a rcstituire al libro raccontî
apparlenenti alla sua tradizione mighore, e ne csdudessc unicamentc quelle due
infelici intrusion!, che sono Aovcrfj c Filia. Crcderei dunque che di proposito
deliberato, e non da un sempltce amanuense, ail' ullima parte di L sia stata so-
stituila l'ullima di V. L'autore di cotai noviti sceglieva Ira due forme quella che
gli sembrava, ed cra davvcro preferibile. A lui non dovette parer vero diaccre-
scer di due novetle la série desli esempi, e di riaprire la bocca al settimo Savio,
delraudato in L del suc inanifesto diritto.
VHK VERSiONE RiMATA DEt Sette Savi 40)
necmo di A, menire tra i due tipi U differenza è grandissima ? — Gli è
che, a mio crederc, enirô qui di mezzo un gran faiiore di trasformazioni :
la memoria. L'autore, aliorchè siendeva la narrazione, non doveva aver
dinanzi un modello scfiuo. Egli aveva, seconde me, letia in altrî terapi»
oppure udila recilare cotesia storia ; l'aveva forse ascoltata più voile ;
perô e l'ordiiura générale e buona parle dei particolari gU cran ben
rimasti impressi nella memoria. Non avendo forse opportunità di pro-
cacciarsi un codice, da cui irascrivere, pensô di ritare il libro dieiro le
sue reminiscen?.e. Si potrebb' anche complicare un po' più lacosa: sup-
porre un tantino di tradizionc orale in scnso stretto. Badiamo pcraltro
che, se la tradizione orale iniervenne, i Sette Savi non rimasero di sicuro
a lungo in sua balla. Se no, dovremmo aspeiiarci di vcdeme maggior-
mente altcratc le fattczzc primitive.
Solo quest' ipotesi mi sembra atia a render perfetta ragione dei rap-
port che si manifeâtano, appena si confronti la Versio Ilaîica con quella
che le è irconiestabilmente più vicina, vale a dire con A : stretta convc-
nienza nella materia, con ditferenze moite net particolari, continue nell*
esposizione. Vedere in I — e allora / dovrebbe prendersi davvero corne
prototipo dei gruppo — un semplice compendio, non mi sembra abba-
tstanza. Un compendio eseguïto sopra un esemplare présente agli occhi,
non solo alla memoria, sarebbe riuscito più somigliante ail' originale, e
per conseguenza ai suoi prossimi consanguinei. Sicuramenie un processo
di semplificazione puô spiegar moite cose net nostro testo ; ma è ancor
lontano dal dar ragione di tutto.
Non è peraliro aile naturali condizioni di chi scriveva a memoria,
ch'io chiederei spiegazione, come di certe differenze ch'è inutile specifi-
care^ cosi dei mutamento più ragguardevole inirodotio nella Versio Ha-
lica : Tomissione d'un racconto e Pinversione dell' ordine in cui son
fatti narrare i Savi e la mairigna. Metio insîcme le due cose, perché, a
mio crcdere, collegate imimamenie : vedo ne!l* una la causa, nelP ahra
l'effetto. Voglio dire che s'a sostituito il nuovo ordine, appunto per pal-
liare l'omissione. E l'espedienie è buono di sicuro : ia narrazione procède
ordinaia c la lacuna non appare se non ricorrendo al confronto d'alïri
testi. Pense cosl, perché in vcrità mi pare incrcdibile che non dovesse in
nessuna maniera raccapezzare nemmeno il soggetto di un sedicesimo
racconto, chi di quindici — quattordici esempi e la comice — ricordava
in générale abbastanza bene anche i particolari. Ora, considero che la
narrazione omessa [Sinescatcus] era molio lubrica : la sola veramenie
sconcia di tutia la série. E quindi mi par verosimile che una preoccupa-
zione morale abbia indono a sopprimerla.
Se le mie induzioni colgon net segno, il valore dei nostro gruppo per
la uoria délie versîoni occidental! vicne a scemare d'assai. Non so che
406 p. RAJNA, UKA VERSIONE RIMATA DEI SctU SûVl
ci fare. Convien bene accett<ire la verità, quale ci si mostra ; e in ogni
caso preferire le illusioni délia ragione aile illusionî del sentimento.
Ma anche perdendo per questo rispetto, la Versio Italica resta pur semprc
per un aitro riguar do cosa di moîta importanza. Essa ci présenta un
nuovo caso d'un fatto letterario, che fîno ad ora s'eraosservaiounicameme
nella maieria cavalleresca. Ebbi io siesso occasione di mosirarepîù d'una
volta corne le chansons 4c geste dessero nascimento nella regione circum-
padana a nuove famiglie, ben disiinte dal loro ceppo otiramontano. Pre-
cisamente il medesimo avvjene qui pure. Anche il Libro dti Sent Savit
trasportaio in qucsia medesima regione, non si perpétua già per via di
semplice reproduzione d'individui, bensi d origine aduna nuovaspede.
Il faito verra pur csso a cadere in quella siessa età, in cui venivano al
roondo i Bovit i Macarii franco-italiani. La lingua, se la redazione orïgi-
naria fu prosaica, come par probabile, non sarà stata un gcrgo misto,
bensi 0 l'uno o l'altro dei componenti : la favella d'o/i o il dialetto ve-
neto. Come ben sappiamo, tutte e due furono adoperati dagli scritto-
ri di cotesli paesi, Ma la forma non vuol dir nulla ; qualunque essa fosse,
il libro viene ad aggiungersi a quel patrimonio Icttcrario deir Italia set-
tentrionale, che di giorno in giorno ci si va dimosirando sempre più
considerevole, cosîringendoci mettere in disparte non poche fra le idée,
che dominavano per Taddietro nella storia della tetteratura iuliana.
Pic Rajwa.
UN LAI D'AMOURS.
Le manuscrit Seysse!-Soihonod, d'après lequel j*ai publié le lai de
VEpervier {Rom. VU, i ss.), appartient maintenant, comme nous l'avons
annoncé i nos lecteurs, à U Bibliothique nationale, où il porte le
n' i Ï04 des Nouvelles Act^uUitions au ionds français. J'ai l'intention de
publier tous les morceaux inédits qu'il contient et qui méritent vérita-
blement le nom de lais de Bretagne : j'en donnerai à celte occasion une
description complète. J'extrais aujourd'hui de la copie que j'en ai prise
il y a près de quinze ans un morceau d'une tout autre nature, beaucoup
moins intéressant, mais curieux dans son genre.
Il ne s'agit pas ici d'une histoire du temps passé, mais d'une aventure
tellement contemporaine qu'elle n'était pas encore accomplie au moment
où notre lai a été écrit, qu'il en forme lui-même, à vrai dire, un des
épisodes. L'auteur, qui se nomme Girard, écrit pour le compte de son
patron^ un « haut homme a qu'il ne nous nomme pas. Ce haut homme,
dans un voyage à l'étranger, avait rencontré une noble dame, cl ils
s'étaient épris l'un de l'autre. Rappelé à l'improviste dans son pays, le
haut homme a fait composer par son clerc (v. 283), c'est-à-dire par notre
Girard lui-même, un Salut qu'il a envoyé à ta belle, et où le clerc avait
mis tout son cœur. La partie essentielle de ce Salut^ c'est-à-dire les
regrets et Us plaintes de l'amant, se retrouve dans le récit que nous avons»
et dont la première moitié s'arrête là : « Je ne pousserai pas ce conte
plus avant, dit le poète (v. 290), jusqu'au retour du messager qui a
porté à la dame le livre en question. > Par Uvre^ il ne faut pas nécessai-
rement entendre un volume relié ; il peut très-bien s'agir simplement
d'un rouleau ou d'une feuille de parchemin galamment enluminée comme
le Sâlut que Guillaume de Nevers sut faire remettre à Flamenca par son
mari même. Les détails donnés par Girard correspondent parfaitement à
408 G. PARIS
ceux que P. Meycr a réunis sur la forme extérieure d'un Satat d'amoars.
La seconde partie du lai a été composée après le retour du messager;
la dame l'a chargé d'une réponse écrite (cf. P. Mcyer, p, jl, dans
laquelle elle exprime le plus naïvement du monde son désir de revoir
bicnt6t son ami et de réaliser ce qu'ils souhaitent aussi ardemment l'un
que l'autre. Girard analyse ce message, met en vers les réflexions pas-
sionnées qu'il inspira au tt haut homme )% puis rapporte que celui-ci envoya
un nouveau Salut à sa dame, en lui annonçant qu'il allait partir en hàtc
pour la rejoindre. « Si le messager, dit le poète en terminant, apporte à
son retour d'autres nouvelles, je continuerai ces lais. » Il faut croire que
le messager ne rapporta qu'un acquiescement complet, et que l'aventure
se termina d'une façon qui imposait de la discrétion au n haut homme «
et à son 0 clerc p.
A vrai dire, on ne saisit pas bien la raison d'être de cette pièce. Elle
a visiblement été écrite pour l'agrément du « haut homme » ; mais il
semble qu'en composant les Saluts qu'il envoyait à sa dame, le clerc
eût déjà assez fait. Il faut croire que ce seigneur prenait plaisir â relire
sous une autre forme les belles choses que Girard avait trouvées en son
nom, et qu'il devait cependant à peine comprendre : car, assurément,
il ne s'était pas livré, même en prose, à ces monologues dialogues oi^
le clerc a déployé tant de subtilité, oii il a si soigneusement prouvé
(v. 267, 570) tout ce qu'il avançait, et où il a mis, sinon tout son cœur
comme il l'assure, au moins tout son esprit. La dame étrangère paraît
avoir eu un clerc moins spirituel, et qui allait plus droit au fait, ou
peut-être écrivait-elle elle-même. Elle est charmée des belles idées de
son ami, et des « provances \v. 524! » qu'il en donne, mais elle désire
surtout le voir, le sentir près d'elle et le serrer dans ses bras. Girard
devait trouver cette réponse bien au-dessous de ses compositions.
Aucun indice ne permet d'émettre une supposition à l'endroit de ce
Girard et de son patron. J'avais songé à Girard d'Amiens, qui fut au
service de Charles de Valois ; mais le style de notre petit poème me
parait plus ancien et surtout beaucoup meilleur que celui de l'imitateur
d'Adenet. Quoique les concetti amoureux dont ses vers sont émaillés soient
du plus mauvais goût, notre rimeur manie assez adroitement la langue,
et il ne parait pas postérieur au milieu du xiir siècle. C'est donc un
nom de plus â ajouter à la liste, encore si incomplète, des auteurs de la
période féconde, capitale dans notre histoire littéraire et jusqu'à présent
si mat étudiée, qui s'étend de l'avénemem de Louis le Jeune à la mort
de saint Louis.
Girard a eu la fantaisie de donner à son ouvrage le nom de /jù, —
au pluriel, sans doute à cause des deux parties, — quHI ne mérite ni
pour le fond ni pour la forme. C'est ce nom qui lui a valu d'être admis
UN LM d'amours 409
dans la collection du ms. Seysset-Sothonod et par l de parvenir jusqu'à
nous. Le manuscrit n'offre pas de fautes graves ; la langue du poème
est facilement intelligible. On trouvera donc au bas des pages peu de
levons corrigées et on n*y trouvera pas de noies.
Gaston Paris.
CEST LE LAY D'AMOURS.
Qui d'amors velt le voir portrere
A son cuer li covient retrere
Mainte aventure et maint biau dit;
Mes s'onques fii d'amors biau dit,
Je devroie d'amors biau dire : j
Car l'en ai si bêle matire
Conme ot nus plus. Conmeni a non?
Nomcré je de qoi ? Je non.
Por quoi ? ne veil, c'en est la some.
Mes l'aventure d'un haut home 10
Comme il avint vos voil contefi
El de lui vos voil aconter
Lesbiauiez, les mors, les proesces:
Hauzen honors, hauzen hchesces,
Hauz en lignage, hau£ d'amis; 1 ^
Tant a Deu de senz en lui mis
Que nus vivanz n'en porroii dire
La disme : en ce n'a que redire.
Enfin c'est li plus hauz a droit :
Car se jel nomoie orendroit, 20
L'en diroîi que je ne di foi.
Ainz seroie blasmez du poï.
Au haut homme avint, comme
[avient
Qu'a maint haut homme besoinz
[vient
D'errer. Li haus hom s'atoma^ 2 j
Qui de son pais s'en torna
Si hautement corn cstout fere.
Et li hauz hom en son afere
Erra, et voir fu qu'il avini
Que ou pais la ou il vînt jo
Une haute dame mott noble
Manoit : dusqu'en Costenlinoble
N'ût plus haute dame de li ;
Et se li hauz hom que je di
Est hauz sur toie gentillece, )) c
Ele est outrepasse hautesce
De gentiliece, qu'il me semble
Qu'ennors et geniillece ensemble,
Biauté, corïoisie et savoir,
Toi qanque dame doit avoir 40
De bien, en la dame manoit,
Se par dire ne remanoii.
Tant esi bêle et bien entechiée
Qu'en son biau cors s'est herber-
Aveques toutes les biaulez, 4$
Ouircgrant debonereiez.
Et li hauz hom tôt a sejor
Sejorna el pais maint jor.
Tant qu'il avint lot erranment
Q^u pais ot un parlement $0
Asembté, ou li hauz hom vint,
Et la haute dame i revint
Si hautement et en tel point
2 portrere
du p
— ïo je — 21 n
-3) lui
d. joi — 34 auient — 28 Et man^ae — }o Que
^^^1 4^^ ^^^^1
^^^1 Con celé a qui toz biens apoim
Et dit : » Dex ! Qu'est ce qui ^H
^^^B El qui molt hautement crrot. j 5
[m'assaut ? 90 ^H
^^^1 Et li hauz hom, qui oi ol
Qu*ai ge P Ne sai. Si sai sanz faille. ^H
^^^1 De la haute dame parler,
Bien sai qu'amors ceste bataille ^H
^^^H Ne se fist pas proier dealer.
Me fet. Diex ! comment P aim ge ^H
^^^H Aussi tosc conme il s'entrevirent.
[donques ? ^H
^^^H Les cuers, les cors, 0 les clz roi-
Oil, tant que ce n'avint onques. ^H
^^^1 60
Et qui ? ma dame : vez la U. 95 ^H
^^^1 Por esgarder : si s'entresgardent;
Orainz mes cuers a li ala, ^H
^^^H Mes en l'esgart qu'il se regardent
Si l'a, et bien sachiez de voir, ^H
^^^1 S'i ficrt amors, et li feus prent
Suens est : toz iors le puet avoir. ^^M
^^^B D'amors, qui alume et espreni
Ja ne dirai. Dirai. Conment i ^^M
^^^1 ' Lor cuers, lor cors, et a sorpris j 6 ^
Trop feroie fol hardement 1 00 ^H
^^^H Et amors qui mains en a pris
Se ge disoie si haut dit. a ^^Ê
^^^1 Les chace ei fiert et les dcstraint :
Einsi se blasme et escondit ^H
^^^H Chascuns se regarde et csiraint
De li ainz qu'ele l'escondie. ^^M
^^^1 En ce douz cop ; lors s'entrevienent
De l'autre pan ne set que die ^^M
^^^H Por saluer, et genz sorvienent 70
La dame, qui du coup se deut: loj ^H
^^H De toutes parz a ce salu.
Or se reblasme, or se raqueui, ^^Ê
^^H Qui sol itant lor a valu
Or s'aseure, or se resmaîe, ^H
^^H Qu'il s'entraquitent en tressaut
Or se replaint, or se rapaie ^^|
^^^B D'un 0 bien veigniez » por u Deu
Plus de cent foïz en un moment ; ^H
^^H [vos »
Einsint amors en cesi lorroent 1 1 0 ^|
^^H Mes sachiez bien que s'il peussent d
La tormenic et li rent son droit, ^H
^^H Venir en leu que il eussent 76
El tant qu'ele dit orendroit ^H
^^^H Loisir tant qu'ensemble parlassent,
Li ira dire, or s'en repent ; ^^M
^^^^^ Doucement s'eniresaluasseni.
Quant de son pensé se reprent, ^H
Pense et dit : « Dex ! conment di- ^H
[roie ? 1 1 $ ^74 ^H
^^H T7insi d'amors cil s'entramérent.
^^^V II* Lors départent^ pus rasemblé-
Contre toutes dames feroie. ^H
Nu dirai pas ; tere m'estuet. ^H
^^H [rent So
Ne cis maus Icssier ne me puei ^^M
^^^H Par maintes foîz por solaz fere,
S'il ne le set. Et bien le sache. » ^H
^^^B Et cuevrent si droit lor afere
Amors por le dire la sache, 120 ^H
^^^B Que la dame ot, je n'en dout mie,
Qui de la bouche li velt trere. ^H
^^^1 Joie d'ami, et cil d'amie.
Ou de li dire ou de soi tere ^^Ê
^^^1 Einsi amors a fet sa pointe, 8$
Einsint a soi meisme estrive, ^^^^Ê
^^^1 Qui en lor cuer l'amore a pointe
Et tant la fet amors hastive ^^^^H
^^^1 Du dart ques ocist et tormente.
Qu'ele n'i met nul contredit, ^'5^^^|
^^^1 Celé se plaint, cil se démente.
Ainz li va dire, et si li dit : ^H
^^H Celé soupire, cil tressaut
« Sire, sachiez bien sanz doutance, ^H
^^^1 73 velu — 84 et c. d'ami — 86 lamor — 9) aiged. — 98 tôt — 1 14 rcpeot ^^
^^^H — 1 1 f que d . — u D par — 122 Ou
manqat ^^M
Vostre amor et vostre acointance
En cest pais voudroie avoir, 129
S*il vos plet, Cl sachiez de voir
Que vostre sui^n'endouiez point.»
El cil l'en mercie en îel point
Con cil qui n'ose mie entendre.
Croire ne cuîdier ne atendrc
Qu'elle entente d*amors li die. 1 3 j
Del dil doucement la mercie,
Pus responi : « Dame, sanz dcmor
De moi racointance et l'amor
Vos oiroi ge, car ic feroie
Por vos qanque fere porroie.» 140
Ele respont isnel le pas :
« Ce que pens n'i pensez vos pas ;
Einz est eïnsini, que toi a cors
Vos di que je vos aïng d'amors.
— D'amors ? » fet il 0 Voire, » fet
[ele. r45
Et dt de la joie novele
Liéve le cuer, si s*esjoi, [n'oi
Pus respont : « Dame, onques
Novelle que je tant amasse ;
Molt volentiers, se ge osasse, 1 50
Ançois de vos l'eusse dit.
Tôt entiers sanz nul coniredit
M*oiroi a vos, a vo conmant.
A Dieu en guerredon demant
Que il me doint de si haut don 1 ; j
En tens rendre le guerredon, [b
Que c'est la riens que plus désir. »
Ne porent plus avoir loisir ;
Congié prennent, atant se partent.
Mes au partir, quant il départent,
L'un contre l'autre miex et mieuz
Ont fet aubalestiers des euz : 162
Cuers point avant, talent regarde,
Amors lor fet de voir l'angarde.
Testes lever, euz adrecier, 165
Sospirs trere, regarz lancier
UN LAI d'amours 4II
Dont il s'cntrefiéreni et plaieni ;
Mes en la fin bien se râpaient,
Si bien que bien paie se tindrem.
De râler s'en noveles vindrent
[170
Au haut homme .... de loing ;
Par grant afere tel bcsoing
Oreni sa gent de lui mander
Que li hauz hom contremandcr
Ne puet pas l'erre sanz mesprendre.
A la dame por congié prendre 176
Vint, et li dit toi son aJfere ;
El celé qui plus n'en pot fere
Ne pcust greignor duel avoir.
La dame, qui bien set de voir 180
Qu'il ne puet Terre irestomer.
Car lost li peust atorner
A honte, n'el nou vosist mie,
A son ami dit conme amie :
■< Biaus amis, vos vos en irez; i8f
Ensemble 0 vos an porterez
Mon cuer, et ovec vos ira,
Et li vostres me remaindra ;
Non pas pour ce je n'en dout rien.
Qu'entre vostre cuer et le mien 1 90
Sont tout un ; si doivent il estre :
Ja mes por rien qui puisse nestre
Mes cuers n'iert du vostre sevrez;
Ou que vos ailliez vos avez
Mon cuer,n'en soiezmesendoute.il
Cil respont : u La moie amor foute
Est vostre, et bien sachiez de voir.
Mes cuers, ma joie et mon pooir ,
Que vostre sui ou que je soie. »
Einsi li uns a l'auire otroîe 300
Leal amor a maintenir ;
Celé, qui plus nu puet tenir,
Congié li donne, et cil s'en vet.
I }6 El d. — 141 fe ms. a ici une grande initiale. — 1 \^ vos c. — 1 ^9 dépar-
tent — 170 tindrent — 171 U ms. met ici la grande initiale qai appartient aa
rers pricèdent^ A h., on mot effaU par une taeht. — 187 rcniaiixjri — 195 mis
^^M 1
^^^^1
^^H Ifei mok B poise quant il tel
Et au corre fwnriièr corarcm» ^H
^^H S'aaiie : lessîer U convient ; 30 1
ComUduiruqmassetDblérem: J4( ^H
^^^1 Pdi dist, quant de li li soviem :
OnrpmnnrnM^fvHMwn^l^tYm ^H
^^H ■ Dkx ! or aide \ Que diroie P
Ne ne pensèrent s'aaur dqo, ^H
^^^B Ui rieni el mont que plus amoie
Si n'ont c'un penser et c*im non, ^H
^^^1 M'edotngne; riens ne m'i doit plere,
Et sunt une maisxne diose. ^^M
^^^H Ne je ne lai que doie fere. 2 ro
Je cuit avoir dite la gimr. 250 ^H
^^H Sanz joie sui, de a ma joie.
Dite r Si ai. Non ai. Par foi, ^H
^^^H Dame de qoi mes cuers s'esjoie.
Or soit oi resoa par quoi. ^^^H
^^^1 Dame la plus bele du monde,
Ne sui je ci et elc est la, ^^^^H
^^^1 Dame sanz vilenie et inonde.
Et j'ai du cuer et ele en a f ^^^^H
^^^1 Ûamc de toutes bonnes mors, 2 1 $
Conment peust estre uns oienseus ^H
^^^P Douce amie, qui vos amors
Uss ■
^^^1 Me dounastes sans demander,
Tex qu'il peust sosfire a deus ^ ^H
^^^1 Je ne pus pas coniremander
Conment P Ç'auré je tost trové : ^^M
^^^H Le dit n'oblier a nul fiier
N'ai ge des deus ruissiaus prové ^^M
^^H Quant vos déistes que mon cuer 220
Et tretié le non de chascun ^H
^^^1 El li vostres uns cuers estoit.
Si ct>n li dui devienent un P 260 * ^^|
^^^1 For qoi fu dit ? Conment porroit
Or soit posé qu'a ce ruissel ^H
^^^K Tex diz avenir par nul mestre,
Vienent por emplir dui vessel : ^^Ê
^^^M Que dui cuer peussent uns estre ?
Or sont empli, or sont trei hors : ^^M
^^H Ne se nus en set le compas, 22 ^
Tôt aussi puisiérent nos cors ^^M
^^H Por noient nu dit elc pas,
El cuer qui est el cors conrouns; ^H
^^^H Ainz i pensa aucun asuen.
[36$ ■
^^H 0 moi en portasse le suen
El por ce n'est li cuers que uns : ^^Ê
^^^H Moli voleniiers se je seusse.
Je Pai prové, voire, je croi, ^^^^M
^^^1 Mes ne cuit pas que je peusse. 2 )o
Je di de ma dame et de moi : ^^^^|
^^^1 Peusse ? non, por nule rien.
Nus n'i puet plus meire a nul fiier : ^^|
^^^1 Je cuit que si porroie bien.
Nos somes dui cors a un cuer. » 270 ^H
^^H Et je conment? Il m'est avis
Si se dément, et tant qu'il dit : ^^M
^^^H Que dui ruissel de deus pais
« Dame, a cuï sanz nul contredit ^^M
^^^1 Vienent bien, li uns douz et clers,
Je sui, n'autre amor n'atendroie, ^^|
^m
Douce dame, ne me tendroie 68 a ^H
^^H Li autres oscurs et amers ;
Por riens que saluz ne vos mant : ^^M
^^^H Mes quant ce vient que l'eve as-
Car el salu sanz coniremant 276 ^^Ê
^^H
M'esiuei dire et fere savoir ^^Ê
^^^B Que li dui ru corent ensemble,
Les maus qu'il me covient avoir ^^M
^^^H tl n'ont andui c'une color,
Du biau dit que vos me déistes. ^^|
^^^B Ne c'un nom ne c'une savor. 240
En tel estrifmon cuer meistes, 280 ^^t
^^H Einsi puet estre qu'il avim [vint,
Dame, con je vos veil mander. » ^^^H
^^^B Que quant mes cuers a son cuer
Li hauz hom a fet demander ^^^^M
^^^B Que li dui cuer s'entracorurent,
Son clerc por le salu escrire, ^^^^|
^^^H 319 d. roblier — 24$ Que — i\^ puet ^^^^H
^^^^^^ UN LAt d'amours 41^ ^^^J
H Qui lot son cuer mist el descrire
Li douz coz dont ele est plaiéc ^^^^|
H Les regarz, tes plaintes, les diz,
Qu'ele se tient a bien paiée. ^^^^|
H Point a point si con jes aï diz ; 286
Pus li mande que molt li hete ^^^^|
H 0 le salu les mist el livre.
La provance que il a fête {24 ^^M
H Li hauz hom qui bien s'en délivre
Con li dui cuer uns seus deviencnt, ^H
H Par son message li envoie.
Et dit que molt bien s'entravienent ^^|
H De cest conte plus ne diroie, 290
Et molt li plet et bon li semble ; ^^|
H For aventure qui aviengne.
Bien vett que li dui cuer ensemble ^^|
^^^ De si la que li mes reviengne.
Boivent la douce amor, la saine, ^^|
Dont li cuers est au cors fontaine. ^^M
La dame con loial amie } } 1 ^^M
Comme amie a son ami prie ^^^H
H je me sui de dire tenuz
H J Tant que li mes est revenuz
Que de s'amie li soxiengne ^^^^|
Et face tant que il aviengne ^^^H
H Qui m'en aporte la matire 395
Qu'ele le voie, ou autrement j ; 5 ^^|
^^^ Dont il m'estuet noveaus nioz dire.
Le désir de si longuement ^^^^|
^^P Que dit li mes or soit oi :
L'ocirra, ce mande por voir ; ^^^^|
H La dame mande son ami
Pus dit : « Rien ne vodroie avoir, ^^H
H Saluz, et présente un escrit
Biaus amis, qu'estre entre vos braz ^H
H Qui son voloir treslout descrit 300
Por joie fere et por solaz ; 340 ^^M
H Et dit : « Amis, bien le puis dire.
Une seule nuit vos tenisse ^^^^|
H Mes cuers ne vos en puet desdire
Si nu a nu que je sentisse ^^^^|
H Que vos ne soyez mes amis :
Vostre cors, vostre douce alainne, ^^M
H Tant s'est mes cuers au vostre mis
La doce, la fine, la sainne, ^^M
H Que je du tout sui vostre toute, 30^
Que je tant désir a sentir, ^4$ ^H
^Ê Toz estes miens ; je sai sanz dote
Et que Oiex vosist consentir ^^M
H Que pas ne porroit avenir
Qu'a mes braz, dont cuers me se- ^^M
H Que sanz vos me peust venir
^H
H Joie ne ris por nule paine ;
Vostre cors, le plus biau du mont, ^^M
H Se sains estes dont sui je saine ; ^ 1 0
Estrainsisse por conforter ! ^^M
H Se rien n'avez dont n*é je rien.
Sire, por tel joie aporter, ]jo ^^Ê
H Se ge ai duel ou mal ou bien ,
Venez veoir sans demorance ^^^^M
H Sanz riens oster ne départir
Celé qui en douce espérance ^^^^|
H Je vetl du tout a vos partir. ■
Vostre douce venue ateni. » ^^^H
H Pus le mercie du salu, ]is b
Et cil soupire qui entent ^4 ^H
H Et dit que moli en a eu
Les douz regrez et la complalncie ^H
H Cuer lié> et mott la conforta
Dont sa douce amie s'est plainte, ^^M
H Li douz saluz, qui li porta
Tremble et tres&aut et se detort, ^^^H
H Un coup qui el cuer l'a atainie,
Et dit : « Voirementai ge tort, ^^^H
H Mes si doucement l'a destrainte 320
Douce amie simple et plesani. • ^^^H
^B 291 Par — josnruosne — ;o4 auos — ^18 quJt aporta — ^it esi manqtu, ^^^^^|
^Ê plaie — 3 2a paie — jji grande miliatt
— 339 ^- c"^''^ ^^tre — 541 sentisse ^^^^H
■ — J4M*— )M «garz
m
^H 414
PARIS ^^^^1
^^H Lors ta regrete en soupirant : ;6o
Soudrai briément et orendroît. ^H
^^^K u Ha! douce amie, douce suer.
D'autel coup et en'tel endroit, 400 1
^^^f Douce de cors, douce de cuer,
Dame, con vos estes navrée, ^J
^^H Ûoucc de totes bones mors,
Sui navrez, c'est chose provée : ^H
^^^1 Espice de toutes douçors,
Por ce m'estuet par estovoir ^H
^^^1 Foniainne de toutes bontez, j6(
Du mal dont vos avez avoir ; ^H
^^^H Mireors de toutes biautez,
Si est bien droiz que je retrate40{ ^H
^^^1 Gentis sur toute gentiltcsce^
Qui fist le coup, dont vint la plaie, ^^Ê
^^^1 Rose d'amor, ciel de hautesce !
Conment a non li dars d'amors, ^H
^^H Ciel de hautesce ? et Diex ! com-
Li darz qui fait muer colors, ^H
^^H
Li darz qui ocit et refride, ^H
^^H Bien doi provcr, ou autrement 370
As uns nuit, as autres aide ; 410 ^H
^^H Ne vaudroit rien ce que je di :
C'est cil qui ocit et apaic, ^H
^^^H Du ciel me resemble et de li,
Cist qui perce tes cuers sanz plaie, ^H
^^^1 Tant ai mes provances leues,
Cist qui fet fere toz mestiers, ^H
^^^1 Qu'ausi con par desus les nues
Si conme es amanz est mestiers, ^^|
^^H Sor toies est plus haut le ciel, $7$
Li darz que vostrc cuer senti : 41 s ^|
^^^1 Et conme miel plusdouz que 6el,
Il te plaia, puis resorti ^H
^^^B Est sa douçor sur totes mesire.
Au mien cuer, et vint si a cop ^H
^^^1 Nés Dicx qui fist les famés nestre
Qu'il feri deus cuers a un cop : ^H
^^^1 Ne 6st si haute dame el mont
Tex est li darz. tex est la pointe ; ^H
^^^H Que sa hautesce ne sormont ;8o
La mepointouvosestespoinie420 ^H
^^^1 Plus haut, c'est chose conneue :
Li darz qui les dormanz esveiile. ^H
^^^1 Aussi con li ciex fet la nue
Darz d'amors, ce n'est pas mer- ^|
^^^B Plus bêle, fet bonté plus sage
Se tu les desarmez esmaies, [veille ^H
^^^H Ma dame, de cuer, de corage ;
Que tu fez a un cop deus pluies. ^H
^^H Si n'en sui point acoardi. ;85
Deus plaies î* Conment f Qu'ai ge ^H
^^H Diex ! mes cuers comment s'en-
[dit?42s ■
^^H Que j'amasse si hautement ? [hardi
Ces deus plaies, si con je cuit, ^H
^^H Diex ! mon cuer a certainement :
Sont une plaie, non pas deus. ^H
^^H Avoir le veut et ele l'a
Por quoi P Por ce c'uns cops toz ^H
^^H Sanz départir ne ça ne ta ; ^90
Fist les deus plaies a un trait [seus ^H
^^H Suens soit, a liveil qu'il se tiengne.
N'es deus ne covient c'un entrait^ ^^Ê
^^^1 Dame, conment que il a\iengne,
El toute lor enfermeté 43 1 ^H
^^^H Itant vos promet et otroi
Covient garir d'une santé, ^H
^^^1 Qu'il part a vos et vos a moi 394
Qu'autre santé valoir n'i puel ; ^H
^^H En bien, en mal, en duel, en joie.
Et por ce que par force estuei ^H
^^^1 Se Diex me doint que de vos joie. . . d
C'une santé lor soit conmune, 4^5 ^H
^^^M Je voil et reson le commande.
[Ô90 H
^^H Por qoi P Por qoi ? ceste demande
Ne font les deus plaies que une. » ^H
^^^H 372 De — J77 nestre — 378 nest
— jH)'4 \cn ûlléfis? — j8j jcorardi ^H
^^^H — 396 aprh ce vers il doit y avoir une
îûcmt — 416 ploia — ^2; Setrc 1. d. ^H
^^^m — dfap très — 430 c. cuns entres
m
UN LAI
Ilec 8€ lieni, a ce s'acorde ;
Et après le douz dîi recorde 438
Des douz braz, dont s'amîe mande
Que riens a Dieu plus ne demande
Mes qu'en ses braz l'eusi esiraint.
Lors se dolose et se conplaint,
Et pense et ne set que devient,
Pus dit, quant de )i H sovïent :
« Oiex ! tant demeure, tant délaie,
Que ele m'ait et que je l*aie 446
Entre mes deux bras enbracîée !
De si loing si longue bradée
^Ne puis gc raie entre mes braz
fibracier, mes ducuer l'enbraz.
Enbraz ? comment ? Quant nos
[cors n'ont 4^1
Que un cuer» que li dui un font,
Tant ont les braz du cuer bracié
Qu'il s'entresont enirerabradé.
Por tant aï ge, je n'en dot point,
Cuer en joie , cors en mal point, 4 5 6
Qu'il ne joist de riens que j'oie.
Or boii mescuers en tele joie.
Si bauz, si liez, si bien venus ?
Molt est mes cuers gioz devenuz,
Qui en tel joie boit et part, 461
Li cuers,ne au cors point n'en part ;
Dont n'est il gloz ? Oil. C'est faute :
Se li cors pert par sa defaute
Ce que li cuers a porchacié, 46)
Et cuers preni ce qu il a chadé.
Oses tu donc dire a nul fucr
Que par le cors ail perte au cuer t
Oil. U cuers le cors atise,
Li cuers a du cors la jostise; 470
Quanque cuers veit, et cors otroie;
Et quant lî cuers le cors mestroie
Du tôt. que point n'en peut dehors,
Por qoi n'a dont li cuers le cors
Semons et semont orendroit ? 47 5
Mes cuers de moi grever a droit ; b
Vers li me sui conme failliz
d'amours 41 ç
De cent defautes defailliz ;
Et se la defaute m'acoupe.
Mes cuers por coi batroit sa coupe.
Qu'il n'a sor ce riens acreu ? 4S1
Se g'eusse mon cuer creu,
Ci fusse alez. voire pieça,
Conques mes cuers n'en despeça
Talent au cors, ainz l'i aloie ; 485
Et dit mes cuers, se g'i aloici
Que i'avroie du tout solaz,
Plain cuer, plaîn cors, plains elz,
[plains braz.
Cuers, g'i irai, je te créant ;
Cuers, je ferai loutton créant: 490
A loi me tiens, nu quier lessier.
Nus ne doit cheval cslessier
Qui ne velt corre jusqu'au fet ;
Car qui conmence et ne parfet
Il est blasmez de son afere. 49^
Cuers, je conmenz et veil parfere
Ton bon, et tôt le parferai.
Cuers, ja mes contre toi n'irai ;
A toi me lieng, c'est sanz failtue.n
Li hauz hom derechicf salue $00
S'amie et présente un escrit,
Que de voir sache et par l'escrit
Qu'il quiert le point et le porchace
Dont ja mes ne faudra la cbace
Enson cuerdevant qu'il lavoie, $0$
Et qu'il se metra a la voie
Hasiivemcm, ce ne dout point.
Et ce conte tout point a point,
Conques n'i ot mot mesconté,
Einsi con je vos ai conté, ( to
0 le sa!u li envoia.
Li mes s'en va qui s'avoïa
A li, et ds contes remaint
Jusqu'à tant que besoînz ramaint
Le mesage qui l'escrit porte : s * M
Car s'il revient et il aporte
Autres noveles que devant,
GiRARZ dira des lais avant. 5 1 8
447 cmbracie — 448 bracie — 4}8 uoie — ) 14 miraaint — $17 nouelc.
MÉLANGES.
VV DANS LE SAINT LÉGER.
En dehors des groupes uo et ^u, VV a dans le Saint Léger plusieun
valeurs distinctes. Voyelle, il vaut Vu actuel, â allemand, dans nais =
nuUus ; il vaut notre o fermé dans cun = cohorîem ; enfin il vaut proba-
blement notre voyelle ou à la fin des diphthongues, par exemple dans
dea = deum. Consonne, il vaut d'ordinaire notre»': deuemps=^debimas,
uos = uos, regneuet = regnabai, seruid = serumil. W simple n'a toute-
fois la valeur de noire v que devant une voyelle ; devant une consonne
il est redoublé : auurcl = habaerat, autira — habere habet, eimrins ^
Ebroinus (aussi eurui lo a), retiuure = rtciptre, lauuras de labra, souurent
= sapue^unt, beaure = bibere. Dans seruu îo/) = seruum le double V à
ia fin du mol et après une consonne a manifestement la valeur de notre /.
Je pense que cette valeur / est aussi celle de VV simple après une
voyelle dans les formes peitieus 4 û = Pictauos, quea it e et ly b — ca-
put., uius 2 5 e = uiuuSf u'tu 5 ; (^ = uiuii^ ciu 24 a, et 24 c ciutat =: ciui-
taîem^ enfin dans reciut 4 c et 22 (^ = recepit et reciunt 40 c = Ttcepit inde.
Il faut prononcer peitiifs, kicf. vifs, vift, tsifî, tsiftet, rctsifi^ ntsifnt. Cette
dernière prononciation peut il est vrai paraître » duriuscule, pour ne pas
dire dure », mais on peut soit voir dans VN une faute et lireavec M. G.
Paris reciut (que nous prononcerons r'ctsift), soit corriger le vers par
transposition (en comprenant Vanme'ni reciut domine deu au lieu de l'anme
reciu'nt à. d.)^ soit enfin admettre que les gens du x*^ siècle ne reculaient
pas devant le groupe jnt ' .
Le son /existe encore aujourd'hui dans l'équivalent chef dt queu tl
dans l'accusatif vif de uius; la théorie indique que ce son a dû exister
I . Après tout il pouvait n'ttre pas plus terrible aux Français d'alors que ne
l'est aux Allemands d'aujourd'hui le/i/t de zakunft.
lV dahs le Sainl-Uger 417
jadis devant 5 ei t dans les mots tels que Poitiers et ciré; de fait il est
infiniment probable (v. J. Cornu, Romania, 4, 1875, p. 454} que dans
les Serments l'on a dift = débet.
Les prononciations peiiièfs, kièf, vifs^ vijt^ tsifi et tsiftet me paraissent
assez vraisemblables par elles-mêmes pour que je ne m'attarde pas à les
justifier. Mais la forme rïisift = recTpii exige quelques explications.
M. G. Paris {Remania [, 1872, p. 292) voit dans reciut^ reciunt et dans
reclu du V. ^c une notation de reçut (rt'/iiif), l'i servant en quelque sorte
de cédille (cf. cio ) d). La faute reclu semblerait appuyer cette manière
devoir, en indiquant que le scribe prononçait VV comme û .- mais de
hiit le fac-similé publié par la Société des anciens textes français porte recta
avec un point sur IV, et non reclu : ici encore on est parfaitement libre
de prononcer rctsift. Quant à la leçon hypothétique reçut considérée en
elle-même, je ne la crois guère admissible, car il est malaisé de penser
qu'au X' siècle la voyelle u des prétérits de cette sorte eût eu le temps
de se fondre aussi complètement avec le radical d*un verbe tel que
reciuure [rctséivre = recipcre ; les seuls prétérits plus ou moins compa-
rables qu'offre le Saint Léger sont aud, oth ou ocî, o€=babutt (prononcer
ô/l, instud de stare^ fut = fuit, iolh = iacuit^ pot — potuit, soîh ou sot =
sapait. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, le laiin recTpit explique parfaitement
reciut - rêtsift : ? donne ici un / comme dans merci^ raisin^ cire, pays^
Beauvaisis, marquis et autres mots oft la voyelle était précédée à l'origine
d'un phonème lingual postérieur '.
Rêtsift i\i vers 22 d forme une très-bonne assonance avec vint. U est
donc inutile de recourir à ta correction de M. G. Paris, retint : cette
correction d'ailleurs, quoiqu'elle donnât un sens satisfaisant, ne valait
pourtant pas à cet égard la leçon authentique reciat.
En résumé l'K consonne simple a dans le Saint Léger la valeur v quand
il commence une syllabe \uos, de-uemps, ser-uïd) et la valeur / quand
il est placé après la voyelle de ta syllabe [cîu-tet, reciut, queu). Le double
V s'emploie pour marquer VV consonne par opposition à IT voyelle dans
des cas où la prononciation pourrait paraître douteuse [reciuure ^ recivre
et non = reçure\ ; il a de même que \'V simple la valeur v au commence-
ment de la syllabe [reci-tiurej la-auras) et la valeur / à la fin [serua]*.
L. Havet.
I. rcr. l'explicMion de M. Cornu, ci-dessus, p. )\(i. — Rtd.]
1, Le fragment de Valenciennes présente la forme cheue pour capat. L'e final
sert à montrer que lu est consonae (Dicz, Cr. 2*, 6 note; traa. a, 4 n. i| ;
cet a doit être prononcé/, comme Diez (ibid.) le lait entendre. Les formes du
poème de la Passion qui pourraient être lues conformément aux mêmes principes
ioal ciutat ^c^ gréas ^d, guu 1 } c, caUiu 17J, mas 8j i/, 121c, i2^b,neus
99 ^ : — sera ^0 c, 41 b, satu 114 c, doivent sûrement être lus serf, salf.
Romania, Vtl
27
418
MÉLANCKS
11.
TROUVER.
Il y a longtemps que Tétymologie donnée par Diez du mot tronva,
qui m'avait autrefois semblé convaincante, m'est devenue suspecte. Tar-
bare en efïet ne convient guôre pour le sens, malgré les ingénieuses
explications de Diez', et ne convient pas du tout pour la forme. Si l'in-
terversion de turbare en trubare n'a rien d'étonnant (quoique le déplace-
ment inverse soit plus fréquent}, il est cependant singulier qu'elle
remonte aussi haut et qu'elle soit aussi générale [lorvenni dans le petit
fragment poétique du xii< s. que j'ai publié dans le Jahrbach est tout à
fait isolé) ^ Mais ce qui est le plus grave, c'est que le bas-latin trubare,
s'il avait existé, n'aurait pu donner en français et en provençal, aux
formes accentuées sur le radical, la diphthongue que nous trouvons- dans
truevc : celte diphthongue renvoie nécessairement à un o bref accentué.
Pendant que cette difficulté m'arrÔlail, Meyer éîait frappé d'une autre :
le b entre deux voyelles ne peut se maintenir en provençal; il se change
en v ou tombe sans laisser de traces : probare donne proar^ quelquefois
provar, mais non probar. Le b de trobar renverrait à un p, comme b
diphthongue de trueve à un o bref. En suivant tous les deux la direction
que nous assignaient les lois phonétiques, nous arrivions donc à la forme
irçpflie. Cette forme peut-elle être admise ? a-t-elle un sens î doit-on la
regarder comme le prototype des formes romanes? Nous le pensons, et
nous soumettons cette conjecture à la critique. Voici pour ma part com-
ment je me représente l'histoire du mot.
Tropus, emprunté au grec tcg-c;, a en latin classique, comme on
sait, le sens de » figure de rhétorique. » Dans le latin de la décadence,
il développa un autre sens, plus particulièrement musical, et sans doute
dérivé du premier. Il paraU avoir signifié d'abord i variation dans une
mélodie. >> De là le sens propre qu'il prit en liturgie, et qu'a expliqué
M. Gautier dans sa préface aux œuvres d'Adam de Saint-Victor : un tropt
est une queue musicale ajoutée à certains chants liturgiques, et spéciale-
1. [M. Uttré appuie l'explication de Diez d'une preuve qui en apparence a
une grande force; c'est qu'en ancien français trouva aurait été employé pour
• troubler », con^rvant ainsi le sens de turban. L'exemple qui appuie cette
assertion est emprunté au Psautier d'Oxford (XLV, i ) : < Li nosire Deus. refuge
a vertu, 3)uere es tribuiattuns chi truvercnt nus mult. » M. Litlré traduit, entre
parenthèses, uuvcrtnt par troublèrent; mais cette traduction n'est pas souteaable,
car le lalin porte : t Ad|Utor in tribulationifaus qui mvcnerunt nos nîmis. » — P. M.]
2. Les verbes portug. et napol, cités par Diez, trovar et stravare, qui ont le
sens de turbare^ peuvent en provenir.
TROUVER 419
ment, d'après Du Cange, un verseï qu'on cbaniatt à certaines grandes
fêtes immédiatement après Plntroît. C'est dans les tropes, comme l'a
montré M . Gautier, que se déployait Tinveniion musicale. Dans la langue
ordinaire^ tropus avait même pris le sens général de v mélodie, air^
chant. » C'est en ce sens que Fortunai emploie souvent le mot.
M. Quicherat, dans son Thésaurus, cite, entre autres passages de cet
auteur, ces deux pentamètres :
Reddebantque saos pendula saxa tropos...
Mulceat atque aures fistula Manda tropis.
De tropus on a donc très-bien pu tirer un verbe tropare^ signifiant soit
« varier un air i», soit plus généralement « composer, inventer un air ».
Nous voilà bien près d'un sens de trouver fort usité au moyen âge. celui
de • composer », musicalement ou poétiquement, cela revient à peu près
au même. Un tropator [trohirc, trouHre) est un compositeur. De « com-
poser » on passe naturellement à n inventer », d' « inventer > à « décou-
vrir » ; ainsi tropare remplaça peu à peu invenire. Diez a remarqué que
le vieux mot figure encore à côté de son remplaçant dans ce vers de ta
Passion : Non fud trovez ne envengud; il éuit destiné à disparaître,
sauf en italien {rinvenire'i . Il faut aussi noter que d'après ce passage le
développement du sens s'était opéré à peu près en entier au x= siècle:
il est tout à fait complet dans les textes du xr.
Ce développement n'a guère pu s'opérer identiquement en plusieurs
endroits : aussi je regarde le mot comme propre à la France. C^est dans
le latin de la Gaule, liturgique ou littéraire, que nous rencontrons tropus
au sens musical ; c'est dans le gallo-roman que tropare s'est formé sur
tropas et est devenu trobar au midi, trouver au nord. Diez a déjà fait
observer que l'espagnol trobar venait de France. Je pense qu'il en est
de même de l'it. trovare, où la diphthongaison de îruova a pd être une
imitation de irueve et aussi de pruova. Le roumain ne connaît pas le
mot, comme il est naturel. Le ladin travar, avec un sens purement
juridique, cité par Diez, demanderait à être étudié de près : le fait
même qu'il n'a que ce sens unique, qui se retrouve en français [trouver
U droit], peut porter à lui attribuer une origine étrangère.
Diez avait vu avec sa perspicacité habituelle que le verbe roman pos-
tulait dans son étymologie un radical trôb ou trôp\ il s'est trompé,
croyons-nous, en pensant pouvoir extraire ce radical de turbare; en
outre le provençal montre que c'est trop seul, et non frdfr, qui convient.
Si tropare réunit les suffrages des gens compétents, nous serons heureux
de l'avoir trouvé.
G. P.
420
MÉLANGES
in.
CONJUGAISON DES VERBES AÎDÏER, ARAISNŒR ET MANGIERK
La conjugaison d'aidier cî de mangier a donné lieu à de nombreuses
erreurs et à d'étranges hypothèses qui se répètent de bouche en bouche
et de livre en livre, parce qu'on n'a pas pris la peine de se rendre raison
de la lutte des formes si diiïérentes amenées par la place différente de
l'accent. Il est donc à propos de relever soigneusement dans les textes la
conjugaison de ces verbes, par lesquels on peut démontrer d'une façon
particulièrement claire l'influence de l'accent et celle de l'analogie ou de
l'assimilation, qui sacrifie à l'unité la justesse étymologique, cause d'un
désordre inextricable dans la conjugaison romane, si elle y avait seule
exercé son pouvoir. Quoique araisnier n'ait pas fait naître les mêmes
erreurs, grâce à la disparition de la conjugaison étymologique, les doubles
formes qui lui appartiennent lui assignent une place à la suite de ces
deux verbes.
Je reviens à la vérité sur un sujet que M. A. Darmestetera traité avec
sa sagacité habituelle dans ses excellentes recherches sur la Protonûjue
en français {Rom.^ 1876, p. i S4-i s Oi "^^is comme il n'en a parlé qu'in-
cidemment et n'a pas épuisé la matière, il me pardonnera de l'aborder
encore une fois.
AIDÎER.
En théorie voici la conjugaison du présent de l'indicatif et du subjonc-
tif d^adiatare en français :
Ind. aiu aidons Subj. aiu aidons
aiues aidiez aiuz aidiez
aiue aiuent aiut aiuent,
et il y a des textes qui la donnent conforme à ce paradigme, que l'ana-
logie a peu à peu mis en désordre et remplacé par de nouvelles formes,
recueillies ci-dessous avec les régulières :
Indicatif présent adiuto aide Roman de Renard 629.
ADIUTAS
ADiUTAT aiude Passion i2<, a.
I. [Le dernier numéro de la Zetlschri/t f. rom. Philologie contient un article
sur mansi:r par M. Kœrsler, qui ne rend point inutile le travail qui suit. Nous
devons aire i ce propos que la noie de M. Cornu est entre nos mains depuis le
mois d'avril de l'an dernier. L'abondance des oiatièfcs nous a empêchés de la
publier jusqu'à ce |our. — Rid.\
CONJUGAISON DES VERBES ûidieT^ araUnitr et mangier 42 1
aiuet Psautier d'Oxford 5 3/4, Chan-
son de Roland 3657, Sermo
de sapientia p. 290/4.
aïe Rom. de Ren. 2642 28980.
aide Jourdain de Blaivies 1191, Rom.
de Ren. 16202 26645, ^^"^^
le Loherain, Bartsch Chrest.i
5 5/8.
Ville-Hardouin dans Bartsch
Chresî.y 253/29.
J. de Blaivies 73, Huon de Bor-
deaux, p. 248.
Marie de France, Loi^itfGuge-
mer 365.
aident Rom. de Ren. 6952.
aidai Recueil général defabliauxpiTA.
DE Montaiglon t. I 27/43.
Ps.d'O. 85/16 88/42.
Ps. d'O. 93/17/18 106/41.
ADiUTAMUs aidons
ADiUTATis aidiez
ADiuTANT aiuent
parfait adiutavi
ADIUTASTl
AD1UTAVIT
SUBJ.
amas
aiuad ■
ADIUTAVERUNT aîdicrent Huon de Bord. p. 28.
présent adiutem
adiutes
ADIUTET
aiud Saint Léger 40 e. Conip. la note
de M. G. Paris, Romania
1872 p. 317, et Diez, Alt-
romanische Sprackdenkmale
p. 85.
aiut Ps. d'Ox. 21/12, Ck. de Roi
781 1964 2044, J. de Blai-
vies 27 1 , Huon de Bord.ip. 82
106, Aiol 9522, Rom. de
Ren. 25498 (rime avec man-
jut manducat).
ait Ch. de Roi. 1865 3338, Ami et
Amile 621 818 823 1040
1406 1417 1424 1426 1436
1836 1911 1965 3130 2167
2359 23Î7 2395 î»42» •'■
de Blaivies 45 483 917 1 304
1 . Dans les éditions plusieurs ont imprimé /, que je regarde comme fautif,
TU que nulle part il n'est rempUcé par g.
422
ait
ADIUTEMUS
ADiuTETis aidez
ADiUTENT aiudent
aient
aident
pl.-q.-p. ADiUTASSETaiuast
aidast
Impératif
ADIUTA
ADIUTATE
MÉLANGES
1526 1720 2787 5467 5473.
Huon de Bord. p. 7 20 22
26 ^0}^ )9 40> ^/o/ 47 650
Ï5S9 1574 S4î6. Rom. de
Ren. J978 4280 4668 4800
4902 $2546200 9910, Rec.
gén. defabl.tA î/5396/161
181 n/7/86 16/44 '7/M^-
Rom. de Ren. 874 J310 18120
18164 [8181 18189, Huon
de Bord. p. 144.
Ch. de Roi. 62 j, aidiez J. de
Blaivies 92, Rom. de Ren.
22905, aidies Huon de Bord.
p. 245.
Canîicum Moysis $7.
Ville-Hardouin, édition de
Wailly 63.
J. de Blaivies 3870, Rom. de
Ren. 8257.
Ps.d'O. 106/12.
Ch. de Roi. 3439, Rec. gin.de
fabl. t. I 5/804.
aiude Ps, d'0. 4 j /28 69/76 78/9 1 08/
25 118/86/117.
aiue Ch. de Roi. 2303, Marie de
Fr. II p. 388.
Ch. de Roi. 1909, Quatre liv.
des Rois p. 39, Rom. de Ren.
2226 24658.
Rom. de Ren. 21442 28860.
Saint Alexis 93 1, aidez Ch. de
Roi. 364 623 630 1129
2546, aidiez Cump. Ph. de
Thaun 1 62, J. de Blaivies 99,
Huon de Bord. p. 61 62, Rec.
gén. de fabl. 1. 1 2/237 4/^86
24/710/752/851.
aie
aide
aidiez
I. M. de Wailly dansle Vocabulaire de Ville-Hardouin donnetf/u/ 317 comme
le prétérit d*aidier ; c'est celui de agesir accoucher.
CONJUGAISON DES VERBES aiditr^ aîaisnter et mangier
aïez Ch. de Rot. 3641 .
aiuder Ps. d'O. 69/1.
aiuer
aider
43?
Infinitif adiutare
Ps,d*0, 39/18.
Ch. de Hol. 26 1676 3169
267J, aidierCump. Phil. de
Thaun 169, DiaL Greg, h
pape 42/21, Ami et Amite
2Î40 2647 37792782, J.de
Btaivies 50 75 12 j 829 1796
$4(9 ^784 3817, Huon de
Bord. p. 2 I î» Rom, de Ren.
Û8421H U7S n?» 4820
4822 5180, edier Huon de
Bord, p. 4 5 7 8 9 12 I)
I j, ib. p. 26.
Rec. gin. de fabi l. 1 î/265, aidrai
Huon deB. p. 246, ederaip. 20 )o.
Quatre Hv. des Rois p. ijj. Comp.
enveirad ibidem p. Ï74.
Quatre liv. des Rots p. 15?,
Fs. d'Ox. }6}42 4j/ç, aiuera 88/21.
Rom. de Ren. J292 9870.
Ch, de Roi. 94S. aidereiz ïbid. J557.
J. de BlaivUs 954.
Rom. de Ren. 1 59^1.
Haon de Bord. p. 54, Rom. de Ren.
18048.
habebant aideroîent f/uo/i (^^ Bord. p. jj.
PART, présent 'adiutamis aidans J. de Blaivies 1772 2077.
PART, passé adiuiatum aiuet Ps. d'Ox. lyjc).
Quatre liv. des Rois p. 2f,aidié^ffl(
et Amile 240 275, J. de Blaivies
IJ71 2037, Rom. de Ren. 12068
M73»-
Dial. Gre%. to pape p. ^3/1.
On aura remarqué que le Psautier d Oxford diffère de tous tes textes
en ce qu'il a la conjugaison d'aiuer complète.
Outre CCS formes, on en trouve d'autres^ surtout vers la fin du Roman
de Renart, lesquelles ont été amenées par l'influence de celles qui ont
l'accent sur l'i ; imparfait aïdoit 28071, parf. aida 3579, subjonctif pr6-
sent aidiez 27148, plus-que-parf. aïdast 2799$, infinitif aidier 22904
2697$ 269S} 27201 27213 2721427927 2824J, futur aideront 36728.
futur ADiUTARE HAfiEO aiderai
atrai
HABES airas
HABET aiuerat
aidera
HABETis aiderez
HABENT aideront
Cond. ADIUTARE HABEBAM aidcroie
HABEBAT aideroit
adiutata aidie
434 MÉLANGES
C'est à l'influence â'aidier qu'il faut attribuer le changement d\iiai en
aUj à^aù en aide, puis enfin en aide moderne, et à celles des formes oh
Vi était tonique remontent aier, que je déduis de airai dans les quatre
livres des Rois, et aïdicr fréquent dans le Roman de Renaît.
Les dérivés à'adiutan sont conformes à la conjugaison,
aiudha Serments.
aiude Saint Alexis 107e, Pf, J'Or. 40/} 48/15 59/ii
61/7 70/14 8}, 16 106/13 120/1/2, Ch. de Roi
1336.
aiue Ps. d'Ox. 19/2 21/20, Dia/. Creg. hpapep.-/fiS
17/7/ il 25/21, Sermons de saint Bernard p. J2 1
S 27, Ami et Amile i$i2 1526 17s s» -^^ol 1339
5206 9206 9208, Rom. de Ren. 68, Rec. gén.
defabl. t. I 34/668.
aïe Ch, de Roi. 161g 1732, Camp. Ph. dk Thaûn
1848 2816, Quatre !iv. des Rois p. 6^ 147 152
154 181 296 300 524 }2j 326 340 393 398
414 421, Sermo de Sap. à la suite des Dial.
Greg. lo pape p. 289/32/36/40, Ami et AmiU
1384 2866 2887 2946, J. de Blaivies 2831
30$2 3056, ^10/ 201 3)o6 5400^ Marie de
Fr.j Lai de Gugemer 459 464 754 869 (aussi
eie Lai d*Elidac 1 14), Rom.de Ren. 2577 3453
4196 4Î42 4816 6296 7528, Rec. gén. de
fabl. t. I n/248 16/69.
aïde Ami et AmiU ^60 1819,7. de Blaivies 244, Rom.
de Ren. 4J20 i60o i8$o8, Rec. gén, de jahL
t. I 11/249.
ADiUTABiLis aidables /ïom. de Ren. 900 ).
ADiuTATOR aiuere ouaiuerre Ps.d^Ox. 9/9/3817/2 18/16 26/ 15 J7/9
29/13 )2/2o 45/1 58/20 61/6/8 62,7 69/7
71/12 77/î9<o8/ti 1 17/6/7 ii8/i4;i8 145/4.
aiderrePî. d*Ox. 70/9, d^à\cxQ% Sermo de Sap. p. 290/11.
ADIUTATOREM aiuedur Pj. 4'Ox. 51,680/1.
Les deux infmitifs du provençal, aidar et aiudar, indiquent que la con-
jugaison a cherché à être étymologique, mais les formes suivantes,
recueillies dans la Croisade contre les Albigeois, montrent qu'elle n'y est
pas parvenue :
Indicatif présent aiuda 5281 5282 6096 6608.
Subjonctif prés. aiutzg27s.
aiut 2929 2649 4133 6277 6503.
Impératif aiuda 3080 8633.
CONJUGAISON DES VERBES aiditT^ uraiinuT ET mangter 42 {
aidatz Bartsch, C/ir«/' p. i6i/r6.
aiudau 8708.
Infinitif aidar 2800 2804 ; 1 2 1
aiudar 6230.
En iialien adiutare a donné aiutare ' avec conjugaison régulière, ei
aitare >, dont l'iii est diphthongue, ainsi que le prouvent les exemples qui
suivent, tirés de Dante, Purg. XI 54, VttJ nuova édition Ciuliani XVI
sonnet^ canz. VII str. 2/10, et de Pétrarque, sonnet II, canz. VI str. 5/10,
sonnet LXXXiX et CXCII, et in morte di madonna Laurdj canz. IV sir.
3/6, canz. VIII str. 9/2, auxquels j'ajouterai attando Trionjo délia morte
114. D'après Diez, Et/m. Wart., s, v. jyufo, on prononcerait aifâre. En
revanche la diphthongue se partage en deux et Vi reçoit l'accent, quand
il était sur Vu en latin : aïta = adjutat Dante, Purg. IV i îj XI i îo,
tant. VI str. 1/8, Pétrarque 5on. XII, canz. I str. 1/15, canz, III str.
i/?, wn. XXXII, canz. VI str. 5/11, m. LXXVIIÏ, wnz. XVI str. i/j,
son. CLXI et CCI, = adiutx tara, a Cola di Ricnzo str. j/6.
ARAlSmER.
Nulle part ce verbe ne se rencontre avec la conjugaison théorique ou
étymologique.
La tendance à Punité a produit araisnier ou araisonntr^ qui se conjuguent
selon les types admis des verbes réguliers.
Indicatif.
présent araisunei Ch, de Roi. arraisne Ami tt Amile 509, J. de
)f ;6, arraisonne Ami et Amile
4j) 611, aresonne Rom, de
Ren. Msoo, araisone Rom. de
Ren. i8o}6, Marie de Fr.
Lai de l'espine ;62 - areisune
Marie de Fr. Lai de Milun
4M-
parfait areisna Quatre liv. des Rois
p. ii,ardsnadp. }2, arein-
Blaivies 2322, Aiol 1993, ar-
resne J. de Blaivies 208; ,
aresne Rom. de Ren. 4236
20766 2I5Î7, deresne Rom.
de Ren. 1820, desresne Rom.
de Ren. 3868 18624. ^^rrais-
nent Ami et Amile 2 172, J. de
Blaivies 861, desresnent Rom.
de Ren. 8797.
arraisonna Ami et Amile 2991,
ariisonriaHuondcBord.^. }}o,
1. aggiatare que donne M. Groebcr, Jahrbach fùi rom. uad englische Sptachc
und Liuratur^ XV, p. 86, doit (irc une erreur, vu qu'il ne se trouve dans aucun
diction natre.
2. ûiiare, dit Polidori dans le Spoglio délit voci t manurt mcritefoli ii otserra-
liant des S/J/u/i ioita scritli in volgare ne sccoli XIIJ c XIV, Boloena i86î, est
employé encore aujourd'hui i Florence: mais l'ignore s'il a garde son ancienne
conjugaison.
426 MELANGES
nad p. ^i^iTTdisnaJ. deBlai' araisona Rom. de Ren. ;2<>o
vies 875 5001, aresna Rom. 26036, areisuna Quatre liv,
de Ren. 19927 211a). des Rois p. j, Marie de Fr.,
Lai delfresne 4)0.
Subjonctif.
présent aresnies Huon de Bord. p. 99,
Impératif.
araisnies Huon de Bord. p. 7.
Infinitif.
arraisnier Amiel Amile joo 2073 arraisonner J. de Btaivies 4053,
areisuner Marie de Fr. Lai
d*Eliduc J03.
);ij} J. de Btaivies 68 901
21 19 3749; araisnier Haon de
Bord. p. 12 13 26f , Aiol
1989, Marie Dë Fr. Lm de
Graelent 272, aresnier Rom.
de Ren. 4570 61 10 21389,
desraisnîer J. <ff Blaivies222^^
dcsresnicr Rom. de Ren. 7774
205S8.
Gérondif.
arraisnant J. de Blaivies 3M9, arûsonnam Haon de Bord, p. ^9
aresnant Rom. de Ren. 21575. 41.
Participe passé.
arraianié Ami et Amile, 2640, ar- araisonné Ami et Amile 324, Rom.
raisniez J. /if B/a/w>s 8 3 . ares-
mé Rom. de Ren. 577923500
23593, deresniez ibidem 678^
desresnié 6422.
de Ren. 2819 4148, arrason-
nez J. de Btaivies 746, arrai-
sonnez y. de Btaivies 3811,
araisoné Rom. de Ren, 6S94
21730, Aiol 1766, aresonné
Rom.de Ren. 5755, araisuné
Marie de Fr., Laide Craelerit
229.
L'analogie ayani finj par Peinporter, aidier^ mangier et araisnier sont
devenus, selon le terme re^u, des verbes réguliers. Dans les deux pre-
miers ce sont les formes à terminaison tonique qui ont déterminé les
autres ; dans le troisième c'est l'inverse qui a eu lieu, et sans* doute que
l'influence de raison a été pour quelque chose dans la perte de araisnier^
comme aussi dans celle de raisnable et raisnablement . Mais si le français
moderne, par amour pour la régularité, n'a plus la variété d'autrefois,
la conjugaison de mena neritare dans la Suisse romande la présente
jusqu'à ce jour : l'indicatif présent est merètu mérite meute merèten ma"'
tâde merêtan.
CONJUGAISON DES VERBES aidier, araisnier et mangier 437
MANGIER.
Les pays de langue romane, hormis l'Espagne qui a corner, ont rem-
placé EDERE et coMEDERE par manducare, dont le sens a dû être le
même dans le laiin populaire, vu son emploi fréquent prouvé par les
nombreux passages recueillis par Rccnsch. Itala und Vtilgatat p- 2 1 4-2 1 j .
Aussi dans VEpistuh Anîbimi ad Tbeudericum regem Francoram ', si pré-
deusc pour l'étude du bas-latin, est-il rare de trouver comeoere, tandis
que MANDUCARE se rencontre à chaque page.
Mais si l'origine de mangier mangiare^ qui remonte à manducare pr
l'intermédiaire mandUare Icomp. il. ginrpro JÛNiPERUMetprov. com//ïd/),
n'est pas douteuse ni difficile à éclaircir, la lutte des personnes accen-
tuées sur l'a avec celtes dont la terminaison porte l'accent a été la cause
de plus d'une méprise, ainsi qu'on peut voir par l'article que Diez a
consacré à ce verbe.
Théoriquement voici ce qu'aurait dû Ôtre en français et en provençal
le présent de l'indicatif et du subjonctif de manducare :
manduî
manduc
roanduîz
mandutz
manduies
mandugas-duias
manduis
mandutz
manduic
manduga-duia
manduist
mandutz
manjons
manjam
manjons
manjem
mangiez
manjatz
mangiez
manjetz
manduieni
mandugan-duian
manduisent
manduzen;
et voici quelle en est la conjugaison d*après de nombreux textes qui ne
permettront guère d'importantes modifications :
^Indic. prés^ MAC4DUC0 mangu' Aiol 8623. Rom, deRen. 2^309.
mengue Mot 9123, Bartsch CkrtsL f 294/ 1 1 .
menjus Rom, de Ren. 4^78 28164.
WANDUCAS manjues Quatre liv. des Rois p. j.
mungiiiei Mystère d'Adam Bartsch ChresU*
Si;22 (corrigé mal à propos en manges].
mainjus Sermons de saint Bernard^ p. 5 ^6.
WANDUCAT roanjuet Cump. Ph. de ThaOn 149? et Bes-
tiaire Bartsch Cbrest.i-jTl^i, Dial. Greg.
lo pape 41/1.
menjuc J. de i'iaivies içij 1520, Rom. de
Ren. 3Î9I 2439 4^85 4Î97 7248, Rec.
I. AnaJotj gratca cl ffraccoUtina. Mitttihngtn aas HanJschnfien :ur Ceschichie
dcr eruckuthai Wissenschajt, von D' ValentinRusE. ZwcitesHcft. Berlin, 1870,
p. 6i-o8.
3. L emploi indiJTércnt de ^ ou de / prouve que le son n'était pas guttural.
^^^4^8 ^^^r
MÉLANGES ^^^^^^^^^^^^^^^H
^^^ ^^^v
^^n. J? /aW. t. I iç/42 17/22 24/784. ^M
^^^■^
écrit aussi mengue Huon de Bord. p. 1 oS ^H
^^^^K
124 146, et Rom.de Ren. i6{29 i6s99- ^|
^^^^H
nienjus Rom. de Ren. 10215, m^n\ux ibidem ^K
^^^^^1
(en rime avec aiut) 2^97. ^H
^^^^H
manjuns Quatre liv. des Rois p. Sj. ^^^H
^^^^^H
menjon Rom. de Ren. 28094. ^^^^|
^^^^^H
mangiez Ps. i'Ox. 126/). ^H
^^^^m
mengiez Ami et Amile )}35, Rom. de Ren. ^H
^^^^^H^
^1
^^^^^Hh manducakt
menjuent Ami et Amite 2:^4;, J. de Blaivies ^H
^^^^^^^
J94, /?om. de Ren, ton 4389, Afc. £«'/>. ^U
^^^^^^^H
defahL t. I 8/141 9/6^, écrit aussi men- ^|
^^^^^^P
guent Huon de Bord. p. 204, Rom. de Ren. ^^Ê
^^^^^^^^
1009. ^^^H
^^^L^ imparfait manducabam
manjowe P^. ^'Ox. 100/7. ^^^H
^^^^^
menjoîe ou roengoie Rom. de Ren. i^ooi ^H
^^^^1
13004 16802. ^^^H
^^^^^H MANDUCABAT
manjot Pf. d'Ox. 40/10. ^^^H
^^^^m
manjout Qujrrc liv. des Rois p. i (8. ^^^H
^^^^m
mdngievci Sermons de saint Bernard p. 537. ^^M
^^^^H
menjoit J. de Blaivies 2498, mengoii Rec. ^H
^^^^V
gin. defabi t. I 38/18. ^^^^Ê
^^^^1 MANDUCABATis mengiez Rom. de Ren, 9}ëo. ^^^^
^^^H
mangiez Aec. gén. defabi. t. I 17-122. ^^^H
^^^^^H MANDUCABANTmanjowem Cant. Hab. 56. ^^^^|
^^^^H
manjevem Serma de Sap. 294/40. ^^^^H
^^^^H
nanjoient Rec. gén. defabi. t. I 8/14. ^^^H
^^^^^1 parfait manducavi
manjai Quatre liv. des Rois, p. p. ^^^^|
^^^^H
mangâi Rom. de Ren. 14414 1S841. ^^^^|
^^^^F
menjai J. de Blaivies 1811, Rom. de Ren. • ^H
^^^^^1
30^6 4171, écrit aussi mengai4i30 4i42. ^H
^^^^^^^^
manget Passion ma, mnnged 113c. ^U
^^^^^^H
manjat Ps. d'Ox. 68/12, Cump. Ph. de ^U
^^^^^^H
Thaûn jh, Sfrma de Sap. p. 294/28 ^|
^^^^^^H
29)/ 1, manjad Quatre Hv. des Koû, p. 49/ ^H
^^^^^^^K
160 }ii }2o, Ps. d'Ox. io4/3;imanja ^U
^^^^^^^B
écrit aussi mangia Ps. d'Ox. 77/29/^0/69, ^H
^^^^^^H
Quatre liv. des Rois p. 48/1 ii . ^H
^^^^^^^^H MANDUCAViMus manjames Quatre liv. des Roîs p. ^69. ^H
^^^^^^^^K manducaverunt mangèrent Pi. d'Ox. 21/32, Quatre Uv. des ^|
■
Rois p. 368 J72, mangierent Ps. d'Ox, ^H
^■■i
^^^^STj^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^ê
^^^^^1 CONJUGAISON DES VERBES aidicr^ araisn'uT et mangier 429 ^^^|
^^^P
77i}i 7^/7 i0 5/^7> Q.''^''^^ iiy- detRois ^^^|
■
P- P9- ^^1
1 SUBJ. prés* MANOUCEM
mengue >lio/ 9692. ^^^H
^ MANDUCES
^^^H
^^K
majuce Quatre liv. des Rois p. 49. ^^^^H
^^^L
rnenjuce Rom. de Ren. 12007. ^^^H
^^^H^
menjust Rec. gén. de fabi t. 1 11/34/318. ^^^|
^^^^H MANDUCCMUS
manjum Qudirf /iV. des Rob p. )i 1. ^^^H
^^^^^P MANDUCETIS
Voir [Impératif. ^^^H
^^^^H NAMDUCENT
manjuceni Ps. d'Ox. 26}^ 67/;. ^H
^^^^H
meniusseni Ami et Âmile 17^4, menjucent j4ac. ^^^M
^^^^K
et Nie. p. 26S. ^^^1
^^^^H UANDUCASSEMmanjasse QuaUt Uv. des Rois p. 387 288. ^^^|
^^^^^^ manoucasse;
> manjasses Quatre liv. des Rois p. 289. ^^^H
^L pl.-q.-p. MANDUCASSET manjast Cant. Moysis iS, mangast Huon dt ^^^|
^H^
Bord. p. 287. ^^^H
^^^^H
manjaisi Sermo de Sap. 27^/19. ^^^H
^^^^^
menjast^lmi et Amile 1606, /ïom. de Ren, ^^^H
w
1 0 j 2/49Ô8. ^^^H
1 Impératif manduca
manjoue Oij/. Grég. h pape p. 8/18. ^^^H
ft
manjue Quatre liv. des Rois p. ^20 j^o, JV/i- ^^^H
^^L
tcred*Adam Bartsch ChresJ.i âi/}6 82/26. ^^^H
^^^^B"
mengue Huon de Bord. p. 214. ^^^H
^^^^B
manju Sermo de Sap, p. 297/1 $. ^^^H
^^^^H HAHDUCEMUS
mangons Aioi 6034. ^^^H
^^^^f
menjons Rom. de Ren. 22;^ 2126. ^^^|
^^^^1
mangiez Quatre liv, des Rois p. 1 1 1 . ^^^|
^^^^H MANDUCATE
mengiez >lni/ et Amile 2287, J. de Bhivies ^^^H
^^^^P
151)^ Rom. de /<f/t.4jS3 920^ 13824, Rec. ^^^H
^^Ê
gèn. defabl, t. ] 24/772. ^^^|
^^^Tnfinitif MANDUCARE
manger Passion 23 c, manjar 26 c. ^^^^
1 •
mangier 5amr /I/ncif 51 h, Ps, d'Ox. 101/ j, ^^^H
^^b
Quatre liv. des Rois p. 27 30 48 77 80 1 1 1 ^^^f
^^^^H
iij 1)3 155 ij6 160 223 288 322 330 ^^^1
^^^^^
3S6 360 379 409, Dial. Greg, h pape p. 8/ ^^^|
^^^^p
i<^/i7 )7/4 >9/i7i ^^'''"0 ^^ ^<ip- P- ^9j^2, ^^^1
^^^^H
Huon Jf Bord. p. 9 120 24Ô 279, écrh ^^^H
^^^^p
aussi manjier Ps, d*0, 58/12 77/28 et ^^^H
^^^^1
manger Ch. de Roi 2542 2659, Voyage de ^^^H
^^^^B
saint Brandan 4)0/697. ^^^H
^^^^1
mengier Dial. Creg. h pape p. 40^24, Ami et ^^^B
■
Amile i07r 1081 1612 308S 2318 2613 ^^^|
4J0 MËLANCeS
26$2 2657 2688 269$, J. de Blaivies 60
Î58 564 733 841 1347 lîss M63 1540
• 1542 2917 3)60 40 j2, Haon de Bord. p. 2
$ 9 11 15, Rom. de Ren, 29 j 994 1079
2121 2390 2864 ?o;i, Rec. gin. defabi.
4/112 J/241/2S76/8 7/41/54 '6/I9Î 17/
5î/8o/9?/97 »8/îo/so.
Fuliir handucarg HABEO mangerai P5. ^'0. 49/14.
menjerai J. ii« Blâmes 1819^ mengerai //uon
(if ffor^. p. 2}^ Rom. de Ren. 7241.
HABEâ mangeras Pi. if'O. \ 2") j^, Quatre liv. des Rois
p. 150, menjeras fiom. df /Im. 6591.
HABET mangerad Quatre liv. des Rois p. 30 48 49
I jo, mangerai Camp. Ph. de Thaun 999,
Quatre liv. des Rois p. $61.
HABEMUsmangeruns Quatre liv. des Rois p. 59.
HABETis mangerez Saint Brandan 990.
HABENT mangcrunt ou manjerunt Ps. d*0. 21/ 28,
Ch. de Roi. 1 7 5 1 , Quatre liv. des Rois p. 50
228 292 )o6 3^2 361 )68.
MANDUCAREHADEBAM mengereic Quatre liv. des Rois p. 287.
mengeroie J. de Bîaivies 726^ Rom. de Ren,
^oj2 40S6 41 ^4.
habebamus mangeriuns Quatre Uv. des Rois p. 369.
PART.prés.MANDUCANTEM manjanl Pi. d*0. 41/î 105/20.
MANDUCANTEsmangianz Quatre liv. des Rois p. 1 16^ manjanz
ibidem p. 361.
PART, passé MANDUCATUM manjed Passion 26 a, manged Quatre liv. des
Rois p. ^, mangied ibidem p. 49 1 1 1 115.
roangié Quatre livres des Rois p. 119 289^
Ami et Amile 1 1 $6
raengié Ami et Amile 2^11 ?259, J. de Bîai-
vies 2108, Rom. de Ren. 444 98^ 2^28
24;) ^987 4018 4t22 4127 4341 cic,
Rec. gén. de fabl. i. I 4/185 8/143 1 5/1 $1.
La tendance à amener de l'harmonie dans des formes qui, éiymologi-
quement, ne pouvaient fttrc que différentes, a produit d'une part manjut
et enfin mange, d*autre part les infinitifs normands moujoaer et manjusser
cités par Dicz EW. s. v. mangiare.
En provençal on a dû avoir une conjugaison semblable, quoique je ne
connaisse aucun texte qui la présente avec la même régularité. La void
CONJUGAISON DES VERBES didUr, araisfiier et mangier 4)1
du reste telle que j'ai pu l'établir au moyen de la Croisade contre les Albi-
geois et de quelques autres textes.
Indicatif présent manduia Saint Jean, chap. Xlll 18, seule forme par-
faitement étymologique du domaine de la France.
manjuia' Trad. de Bède^ fol. ^4, dansle/fxi^uf ro/n^n
de Raynouard.
manja Crois. 436;.
manjam 444}.
manenjon 29S0, manejon 4637. Comp. l'iof. valaque
mtin^ncà.
parfait manjem 4638.
Subi. présent maneni464!.
manjuc Bartsch Ckrest, * p. 921/48.
manjem 4640.
raanjetz 80 87.
plus-que-parf. manjesso 5516.
Infinitif manjar 4641 46^1 7^96 S$54, dans d'autres textes
menjar qui est la forme catalane. Quant à manHajar
et manjugar dans le Glossaire de la Chrestomatkie
de Bartsch, je doute qu'on parvienne jamais à les
trouver.
futur manjarem 4095 ,
part. parf. passif manjai 2981 46^7 46^2 6991.
Les quatre infinitifs de Titalien, manî^iare manicare manucare manducare^
fournis par les diaionnaires. sont une preuve de la lutte qu'il y a eu
entre les formes accentuées sur l'u et celles accentuées sur Va.
Disons en passant que le Rilmo cassinese, Riv. dijd. rom.f II, p. 92-9^,
offre une singulière aliemative entre Vu ei 1'/. Le premierse trouvedans
manduca ;8, quand l'accent y repose ; le second dans mandicate ;o ^7
et mandicare 43 où l'i est protonique. Aussi manacare est-il peu certain ;
du moins tous les exemples cités dans te Dit. délia lingua italianat 60I0-
gna 1819-26, ont Va accentué.
L'ancien français a dans la première syllabe de mandacare une parti-
cularité qu'il importe de noter. Tandis qu'elle s'est maintenue sans chan-
gement dans la Passion, ta vie de saint Alexis, le Psautier d'Oxford, la
Chanson de Rolland, le voyage de Saint Brandan, les ouvrages de Phi-
lippe de Thaûn, les Dialogues Grégoire lo pape, te Sermo de Sapientia,
Floireet Blancefîor, les Sermons de Saint Bernard ont maingier, et mai-
I. Cn deux rxetnpies contredisent ta règle donnée par Diez, Cramm.^ I,
p. 24) (trsd. 127), que après u U gutturale ne se fond pas en i.
4)2 MELANGES
gûr est la forme ordinaire d'Ami et Amile, de Jourdain de Blaivies, de
Huonde Bordeaux, du Roman de Renard.
On peut d'auiant moins penser à une simple variante orthographique
sans importance pour la prononciation que le wallon de Mens dit main-
g€T 'Sigart], le picard minger (Corblct), le patois du Ban de la Roche
maindgêy celui de Lunéville maingi lOberlînl, celui de ta Baroche mindzi,
celui de Montbéliard ei de Delémont maindgie (ContejeanJ, le bourgui-
gnon (La Monnoye) maingé ivoir encore d'autres formes dans Linré) ;
que les dialectes franco-provençaux ont soit m'mgU Anniviers et Héreus,
meindji Véiroz et Gryon, mindzi Val d'Uïiers ei Sainte-Croix, soit migié
Grenoble, m'tdzer Sembrancher [Emremontl, midzl Ormonts dessus,
Montreux, Pays d'Enhaut, Estavayer, Saini Cierge, Jorat, Orbes, Mar-
chissy et Vallorbes, mczi Commugny [environsde Genève), mtdjl Gruyère,
Locie et Saint-Imier, m*djî Valangin, où la chute de I'/j, que nous trou-
vons aussi dans moitdgi du patois des Fourgs (Tissof , est difficile à expli-
quer (on peut se demander si mourlyî, mâcher en patois foréuen (Gras),
est le mime mot).
Comment faut-il se rendre raison de ce changement tout à fait anor-
mal de l'a en e ou i? Il est probable que nous avons affaire à une
ancienne loi d'assimilation, d'après laquelle l'a serait devenu e ou i sous
l'empire de i'i suivant, c'est-à-dire que manducare^ après s'être changé
en mandicarc, aurait passé à 'mcndican d'abord et puis, l'i continuant
à vivre et à exercer sa force, à "mindicare '.Il en a été sans doute de
même d'amaisnier.
J. Cornu.
IV.
MANJAR.
J'ai eu Pan dernier à étudier de près la conjugaison du provençal
manjar^ à l'occasion des formes de ce verbe qui se présentent dans le
poème de la Croisade albigeoise, que j'expliquais alors âl'une de mes
leçons du Collège de France, J'extrais de mes notes de cours les obser-
vations suivantes qui confirment et complètent les recherches de
M, Cornu.
L'irrégularité apparente de la conjugaison de ce verbe en ancien fran-
çais et dans quelques anciens textes provençaux a pour cause, ainsi que
Ta montré M. Darmesieter dans son travail sur la protonique en fran-
çais', un changement de place de l'accent, qui dans mandùco est sur
l'u, et dans manducdre sur la voyelle qui suit l'u. Vu atone de manducare
1 . Là dernière de ces modiôcations peut être récente.
2, Romania, V, i jj.
MANMR 4]^
disparaît, non pas, comme le titre du travail de M. Darmesteier donne-
rait â le croire, parce qu'il précède ta tonique — c'est là une circons-
tance sans importance dans la question, — mais parce qu'il vient après
une syllabe tonique : mànducârt^ comme tous les paroxytons de quatre
syllabes ou les proparoxytons de cinq, a deux accents', et, selon la
régie, toute voyelle qui n'est pas un a ou que ne maintienlpasun certain
concours de consonnes doit tomber après toute tonique. De là mànducdre
{devenu mdndugàrt dans le parler vulgaire! donnant manjar, tandis que
manddco donnait mandtic. C'est du reste l'explication à laquelle arrive
M. Darmesteier dans la conclusion de son article.
En français les formes avec u tonique ont eu beaucoup plus de vitalité
qu'en provençal. Les très-nombreux exemples rassemblés par M. Cornu
ne dépassent pas le xui' siècle, mais on en trouve à foison jusque vers
la 6n du xv^ siècle '. Ce n^est guère qu'au xvt" qu'elles disparaissent par-
tout devant les formes créées par analo^e avec l'infinitif mangUr.
En français encore il est à remarquer que les formes ayant Vu ont subi
l'influence des formes qui ne l'ont pas, en ce sens que pour manducat on
disait non pas mandue^ mais manjutt à cause des formes manjons, man-
gieff etc. [mand^gamus^ mand'gare). On va voir que le même fait s'est
produit aussi, mais exceptionnellement, en provençal. En provençal, les
formes que je connais dans lesquelles l'u latin s'est conservé ou a laissé
une trace, sont les suivantes :
Manduco :
Lo pan del loi
Caudet e mol
Mandat e lais to mcu frezir.
(MARCABBUït, D'aisso lau Deu.)
Manducat :
Cht mandûja lo meu p&... (trad. limousine des cb. XIII-XVII de S. Jean,
XIII, i8^.
I . G. Paris a établi ce lait expèrimeaialcrnent par l'étude de U poésie rhyth-
mique : < Un mot lattn de cinq syllabes qui a l'accent sur la troisième, jura ce
■ que j'appelle l'accent sccondairt sur la première et la cinquième, tandis que
■ la deuxième et la quatrième seront sensiblement plus (aibles. » Lettre à M. L.
Cmtkr sur la vtrsificcitQn latine rhylhmique, dans U Bibl. de t'Ec. des ch. 6, I!
(i866| ^84. Depuis lors M. Thurôt a publié dans les Comptes-rendus de l'Aca*
demie des Inscriptions, 2, VI (1870), 266-70 un petit traité de versification
rh^ihmique qui constate 1 existence d'un second accent dans les mois d'une cer*
tame longueur.
3. Voici un exemple du milieu du XV* siècle environ : « Le chiel doit faire
• boire et mangicr aucuns chevaulx et gens de sa compaîgnie pour mieux ferir
* sur ses ennemis avant qu'ilz se parchoivcnt, comme quant ilz niûngûent ou
i« dorment • (B. N., fr. )9)o, fol. 9). On trouvera plusieurs exemples de ce
vème mtngûe dans le Passettmps d'oisireti de Robert Gaeuin, pièce datée de
M489 (Monuiglon, ilrtf. poisus fr.^Vw, 2j2, 242, 2^^, 264).
3. Il est A noter que ce même document présente un autre exemple d'un verbe
/iommia, VU iS
4M MÉLANGES
B, Menuga-honu, citoyen d'Agen mentionné dans une charte de i2]{ (Magen
et Tbolin, Archives municipates d*Agcn, I, n* xxvit).
Eveia manjuja lo cors d'orne (trad. du Likr scintillarum, n^. fr. 1747, fol.
34. — Cilè dans \eLex, rom.y IV^ 147).
Mtinducant :
E manenjon e bevon li pauc el majorai.
(Chanson de la Crois, albig. v. 2980.)
Que to Tust e l'cscosa maneion volonlier.
(/W. V. 4627.)
Manducet :
Seiaer, ère mangust qui mangar vol !
(Gir. de Rouss., ms. d'Oxford, fol, 127.)
Senhor, era manjuc qui mengar vol 1
(/(/, ms. de Parisi v. 6409,)
Be vueih manjuc i\\ platz.
(Amanieu deCescas, Bartsch, Chrat. prov., }• éd., )28/l2.)
D'aqui enan mantnc cascus son companhier.
(Crois, albig. v. 4641.}
Parmi ces formes, deux, manduc et manduja, reproduisent pleinement
le type latin; deux autres, manjuja et manjuc, manifestent, comme le
français « je man/'u, tu manjues^ » etc., l'influence des formes md/ï/<jr,
manjam^ etc. Mangust {où le c de manducet est traité comme spiramej,
dans le Cir. de Roussilhn d'Oxford, est une forme plutôt de langue
d'oui que de langue d'oc. Enfin les formes que nous trouvons dans le
poCme de la Croisade, manenjon ' et manenc, présentent trois faits phoné-
tiques : 1" le i est tombé; 2" Vu est devenu e; )» un n a été intercalé.
Le premier fait, la chute du d dans Je groupe n d entre deux voyelles,
est, comme on sait, régulier non-seulement en catalan, mais dans toute
la région des Pyrénées ^ On en trouve aussi des exemples isolés dans
tout le domaine de la langue d'oc; ainsi Vindasca est devenu Venasi\ue
(Vauclusel, et le Thoronet (Var) s'appelait autrefois Torondet. Le passage
d'u à ir et l'inlercalation de Vn \mand\jcant ~ man^^jon) sont vraisem-
blablcraent des faits connexes, et c'est l'addition de l'/ï, fait comme on
sait très-fréquent (cf. nengun^ mînga, engfi!, etc.], qui aura amené le
passage d'u k eK
où le thème se modifie selon la place de l'accent : cosmei {consummavi), XVII, 4;
cofmat iconsammati). XVM, 2?. Les exemples cités par Raynouard, Ltx. rom. V,
261, présentent la forme savante, avec u partout.
1. Il y a une tois manenjon et une autre fois manejon, mais il y a lieu, je crois,
de restituer \*n dans le second cas.
a. Voy. Romania, ÏII, 4^\-G.
j. M. Cornu rapproche le manenjon, mancnc, de l'infiritif valaque mtnltui.
Le rapport de formation avec miniaca, j" pers. du près, de l'ind., est frappant,
mais rexistence de l'infinitif minincù n'est pas démontrée. Examinant à ce propos
BUTENTROT 4J5
Il csi à croire qu'en provençal les formes refaites par analogie sur
manjar, manjam, etc., ont été de bonne heure employées concurrem-
ment avec les formes étymologiques : le poème des Albigeois a déjà manja
{mandùcat], v, 4)6}, et bientôt celles-ci disparaissent tout à fait. Le
fragment limousin de saint Jean mis à part, on ne le rencontre dans
aucune des traductions méridionales de la Bible, et des troubadours du
commencement du xiii« siècle font usage des formes analogiques ; ainsi
Sordet, dans son célèbre planh sur la mort de Blacas (i 3 ;6) a mange^ et
non pas mandtic ni manjuc*
P. M.
V.
BUTENTROT. — LES ACHOPARTS. — LES CANELIUS.
I. — BUTENTROT.
A.
On admet généralement que la chanson de Rolant ne contient aucun
souvenir des croisades, que noumment la liste des peuples barbares qui
forment l'armée de Baligant < semble bien porter les caractères d'une
la version du Nouveau Testament (le me sers d'une édition de Bucarest, t8j9)
)c ne trouve d'autre infinitif que m!ncà Matli. VI, j^, ïi ; XII, t, XV, 20; et
en général \*u du type latin disparaît toutes les ioh qu'il est atone, absotumeot
comme dans les autres idiomes romans ; ainsi au cérondif mlndnd imânJo-
cândo) Msth. XI, 18, 19^ 3u part, passé mincai, XIV, 20; à l'imp. de l'ind.
mincasc {inandacûsid\ XI V, 21, etc. Par contre, là où lu du type latin est
Ionique, il est représenté en roumain par f/i, ainsi mlnlncà {mandùcaî, manditcant)
IX, 1 1 ; XV, 2 ; sa minlnc (mandaccm) XXV, 42 ; sa mininu {manduccni) XIV, 16.
Il n'est donc pas impossible que les lexicographes valaques aient imaginé sur ces
dernières formes un infinitif fnj'/rincJ, comme en français nos lexicographes avaient
fait %iïT paroU l'inf. paroUr, définitivement expulsé par M. Cornu, comme moi-
même j'ai eu le tort de faire sur le mantnion du poème des Albigeois un iaf.
maneniar que j'ai introduit dans le vocabulaire de mon édition. M. E. Picot,
qui a bien voulu, i ma demande, faire sur ce point quelques recherches, n'a
rencontré cet inf. minincù que dans quelques dictionnaires ; le Uxuon imprimé
à Bude en 182^, le Waiicniscb-deatsches Wartirbuth d'Iszer 18^0, puis dans le
Dict, d'ixym. daco-romant de M. de Cihac ; tous ces ouvrages donnant en outre
l'inf. mtncà. Mais il esta remarquer que cette dernière forme seule est enregis-
trée dans le dictionnaire de l'académie de Bucarest.
Il y aurait lieu aussi de vérifier l'italien ntanucare, manicare, donne par les
dictionnaires^ non que ces formes soient en elles-mêmes impossibles, puisqu'elles
sont fondées sur l'analogie, mais parce que tes auteurs de dictionnaires se lais-
sent tout naturellement entraîner i les créer. Elles peuvent assurément avoir
existé djns l'usage tout aussi bien que l'ancien français amr que M. Cornu ne
paraît connaître que dans le Psautier d'Oxford, mais qui se rencontre souvent
ailleurs : ainsi dans Benoit, Chron. des ducs dt Sormandit^ on trouve aiuer en
rime, v. 4162, et dnns une charte poitevine de 124^ qui fait partie des fac-
similés de l'École des chartes; c E avom renuccié ... a totes costumes qui nos
• poireent aiuer a venir contre icest fait. ■
4)6 MÉLANGES
rédaction antérieure aux croisades • ». Cependant il y a dans cette liste
un nom qui ne peut guère avoir été connu qu'en Orient, c'est Butentrot :
La première (acbiiU) est de cels de Butentrot (v. 3220).
M. Fr. Michel au glossaire de son édition '1837), après luî Génin et
M. L. Gautier, celui-ci avec deux points de doute bien justifiés, pro-
posent l'ancien Bathrotum > en Epire, qui ne convient guère pour ta forme
et qui d'ailleurs ne paraît pas être un lieu duquel Phistoire ou la fiction
aient pu songer à tirer des populations sarrazines. Butenirot, avec des
variantes graphiques, est une vallée située en Cappadoce près du Taurus,
à l'est d'Eregli, l'ancienne Héraclée. C'est dans ia vallée de Butentrot
qu'après la bataille de Dorylée Tancrède et Baudouin, marchant en
tête de l'armée, se séparèrent, le premier se rendant à Tarse par la
passe de Gulek Boghaz, les PyU CilicU des anciens, le Cougiag des
Arméniens, la Porta Judas d'Albert d'Aix i.
Voici les principaux textes, je néglige les historiens dérivés :
Gtsla Francorum. Iltic divisit se ab aiiis Tancredus M^irchisi iilius et Baldut-
nns comcs, frater ducis Codclridi, sirrjulque Intraverunt vallcm de Botrntrotk:
divisit quoque seTancredus, et vcnit Tarsum cum suis militibus (IIIj i); Histor.
occid. des crou. III, 1 }o|.
Raoul db Caen. Ipsc (Tancredus)... Bytiniam transvolat, Tauros montes,
Butroti valles, has baratro, illos polo contiguos, percurrit(xxxiv, Histor. oic. III,
630).
ALnEflT d'Aix. Tancredus, qui pr^cesscrat, et regiam viam tenebal versos
maritima, prier Baldewino fratre Ducis, per valles Suoffnrror, superatis rupibus,
per porlam qux vocatur Judas, ad civitatem quz dicîtur Tharsis, vulgari Domine
Tursolt, descendit (III, v; Histor. occid. dts crois. IV, Î42*).
Dans la littérature en langue vulgaire, la seule mention qui me soit
connue de cette vallée, en dehors du Roiant^ est fournie par la Chanson
d*Antioche de M. P. Paris, I, 166,
Le va! de Boientrot en sont outre passé.
Elle est prise soit à Albert d'Aix, soit à une source commune à Albert
et à la chanson.
Guibert de Nogent, qui pour la première croisade n'est guère un his-
torien original, semble indiquer que Butentrot est un nom de la langue
du pays, « vallem quamdam quam Botemtroth vocitant ea lingua » (III,
XIII, Histor. occ, IV, 164). Ilaprobablement raison; mais cette remarque
vague ne nous apprend pas si ce nom était originairement arabe (ce qui.
I. G. Paris, Romania^ II, jjo.
3. BiUolhram, chez M. Gautier, est un lapsus.
j. Voy. Hist. des crois.. Documents arminiens, [par E. DuUurier], p. J 1 , note.
4. Ce volume est sous presse et sera prochainement public.
LES ACHOPARTS 4J7
par ta forme, ne semble pas probable) ou byzantin. Les Byzantins dési-
gnent la vallée en question par le nom de la ville qui y était située,
Dsîonîit;^ raainienant Annacha-Kalessi ■. Il paraît peu probable que les
pèlerins qui se rendaient en Terre-Saime avant 1095 aient suivi cène
voie, d'où la conclusion que Butentrot dans la chanson de Roland con-
tient une réminiscence de la Croisade.
Il n'en résulterait pas nécessairement que le poème entier soit postérieur
au temps où les premiers récits de la marche de Tancrède et de Baudouin
ont pu arriver en Occident, c'est-à-dire â 1 098 environ ; on a vu dans
la Romania, VI, 47^, que, par des moi\h assez faibles du reste, on a
essayé de montrer que l'épisode de Baligant était originairement étranger
à la chanson de Rolani.
P. S. — Les éléments de cette note ont été rassemblés il y a plusieurs
années, lorsque je travaillais pour l'Académie des inscriptions à l'édition
d'Albert d'Aix, et la note elle-même était rédigée lorsque j'ai eu connais-
sance de la deuxième édition de la chanson de Roland de M. Th. Millier.
M. Mùller y a rapproché, — ce qu'il n'avait pas fait dans l'édition de
1S6), — le BuUntrot de RoUnt de celui de la Chanson d'Antioche. En
outre il cite deux leçons Itirées l'une du ms. de Paris, l'autre du ms. de
ChMeaurouxj où Judas est mentionné à propos de Butentrot, dont le nom
est d'ailleurs fort défiguré :
Cbatbauboux : La première est de cels de Boteroz
Dont Judas fu qui fd estoit et orz.
Pabis : De Butancor furent tuit li premier :
Judas i Tu, qui fist iceuls guier.
Je ne sais si l'explication que M. Muller donne en note de celle cir-
constance est bien fondée : je rappelle que dans Albert d'Aîx la passe
qui conduit de la vallée de Butentrot vers Tarse est appelée Porte de
Judas.
IL — LES ACHOPARTS.
Les Achoparts ou Acopart' sont des barbares de l'Orient qui figurent
en plusieurs chansons de geste. Ainsi dans La chanson d'Antioche :
De l'cspèe tranchant feri .j. Acoupart (I, 1 19).
Quatre mil Achopan droit encontre lui 2 (I» 212).
Quant au rescourre vinrent Persant et Acopan [\\, 246).
1. Voy. Historiens grtcs da troisaiies^ 1, 112, noie sur la première partie,
14 d; Documents arméniens, p. 649, note 1. — C'est la * mansio OpodanJo »
de l'Itinéraire de Bordeaux i Jérusalem, édit. de la Société de l'Orient latin
{Itinerû et àticriptioius Terra Sancta...^ èà. T- Toblki»).
2. C'est atnsi qu'on imprime, mais on va voir que vraisemblablement on pro-
nonçait soit Aehopart^ soit Açopart.
4)8 UâUNCES
Dans le Covenant Vivien :
As mains les prennent paien et Sarrazin,
121 ^ Turc et Persant el li Amoravi,
Et Acopartj Esclamor, Bédouin.
Dans Mainet (Romania^ IV, 525) :
II, i6ï A lui créât adin Achoparî et Persant.
Dans la chanson des Saxons (I, 96) :
Et li rois Bruscotez do règne as Ascopars *.
Dans la Distraction de Rome {Remania, 11, 8} :
La veîssés meint viautre, maint bracbet descoupler,
98 Paiens et Ascopars as espées juer.
Dans le roman d'Alexandre (éd. Mïchelani, p. 195, v. jj) :
Li messages s'en tome qui des fourriers se part,
Et sist ens el ceval qui le front ot liart ;
Por nient nel querroit ne paien n*Acopart ;
Dans la Geste de Liège là la suite de la chronique de Jean d'Outre^
Meuse, p. p. A. Borgne! I, 6oj], on voit Achopart employé comme
nom commun :
Et si vous ay vengict des Romans achopart (v. 1 1 17).
tt Pour achopés y arrêtés f*, dit l'éditeur. Continuons:
Dans le Bastart de Bâillon :
779 Las ! je cuidai avoir tué un Achopart.
1248 Marbrun \' Achopart.
Sur ce nom M. Scheler fait la remarque suivante, à la table de son
édition du Bastart de Bâillon : « Achopart, nom d'un peuple infidèle,
« synonyme de Sarrazin, Turc, etc. Les trouvères avaient de ces syno-
« nymes pour toutes les rimes w. Il est vrai que les poètes ont employé
ce nom sans précision^ mais il n'est pas moins certain qu'à l'origine il a
été appliqué à des peuplades sauvages originaires de l'Afrique. C'est du
moins ce qui résulte du témoignage d'Albert d'Aix qui nous montre les
Azoparts parmi les troupes aussi innombrables que les sables de la mer,
qui, en 1099, après la prise de Jérusalem, vinrent assaillir les chrétiens :
Gens Publtcanorum et gens nigerrimx cutis de terra ^ihiopix, dicta vutga-
riter Azopart^ et omnes barbera; natlones qux erant de regno Babylonix, tlluc
ad urbcm Ascalona conventum habere slaïuerant (XI, xli ; Histor, occid. du
crois, t IV, 490).
Albert, qui reproduit sincèrement des récits populaires, décrit cette
race avec des traits précis qui forment un portraii tout à fait effroyable:
I. Var. ; Acopsrs^ Achopars.
LES ACH0PART5 4)9
Nam Azopart, qui flexis genibus suo more soient bellum committere, prx-
mi&si, in fronte belli graviter sjgitUrum grandine Gallos impugnavtrunl, tubis
el tympanistnis intonantes, ut tam horribilî sonîtu equos et viros perlerritos a
bclto et tocts campestribus abslerrereat. Habcbant etiam idem AzoparC, vin
horridi el teterrimi, flagella ferrata ac sxvissima, quibus loricas et clipcos gravi
ictu penetrabant, equos in frontibus percutiebant, et sonitum terribilem per
universa agmina Fidcliutn faciebaat (VI, xuti; Hut. occid. IV, 494).
Une troupe de ces barbares s'éiait installée dans des cavernes situées
au sud d'Ascalon, d'où ils attaquaient les pèlerins se rendant à Jérusa-
lem. Dès les premiers temps de son règne, Baudouin I résolut d'en pur-
ger le pays. Le procédé ingénieux, mais peu honnête, qu'il employa nous
a été raconté par Albert d'Aix (Vil, xxxix). Il commença par les enfu-
mer; et bientôt deux d'entre eux se montrèrent. Baudouin («hosiniuens
vires horridos ac squalidos », les fit revêtir de riches vêtements, et ren-
voya l'un d'eux, chargé de présents, auprès de ses compagnons, afin de
les attirer au dehors par l'espoir d'un traitement semblable. Ce qui eut
lieu. Entre temps Baudouin faisait mettre à mon celui des deux qu'il
avait gardé devers lui. Dix des Azoparts se décident à sortir, accompa-
gnés de celui que Baudouin leur avait envoyé. Le roi fait tuer secrète-
ment ce dernier avec neuf de ses compagnons, tandis que le dixième,
richement récompensé par Baudouin, rentre dans la caverne afin de
persuader les autres d'en sortir. Cette fois trente Azoparts se présenieni
à Baudouin qui agit comme précédemment. Il en vint ainsi 220, qui
furent tous mis à mort. Il ne restait plus dans la caverne que les femmes
et les enfants qui, ayant conçu de justes soupçons, se refusèrent obstiné-
ment à sortir. Indigné de cette conduite', Baudouin fit de nouveau
enfumer l'entrée de chaque caverne. Les malheureuses femmes se déci-
dèrent alors à sortir avec leurs enfants, et furent partagées entre les
chevaliers qui, selon Pusage consuni de la croisade, vendirent les unes
et tuèrent les autres.
En 1 10 [, à la prise de Césarée, 500 Azoparts envoyés comme sou-
doyers > par le Soudan d'Egypte eurent la tête tranchée. L'année suivante,
Baudouin se rencontre dans la pbine de Ramta avec les Azoparts :
... Gens intolcrabilis Azopart ... cum fustibus in modom malleorum fcrro et
plunbo compositis, occurenint Régi et suis (IX, n ; Histor. IV, ^^2),
Enfin, c'est par quatre Azoparts que le sultan de Damas, Dahired-Dtn
Toghtikln, fit assassiner l'émir Maudoud ;Alb. d'Aix, XII, xviii ; Histor,
IV, 700}.
Outre Albert d'Aix, le seul historien qui mentionne les Azoparts est
1. € Quapropter Baldcwinus vchcmenleradversuseosindigoatus,..i (VU, lï|.
2. i la conventione solidorum > Alb. d'Aix, VII, lvï.
440 MgUNGES
Tudebode. Après la bataille d'Ascaton, l'émir de Babylone' se répand en
plaintes sur sa défaitCi et énumère ainsi les troupes qu'il avait rassem-
blées :
Hue adduxi innuraerabtlcm nraltitudinem tam militum quam peditum, sdlicet
Turconim, Sarracenorum et Arabuin, Agulanorum et Curtonim, Achuparlo-
rum*(»'jr. Asup-), Azimilorum et aliorum paganorum, quos omoes torpiler
fugere Iaxis frents per viam Babylonicam video (Hislor. occU. III, 1 1 ('6).
Celte énuraération — où on remarquera les Agolans si fréquents dans
nos chansons de geste i — est un développement dû à Tudebode ; car
il y a simplement ceci dans sa source, les Gâta Francorum :
Hue conduxi ad convenlionem ducenta mîllia militum, et video illos Iaxis
frenis fugicntes per viam Babylonicam (Histor. occid. III, 163).
Je ne rencontre pas d'autre exemple du mot Azopan dans les historiens
de ta Croisade. Les écrivains qui se piquent de latinité, Fouchier de
Chartres. Guibert de Nogent et autres, disent j^thiopes. L'auteur de
Vltinerarium Ricardi, à la fin du xii* siècle, désigne évidemment les
mêmes hommes, bien qu'il ne les nomme pas, lorsqu'il décrit^ dans l'ar-
mée de Saladin, cette « gens larvalis, nimis vehemens et pertinax,
« natura deformis, sicut et aliis erat dissimilis animis, nigro colore.
M enormi siatura, feritate immancs, pro galeis habenies in capitibus
« rubra tegumenta, ferreis hirsuias deniibus clavas gestantes inmanibus,
« quarum ictibus quassanda nec cassis resisteret nec lorica*. »
Azopart est visiblement un terme de langue vulgaire en usage chez les
chrétiens établis en Orient ; et il ne me semble pas qu'on y puisse voir
autre chose qu'un mot formé de /Ethiops (AÎÔIo*!*] avec le suffixe art s.
i. Le calife Fatemide El Mosta'li Billah.
2. Var : Asupatorum. Dans la rédaction publiée par Duchesne d'après uo ms.
de Bcsiy (B. N. lat, 4892), ce mol est remplacé par Parthoram.
3. Voy. Chanson d'AnUothc^ II, 1:9; Altscans, v. i8sî, etc.
4. Ed. Stubbs, p. 8j (collection du Maître des Rôles). Cf. Wilken, Guchtchti
der Knaz2ùee^ H, 17J.
5. Peut-être — ceci n'est qu'une coniecture — y a-l-il lieu de rattacher
aux Azoparts, en passant par Ascopûrt, forme qui se rencontre en deux des
exemples français cités plus haut, les Escobjrtz de Cirart Je Roussitton^ aux-
quels personne ne parait s'être intéressé jusqu'ici, sans doute parce qu'on lit
très-peu ce poème difficile. Ils sont mentionnés en trois passages, non pas parmi
les Sarrazins. — il y a très-peu de Sarrazins dans Girart de Roussilton^ — mais
parmi les cootingents amenés i Girart par son cousin Foique :
I* Folche entre en Avignon deverz les jarz,
E lai 0 dcscendi non samble ganf,
0 lui furent der mile de[s] Escohn,
De pros e de(s) hardie e ae(s) gaillarz,
Nuiriz en la montaignc que clol Lonbarz
Qui durel des Provence, des pons de Jarz
Desci qu'en Alemaigne en Bel-regarz,
Aisi con le devis Mons Beliarz.
CHENBUU5, CANINEUS
44»
III. — CHENELIUS, CANïNEUS.
Les ChantUuSy ChâneliaSy CaneliuSt Qaatelius, ne sont pas moins fré-
quents que les Aroparts dans nos anciens poèmes :
I — Rolant :
]2jS La pretnicre est des Canelius, des \ùi,..
{269 Dis Canetiu chevalchent environ.
~ — Aie d* Avignon :
Assez i ol païen et Turc de pute caingne,
1699 Et félons Canclicas et Mors de Morienne.
). ^ Jerusatem (éd. Hippeau) :
74] 1 Chttulcx Dissiez glatir et abaihier...
81 }0 Cbe sont et GaulTrc et Bogre et Chaideu pultenl.
4. Cirart de Roussilhn (ms. d'Oxford, fol. 27) :
Qu*en er vius recréant li Cheneluas^
{Oxi. fol. 1 2 1 } Don Chanelai ».
U y a aussi dans le ms. de Paris du même poème [v. }9)9) :
Si cum fai Sarazis ni Cantneus,
oîi le ms. d'Oxford, pour le second hémistiche, a 0 /(/ tbnus, et de
même le ms. de Londres, 0 fel ibriex.
). Dans une chanson de croisade composée vers 1 146; publiée pour
Li marcheis Amadeus, Pons e Ricarz,
Furent scignor d'aicheste, c Folchc es cari,
Lor cusin es germainz lo cons Girarz,
Fer ço viennent secorre de tantes parc.
(Ms. d'Oxford, dans Mahn, CcdithU, !, 2îi, cf. IV, t. —
Ms. de Paris, éd. Hofmann, v. î 57-48; éd. Michel, p. 18.)
Ce sont, comme on voit, des montagnards habitant les Alpes, cl à une
assez grande dislance la contrée avoisinanle ; les * pons de Jarz > icf. v.
^699) me paraissent désigner le pont du Gard. Le marquis Amadeu est Amé>
aée de Turin, qui tigure ailleurs dans le même poème.
2« Le second et le troisième sont beaucoup moins précis. L'on des compa-
gnons de Girart menace de mort le roi Charles :
Nom poirie caler cauz iust li arz
Ab que l'ogis ocis uns Escohrz.
(Mahn, Ged. IV, îjz; Hofm. v. 4709-10, Mich. p. 148 et
ÎS>.)
j' Ere coït de Girart que trop si tart,
Lai on lo cons encontre los Escobar: .
(Mahn, Gcd. IV, 2^9 ; Hofm. v. 5270-1 ; Mich. p. 166. >
1. Cantfuus^ ms. de Paris, éd. Hofmann, v. 919.
2. Caniiuu, ms. de Paris, v. 6416.
44' MÉLANGES
la première fois par Haupt. et reproduite dans mon Choix d'anciens texies,
partie française, n* ^9, on iit ce couplet :
DcLS livra sun cors a Judeus
Pur melre nus fors de prisun ;
Plaies li ârent en cinq lieus
Que mort sutTrit et passiun.
Or vus mande que ChamUaSt
Et la gens Sanguin le felun
Mult li ont fait des vilains jeus :
Or lur rendez lur gucrrcdun.
6. — Vie de sainte Thaïs (B. N. fr. 24429, f. 146) :
Pour ce qu'il ont leur cuer ou siècle trop endin
Et pire vie mainnent que juif ne Sarrasin,
Et pEus horz ne sont tnlc Chaneliu* barbarin
Por ce les suefîre Diex venir a maie fin.
7. — J. Bodel, Jeu de S, Nicolas (Montinerqué et Michel, p. ï68) :
Li Kenelicu, li Acbopirt,
Tout vegnent garni cestepart...
Va moi par tout semonre Gaians et QueruUex,
8. — Blancandin (éd. Michelant} :
Onqucs rois n'ot si riche broigne ;
Forgie fu en Keneloigne.
408s Ci] qui tu rois des KcneUas
Le présenta le roi des Grios.
9. Rutebeuf, Complainte d'oulre-mer (Jubinal, 2^ édii., I, 1 15) :
D'aulreparl vienent cil de Tharse,
El Coramin et ChcnitHer
Revendront por tout escillier.
10 : Peire Vidal, dans une pièce composée vers 1 187 (édit. Bartsch,
n** j), cf. p. xxxiii] :
Quel Sarrazi, desleial Caninca,
L'an tout son regn' e destruîta sa pieu.
) I . Aimeric de Bclenoi [Ja n'er crezuiz) :
Pc!s fais desfaitz pejors que Caninetu
12, — Raynouard, Lex. rom. II, 306, rapporte cet exemple tiré de
l'ancienne traduction provençale du Nouveau Testament contenue dans
lems. Bibl. nat. fr. 2425 : et era caninera, qu'il traduit de l'étrange façon
que voici : u Elle était aimant les chiens », ce qui est d'autant plus sin-
gulier qu'il renvoie au ch. VII de S. Marc où on lit (vers a6) : « Erat
I. Chtniia dans le ms. 2162 fol. 109c.
CHENELIUS, CANtNEUS 44;
mulier gentitts ». Je crois que caninera est le féminin de canma '. Nous
sommes sur la voie : l'exemple suivant précisera l'étymologie du mot.
I ). — Abrégé d'histoire sainte, texte provençal (Lespyei Raymond,
Récits d'histoire samtt en béarnais^ I, 1876, p. 142) :
E eoviiiray ti .j. angel per govemador ticu, [c fara fugir] los Camnitas t los
Amorieus e los Cercleus, los Parizieus^ los Saudeus e los Camposenïeus^.
El. XXXIIl, a : El mîtiam prxcDrsorem mi mgeliun, ut eicûm Cbaaanzum cl
Amorrhciun et Hethxum ei Pherenum et Herxum et Jebusxum.
L'étymologie de Canineu ou du français Chaneliu^ Canelm, etc., qui
est évidemment le même mot, est démontrée par ce dernier exemple :
c'est Çk^nan^as, Ce n'est donc ni « le peuple du pays où croUla canelle *>
(Fr. Michel, Rolant, éd. de 1869I, ni des 1 luminiers » [Génini, ni des
habitants du Coine P. Parisl, ni une « race de chien » [Raynouard,
Lex. rom.)^ ni le mot turc chdnlô (Haupt), ni le « soudan tCieroel a iJu-
binaJ).
J'étais arrivé à la véritable étymologie longtemps avant la publication
des Récits d'histoire sainte de MM. Lespy et Raymond'; j'y avais été con-
duit par la forme provençale qui a consers'é Vn étymologique, Canineu,
devenu / en français par un fait de dissimilation assez fréquent (comp.
orfenin et orfeliny venin et velin, etc.). Je ne me suis pas pressé de publier
cette petite découverte, d'abord parce que je fus informé par une com-
munication privée que M. Tobler l'avait faite de son côté ; ensuite parce
que mes recherches n'étaient pas — et ne sont pas encore maintenant —
assez complètes. Ce qui me décide à publier ces noies, c'est que M . Bœh-
mer vient d'indiquer, sans la démontrer, la même étymologie*. Il reste
â trouver la voie par laquelle les Chanansi sont entrés dans la tradition
populaire. Car il ne me semble pas que le caractère défavorable qui est
donné dans la Bible aux Chananéens suffise pour expliquer t'introduc-
lion de ce nom dans les récits épiques où des populations de l'Orient
1. Le traducteur a probablement èlè inâuencé par le < moHcr Chaïunaà »
du récit parallèle de S. Mathieu, XV, 22.
2. Ces derniers noms sont biea corrompus. Voîcl les textes béarnais (Lespy
« Raymon, p. 2) et catalan <éd. Amer, Barcelone, iSyj, p. 8$):
Bramais : e fan fugir tlaUnt tu
los Caitdbeuj et los Amorcus « los Filist«
n loi Gebuseus.
La forme Canabeus du texte béarnais semble indiquer une mauvaise lecture
de CùiiûUa, auquel cas l'original de cet abrégé d'histoire sainte serait français.
C'est peut-être par suite de la même erreur que Conrad, l'auteur du
Rolandsiiedj a aussi Canabeus au lieu des Canelias du poêrae, ce qui l'a entraîné
 d'autres modificaiions ; voy. la nouvelle édition du Rolant de M.Tb. Mûller,
Catalan : qui fara fugir denant tu
los Canantus e los Amorreus e los Aiaon
e los Phamem e los Ccbascus.
P' 3S7-
3. Romaniû, vk 44, n
4. Romanisckc Simien, Itl,
3. kommû, VI, 44, note 1.
170.
444 N ÉLANCES
sont mises en scène ; d'autant plus que Canetiu n'est pas usité ordi-
nairement comme traduction de Chamndi dans les anciennes versions
françaises de la Bible, les traducteurs employant de préférence des
formes calquées sur le latin, ChananeuSj par exemple, III, Rois, ix, 16.
Le provençal Can'tneu conduit à supposer l'existence d'une forme popu-
laire où un i avait remplacé le second a du mot latin, peut-être par suite
de quelque fausse étymologie qui aurait rattaché Chanan^as àca/iiî'.
L'auteur de la chanson de Jérusalem, qui fait aboyer \esCheneUaSt\maxt
pour cette étymologie (exemple }). Je n'attribue aucune valeur à Kene-
toigne (dans l'ex. de Blancandin), qui me semble fait sur Keneïiu =. Il fau-
drait donc trouver des exemples de Chananaus avec un sens moins préds
que dans la Bible. J'ai vainement cherché ces exemples dans la littéra-
ture ecclésiastique et historique du moyen âge.
P. M.
P. S. Au moment où je corrige cette épreuve, G. Paris me signal?
un passage dans la vie de saint Macaire {ViU Patram, éd. Rosweyd,
p. 22$), 011 on voit déjà opérée la transformation des Chananéens en
êtres fantastiques : a Itaque exeunies inde, terram Chananaeorum ingressi
<i sumus qui ab aliis Cynocephali dicuntar, et videntes illos, in aspcau
■ eorum valde mirati sumus. Ipsi vero, cum muHeribus suis et subtus
n in pétris habitantes, nos omnino non teiigcrunt, Christi nos protcgentc
« gratia. »
1 . L'e du français Canchu représente fort régulièrement Va placé entre deux
toniques de Chânanàeus. mais Vi du provençal Canmu ne peut pas avoir la
même origine, du moins immédiatement.
2. Centloignc figure encore dans Maùict, 1, yj ; voir la note de G. Paris,
Romaniaj IV, }i-j.
COMPTES-RENDUS.
The Troabadoors, a htstory of provençal life ând litenture in thc middte
âges, by Francis Hleffer. London, ChaUo and Windus, 8% xviij-j67 p.
M. HuelTcr explique dans sa préface que son intention a été, non pas de
traiter U littéraure des troubadours d'une façon approfondie et « scientifique a,
nais d'écrire à l'usage du grand public un livre lisible {a readabU hok)^ ce qui,
dit-il^ ■ selon un préjugé répandu, est incompatible avec le principe scienti-
< fique ». Je ne sais, pour ma part, si ce préjugé existe réellement. Le public,
même le public anglais duquel M. Hueffer parait se défier, trouve les livres de
Max Màller, de Freeman^ du doyen Stanley, fort « lisibles t et cependant la
méthode de ces auteurs a tout droit k la qualification de < scientifique ■>. Le
grand public ne peut certainement pas goûter une monographie scientifique,
parce qu'en général il ignore les faits qui en sont le point de départ, faits que
Fauteur de la monographie, écrivant pour des savants, suppose connus. Mais
i le cas n'est pas le même pour un ouvrage d'ensemble sur (a littérature et llits-
»toire d'un pays, Le public instruit et lisant — et ce public est plus nombreux
en Angleterre que nulle autre part — a une préparation suffisante pour être en
état de lire avec profit et plaisir tout livre de ce genre, pourvu que l'exposition
I en soit claire et attachante, ce qui peut parfaitement se combiner avec un trai-
tement ( scientifique > du sujet. En somme, quand il s'agit d'une composition
qui embrasse la totalité d'un sujet considérable, la différence entre un ouvrage
« scientifique > et an ouvrage de vulgarisation me paraît perdre beaocoup de
sa réalité. Quiconque voudra écrire une histoire suivie de la littérature de n'im-
porte quel pays européen n'aura rien autre i faire, en beaucoup de cas, que de
présenter sous une forme plus ou moins nouvelle des faits connus. Qu'il ait en
vue les savants seulement ou te grand public, son rôle sera nécessairement,
pour beaucoup de parties du sujet traité, le r6te d'un vulgarisateur, tandis que
pour d'autres, U où le sujet exigera des recherches nouvelles, il devra faire
ceuvre de savant.
Eo ce qui concerne la littérature provençale en particulier, le nombre des
cas où l'historien peut se borner i résumer les travaux d'autrui est encore assez
limité : une grande partie du champ est à peine défrichée j de sorte qu'un livre
tel que celui dunt nous rendons compte exige — s'il prétend être d'aucun ser-
vice — une assez grande dose de recherche personnelle. Que l'auteur traite
son sujet i la manière d'une monographie scienti5que, n'avançant rien sans le
446 COMPTES-RENDUS
démoQlrerf ou que, gardant par devers lui tout l'appareil de la recherche, il le
borne à donner au public les résultats obtenus, c'est presque une affaire de
forme. Eo l'un et l'autre cas il est nécessaire que des recherches aient été faîtes
de première main, sous peine de Isisser en blanc d'importantes parties du sujet.
M. H. ne paraît pas du tout s'être rendu compte de cette nécessité. Il semble
croire (voy. sa préface) qu'il lui eôl suffi de changer un peu la forme de sou
livre, de préciser quelques faits, d'ajouter des noies et des références au bas des
pages pour faire un livre c scientifique m. En quoi — comme en bien d*atitres
choses — il se fait itluston. Car Don*seulemcnt il ne se montre point en
état de traiter de première main aucune partie du sujet, mais même U s'en faut
de beaucoup qu'il sache tout ce que, sans recherche personnelle, on peut
apprendre sur les troubadours. M. H., quia publié en 1869, à Berlin, une disser-
tation de doctorat sur le troubadour Guillem de Capestalng^ parait être depuis
lors resté entièrement étranger au progrès des études provençales. Je ne crois
pas qu'il connaisse aucune des publications provençales faites dans ces dix
dernières années, sinon l'édition du Moine de Montaudon, par le D' Philipson,
qui n'est certes pas un travail remarquable. Non-seulement il ne soupçonne pas
qu'il puisse y avoir rien concernant les troubadours dans les revues romanes d'AU
lemagne, de France ou d'Italie, mais je doute mime qu'il connaisse le Grandriss
de M. Bartsch. Cette ignorance trouve dans une certaine mesure, non pas son
excuse, mais son explication dans la façon dont le livre a été composé. Depuis
1871 M. H. avait publié dans des revues anglaises, le North Briùsh Rmew^ le
Macmilléin'i Magazine^ etc., quelques asays sur différents points de littérature
provençale. Ces essais, dont deux ou trois me sont tombés sous les yeux Ion
de leur publication, ne se recommandent pas par une grande originalité, mais
en somme sont écrits avec assez de soin et restent dans la moyenne de la
littérature des magatines. Je me rappelle notamment un essay assez bien tourné
sur Flamenta, qui parut dans le Macmillati*s de juillet 1877. Ces différents
articles, reliés entre eux par des chapitres additionnels, ont formé le livre de
M. Huetîer. Mais les articles réimprimés, qui sont certainement ce qu'il y a de
mieux dans le livre, sont déjà quelque peu arriérés, et quant aux chapitres
additionnels, qui ont été écrits avec hdte et sans aucune préparation, ils sont
au-dessous du médiocre. De tout cela est résulté un livre sans proportions et
qui, sur aucun point, n'est au courant de la science. Quant au manque de
proportions, je me bornerai à citer ce fait que M. H. ayant intitulé un de ses
chapitres île troisième de la première partie) « Artistic Epie », consacre douze
pages, sur treize dont se compose le chapitre, à Fiamtnca, tandis que sur tes
autres novas de la littérature provençale, il y a simplement ceci : • Parmi les
• productions de ta poésie des cours, on peut mentionner le célèbre roman
I de Jauffre, décrivant les amours de ce chevalier avec la belle Bnioesen et
■ autres aventures ; aussi l'histoire de Guillem de la Bar {sic, lisez Barre)
« rendue publique il n'y a pas longtems par M. P. Meyer d'après le manuscrit
I unique du marquis de La Grange *■ L'auteur est Arnaut Vidal qui gagna la
f violette d'or aux jeux floraux de Toulouse, pour un doux chant à la Vierge. »
I . Non, maU du marquis de ia Carde.
HUEFPER, Thé Troubadours 447
Pas une date! JâujriAn moins méritait mieax, et peut-être eât-il été â propos
de dire un mot de Blandin de CornouailU.
L'ordre suivi par M. H. dans son exposition est de telle nature qu'il serait
impossible d'en donner une idée sans reproduire (a table des chapitres — ce
qui serait faire un mauvais emploi de la place dont nous disposons, — Qu'il
suf&se de dire que cet ordre n'est ni l'ordre chronologique ni l'ordre de matières.
Ainsif dans ta seconde partie, intitulée a biographique 1 et qui se compose d'une
suite d'essûjs sur uue demi-douzainc de troubadours, on voit avec étonnement
Beatrix de Die et Rambaut d'Orange prendre place après Folquet de Marseille,
Gaillaume Figueira et Peîre Cardinal, qui sont plus récents. M. H. n'a évidem-
ment aucune notion de la chronologie des troubadours, ce qui peut d'ailleurs
être constaté presqu'i chaque page. Ainsi dans le chapitre (le huitième de la
première partie) sur la pastourelle, je vois avec étonnement Guiraut Riquier men-
tionné en premier lieu : • No bettcr sign of thc sterling value of Guiraut
€ Riquier's talent could be required than the fact that the^rif namewemeet in
t this new field (the pastonîa) is bis >. Et cependant, un peu plus loin, dans le
même chapitre, il est question — sans aucune indication de date — de Marca-
brun, antérieur, comme on sait, de plus d'un siècle i Guiraut Riquier. C'est à
croire que M. H. n'a jamais ouvert les Ltken aiul Wakt 4tr Tfoabadoan de
Oiez.
Nous De pouvons pas entrer dans la critique détaillée d'un livre aussi faible :
il nous suffit d'avoir mis le lecteur en état de l'apprécier. Je m'abstiendrai donc
de relever une infinité d'erreurs de détail soit dans les faits, soit dans tes noms,
dont beaucoup sont abominablement écorchés. Je citerai cependant encore on
lait qui prouve le peu de bonne foi scientifique de l'auteur. M. H. mentionne
dans sa préface le nom de G. Paris parmi ceux des érudits qui ont apporté leur
contingent aux éludes provençales. Mais c'est là une indication en l'air querîea
dans le livre ne vient confirmer. Il y avait pour M. H. deux occasions au moins
de faire usage des travaux de G. Paris, dans le chapitre, assez singulièrement
intitulé Apocr-ypha^ où il traite de l'épopée provençale et d'Arnaul considéré
comme auteur d'un Lancelot : or il est de toute évidence que M. H. n'a connu
ni le travail de G. Pans sur Ulrich de Zazikhoven et Amaut Daniel {Bibi. dt
l'Et. du c&.f iit6j) ni V Histoire poàitjoe de CfmrUmagru.
En somme l'ouvrage que nous venons d'examiner sommairement ne peux
donner au public anglais qu'une bien imparfaite idée de l'érudition et de la cri-
tique avec laquelle les compatriotes de M. Hueffer ont étudié la littérature pro-
vençale. [)épourvu des qualités que l'on s'accorde à reconnaître aux Allemands,
cet ouvrage ne se recommande pas davantage par cette clarté dans l'esposition,
cette habileté à grouper les faits et à en faire sortir des idées générales, ce
talent à'tssay'ut en un mot, qui est si fréquent outre Manche. — Le cartonnage
est fort élégant et rend le livre propre à figurer avantageusement sur la table
d'un sUUng foom*.
P. M.
I. AD moment où j'écris cet anicle, je reçois le n* de VAcademy du i \ juin, et je sots
étonné de lire dam ce journal, ^m est généralement csiimé pour la sûreté et rimpanïa-
Hlé de set appricuttons, un article, du reste signé d'un nom inconna, oft )l est tait un
448
COMPTES-RENDUS
Ad. BiRcii-HrBSCHTCtD, tTeber die den Provensallschen Trouba-
dours des XII and Xm Jabrhnaderts bekannten epischeo
Stofle. Leipzig, 1878 i in-8', 92 pages.
L'auteur de cette brochure s'est proposé de réunir et de commenter lesooiD'
breuses allusions que les poètes provençaux ont faites i des compositions épiques.
C'est li un travail dont M. Birch-Hirschfeld n'est pas le premier â avoir recûonu
l'utilité. Il y a bien longtemps que Raynouardj dans le tome II de son Chou àa
poésies éts Troubadours, et Fauriel, dans le tome III de son Histoire de la Potiu
pravcnçalt, ont dressé des listes de ces allusions. Mais leurs recherches, si méri- j
loires qu'elles soient, sont loin d'avoir épuisé la matière, et on ne s'en étonnera '
pas si on considère {|,ue de leur temps les poésies provençales étaient en grande
partie inédites. En outre, les études sur toutes les parties de la littérature du
moyen Age ont pris, depuis la mort de ces deux savants, un immense développe-
ment ; nombre de poèmes, dont ils ne soupçonnaient pas l'existence, ont vu le
jonr, et ceux qu'ils connaissaient ont été examinés de plus près, de telle sorte
qu'il est maintenant aisé non seulement de dresser une liste beaucoup plus com-
plète que celles de Raynouard et de Fauriel, mais encore d'expliquer beaucoup
de témoignages qui pour eux étaient obscurs, Le sujet choisi par M. B.~H, est
donc des plus intéressants, et, entre les mains d'un homme soigneux et au cou-
rant des travaux modernes sur la littérature narrative du moyen ige, il pouvait
donner lieu â une sorte de répertoire où on aurait trouvé commodément grou-
pées el classées une infinité de notions jusqu'à ce jour éparses en un très-grand
nombre d'ouvrages.
Nous sommes malheureusement obligés de constater que le soin et les con-
naissances nécessaires ont fait défaut dans une grande mesure A M. Birch-
Hirschfeld.
Après quelques observations préliminaires sur quelques-uns des textes pro-
vençaux qui fournissent le plus d'allusions i la littérature narrative du moyen
Age, notamment sur les pièces si souvent citées de Guiraut de Cabreira, de
Gniraul de Calanson et de Bertran de Paris, M. B.-H. entre en matière, et
répartit tes témoignages qu'il a réunis en trois séries : i* allusions à des sujets
pris de l'aotiquité ou de la Bible Cp* 6*38) ; 2* allusions à des sujets du cycle
breton (p. 38-551 ; 5" allusions i des sujets de l'épopée française (p. 56-79). Au
troisième chapitre Tauteur a joint les allusions aux récits relatifs k Renart et à
Isengnn, et celles, en assez grand nombre, qu'il n'a pu déterminer. Ilefitmicox
valu former de ces deux séries deux chapitres i part.
Un premier défaut du travail de M. B.-H. est d'être d'un usage pca com-
mode. Tout répertoire doit être conçu de telle sorte que les recherches s'y
puissent laire sans perte de temps. Or, les témoignages empruntés aux trouba-
dours se suivent dans chacune des trois séries sus-indiquées sans qu'aucun signe
typographique — tel qu'un espace ou un titre placé en vedette — annonce
éloge oreiqne ridicule du livre de M. Hueffer. J'y ai pounani apprû que j'avais récem-
ment tditè (Utety tdiUà) le romaa de « Guillem de Ij Barr > \stc). L'autenr de cet
article josttne, en ce qui te concerne, la rcmaroue qu'il liii en lermînani, que M. Hnef-
fer a écrit sur un suiet m whkh is Icnonrn to ili roen, and famtltar to none i>.
BmcH-HiRSCKPELD, Die dtti Trouttathi^s hekannUn epischtn Siogc 449
qa'on passe d'un sujet à un sutre. On aurait pu remMier i cet inconvénient i
t'aide d'une table des sujeti, mais de tiible M n'y en a point dans cette disser-
littoo. J'ai été obligé d'en confectioaner une i mon usage, oon sans profit pour
le présent compte-rendu, car le rapprochement des passages ob M. B.-H repro-
duit les mêmes témoignages, m'a lait reconnaître dans son travail diverses
erreurs dont autrement je ne me serais probablement pas aperçu.
Le principal mérite d'un travail de ce genre, c'est d'être aussi complet que
possible; M. B.-H. n'a pas prétendu épuiser la matière, mais, en reconnaissant
qu'il a borné ses recherches aux textes provençaux qui sont publiés (p. }), il
donne \ entendre qu'il les a dépouillés complètement. Il s'en faut de beaucoup,
cependant, qu'il en soit ainsi^ et je pourrais dresser une liste assez longue des
illusions qu'il n'a pas relevées, et qu'il aurait pu trouver dans des poèines impri-
més. Comme il y a beaucoup d'autres critiques à adresser i ce travail, je me
bornerai i noter, à titre d'exemple, que M. B.-H. n'a pas connu le plus ancien,
et par conséquent te plus important, des téroognages que nous avons sur Aiol^
celui de Rambaut d'Orange, qui a été relevé dans la préface de l'édition don-
née récemment par la Société des anciens textes français. Ce texte a pourtant
été imprimé deux fois dans les Gtdichu des Troubadours de Mahn, sous les n- jiO
et 624.
II est facile de se rendre compte de la façon dont M. B.-H. a procédé. Il a
pris comme base ta liste de Faurtelf et l'a complétée par des lectures faites au
hasard. Le défaut de soin, qui est le défaut capital de cette dissertation, a été
poussé à ce point que l'auteur n'a pas pris la peine de vérifier les textes de
Fauriel en des cas où la vérification était nécessaire, en même temps que très-
facile. Ainsi, à propos de Flotre a Bhnchtfior {p. ja), M. B.-H. cite ces vers
de Fiamtnia :
va sus, Aliz, e contrafai
Quem àoRos pis, si con il Fai :
Pren le romani de Btanuflor.
Donos est une faute d'impression du livre de Fauriel. Il n'est personne, parmi
tes érudils qui s'occupent des littératures romanes, qui ne sache que ce livre,
ayant été publié après la mort de l'auteur, est rempli, surtout dans les textes
provençaux, de fautes d'impression dont Fauriel ne saurait être rendu respon-
sable. Si M. B.'H ne savait pas assez de provençal pour corriger ^onoi en
donts, il aurait pu prendre la peine de recourir à l'édition de Ftaimnca, ob il
aurait trouvé la bonne leçon. Mats il y a plus : non content de reproduire les
fautes d'impression de la liste dressée par Fauriel, M. B.-H. est négligent i ce
point qu'il ajoute de son crû des fautes qui ne sont pas dans Fauriel. Ainsi on
lit dans Fauriel {Poésie prov. 111, 465) :
Senhors remembre vos GmUutme al cort oes
Co ab leti d'Aurenu surric uns desturbicn.
Ces deux vers sont tirés du poème de ta Croisade albifieoisc. Si M. B.-H.
avait vérifié cette citation dans l'édition de Fauriel il aurait lu au premier vers
Cuitkcimet nécessaire pour la mesure ; s'il avait consulté mon édition il aurait
lu au second vers al au lieu de ah. Mais il n'a pas suffi à M. B.-H. de repro-
duire nn mauvais texte, il a fallu qu'il y ajoutât deux fautes (p. 67) : itcc
Romania, Vil jû
4$0 COMPTGS-RENOUS
un égal mépris de la meure et de U rime, il » change sat en stSj* ce tau «i-
turburs en tan destruction !
Il est peu probable que M. B.-H. ait ignoré l'existence des deux idJXkmk.
poëme de la Croisade. A coup sûr il connaissait mon édîtioD de Fùmaa,
puisqu'il la cite occasionnellemeat, p. j ; mais il De paraît pas s'en êtte nsn,
ou du moins en avoir fait un dépouillement régulier. Il y aurait tmiiè, «
dans le texte, soit dans les cotes, de quoi enrichir sa liste, une allusioo 4 M^
girr par exemple (v. 191 ])*; it y aurait trouvé aussi (p. zSa) que M. H^teM
n'est pas le premier i avoir reconnu que la fin de Joardam dt Blajt étaâ i»
tèe de l'histoire d'Apollonius.
Beaucoup d'autres travaux, plus importants daos l'espèce que cBonédiui
de Flamenca, ont été comptêtemeat ignorés de M. Birch-Hirschfeld. t*
querai quelques-uns.
M. 6. -H. a cité la pièce de Guiraut de Cabreira d'après l'édition dcnoc*
M. Bartsch dans ses DcnkmttUr ; cette édition, faite sur une copie de SaolK*
Falaye, présente une lacune non sans importance, et de plus diverses fim-
M. Mussafia a rempli cette lacune et corrigé ces fautes d'après lents, on^^
ce qu'a ignoré M. Birch-Hirschfeld. La lacune consiste en rotnissioa de
deux vers qui doivent prendre place dans l'édition de M. Bartsch aprésWpn-
mier vers de la p. 91 :
Ki d'Elias ni de Drogoo
Ni de Maurin.
\
Notre épopée connaît plusieurs Elle {par ex. Elie de Saint-Gille) et pi
Droon ; quant 3 Maurin, je ne vois pas à qui l'allusion pourrait se rapport».
sinon au comte Maurin, l'un des principaux personnages de l'étran^ pote
auquel appartiennent les fragments récemment publiés par M. Schel^ sm Ir
titre d'^igar et Maurin. Dans ces fragments 5gure précisément un comte Dm^
— Entre autres corrections qu'il importait i M. B.-H. de connaître, ft dtm
Olivj au lieu d*Otiûa que porte l'édition de M. Bartsch (p. 91 v. )t; [ac«T»
lion était d'ailleurs tout indiquée par la présence de Dovon dans le nênciw
et il y a bien des années que F. Wolf l'avait faite. Oliva t DoYoa, c'est kMflK
bien connu de Dpon de (a Rocke ' ; ce n'est pas du tout, cotnRie le dit au
M. B.-H. Ip. 68), le roman perdu de Doon de NanteuU.
M. B.-H. parait avoir mis un certain soin à assembler et i contii
allusions relatives i la légende d'Alexandre. Seulement le même travail inkiÊt
fait d'une façon encore plus complète, et, ce me semble, avec plus d'ontre. i 1
a vingt ans, par M. Bartsch dans la Girmania (11, ^\^ ss.), à propos d AI&M
de BÔançon*. Sur Thonias^de ICent, quia composé un roman d'Aleuate
M. B.-H. (p. 24) aurait pu consulter mes Rapporu, p. 8j et 87.
I. Notons en passant que ce poème burlesque a d^ être fort goûté an mom Igc, cr
U y est fait allasion dans ^10/, v. 9}) et ^991 ; dans U Violeite. p. 11 ; ; daaa fttfièetfl,
{"éd. I, 38], y M. Il, 90; dans Robin rt Marion (Vonincrqué et 'wicbd, TM^
frmçâis au moy. âgr, p. H)).
a. Del codict Esttnst, dam les comptei-rendiu de l'Acadimie de Vienne, LV, 41*4.
). Sachs, Btitr^t, p. i-io. — J'ai une copie du mi. unique de ce poime, «t JcfOH
en donoer bientôt une édition pour la Sodéiè des anciens icttcs français.
4. On q'b pas relevé un ténK>igna;ge, da reste peu tntèreuant, que fnnrnimM «mIim
BiRCH-HiRSCHFELD, Die (Un Troubadours hekannten epischen Stoffe 4c i
Constantin (p. 2S-6). M. B.-H. ne sait pis qu'il y a dans Ir Jahrb. f. roman.
\LittT. Xlli, ro4-8, un travail spécial de M. Tobler sur ce roi Constantin qui fut
Itrompé par sa femme. L'article du caUilogue de Gui de Be<tuch3mp', comte
Warwick, cité en note, appartient à on tout autre sujet : * Un volume de)
Iromaunce deu Brute del roy Costentine ■ est^ selon toute apparence, cette his-
■ toire en prose de Brut et de ses successeurs dont on possède une douzaine de
TDSs., et qui, continuée par diverses mains, est l'original de la chronique anglaise à
laquelle on donne ordinairement, et bien à tort, le nom de Caxlon Cronicle. Dans
fsa première forme celte Chronique de Brut s'arrête i 1272, On y voit, naturel-
|lement, figurer Constantin parmi les rois d'Angleterre.
Ci/art Je Roassilhn {p. 67). Superficiel et incomplet. L'idée que le Raînier
mentionné par G, de Cabreira serait Rainier de Valbeton n'a aucune vraisem-
blance. Bainier de Valbeton joue un rôle beaucoup trop épisodique dans le
poème pour que G. de Cabreira ail pu songer A le citer.
Au d'Avignon et Gui dt Nanuuil |p. 68>7o). M. B.-H, qui comiall mon édi-
Iwn de ces deux poèmes, puisqu'il la cite, aurait pu l'étudier de plus près. 11 y
[aurait trouvé réunis tous tes témoignages qu'il transcrit, et sous une Forme plus
I correcte. Ainsi, le premier des deux vers de Paulet de Marseille, qu'il rapporte
>|p, 60) d'après Fauriel, est inintelligible, et l'édition donnée en iSCm par
|M. Gucssard et par moi en donnait la bonne leçon. Tout ce que dit M. B.-H.
[du rapport de Lanàric e Aio avec Ait d'Avignon est peu vraisemblable. A propos
rde ce Landric M. B.-H. cite, après moi, ce vers de VAUxanârt ledit. Michc-
llant, p. 2) :
Je ne vos commanc mie de Landri et d'Auchier.
J'avais de plus cité ce vers de Vtspaùtn ou la Priit dt Jérusalm ;
Barons, ceste chançons n'est mie de folles,
D'Auchier ne de Ljndri...
J'ajoute maintenant un nouveau témoignage tiré du poème de Tibaut de
Marly (B. N. (r. 2J40J, fol. 1 1 it) :
I Ce que je vos vueil dire et ce qu'avez ot
I Sacliici que ce n'est pas d'Auchier ne de Landri'. ,
Mais je doute fort que ce poème d'Auchier et de Landri ait aucun rapport avec
Landric fi Aia.
Ogier le Danois (p. 7î). Selon M. B.-H., Guiraut de Cabreira serait, parmi
les troubadours, le seul qui ait nommé ce héros épique. Il y a pourtant soixante
ans que Rochegude a publié une pièce de Raimond Miraval, où on lit ces vers
qui auraient droit de figurer en plus d'un lieu dans la dissertation de M. Bircfa-
Hirschfeld :
vers cités par Im Irjs d'Amors I, 294. « III, 184. il faut encore ûgnafer ces ver» d'Au-
eicr de Saint- Oonai, dont la pensée se retrouve dans plusieurs pAisages cités depuis
îongiemps : Qa'ab darfo Alixandru jua, £ dairu per ttncr ncaHUs (Steugel, J*i. Çhigit
n' 176).
I . Non pai Gai Btauckamjn, comme dit M. B.-H. i deux reprises (p. 36 et 87).
1. Ces oeux vers et qaelques autres sont dtés d'après le même mi. p4r Faucbei,
Œnra, p. 1^7. i^ même poème se trouve aussi dans le ras, ft. i8{o. voy. pour les
vers dtés, fol. 96.
4$? COMPTES-RENDUS
Ptt ïo m'eta demen
Oe tou los autres mes,
Que mon loc nom tolgues
RotUns ni Oliviers,
Ni gex Orestains ni Augiers
No nigcra que »*i meta.
Criffert^ mentionné sans aucun détail par G. de Cabrcira, peut bien être,
comme le suppose M. B.-H. (p. 7^), Girbert de Metz, mais rien n'est moins
assuré : ce peut être aussi bien le Girbert
Qui guerroia contre le roi Jhesu,
ainsi qu'on lit dans Caydon; voy. RomenU, II, jjt; — ou encore te pape
Gerbert (Silvestre II), sur lequel on sait que des légendes ont couru ; voy. par
ex. W, Mapc, de nugis curiaiium, éd. Wrîghl, p. lyo-O.
Raoul dt Cambrai (p. 76). M. B.-H. a omis le témoignage le plus important,
celui de Bertran de Born. Il est vrai que pour le comprendre il lallail avoir lu
le poème. Voici cete]tte(Raynouard, C/io/r, IV, 170) :
Lo sors Enria dis parauEa coneu
Quan son neboi Wi lomar en cïfrejr,
Que desarmatz volgr' aver U fin preu,
Qoan fo armatz oo vole prendre plaidey.
(Puj // baron.)
La fin de la même strophe contient une allusion que M. B.-H. n'a pas rele-
vée, et que je ne suis pas eo état de déterminer :
E no semblet ges lo scnhor d'Orley
Que dezarmatz fon de peior mercey
Que quant cl cap ac la vcatalha meza.
il/itiofAc (p. 76-7). Très-insuffisant. M. B.H. trouvera d'autres renseigne- ''
ments sur le même sujet dans la préface de mon édition du poème de la Croi-
sade albigeoise, tl ne manque pas (p. 77, note) de dire CuilUm Bechada, quand
le nom de ce personnage est Grégoire. J'ai déjà corrigé celte erreur plus d'une
fois *, mais c a un coup ne ctiiei pas li chaisnes ».
Gormond et Isembart (p. 78). M. B.-H. ne connaît pas ta nouvelle édition du
précieux fragment qui nous est parvenu de ce poème ; voy. Romania, V, î77-
Andri de Paris^ p. 82*4. M. B.-H. ne connaît pas la note importante de C.
Parts, Romania, 1, loj-y, d'oti il résulte que ce roman était vraisemblablement
français.
Passons maintenant aux allusions que M. B.-H. n'explique pas. Li liste en
peut être notablement réduite. Commençons par celles que fournil G. de
Cabrcira. Daarel t Beion |p. 87) est uo pocme provençal, composé en forme de
chanson de geste, mais ayant un peu le caractère d'un roman d'aventures. It en
existe un grand fragment [219$ vers) dont j'ai copie et que je publierai quelque
jour. — Viilfior t Merlon. M. Bartscb s'est occupé de ce témoignage dans son
article précédemment cité sur Alberic de Besançon. — A'i de Verdun ni Vot*
pruon. Il faut rétablir le passage en son entier |Bartsch, Dtnkm. p. 92):
I. Noianunenl Korruinui, I, )8).
BiRCH-HiRSCHFELD, Die dttt TTouhadours bekannUn tpischen Stofft 4$ )
Ni d'Olivier
Non sabs chinlier
Ni de Verdun ni Vosprexon.
Comme Olivier, le compagnon de Rotani, figure à uo autre endroit de la
même pièce iBartsch, p. 90, v. 27), j'ai émis \id'ii i Flamenca^ p. 286) la conjec-
ture qu'il pouvait être question ici d'un autre personnage, i savoirde l'Olivier de
Verdun mentionné dans Flamenca*. Il y a lieu en outre de citer ici un autre
texte qui m'avait échappé lorsque je m'occupais de flamenca^ mais que M. B.-
H. aurait pu connaître, parce qu'il est publié dans une note des Trovadorti ai
Espana de M. Milà (p. 47Î-4), ouvrage dont il s'est beaucoup servi. Ce texte
est emprunté à un traité latin, attribué à Alphonse X de Casulte^ c de iis que
« suni neccssaria ad stabilimentum castri tempore obsidionis et fortissime
« guerre > qui est conservé en ms. à l'Anenal. M. Milii le cita en 1861 d'après
une communication de Don P. de Gayangos ; M. Fr. Michel l'avait déjà cité en
i8<[é (Guerre Je Nararrc, p. toj) sans indication de source. Le votci : « Item,
« sint ibi romancia et libri gestorum, videlicct Alexandri, Karoli et Rotlandi et
« Otiverii et Verdinio et de Antellmo lo Danter et de Otonell tOtinet) et de
< Bethon {Daurtl cl Btton) et de cornes de Manlull (Nanttailf), et libri magno-
c rum et nobilium bellorum et preliorum que facta sunl in Hispania,- et de iis
« animabuntur et delectabuntur *. Je me demande s'il n'y aurait pas eu de la
part du copiste une omission et s'il ne faudrait pas lire ■ et Rotlandi et
Oliverîi, et {Oliverii de] Vtrdmof »
N\ de CarduâU j A'i dt Marcaall (p. 86). Il y a dans le ms, Martraàl, voy.
Mus5a6a, au passage cité plus haut de sa notice sur le ms. d'Esté. Plus
loin dans la pièce de G. de Cabreîra, on lit : m Je Marcudlt \ Corn pet Jet t'oiit
I A lu ponta d'un âgmUon. M. MussaBa avertit qu'ici il faut lire Martueitl, Je
ne sais pas plus que M. B.-H. à quoi se rapportent ces allusions. Je remarque
que dans le premier cas Martratil, rapproché de Cardutill, doit être un nom de
lieu. Par suite, ce pourrait être le même lieu que le Martuet mentionné dans ces
vers A'Aie d'Avignon |p. 38, et cf. les passages de Ph. Mouskel cités p. xl|) :
Encor abaira Karle$ de loi le gram orguâll
Corn it &xt de Guimar qui [corr, cm] il toli Manuel.
D'Arumalu (p. 86). Je ne connais pas ce personnage, mais ne serait-il pas
possible de l'identifier avec un Archimalu qui 6gure \e l'on d'Archimalu) dans
la pièce de P. Cardinal j?) Cd que fes tôt quant es (Mahn, Ceà. n* 1^45)^
Dei caratier \ Ne det l'mxer \ Qui $at en la garda {l'angarda^) mort fon |p. $6).
C'est, peut-être, une allusion au chien d'Aubri, qui resta trois jours auprès du
corps de son maître tué par Macaire.
Passons maintenant i la pièce de Guiraut de Calanson.. qui a aussi beaucoup
d'obscurités pour M. BirchHirschfeld. Del rti Leri; ne serait-ce pas le roi Lear?
— De Pamfili. Est-ce que M. B.-H. n'a jamais rencontré dans ses lectures
aucune mention de Pamphile f Ce serait n'avoir pas de chance. Ce poème latin,
si souvent traduit et imité au moyen âge, a été réimprimé par un éditeur Tort
I. M. B.-H. suppose (p. i^] que l'Olivier de Verdun de Fiamtaca esi le compagnon
lie Rolant, nu» ce n'ett pas soutenablc.
454 COMPTES-RENDUS
iocompéteot, il y a peu d'années; voy. l'art, de G. Paris, Revue crifi^i», 1874,
t. 11, art. 167. — E as Dagon | Com laiaet si mcUis aucir, N'esl-ce pas aae
allasion à l'histoire de l'arche chez !« Philistins» Rms tou Samukl) 1, v? —
Aprtn Caton. II s'agit évidemment des distiques du Pseudo-Catoa, tant de fois
traduits dans les langues vulgaires*, et qui étaient au moyen Âge an livre d'ea-
seignement.
Dans la pièce de Bertran de Paris, de Rooergue, M. B.-H. relève cette
allusion, déjl notée par Fauriel. qui l'embarrasse: Ni d'en Gtiion 4t MaUntal
vaîtns. C'est Gui de Mayence, le père de Doon ; voir le dèbul de Doon de
Maytnce.
Beringuiers de Tors (p. S9), présenté dans une pièce de Guilhem de San Gre-
gori comme enchanteur, pourrait bien être le célèbre hérésiarque Berenger de
Tours.
Cotfier^ non pas de Tors, comme dit M. B.-H. (p. 90), mais de las Tort, est
un des plus brillants héros de la première croisade, et le récit qui le représente
sauvant un lion attaqué par un serpent a été très-répandu au moyen âge. M. B.-
H. aurait pu relever une autre allusion à ce récit, dans le poème de la Croisade
albigeoise'.
Le Nicbla de Bar (Bari) •> qui habita longtemps parmi tes poissons, dans la
mer > (p. 90} est assurément identique au Stcotaus pipe (.^), homo agaortus^ dont
Gautier Mape raconte l'histoire, et qui, selon lui, ■ sine spiraculodiu, permen-
scm vel annum, vicinia ponti cum piscibus frequcntabat indemnisa ». Cet
habile plongeur est connu par d'autres témoignages, notamment par Gervais de
Tilbury. M. B.-H. deviendra à peu de frais Irès-savanl sur ce sujet, s'il veut
bien prendre la peine de lire quelques notes de M. Liebrecht, Â la suite de ses
extraits des Otta impcnalia de Gervais, p. 94, et dans la Germanie^ V, 6i*a.
L'histoire de ce Nicolas de Bari, et celle aussi de Collier, étaient assurément
fort répandues; elles étaient en quelque sorte proverbiales, mais nous n'avons
pas la preuve qu'on les ait traitées en forme de poème.
M. B.*H. a emprunté ses conclusions i mes Reehenhts sur Vipopie française.
Il pense comme moi que l'existence d'une épopée appartenant en propre au midi
de U France n'est nullement prouvée par les allusions des troubadours à une
liltératare épique, cette littérature pouvant avoir été importéedes paysde langue
d'oc. Telle est encore acluellcmcnl mon opinion ; je ferai remarquer toutefois
que les conclusions que je présentais il y a une douzaine d'années et que
M. B.-H. reprend maintenant s'appliquaient à une question limitée. G. Paris
avait émis cette hypothèse, qu'une partie de l'épopée française, celle qui con-
cerne Guillaume d'Orange, était d'origine provençale. Je me suis attaché â
démontrer que celte hypothèse ne pouvait pas être prouvée, cl qu'en général un
n'avait aucune raison de supposer l'existence d'une épopée propre aux régions du
midi delà France. J'ai depuis,dans un article qui a échappé i M. B.'H.^, appuyé
1. Pour les traductions en français, voy. Romama^ VI, ao.
2. On trouvera ilana une note de ma trailaction de ce pEKtne, p. }79, divers rensagne-
menu sur Golricr de u^ Tours et son aventure.
). Denugii carialiam, éd. Th. Wright [Camden Society), p. 17?.
4. Voy. Romania, I, 61-1.
nrRCH-HiRSCHFELD, Die den Troubadours hekannten epischen Sloffe 455
celle vue tle nouvelles considérations. Mais je n'ai jamais prétendu qu'on n'ait
pas composé de pocmes narratifs, de chansons de geste au midi. Si les allusions
des troubadours o'apportent pas une preuve décisive en faveur de ce genre de
compusition., elles sont bien plus loin encore de lournir une preuve à l'enconlrc.
En réalité, il n'y a pas de conclusion générale à tirer des allusions des trouba-
dours. Elles visent des rêciU dont beaucoup étaient français, dont un bon
nombre étaient sûrement provençaux, sans qu'on puisse, en bien des cas, dis-
tinguer les uns des autres. Il n'est pas possible qu'on n'ait pas composé quelque
chanson de geste en provençal, indépendamment de Cirari dt Rousùllon et
t à' Aigar et Maunn <\u'i appartiennent à une zone intermédiaire entre la langue
d'oc et la langue d'oui. 11 serait invraisemblable que les deux auteurs du poème
de la croisade albigeoise, qui est bien une sorte de chanson de geste, n'eussent
pas eu des devanciers. J'imagine que ces devanciers ont d&, comme l'auteur de
Daarcl et Beton^ subir Tiafluence des modèles français répandus dès le Xll« siècle
dans le midi. J'admets ainsi l'existence de chansons de geste isolées au raidi de
la France, sans admettre pourtant l'existence d'une épopée essentiel Icmenl pro-
vençale.
M. B.-H. est donc, à mon avis, enclin d donner à mes conclusions d'autre-
lots une portée trop générale, à restreindre plus que nous ne sommes autorisés
à le faire le domaine de ta poésie narrative au midi de la France. A la vérité
il fait en faveur de la littérature provençale une petite réserve, mais il n'est pas
■itrès-heureux dans le choix des poèmes qu'il y veut faire entrer. Il y met notam-
ment la nouvelle d'Andrteu de Paris et de la reine de France (p. 92}, et il
est au contraire probable, comme je t'ai dit plus haut, que ce roman était fran-
çiïi.
L'intérêt du sujet m'a entraîné à donner à ce comptc*rendu un développement
un peu hors de proportion, peut-être, avec l'importance de l'opuscule de
M. Birch-Hirschfeld. Cet opuscule est une Habililationjchn/t, une thèse d'agréga-
tion qui donne à son auteur le droit d'enseigner i l'université de Leipzig. Il est
d'autant plus essentiel que M. Birch-Hirschfeld se persuade le plus tdt possible,
afin de communiquer i ses élèves la même persuasion, qu'il n'y a plus place
maintenant dans les études romanes pour des travaux hâtifs et superficiels.
P. M.
J'ajoute à l'article qu'on vient de lire quelques remarques, notamment des
rectifications ou des explications nouvelles. Je dois dire que, surtout pour l'un
des plus importants parmi les textes utilisés par M. B.-H., le serveotois de
Guiraut de Calanson, il fallait, avant tout travail, essayer d'établir une édition
critique. M. Bartsch a donné les leçons complètes des deux manuscrits, et sou-
vent celle qui se lit en note doit ^ire préférée h celle qui est dans le texte et
que M. B.-H. a prise pour point de départ de ses conjectures. Combien ces
conjectures sont dès lors flottantes, c'est ce que suffira à montrer la comparai-
son d'un passage dans H (ms. La Valliére) et dans D (ms. de Modène) :
R D
Apren caion Apren deon
E dcl mouton E de Iton
Com pcr nuistrc saup guérir Com saup per un metel guérir.
4)6 COMPTES-RENDUS
11 est probable qu'aucuoe de ces deux versions n'est la bonne, mais pour Avoir
quelque chance de la retrouver, il faut les comparer toutes les deux. Plusieurs
des observations qui suivent montrcroot ta oécessité de ce travail préliminaire.
Sur Jason« précisément dans la p>ècc de Gu. de CaUnson, D a Com anna to
kH bon i/uenr^ R Caturon h vas conqacrït^ \. Com anna lo ull conquérir. — E
d'Vlixts Com àiû Vtnus fa périr ; cela ne signiftc rien ; R donne E dutairis
Com buenus lot fes périr ; ce n'est pas plus cUîr, mais Venus n'a certainement
rien à faire ici : j'y chercherais plutôt Polyphèmc. — Aux passages sur Narcisse
il faut ajouter celui-ci de Bertran de Paris |que M. B -H. a oublié ainsi que maint
autre) : M cos perJet Narcùit (ms. MarsiUs) tn la Jon. — Sur Perdu^ il eût été
bon de remarquer que Bertran de Pans loi attribue raventure d'Icare; cette
confusion de mémoire flagrante doit nous mettre en garde contre l'exactitude de
plusieurs allusions que nous pouvons moins sûrement contrôler. — Dans un
vers souvent cité de Flamenca^ il faut lire Com tomet en se (ros. sa) Jorsa Phtlits
per amor Demophon^ c'est-à-dire comment elle se tua : on connaît les ■ violents
contre eux-m£mes » de Dante. — En parlant des traductions d'Ovide par Crestien,
M. B.-H. aurait pu remarquer que toute la fin du serventois de G. deCalanson
est vraisemblablement empruntée i sa version des < Commandements d'Ovide »,
ou i quelque imitation de ce poète. C'est encore à Ovide que se rapporte ce
vers de Bertran de Paris : Ni d'Alton lo fol orai que fc ; il ne s'agit pas ici
d'Actéon, comme on pourrait le croire, ni de Thésée {Tcion), comme le suppose
M. B.-H., mais de Phaclon, appelé au m. i. Félon (I. A'j de Felon)^ dont la de-
mande téméraire c^l connue. — Dans le passage de Gu. de Cal. sur Virgile,
dont fauteur a bien apprécié l'importance, il explique d'une manière inadmi^
sible les mots E âet pesqaier, en écrivant peschier (ailleurs pcchier)^ en expliquant
ce mol par l'angl. pitcher, et en y reconnaissant Vâmpulla vitrea^ palladium de
Naplcs. dont parle Conrad de Querfurt. Ptcket et ses analogues ont tous un i
et n'ont pas d's, et ne signifient jamais une bouteille, mais une cruche. —
M. B.-H. a, je crois, bien interprété les vers qui suivent, De Menelau Com tl a
Jrau Ftl mirait de Roma frcmir^ en y reconnaissant une allusion au récit Virgilius
dans les Sept Sages; mais il a tort de retrouver la même allusion dans E del
UzavLT Qa'Ocfavian fes sehelir; ces vers se rapportent plutôt au récit Caïa.
J'ajoute ici que les vers, cités plus haut (p. 4J j), de Gu. de Cabreîra, DtlcavA-
lier Ni del Hvricr Qui sus en la garda mort Jon, me paraissent bien se référer, non
au chien d'Aubri, mais au récit Canis dans les Sept Sages, où le chevalier lue le
lévrier auquel il avait conSé la garde de son enfant. Cela n'implique pas du
reste l'existence d'un texte provençal des Sept Si^ei connu de Guiraut de Ca-
breira, car ce récit a beaucoup circulé indépendamment du roman o{i il est en-
cadré. Il en est autrement pour Gu. de Calanson : les deux allusions qu'on vient
de rapporter doivent avoir été puisées dans une version des SepiSages^ version
qui différait de toutes les autres, car aucune n'appelle Ménélas le roi étranger
qui fait détruire le miroir de Rome dans Vtrgilius. Je crois reconnaître dans le
même poète une autre allusion i ce célèbre ouvrage : De Calias E d'ipocras
Com Calias H saup mentir (non relevé par M. B.-H.); cependant, dans le conte
Medtcus, le neveu d'Hippocrate n'est appelé Galien dans aucune des anciennes
rédactions, et il ne lui fait aucun mensonge ; peut-être Galias est-il ici le nom de
BiRCH-HiRSCHFELD, DU dtn TTouhadoms bfkannUn epischen Stofe 457
sa perfide épouse (cf. Rom. VI, 299), ou encore de la dame des Gaahs qui,
d'après le Roman du Sawt Graal, lui joua le tour communément mis sur le
compte de Virgile. — M. B.-H. remarque, sur le vers de Gu. de Cabr. où il est
dit qu'Apollonius Estais de man Je penzon^ qu'il semble altéré: il aurait trouvé
la vraie leçon, mar^ dans te travail de M. Mussa&a cité plus haut. — L'auteur
se borne à mentionner les noms bibliques cîtis dans les trois poèmes de Gu. de
Cabreira, Gu. de Calanson et Bertran de Paris; quelques-uns auraient appelé
un commentaire : il est intéressant par exemple de reconnaître dans ces vers de
Gu. de Cal. E de Satan Qe Salamon saup près lemr l'antique légende de Salomon
et Asmodée (cf. Zeitschr. fur deuisckes AlUithum^ N. F. X, 19). — Après avoir
rassemblé les nombreuses allusions à Tristan, M. B.-H. remarque qu'elles sont
en parfait accord avec les poèmes que nous avons ; if y découvre par exemple le
nain accusateur, dont je ne vois pas trace dans ces allusions, tandis que Pcire
de Corbiac parle d'un elac lausenger qui est inconnu aux poèmes : sans doute
M. B.-H. a reconnu le nain dans ce clerc, mais cela ne va pas de soi. — Dans
ces vers de Gu. de Cal., Apren, Fûdei, De Lanscla, Co uup gtn landa eonqaerir^
M. B.-H. lit LanstioX au lieu de Lanstletj ce qui détruit la rime (mais ïl imprime
les detiz premiers vers en un) et efface un des traits intéressants de cette allu-
sion : en elfet la forme Lanselet indique une source analogue  celle d'Ulrich de
Zazikhoven. Or le Lanzelet d'Ulrich n'est nullement l'amant de Genièvre, et
c'est ce qui explique comment les troubadours, tout en connaissant ce person-
nage, ne disent rien de ses amours avec la reine. — A propos du curieux pas-
sage où Guillem de Marsan attribue i Jvan toutes sortes d'inventions (ounontt,
M. B.-H . aurait dû mentionner ces vers de Bertran de Paris rqu'il a complètement
négligés) : M ges non cog ^ue sapialz d'Ivan, Qui fol premier c'âdomesjel auztl.
— Sur le vers Ane al temps d'Arias ni d'ara M. B.-H. aurait dû renvoyer i la
note de M. Tobler dans la Romania (II, 241), ou il aurait appris que cette pièce
est imprimée ailleurs que dans Raynouard. — (^ue veut dire, dans le passage
de Gu. de Cabr. sur Charlemaf^ne, le premier de ces vers : Cou en transport!
Ptr son afortz Intrtt en Espaign' a bandon? Il faut sans doute lire entrth pars,
— Le passage de la Croisade d'Albigeois i propos de Mainet est, chose bizarre,
incomplètement cité. Il se lit ainsi dans l'édit. de P. Meyer :
Karlcmaine que venquet Agolant,
Que conques Galiana, la filha al ici Biamant,
En Ëspanba de Galafre, lo cônes almirani
De la terra d'Espanha.
Mais il faut corriger, comme je l'ai fait ailleurs, l'tspos* al rti Bramant, La filha
de Calafre. M. B.-H. arrête sa citation au second vers. — Sur Fhovant il y
avait autre chose i citer que l'introduction de l'édition du poème français. —
Toutes les allusions de Gu. de Cabreira à la geste de Narbonne, si inté-
ressantes, auraient dû être étudiées avec bien plus de précision; mais je
m'étendrais outre mesure si je voulais faire ici le travail de l'auteur. Je
noterai seulement que l'allusion de Bertran de Born k \viae (Quant vei h temps],
celle de Rambaut de Vaquciras et sans doute celle d'Arnaut Daniel se rappor-
tent i Foacon de Candie^ poème que M. B.-H. ne paraît pas connaître et qui a
joui au Xll* siècle du plus grand succès. — Cest bien i tort que dans ce
4^8 COMPTES-RENDUS
vers de Gu. de CabreÏM, M dt Rambaal ni d'en Atmon fou de JV^imDn^,
M. B.-H., d'ordinaire si avare de corrections, change Rambaut en Rauiâta, I
gam^aut de Frise est un personnage très-connu de la plus ancienne poésie
épique; quant à Aimon, s'il faut lire ainsi, ce peut être le Hairaon de Galice
que la Karlamagnùs-Sagâ mentionne précisément à côté de Rambaul. — A
propos de Birarl de Montdidier, M. B.-H. fait des remarques et des conjec- \
turcs qui manquent de base et de portée. Supposer que ce héros a pu Hrt '
originairement provençal est extrêmement invraisemblable, car le Montdidîer
d'o& il tire son surnom paraît bien être la ville de ce nom en Picardie. M. B.-
H. ne l'a rencontre jouant le r6le galant que lui attribuent les allusions proven-
çales que dansGiiu/rc), et il en conclut que la partie de Gaufrey où tl joue ce
rûle est bien plus ancienne que le reste du poërae. C'est fort peu probable :
l'auteur de Gaufrey a simplement donné à Bérart un rdle qu'il avait dans la tra-
dition. Nous le retrouvons donoiant avec non moins de succès dans le GmUdïn
de Jean Bodel^ que M. B.H. ne connaît pas, et auquel sa conjecture s'appli-
querait avec moins d'invraisemblance. Je ne la lui appliquerai pourtant pas.
Les nombreuses allusions à Bérart (on en trouverait plus d'une autre en fran-
çais) prouvent qu'il a été anciennement le héros d'un poème aujourd'hui perdu,
qui le représentait comme aussi heureux en amour qu'en guerre. — Rien n'est
moins heureux que ta correction proposée par M. B.-H. i ces vers de Ga. de
Cabr. : Si de MaraU Ni d'Arstlot la conunson, où il veut lire M de Careut Ni de
Carlot. Le vers précédent (oublié par M. B.-H.) est Ni de Riqueui : il s'agit
sans doute ici d'un poème sur Richeut, ce type de la < lecheresse » et de l'en-
tremetteuse, ainsi que sa chambrière Herselot ou Hersent; peut-être même
Guiraut connaissait-il le poème Français si curieux de Ricbtat; cela n'a rien
d'impossible, car ce poOme a été composé vers 1 1 ^6, mais il atteste lui-même
l'existence de poèmes plus anciens sur le même sujet. Dans Richtat on ne voit
pas figurer de Mareut, mais cela ne prouve rien, puisque nous n'avons de
Richtat qu'un fragment. — On lit dans Gu. de Cabr. Ni de Faqtkni ni d'OrsoH:
M. B.-H. lit Valenlin^ sans dire que cette correction a déjà clé proposée par
M. Hoiland (dans les notes des DenkmttUr de Bartsch). < Nous aurions ainsi,
dit-il, un témoignage pour la haute antiquité de VaUnttn et Orson. » C'est préci-
sément ce qui rend la correction douteuse, ce roman n'ayant aucun caractère
d'ancienneté.
Je pense pouvoir éclalrcir encore que!ques>unes des allusions restées obscures
à M. Birch-Hirschfeld. Dans Guiraut de Cabreira, Sicart, comme Maiirin, se
rapporte au poème à'Aigar et Maurtn dont M. Scheler a découvert et publié uo
fragment. — Guasmar est peut-être le Guimar de Martreuil mentionné cî-dessus
(les derniers vers du Roman de Ronce/aux ont un nom de lîeu analogue). —
VAnîelmt nommé dans un vers de Gu. de Cabreira (voyez aussi le passage latin
cité plus haut par P. Meyer) pourrait bien être cet Antiaume qui figure dans un
poème inconnu dont M. Suchieradécouvert et publié un fragment (voy. Rom, IV,
499). — Lesii figure deux fois dans la pièce de Gu. de Calanson : au premier
passage R donne Gclm; le second passage porte : De Poiibus (éd. d'KpoUhui)
E dt Uui Cui non vole lo sers okzir; il manque dans R, mais, sauf Uus qu'il
faut corriger en Leias, il n'offre pas de fautes : il s'agit de l'esclave chargé par
B!RCH-HiRSCHFELD, Dtc Âtn TroubadouTs bckannUn epischen Stoffe 4^9
Laius de tuer son fils cl qui ne voulut pas exécuter cet ordre, et de Polybus,
le roi de Corinthe, qui éleva Tenlant (M. B.-H. reconnaît dans EpoUttus Hippo-
Ijrtc, p. 16). — E d< Fdis Si con lo les amors morir \D Ftris Ni c); ne peut-on
pas lire Fcnis et la et reconnaître là une nouvelle allusion i CItga (cf. B.-H.,
p. î2) ? — E d'Olein Que non roic lo pau devtzir ; le ms. D porte E Je luHrty ce
qui est la bonne leçon; il s'agit en cfîct d'Huelin, qui. étant allé faire un mes-
sage au roi Gornond, fui invité 1 découper un paon, mais ou l'enleva et
l'emporta ou le lui jeta au visage. L'allusîoo à cet incident qui se trouve dans
le fragment du Hoi Louis (w. 341 ss.) est assez claire pour nous permettre de
reconnaître celle qui se trouve ici : Huelin rencontre le lendemain Cormond dans
la bataille et, tout en le serrant de près, il lut dit : C'est Huduis tjutvoî maiseU^
Qui l'autrier fut a voz kerberges ... Si vos servi copu putceU^ U poun mis[tl ai ta
s^uiele^ Unkes n'en mustet la maiscie. — Le passage de Harobâut de Vaqueiras
sur Gui d'Esiduoilh parait altéré : Corn en Guis d'Esidaoilk, A cui jon sonnenz
La reine enlrels denz Don h fa del vergier Perdet. Je lirais : A cm fort sonrizenz
La rein' entrels denz, Doa la fad' et vergier Perdtt., c'est-à-dîre qu'il s'agirait d'une
histoire analogue à celles de Graelent et de Lanval. — Le passage de Guillcm
Arnaut de Marun sur Linaure a déji été ciié à propos du lai français d'tgnacre
(et non lgnaur't$\ dont îl reproduit à peu pris le sujet (voy. la notice de Massmann
sur dûi Herz^ de Conrad de Wùrzbourg, dans le t. Il de son Ceiamtnla^nUaa).
La plupart de ces explications auraient pu être données par M. B.-H. s'il
avait préparé son travail âvec le soin désirable; mais une preuve de légèreté
plus sensible est le grand nombre des omissions qu'on peut lui reprocher. Je ne
parle pas ici des recherches plus étendues qu'il aurait pu faire dans la littéra-
ture provençale * : je parle de pièces qu'il a eues constamment sous les yeux,
qu'il dit avoir complètement dépouillées, et oli il a laissé beaucoup trop i
glaner. J'ai déjà cité plusieurs exemples de cette négligence. En voici d'autres ;
je ne m'occupe que des trois servenlois, publiés par M. Barisch, deGuiraut de
Cabreira, de Guiraut de Calanson et de Bertran de Paris. — Dans le premier,
M. B.-H. n'a pas relevé les passages suivants : Ai d'Au/elis (il faut An/ehs,
comme on te lit d'ailleurs dans la dernière édition de la Ckrestom. prov.; c'est
Anféltse, l'héroïne de Foucon de Candu); — A'i dt Rohert (peut-être l'agît-ïl de
cet êcuyer Robert et de sa femme Enguelas, si dévoués i leur seigneur Olivier,
dont Gamier de Nanteuil se faisait chanter la chanson; voy. Aie d'Avignon,
p. ji); — Ni de Loer (sans doute Lohier le fils de Charlemagne) ; — Ni
d*Aldatr Ni de Rainer Nt d'Eranbttg ab lofurguon (je lirais volontiers f/« Ranberg\
et je reconnaîtrais dans ces vers une allusion A une variante quelconque du thème
si répandu à*Audtgier) ; — Ni de Mainur de ms. porte ainsi et non Rainier), Ni
de Fol^uier, Ni del bon vassal Rubion (ce dernier nom figure dans tes poèmes sur
la croisade); — Dt Lonas^ etc. — Les oublis sont moins fréquents pour la
pièce de Gu. de Calanson; cependant j'en 31 signalé plus haut un ou deux.
— Dans le court morceau de Bertran de Paris, il était facile d'être complet;
I. Je ne puU cependant ne pas dire combien il esi étrange que M. B.-H.. qni emprunte
deux citations ja Tesatir de Peire de Corbiac, n'ait même pjs pm la pane de relever
les mentions intéressâmes qui figurent dans les derniers vers de ce pocme ei qui sont
inscrta dani la chnsiomathie de M. Bamdi ()* éd. p. 213 u.).
460 COMPTES-RENDUS
toutefois M. B.-H. a oublié les vers suivants : Ni com basUc Tohta CamuAU ; —
Ni no sabOs qui valc mois c'om dei mon; — Ni d'ArgUtu h bon aicantador; — les
deux vers qui suivent celui où est mentionné Cuic de Maiensa, et qui^ s'ils se
rapportent au même personnage, rendent assez douteuse l'identification proposée '
plus haut par Meyer; — De Damas ifuc sujric mant ajan.
Ces trois pièces sont en réalité la base du travail de M. Birscfa>Hirschfield et
de tout travail analogue. Elics sont, dans les DaikmaUr de Bartsch, difttciles i
consulter et iacommodes à citer, les vers étant numérotés d'après la page et non ■
d'après la pièce. Si l'auteur du travail que nous venons d'examiner avait donné de
ces pièces une édition critique, accompagnée d'un commentaire et d'un double f
index, il aurait fait quelque chose d'utile. C'est un travail qui pourrait encore t
tenter quelque philologue, et que le mémoire de M. B.-H. n'a certes pas rendu 1
superflu. Ce mémoire, et les observations qu'il a suggérées, fourniraient au coa-
traire à un semblable travail un point de départ qui le faciliterait beaucoup. Seo- >
lementil ne suffirait pas de dire à quti poème paraît se référer un passage: il fau-
drait expliquer autant que possible les traits spéciaux mentionnés dans ce passage
(par ex. dans celui-ci de Bertran : Ni non sabet: per que stttt son nom Palamida
sal pûlaiîz al prim som). Si l'auteur de ce travail rattachait aux allusions des
deux Guiraut et de Berlran celles qu'on peut relever dans les autres trooba-
dours, s'il les traitait par la même méthode et qu'il en comprit le dépouillement |
dans l'indexj il rendrait i l'histoire littéraire du moyen-âge un service réel et ' |
durable.
G. P.
Ll Bastars de BolUon (faisant suite au roman de Baudouin de Selfourg]^
poème du XIV' siècle publié pour la premiérefois d'après le manuscrit unique
de la Bibliothèque nationale de Paris par Aug. Scukleb. Bruxelles, Closson,
1877, in-8', xxxiii-j4i p.
Le poème que vient de pubîier M. Scheler forme un épisode dans l'immense
composition dont Bauduin de Stboun est U branche immédiatement précédente.
II résulte de nombreux passages , dispersés tant dans Baudain que dans le '
Bdtard^que cette composition racontait les croisades depuis l'origine, et retnon*
tait même sans doute plus haut, c'est'â-dife jusqu'aux ancêtres fabuleux de
Godefroi de Bouillon, et qu'elle descendait jusqu'à une époque à peu près con-
temporaine, c'est'à-dire jusqu'aux guerres de Philippe le Bel contre les Pla-
mands, comprenant entre autres morceaux le récit des croisades de Louis VII,
de Philippe* Auguste et de saint Louis. Des deux manuscrits qui nous ont con-
servé Bauduin de Stbourc, l'un se termine i l'endroit où M. Boca a arrêté son édi-
tion, l'autre continue pendant 6jj4 vers que M. Scheïer vient d'imprimer. On
peut se demander si la partie du poème antérieure au Baaduin de Stbourc s'est
conservée, si par exempte on peut la reconnaître dans l'une des rédactions du
Chevalier ûiï cygne ; c'est une question que la critique n'a pas encore abordée I
sérieusement et qui demande un examen spécial. M. Scheler, malheureusement, ■
s'est abstenu d'entrer dans cet examen, qui l'aurait certainement conduit  des
résultats intéressants. La suite de l'ouvrage a-t-elle été composée P c'est là uo
problème d'an autre genre, et que nous ne sommes pas en état de résoudre. Le
Li Bastars de Buillon, p p. scheler 461
Boston DC nous est arrivé que dans un seul manuscrit; peut-être quelque volume
qui contenait la suite aura péri. Si les promesses dont je viens de parfer ont
Hi exécutées par le poète, la perte de cette suite, surtout pour la toute dernière
partie, est assurément fort regrettable, et on donnerait bien voloaliers le Bastan
de Bouillon pour te récit des guerres de Flandre*.
Ce morceau, en effet, est loin d'oifrir l'intérêt de Bauduin de S^imn^ et, bien
que cinq fois plus court, il est considérablement plus ennuyeux. L'imagination
féconde et plaisante qui brille dans le premier de ces poèmes est presque tota-
lement absente du second : plus de ces saillies imprévues, de ces traits mor-
dants, de ces folles aventures qui rendent si amusants les jo,ooo vers de Baa-
imn. Le style, d'une qualité assez médiocre, est moins populaire ; le sérieux
est monotone, la gaieté lourde et terne. C'est au point qu'on se demande si,
pour expliquer celte différence^ il suffit de dire que l'auteur de Bauduin avait pris
de l'âge, s'il n'est pas admissible qu'un continuateur a suivi son plan, mais avec
beaucoup moins de verve ei d'humour. Tous ces rimeurs du XIV* siècle se res-
semblent de si près que les plus grandes analogies dans la versification et la
langue, comme dans la tournure des idées et le moule des récits, ne suffisent
pas à attester l'identité. Cependant il faut reconnaître que le lien entre les deux
poèmes est si étroit qu'il est plus vraisemblable de les attribuer au même
auteur; mais il n'avait pas seulement vieilli, il avait dû faire une maladie entre
les deux.
M. Scheler a donné du Bastart, dont nous n'avons qu'un manuscrit, une
édition intelligente et certainement supérieure à celle de Bauduin. II y a joint
un sommaire, de très-abondantes et très-instructives notes philologiques, une
TabU dci noms, un Glossaire et une Table des rima. C'est une fort bonne chose
qu'une table des rimes^ et je recommande l'exemple de M. Scheler (qui d'ailleurs
n'est pas le premier) i l'imitation ; mais je voudrais que ces tables servissent â
l'éditeur pour tirer quelques conclusions. Sous chaque terminaison îl faudrait
signaler les rimes qui offrent quelque particularité. Ainsi ces dépouillements
seraient utiles i la philologie, et ils seraient à la fois plus s&rement complets et
plus commodes à consulter que ceux qu'on met parfois dans une préface. — Au
reste, je n'ai pas l'intention de critiquer l'édition de M. Scheler au point de vue
philologique : ce travail a été fait par M. Tobler, dans un article que j'ai cité
{Rom, VII, ijjl, de façon à ce qu'il n'y ait plus à y revenir. Je ne voulais
qu'annoncer le livre et présenter une observation sur un point spécial.
La femme du bâtard de Bouillon, Ludie, s'est fait enlever par l'amiral Corsa-
brin. Son mari pénètre, déguisé en charbonnier, dans la ville oh elle habile,
monte au palais et se fait reconnaître d'elle. Elle le reçoit bien, prétend avoir
été enlevée malgré elle, lui fait prendre un bain et lui accorde l'usage de ses
droits de mari. Mais bientôt Corsabrio, qu'elle a fait prévenir, arrive avec des
tommes armés et saisit l'époux trop crédule. < Que feriez-vous de moi, »
demande*t'il k son prisonnier, • si vous me teniez comme je vous tiens.' — Je
t. La note fiaaie du nu. de Bauduin qui ne contient pas le Bastari semble bien prouver
que ce dernier poème au mottu a existe plus complet que nous ne le possédons- Cette
note renvoie en effei an Bastart cetuc qui veulent connaître la mon de EUcdwin de Sebourg,
et le Bastart tel que ooiu Cavou Uisse» en k (erminani, ce personnage plein de vie.
462 COMPTES-RENDUS
VOUS ferais p«ndre au plus haut arbre de la forêt >, répond le bltard. c Et
c'est ce que je fera! de vous », réplique l'autre. On sort de la ville, on arrive à
la forêt, on cherche, on trouve l'arbre le plus haut. Le bâtard est hissé à la
cime; on lui passe la hart au cou. Avant de subir son sort, il demande comme
seule grâce à Corsabrin de lui faire donner un cor, pour qu'il puisse appeler les
anges du ciel i recueillir son Jme, et de lui permettre de faire ensuite une prière.
Corsabrin lui accorde cette demande : mais les sons du cor arrivent aux chrétiens
qui, non loin de là, attendaient dans l'anxiété le retour de leur maitre; ils
s'élancent, et, grâce au répit laissé au condamné, ils arrivent à temps pour le
délivrer et mettre à mort ses bourreaui.
Celte histoire a cela de curieux qu'elle se retrouve, avec quelques légères
différences, dans le poème allemand, composé au Xl]<' siècle, mais renouvelé au
XIV*, de Sahmon et Moroll. Le récit du poème allemand, où le r6le de notre
bâtard est dévolu â Salomon, est fort supérieur â celui du poème français, visi-
blement altéré, affaibli et plus éloigné de l'original. Cependant Les antiques réau
relatifs à Marcoif (^= Morolt) ne connaissent pas cet épisode, et le rAle de libé-
rateur de Salomon, que joue ici ce personnage, est tout à bit contraire k sa
véritable physionomie. Aussi pourrait'On croire que les noms de Salomon et de
Marcoif ont été introduits dans une histoire qui leur était étrangère, et, en effet,
les critiques allemands ont admis que cette histoire appartenait à t'êpopée ger-
manique et n'avait été rapportée que postérieurement au roi des Juifs. On peut
alléguer comme preuve accessoire la grande ressemblance de ce récit avec l'épisode
final du Roi Rothtr. Il n'en est rien cependant, au moins pour Salomon. En effet
nous retrouvons cette histoire dans plusieurs bytina russes sur Salomon qu'a analy-
sées M. Rambaud', et elle remonte certainement â une source byzantine. Dans les
récits russes, ce sont des êtres surnaturels qui accourent i l'appel du cor de
Salomon, et c'est peut-être là la version primitive. Il est curieux de retrouver
cette histoire en France, très>dégradée il est vrai (d'autant plus que Ludie,
baptisée et épousée de force par le bâtard, nous paraît être assez dans son
droit en essayant de lui échapper, puis de se débarrasser de lui). Elle a dû y
être connue anciennement sous sa forme primitive: au moins est-ce à elle que je
rapporte sans hésiter une allusion du roman des S<pt Sages (v. 436I où la femme
de Salomun est comptée, à côté de celles de Constantin, de Sainson et d'Arthur,
parmi les plus perfides épouses dont on ait conservé le souvenir. Combien de
récits de ce genre, familiers au plus ancien moyen âge, se sont perdus plus tard»
parfois sans laisser de traces I
G. P.
1. La Futsie épiaue, p. J94 u. Je n'^i pas sous la main, en écrivant cette note, le
livre de M. WesKlofiky sur Salomon et Kitovras.
PÉRIODIQUES.
I. — Rrvuh xjks LANncE» iiOMAnsSj 2" série, t. V, n* j (\\ nars). -—
P. 106, L'érangiU sdon sainl Jean, cd provençal du XIII* siècle, tiré du ms. j6
de la Bibliothèque du P^Uts des Arts, h Lyon, publié par W. Fœrster (chap.
I-VIH), Le Nouveau Testament de Lyon est connu depuis longtemps. Non-5eule*
ment, comme le dit M. Kœrsler, il a été décrit dans l'ouvrage deGilly*, qui en a
extrait le premier chap. de S. Jean^ mais en outre, le ritue) cathare qui termine
ce ms. a été publié en 18^2 par M. Ed.Cunitz'. M.F. apubliéTévangite de S.
)ean i titre de spécimen, et sans joindre à ce texte ni notes ni explications. Il
se proposerait, nous dit-il, de mettre au jour le ms. entier, si une édition com-
mencée il y a quelques années par une dame anglaise devait être définitivement
abandonnée. Cette édition a été en effet interrompue pour cause de maladie,
vers 1875. J'en ai sous les yeux les bonnes feuilles, qui sont au nombre de 17,
el conduisent le texte jusqu'à l'épître de S. Jacques inclusivement, c'est-à-dire
assez prés de la fin. Il paraît probable, au moment oti j'écris, qu'elle sera ter-
minée et publiée. M. F. a justement remarqué, dans \t court avertissement qui
précède sa publication, que la principale difficulté de l'édition réside dans la
façon de résoudre les très-nombreuses abréviations du ms. Il etitbien fait, selon
moi, de conserver certaines de ces abréviations, autant que cela se peut faire
en typographie, celles du moins des noms propres, et dans les autres cas de
mettre en italiques les lettres abrégées du ms. Je trouve quelques petites
inexactitudes dans sa copie. Il écrit Jouans, Jouan; le ms. porte ordinaire-
ment / avec un 0 suscrit, mais il y a Joant en toutes lettres I, i^. !1 y a
moistn et non moysen I, 17; htegi et non tatetgt ], a6. Vt har^ \. jo, dans
la Vulgaie « venit vir >, est assurément la leçon qu'il faut restituer, mais il
fallait dire que le ms. porte vt Ira, La ponctuation adoptée par M. F. est une
combinaison trés-peu satisfaisante de la ponctuation du ms. et des usages
modernes. — P. 126, Di Martino, énigmes populaires siciliennes. — P. 1)8,
Bibliographie, Ste.nqei., Dtt kiJen attcsUn profenzatiîchtn Grammattkm (C. C).
— P. 1^6, Périodiques. P. M.
n. — Gforkalb di FiLOLOoiA rouakza, dirctto da Emcsto MoNACt, I, I*. —
P. i, Monaci, Avv(rten:a. — P. 2, A. Canello, Ungua e dmletto', observations
1. Tht nmaunt renion 0/ tht Gosptt accofding to S John, 1848, in-8'.
2. Btitr^e zu âtn xhtolifgUcHtn Wistauchajttn, IV, 88.
î. Voy. ci-dcïïUi, p. J49-
PÉRIODIQUES
intéressantes sur la distinction entre les mots populaires el les roots savants
et les différentes séries auxquelles appartiennent ces derniers. C'est i tort que
M. C. range le fr. Dieu parmi les mots qui n'ont pas eu une existence popu-
laire ininterrompue, i cause de la préservation de \'u final : cet u (ou o) s'est
conservé en fr. dans trois cas : après un d ou un e lorsqu'il en était séparé par
un f ou fr {ctavo, AnJegaro, sebo), zptès au o quand il en était séparé par un g ou <
i'traugo, JocOj loco)^ et quand il suivait immédiatement la voyelle (Dco, (udoeo,
htbraeo, tehnaco); si pour mfui on trouve mis ou mes m lieu de/niVa;, c'est une
contraction postérieure (cf. mcon dans les Serments). Depuis longtemps je vois
dans espir, comme M. C, le substantif verbal de espirtr, — P. i j, P. Rajna,
RitrûUt di una raccolta ai favole. Dans cet excellent article, M. R. publie, d'après
un ms. de Milan, les moralités en vers, visiblement détachées des fables qui sont
perdues, de 43 fiables ésopiques (plus quelques proverbes); il montre que le
recueil d'où elles proviennent se composait des fables d'Aviaaus [sans doute
traduites sur un dc& nombreux rifûcimcnti qu'on en avait composé au moyen âgej
et de celles de l'anonyme de Nevelet ; il en étudie la langue étrange, 0(1 il recon-
naît du français composé par un Lombard qui y a mêlé beaucoup de formes pro-
vençales; en6n il y joint de très-bonnes notes explicatives el comparatives. —
P. 4j, N. Caix, Sui pronome ilaliano. M. C. rend très-vraisemblable la prove-
nance du pronom ît. vi de voi et non de ïbi, comme on l'enseignait jusqu'ici; il
fait voir que le pron. fém. U est un affaiblissement de leî et ne remonte pas
directement à un latin vulgaire iV/tii;; il réunit les différentes formes italiennes
provenant de la jonction de ^aem, quod^ uki avec villes; il soutient que aascke-
duno est ciasche iino avec un d euphonique intercalaire, ce qui ne paraît pas tout
à fait sôr; il donne de nouveaux exemples de quegno et guigna.
Varietù. P. 48, N. Caix, Etimologit ronan:e: fr. ébouri§l rattaché à l'italien
sharuffato (cf. l'opinion divergente de M. Bugge dans la Romania); fr. flagorner 1
regardé comme un dérivé de l'a. h. a. jlùthan ou jhkon^ ce qui est fort hypothé- ■
tique; it, guidalesco^ excellemment dérivé de l'ail. Widcrritt; il. tajenâj tiré,
comme l'esp. ta/ana, du synonyme arabe taifur1ya\ esp. urea^ it. or«, fr.
houlque, rapprochés avec toute raison de l'a. h. a. holco^ vaisseau l^er. —
P. jo, E. Monaci, Sut Libre Rtale^ montre la parenté de ce chansonnier italien,
dont on n'a que la table (voy. Rom,^ VI, 628J, avec un ms. de la Laurentienne.
— P. 5}, A. d'Ancona, Fra Guittone c il sign. Pcrrens; relève des méprises el I
des l^éretés inexcusables dans divers passages de l'Histoire de Florence relatif J
à Fra Guittone, dans une note entre autres où M. Perrens donne une leçon de
philologie italienne à M. d'Ancona lui-même; nous notons en passant qu'il
semble résulter de quelques paroles du savent professeur de Pise qu'il ne regarde
pas ta cause de Dino Compagni comme perdue.
Rassegna bibliogréifica. P. j j , Hajdeu , Fragmente pentru istorîa ttmbci
romane (Caix); p. j6, Ive, NoveUine popolari rovignesi (d'Ancona); p. $7,
Canal, Sopra ana camone di Cino àa Pistoia (Canello); p. (S, Morel-Fatio, El
Magico prodigioso (Mooaci); p. j9, Borgognoni, StuJi di erudiziont c d'artt
(Navone). — bulUtùno bibliografico (annonce sommaire de 22 ouvrages). —
Paiodici. — Notizit. C. P.
PÉRIODIQUES 465
m. — ZEiTSCHniPT rùa ROMANtscHE Philolooib, II, I. — p. I. F. Perle;
la NlgûUon en ancien jrançaii ; première partie d*un travail utile el fait avec som;
je ferai remarquer à l'auteur que noit ou plutôt najt doit bien probablement se
décomposer comme oje, — car l'ingénieuse explication de M. Tobler me paraît
de plus en plus vraisemblable, — en non et ft\ je ne l'ai îusqu'îd rencontré
qo'en réponse i une question relative i l'action attribuée ï la personne qui
répond; il est vrai que I'j est surprenant, d'autant qu'on ne trouve ni nojt ni
neje qu'on attendrait, mais je suppose que nafc est pour ntn je, où ê s'est d'abord
changé en S, puis a perdu la nasalisation; — nontfuts se trouve plus tard que
ne le croit M. P., bien que je n'en aie pas d'exemples sous la main; — les exemptes
(p. 8) cités par M. Brinkmann pour établir un ne français répondant à tnde n'ont
pas de valeur (cf. Rom., VI, 504) ; au v. allégué, pour appuyer la forme no, de
l'imitation du Cantique àticanùquts (Bartsch, Chrnt., p, aj), il (aul n'ont au
lieu de no jef, comme P. Meyer l'a déjà imprimé dans son Recueil, n« 4, v. 57.
— P. 25, A. Tobler.l'ifiirfï/^foyriïJ.tfoponfrfflToi/i, extraits d'une vie inédite,
surtout précieuse parce qu'elle donne les premiers vers de toutes les compositions
du pieux chansonnier. — P. 40, O. de Toledo,rrj(Ofl .if Fj7(iwr/o, l'auteur, outre
des renseignements bibliographiques sur les différentes versions modernes de ce
thème si célèbre au moyen âge, en public une version en prose du xiv* siècle,
paraphrase du poème en vers latins rhythmiques, et une version en strophes de
la fin du même siècle, d'après trois ms^., dont deux à Paris. Ce qu'il y a pour
nous de plus précieux dans son travail est une nouvelle édition, revue sur le ms.,
des 74 vers, malheureusement seuls conservés, du plus ancien poème espagnol sur
ce sujet. L*autcur déclare ne pouvoir décider lequel, de ce poème ou du poème
français correspondant iWright, Mapes, p. j2i), est l'original, et reproduit,
comme f tan atendibles y de tanta valia » des observations de Pidal i ce pro-
pos dénuées de toute valeur. Il ne peut être douteux pour personne aujourd'hui
que la pièce espagnole est une traduction, libre i certains endroits, à d'autres
tout à fait fidèle, de la pièce française, dont elle a conservé le rhythme et
souvent tes nmes. Mais elle n'en est pas moins intéressante pour l'histoire
de la tangue et de la littérature, et M. de T a rendu un vrai service en en
donnant une meilleure édition. Au-dessous du texte diplomatique il a placé
une restitution sur laquelle on pourrait chicaner, mais que chacun est libre
de n'accepter que sous bénéfice d'inventaire. Dans les notes explicatives
je relève la traduction erronée de losenuxr (i. loseniar) par Hrvar la enuHa :
on dirait que l'auteur a été induit en erreur par le français qui donne par
lûtangi porter; louange est ici pour losenge, dont le sens est bien connu. —
IP. 70, K. BartKh, Zu Jen proveniûhsehen tais. Cet article est un supplément
i la publication de deux lais provençaux el d'un tai français faite par M. Bartsch
dans la première livraison de la ZtiUehnji Rendant compte de ce travail dans
ta Aomdnù (VI, 47]-4}, i'avais remarqué que l'éditeur n'avait pas connu un ms,,
B. N. 2 1 9 j , — fort bien indiqué dans le catalogue du fonds franc, de la Bibliothèque
nationale, — dont l'importance est capitale pour rètablissemeul du texte du lai
français. M. B. a profité de cette indication : il s'est lait copier le texte toumi par
le mi. 119), et en donne les variantes, s'elforçant par la même occasion de me
dire des choses désagréables. J'avais dit par exemple que la pièce Ja no rolgta
Homania^ VU jq
4<S6 PÉRIODIQUES
^a'om aazis, citée par lui comme éUnt de Foiquet de Marseille, ne pouvait
aucunement être de ce troubadour; M. B. me reproche d'avoir consacré à ce
sujet une demi-page, et représente fort inexactement mon argumentation. Jl est
vrai que la question de savoir si Folquet est ou non l'auteur de cette chanson
ne touche pas directement les lais, mais elle est en elle-même intéressante, et
d'ailleurs il est toujours utile de savoir quels auteurs on cite. Il est vrai encore
que M. Grœbcr n'a pas vu de difficulté à attribuer cetle même pièce i Foiquel,
mais tant pis pour M. Grœber! Ce ms. 219} indiqué par moi contient une
pièce latine [Veritas — traitas — târgaas — corrutt) construite sur le modèle du
lai français que renferme le même ms. M. B. suppose que je n*ai pas connu
cette pièce latine, que j'aurais pu connaître, dit-il. Mais d'abord je ne vois
pas en quoi j'étais tenu de la connaître : je ne suis pas l'éditeur des lais, mais
simplement le critique de M. B., éditeur de ces lais. C'est M. B. qui aurait
dû connaître en temps opportun cette pièce, dont les premiers vers sont exac-
tement ciléi dans le Caïahgue, l, I, p. 371, et qui d'ailleurs a été signalée
depuis longtemps à l'attention des personnes qui s'intéressent à la poésie rhyth*
mique du moyen âge. Puis il se trouve que je suis précisément l'un de ceux qui
ont coDlribué à la faire connaître*. M, B. pourra maintenant écrire, en profi-
tant des indications données ci-dessous en note, un second supplément i son
premier travail. — P. M.]
Mélanges. — 1. Histoire ttttèraire. 1. Bauquier, Ramond Feraaà a son corn-
put (cette œuvre qu'on croyait perdue est probablement un comput qu'E. Tho-
mas a public en 1847). ~ 2. Fcersler, le Gligois de Turin (n'est pas le
Wtgalois comme je l'avais supposé; la publication en est annoncée, ainsi qu'une
nouvelle édition du Bel Desconeu, singulièrement arrangé, à ce qu'il parait, par
M. Hippeau). — II. Afd/iu;crifj. t. Fœrster, Sur le fragment d' Alexandre (rien de
nouveau). — [2. H. Varnhagen, Sur un morceau de la Clinstomathic de Bartsch.
M. V.,dont nos lecteurs ont pu déjà apprécier les aptitudes (voy. Romaitia, VU, t
}44-î), finira par compromettre sérieusement la Zutschrift. Il s'agit cetle fois
d'un fragment de chronique qui est imprimé dans la Chrestomathie de
M. Bartsch, i"'éd., col. 321, 2* éd. et j' éd. > col. ^SS- Pourquoi M. V. citc-
l-il la seconde édition plutôt que la troisième.' c'est ce que je ne saurais dire.
Ce morceau est extrait du t. XXU des Histonens de France^ p. }i6-8. Comme
en i86f, alors que M. Bartsch préparait sa Chrestomathie, ce volume des Histo-
riens n'avait pas encore paru, j'obtins de l'un des éditeurs communication des
bonnes feuilles, et j'y copiai, pour M. Bartsch, le morceau qui me parut le
I . J'en ai cité en 1866 deux auires mw. dans mes Rappjnt, voir Areh. des Musions^
1* sèri«, m, ifi^~i ; tiré i pan, p. )8. KX il en existe un quatrième exemplaire dam
le au. 146 da fonds fran^U. La copie que M. 11. a eue à sa d'uposiiton ne me parait
pas Avoir Hi faîte pir un paléographe bien ucrcé. V. p, u pro»cribitur in folio », ms.
mfitio qu'il fjut corriger, d'après les autres mss., en exilio V. ia6, « crtdunt poien-
tie n, ms. (tdant. V. 116, « fit imursh », mauvaise correction; le ms. porte, oon,
comme il est dit en note, iacrasio, mais inlrasio. V. 140, w Uutat chrotius », m*. Natat,
et cht ûnus àoil être, d'après I» autres mss.. corrigé en thronui, ce qui d'ailleurs était
évident. V. 14), gravioru qui fait le vers trop court; en aotc est proposée une bien
faible correction due à M. Crcrber; mt. gtatia minons ;cGnfirmè par les autres mu.). La
comparaisQii avec les autres mss. fourniritt quelques autres amèlioratioru. La correction
de M. B. au V. 47 est confirmée. — Pour le fonJs il y a une ceruine analogie entre
cette pièce et un morceau ciié par tes Leys ^amors^ III,' 1 } 2
PÉRIO&rQUES 467
plus intéressant. Je ne suis donc pour rien dans l'édition. |e n'ii fait que copier
un imprimé ; ce qui est très-clairement indiqué dans la ChreslomethU, où
est cité le Recueil des Historiens de France*. Or voici que M. Varnhigen,
comparant ces quelques pages de la ChrestomathU avec le ms. de Londres d'où
elles sont tirées, en passant par l'édition des Histontns, me rend respon-
I sable des erreurs de copte qu'il y rencontre. Je repousse naturellement toute
responsabilité i cet égard, et j'engage M. V. à se montrer dorénavant plus pru-
dent. Il faudrait aussi qu'il apprît i distinguer une faute d'impression d'avec
une faute de lecture. Ainsi en un endroit îl note tscii quand il y a tscrit dans
le ms.; et il ne s'aperçoit pas <\\ï'escie est une faute d'impression propre à la
seconde édition de la Chratomathie, mais qui ne se trouve ni dans la première
ni dans la troisième. Enfin, le plus curieux est que M. V. ne parait pas savoir
que le fragment vaguement intitulé par M. Bartsch > Extrait d'une chronique
en prose, ■ est tiré du Ménestrel de Reiras, dont une édition très-supérieure
1 celle des Hîstoruns de France a été publiée il y a deux ans par M. de Wadly=*,
l'un des éditeurs des Hittoruns. De sorte qu'en dernière analyse la critique de
M. V. retombe sur un texte publié par M. de Watlly il y a i] ans, mats
annulé depuis par la nouvelle édition due au même M. de Wailly. Voilà da
' papier bien employé! — P. M.] — III. Criti^ut des textes. 1. Suchier, Sur le
Théophile d'AJgarj remarques critiques qui ressemblent ^ celles qui ont été
faites ici (VU, ^4;^ — 2. Bauquier, Corrections au Donal prcensal (dans En-
arbrar — erigere duos ptdts et in duobus iustuttart, il faudrait suppléer mantbas :
non : il s'agit d'un cheval qui iaarhre, comme on disait en a. fr.. c'est-â-dircse
dresse sur ses deux pieds de derrière; nous avions effacé cette correction de la
liste donnée par M. B. à la Romania, VI, 4 jo). — IV. Étymohgus. 1 . Focnlcr ;
. V. fr. hanste |non pas à'amts, mais de hûsta; j'accorde la négation, non l'affir-
> nation. Hanste, quoi qu'en dise Dtez, a une h aspirée et vient donc de l'allemand,
M. F. croit avoir prouvé t'intercatalîon d'une n devant une 1. il se trompe :
daBS tous les exemples cités par lui (Zeitscfirift, \, j6o), il y a non pas une s,
mais un c, ce qui n'est point la même chose, excepté dans certains cas où il ne
s'agit pas d'un phénomène phonétique, comme lorsqu'il y a eu confusion entre
les préfixes en et es)^ it. stordire (ramené avec vraisemblance i turdut], a. tr.
spoine (on trouve aussi tspont, esponne; la forme renvoie bien à spontus ^= spon-
taneas, mais a-t-on le droit d'admettre ce type latin f'), it. troccia (et fr. crossi,
tiré d'un dérivé ta -ta du radical crocc-; intéressantes observations sur divers
mots apparentés), fr. roche (tiré d'un radical rorr-, auquel l'auteur rattache
aussi rosser, ce qui est peu vraisemblable comme forme et ce qu'il n'essaie pas
d'expliquer comme sens), fr. rncr (de rutare, comme arguer de argatatt, étymolo-
n gies excellentes!, maintre (uniquement cstté dans la locution maintre communul-
I mentt dont M. F. a réuni tous les exemples connus, sauf celui-ci de Fhavant,
T. j6j, où la forme e*t, il est vrai, singulièrement altérée : Par ta ciU s'adobent
I. Par un scrupule peut-être exagéré, M. Bartsch a ajouté, dins li i" a y édition,
a CofH< d« M. faut Mcyer »
3. Iji rédaction de la Zeitschrift De devrait pas ienorer rrxitten» d< crfte édition,
ponqu'cDc en a derundé un exemplaire ï la Société de l'Hisioirr de FraïKe et l'a obtenu;
voir le Bulletin de ta Société, séance dn 9 jaorier 1877.
468 PâRIODIQUES
mmtem commuiumant ; l'explicatioa qu'il propose me parait bien douteuse; je
n'en ai pas pour le moment (l'autre à donner; peut*èlre pourra*t-il être utile
de faire remarquer qu'on trouve quelquefois en a. fr. mainte pour mainte par
exemple dans Paien Gatinel). — P. S9, Bauquier, Une Imu/u de nos dkuan-
tuires de géographie (demande qu'on joigne pour les noms de lieux du Midi la
forme dialectale h U forme française). — V, Crammaue. 1. Fœrsler, le Pronom
possrsstf fiminin abiolu en anc. //. (très-bonne classification des formes; l'auteur
a rétracté à la Bn du cahier ce qu'il disait ici sur mun etc., qu'il formait avec
Diez â l'aide d'un suffixe -anus; il a bien fait, mun n'étant que la forme con-
tractée de m'mn, écrit meon dans les Serments). — 2. Gaspary, Si en a.it. et en
a. fr. pour /'((. finchè, k jr. jusqu'à ce que {cet usage très-fréqucnl en a. fr.
n'avait pas, que je sache, été relevé jusqu'ici publiquement). — VI. Vocahahùe.
Rausch, Remarques tingutstiques sur la guerra é'Muichde CianJe Travers (poème
ladin du .wi* siècle).
Comptes-rendus. P. 1 1^, Schuchardt, RMorneU undTerzine{QTtï\. — [P. laa,
Recueil d'anciens textes, U. J'ai quelques remarques k faire sur ce compte-rendu df^
à M. Bartsch : i' M. B. me reproche de n'avoir pas compris dans mon recueil ta
Passion de Clermont. Je réponds que j'ai eu surtout en vue mon enseignement;
ne disposant que d'un espace limité, j'ai dû choisir des morceaux utiles A mes expln
cations. Or il y a dans la Passion mainte forme et surtout mainte rime qui sont
en désaccord avec l'enseignement grammatical que comporte l'état aclud de
nos éludes. Tant que ces ditflculiés ne seront pas résolues, il est inutile d'expli-
quer aux élèves une pièce qui ne peut que jeter la confusion dans leurs esprib,
les textes étant d'ailleurs abondants, i" M. B. me reproche d'avoir donné les
variantes d'une manière éclectique et sans système. Je prétends au contraire
avoir donné un apparatus crittcus plus complet que personne, M. B. y compiis
(voy. i cet égard Rom., IV, 1 j2i, ne l'a fait avant moi pour un ouvrage de ce
genre. Les omissions que M. B. cite dans le morceau de VAlais n'ont pas
d'importance : j'ai pu çà et li supprimer quelques variantes sans intérêt, puis-
qu'on les retrouve dans l'éditioD de G. Pans, à laquelle je renvoie. }* à propos
du Rotant M. 6. s'étonne que je n^aie pas le texte correspondant du principal
ms. de Venise. C'est que, — à moins d'aller tout exprès à Venise', — j'aurais
dû l'emprunter à l'édition, imprimée, mais non encore publiée de M. Hofmann,
ce qui ne me paraissait pas légitime ; je croyais d'ailleurs que cette édition
allait paraître. On a maintenant celle de M. Kœlbing. 4' pour Albéric de
Besancon (n* 14), M. B. remarque que j'ai admis dans mon texte des correc-
tions faites par des philologues que je n'ai pas nommés. Je ce les ai pas nommés
dans les notes, mais je les ai nommés en tête du morceau, en renvoyant  lean
travaux. En outre, au moment où cette partie de mon Recueil s'imprimaît|
j'étais persuadé que mes deux volumes sur la légende d'Alexandre (dont l'on
est entièrement imprimé depuis 1870) verraient le jour en 1S77. J'espère qu'ils
ne tarderont pas  paraître : j'y travaille aclivemenl. On y trouvera pour Albé-
ric un commentaire détaillé (imprimé en 1869), dans lequel je rends à chacun
1. Je me suif contenté dans mon Reeueil de mettre à profit tout ce que pouvaient me
fournir les bibliothèques de France et d'Angleterre. M. Bartsch n'en a pas fait auunt ;
U s'en fautl
PtiRIODIQUCS 469
et particulièrement à M. B. la justice qui lui est due. — P. M.] — P. 12^,
Crœber, tiie Litàenammlungtn âcr Troubadours ; Stengel, die ftrovtnzalUclu tih~
mmltse dtf Chigiana , Gisi, dtr TroabadouT GaiUtm AnclUr; Stcngel, dit btidtn
alteittn provenxaUschtn Crammûtiktn iBartsch). — P, ij6, Ho&ch, Vtbrr dit
rQurlUn dcr prov. und lat. Uknsircschrrhung dts hdl. Honoratus (Stengcl; donne
raison i P. Meyer contre la thèse de M. H.; cf. Rom., VI, Î19)'. — P. 142,
FoTster, U chevaliers as deas tspies (Tobier ; abondance de remarques philolo-
giques intéressantes). — P. 1 ja, Liiclcing, Dk telltsten franz. Mundarttn (Neu-
mann). — P. 160, Darmestcler, De la création actuetlt de mois nouveaux iKosch-
witz). — P. 162, Mùlter, La chanson de Roland, I |article important de
M. Fcerster, contenant beaucoup de vues nouvelles et d'utiles observations de
dMail. |e ferai remarquer que j'ai exprimé mon opinion sur la patrie //dWfiWK el
non normande du Roland il y a treize ans; voy. Hisl. poit. de Chartemagnc,
p. 252, n. 4; aujourd'hui je serais moins précis, en ce sens que je ne reconnais
plus grande valeur aux mots ■ français •> et « normand » appliqués au langage,
et que je n'oserais pas déterminer le point juste dont notre poème représente le
parler, ojtre qu'il faut tenir compte des différentes couches dont il se compose;
je ne sais d'ailleurs si M. F. a découvert, pour le xr« siècle, des traits carac-
téristiques distinclifs entre le dialecte parlé par exemple dans le Vexin français
et dans le Vexin normand : en ce cas il est plus avancé que moi). — P. iSo,
Compte-rendu du n° 22 de la Romania (VI, 2), par MM. Koehier. Tohler, Gra-
ber, Hehring et Bartsch (le premier complète les indications de littérature com-
parée jointes i leurs articles par MM. Wesselofsky et Cosquin; le second cor-
rige quelques passages du Dit dt Coaitant; le troisième et le quatrième criti-
quent les notes de M. Cornu sur •itta et tanit . [Le travail de M. Rajna sur
l'étrange abbaye qui aurait été fondée à Niort par Guillaume de Poitiers {RomO'
nia, VI, 249) a donné à M. Bartsch l'occasion de s'aventurer sur le terrain de
l'histoire et de la géographie. Rencontrant dans une pièce du comte de Poitiers
IMabn, Ctd.^ n' 171) ces vers :
De Ganel ai le caste) el mandamen.
E per Niot fauc ergaeill a toia gai,
l'idée lui est venue que dans le second vers Niol serait une faute pour Niort;
idée malheureuse : il s'agit d'un des nombreux Kuul, Nieuil^àc la Vienne, de la
Haute- Vienne ou desCharcntes; quant à Cun^/, c'est Ctmel, dans la Ccrrèae, ot
existent encore les ruines d'un vieux château Continuant à itrer parti de
Niort lOeui-SévresJ, M. Bartsch rattache i cette ville le Gulllem de Niort qui
gure dans le poème des Albigeois (vv. 8981, 918}) au nombre des partisans
; plus dévoués du comte de Toulouse; autre erreur qu'il eût été bien facile d'èvi-
ter. Comment le comte de Toulouse aurait-il eu un allié i Niort (Deux-Sévre-s)?
Ce Guillem, qui était hérétique, dont les biens furent saisis en I2j6 par
Raimon VII sur l'injonction formelle de l'Inquiiition, qui prit part au soulève-
ment de 1240, tirait son surnom de Niort (Aude). Assurément M. Bartsch
n*esl pas obligé de savoir ces détails purement historiques, mais quel besoin a-t-
on de parler de choses qu'on ne sait pas? — P. M.J — P. 192, sur notre n» aj
I. Jevieiuderrouveri Dubtio une vie laitne que le croi» l'original de R. Férsut. — P.M.
470 PÉRIODIQUES
(VI, ]), M. Tobler approuve la tlièorie de M, Havet sur te et M. Schuchardt
la conteste; M. Tobler redrcssr en quatre ou cinq endroits le texte de la Vie dt
S. Jtkan Bouche d'or; M. Gaster donne du traitement de p, b, /, i- dans le roo-
main populaire une autre explication que M. Lambrior; M. Grœber, comme
pour le n' précédent, analyse les autres articles et fait quelques observations ï
propos de celui de M. Cornu sur la Fhonoiogu da Bagnard. G. P.
IV. — RoMAMficHE Stodien^ IU, I (n* lo). — p. ) , E. Bœhmer, Nonsher-
giicha: (exte de la Val di Non (Trentin). en vers et en prose, avec une mlro-
duction et des remarques sur la phonétique et la flexion. — P. S;. Ë. Bixh-
mer, Grednenschts ; observations sur le dialecte du Val de la Gardena (Tirol),
accompagnées de la réimpression d'un petit texte pieux. — P. gj, F. Settegast,
CaUndre cl su Chronique des Empereurs (Ms. B. N. fr. 794I. M. S. montre que
le prologue de Calendre a été mal compris par A. Duva) dans {'Histoire tittirairt,
que le Ferri de Lorraine dont le poète pleure la mort récente est Ferri II
(f taij) et non Ferri 1" (f 1207), et son successeur, dont il parle avec tant de
mépris, Thibaut I"; il interprète aussi avec bonheur la plupart des noms géo-
graphiques qui figurent dans le prologue. Le poème de Calendre, que M. S.
analyse, est d'ailleurs fort peu intéressant, et ce travail est surtout utile parce
qu'il détruit les illusions qu'on pouvait se faire sur son ouvrage intitulé Chro-
nique des Empereurs. L'auteur a mis en vers français médiocres, avec force contre- 1 1
sens, un ouvrage latin qu'il dit avoir appartenu h l'empereur Manuel (ce ne peut
être que Manuel Comnène, mort en 1 180), lequel en faisait grand cas et l'appe^
lait ■ la queronique reongnie. * On peut présumer que ce manuscrit avait été
rapporté de Constantinople par quelque chevalier revenu de la quatnéme croi-
sade. On ne connaît rien dans nos bibliothèques qui le représente exactement :
c'était une compilation très-abrégéc, ayant pour base Orose, mais empruntant i|
des traits à d'autres sources. M. S., qui a étudié avec soin l'auteur qu'il analyse, ■■
ne s'exprime pas très-clairement au sujet de la source de Calendre: il semble en
maint endroit soutenir qu'il a eu Orose pour guide unique et direct; d'autres fois
il signale des passages qui se rapprochent évidemment plus de VHistoria misceUa^
et d'autres dont il ne peut indiquer ta provenance : l'explication qu'on vient
de lire parait rendre compte de tout. M. S- termine son étude par quelqoes
remarques détachées sur les rimes ; il aurait été à souhaiter qu'il en dressât le
tableau complet, et qu'il donnât un petit glossaire du poème de Calendre, ainsi
qu'un relevé des principaux laits grammaticaux; ainsi son volume aurait tenu
lieu d'une édition que l'œuvre du rimeur lorrain ne mérite guère. Un échantillon
de $00 vers, imprimé par M. S., permet de juger du style. — P. Ijl, B.
Bœhmer, Date de la compotition de Guillaume de Paktmt; M. B. relève un sin-
gulier lapsai de M. Michclant dans sa préface de ce poème; quant à ta date
qu'il trouve dans ta désignation du pape qui marie les deux amants < le pape
Clément, Qui ju entre les deux Grégaires) ^ elle n'a aucune importance, d'abord
parce qu'il est sûr sans autre preuve que Guillaame a été écrit avant 1227,
ensuite parce que l'auteur a évidemment mis ses ■ deux Grégoires » au hasard,
sans avoir consulté l'Art de virifttr Us dates. — P. 1 j2, E. Bœhmer, Catak'
nisehii; l'aoteur indique divers mss de la traduction catalane de la Sommt de
PÉRIODIQUES 471
frère Lorens, remarque qu'un traité moral en dialecte sicilien dont on a publié
des fragments est une traduction de ce même ouvrage, et donne quelques rea-
seignernents sur des traités catalans, espagnols et luliens de maréchâterie. —
|F. I î }, E. Brrhmer, Zum Boeci. Suite de remarques ou sont passées en revue
la plupart des diltîcultcs qu'offre le Iragmeat provençal de Bocce. ExamiRcr en
détail ce travail nous conduirait i présenter sous une forme incommode une
véritable réccnsion de ce précieux document; ce serait surtout nous condamner
i discuter un assez bon nombre de corrections qui n'ont pas la momdrc chance
d'être jamais adoptées par aucun éditeur prudent. Bornons>nous i dire que le
point de départ de M. Bœhmcr est qu'il faut admettre dans Boéce quatre tirades
lusqu'ici non distinguées de leurs voisines, et formées par les vers 40-}, 49-J9>
i67'9, 2) j'i^. D'où il résulte que B»» est en nmes et non en assonances;
car, par exemple, la tirade 28 de mon édition, qui offrait des rimes en 0 et
d'autres en or, doit se diviser en deuK tirades, Tune en 0, l'autre en or. Il ne
reste plus désormais qu'un petit nombre de vers isolés qui offrent encore des
assonances, et on peut les considérer en cela comme fautif. M. B. est par suite
conduit à proposer diverses corrections. Je m'empresse de dire que sans approu'
ver toujours (il s'en faut même de beaucoup) les corrections proposées par
M. B., t'accepte pleinement son point de départ, l'admission des quatre tirades
ci'dcssus désignées, ainsi que la conséquence qui en découle naturellement, que
le poème est en rimes. C'est là un résultat important qui fournira une nouvelle
base i la critique de Boict. — P. M.] — P. 142, E. Bœhmer, Ritmo CassitKsc;
essai de reslilutton, au point de vue de la langue et du rhythme, et d'interpré-
tation de cette pièce obscure, dont M. B. avancerait la composition jusqu'aux
dernières années du xiii* siècle (ce qui me paraît fort peu vraisemblable). —
P. 148. E. Bœhmer, Sur la ^utslion Je Dino; M. B. rappelle la controverse
des dernières années, fait quelques observations personnelles, notamment sur les
poésies attribuées i Dino Compagni, et déclare qu'il rejette complètement l'au-
thenticité de la chronique. 11 maintient cependant contre M. Scheffer-Boichorsl
que le ms. de Florence est bien du xvi« siècle, et du premier tiers de ce siècle
(bien que la date de 1^14, qu'on lui assigne d'ordinaire, repose d'après lui sur
une errcuri ; il signale une copie du xviii" siècle chez sîr Thomas Phillips;
mais ce qu'il ne signale pas et ce que personne n'a |usqu'à présent relevé, c'est
la mention suivante, sur laquelle P. Meyer appelle mon attention, dans le cata-
logue des manuscrits d'A&hburnliam-Place fcotl. Libri) 44J : 1 ... Cronica di
Dino Compagnie pap. in-fol., xv* siècle. • Nous donnerons dans notre prochain
numéro des renseignements précis sur ce manuscrit, dont l'existence, si la
date en est bien avérée, peut faire changer singulièrement de face la question
Dino. — P. I )9, B. Boehmer, Sur dtux chartes sicUitnncs attribuies au douzâmt
iitcU. Il s'agit de deux traductions en sicilien écrites au dos de chartes arabes
du milieu du xn* siècle et qu'on a souvent regardées comme contemporaines :
M. B., ayant examiné les originaux dans ta cathédrale de Palerme, a reconnu
qu'une troisième traduction, de la même écriture, se trouvait au dos d'un autre
diplôme arabe : cette traduction y est donnée comme laite par Xamel-Mindinini,
envoyé more, qui passa par Palerme en 1 (u6; une photographie jointe ï l'ar*
ticle de M B. ne laisse pas de doute sur l'identité de l'écriture des trois textes;
^
I
^
473 PÉRIODIQUES
ces prétendus échantillons de sicilien du douzième siècle apparljenoenl donc au
seizième, — P. ifij, J. Schmid, Sur deux manascrtts Je poisu iuiiitnne du xvp
uUltt de VcDcziâDo et d'autres, conservés au Briûsh Muséum (n* 10^22 et
Add. 882)14 — P. 165^ E. Bœhmer, Sur la pronûnciation sicilienne; observa-
tions personnelles. — P. 167, E. B<£hmer, /cj deux u. M. B. dit que mon
opinion sur l'anciennel/;^ de la prononciation française û = lat. û, »t pour lui
I incontestablement fausse: ■ il en donnera sans doute les preuves quelque jour.
II cite quelques exemples de u => û rimant avec u =: ù, u; je pourrais en citer
d'autres; si j'ai dit dans V Alexis que » jamais > cette rime ne se préscate,
c'est certainement une assertion trop absolue, comme il y en a beaucoup
dans cet ouvrage, oh il s'agissait avant tout d'établir des cadres Bxes et de
marquer des points de repère. Au reste, pour paur =: seur, il faut rappro-
cher rit. paara, qui est également irrégulier et qui paraît indiquer un latin
vulgaire pavura, qui aura influencé le fr. paor; la furme paùr (nmant en û\
est à la fois trop fréquente pour être révoquée en doute et trop isolée
pour rien prouver sur la prononciation générale de Vu. Il en est autrement des
formes dors {duras) et autres analogues dans Adjm et quelques autres textes, il
y a li évidemment des laits de phonétique dialectale à approfondir. — P. 168,
E. Bœhmer, sur Juan de Vjldh; M. B. annonce qu'il publiera prochainement,
d'après un ms. de l'Escorial, le premier Diàhgo de Mercurio y Charon dans la
première rédaction de l'auteur, différente de la forme imprimée. — P. 169, E.
Bœhmer, iur U Roland d'Oxford; résultats d'une nouvelle collation du ms. faite
par M. Hartmann; M. B. défend son participe dcvints de devenir {cf. Rom., U,
107) en alléguant l'existence actuelle de formes semblables dans le patois du
Bcssin : cela n'autorise nullement h introduire cette forme dans le français du
îci« siècle. — P. 170, remarques critiques de M. Koschwitz sur le mémoire, encore
incomplet^ de M. Rambeau (voy. Rom., VU, 1 j9). — P. 174, Foerster,
Le sort de l'ô latin franiais. M. E. ne s'occupe pas de \'Ô dans les cas où il se
diphthongue; il se demande i* si dans les mots oii u accentué ne se diphthongue
pas, il est d ou <i; a" ce que devient 6 atone. Pour le premier cas, il rencontre
l'opinion de M. Lûcking, et il la combat avec des arguments plus nombreux que
ceux que j'ai employés de mon côte (Rom.^ VII, 152) à la réfuter, mais k peu
près semblables. Il remplace comme moi Hncol dans Alexis par /ico/i. La
partie la plus intéressante de ce travail très-rîche en observations et en retnar-
ques concerne les exceptions apparentes et certains laits dialectaux; M. F. a
tiré un très-bon parti du poème d'Éliennc de Fougères (voy. Rom., VII, 145),
qui est précisément instructif surtout pour l'histoire de l'd. Il est impossible
d'analyser par le menu cette discussion serrée; je dirai en général que je suis
de l'avis de l'auteur sur beaucoup de points, mais non sur tous, et que ce qui
est douteux pour lui le reste d'ordinaire pour moi. Ses remarques sur Va atone
ont un caractère nécessairement moins précis, et il faut avouer qu'on ne voil
pas de raison pour que eUrona donne crmronm et fUresùs forll; cependant il a
indiqué des tendances â défaut de lois. — P. 190. A l'article substantiel de
M. F., M. Bœhmer a ajouté des remarques d'un caractère beaucoup plus fantai-
siste: il cherche notamment à résoudre les difficultés étymologiques soulevées
par son collaborateur; il dérive rKkc de raadut. tourner de turbiitare, etc.; il lit
PÉRIODIQUES ^^^^ 475
dans Eutalu le vers : EH' ent adunet h saon (Ument ainsi : lo iuon t U ment, et
traduit : ■ Elle en réunit fde la doctrine chrclienne] le son et l'idée {et illam mat'
tem). p Ci et li pourtant quelques bonnes observations. M. F. signale la diffi-
cuhé qu'il y a à tirer tronr tnievc de tarhu turbjt (voy. ci-dessus|; M. B.
dit qu'il a proposé il y a longtemps (sans doute dans ses cours) l'étymologie
tonartf « rendre fixe ce qui était mobile, retenir, ■ d'où tromer! On voit qu'en
fait d'étymologies M. B. est incorrigible : Quo stnul al imbuta rtctns... —
P. I9Î, BeibUtt : Diez-Stiftang, Danit-Jahrbach ; M. B. fait connaître l'état de
désorganisation cl presque de décomposition de la DantC'Ccuihchffft,
G. P.
V. — BoLLETlIt DB LA SOGIÂTË DBS ATlCISNS TEXTES PRAKÇAI6, 1878, Vf I.
— P. 38-^9, P. Meyer, Notiu âa ms. F 149 de la Bibtioihi^ue nationale de
Madrid; ce ms., du XIII' siècle, et jusqu'ici non signalé, contient 1 sept
poèmes français tous inédits, entre lesquels deux ne paraissent pas se ren-
contrer ailleurs. » Ces deux sont une vie de saint Eustache en vers de huit
syllabes et on poème de 6^50 vers octosyllabiques sur l'histoire de l'abbaye
de Fécamp, qui paraît avoir de l'importance. Les autres morceaux sont une
prière à la vierge en quatrains alexandrins moaorimes, la paraplirase bien connue
(voy, Rom., VI, 9) du psaume Eriutavit., les Vers de la mort d'Helinand (cf.
Rom.j I, 06), une vie de saint Jean l'Evangéliste let peut-être un autre poème
dévot de Hairi de Wattentinnes), et la traduction de Caton d'Adan de Suel <c[.
Rom,, VI, 20). Le ms. provient de la riche collection du marquis de Cambis-
Velleron, vendue en 1771 et dont jusqu'à présent le sort était resté ignoré. —
P. 60-67, P- Mey«r, Note sur U ms. de la btbiioth. nat. de Paris fr. 20 jg; ce
ms. contient un autre texte de la Vie de saint Jean du ms. de Madrid, et entre autres
choses, un fragment de la Sainte Thaïs que n'ont pas reconnu les rédacteurs
du Catalogne des mss. français. Notons que le traité sur le Complasion don cors
selonc nature, contenu dans ce ms. (fol. 9 c), a été publié, d'après un ms. de
Venise, par M. E. Teza [La Fisiognomia, iraltatello in francese antico colla vcr-
sione italiana del trecento. Bologna, Romagnoli, 18(34).
Vi. — Geruanu, XXII. — P. 21-^4. Liebrecht, les Pierres jeties; note éni-
dtte sur Tuuge répandu chez divers peuples de jeter des pierres i un endroit,
généralement situé prés d'une route, le plus souvent considéré comme une sépui*
tore. — P. 129-167, Jecklin. sur le Karl du Struirr; observations sur le rapport
de ce poème avec le /{o/jfliif/ifi de Conrad, intéressant en plusieurs points l'his-
toire poétique de Charlemagne. — P, p6-{4i, Fischer, la Pénitence d'Adam et
Èw, l'auteur ne s'est pas aperçu que ce morceau, tiré par lui de mss. interpolés
de la chronique de Rudolf d'Ems, avait déjà été publié par Massmann (Ces. Ab.,
1, 1), d'après d'autres sources, et était traduit de la Poenitentia Adatni ivoy.
Mussafia. Sulla leggenda del Itgno dttla Croce, dans tes Comptes-rendtu de l'Aca-
démie de Vienne, t. LXllI; p. 168). G. P,
VU. — ENQLisctfË Studien, I, 2. — P. 29J Cl joo, ta Vision de S. Paul
et Ste EuphrofiM, versions anglaises publiées par C. Horlsmann. — P. j^i-
)62, compte^rendu intéressant, par M. Stimmmg, du mémoire de M. Wist-
mann sur les différentes rédactions de Horn.
474 PâRtODIQUES
I, î- — p. Î79-422, Varnhapen, Contributions à la criti^tu tt ù Pixplicotton
de J'Ayenbite of lawit di Dan Michel; montre que c'est une iraduclion tout i fait
littérale de la Somme U Rot de frère Lorens, et que pour comprendre cl restituer
le texte anglais il faut comparer perpétuellement l'original français, ce qui du
reste est un point de vue peu nouveau. — P. jji, K.œlbing, Un mot sur ta.
méthode â suivre dans les rechtrches de lutirature comparée; M. K.. se justifie contre
les reproches que lui ont adressés» presque dans les mêmes termes, la Lia,
Zetlung de Jena, la Rotnanta, la Revue cridtfue et ia Zeitschn/t Jiir deuisckes Alur-^
tham ; il y a du rrai dans son apologie, mais il doit sentir lui-même que l'accord
de ses critiques montre qu'il y a dans son exposition des défauts réels.
Vin. — Anoija Zeitîchnft fur engliichc PhitologiCy hgg. von P. WtiLCKKiij
nebst Itritischen Anzeigcn von M, Trautmann*, I. — P. j8, Kœhler, sur U
Millcres Taie de Chauctr ; M. K. en rapproche un conte allemand du XVI« s.
— P. jéi, article de M. Baist sur le Brai publié par MM. Hofmann et Voll-
nraller.
IX. — Mèhoiobs de Li Société de UNGtrisTxotrE, III, 5. — P. 371-407,
première partie [ùbcie-cngnt) du Dictionnaire étymologique du patois bessin, par
M. Joret, travail fort bien fait et fort utile. — P. 417, Joret, purare; M. J. rat-
tache le nom. pttrer, ■ dégoutter, » au Ut. purare, qui serait le simple de sup-
parare,
X. — NuovE EffbmebidiSiciliasb, 1877. — T. V, p. 69-102, Pitre, Sag'
giQ dt fcjte popolart stciltane. — T. VI, p. 6^-88, Cranc, la Nonliistua popo-
lare di Skilia (article intéressant, traduit d'un journal américain, sur les Contes
sieiliens, de Pitre}. — P. 281-302, Pilrè, La Fesla del Natale in SitHia.
XI. — Re\te de Pmi.oî-ooir;, II, 3. — P. 2j8. L. Havet, Sur la date du
D'utys de Sepûmius ; ingénieuses observations  propos du récent travail de
M. Dunger; M. H. pense que le faux Dictys n'a pas été écrit avant l'an ;)0.
Xtl. — Ancun'Es historiques du DÉpanTBMEKT DE \A GîROKDB. Tome
XVn, Bordeaux, 1877, ï°"4% J(ii-6oo p. — Les dix-sept volumes des Archives
historiques contiennent une infmilé de documents précieux dont l'histoire et la
philologie peuvent tirer grand profit, et l'on ne saurait sans injustice refuser
un juste tribut d'éloges aux érudits zélés qui ont apporté leur concours à la
publication de ce vaste recueil. Toutefois il est permis de regretter que cette
publication ne soif pas conduite avec plus d'ordre et de méthode. Les documents
sont imprimés  la suite les uns des autres sans aucun classement. C'est une f '
vaste série de mélanges. Nous convenons que dans tout recueil de documents
variés, il est à propos de réserver une section de mélanges, oh on fait entrer
les pièces qui ne prennent pas aisément place dans des catégories bien détermi- f
nées, ou que le hasard fait découvrir alors qu'il n'est plus temps de les insérer i
I. Halle, Niemeyer: pr- 16 fr.
PÉRIODIQUES "^^ 47Ç
leur vraie place; mais, en dehors des os exceptionnels, il y a un grand nombre
de docunïcnts qui se prêteraient fort bien à un classement. Ainsi, les dix-sept
volumes des Archiva contiennent, éparses ci et li, de nombreuses coutumes
locales. Pourquoi n'avoir pas mis en réserve ces coutumes, de laçon i en faire
un ou deux volumes P Ces documents de même nature se seraient éclairés les
uns par les autres; on aurait pu confier i une même personne le soin de revoir
les textes de celte collection spéciale ; la correction y efit gagné, l'annotation
eût été plus uniforme, et Téditeur aurait pu joindre au volume une table-glos-
saire qui, pour l'interprétation de documents aussi difficiles, eût été un secours
in6niment précieux. On eût pu faire de même pour les nombreuses lettres du
XVI*" siècle que M. Tamizey de Larroque a publiées presque en chaque volume,
et qui, ainsi dispersées, sont d'un usage fort incommode. A la vérité, il y a une
table à la 6n de chaque lome, mais ces ubies ne renferment que des noms de
personnes et de lieux, ce qui revient i dire que les coutumes, oh il n'y a que
peu de noms propres, n'y sont pas représentées'. Il est difficile qu'une publica-
tion faite sans ordre, et, i ce qu'il semble, sans direction, ne pèche pas par
d'autres cAtés encore. Celle-ci pèche notamment par le peu de soin apporté il
l'édition proprement dite des textes. Je fais une exception pour les documents
publics par M. Tamizey de Larroque, où l'on reconnaît l'exactitude et l'atten-
tion soutenue que cet érudit si méritant a coutume d'apporter à tous ses tra*
vauXj mais les textes latins et gascons notamment sont remplis de fautes de
tout genre. Il en est peu où le lecteur ne soit arrêté par des passages mal
lus ou mai ponctués. Souvent un trait horizontal tient la place de mots de
Poriginal qui n'ont pas été transcrits, et clans ce cas aucune note ne nous avertit
de la cause des lacunes. Y at-il réellement une lacune dans l'original f le ms.
est-il déchiré, ou est*ce simplement que l'éditeur n'a pas pu le lire ? Cela vau*
drait la peine d'être dit. En somme les éditeurs des Archtra kistoritjues ne se
sont pas assez soumis, jusqu'i présent, aux régies l« plus généralement admises
pour l'édition des textes.
Ces remarques peuvent être justifiées par l'examen du volume dont nous
avons à rendre compte. Ce volume, dont une grande partie n'a pas à être
appréciée ici, contient deux coutumes, l'une et l'autre fort dignes d'être éditées.
La première est celle de Pouy-Carréjelart (Gers. arr. de Lectoure), datée de
i)oj, et publiée d'après une copie du XV* siècle; elle se compose de 9a articles.
La seconde, en 61 articles, est celle de Pujols (Lot-ct-Gar., arrondissement de
Villeneuve) ; elle est datée de 1 {09, mais la copie qui nous l'a conservée n'est
que du XVII" siècle. J'admets bien volontiers que pour l'une et l'autre de ces
deux coutumes l'unique copie dont les éditeurs ont dû se contenter est fort
défectueuse, mais les éditeurs devront à leur tour reconnaître que, bien loin
d'améliorer le texte par des corrections — dont plusieurs comme on va le voir
t. Il y a bien, au t XI. uo glossaire des mots gascons, mais il est ton défertunu. Il
a'esl pas sufâsamroeni complet; il rcnrerme beaucoup de mou qui ae doivent leur exis-
tence qu'i ie mauvaises lectures; les foimes diverses d'un même mot l'par ei. le sîng.
et le ptur., rt les divers temps an verbes) ne toni pas groupées, mjîs placées i leur
rang alpltibéiiaue, sans renvoi des unes aui autres; enfin lu interpiétaiioiu n'y sont
accompagnées a'ajcunc explication, d'aucun renvoi k Du Cange ou i d'autres répcnoircs,
et txaucoup sont très contestables.
476 PÉRIODIQUES
se pouvaient faire aisémcfit — ils ont ajouté aux erreurs de la copie nombre
d'erreurs nouvelles dues à de fausses lectures ou à de mauvaises coupes de mots,
sans parler de leur ponctuation qui est trés-dcfeclueuse.
Coutume de Pouy-Carréjelart, préambule : ■ en après mcntanaàcras ■», < dejus
mtnlaïudors », il faut de toute évidence lire mentavcJcraSf maitavedors. — Le
§ 1 oiïre plusieurs lacunes dont on nr nous dit pas la cause ; plusieurs pour-
raient être comblées par des con)eclures certaines. — Le § 4 est à peu près
inintelligible ; le voici transcrit presqu'en entier tel qu'il est dans l'édilion :
Item, cstabUt et pausat prr costuma que lot uselas, cascun e cada ona. deu jurar lou
SUS les mobles, en que los aia ... e deu )urar tota sa herelat que ha rn la lionor del dti
castet, e toi son moble, per on que sol aia pcr tots locts, e pague leautat la mtyui mtos
qu'eh mobtes.
Il faudrait a pausai e stablit, comme dans la suite; puis on et non en; sot
est-it une faute d'impression pour los f Qu'est-ce que ianufai f Probablement
une fausse lecture de latrctùt. Enfin il faut quels (ou, si Ton veut:, que Pu et non
qu*els: de même, § 12, p'et pour per to n'est pas admissible; il faut nécessaire-
ment écrire pe{ en un mot. — S M> * ^" trebalh ne en guerra •, I. trtbalh, —
§ 19, !a y oiif I. layon. — § p. Pourquoi un point d'interrogation après
ûgnuyada? Il ne peut pas y avoir de mot plus clair que celui-U (prov. agreu-
far, voy. L. rom.> III, $10). — § ^, 1 si lo damans [pour demans) es deners >,
restituez [de] avant Heners. — § J7, « o escupira sas cara d'autrui », I. sus. —
IhiJ.^ > lo àapnagc e la aau », I. da\m]pnegi, anta.— § )8, u o quel trobas
(= trobes) lathan sa vinha... o castn ab sa molher >, je suppose qu'il faut lire
jastn, — S 6a, • se n'es sa voluntat », l.ii;n«(sans). — § 71, » que/y donat >,
I. fos. — § 79, apderara est sûrement une fausse lecture (faut-il c se cûptenraf], 1
— § 86, I d qui », 1. aqui. — § 92 idem, ligne de la p. 4^), neysstran^ \. ne y
ssetûn.
Coutume de Pujols, ^ 2, pescoresses, 1. pisiortssts, — § 6^, /'ju, I. laù (ilU
anas), et de même ailleurs. — § 8, « o avia aiut dire », I. aiùl [ûud'tlum). —
— § 12, tmuriasj avec un signe de doute,!, oijunas. — § 1 ;, t o fassa 0 gral
nier en qui aques blat », I. fossa ... agues. Dans le même §, vers la (in (et^ $7),
je ne vois pas pourquoi /or/urj(z, qui est fort clair, est accompagné d'un signe
de doute. — §14, taironiry^ I. laironicj. — §23, e non deu prendre alcuna
causa maner » I. ni avcr. — § 24, • e si d'aisso era alcus rebelles e en fazul (.?),
hom platz, > il ne suffit pas de mettre un signe de doute à ciMé de/^rut ; il
faut encore proposer une lecture intelligible, qui ne paraît être autre <\Mt jaziû. 1
Naturellement il faut :>upprimer la virgule entre jazia et hom. — § 29i ■ Icnna 1
mauda », I. maridada ou mandaàt. — § 31, ■ aquel quel guirent uita t, il faut
traira, — ^ 4W ■ ^'^ crcutz de tout d'tnlre que on l'en dria », que signifie
d'entre? n'est-ce pas deute^ — | ^6, fortaire^ I. forlraire. — S 61 (p, 76I frenol-
ziTy I. fra-oizir, P. M.
XIII. — NuovA ANTOi.oTtU, ij gennalo 1878. — P. Hajna, /( Letteratun^
neohtine ntlU nostre Università: article spirituel et fort intéressant pour qui veut
Connaître la place que, sous des noms divers, la philologie romane est déjà arri-
vée à se faire en Italie dans l'enseignement supérieur. 11 s'en faut qu'elle ait
obtenu en France, jusqu'à présent, de pareils succès.
PÉRIODIQUES 477
XIV. — La Acadbmia^ t, III, n" 22 {Madrid, ij juin 1878). — Ltî Épopées
françaises^ par Léon Gautier ; article de M. Mili y Fontanals ; grands éloges que
le nom de l'auteur rend fort précieux, et observations intéressantes, quoique
brèves, notamment sur la théorie des cantilènes et sur la versification latine
rhythmique.
XV. — Revue critique, avril-juin. — 109. Las Ordaiansas del Libre blanc,
p. p. Noulet (J. Banquier ; remarques intéressantes sur cette publication des
plus curieuses, recueil de superstitions toulousaines du XVII* siècle). — N° 25.
Réponse (sans portée) de M. Delboulle à M. Joret (et réplique de M. Joret)
sur sa critique du supplément au glossaire de la vallée d'Yères.
XVI. — LiTEHARTSCHES Centbalblatt, avril-juin. — 15. Darmesteter, de
Flocvante (E. K.). — 20. Osthoff, das Verbum inder Nominalcompostûon. — 21.
La Chanson de Roland, p. p. Mûller. — 22. Breymann, Friedr. Diez. — 23.
Stengelf Die beiden teltesten provenzalischen Grammaùken ; die Provenzalische Blu~
menlese der Chigiana. — 24. El Magico prodigioso^ p. p. Morel-Fatio. — 26.
Kœrting, Petrarca's Leben and Werke; Eilhart von Oberge, Tristan, p. p. Lich-
tenstein.
XVII. — Jenaeb LrrBRATimzErruNO, avriUjuin. — 21. Lùcking, du altesun
franzasischen Mundarten (article intéressant de M. Suchier). — 2j. Antkimi de
observatione ciboram, éd. Rose.
XVIII. — Thb âthen^um, 1 j juillet. — P. 42-4, Hueffer, 7V Troubadours,
cf. plus haut, p. 44J ; article justement sévère.
CHRONIQUE.
La SiKtiié des mdtns textes français a tenu le jeudi }0 mai sa quatrième
assemblée générale. Ont été élus président et vice présidents : MM. G. Paris.
Thurot et de Montaiglon; le Conseil est resté le mfrre, sauf que M. G. Paris,
Dooimé président, a été remplacé par M. Michelanl, et M. Moland par M. Ulysse
Robert. — Le discours du président sortant, les rapports du secrétaire et du
trésorier seront publiés dans le prochain bulletin.
— Ea l'honneur du dixième anniversaire du décret par lequel elle a été ios-
ttluée(ji juillet 1868), l'Ëcole des hautes éludes (section d'histoire et de phi-
lologie) offre â M. Duruy un volume de Milangcs, dont tous les morceaux se
rapportent directement ou indirectement i l'histoire romaine. L'un de ces mor-
ceaux a pour auteur G. Paris, et pour sujet la Ugende de Trajan, si répandue
au moyen âge. Ce volume formera le XXXV* ^scicule de la BMothi^ae de
rEcoîe des hautes études.
— Le volume, préparc par feu Léopold Pannïer, qui contient l'ancienne ver-
sion française du De LapiJibus de Marbode et plusieurs lapidaires, est sous
presse -. il fera partie de la Bibltothc^ue de l'Ecole des hautes itudts.
— On annonce un supplément à l'édition du Canciondro da Vaticana de
M. Monaci: ce savant a retrouvé et va publier le ms. qu'avait connu A.
Colocci et qu'on croyait perdu.
— M. Stengcl va publier, chez Henningcr, à Heilbronn, une reproduction
diplomatique du ms. d'Oxford de la Chanson de Roland.
— Le Cercle littéraire de Stuttgart va publier un volume de M. Knust, coq
tenant des extraits de manuscrits de l'Escorial.
— Il s'est formé i Leipzig, parmi les clodiants, un 1 Cercle académique pou
les langues modernes, ■ qui sera aussi ouvert aux études sur U période ancienne
{moyen Ige) de ces langues.
— A la vente de la bibliothèque de feu Ambroise Firmin*Didot, la Biblio
thèque nationale a acquis les mss. suivants ;
Roman de Joseph d'Arimathie, la Vie de Merlin et la Quête du saint Craal^ mt.^
daté de ijoi et ayant fait partie de la bibliothèque du chancelier d'Aguesseau.
Dictionnaire latin-français de Pirmin Le Ver, achevé le jo avril 1440.
CHRONIQUE 479
Le Combat des TrMe, ms. du XV' siècle (c'est le s«ul qu'on connaisse «vec
celui que possédait déji la Bibliothèque, qui a servi i l'édition et qui laisse
beaucoup à désirer).
Les grandes chroniques de France jusqu'à ravéoement de Charles VI; écriture
du temps de ce roi.
En outre, les héritiers de M. Didot ont libéralement fait don i la Bibliothèque
d'un beau manuscrit du XIII' siècle, contenant la dernière partie de Lancelot du
Lûc^ la Qaite du saint Graai et la Mon d'Artus.
— Livres adressés 1 b Romania :
La Poesia popolare italiana. Stud] di Alessandro d'Ancona. Livoroo, Vigo, in-
12, xii-^76 p. — Noos consacrerons un article étendu à ce volume aussi
agréable qu'instructif.
Friedrich Dicz Sein Leben, seine Werke und derco Bedeutung fur die Wis-
senschaft. Vortrag gehallcn zum Beslen der Diez-Sliftung von Prol. D' Her-
raann Brevshns. Miinchen, Ackermann, in-S", ji p. — Cette conférence,
qui a rapporté i la fondation Diez une somme importante, se lit avec intérêt.
L'auteur a tracé de Diez et de son œuvre une esquisse rapide, mais exacte
et intelligente.
Zwej lateinische Redactionen des Briefes des Presbyter Johannes und ihr Ver-
fazitniss zum franzœsischen Texte, von Fr. Zarncke 'Extrait des Mimoira
de la Sociiti royale saxonne des sciences pour 1877), to-8*, 46 p. — Curieux
chapitre de la monographie du prêtre Jean dont M. Zarncke a déj publié
divers morceaux
Cancioneiro portuguez da Vaticana. EdîçSo crîtica, reslituida sobre 0 texto
diplomatico de Halle, acompanhada de un glossario c de una introducçSo
sobre os trovadores e cancioneîros portuguezes, por Theophilo Bbaqa^
professor de litteraturas modernas e cspecialmeote de lîtteratura portugueza
00 Curso superior de letras. Lîsboa, Imprensa nacionat, io*4% cx\ï-2}6 p.
— Nous espérons revenir longuement sur celte importante publication, qui
met i la portée du public lettré l'important chansonnier récemment imprimé
M. E. Monaci ei que M. Braga a k'A précéder d'une large étude sur la
poésie lyrique du Portugal au moyen âge.
Vasilie Mamu. Studii asupra scrtcrei profesorulni D' I. Inng {sic) intitulata Ro-
manii sî Romanii diu lierîlle dunarcne (Estrassu d'in Annalele Sotielaiei Aca-
demice). Bucharest, typographie de la Société Académique, gr in-8, 108 p.
— Nous rendrons compte dans notre prochain numéro du livre de M. Jung.
La brochure de M. Maniu n'en est qu'un extrait, accompagné de considéra-
tions assez peu justes et d'étymologies tout-i-fail fantastiques.
Laut- und Flexionslchre des Altfranzœsischen , hauplsschlich aus pikardis-
cheo L'rkunden von Vermandois, von D* Fritz NEtsiA.vs. Heilbronn, Hen-
ninger, in-8', laz p. — Travail remarquable, sur lequel nous reviendrons.
Siger de Brabant, par M. Ch. Potvln (extrait du t. XLV des Bulletins de
l'Académie royale de Btlgitjue), in-S", 30 p. — Il s'agit de ce Sij^im que
Dante a chanté, qui, dans la rue du Fouarrc, stitogiid tmridiosi reri. V. Le
480 CHRONIQUE
Clerc, dans VHutoire littéraire de la France, a dépensé beaucoup de peine Â
établir que Siger de Brabant (c'est celui-li que Dante avait en vue d'après
les anciens commentateur} et Siger de Courtrai étaient une seule personne.
M. Potvin détruit complètement cette opinion, qui avait rencontré une adhé-
sion à peu près universelle; il montre que Siger de Courtrai, étant mort en
1 34 1 f — comme l'a établi M. Delisle, qui toutefois n'a pas tiré d'autre conclu-
sion de ce fait, — ne peut avoir été mis par Dante dans le paradis. M. P.
s'occupe ensuite des écrits conservés de Siger de Brabant, en publie quelques
fragments, et relève diverses fautes de lecture commises par V. Le Clerc dans
les passages qu'il en a cités. C'est un accident qui arrive à presque tous
ceux qui veulent imprimer des manuscrits de scholastique ; on y trouve une
écriture très-^Jifficile, surchargée d'abréviations spéciales, qu'une longue
pratique apprend seule à déchiffrer sûrement.
Chronique de Moldavie^ depuis le milieu du XIV* siècle jusqu'à Tan IJ94, par
Grégoire Urechi, texte roumain avec traduction française, notes historiques,
tableaux généalogiques, glossaire et table, par Emile Picot. Paris, Leroux,
1878. Gr. in-8', ixi-xxvii et 128 pages. — Première partie d'une impor-
tante publication dont la suite, nous l'espérons, ne tardera pas à paraître.
La valeur de la chronique est grande, si surtout on considère la pauvreté
de la littérature roumaine. Le commentaire, qui est très-nourri, atteste ]
autant de critique que d'érudition.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
intprùnerie Gouverneur, G. Daupeley i Nogent-le-Rotrou.
EL
LIBRO DE EXENPLOS
POR A. B. C.
01
CLIMENTE SANCHEZ, ARCHIDIACRE DE VALDERAS.
Du recueil de contes moraux, intitulé El libro de loi enxemfihs^ on ne coa-
naissait jusqu'ici qu'un manuscrit incomplet de la bibibthèquc nationale de
Madrid, cclui-U même qui a été signalé pour la première fois au public érudit
par les traducteurs espagnols de VHistory of spamsb Uttratun de Ticknor • et
publié, en i36o, par l'un d'eux, D. Pascual de Gayangos, dans la Biblioteca de
autores apanoUi de Rivadcneyra^. Une récente acquisition de b bibliothèque
nationale de Paris nous permet aujourd'hui non-seulement de combler les lacunes
de l'exemplaire de Madrid, mais encore de faire connaître l'auteur de cette pré-
cieuse compilation, qui, dans ces dernières années, a fourni i l'histoire comparée
des Ittlcralurcs du moyen-ige un bon nombre de matériaux.
Le manuscrit, acheté il y a quelques mois par notre grand établissement scien*
tJBque au libraire Juan Rodrigue/, de Madrid, est un volume sur papier de
171 feuillets, hauts de 29s millimètres, larges de 210, et dont l'écriture ne parait
pas antérieure au dernier quart du XV* siècle : il est classé maintenant sous le
n* 4^2 du Fonds espagnol^. Le Libto dt los enxcmplos^ ou, pour nous conlormer
exactement au titre que l'auteur lui-même a donné 1 son ouvrage et qui est dtt
reste plus précis, le Ubro Je eunpios pot a. b, c n'occupe dans notre ms. que
tes cent cinquante premiers feuillets* : la fia (ff. 1 j 1 i 171 v*) a servi i la tran»-
1. Voy. l'éd. Julius,l. Il, p. 670.
2. Escntons en prosa antenorts al siglo XV, p. 44}-j42.
). La reliure en parchemin porte au dos : c Sanchez : Exemplos. Confesio-
nafi. Les seules annotations qu'il y ait i relever sont, i l'intérieur du premier
plat de la reliure : « 20UO. Tasiido por cl Sor de Pereda ya difunto ■, et i la marge
du f. \ : t Este libro es del Sr Hermosilla ». — Ce ms. a été annoncé sous
un titre de fantaisie et faussement attribué au xi\« siècle h la paue 2) du
Catàhgo espttul Je obras raras y J/itiguas ijue le halldn dt Yenia tn la ïibrtria de
Jaaa Hodngac^ raîlt del Oltvo, numéros 6 y 8, Madnd, (1877].
4, La page est â deux colonnes.
Romjnia^ Vil } 1
482 A. MOREL-FATIO
criplion d'un traité de la confession, probablement du mime auteur. Dans le
court prologue du premier ouvrage, rédigé sous forme de dédicace à un chanoine
de Sigùenza, Juan Aironso de la Barbolla. le compilateur décline fort à propos
ses nom et qualité : ■ Yo Climente Sanchcz^ arccdiano de Valdera^, en la igle-
sia de Léon. »
Ce personnage est loin d'être inconnu dans l'histoire littéraire du XV* siècle' :
il y figure même pour une Sama de exemplos, qu'an ne s'était pas encore avisé
d'idenlJÉer avec le Lifro de cxenpios et qui pourtant n'est pas autre chose. Voici
ce qu'en disait Nicolas Antonio dans sa notice sur Sanchez : • Habet insuper
[c'est-à'dire outre le Sacramtnlû!) eadem regia bibliotheca escorialensis eiusdem
auctorts alium librum : Sama de tumpios det arccdtano de Valdcras^ in-folio
antiquis llteris scriptum'. • Au siècle dernier ce ms. n'existait déjà plus à l'Es*
curi.^l, à ce que nous apprend Ferez Bayer, qui annote ainsi le passage d'An-
tonio : « Frustra fui in exquîrendo hoc Summjt exemptortim codicc in Indicibus
meis Escurialensibus-*. > Ce fâcheux accident rend doublement précieux l'exem-
plaire acquis par la D)bliolhè{]uc Nationale, puisqu'il e^t aujourd'hui le seul qui
présente la collection dans son intégrité et avec le nom de son auteur. A l'aide
de cette dernière donnée on peut essayer d'établir approximativement la date du
livre. Sanchez vivait encore en 14^}. Ce fut, en effet, à la fin du mois de mars
de cette année qu'il acheva, à Léon, la rédaction de son Sacramentat*, commencée
le 5 août 1421, à Sigùenza. Or, ce traité, sorte de manuel du bon prêtre, et qui
suppose chez son auteur une certaine préparation et un fonds de connaissances
pratiques, ne peut pas être l'ccnvre d'un jeune homme, il l'aurait donc composé
vtn yHgc de cinquante ans, ce qui reporte la date de sa naissance ^ l'an 1^70
environ. Si l'on tient compte maintenant qu'il n'est pas fait mention du Sacra-
mental dans le prologue du LsbTo dt los excmplos, que ce dernier ouvrage est
dédié à un chanoine de Sigùenza, ville où résida Sanchez. en tous cas i partir
du mois d'août 1^1, probablement quelques années auparavant, et qu'il avait
quittée en 142;, qu'enfin le manuscrit de Madrid date du commencement du
XV* siècle, il nous semble qu'on ne se trompera pas de beaucoup en désignant
1, Dans le prologue de son Satranienla!, dont nous parlerons tout i l'heure,
notre auteur se nomme a Clemen Sanchcs de V'ercJal " et ajoute â son litre
d'archidiacre celui de « bachiller en leycs ». Vercial ou Bercial est le nom de
deux lugans des provinces d'Avila et de Ségovic. — Valderas, le plus ancien
archidiaconé du diocèse de Léon fvoy. Manuel RIsco, Iglesii de Lcon, Madrid,
1792, p. 27), est aujourd'hui un bourg de la province du même nom.
2. Bibliotheca hispana vtlus, Romac 1696, î, 11, p. 1 ^8.
^. Bibliotheca ktspana velus, nouv. éd., t. II, p. 208. Nous l'avons cherché en
vain aussi dans le catalogue des mss. de l'Éscurial qui est i la Bibliothèque
Nationale, Fonds esp. n^ 414.
4. Le Saeramental (dont il existe quelques exemplaires mss., un à l'Escurial,
d'après Antonio et Perez Bayer, et deux à la Bibl. nal. de Madrid, d'après
Vindice de Gallardo) a été imprimé à Sévllle pour la première lois en 147^ ou
1476 (voy. Mendez, Tipografu expahola^ éd. Hidalgo, p. 77 et 541 1, réimprimé
dans ta même vilfe en 1477 et en 1478 |/fc(i., p. 79 et 81), puis traduit en por-
tugais et imprimé en Portugal trois fois, en 1488, 1^02 et 1 U9 (voy. Innoccn-
cio Francisco da SWva, Diccionario bibliographiio portugiuz^ Lisbonne, iSi9, t. !l,
p. 82). L'inquisition le prohiba dés 1(^9.
EL LIBRO DE EXENPLOS 48)
les années 1400 i 1421 comme U période pendant laquelle notre archidiacre a
dû former son recueil d'exemples.
Les érudiu qui se sont jusqu'ici occupés de la collection de Sanchex, i com-
mencer par Téditeur du ms. de Madrid, M. de Gayangos, ont tous reconnu
explicitement ou tacitement i son auteur le mérite de l'avoir lui-même compilée
en remontant aux sources qu'il cite la plupart du temps au début de chaque
récit*. Cette opinion, qui à première vue trouverait aujourd'hui i s'appuyer sur
un passage de la dédicace de Sanchez, — t Por quanto en el libre que con-
puse... en fin del te escrevi que propcnia de copi!ar un libro de exenpios por a.
b. c, e despues reduzirle en romance ■ — ne nous semble pas suffisamment Ion-
dée. Le Uhro n*a pas la marque d'un travail exécuté en Espagne par un Espa-
gnol. Ainsi les emprunts faits aux écrivains nationaux se réduisent à bien peu
de chose, et encore doit-on observer que les compatriotes de Sanchez mis i
contribution, tels qu'Isidore et Pierre Alphonse, sont de ceux qui avaient acquis
au moyen-âge une réputation universelle, qui se copiaient, se lisaient et se tra-
duisaient dans toute b chrétienté. En second Heu, si le prêtre espagnol s'était
lui-même mis en quéle des éléments de son recueil, n'aurait-il pas cherché, au
moment de les encadrer dans Tordre alphabétique, à leur donner un cachet plus
national, soit en supprimant certaines circonstances de temps et de lieu des
historiettes originales, soit en localtsanf les contes en Espagne pour dissimuler
leur provenance étrangère? Ce procédé bien connu et suivi par tant de conteurs
du moyen-ige et de l'époque moderne n'a point été mis en pratique par l'archi-
diacre de Valderas. Ne résulterait-il pas de là qu'il n'a fait que traduire un de
ces Aiphûhcla exemploram ou narrctionum, guides-mémoire  l'usage des prédica-
teurs, comme il s'en fabriqua lant au XIII' siècle? 11 n'y a pas lieu, croyons-
nous, de trop insister sur l'expression topiUr employée par Sanchez pour carac-
tériser son œuvrt!. Copier un livre venu de France probablement, en le relouchant
çà et li ou en l'abrégeant, cela peut bien passer pour un travail de compilation,
et il serait aussi puéril de ne pas admettre cette faible déviation de sens du terme
en question qu'injuste de reprocher i Sanchez d'avoir voulu tromper te lecteur
sur la nature de son ouvrage. La preuve incontestable que le Ubro de hsexem-
plos n'est qu'une traduction d'un recueil latin analogue nous manque il est vrai,
pour le moment, car aucun des Alphabtia que nous avons examinés i cette inten-
tion n*a pu servir d'original direct i l'archidiacre espagnol. Celui qui s'en rap-
proche le plus au point de vue de la dimension de l'ensemble et du genre des
historiettes nous paraît être VAtphabrtum narraûontim d'Etienne de Besançon,
religieux dominicain de la seconde moitié du XIII' siècle', mais les deux ou-
t. Voy. le comte de Puymaigre, Les vieux auteurs castillans^ t. tl, p. 444 et
suiy-, 06 l'on trouve d'utiles rapprochements; Amador de los Rios, Ifisi. cnt.
de ta ht. tipamîa, t. IV, p. \o\ el suiv. (analyse insignifiante et non exempte
d'erreurs, notamment dans la liste des sources, p. }o8, note t) et K. Knust,
Jahrbaeh jur romanische Uteular, t. VI, p. 12S.
a. Cet ouvrage, dont les exemplaires mss. ne sont pas rares tla Bibl. Nat. en
possède au moins trots : lat. 12402, 1 ^IH ^t 1 ^91 })i (Commence par 1 Abbas
non débet esse nimis ngidus *. Dans le prologue l'auteur se réfère à une autre
compilation du même genre, par lui composée, VAlpha^tum auctoritatum^ qu'on
trouve aussi citée sous le titre de Liber dt auctorilaubus sanctorutJt et phiiosopho-
484 A. MOREL-FATIO
Tragcs n'ont pour le fond même des ricrts que quelques points de conUct. Espé'
rons qu'un érudit, plus heureux que nous, saura bientôt découvrir la source otk
a puisé l'auteur espagnol. En attendant» le livre de l'archidiacre conserve toute
sa valeur et nous avons lieu de croire que les amateurs de littérature comparée
nous sauront gré de combler dès maintenant les lacunes de l'édition princeps.
Les soixante et onze exemples qu'on va lire représentent la partie du texte
que contenaient les premiers feuillets^ aujourd'hui perdus, du mi. de Madrid.
L'exemple publié à la suite de cette première série et numéroté CCXVt^a été
omis également dans ce dernier exemplaire : c'est, du reste, le seul exempte que
le ms. de Paris ait en plus; il lui en manque, d'autre part, un certain nombre,
surtout à la &n du texte. Le scribe était, paraît-il, pressé d'en Hnir. Comme on
peut s'y attendre, la langue de l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale, qui a
été copié dans les dernières années du XV* siècle, présente un caractère moins
archaïque que le texte de Madrid*. Nous avons 6dèlement reproduit la graphie
de notre ms., même dans les passages latins, ne corrigeant sans rien dire que
les fautes tout-à-fait évidentes.
Muy amado fijo, lohan Alfonso de la Barbolla, canonigo de Çîguença,
yo Climente: Sanches, arcediano de Valderas en la iglesia de Léon,
le inbio ssalud en aquel que por su preçioso sangre nos rredemio. Por
quanto en el libro que yo conpuse para tu enfontiacion , que pusc nonbrc
Compendium censure, en fin del te escreui que proponia de copilar vn
libro de fxenplos por a. b. c. e despues rreduzirle en romance, porque
non solamente a ti mas ahun a los que no saben latin fuese solaz, por
ende con ayuda de Dios comienço la obra que proracii : In nomine
patris eî filii et spiritus sancti. Amen. Exempla enim ponimus. eciîam
exemplis utimur in docendo et predicando ui facilius in(elligâiur quod
didtur.
1.
Abbas primo débet se tjuam alios iuâicare.
El abbat primero deue a ssi mesmo
Que a los otros juzgar.
En vn monesierio vn flayre peco. Los buenos omnesviejosayumaronse
e inbiaron al abbat Moysen que veniese a ellos. El quai, sabida la irazon
ram; »oy. Quetif et Echard, Scriptom ord. pradicatorum, t. I, p, 429* 2 4; i».
Ces bibhographes ne mentionnent aucun ms. de ce dernier texte.
I. Il n'entrait pas dans te plan de ce travail de faire connaître les variantes V'
de la partie déji imprimée : nous laissons ce soin au romaniste qui entre-
f 'rendra un jour une édition critique du Ltbro de lot cxcmplos-, il trouvera dans
e nouveau ms. de quoi corriger bien des leçons fautives du texte imprimé 1
Madnd.
EL LIBRO DE EXENPLOS 48$
por que lo Hamauan, non queria venir, e desque \o encargaron mucho
que veniesse, ïraxo vna espuerta llena de arena a cuesîas e los flayres
salieronio a rrescebir e demandaronle que cosa era lo que iraya e que
queria significar. E dixoles : « Hermanos, este que irayo a cuesîas son mis
pecados muchos e graues que vienen en posi de mi e non los veo e vine
aqui oy judgar los pecados ajenos ». E desque esto oyeron, perdonaron
al flayre que avia pecado.
Otrosi et abbat que Hamauan loseph pregunto al abbai que Hamauan
Pastor como podria ser monje e fallar folgança en esta vida e en la por-
venir. E rrcspondiole : « Nunca quieras ser jucz de les otros nin judgaras
a alguno salue a li, mas sïenpre diras entre li ^quien soy yo n^
Oiro flayle dixo a aqueste abbat Pasior : « Sy yo viere a mi hermano
pecar, ^si sera bueno encobrirlo? » Al quai rrespondio : « En qualquier
manera que encobrieres el pecado de tu hermano, Dios encubrira el
tuyo, e si publicares el pecado de lu hermano, Dios descubrira cl
tuyo ».
2.
Abbas primo sua ^tiam alioram peccata vidcre débet.
El abbat primcro sus pecados dcue ver
Que los de otros reprehender.
En vn monesierio vn flayre peco e de consejo de otro fue lançado dcl
monesierio. E como lo sopo el abbat Pastor, fizo llamar aquel que fuera
lançado del monesterio, e deque lo vie coytado e afligido, diole paz e
fizole corner consigo e rreprehendio mucho a aquel quel feziera echardel
monesterio, porque el, leniendo el su muerto para enterrar, primero
dexolo e fue enterrar el muerto ajeno.
Otrosi en el monesterio de institi 'sic] fue fecho conuento e los flayres
fablauan de vno que pecara. El prior solo callaua e despues leuantose
en medio e finchio el saco de arena e leuaualo a cuestas e metio vn poco
de lierra en vna esporiilla que Icuaua delantc sy. E proguntaronle los
flayres : « ^ Que cosa es esto "?£ dixoles: « Este saco que irayoa cuestas,
que liene mucha arena c pesada, son mis pecados e son muchos c graues
e lancclos detras de mi porque non los vea nin llore nin me duela dellos.
E esta arena poca, que esta ante mis oios> son los pecados desie flayre, que
en comparacion de los mios son nada, e yo quiero judgarlos. Hermanos,
non conuiene fazer assy, mas mis pecados propios deuo traer delantede
mi e rrogar e llorar por ellos. E non deuo curar nin ver los ajenos a. E
desque lo vieron, dixieron lodos : w Verdaderamente esta es la carrera
que lieua a la vida, e ssy Dios Ubrememe perdona^ ^ porque el omne non
perdona?»
486
A. M0REL-PAT10
î-
Abbas henefacere débet ecciam prauis.
Al abbat conuiene
A los malos bien fazer.
Vnde in Vitis patnim legilur de vn sancto padre que llamauan Amon,
que moraua en Egipio en el yermo. al quai los ladrones tomauan el pan
que comia e mando a dos dragones que guardasen la puerta de ta camara.
E quando venieron los ladrones a la puerta e vieron los dragones tan
terribles e espaniosos, por grand miedo cayeron en tierra. E el buen om-
nc fallolos como muertos e luego fizolcs aparcjar la mcsa e de corner. E
ellos arrepentieronse de todos los malcs que avian fccho c despues vjuic-
ron sanctamente.
Abbas non débet addere régule monacltali sed fatum propositum reuocare.
Non deue el abbat su régla extrechar,
Mas deue et mal proposito reuocar.
Leyese que aparescio el diablo a vn abbat que begnînamente e segund
la ley del euangclio rregïa e gouernaua sus monjes e dixole : « manda,
manda », que queria dezir que enan(?) diesse' mas mandamîentos a su
rregla. E este fazia el diablo porque non podiesse enlazar a muchos,
deziendo ser angel de Dios.
Oirosy leyesse que e! diablo en semejança de angel aparescio a vn
monje e dixole que ayunase por ocho o nueue dias. ca en breue avia de
morir e que yria mas linpio a parayso. E por auentura eî monje por tal
ayuno perdiera el cuerpo e el anima, si el abbat non rreuocara el loco
proposito. E despucs este monje viuio algund tiempo, contra la mentira
del diable.
S-
Abbas débet uanam gloriam respuere.
Non conuiene al abbat
Vana gloria copdiciar.
Vn joez vino a ver al abbat Moysen e vnos clcrigos venieron delante e
dixieron : « Padre, aparejaie que el joez te viene a ver para que le des tu
^_^_^_^^_^^^^»^^^^^^^^^^^ ' . ,
I . Ms, euandiesse. Le texte de ce premier paragraphe parait corrompu : ta der-
rtUre phrase n'a pas de serts.
EL UBRO DE EXENPLOS 487
bendicion o. E t\ vestiosse de vn saco e tenîendo en la mano pan e
queso aseniosse a la pueru c començo a corner. Al quai veyendolo el
joez, menospreciolo e fuesse. Esto âzo el porque la vana gloria non le
turbassc.
6.
Abstinencie apptctitus subiat hostes exteriores.
El que appetito refréna
Excusa mucha pena.
Segund cuenta Didimo, que hera mayoral de los que biuen en vna
tierra que tlaman BragamanoSt que enbio vna letra al rey Alexandre,
que dezia assy : v Nos los que beuimos en esta ùcrra non avemos aigu-
nos pensamientos raalos e non apremiamos nin cosirenimos algund omne
que nos sîrua. porque todos somos criados de vn dios e por e! nasçemos
todos c assi somos yguales por natura. Non hedcticamos casas, mas en
las cueuas de los monies moramos, onde non suena vienio nin avemos
miedo de agua nin de iruenos. E alH beuimos e moramos e estas cueuas
avemos por sepuliuras. Otrossy non aprendemos artcs ningunas para
fablar bien e fermoso, mas, segund la naiura nos ensena. assi fablanios> e
desque avemos rrespondido, luego callamos. Otrossy non cobdiciamos
rriquezas, por quanto la oobdicia de los auarienios non puede ser farta,
mas por ta pobleza que auemos somos rricos, ca aquet solo es rrico que
es coniento de lo que liene. Oirosi non somos inuidiosos, porque todos
somos yguales. Entre nos non ay juyao nin pleyto, porque non somos'
cosa torpe nin mala por que deuamos ser iraydos a juyzio e fazemos vida
sinpie e linpia nin queremos cosas supertluas mas solamcnie las nesce&arias
a la vida. Onde nunca aramos nin senbramos. E nunca nauigamos por la
mar. E nunca lomamos pesées nin oiras cosas nin buscamos otras viandas,
salvo las que da la tierra que es madré de todas las cosas e de todas las
viandas, e aun dessos frutos non enllenamos los \*ientres^ ca muy inconue-
niente iudgamos extender los vientres por manjares. E porque assi tem-
pladamentevevimos, somos sanos e non avemos enfermedades nin avemos
menester consejo de fisicos e nunca por frio estamos a fuego e nunca
sentimos algunos dolorcs e auemos algunos deseos, mas con paçiençia
los sofrimos, e nunca rooriraos muertesupitanea, porque nunca rrcsccbi-
raos cosa superflua de la natura. E !as nuesiras mugieres son contentas
de ia fermusura que la natura les dio, porque la obra de la natura non
se puede mudar por banos nin por lauamientos de aguas, antes, sy alguno
to quiere mudar, es nescessario que faga ofenssa e injuria al fazedor de
I. Il faudfâà faxemos.
488 A. WOREL-FATIO
la nalura. E tu, rnuy grand enperador, quieres e cobdicias guerras de
fuera, porque no quieres judgar los encmigos que îiencs de demro. E nos,
porque con abstinen<;ia subjudgamos los encmigos intcriorcs, que son los
appetictos de la carne, non tenemos ningunos enemigos defuera. E por
esio foymos de las muertcs que se dan a cochillo c lodos bcuimos fasia
grand vejedat e asperamos con grand deseo la vida bien aventurada de
parayso.
Accidia operando expelUtur et orando.
La accidia obrando
Se excusa e orando.
En Las vidas de los santos padres se leye que Sant Anion, tentado de ta
accidia, de^^ia : « Senor, deseo sersaluo, mas non me dexan pensamien-
tos, mas, sef^or. niegoie que me muestres commo me deua saluar ». E
luego vio vn omne semcjable a ssy mesmo que torcia vna cuerda e leuan-
tauase de la obra e fazia oracio e despues lornaua a obrar e oira vegada
tornaua a fazer oracion e aquel hera el ange! de Dios. E dixole : « An-
ton, faziendo assy te podras saluar ».
Onde en olro lugar en Las vidas de hs sanctos padres se leye que vu
monje pregunto al abbat Achilles : « ^ Porque seyendo en mi silla padesco
accidia ? » E rrespondio el abbat : « Porque avn no has visto la folgança
que esperamos nin los tormentos que tenemos; ca si estas cosas con dili-
gencta acatases, avnque lu camara cstouiese Uena de gusanos fasia el
techo, avn en ellos estarias syn accidia ».
8.
Âcusans false in penam inàdit acusati.
El que a otro pone pecado
El dano a el es tomado ■.
Vn omne mucho bueno fiie accu&ado por inbidia e era devoto a la vir-
gen Maria. E fue acusado por inbidia acerca de su senor que amaua a su
mugier. El seftor judgo que lo echasen en el fuego. E este cauallero, su
senoff mando a vno que ténia su forno que a qualquier que el le enbiase
otrodia de manana, que luego lo lançasse en el forno. E otrodia el
seiior enbio a aquel que hera acusado de bûena manana, e yendo por el
camino fallo vna iglesia abierta e entro en ella por fazer oracion a la vir-
gen Maria. E mientra alli estaua, el cauallero enbio vno de los que lo
t. Coinp. Romaniaj t. V, p. 453 et suiv.
EL LIBRO DE EXEHPLOS 489
acus3uan a ver si era fecho lo que mandara. E los que esiauan al fomo,
por quanto el fue el primero que alli venicra. tomaronlo e lançaronlo en
el fomo ardiendo. E ans! le dio Dios lo que roerescio e libro al innocente
devoto a ta virgen Maria,
Adulator eccian turbat bonos.
£1 lisonjero malo
A les buenos faze dampno.
La primera virtud det monje es menospreciar tos juyzîos de los omnes,
e el que biue en el claustro non se deue gozar quando le alaban, anie se
deue lurbar a exenpio del chantre de Paris de buena memoria. El quai,
segund dizen, aviendo predicado en vn lugar e seyuadende. vn clerigo,
passando açerca del, dixole : i Bcndicha sea la palabra de la tu boca».
E oyendolo el chantre, rrespondio e dixole : « E maldicha sea la palabra
de la luya ». E a enxenplo de la Virgen, que quando le dixo el ange) :
« Aue, gratia plena, et benedicta tu in mulieribus », e fue turbada en la
palabra del.
10.
Aduiatores irridendi sunt et non audiendi.
Los lisonjeros no deuen ser oydos,
Antes deuen ser escarnescidos.
El emperador Vaspasiano fue nascido de vil generacion e rrusrica,
ahunque fue muy noble en scnorio e cosiumbres, ca en comienço que
ouo el sef^ono fasta la fin sienpre fue muy cortes e piadoso e non menos-
precio su nascimiento nin ouo vana gtoria por alabanças vanas. Onde
vna vegada, queriendo vtios lisonjeros alabar su iinaje, de/ian que aque-
llos de donde el veniera fezieran la cibdat de Reatina e que fueron com-
paiieros de Ercoles, e el non quiso oyr, antes escarnescio dellos. Pues, si
los paganos non quisieron oyr los lisonjeros* mucho menos lo deuian fazer
los christianos.
II.
Aduîatores minime est credendam.
Non créas lisonjero engaiioso,
Ssy non fallarte has perdedosso.
Oizese por manera de fablilla del cueruo e de la rrapossa que, leuando
el cueruo vn queso fi-esco en la boca para corner, pusose encima de vn
490 A. MOREL-FATtO
arbor. E la rraposa lisonjera, passando por alli, ouo grand cobdicia del
queso e dtxo assi al cueruo : « O aue muy fermosa sobre todas las aues,
paresce s^me mas blanca que e1 çisne e mas fermosa que el pauon,esî el
tu canto me aplaziese, tu sérias sobre todas las aues. £ he entendido que
has la boz muyclara e que fazes fermossas meludias mucho mejores que
los que taficn cstormcntos. E, ^ porquc non me mucstras el tu canto lan
dulçe e la concordança del oyr tan suaue, el quai copdicio grandes tiem-
pos ha oyr? » El cueruo aviendo plazer de las palabras lisonjeras, non
entcndiendo el engaiio del coraçon, apreiado vn poco el rrostro, porque
non se le cayese el quesso, començo a cantar a média boz. E dîxo la
rraposa : « Por cierto verdai es lo que oy de tu canto dulçe, e si ansi
me plazc el tu canto, que non es cntero, quanto mas faria, si con toda
la boz cantasses, que séria muy mas fermosso lu canto que de rruyse-
fior D. Estonçe el cueruo creyo ser verdat la mentira que le dezia e abrio
la boca para cantar e cayosele el queso en tierra e tomolo luego la rra-
posa e comiolo e començo a escamesçer del cueruo. E ansy non es de
créer a los lisonjeros, porque quieren sacar algo de aquellos que lison-
jan, e, desque lo han avido, escamescen detlos. E esiosaiates proroeien
cosas para traher a la muerte.
12.
Aduocaii uenak genusdicitur eut.
Los abogados, segund paresce.
Es génie que se vende e enpesçe. .
Onde leyesse en vnos cantares, que fizo Seneca, que parescio a vn
omne que vio al enperador Nero que se banaua en los infiemos e los
seruidores que estauan açerca del que lançauan sobre et oro feruienie e
vio venir una compana de abogados e dixotes : « 0 mis amigos. linaje de ,
omnes que se vcnden, Uegat vos aca e banal vos aqui conmigo ».
"?.
AduiUrium respuunt ecian aues.
Las aues es misterio
Que aborrescen el adulterio.
Dizen que acaescio en Lombardia en el obispado de Millan que vit*
moço lomo vn hueuo del nido de vna cigueiia ascondidamente e meiîole
olro de cuerua, e quando vino al tiempo que le nascieron los fijos e que
et cueruo començo mostrar su color e su desçendimiento' de los otros, e
I. // doit man^uir ici qacl^us mots.
EL UDRO DE EXENPtOS 49I
fuesse et macho e aduxo tantas de çigueiias que fue grand marauilla. E
quando ovieron todas visto el cueruo negro entre tos cigoninose fueron
contra la madré e raalaronla.
14.
Adulterii acasata iniaste a Domino Ubtratur.
La mugier inocenie acusada
Del senor Dios es librada.
Vn omne acusaua a su mugier de adulterio e dixole que lo confessase
porque excusasse muchos torroentos. Ella rrespondio : « Dios me estes-
tigo, por ende non lo quiero negar porque padesca e non quiero menlir
porque non peque p. E quando vino et que ta avîa de degollar, en et
primero golpe salio mi poco de sangre, e en el scgundo salto vna sonija,
e en el lerçero lorçiose el cochillo, E despues irayeron oiroque la dego-
llasc, c dcl primero e ssegundo goIpc non la podieron ferir, e en cl icrçero
golpe feriola e al quarto parescio muerta. E assi muerta leuauanla los
clerigos, e rrebeuio e dende fueledada libertad que fuese a do quîsiesse.
15.
Amans pro amato lihenUr exponit bona sua.
El que a otro quiere bien
Por el pierde lo que tien.
Vn pobre e vn rrico eran vezinos e tenîan dos tiuertos ayuntados. El
rrico lenia en su huerto arboles e flores e el pobre lenia en el suyo abe-
jas, e ellos eran henemigos. El rrico querellose que las abejas del pobre
destruyan sus flores e rrequeriole que tas tirase de alli. El pobre non lo
fii^o. El rrico inuidiosso e malo espar/io po^ona por las flores, e Us abejas,
como avian aco&iumbrado, tomaron de las flores e raorian. E el pobre,
desque las vio muertas, como non ténia otra cosa, sy non doscantoros o
barriles, vno de olio, otro de vinagre, e commo amaua mucho sus abe-
jas, expendiolos en melezina para ellos. E el era bien sabio que sabia que
era buen rremedio para la poçona. E pnmero derramo el vinagre sobre
las abejas e despues rruçiolas con el olio e Azoles beuir. E non podria
deur que este pobre non amaua mucho a aquestas abe)as. E assy fizo
Jesu Cbrisio por nos pecadores saluar, que derramo su sangre por damos
vida.
16.
Amatores huius seculi decipiuntur caduca spirituatibiu preferentes,
Los que las cessas deste mundo aman
A ssy mesmos enganan.
492 A. MOREL-FATIO
Vn omnc bueno viejo, queriendo dardotrina a su 6|o, dîxole: oLoi^K {
aman los délestes deste mundo e oluidân los bienes spîrilualesson $e■^ |
jables a vn omne que lenia très amigos, de los quales amaua los doscBf
muy grande amorio e deseaua mucho que podiesse traba'iar por ca^rn i
deltos fasta la muerte e del oiro terçero non curaua mucho c fingbipej
avia con el muy grande admisiad. E vn dia venieron muchos cauailem
con grand pricsa para lo leuar presso al enperador a que dièse oeeu
de mill marcos de plata que le deuia. £ el^ desque se vie assyaquoxiK
buscaua quien le acorricsse en aquella cue(n)ta, c cl fue al priaeroamp
que mucho amaua e dixole : <« Amigo, bien sabes como ;o àeufR
puse mi anima por ly, agora yo he menesier tu ayuda oy con gr»n aa-
çcssidat. E rrespondio : <( Omne, yo non soy el tu araigo nin w quie
ères. Otros amigos tengo con quien he de folgar oy; empcro danek
dos çeliçios o doss camisas que lieues por el camino e non espères de ni
mas ly. E desperado de la su ayuda fuesse para el ssegundo e ditole:
e Amigo, acuerdate quanias honrras e gracias de mi rrescebiste, ( p j
soy caydo en grand tribulaçion e he mester tu ayuda, dîme ^quamoi
puedes acorrer? i» E rrespondiole : « Non me vaga estar contigott»!
trabajo, ca yo de muchas panes he grandes coydados e esto en tribuU-|
cion; empero yre contigo vn poco^ aunque creo que non le aprooectetj
e luego tomarmebe a mi casa a fazer mis negocios ». E el coyudotai^l
nose las manos vazias de sus amigos e doliase de si mucho e de b vta
esperança de sus amigos e doliase de los trabajos que porcUosivù
sofrido. E fuesse para el terçero amigo, del quai nunca a%'ia aridû eof'
dado nin fecho honrra. e con gran verguença e la cara abaxada a ticm
dixole : « Non tengo boca para le fablar, yo me conosco que nunci te
fize bien nin te tracte commo a amigo, empero por la grand nesceiidtt,
que me es venida c non falle alguna esperança en los otros amigoti
a rrogarte ssy puedes ayudarme con alguna cosa poca, non te acor
de rai synplcza li. Eel rrespondiole con cara alegre : « Yo conosco quen
ères mi amigo mucho amado e non se me es oluidado el pequeno bieo
que me fe^Jste e yo te la tengo de pagar doblado, e non ayas ihemormn
pauor, ca yo yre ante ty al emperador e rogare por ty, e aue buena cot-
fiança e non ayas tristeza». Eel, arrepentido porel poco bien que leavâ
fecho, e con lagrimas dezia : « Hay de mi, ^ de que avère mas dolor.dd
amor vano que eue a los amigos mat agradesçidos o de la mi locun por
non fazer bien a este mi hcrmano o amigo » ? E estos dos atnigos priiM-
ros son el mundo e los parientes. ca al tienpo de la muerte desanparai
«1 omne. El lerccr amigo es los bienes que el omne hzt por amor de
Dios, que nunca lo desamparan.
EL LIBRO DE BXENPLOS
49J
Amiens fidelis non dabiUit de amuo.
El que verdaderamenie ama
De su amigo fia el aima.
Leyesse que eran dos amigos : al vno lUmauan Damon e al oiro Fi-
zîas, caualleros nobles e discipulos de Pïtagoras el philosofo. E estos lanto
se amauan e tamai^a amisiança ovieron que Dionisso^ rey de Cicilia,
queriendo al vno degoliar, mandole tiempo a que fuesse ordenar su casa,
e el otro quedo por fiador que tomaria a dia çieno, e allegandosse el
tiempo e cl lermino a que avia de venir, todos judgauan al fiador por
loco. Bmpero el dezia que fiando de la consiancia de su amigo que non
avia temor alguno. E el dia e la ora que el Rey le avia ssenalado vino, e
marauillandosse mucho el Rey de los coraçones e amistanças de amos,
perdono la pena al que avia condenado a muerte e rogoles que lo rres-
cebiessen en su compania e amisiança.
i8.
Amicus verus est qui» cam seculum dtjuit^ tune suctinit.
El amigo es de alabar
Que al tiempo de la priessa quiere ayudar.
Vn omne de Arabia, estando a la muerte, llamo a su fijo e dixole :
« ( Quantos amigos tienes ? »> E el fijo rrespondio e dixo : « Segund creo,
tengo çiento ». E dixo el padre : u Cata que el philosofo dixo : non
atabes al amigo fasta que to ayas prouado. £ yo primero nasci que tu e
apenas pude ganar la raeytad de vn amigo, e pues assi es, ^'como lu
ganaste çiento? Ve agora e prueualos todos. porque conoscas sy alguno
de todos ellos te hes acabado amigo ». E dixo el fijo : « ^ Como me con-
sejas que lo faga? » Dixo cl padre : « Toma vn bezerro e matalo e faze-
lo pieças e meteto en vu saco en manera que de fuera paresca sangre, e
quando fueres a tu amigo, dile assy : amigo muy amado. irago aquï vn
omne que mate, rruegote que lo entierres secretamente en tu casa, que
ninguno non avéra sospecha de iy e assy me podras saluar •. El fijo lo
fizo commo le mando el padre. El primero amigo a que fue dixole :
a Lieua tu muerto a cuesias, e como fezJste el mal, parate a la pena. En
mî casa non entraras n. E assy fue por todos los otros amigos e todos le
dieron aquella misma rrespuesta. E tornosse para su padre e dixole lo
que feziera e dixo el padre : « A li acaescio segund dixo el philosofo :
muchos son llamados amigos e al tiempo de la nescesidat e de la priessa
son pocos. £ ve agora al mi medio amigo e veras lo que le dira *>. E fue
494 A. MOREL-PATIO
a el e dixole : « Entra aca en mi casa, porque los vezinos non entiendan
este secreto ». E enbïo luego a la mugier con toda su conpana fuera de
casa e cauo vna sepultura. E quando el mançebo vio lo que avia fecho e
la buena votuntad de aquel medîo amigo de su padre, descobriole el
negoçio confio era, dandole muchas gracias. E dende tornosse a su padre
e contole lo que te feziera. E dixole el padre : » Por tal amigo dize el
philosofo : aquel es verdadero amigo que le ayuda quando el mundo te
fallesçe. »
19.
Arnicus verus morii st exponit pro amico et omnia hna saa.
El verdadero amigo a ta muerte
Sse ofi'esce por saluar a su amigo.
4
Dixo el fijo a su padre : « ^Viste algund omne que oviese amigo com-
ptido e entero P * Dixole el padre : u Non lo vi, mas oyto <>. E dixo et
fijo : a Pues cueniamelo e sy por aventura podria yo ganar vn lai amigo ».
E dixo el padre : «< Fueme rrecontadode dos mercaderes,vno de Egipto,
oiro de Baldac, que por sola la fama e la oyda se conoscieron e por men-
ssajeros se escriuian para las cosas que avian menester. E acaescio que
el mercader de Baldac ovo de yr en mercaderia a Egipto, e quando lo
sopo el egipçiano que venia, salio al camino a el a rrcscebirlo e rresce-
biolo en su casa con grand alegria e seruiolo con lodas tas cossas, segund
que es costunbre de los amîgos. E estouo ansi ocho dias e mostrole todas
las cosas que en su casa ténia, e a cabo de los oclio dias adolescio^ e el
su amigo ouo grand dolor e Jlamo a todos los fisicos que lo viessen e
curassen de). E los fisicos temptaronle el pulsso vna e dos e très vezese
vieron la orina e non conoscieron en cl enfermedat alguna. E porquatrto
non fallaron enfermedat corporal en el, entendieron que era de amor
aquetia enfermedat. E quando el su amigo lo sopo, vino a el e dixole
que ^sy avia alguna mugier en su cassa que el amasse? E el enfermo
dixole : « Muestrame lodas las mugieres de tu casa e ssy ende alguna
fuere, yo te lo dire ». E luego mostrogelas todas las que bien cantauan
e las moças que seruian» e dixo que non le aplazia ninguna délias. E est
mercader lenia una moça noble, la quai avia criado en su cassa luengo
liempo para la tomar por mugier e mostrogela. E el enfermo vicndola,
dixo : <* Por esta es mi muerte e por esta es mi vida ». E luego el su amigo
diogela por mugier con lodas las cossas que el .avia de rrescebir con ella
e con todas las otras cosas que el le avia de dar si con ella casara. E
esto asi fecho e lomada su mugier con todas las cossas que con ella le
dieron^eacabadasumercadoria, boluiossea sutierra. E despues acaescio
que este egipçiano, que avia fecho todas estas cosas por el de BaldaCi
4
1
EL LIBRO DE EXENPLOS 49 J
perdio quanto ténia, e venido a grand pobreza penso entre ssi de yr a
Baldac a aquel su amigo para que le acorrie&se e ouiesse conpassion del.
E con la mala rropa e con fanbre tomo su camino para Baldac e llego
alla grand parte pasada de la nocbe. E por verguença non fue a la casa
de su amigo, ca ouo verguença que si por veniura por non le conoscer
que non le resceberia en su cassa a lal tieinpo. E cniro en vn templo
por estar alli aquella noche. E esiando ansi muy cuytado e pensando
entre sy muchas cosas, acerca de aquel templo en la çibdat enconira-
ronssc dos omnes e e) vno maio al otro e fiiyo. E muchos de la çibdat,
oyendo el rroydo, venieron alli e fallaron aquel muerto e demandando
quien avia fecho este omicidio, entraron en el templo pensando fallar a
quien lo avia fecho e fallaron a aquel mercader egipcîano. E demanda-
ronle que quien avia muerto aquel omne. Eel rrespondio : « Yolomate «,
que cobdiciaua escapar de ta pobreza por la muerte. E prendieronlo e
leuaronto a la carcel. E otro dia trayeronlo ante los juezes e condepna-
ronlo a la muerte e leuaronlo a ta força e muchos desta çibdat salieron a
ver esta jusiiçia, entre los quales salîo su amigo, por el quai veniera a
aquella çibdat. e el acatando. cognoscio que era su amigo de Egipto e
acordandose de los bîenes que le feziera en su casa e que despues de su
muerte non le podrta dar galardon por eltos, propuso en su voluntad de
rrescebir la muerte por el. e a grandes bozes dixo : v ^ Porque conde-
nays este ynosceme o donde lo Ieuays!*que non merescc muerte, ca
quel omne yo lo mate ». E luego tomaronle e leuaronlo a ta força e aso-
iuieron al otro de la muerte. E aquel que lo avia muerto yva entre la
gente e pensando entre si : « Yo mate este ome e este ynnoçenic es
condepnado a la muerte, e yo que lo Aze esto libre, ^jque razon es desta
injustiçîaPe non se cira cosa saluo que sea sola paçtençia de Dios.
Empero Dios es justo joez que non dexa ningund pecado syn pena; pues
assy es, porque non me [de; mas duras penas despues desta vida, quiero
magnifestarme que yo fize este pecado e por la muerte pagare lo que
fize n. E dixo : « Yo lo fize, dexat aquesie, que non ha culpa ». Los
joezes marauillaronsse mucho e ataron aqueste e dexaron al otro, e dub-
dando del iuyzio leuaron aqueste c los otros dos que eran ya sucltos de la
rouerie ante el Rey e contaronie todas las cossas commo avian acaes-
çido, c el esso mcsmo dubdo e de conscjo de lodos perdono a todos très
con condiçion que te dixiessen la razon desle delito. E luego cada vno
dellos dectaro su rrazon. E eltos asy sueltos, et amigo, que se ofrescio a
ta muerte por su amigo que lo veniera a ver, leuolo a su casa e fizole
mucha honrra e dixote : <^ Sy tu aqui quieres estar, todas las mis cossas
sean tuyas e mias, e ssy quisieres yr a lu tierra, tante quanto yo tengo
partamoslo por medio. n E assy rresçebio la meyiad de lo que lenia su
amigo, e luego tornosse a su tierra. E todas estas cossas assî reconia-
4^6 A. MOREL-FATIO
das, dixo el fijo al padre : « Apenas o nunca podria ser falbdo ul
amîgo ».
20.
Amicus non débet malum creden de amico.
Toraa vn buen castigo :
Nunca aeas mal de tu amigo.
Vno que parescia ser amigo de Plaion philosofo e era lisonjero e dixole
que Xenocratos, el discipjlo mayor que lenia, dezia mai dci. E en nin-
guna manera non creya ser verdai e dixole : « ^ Pienssas que miento o
si creys que digo verdat ? » E dixole : v Non es de créer que aquel que
yo tanto ame e tan fielmente lo ensene e umos bienes le di, que de mi
dixiesse lo que tu me cuentas ». Esionçe aquel maldiziente juroque todas
aqueltas cossas que el dixiera eran verdat. E estonçe Platon, por non
le dezir que juraua falsso, dixole : « Si verdat es lo que tu me cuentas,
creo que lo dezia porque creya que me conplia assi ». E sy por et mal-
deziente non pudo ser inclinado nin induzido este Platonique erapagano,
quanto mas deuia fazer el christiano.
21.
Amor niUlus durai nisi fructas senei amorem.
Non dura mas el amor de fecho
De quanto dura el prouecho.
Vn sabio dixo vna fablilla fermossa, sy fuere bien entendida, ssegund
se por ella entiende. Vn seiior ténia vn can muy noble de muy grand
forlaleza e de muy grand tigereza e avia los dientes tan fuertes e tan
agudos que non avia animalia de su caça que se le fuesse. E seruio grand
tiempo a este senor e a la fm vino la veiedat e perdio los dientes tan
ftieries e la fuerça e los pies eran fracos para correr e los dientes podri-
dos para tener. E acaescio que vna vegada ouo de tomar vna alimalia
par mandado de su seiior, e fuesele, porque non pudo tener por fallesci-
miento de los dientes, e el senor diole de palos e non lo perdono por ser
viejo nin se acordo de los seruiçios que le avia fecho quando mançebo.
E dixole el can : <t ^Porque tu, desagradcsçido, assy me lieres?ca
quando fue mançebo nunca se me fue la caça, e sy agora non fago lo
que fazia quando mançebo, este faze el non poder, e sy lu me fuesea
agrades^ido el seruiçio de la mançebia que fize, deuias escusar el falles-
cimiento de la vejedat, e si lo que fue otro tiempo alabas, crudo e mal
es culpar lo que agora soy, e ssy amaste la mi juuentud, fea cosa es
echarme de ti agora que soy viejo. Mas, segund veo, verdat es lo que el
EL LIBRO DE EXENPLOS 497
sabio dixo : Ningund amor de fecho non dura mas que dura el prouecho.
Ca yo era grande, quando fazîa grandes cossas, mas agora (que) non se
faze mençion de las cosas passadas e del serviçio passado.»
32.
Amor Christi naturatem superat et mundanum.
El amor del ssaluador
Ssobrepuja a todo amor.
El rey de los Vulgados, queriendo seruir a Dios, dexo el poderio e
senorio c el reygno e los 6jos e los parienies e tomo el habito de monje
en vn monastcrio, e el fijo mayor tomo el rreygno e fizose coronar por
rrey. E desque se vio rrey cosirenîa e apremiaua el pueblo que adorassen
L jdolos, e el padre, desque lo sopo, con grand amor que avia a Jesu
Chrisio, dexo el habito de monje e tomo e) habito de caualleria e peleo
con el fijo e vençiolo e prendiolo e mando sacarlc los ojos e pusote en
vna carcel e fizo coronar por rey al fijo menor e tomo a lomar su abilo
de monje. E an&i vei commo el amor de Jesu Christo sobrepuja todo amor
del mundo natural.
Amore vehementm niifaroris,
Locura non ha mayor
Que de raugier aver amor.
Vn ombre muy honrrado, que avia nombre Eradio, ténia vna sola fiia,
la quai ténia propuesto de poner en vn monesterio de monjas por seruir
a Dios, mas el diable que es enemigo del humanal linaje, desque enten-
dio este, encendio vn sicruo del dicho Eradio muy fueriemcnte en amor
de aquella moça. E el entendiendo [no] ser postble, seyendo el sieruo de
Eradio, poder casar con su fija tan noble, fuesse para vn encmiador
matîfico e prometiole muy grand quantia de moneda &y le quisiese ayu-
dar para casar con esta moça, e et encantador le dixo que non lo podria
fazer : « Mas, sy tu quieres, enbiarte he a mi seiior el diablo^ e ssi
fezieres lo que te el dixiere, tu avéras lo que deseas >. E dixo el man-
çcbo : < Qualquier cosa que me mandare fare ». E el encantador fizo
vna carta para el diablo e ynbiola por aquel mançebo en esta manera :
a Por quanio a mi conviene con grand acuda e diligencia a quantos
[podiere quitar e mudar de la fee e religion de los christianos e traherlos
a lu voluntad, porque tu parte sea acrescentada de cada dia, embiote
este mançebo ençendido en amor de tal moça. Pidote que se cunpia su
deseo e que en esto aya gloria e de aqui adelanie puedas mas ligera-
Romaitia, VU j2
MOREL-r*TIO
mente allegar a ti otros » . E diol« la letra e dJxole : « Ve, e a tal ora de ta
nochc esta sobre la sepultura de vn gentil o moro e alli Ilama a los dia*
blos e lança esta caria en el ayre e luego seran contigo ». E fizo lo que
le mando. E luego vino alli el principe de las teniebras aconpanado de
muchedunbre de demonios, e deque ouo leydo lacarta, dîxo al man-
cebo : « Tu creyes en mi, porque cunpla tu voluniad ». Dixo el man-
cebo : « Ssenor, creo ». E dixo el diablo : u Reniegas de Jcsu Chrisio •»
Dixo : n Reniego ». Dixole el diablo : o Vosotros los chrisiîanos sodés
malos e syn verdat, porque, quando me avedes mester, venis a mi,
e desque avedes conpiido vuestro deseo, renegades de mi e vos tornades
a Jesu Christo e el, como es muy piadoso. rreçibeuos. Mas si tu quieres
que yo cunpla tu voluntad, faze vn escrilo de tu mano en que contlesses
rrenegar de Jesu Christo e del bautismo e de la fe cbristiana e que scas
mi siervo e condenado conmîgo el dla del juyzio ». E luego fizo el escrlio
por su mano como rrenegaua de Jesu Chnsio e se daua al seruido del
diablo. E estonçe el diablo mando a los spiritos malos de la fomicadon
que fuessen aquella moça e le encendïessen el coraçon en amor de aquel
mançebo. Los quales encendieron el coraçon délia tan fuertememe que
U moça se derribaua en tierra c con grandes lloros daua bozes e deîua :
n Padre, auet merçed de mi, que fuenemente soy atormentada por amor
de) tai moço vuestro, auet merçed de mis entranas e mostradme amor
de padre c dalme por mugier aquel moço que amo, por el quai soy mu-
cho aiormemada, e si lo non fazeys, de aqui a poco me vereys muerta e
dareys cuenta de mi el dia del juyzio ». El padre llorando dezta '• « | Ay
mesquino de mi ! i que comescio a la mesquina de mi fija, quien me furto
et mi thesoro, quien cego la mi lunbre dulçe de mis ojos ? Fija, yo te
queria casar con Jesu Chnsio e pensaua ser saJuo por li e lu lomasie
toca por amor del mundo. Dexame, (i]à, que te ayunte a Oios commo
tcngo ordenado e non lieues mi ve)edai con dolor a los tnfiemos m. E
ella daua grandes bozes e dezia : « O mi padre^ o cunplc luego mi deseo
0 ayna me veras muerta ». E el padre commo la viesse amargossamente
Itorar e fazer como loca, puesto en grand deseo nssolacion e enganado
por consejo de sus amigos conplio su voluntad. ûiola por mugier aaquei
moço e diole todos sus biencs. deziendo : « Vêle, fija, verdadera mes-
quina n. E estando ellos asy casados, aquel mançebo no entmua en la
iglesia nin se santiguaua nin sse encomendaua a Dios e algunos parauan
mientos a esto c dixieron a su mugier : « Sabe que el marido que esco-
giste que non es chrisiiano ». E elta, desque lo oyo, ouo grand temor e
derribosse en el suelo e començosse de rrescunar e darsse golpes en los
pechos e deziendo : a | Ay de mi, mesquina! î porque fue nascida e non
fue luego muerta^ » E dende dixo al marido lo que oyera e el nego que
nunca tal cossa fuera, mas que era grand falssedat lo que oyera. E dixo
4
EL UIBRO DE EXESPLOS 499
ella : » Ssi quîeres que yo créa )o que dizes, yo e tu eniremos en la
iglesia >. E el veyendo que non sse podria encobrir, contole el fecho por
orden, e quando etia lo oyo, ouo muy grand dolor, e fiiesse para Sam
Basilio e contole todo lo que le acaesçicra a su marido, e Sani Basilio
enbio por el mançebo, e desque lo vio, dixole ; « Fijo, ^ quieres te lor-
nar a Dios? » E rrcspondio : « Si, scnor, mas non puedo, ca fize pro-
fession al diablo e denegue a Jesu Christo e desta denegaçion fize vn
escriio e diolo al diablo ». E dixole Sant Basilio : « Non ayas coydado.
El senor es tan benigno que te rrescibera si te arrepeniieres ». E luego
tomo el moço e fizole la senal de la cruz en la fruenle e encerrolo por très
dias. e acabado los très dias, fuelo a visiur, e dixole : « Fijo, ^commo
estas? » E rrespondio : « En muy grand fallescimiento, nin puedo ssofrir
los damorcs e cspantos e amenazas de los demonios, ca leniendo mi
escrito en la mano acusanme, deziendo : lu veniste a nos e nos non
fucraos a ti ». E dixole Sani Basilio : « Fijo, non ayas miedo, creye
sotamente ». E diole vna poca de vianda e fizole la senal de la cruz e
encerrolo otra vez e rrogo a Dios por el. E despues de algunos dias fue
lo a visiiar e dixole : « Fijo, ^commo te va ? » E rrespondio ; « Padre,
oyo los clamores e amenazas dellos, mas non los veo ». E drôle oira
vegada de corner, e santiguolo e çerro la puerta e fuesse e fizo oracion
por el. E a los cuarenta dias tomo e dîzo ; a ^Como te va? » E dixo :
Bien, sancio de Dios. Vile pelear oy con el diablo e vencerlo ». E des-
pues desto sacolo donde estaua encerrado e llamo a toda ta derezia e
rreligiosos c al pucblo e amonesiolos que feziesscn oracion porel, e tomo
al moço por la mano e leuolo a la iglesia, e luego el diablo con muche-
dunbre de diablos vino a el e irauo del moço e qucrialo arrebatar de su
mano. E el moço començo a dar bozes e dezir : t Sancto de Dios, ayu-
dame ». E tan fuertememe irauo del que tirando del moço ouiera de
derribar al sancto omne, e dixole : <> Matdiio, ^ non te abasta la tu per-
dicion, mas avn quieres leniar la fechura de Dios mio » ? E dixole el
diablo, que lo oyeron muchos : « 0 Basilio, tu me fazes gran prejuizio >).
Estonce lodos començaron de dezir kirieleyssonf e dixole Sant Basilio :
t Maldigaie Dîos. diablo ». H el dixo a Basilio : « Tu me fazes pcrjuy-
zio. Yo non fuy a el, mas el vino a mi e denego a Jesu Christo e fizo
profession a mi. Ves aqui su escrito, que tengo en mi mano ». E dixole :
ff Non cesaremos de fazer oracion fasta que des este escrîpto ». E tizicndo
oracion Sani Basilio e teniendo las manos aiçadas al çielo. vieron venir la
carta todos por et ayre e pusose en las manos de Sant Basilio, e desque
la tomo, dixo al moço : <« Hcrmano, conosçesesta letra ». E rrespondio :
a Si, senor, que de mi mano es escripta ». E Sant Basilio hizola pedaços,
e digno de misterio de spiritu sancto enscnolo bien e tomoto a su mu-
gîer.
A. HOREL-PàTIO
24.
Anima efaippe inmsibilis est nature.
Tu deues saber
Que el anima non se puede ver.
Dize Sam Gregorio en el Dialogo que Pedro, el que le preguntava, le '
dixicra : <c Assy, yo présente, acaescio. Vn flayre fablando conmigo se le
salio el anima e yo vi(a) al que primeramente fablara a desora muerto,
mas si la anima salio non la vi, e cossa dura paresce que et orne créa que
es alguna cosa que ninguno non la pueda ver n. E rrespondio Sant Gre-
gorio : « Pedro, ^que marauilla es ssi non viste el anima salir, la quai
non veyes estando en el cuerpo P E tu fablas conmigo e non puedes ver
mi anima, ca naiura del anima esinvisyble, eansy quando sale del cuerpo
non puede ser vista assy como quando esta en el cuerpo ».
Anima aliquando uisibilis est post mortem.
El anima que non se puede ver
Despues de la muerte puede aparesc«r.
Dize Sant Gregorio en el Diaîogo : « Yo deprendi de algunos discipu-
los de Sant Benito que eran dos varones nobles e hermanos c sabios en
las cosas del mundo : al vno llamauan Spcciosso, al otro Gregorio, e
tomaron la rregla de monjes en sancta conversacion e raorauan en vn
monesterio que Sant Benito feziera acercade la cibdat de Terrazina; los
quaies ouieron muchas rîquezas en este mundo, mas lodas las dieron a
los pobres, por redempcion de sus animas, e vinieron en aquel mones-
terio. E vna vegada enbiaron a Spacioso a la cibdat de Capua por négo-
cies del monesterio. E vn dia estando su ermano Gregorio aseniado a
corner a la tabla con los monjes e acaio contra arriba e vio el anima de
su hermano Specioso salir del cuerpo, avnque estaua muy iueiîe, e luego
le dixo a los monjes, e partie para la cibdat de Capua, e quando alla
llego, fallo a su hermano enterrado, e sopo como aquella ora, que el vîera
salir el anima de su ermano^ finara.
26.
Anima aliquando aisibilis est adfidei firmitatem,
La anima algunas vezes es mostrada
Porque nuestra fee ssea mas affirmada.
Dize Sant Gregorio en el Dialogo que, seyendo el monje e estando en
EL U8R0 DE EXENPt-OS 50I
SU tnonesterio, vn buen rreligioso rauy caïholico e fiel le rreconio commo
vnos omnes veniendo de las partes de Çeçilia para Roma, estando en
medio de la mar, vieron leuar el anima de vn sieruo de Dîos al cieto que
estaua muy luene dellos en la rribera de la mar. E quando descendieron
a tierra, preguntaron ssy raoricra aquel sieruo de Dios e fallaron que aquel
dia mesmo finara. E ansi conoscieron que la su anima fue leuada e sobida
a los çielos.
27.
Anima in columbe sptcU ati(juociens fuit visa,
Esio puedes bien créer
En fegura de paloma el anima aparesçer.
Dize Sam Cregorio que el, estando en su monesterio, le rreconto vn
omne muy vénérable que vn sancto padre. que avia nonbre Spes, hedifico
vn monesterio en vn lugar queliaman Canple, a seys millas de la cibdat
de Nursia e este sancto padre, Dios, que es poderosso e tnisericordiosso,
dando a este enfermedat e trabajo, sienpre le dio gracia e to guardo. £
quanio lo guardo, dandole trabajo e enfermedat, tante mosiro despues
sanandole acabadamente. E este fue ciego por espacio de quarenta aiïos
continues e ninguno en la tribulacion syn gracia non podria sofrirla, si
Dios misericordioso, que da la pena, non le diesse la penitencia. E por
ende Dios caiando a nuesira flaqueza mas que ' la guarda con los açoies
que nos da. Eassy aquel buen orne viejo,avnque le diotrabajo de cegue*
dat, dîole consolacion por guarda del spiritu sancto. E este omne^ seyendo
ya ciego por quarenta anos, rrestituyole Dios ta vîsta e denunciole que en
breue avia de morir, e mandole que predicasse la palabra del [sic] vida a
los raonesterios que estauan enderredor del. E pues el avia rresçebidola
luz del cuerpo, que visitasse los omnes religiosos de aquellos monesterios
e tes abriesse e tes déclarasse la luz e claridat del coraçon. Et quai le
cunplîo luego assy e andando por los monesterios predico los manda-
mientos de la vida, los quales el aprendiera faziendolos. El al quinzeno
dia, acabada ta predicacion, tomose a su monesterio c alli llamo los
monjes e estando en medio dellos rrescebio el sacramenio del cuerpo de
Dios e rrezo con ellos los psalmos e eltos alli caniando e el muy intento
e deuoto en la oracion dio cl anima a Dios c todos los monjesque es-
tauan présentes vieron ssalîr vna paloma de su boca, la quai, abierto el
techo det oratorio, salio, e viendola los monjes, subio at cielo. E es de
créer que el anima de aquel sancto padre por ende aparescio en figura
de paloma, porque Dios, que es poderoso, les mostrasse por esta figura
de paloma con quanta synpleza de coraçon este le avia seruido.
I. // mandat iâ plutiears mots. Cf. Dialog. Mb. IV, cap. 10.
îoa
A. MOREL-PATIO
28.
Anima propter midta (?) ' débita in yinculis àttiMtur.
Por la deuda non pagada
La anima es encerrada.
Vnos pescadores andando pcscando vna vcgada, pensando que sacaaan
un grand pez, sacaron vn muy grand pedaço de yelo e mas les plugo
que sy tomaranpez, porque ei su obispo, que cra omne sancto, padesda
graue enfermedat de gota en los pies e auîa grand rrefrigerio quando
ponia alguna cossa fria so los pies, e leuaron aquel ycio al obispo, por lo
quai les dio muchas gracias e el ténia sienpre aquel pedaço de yelo so
los pics e amansauale mucho e! dolor e marauillauase mucho comroo
non se desataua aquel yelo con el grand calor del estio e con el ardor
de los pies. Mas non era marauilla, ca la jusiicia de Dîos lo fazia durar
que non se desaïasse, e vn dia, lenïendo los pies sobre cl yelo, oyo salir
del vna voz de omne e conjurola que le dixiese quien era, e rrespon-
diole : « Yo soy vna anima que esio en este yelo en pena por los pecados
que cometi e podria ser librada desia pena si me dïxiesen treynta misas
continuadamente cada dia e non cntrcposiesen dia en medio ». £1 sancto
obispo por compasion délia dixo estas misas e luego et yelo se rresoluîo
en agua e esio mostro que era anima.
29.
Animalibus brutis eciam acrecundia est innata.
Las animalias brûlas que non han entender
Han verguença de mal fazer.
Vn sancto omne (que} moraua en el desierto, al quai cada dia venia
vna toba en la tarde e dauale vn pan. F. vn dia el yendo aconpanar vnos
monjes non vino a la ora de la cena e la loba vino segund solia, e desque
non fallo alguno, con la grand fambre que auia, tomo vn pan de la çesta
e comiolo e fuesse, e por verguença de lo que avia fecho non lorno mas
al hermiiano. El sancto omne quando tomo, vio que fallescia vn pan,
mas non pudo saber quien lo feziera, c deque la loba non tomaua a el
commo solia, entendio que ella comiera el pan e ouo pessar e rrogo a
Dios que le tomasse a su conpaiiera. E oiro dia vino la loba a la ora
que solia e non osaua llegarsse acerca, mas abaxados los oios en tierra
non osaua otear al buen omne^ mas por seiiales parescia que le pedia
perdon. E e! sancto omne llamola e llegola a ssy e començoia de falagar
e despues vino commo solia de primero venir.
I. Ms. mortra.
EL LIBRO DE EXENPUOS
30.
W
Angeli sunt honorandi, qui semper nos deftndert sunt parati.
Los angeles merescen grandes honores,
Porque sienpre son nueslros défend edorcs.
EnLasvidas de /oxjancfof/^d^r» se leye que elabbatMoyseseramucho
lemado del diablo e vino at abbat Ysidoro, omne bueno viejot a detnan-
dar consejo e ayuda, e el leuolo a su cassa e dixole que parase mientes e
otease conira oçidente, que es onde se pone el ssoi. E fizolo asi e vio muy
grand conpana de diablos, que esiauan aparejados para pelear. E dixole :
« Buelue la cara contra oriente ». E acato c vio lanta muchedunbre de
^Angeles, que non podia ser contada, aparejados para ayudar a pelear
contra los diablos. K estonçe et viejo dixole : « Vête, e de aqui ade-
lante non les ayas miedo nin temor, ca muchos mas son los que nos
ayudan que los que pelean contra nos ». E el con gran fiuu seguro tor-
nosse a su cclda. E pues si assi con grand diligcncia nos guardan los
angeles e nos defenden, dcuemos ser rreprehendîdos de ser desagrauiados
(sic) si los non amamos e los non honrramos ; mas \ mal pecado ! ante los
ofcndemos por los maies que cometemos. E ^qual séria tan desagrades-
^do que non amase al que lo defendiesse e guardasse de su enemigo,
del quai el non sse podria defender^ E dizen que quando toman al ele-
'fente, vno de los caçadores lo açota e otro lo lieua por fuerça e otro to
pdefende e lo ayuda, al quai syenpre le es agradescido esta besiia, e luego
lo comiença de amar e toma el roanjar de sus manos e de alli adelanie
es obediente e manso. E ssy esto faze el animalia, i porque tu non lo
faras al angel que te defiende e guarda de todo trabajo i
Aijua iastos et santos etiarn nuiretar.
El agua cata rreuerençia
A les justos de buena conçençia.
Dizc Sant Gregoiio en el Dialogo que acaescio en Roma que el rrio
de Tibri salio de madré e crescio lanto que el agua llego ssobre los mu-
res de la cerca de la çibdat, e estonçe en la cibdat de Verona el rrio que
llaman Ateses crescio en lanto que llego a la iglesîa de Sani Zeon que
fue obispo e martir. E estando las puertas de la iglesia abicrtas, non enlro
demro, e a poco e a poco fue cresciendo fasta las fenistras de la iglesia
que estauan acerca del techo e cerro la pueria., assy commo sy fuera paret,
e los que estauan dentro yuan a ta puena e tomauan el agua para bcucr
e en ninguna manera non entraua denlro. e podian tomar délia, mas non
Î04 ^A. MOREL-FATIO
corria como agua e cstaua firme delanie la puerta a demostrar a lodosU
sanctedat d« aquel sancto martir Zeon. E esta agua era para aprouecfaâr
e non para enpesçer a) tugar.
Arma spiriîualia pr tuaient quam terrena.
Mas valen las armas spirituales
Que valen Las terrenales.
Es vn enxenplo de Tcodosio principe que, veyendo estar la batalta con-
tra sy e los suyos desfallesçerj lanco las armas en lierra e «chose en ora-
cion veyendolo todos [e] alcanço ayuda de Dios. E cosa marauillosa fue
que, el estando en oracion e perseuerando en pregarias, los caualleros que
dauan lugar e querian fuyr tanto se esforçauan que rronpieron las hazes
e el rreal de los enemigos e mataron e ferieron muchos dellos en manera
que ouieron victoria e gloria complida. E pues mas valen las armas
espirituales que las temporales. E ssi los caualleros guardan estas cossas
en sus baîallas, ensenan a nos por enxenpios que non dexemos las nues-
tras armas, que son spirituales, mas guardarlas contlnuamente en los
tiempos de tan gran pelea que avemos con el encmigo del humanal
linaje.
^^■
Armis respubitca est ecciam a sdcerdoUbus dejtndcnda.
La rrepublica todos deuen defender
E avn los saçerdotes assi deuen fazer.
Deuedcs saber que la rrepublica deue ser defcndida por armas e todo
omnc deue pelear por su tierra. E leyesse en la Coronka Marliniana que
el papa Gregorio sexto^ quando fue elegido el papa, fallo que todas las
pldossessiones e lierras de la iglesia estauan ocupadas por los grandes
caualleros, e al papa non avia quedado cossa alguna por negligencia de
sus anteçessores. E luego lo priraero amonesio a los que lenian ocupadas
las lierras que las rreslituyessen, e desquc lo non fezieron, puso en ellos
sentencia de cxcomunion, la quai raenospreciaron. E deque esto vio, con
gente de armas peleo con los ocupadores e venciolos e rrescebïo todos
los castillos e heredades de la iglesia que eslauan perdidas. E los Roma-
nos non lo llamauan papa mas omiçida muy malo. Asi que, quando vino
al tiempo de la muerte, ordenaron los cardenales que non era digno de
ser enterrado en la iglesia omne que por lantas muertes de omnes avia
ensuziado eloficio sacerdotal. Estonçe el papa, avnque era muy enfermo,
dandoie Dios esfuerço en el spiritu sancto, fizo vn luengo sermon a los
EL LIBRO DE EXENPLOS \0^
cardenales e rreprehendioles que locamente avjan pensado contra el,€
moslroles por scripturas e derechos que cl avia fecho bien. E dixoles :
« Quando fuere muerto, ponei cl mï cuerpo delanie las puertas de la
yglesia e çerrailas bien con çerraduras e fcrrojos, e si por veniura de
Dio3 fueren abîertas, metei mi cuerpo en la iglesia, e siquedaren cerra-
das, fazct dcl mi cuerpo lo que quisicrdcs. E dcsquefue muerto fezieron
lo que el dîxo, e a desora vino vn viento tan fuerte que non solamenie
abrio las puertas mas quebrantolas e lançolas fasu la paret.
H-
Âstacia recta in belU negociis muUum proJest.
La asiucia que es derecha
En las guerras aprouecha.
Dizen que eï rrcy Alexandre en fegura de cauallero simple fue ver la
corte del rrey Porc para ver e ssaber el arte e el estado e la caualleria
sua. E fue rrescebido del rrey honrradamenie, pensando que non era
Alexandre mas Antigono, cauallero de Alixandre, e preguntole de las
maneras e costunbres de Alexandre e conuidolo a comer, e cl deziendo
que hera Antigono, la baxilla que le trayan de oro e de ptata e tomauala
a ssy coramo suya e guardauala. E despues los seruldores acusaronlo de
lo que auia fecho delante el Rey^ e vino delanie del e preguntado porquc
feziera aquello, dizen que rrespondio assy : < Senor, rruegote que los
caualleros fuertes e nobles que esian cerca de ti vengan e oyan las cos-
tunbres e larguezas de Alexandre ». E deque venieron, començo a fablar
e diio : « Ssenor rrey, yo oyendo la tu grand faraa ser mayor que la de
Alexandre asi en caualleria commo en espenssa, yo Antigono solo vine
fuyendo para ti asy commo a mayor porque te podicssc servir e non a
el, e por quanto la coslunbre de Alexandre es que todo cauallero despues
del manjar toda la baxilla de oro e de plata en que iraen los manjares
que la tome para si. e yo entendiendo que tu non ères menor ' que se
guardaria esta costunbre en tu corte ». E oyendo esto los caualleros de
Poro dexaronlo e pasaronsse para Alexandre e honrrados de muchos
dones en vno con el venieron contra Poro e maiaronlo e subjudgaron a
loda India al seiiorio de Alexandre.
Auaricia ptnas infert,
Penas da la auaricia
Al que rretiene con codicia.
I. H mandat ici an vttbt comme entendi.
S06 A. MORKL-FATIO
Dizen que vn omne, cauando vu cimiento en vna torrCj fallo trec
planchas de oro. En la primera cstauan escriptas estas palabras : « Tengo,
toue. perdi, soy atormentado ». La segunda ténia escriptas estas paU-
bras : « Espendi, donc, guarde, a!çe d. La tercera ponia la declaraçîon
dcstas dos en esta manera : u Lo que expendi esso oue, lo que done
esso lengo, !o que guarde esso perdi. Por lo que alçe que detoue, por
esso padesco agora ».
Auaricia pessima est lusorum.
Dios aborresce los judgadores
Que rreniegan con rrancores.
Vn cauallero con grand ssana, porque perdiera al juego de las tablas,
lanço vna saeta contra el çieto coramo que se queria vengar de Dios. E
despues otro dia este cauallero, estando at tablero jugando, cayo la saeta
llena de sangre ssobre el tablero.
E otro enxenplo de la auaricia dize Valerio : que, estando los rregi-
dores de Roma en su ayuntamiento, demandaron de dos — el vno era rauy
pobre, el otro muy rrico e escasso — quai séria mejor para rregir e jud-
garaEspai^a. £ dizen que rrespondio vn conssiliaro, que Ilamauan Ci
pic Emiliano ' , que le parescia que ninguno dcllos non era de inbiar, ca
el vno non ténia cosa alguna e el otro non avia cosa en el mundo que
abastase, e esio dexo rreprobando la pobreza e la avaricia en los joezes,
ca ellos non podian judgar bien» el vno con la pobreza, el otro con la
escasseza.
Avaras sua magis diligit tfuam se ipsum.
El loco avariento a ssy mesmo disfama.
Sus cossas mas que a ssi ama.
Dize Sant Agosiin, ^ que cosa es que tu non quieres tener cosa mala ?
Non la mugier nin el fijo nin el sieruo nin la saya e avn nin la caiça. El
escasso mas se duele de perder vna miaja que perder a si mesmo, e cada
dia alinpia sus çapatos e dexa a si mesmo estar en suzidat e fazc escudo
de su coraçon a las cosas suyas porque rresciba todo el danpno délias. E
es semejable a vn loco que ténia vnos çapatos nueuos e tanto los amaua
que se descalço para pasar por vnas espinas e quiso mas guardar sus
çapatos que guardar sus pies. Tal es el que faze ihesoro, conuiene a saber
en este mundo, onde todos ssus ^ anteçesores perdieron los thessoros.
I, M$. Cimilîarlo. — 2. Ms. sson.
CL LIBRO DE EXENPLOS
ÏÙ7
?8.
Avarus alitiuando penam in se retorquit.
El que acusa con copdicia
En el se toma su malicîa.
Leyesse que vn rromero» yendo a rromeria a Santiago^ en la cibdal
de Tolosa poso en vna posada de vn mal omne e cobdiçioso, e por aver
tos dineros del rromero puso vn vaso de plala en ta mata de vn fijo de
aquel rromero que venia con el e despues fue en pos dellos, e leuo con-
sigo los omnes de la justicia e comen^o acusar al fijo que era ladron, e
el dezia que eran ynnoçentes el e su padre e ouieron de catar la mata e
fallaron el vasso en ella e traxieronio a la jusiiçia e fue condepnado a la
força, e lodas las cosas suyas que fuesen del huespede cuyo era el vasso.
E el padre peregrino acabo su camino e su via que ténia començada a
honor de Santiago, e acaescio que a la tomada ouo de pasar por aquel
lugar onde el fijo cstaua enforcado e començo de penssar porque Dios
consentia fazer taies cosas. E luego el fijo que esiaua enforcado començo
de fablar e dixo que Santiago lo avia guardado vîvo e sano e dixo que
fuessc luego al Joez e le contase cl miragio, e fizolo assy. E vino cl joez
con muchos e descendieron al fijo del peregrino de la força, e tractada
e visia la causa e fecha la confession e conoscido por el huespede de
Tolosa que lo fezîera e acusara por cobdicia e por aver la moneda del
peregrino, e enforcaronlo en la força a do estaua el peregrino enforcado.
Ï9-
Auarus ptcuniam pro Deo adorât.
El auariento es mal artero
Que por Dios adora el dinero.
Era vn omne mucho rrico que adoraua el dinero comrao a Dios e vna
vegada Hamo a su mugier e a sus fijos e mando traher todo su thesoro
ante ellos e mandolo echar sobre tapetes todo e mando salir fuera a ta
mugier e a los fijos e a loda su familia fuera de la camara, e fizo cerrar
la puerta e los familiares pararon mientes por vn forado ver que queria
fazer, e vieron que fincaua tos ynojos e adoraua aquel dinero, deziendo
asy : « Vos sodés mi sperança, mi gloria e mi rrefugio e non demande
ayuda a otro dios ». E tcndiosse sobre et thesoro e entre los otros dine-
ros vie vn dinero de oro. E fablando, dixole asi : « j 0 quan fermosso tu
ères » 1 E creya que era muy bueno para comer, c pusolo en la boca c
tragolo. E vio otro mayor e mas fermosso e cobdiciolo esso mesmo e
comiolo. E despues vio otro mayor e mucho mas fermoso e dixo entre
J08 A. MOREt-FATIO
ssy : < jO si tu podieses tragar este, mucho mas viuirias jj ! E pusolo en
la boca e vino fasta la gargania; mas, porque era muy grande^ non Lo
pudo tragar. E assi afogole e el anima fue sepultada en el inhemo e el
cuerpo, yaziendo sobre los dineros, fallaronlo muerio.
40.
Avarus post mortem eciam punitar.
El escasso mal aventurado
Vissiblemente sera penado.
l.eyasse que vna raugier viuia sola e ayunio grand quanùa de oro e
fizo vna foya en su casa en tierra e ascondio el oro. E despues de su
muerte, veniendo esto a noiiçia del obispo, mando sacar et oro e meierlo
en et sepulcro con ella. E desque estouoen el très dias oyeron dar bozes
en el sepulcro a aquella mugier, dezicndo que se quemaua de fuego, c
enoiando muchas vezes a los vezinos, de mandamiento del obispo venie-
ron a dcsterrarla e avieno el sepulcro fallaron el oro dcrreiido c fun-
dido de fuego, de sufre e en la boca délia, porque sea verdat aquello que
se dize : del oro ouiste set, oro beue. E el cuerpo de aquella mugier
auarienla que fallaron con fedor de fumo tiraronle del monumento e
echaronio en vna priuada.
4>-
Aaes proximos ecian et exteros amant.
Aues ha que son virtuosas a los suyos '
E a los estranos son piadossos.
Leyesse en el libro de proprietatibus rerum que las conejas han tan
grande amor a sus padres que, quando por vejedat se tes caen las prumas
e las pendolas, calienlanlos con sus propias prumas e los cubren e danles
de corner [e] son reparados e reduddos a su estado e nascidas sus prumas.
E no solaraente el amor de las animalias es a los parientes mas avn a tos
extranos, ca en esse mismo libro se levé que el milano que es muy ligero
en el bobr e sufre mucho el trabaio, quando ha de pasar de Espana a
Ytalia, por grand amor que ha con los coclillos, ponelos cncima de sy e
tieualos fasta Italia. Ë al tiempo de la tomada assy los trae, e lo que
deximos de las comejas esso mcsmo fazen las cigueiias.
I . // faudrait Aues ha que a los suyos son vtrtuosos.
EL LIBRO DE EXENPLOS
43.
509
Audaces forîtina iauat.
Los que mucho son esforçados
De fortuna son ayudados.
Dize Sant Agostin en libro de ta çibdat de Bios que era vn omne, que
llamauan Dionides, que con vna galea caliuaua muchos omncs e los rro-
baua por la mur. E por muchos lienpos andando assy rrobando fue dicho
al grand Alexandre e el mande aparejar galeas e que lo buscasen e gelo
traxiessen presso, e fexieronio assy e traxierongelo presso delante e
Alexandre pregunio a Dionides : « ( Porque tu robauas e fazes tanio
mal en la mar * P E rrespondio Dionides : « Esto fago por lo que tu Cazes
en todo el mundo^ mas porque yo lo fago con vn nauio soy llamado
ladron, e porque tu lo fazes con grand flota de naos ères dicho enpera-
dor, mas ssy la mi fortuna amansasse, yo séria mejor, e tu al contrario:
que quanto la tu furtuna fuere mejor lanto tu seras peor ». E rrespondio
Alexandre : « Yo te mudare la fortuna porque non pongas tu maliçia e[n]
ella mas a tus merescimîenios ». E pusolo dende en grand estado. E assi
fue que et que primero era ladron de la mar fue despues principe e
inarauillosâo conservador de jusijçia.
Al-
Ane Maria oracio ncepta est apat Deum,
El Aue Maria dicha con deuocion
Muestra aquel que la dixo ser en saluaçion.
Vn monje fue elegido por obispo, e yendo para tomar el obispado,
acaescio de venir a folgar so vn arbor, e yaziendo de espaidas, acato suso
al arbor e vio que en cada foja del estaua escripto Aue Maria. E demando
a los que morauan alli çerca sy en algund liempo ouo estado alli algund
santo omne. E dixieron que otro Uempo fuera alli vn espital e avia vn
buen omne que Ilamauan Johan, que en todas tas cosas que queria fazer
sienpre dezia Aue Maria primero. E este fixo cauar al pie de aquel arbor
e fallo vn cuerpo entero sin corrupcion e parescia que la rrayz del arbor
saLiâ de su boca.
44-
Aiu Maria oracio tantam valet sicutplures oraciones,
Ave Maria con grand deuocion
Tanto vale commo mucha oradon.
Vn noble cauallcro dcxo el raundo e cntro en la orden de Cestel, e
s 10 A. MOREL-FATIO
queriendo saber leer, dieronle vn maestro que lo cnsena&se, enunca mas
pudo aprender de dos palabras : Aue Maria. E con lanta cobdiçia c
deuocion de^ia estas palabrai que onde quiera que yua e en qualquier
cossa que fazia syenpre dezia Aue Maria. E quando vino a la muerte
enierraronlo en el monesterio honiradamente, e dende a poco lietnpo
de la su sepuliura nascio e crescJo vn lirio muy fermosso c en cada foja
del era escripto de leiras de oro Aue Maria. E muchos venieron a ver
tan grand marauilla, c cauando la scpultura, fallaron que la rrayz de
aquel lirio salîa de la boca de aquel cauallero.
45-
Au£ Maria oracio contimu dicta a mortt libirai senpittrna,
La oracion del Aue Maria
Libra al omne de ta mala vida.
Vn omne muy poderoso e mucho rrico ténia vn casiillo en vn camhio
no mucho vsado e rrobaua e fazia despojar a muchos de los que por aj
pasauan. Enpero era mucho deuoto a la virgen Sancta Maria e cada dia
a cierto tiempo dezia el Aue Maria, e por cosa o ocupacion que le
veniesse nunca la dexaua de dezîr. £ vn dia por inspiracion de Dios
vino a el vn sancio omne e rrogole que feziesse ayuntar loda ta gente
de su casa. El cauallero mandolos todos ayuntar e llamar. El sancto
omne por spiritu sancto vio que alguno fallescia e estonce llamaron el
cellerizo que solamenie fallescia. K veniendo a mal de grado, desque lo
acato aquel sancto omne terri btemente, los ûjos bueItos> mouia la cabeça
e queria se llegar e non osaua. E djxole el sancto onme : « Conjurote
por el nonbre de Dios que digas quien ères e para que fueste aqui venido.u
E el dixo: v iAy de mi, mesquino, que conjurado conuiene mostrarme
contra mi voluntad! » E dixo : « Yo non soy mio, ca tome esta forma
de omne e treze anos ha que more mansamente con este cauallero, espe-
rando sienpre sy atgund dia dexana la su saludacion, porque yo, scgand
el poderio a mi dado en el, luego lo podiesse affogar e fundir el castillo
so la lierra con todos los que en el estan. E porque ningund dia non
dezo de dezir la salutacion, non pude auer poderio en el, » Ësto dicho,
desaparescio e el cauallero echosse a los pies del sancto omne deman-
dandote perdon de los maies que avia fecho. E dende adelantc emendo
su vida e acrescento las laudes de la virgen Maria.
46.
Aue Maria âeuote dicta ad salutcm peccatorem adducit.
Aue Maria dîcha con deuocion
Trahe al omne a coniricion.
EL UBRO DE EXENPLOS
sn
En Florencia vn omne fue judgado a muerte que deuia ser descabe-
çado c traxieron vn Hayre que to confessasse. E despues de la confes-
sion, pregunto al frayre sy prodria aver esperança de perdon e que cossa
podria dezir que fuesse prouechosa al anima. E esionçe et flayre comen-
çolo de confortar e induzir a paçiençia e que espérasse perdon e non
ouiesse temor e ensenole que dixiesse el Aue Maria, porque la ouiese
por abogada anie su fijo Jesu Chrisio. E desque la començo a dezir
deuotameme, luego sobrevino tanta gracia en el que lodo puesto en
lagrimas en unto aparescio ser contriio e arrepentido que anie todos
publicamente dixo que en ninguna manera non podia escussar desta pena,
afirmando sser muy pecador. E assi leuandolo a ta pena, por todo el
caniino fue deziendo Aue Maria. E vei que marauilla fue a lodos los que
alli estauan, que, despues que cortada la cabeça, dixo muchas vezes Aue
Maria.
47-
Aae Maria valet ut pecator non sine penitencia moriatar.
El que a la Virgen saluda con paçiençia
Non lo dexa morir syn peniiencia.
En Cerdena fue vn omne que se confesso a vn flayre que sse tirara
!as bragas e mosirara el posadero a Jesu Christo e luego fucron todos
sus mienbros dissolutos e muertos e non quedo en su poderio raienbro
mnguno sano saluo solamente la lengua. Epreguntole cl frayre que por-
que creya que, muertos todos los mienbros, le ouîese dado este don que
le quedasse la lengua. E dixole que por mcrescimicnto de la virgen
Maria, a la quai con la lengua el saludaua e le dezîa sienpre Aue Maria.
48.
Aue Maria deuote dicentem a suspendio libérai.
Al que deuotamente dixo el Aue Maria
De la muerte lo libra Sancta Maria.
Vn ladron fue. el quai, ahunque todo era dado a ladronicios e rrobos,
empero era muy dcuoto a la virgen Maria, a la quai muchas vezes salu-
daua con el Aue Maria. E acaescio vn dia que fue tomado en furto e fue
judgado a la força c enforcaronlo, e luego fue alli la virgen Maria, e con
sus manos benditas sostuuolo por très dtas en manera que non rrescebio
dano nin enojo. E pasando por alli los que le avian enforcado, pensaron
que no fue bien apretada la soga e quesieronlo degollar con vn cochillo.
E la virgen Maria , que lo avia sostemdo con sus manos, parauasse delante
en manera que le non podian enpesi^er, e demandaronle que cosa era
513 A. MOItKL-FATlO
esta. E dixoles que la senora Sancta Maria to ténia e deffendîa, e lo^
etios con grand deuocion detia e acatando rreuerencia a la su sâocu
piedat descendteronlo de la força, e dexaionlo que se fuese adonde qui-
siesse. £ el considerando la grand piedai e misericordia de ta virgen
Maria, con grand contricion de su coraçon entro en \'n raonesterio de
monjes e seruio a su fijo Jesu Chrisio en quanto viuio. E vedes quantos
bienes el nuestro saluador da a los deuotos de la su madré piadosa, por
lo quai sienpre es de alabar su fijo e saludarla muchas vezes, deziejido
Aue Maria.
49'
Beatos qui nos dicunt ipsi nos seducimt.
Los que nos alaban,
Esos nos enganan.
Vn monje fue que tanto se menospreciaua a ssi mesmo que solamenie
queria estar con los que le dezian o fazian injurias. E dezia : n Esios ules
omnes nos da Dios para que converssen con los viriuossos que ayan en
vsso la paçiençia. n E dezia : u Los que nos dtzen que somos buenos,
essos nos mienten e nos fazcn négligentes ». Onde el propheta dizc : puc-
blo mio los que le dizen bienaveniurado, essos te enganan; e nos dcue-
mos ser taies que podamos vençer a nos mismos, mas algunos son que
non se pucden domar e son subjectos a la yra que non puede auer
paçiençia.
$0.
Bénéficia eciam bruta animalia reconoscunt.
Las animalias de fecho
Reconoscen el bienfecho.
En el libro xviii de proprietatihus rerum se leye que la hycna es vna
bestia cruel semejable al lobo en el corner e saca los cuerpos de loa
rouenos de so la lierra e comclos c seyendo muy cruel, scgund cuema
vna hystoria, que dize que estaua en vna cueua cerca de Sanct Machario,
la quai vna vegada pario los fijos ciegos e ieuolos a este sancto omne e
por senales que le dezia parescia que le rrogaua que le sanasse sus fijos.
E el entendio lo que queria e fizo la senal de la cruz en elles e veyeron,
e tornossecon sus fijos a su cueua. E ella por darle gracias del bien que
avia fecho, leuole quantas pellejas ténia de las ouejas que avia comîdo
dias avia e pusolas a los pies de Sanct Machario, dando a entender que
non ténia otra cossa que le dar.
LtBRO DE RXENPLOS
5»-
Bîbendum non est incongrnis horis et oppoTtunis.
Los onbres non deuen beuer
Ssaluo al liempo deJ corner.
Dize Sant Agostin en et viiiio libro de las Confessiones que la que crio
a su tnadre era muy > vieja, que por la grand vejedat e buenas costumbres
era muy honrrada e ténia cura de la madré de Sani Agostin e de otra
tnoça e non la dexaua beuer saluo a las horas que los padres comian e
ella dauales decomer muy templadamcntc, e haun que moriessen de set,
3gua non les dexaua beuer porque non lomassen mala costumbre, e dezia-
les : u Agora beuedes agua porque non lenedes vino en vuesiro poder,
mas. quando fueredes casadas e senoras de las bodegas e de los celleros,
aborresceredes el agua, mas quedara la cosiunbre de beuer. » E assi
rrefrenaua la cobdicia de la pequena hedai e assi traya la set de las
moças a manera honesia porque non beuiessen quando non cunplyesse.
E entonçe su madré de Sant Agostin beuia blno quando al comer de sus
padres e poco de la laça que ellos beuian, e anadieron cada dia poco a
poco vino a tiempo que beuia los vassos Ilenos. E vn dia aviendo con-
tîenda con la mûça, Uamola enbriaga, e ella parc mientes en sy e en su
roengua e propuso desde alli de non beuer vino. E assi mucho vale para
la atemperança f e] honestidat ser los omoes en la mocedat bien enseôa-
dos e bien criados.
Blasfemans de Deo et eius maire siaiim punisar.
Al que rreniega de Dios e de su madré
Non le den la pena tarde.
En la çbdat de Ssena vn omne que estaua stonçe ay poderosso,
jugando delanie vna igtesia, porque perdio, rrenego de la virgen Maria,
e luego se le salio la lengua de fuera quanio vn palmo. E todos quantos
lo vieron con temor ovieron muy grand espamo e luego perdio la fabla
e sin penitencia raorio mala muene. E bien podedes entender a quai
lugar séria leuada su anima.
Otro cnxemplo. Dize Sanct Gregorio en el Dialogo que vn omne bien
conoscido e natural ténia vn fijo de cinco anos, al quai amaua mucho e
criaualo en malas costunbrcs. E este moço, lo que es grauc de deztr,
luego comroo alguna cossa fazia que le desploguiesse, rrenegaua de Dios
I. Corrig. vna?
H
$14 A. MOREL-FATIO
e assi lo ténia en costumbre. E acaescio que en aquella çibdat ouo
lencia de mortandat e este moço hie fcrido de vna pestilençia e ténia*
dolo su padre en los braços, segund dizen los que eran présentes,
venir los spîritus malignos. E començo a dar bozes e dezir : u Padr
guardaroe, padre, guardame. » E deziendo esto, abaxaua la cabeça p«i1
sse esconder dellos. F. eî padre demandoie que via. E el fijo dixo:
tt Venieron vnos moros e querianme leuar. » E deziendo esto renego de
Dios. E luego fue arrebatado de los diables, porque Dios mostrasse que
por tal pecado fue dado a taies execuiores. E al que su padre non quisso
corrigir viuiendo, dexolo rrenegar moriendo. El que bibiera blasfeniando
moriesse rrenegando. E el padre crio a su fijo para et fuego del inficma
Bksfemans de Deo a quolibet est puniendas.
El que veye a otro rrenegar
Luego !o deue penar.
Vn cauallero dcl rey Luis de Francia passando por la puente de Paris
vio comrao vn çibdadano rauy rrico e de grand fama rrenego de Dios e
perjurosse e descendio del cauatlo e diole vna grand bofeiada e luego
fue presso e leuado anie el Rey a&i comme malfechor. E el cauailcro
dixo : (c Seîîor, si yo viese alguno que blasfemasse e dixiesse mal de ti,
yo defenderia tu nonbre e tu fama £asta la muerte. Quanio mas deuo
fazer por el senor de todo el mundo. » E el Rey plogole de todo lo que
dezia e por esto mandolo soltar. E diole poderio en todo el rreygno de
Françia que podiesse dar pena a los perjuros e rrenegadorcs. Mas en
este tiempo j mal pecado I pocos lo fazen. Que el tauernero que vende
su vino mas ayna consiente que digan mal de Dios e de Sancta Maria
que non de su mugier nin de su madré.
H-
Blasfemus non peniiens descendit continuo ad infera.
El rrenegador muere sin confession
E para sienpre sera en dapnacion.
En las partes de Lonbardia cra vn jugador de dados que mâchas vega-
das rrenegaua de Jesu Christo e de su madré, e vna vegada jugando con
otros fue contienda entrellos de vn punto e aquel mesquine e malo dixo
assi : « j Touiesse este cochillo por el vientre de la puia de Sancta Maria
como es verdat lo que yo digo! » E luego con gran yra finco el cochillo
en tierra commo que feria a la virgen Maria. E desque sacaron el cochillo
de tierra, salie Iteno de ssangre. E desque lo vieron los que heran pre-
EL LIBRO DE EXEKPLOS 515
sentes, tuego fuyeron. Mas aquel desauenturado de onine leuantosse del
juego, mas porque de todo coraçon non se arrepeniio, luego la yra e
vengança de Dîos le ferio, ca yendosse para su cassa e enirando por la
puerta cayo e morio e assy rrescebio lo que raerescia por el pimto que
rrenego e en vn pumo descendio al infiemo.
55.
Blasfemas uirgims expirât, atii perdunl occuhs et îinguam.
Los blasferoadores de la Virgen
Vnos perecen, otros los ojos e la lengua pîerden.
En Cerdena avia vn jugador que, jugado les dados, lançolos e dixo :
a jO deshonrrada de Sancta Maria! n Esio dicho, morio. E luego tanto
fedor salie del coraçon del que ninguno de los companeros non sse pudo
a et llegar. E assi quanta offenssa fi/o a Dios el fedor lo mostro.
Otrossi vn marinero Fue que, jugando los dados, rrenego de Dios e de
su madre e dezîendo sus blasfemias abaxo la cabeça contra el tabiero e
saltaronie tos oios del casco e cayeron en el tabiero.
En la cibdai de Sena vn noble de linaje, mas muy vil en costunbres e
en vida, jugando vna vegada ante la puerta de Ssant Pablo, porque el
punto non le dixo a su voluntad, començo a rrenegar de Dios e de su
madre, e luego se le rrompieron las venas de dentro e començo alançar
sangre por la boca airas e perdio la fabla. E muchos, yendolo a ver,
alabauan los juizios de Dios e trayeron al mesquino a su cassa. E luego
morio syn confessyon e non es dubda que se fucsse para el ynfiemo.
S6.
Bona a Deo omnia smi creata.
Todas las cossas por Dios fechas
Son buenas e derechas.
Dîze Sant Agostin que todas las cossas son fermossas a su criador e
fazedor, porque de todas vsa en prouecho vniversal. E pone enxenplo.
Sy alguno entrasse en casa de algund ferrero e fallasse muchas ferra-
roientas e se feziesse [dampnoj en algunas délias e por csto eniendiesse
que ci ferrero era malo, que ténia aqucllas ferramientas, séria loco, ca el
ferrero dene instrumentes nescesarios para su obra. E assi séria loco cl
que dixiesse que algunas animalias o criaturas son maUs, porque en
alguna cosa enpeçen e fazen dampno.
jt6
A. MORBL-FATrO
$7'
Bonorum non est disputandam quîs meîior s'tt (aadandus.
De los sanaos non es de disputar
Quai dcUos sera mas de alabar.
Grandes maestros en theologia, el vno alabaua a Sanct Johan Baptîsu
e deûa que cra mejor, e cl oiro alabaua a Sanct Johan euangelista enten-
diendo que era meyor. E acordaron de auer disputacion sotenpne sobre
esta question. E cada vno estudiaua con grand deligencia de buscar
abioridades e rrazones suficientes para abbar cada vno al que era
deuoto e que era mayor. En la noche ante del dia de la disputacion cada
vno destos sanctos aparescïo al su deuoto que ténia su parte e dixole :
« Nos en el çielo bien somos concordes e vos en la tierra non seades
discordes. » Estonçes anbos concordes publicaron esta rrazon e esta
vision al pueblo e dieron laudes a Dios.
S8.
Bonus et sanctos quant potens exercitas pïures habet,
A los buenos e sanctos mas ha que ayudar
Que a los principes grandes para pelear.
Dizen que el rrey de Sirîa puso assechanças e celadas al rrey
Israël por lo lomar, mas el propheia Eliseo descobria la çelada, de lo
quai fue muy turbado el rrey de Sirîa. Ë embio muchos caualleros e
gentc de armas que tomasscn al propheta c venieron e ccrcaronio, e en
la manana [el moço del propheia] ' vlo tanta muchedunbre de gente e
ouo grand lemor e començo a dar bozes asusenoredezir : a îHay, hay,
hay! misefior, ^quefaremos? 1. E dLxoleel propheta: « Non ayastemor,
ca mas son con nosotros que con ellos. n E faziendo oracion Eliseo,
Dios abrio los ojos det moço e vio que vn monte staua muy Ueno de
cauallos e de carros de fuego al rrededor de Eliseo.
59-
Canis fidum animal dicUar esse.
El can es de buena amlsiad
E de muy grand fieldat.
Segund cuentan las hystorias, en Roma auia vn can que, seyendo su
I. « Consurgens autem diluculo minister viri Det, egressus, vidit exerci-
Uiin I, etc. Rûis IV, 6, v. i j.
EL LlflRO DE EXENPLOS
vy
senorpreso, nuncalodesainparo en la carcel, enlaqualmorio, eelmuerto,
esso mesmo nunca lo desamparo, dando muy grandes aullidos en
manera de Iloros, E los que !û veyan, aviendo conpassion dcl e veyendo
su grand ficldai, dauanle de corner. E el can teuaualo en la boca a su
senor e fazta senales que lo comiesse, e veyendo que su senor non lo
comia, nin el lo queria corner e asy esiaua con el ayuno. E despues lan-
çaron el cuerpo en el rrio de Tibri. E cl can por sustentar el cuerpo del
muerto^ Unçosse en el rrio e leuantaualo et, yendo so el agua quanto
pudo, e muy mucha gente de Roma salieron ver aquella marauilla del
amor e ûeldat de aquel can.
60.
Caritas gruum hominibus ist eumplum.
El amor de tas gruas e bondat
Enxemplo es de caridat.
Todo ombre que tiene conpana deue trabajar a todo su poder de
poner piedra de caridat entre sus fijos e sus conpanas, e ssy fallarc
alguno que non es bien otTcdiente, deuelo echar de sy a enxenpio de las
gruas. Di/.esse en el tibro de las Ethimologias de Sanct Ysidro e en el
libro âe proprietulibus remm que las gruas son grandes aues e amanse
las vnas a tas otras e biuen en conpania e en vno bolan ordenada-
inente e en vno van de vnas tierras a otras e en vno asosiegan e toda
la vida biuen son vn rrey. E esto ensena que los omnes deuen fazer, ca
deuen t>euir so vn padre 0 vn sseHor e estar a su amor, e et en amor de-
ttos. E quando acaesce que las gruas pelean vnas con oiras^ acabada su
pelea, luego se loman en el primero amorto, e sy alguna se pierde de
la conpana, dando bozes, busca las otras. Assy deuen los omnes fazer.
61.
Caritatem habens ipsum pro proximo se exponit.
El que a su proximo tia caridat
A muertc se expone por picdat.
En et tiempo que Ytalia fue despoblada de los Vandalos e muchos de
las partes de Canpania fuessen leuados cautiuos at rreyno de Africa era
vn orane sancio obtspo : de todas cossas que pudo aver de obispado dio
a los cauliuos e a los pobres. E non teniendo ya cossa alguna que
podiesse dar a tos que le pedian, acaescio que vn dia vino a el vna viuda
que te dixo commo el yerno del rrey de tos Vandalos teuara a su fijo
captiuo e pedio al sancio omne el precio que oviesse de dar por et, que
gelo dièse, sy aquel senor que lo ténia lo quisiese rrescebir e dexarto
JlS A. MOREL-FATIO
tomar a su tierra. El sancto omne penssando entre si que daria aquella
mugier e non fallo cossa que le pudiesse dar, saluo a el mesmo. E rm-
pondio a la mugier : « Non tengo cosa que te pueda dar, mas toma a mî
e di que so tu sieruo e dame en logar de tu fijo porque lo puedas
cobrar. » E ella pcnso que escamescia mas que non aWa conpasîon. El
sancto omne que era muy bien fablantc, segund que lo avia aprendido
en los estudios, dixo a la mugier que non dubdasse e crcycsse lo que le
dezia e que le dicssc en seruîcio e en lugar de su fijo. E luego hieron
anbos al rreyno de AlTrica e quando llegaron ante et yemo del Rey que
ténia el fijo de la biuda e ella rogote que le diesse su fijo, e con grand
soberuia non solamente la menosprecio mas avn non la queria oyr. E la
biuda dixo : « Ves aqui, este omne te do por el e aue piedat de mi e
tomame mi fijo. » E el quando acato a sancto Paulino preguntole que
arte sabla. E rrespondio el sancto omne : a Non se arte alguna, mas se
bien labrar vn huerto, ') E aquel cauallero, avnque era gentil, deque oyo
que era sabio en labrar ortaliza, rrescebiolo de buena voiuntad e lomolo
por sieruo, e dio su fijo a la biuda. La quai se tomo luego para su tierra.
E Paulino tomo cura de labrar en la huerta. E este yerno del Rcy
muchas vezes entraua en el huerto e rrequeria a su oriolano c deman-
dauale sobre algunas cossas. E veyendole omne muy sabio^ començo a
dexar sus amigos familiares, e muchas vegadas fablaua con su ortolano
e deleytauasse mucho con sus palabras. E Paulino avia por costunbre
de leuar cada dia yeruas odorlfeas e verdes a la mesa de aquel senor. E
dauanle pan e tornauasse al huerto, e faziendo esto muchos tiempos,
acacscio que vn dia fablando en grand secreto con su senor, dixole :
« Para mienies que has de fazer e commo has de disponer deste rrey-
gno, ca el Rcy en breue ha de morir ». E por quanto el Rey amaua mucho
a este su yemo mas que a todos tos otros, non lo qutsso callar, mas to
que le dixo su ortolano, que era omne sabio, luego gclo rreuelo. El Rey,
oyendo esto, rrespondio : « Mucho qucrria ver a este omne que dizcs. »
E el yemo, que era senor de Paulino, dixo : « El me suele traer yeruas
bien olientes al tîempo del corner; yo le mandare que las traya aca
porque lo conoscas. » Otro dia et Rey ssentandosse a corner, vino
Paulino con sus yeruas bien olientes, e veyendolo el Rey a desora ouo
temor e mando a su fija que llamasse al yerno e descobriole vn secretto
que non le avia rreuelado e dixole : « Verdat es lo que oysie a tu orto-
lano, ca esta noche vi joezes en sueûos en cathedras contra mi, entre
los quales este estaua e cl açote que algunas vegadas yo tome por su sen-
tençia mandaron que me lo tirasscn. Mas sabc quien es este tu ortolano,
ca segund yo piensso e segund paresce por el, omne de tanto bien non
deuia ser de pequeiio esiado. » E estonçe su senor pregunto a Paulino
en secretto cl que omne era. E rrespondio : • Yo so tu sieruo que rrece-
EL LIDRO DB EXENPLOS p9
biste en lugar del fijo de la biuda. » El dixo que non le pregunuua
quien fuesse, mas que le dixiese que quien era el en su tierra. E esto
deniandogelo muchas vezes. El sancto ornne constrenido por muchas
conjuraciones, ya non to podicndo negar, dixo que avja seydo obispo.
E quando el lo oyo, ouo muy grand temor e homîlmente se le ofrescio,
dezicndole : « Pideme lo que quîsicrcs porquc tomes a tu tierra con
grandes dones. a E dixo Pautino : « Vn grand bien me puedes tu fazer
que suelies a todos los captiuos que tienes de mi cibdai. » E luego fue-
ron buscados por toda AfTrica e por satisfacion de Paulino fueron todos
suclios e dierongclos con muchas naos cargadas de irigo. E dende a
pocos dias morio el rrey de los Vandalos. E asy perdio el açote que
ouiera para su destrucion c para correpcion de los ficles por consenti-
roienio de Dios. E assy fuc que Paulino, sieruo de Dios, dixiesse verdat,
e el que solo en seruiçio se dio, tomose a libertad del seruicio con mu-
chos otros, queriendo parescer aquel que lomo forma de sieruo porque
nosotros non fuesemos sieruos del pecado. Del quai seguiendo la via,
Paulino se fizo de voluniad sieruo solo por algund tiempo porque des-
pues fuesse libre con muchos e non con vno.
62.
Costa maîier pociui eligit mori quam diffamari.
La buena mugier e honesta
Mas quiere morir que bcuir dcshonesta.
Dise Sant Agosiin en el Libro de la çibdat de Dios que ouo vna duena
en Roma que auia nonbre Lecresda, muy noble en costunbres e en
linaje. E el su raarido avia nonbre. Colatinos, el quai conbido al
fijo del cmpcrador Tarquino, que avia nonbre Fesius^ para ver vn su
castillo que auia nonbre Colacio. E quando entro en el castillo vio a
Lucrcscia entre otras muchas nobles dueiias assentada, e conssi-
derando las costunbres c honestidat c gesto de Lucrescia e la muy
grand fermosura del cuerpo, fue presso de grand amor loco délia e
guardo tiempo quando cl Rey partio de Roma por la guerra e Colatinos,
marido de Lucrescia, con el. Este Festus, fijo del Rey, fue para aquel
castillo onde viera a Lucrescia con sus duenas e fue rresçebido honrra-
damente. E al tiempo del dormir en la noche fizole aparejar camara e
cama, scgund que pertenescia a fijo de rrey, e el ssopo la cama donde
dormta Lucrescia. E non commo huespede mas commo enemigo, seyendo
todos adormidos, emro en la camara de Lucrescia e pusote la mano
ezquierda en la garganta, e teniendo la espada en la mano derecha,
dixo : « Calla, Lucrescia, que yo so Festus, fijo de Tarquino. Sy die-
res bozes, luego moriras. » E elta fue muy espantada. Esionçes el
)20 A. NOREL-FATtO
comen^o ora por promissiones, bora por cspanto, ora por amenazas ira*
bajar por adozirla que le consscnticsc. E quando vio que en mngunz
roanera non podia con ella^ dîxole : v Sj non me consientes, yo dego-
Uare vn sieruo tuyo e a ti e desnudo el su cuerpo con el tuyo ayuntare
en este tu lecho porque ssea fama por todo el mundo que Lucresda,
porque conietio adulterio con vno de sus sieruos, fue degoUada. » Estonce
eUa, temiendo la infama desle mundo, consentio. Ella oiro dia lu^o
enbio cartas a su padre e a sus hermanos e a su marido e a BniTo,
sobrino de Tarquino, que era stonce consul, que luego sin tardança
veniesen a ella. E desque todos fueron ventdos, començo a fablar assy :
« jAy que Fesius, fijo del Rey, eniro en mi cassa non corao huespede
mas comme enemigo! Tu, Colatino, mi marido, sabe que pisadas de
oiro varon estraiio sson en lu lecho. Empero el cuerpo fue forçado, et
coraçon esta ssaluo. Onde quanio a la culpa yo me absueluo, de la pena
non quiero ser librada. E et que esto fizo, maguer que en mi dano e
desonrra lo fizo, en su daiio e desonrra sera tornado, sy vosoiros omnes
sodés para ello. E porque alguna duena non viua non castamenie por
enxenplo de Lucrescia que quisiessc rrescebir cxemplo de la cuLpa non
menosprecie rrescebir enxemplo de la pena. » E saco vn cochillo que
traya ascondido so la vestidura e metioselo por el cuerpo e assy cayo
muerta. Estonce Brulo proconsul e Colatino su marido e su padre e sus
hermanos e sus amigos tomaron el cochillo con que se mato e juraron
sobre la sangre de I.ucrcscia de nunca cessar fasta que lançassen de
Koma la generacion de Tarquino e que nunca consentiessen que délia
rreynasse alguno en Roma de alli adelante. E assy fue fechoquc ieuaron
el cuerpo de Lucrescia a Homa e tante alborço fue feche en la çibdat
que dcsterraron a Tarquino. E fue fuyendo a vna cibdat que tlamauan
Ardua, acerca de Cabies, e a Festo su fijo, que avia fecho el malefiçio,
degollaronio. E la mugier, perdida la verguença, luego con ella pîerde
la casiidat e onestidat.
6î.
Castus non creditur corde cuius est occulis tmpudicus.
Non es casto de coraçon
Quien en los oios ha corrupcion,
Oizen que vn sancto, que llamauan lohan, que avia spiritu de profecia,
al quai vino vn grand omne de Roma con su mugier, que era enferma, e
non la quisse ver, mas sanola, sseyendo ella absente^, e mandole assi :
K Nunca cures de ver la presencia corporal de los sieruos de Dios» mas
demanda e rrequiere sus oracienes. o
E el abbat que llamauan Syluano, sy le fazian salir de su celda,
CL UBRO DE EXENPLOS Ç3I
cobriasse la cara e dezia : a i Que nescessidat es ver esta lunbre tempo-
ral en que non ha prouecho alguno ? n E assy los omnes sanaos apar-
lauanse de ver las cosas vanas e non curauan desta vida.
E por esta rrazon Sanci Anïon pregunio a vno que Uaroauan Didimo
si le pesaua porque avia pcrdido la visia. E el callando por verguença,
dixole Sanct Anton : o Non te pesse porque non tienes oios, los quales
lienen los mosquîtos e las serpicnies, mas gozaie porque tienes aqueltos
ojos con que puedes ver a los angeles e a Dios. »
E otrossi se leyc en Las vidas de los sanclos padres que fuc dicho a Santa
Sincletite : » Non te pesse porque perdiste los ojos. ca te fue quitada la
maieria de los pccados, ca el ojo es mensajero de! coraçon c demuesira
lo que dentro esta. » Onde non es de créer que aquel es casto en el cora-
çon que la vista del quai non es casta. Ca, segund dize Sant Agusiin,
que el ojo que non es casto mensajero es del coraçon non casto.
Onde cuenta Valerîo que vn onine rromano mato a su mugier porque
la vio acatar a los ornes por vna feniestra e judgandola por esto non
ser casta.
64.
Ceco animas comitere fataum esse uiàetar.
Quien al dego animas encomienda
Es locura magnifiesta.
Dizen que vn omne dio vn puerco a muchos ciegos con condicion que
lo rnatassen a palos. E el puerco andaua del vn cabo al otro e los ciegos,
pensando dar al puerco, dauanse los vnos a los otros en manera que que*
daron muy mal feridos. E assy fazen los pecadores deste roundo que
deuen matar el puerco que es el pecado, mas por el puerco los vnos a
los oiros se atormientan. E assy fazen los perlados que cometen cura
de animas a los ynnorantes, que son çiegosquanto a los ojos corporales
e quanio a los spiriiuales que non han deuoçion, por non eniender
lo que leyen e los perlados loman en si el pecado.
Celebrare cotidie nimium placei Deo.
Quien célébra con deuocion
A Dios plaze con su oracion.
Vn obispo de la çibdat de Carmesia, que avia nonbre Cassîo, omne de
buena vida, auia por costunbrc de dezîr cada dia misa, en manera que
pocos dias 0 ninguno pasauan que non célébrasse. E la su vida concor-
daua con el sacreticio que fazia a Oios e todo quanto auia daua en limos-
532 A. MOREL-FATIO
nas. E quando venîa celebrar, con ixiuchas Jagrimas paresda $o i
cion.
K dize Sanct Gregorîo que vn diachono de buena vida, que bxn\
criado deste sancto obispo, le conto e dixo que vna noche Dk» ap
ciera en vision a vn su presbiiero e le dixîera : « Ve e di al obtspo, iu
îo que fâzes, obra lo que obras, non cessen tus pies^ non ccsmo BS
manos, el dia de los apostolos vemas a mi e dartehe tu galardooi. »B
leuantosse el sacerdote, mas por quanio venîa acerca el dia de lotaptft-
tolos ouo lemor de dezir al oblspo el dia de su fin tan acerca. Om
noche aparesciole Dios e rreprehendiole rauy fuene porque non fejtim
lo que le mandara. E dîxole oira vcgada las palabras sobredidat. E
eslonçe el sacerdote leuantosse para yr a dczîr al obispo lo que k en
rreuelado, mas la fra(n}queza del coraçon lo enbargaua de yr alla e por-
que suele la negligençia e menosprecio traher yra a los que son maïuoi
e beguinos. La terçera vegada aparesciole el senor e diole rauchos açoîcj,
en manera que ablando la dureza del coraçon. E assy leuantosse d
sacerdote castigado por açotes e fue al obispo e fallolo acerca del sepol-
cro de Sant Jouenal, martir, que queria dezir misa, segund ssolii. E
rrogo a los que ende estauan que se apartassen que queria dezim
secreto al obispo. E lançosse a sus pies e llorando fuertemente que ipe-
nas el obispo lo podia leuantar para ssaber la causa de aquellas !agnnus,e
el, para fazerle la rrelacion de la vision por orden, tirosse la ve&tidun qoe
traya en cima de los ombros e mostro las llagas del cuerpo para test^
de la verdat e de la culpa en que avia caydo, e vio que ténia Us esp^
das llagadas e cardenas de tes açotes, e quando el obispo lo vîo, ouo
grand pauor e marauillandosse mucho demandole que qiifen se atrenen
a fazer taies cossas. Kl ssacerdoie le rrespondio que por ci avia rreace-
bido aquellas llagas. El obispo marauUlosse mucho^ mas con grsod
lemor. E luego el ssacerdoie dixole el secreto e la vizion que vien por
tas palabras mesmas que oycra : « Faz lo que Taxes, obra lo que ofcnSi
non cessen tus pies, non cessen tus manos, el dia de la fiesu de lot
apostolos vernas a mi e yo te dare el tu galardon. > Las quales comi
oydas, el obispo echosse en oracion con grand contricion, emaguerqae
avia venido a dezir missa a la tercia, por la grand tardança de la ondoi
allongosse la missa fasta la ora de la nona. E desde aquel dia fienpn
acrescento en las obras de piedat. E fue fecho tan fuerte en U ota
quanto era cierto en el galardon. E este obispo avia por costanbrrdf
venir el dia de la fiesta de los apostolos a su iglesia e desde aqarib
rreuelaçion ouo mas coydado de venir. El segundo ano e el lefcero "
pensando de su muerte. El quarto e quinto e sexto, entendtendo êtfd
dia morir, c ya podicra créer que non era verdat la rreueladoo. E d
sepiimo aiio vino a las vigitias de la fiesia sano e en la vigtUa locB0ki>
EL UBRO DE KXBNPLOS Jl]
dotor. E el dia de la solepnidat «perando los sus deuotos la missa que
auia de celebrar, dixo que non la podia deur. E ellos que pensauan de
la $u muertCj segund lo que avian oydo, lodos en vno venieron a el e
de vna concordia e ajuntamiento dixieron que non averian folgança nin
gozo, saluo si cl obispo fucsse rrogar a Dios por eltos. E esionçe el por
su rruego, dixo la missa en su oratorio e con su mano propia totno el
cuerpo de Jesu Chrislo e dio paz a todos. E acabada la missa, Tomosse
al lecho e yaziendo alli vio que estauan sus saçerdotes e ministros ender-
redor del, e por manera de espedirse dellos e para sîenpre rrogoles que
guardassen toda via caridai e predicoles quanto deuian guardar e honr-
rar la concordia. E deziendo estas santas palabras de amonestaciones dio
vna grand boz, deziendo : « Agora es ora. n E luego con sus manos dio
el pano que, segund costunbre de los que mueren, lo lendiesse ssobre su
cara. E) quai tendido, dio el anima a Dios.
66.
CUmencia inaU regibus débet esse.
Piedat deue auer en et Key,
Segund que lo manda la ley.
Recuenta Valérie vn enxemplo, en el libro quinte, de la clemencia e
piedat de Marcelo, consul de Roma, que conquisto e tomo a Çaragoça
de Çeçilia, que estando en vna torre alta mirando la fertilïdat e habun-
dança de la cibdat e muchedunbre de gente afrigida e coytada, non pudo
tener las lagrimas e lloro.
Cuenta otrossi ende que quando César vio la cabeçi de Ponpeyo que
filera degoUado, al quai avia vençido, con grand conpassion lloro.
Recuenia ahun onde de la piedat de Ponpeyo con cl rrey de Armonia
que feziera guerra conira el rreygno rromano. E yaziendo delante del
vencido^ non le consentie star as»y, mas con buenas palabras lo leuanio e
mandole poner la corona en la cabeça e rresiiiuyolo en su primero es-
tado, deziendo que era cossa fermossa vencer los rreyes e perdonar. E
commoquier que a todos los omnes pertenesçe de perdonar^ mucho mas
al prindpc e al que liene poderio es nescesario en perdonando e îempe-
rando las penas a los coytados c culpados, ca la misericordia e piedat es
lemperança del coraçon en poderio del que liene poder de sse vengar o
de amenguar îa pena contra el menor.
67.
Clemencia e hamilitat principibus inesse débet,
Piedat deue sser e bondat
En los principes e humildat.
S34 A* MOREL-FATIO
Oizen que vn duque de Atenas, que auia nonbre Pissîstarcus, avîa via
fija muy ferrnosa de la quai se enamoro mucho vn mançebo. E vn dia
pasando con su madré por la calle, el manccbo encomrandolas, bessoa
la donzella. E la madré muy turbada pedio al duque que le feziese ju^
ticia del e que le mandase matar. Rcspondio cl duque : < Si los que nos
aman e nos quieren bien matamos, ^que faremos a los que nos han odio
e quieren mal ? » Esta palabra salîo de la boca del principe de entendon
de humildat e piedat e en esta manera dissimulo la injuria de la fijae
mucho mas la suya.
E este mesmo principe avia vn amigo que llamauan Aristo, e vna
vegada ouo tanta yra e malenconia que lo escopio en la cara, e el non
mudo la voluntad nin el gesio mas que sy non ouiera rrescebido nin avido
injuria, e sus fijos querian vengar la injuria e non lo conseniîo. Otro dii
este Aristo, penssando la ofenssa e culpa que comeiiera en el principe,
quisose matar. E oyendolo Pissîstarcus fue a el e fizo segurança con
juramento de nunca le demandar injuria e que esiaria en el primero
estado de amistança en que primeramente staua e assy le rreuoco de la
rauerte.
68.
CUmencia uatde in principibm est laudanda.
La piedat es mucho de notar
E en los principes de alabar.
Titus fue vn noble emperador e de tanta clemencîa e piedat acerca \
sus subditos que orne que a el veniesse nunca lo enbîo dcsconsolado nin
triste. E en su tienpo aviendo muy grand pestilencia de muettes, nia$
affecion mostraua a todos los que morian que non a los principes. E a
todos consolaua con sus cartas e a lodos acorria dandoles grandes dones
e para melezina les daua muchas ayudas. E este prometio de rrescebir
profession de obispo porque sien pre guardasse sus manos de muene de
omne. F de alli adclante nunca mando matar nin fue consentidor en muerte.
E dos caualleros de grand Itnaje de Roma, queriendo ser emperadores e
trahcrîo a la muerte, non les dixo otra cossa seyendo [conlvencidos
ante el de la traycion saluo que se enmendassen e dexassen de fazerlo
que lenian pensado, mostrandoles commo el inperio otro ninguno non lo
podia aver saluo al que Dios lo daua, e ssy alguna cosa ellos deseauan,
prometio de gela dar. E luego enbio mensajeros a la madré de vno dellos
que estaua muy luef^e coytada e triste porque sopo que su fijo era acu-
sado e que le dixiesen commo era libre. Otra vegada su hermano camal,
el quai se dezia Domiciano, le trataua la muerte e alboroço el pueblo
conua e). E seyendo acusado, pensso de foyr e el emperador non lo mato
EL LtBRO DE EXENPLOS 52 f
nin \o desterro nin lo toao en mcnor honira que solia, ante le estables-
cio por su conpanero e despues dd que fuesse emperador.
69.
Cogita ijaid accidere semper possit.
Sienpre deues pensar e ver
Las cosas que le pueden acaescer.
Dizen de vn principe que vna vegada le diera vn filosofo vna cedula
en que cran escriptas estas palabras : a En todas las cosas que ouieres
de fazer ssienpre pienssa lo que te puede acaescer. n Este principe mando
que esta cedula que la escreuiessen de leiras de oro, e mandola poner
en las puerias de su palacio. E dende a poco vnos de sus enemigos tra-
taron con su baniero que lo dcgollasse. E el barucro veniendole a fazer
la barua, vîo la escriptura en la puerta e leyola e quando vino anie el
principe començo a tcmblar e mudarssele la color e mandolo prcndcr, e
por amenazas e tormentos conoscio la verdai. El principe conoscio e
perdonolo e mande degollar a los que tratauan la maldat. Por lo quai
paresce que es muy grand prouecho en todas las cosas penssar el ffin.
70.
Cogitacio tua sit talis tfuaiis incarcerati.
Sy cnpre ssea el tu penssar
Como el que han de malar.
En La vida de los sanctos padrts se leye que vn monje rrogo a vn abbat
que le dixiesse algund buen consejo. Dixole : « Veie [e] sienpre pie[n]-
san' lo que pie[n]ssan los malfechores que cstan en la carccl, que syenpre
pregunian a los orones que donde esta el joez c quando vema. E assi
lïoran esperando las penas que han de rrescebir. E assi et monje deue
rreprehcnder a su anima, deziendo : j Ay de mi! ; quando he de esiar
ante el juyzio de Jesu Christo e dar rrazon de mis obras ? Si esto sienpre
pcnsares, podras ser saluo. u
7».
Confessio contra cogitaciones multum prodest,
Mucbo vale la confession
Para los pensaroiemos del coraçon.
Vn monje pregunto a vn omne bueno : « i Que fare que me turban
1. Pienuo pour piensa en.
528 K. COSQUIN
du diable une fée qui lui dit : a VoiU une fontaine, dans laquelle il y a
trois plumes qui se baignent : la Plume verte, la Plume jaune et b
Plume noire : tu tâcheras de prendre la Plume verte, de lui enlever sa
robe et de lui donner un baiser. »
Jean se rendit près de la fontaine et prit la Plume verte ; il lui donna
un baiser, malgré sa résistance, u Le diable est mon père, » lui dil-eUe
alors, u Quand vous serez dans sa maison, s'il vous oiïre une chaise,
vous en prendrez une autre; s'il vous dit : Mettez-vous à cette table,
vous vous mettrez à une autre ; s'il vous dit : Voici une assiette, ne ta
prenez pas ; s'il vous présente un verre, refusez-le ; s'il vous dît de
monter à la chambre haute, comptez les marches de l'escalier jusqu'à la
dix-huitième; s'il vous montre un lit, couchez-vous dans celui d'A côté.
Et s'il vous demande pourquoi vous faites tout cela, vous répondrez que
c'est la coutume de votre pays. ;>
Le jeune homme entra dans la maison du diable. <> Bonjour, monsieur.
— Bonjour. Tiens, voici une chaise. — J'aime mieux celle-ci. — Voici
un verre. — Je prendrai celui-là, — Voici une assiette. — Je n'en vei«
pas. — Tu es bien difficile. — On est comme cela dans mon pays. —
Allons, viens, que je te conduise où tu dois coucher, n
En montant l'escatier, Jean compta les marches, une, deux, trois,
jusqu'à dix-huit. « Pourquoi compies-tu ainsi ? — C'est la coutume de
mon pays. » Ils entrèrent dans une chambre à deux lits. « Mets-toi dans
ce lit, » dit le diablei — « C'est bon, « dit Jean, c je vais m'y mettre. »
Le diable parti, Jean se coucha dans l'autre Ht. Pendant toute b
nuit, le diable ne cessa de secouer et d'agiter dans tous les sens le lit
dans lequel il pensait que le jeune homme s'était couché. Le lendemain
matin, il entra dans la chatnbre. c Te voilà ? » dit-il à Jean ; « tu n'es
pas mort ? — Non, » dit Jean. — « Maintenant, » reprit le diable, « ta
vas aller couper ma forél. Voici une hache de carton, une scie de bois et
une serpe de caoutchouc. H faut que pour ce soir le bois soit coupé, mis
en corde et rentré dans la cour du roi. »
Le jeune homme s'en alla bien triste dans la forêt. Vers le milieu de
la journée, la Plume verte vint lui apporter à manger. « Qu'avez-vous,
mon arai ? » lui dit-elle. — « Votre père m'a commandé de couper tout
son bois, de le mettre en corde et de le rentrer pour ce soir dans la
cour du roi. » La Plume verte donna un coup de baguette : voilà le bois
coupé, mis en corde et transporté dans la cour du roi.
Le diable, étant venu, fut bien étonné. « Tu as fait ce que je t'avais
commandé f — Oui. — Oh ! oh ! tu es plus fort que moi ! Eh bien !
maintenant tu vas me bâtir un beau château bien sculpté en face de ma
maison, avec une belle flèche au milieu. »
La Plume verte vint encore apporter à manger au jeune homme et le
CONTES POPULAIRES LORRAINS pÇ
trouva couché par terre. « Qu'avez-vous ? » lui dît-elle ; « qu'est-ce
que mon père vous a commandé ? — Il m'a commandé de lui bâtir en
face de sa maison un beau château bien sculpté avec une belle flèche au
milieu. — Eh bien ! i» dit-elle, <• je vais me changer en chatte blanche.
Vous me tuerez; vous ferez bouillir ma peau dans de l'eau ; vous déta-
cherez mes os, en regardant bien comment ils sont placés, parce qu'il
faudra les rajuster ensuite ; vous trouverez dans mon corps une belle
flèche, que vous mettrez au faite du château. »
Le jeune homme fit tout ce qu'elle lui avait dit ; seulement, quand il
rajusta les os, il y en eut un au petit doigt qui ne fut pas bien remis.
D'un coup de baguette, le château se trouva bâti.
« Tu as fait ce que je t'ai commandé ? •> dit le diable. — « Oui, » dit
Jean. — « Oh I oh! tu es plus fort que moi! » Alors il banda les yeux à
Jean et lui dit : « Voilà la Plume verte, la Plume jaune et la Plume noire.
Si tu mets la main sur celle qui a été changée en chatte blanche, tu
l'auras en mariage. » Le jeune homme mit la main sur celle du milieu :
c'était bien la Plume verte.
Le soir venu, le diable dit à Jean : < Tu vas coucher dans ce lit. >
Jean se coucha dans l'autre. Pendant la nuit, il s'éleva un grand vent;
la Plume verte dit au jeune homme : « Voulez-vous fuir avec moi ? —
Je le veux bien, t. dit Jean. Aussitôt, ils s'envolèrent au vent.
Quand ils furent près de la maison de Jean, ta Plume verte embrassa
le jeune homme, et, de laid qu'il était, il devint beau, u Si vos parents
veulent vous embrasser, » lui dit-elle, « ne vous laissez pas faire, car
votre beauté s'en irait. » Lorsque Jean fut entré dans la maison, on
voulut l'embrasser, mais il s'en défendit ; il n'y eut que sa vieille grand*
mère qui le voulut absolument ; aussitôt il redevint laid, comme devant.
La Plume verte lui dit : « Je vais donc vous embrasser encore. » Elle
l'embrassa, et il redevint beau.
Le matiii, le diable, étant monté à la chambre, ne trouva plus per-
sonne; il se mita la poursuite des deux jeunes gens. Sur son chemin^ il
vit un casseur de pierres. U lui dit : « Avez-vous vu un garçon et une
fille qui volaient au vent ? — Ah ! les pierres sont dures ! — Ce n'est pas
cela que je vous demande. Avez-vous vu un garçon et une fille qui
volaient au vent ? — Elles sont bien difficiles à casser. — Ce n'est pas
de cela que je parle. »
Le diable poursuivit son chemin et rencontra un laboureur. « Avez-
vous vu un garçon et une fille qui volaient au vent ? — Oh ! la terre est
malaisée à labourer. — Avez-vous vu un garçon et une fille qui volaient
au vent i* — L'ouvrage ne va pas aujourd'hui. — Je ne parle pas de
cela. • Le diable, impatienté, s'en retourna.
Cependant beaucoup de beaux messieurs, qui ne savaient pas que
Rmania, VU ;4
$)0 E. COSQUIN
Chatte Blanche était ta femme de Jean, la recherchaient en mariage. Il en^
vint un qui lui donna cent mille francs, a Attendez, * lui dii-elle,
faut que je sorte ; j'ai oublié de fermer la porte du buffet, n Pendan
qu'elle était sortie, son mari, qui avait tout entendu» tomba sur le pré-
tendant à coups de bâton. Il en vinx un autre qui donna quatre-ving
mille francs â Chatte Blanche. « Excusez-moi, » lui dit-elle, » j'ai oublié
d'aller couvrir mon feu. p Elle sortit ; Jean arriva avec un fouet et
fouailla d'importance le beau monsieur. Un troisième vint, qui donna
soixante mille francs, n 11 faut que je sorte, » lui dit Chatte Blanche ;
i< j'ai laissé la porte de ma chambre ouverte. » Jean mit le galant à la
porte à coups de trique. Il se trouvèrent alors assez riches, et Us firent
une belle noce.
Ce conte est, en raison des éléments qui le composent et des transformations
p2r lesquelles plusieurs de ces éléments ont passé, un des plus curieux de notre
cullecliun. I) présente, pour l'ensemble, le thème que M. R. Kœhier déugnc
sous te nom de thème de la FiatiUc oabliie^ et dont voici l'idée générale, sous sa
forme la plus fréquente : — Un jeune homme, prisonnier de certain être inal-
Ëiîsant (diable, ogre, géant, sorcier, ondîne, etc.), en reçoit l'ordre d'exécuter ^
plusieurs tâches en apparence impossibles. Il est aidé par une jeune fille, ordif^^l
nairement la fille de son maître, laquelle ensuite s'enfuit avec lui. Poursutvit^^l
par le diable, géant, ou autre, ou par quelqu'un des siens, les deuic jeunes gens
leur échappent par des moyens magiques, le plus souvent par des transforma-
tions. Une fois revenu chez ses parents, le jeune homme oublie sa lancée, —
ordinairement par suite d'un baiser que lui donne sa mère, — et sa fiancée
trouve en6n le moyen de lui rendre la mémoire.
Ce thème, auquel se rattachent les contes allemands n" il}, 19), et aussi
n" j6 de la collection Grimm, s'est déjà offert à nous, écourté, dans notre n» 9,,^^_
VO'ueaa vtrt. Il a été étudié par M. Kœhler en 18Ë2 dans la revue Ori^run^^H
Occident (t. tl, p. 10; seq.) ; en 1869, dans ses remarques sur un voionie ds^^
contes csthoniens(Fr. Kreutzwald, Ekstnische Marchtn, ûbersetzt von K. Lœwe,
p. 562), et en tSyo dans ses remarques sur les contes siciliens tf^ }4, j^ et 14
de la collection Gonzenbach.
Nous examinerons successivement chacune des parties de notre conte lor-
rain.
Prenons d'abord l'introduction. Dans un grand nombre de contes de ce type,
c*est par suite d'une promesse extorquée à son père, qui souvent n'en a pas
compris la portée, que le héros est tombé entre les mains d'un être malfaisant.
Il en est ainsi dans un conte écossais (Campbell, n^ 2), dans deux contes sué-
dois (Cavallius, n"** 14 A et 148 de la trad. allemande), dans un conte estho*
nien (Kreutzwald, n° 14), un conte russe (Ralston, p. 120}, un conte da • pays
saxon » de Transylvanie (Hattrich, n' 26), un conte des Tsiganes de la Bukch
vine (Mém. de l'Ac. de Vienne, t. aj I1874I, p. 324), un conte grec moderne
(Hahn, n° ^4). Dans un conte danois (Grundtvig, p. 46 de la trad. ail. publiée
CONTES POPUUIRES LORRAINS JJI
en 1878K c'est par ses frères, en danger de périr sur mer, que le jeune prince,
dès avant sa naissance , a èlé promis à une sorcière. — Ailleurs, le jeune
homme est enlevé par un démon (conte hongrois ; Gaal*Stier, n' }) ou par une
magicienne (conte sicilien : Gopzenbach, n" ^^); tl esi attiré par un cerf dans
un bois où il est lait prisonnier pr un certaîa roi (conte westphalien : Grimm,
0' 1 1 )| ; ou bien, égaie dans une forêt, il arrive chez un ogre Iconte sicilien :
Gonzenbach, n** {4K enfin il entre tout simplement au serrice d'un géant
(conte norwégien : Asbjœmsen, t. II, p. 140 de la trad. ail.) ou va demander 4
un géant et une géante la main d'une de leurs filles (conte catalan : Rondalïajn
t. I, p. 8^), etc. — Parmi les contes du type que nous étudions, il en est aussi
un certain nombre dont le commencement est à peu près celui de notre conte
lorrain. Nous nous arrêterons un peu en détail sur ers derniers contes, et,
comme ils se rapprochent également beaucoup, pour la plupart, de cet épisode
si bizarre des trois ■ plumes » qui se baignent et i l'une desquelles il faut
enlever sa robe, nous donnerons en mfime temps l'analyse des passages qui cor-
respondent  cet épisode et l'éclairent.
Dans un conte du Tyrol italien (Schneller, n' 27), un jeune homme, grand
joueur, se trouvant un jour dans le pays des païens, perd tout ce qu'il possède
contre un aubergiste qui est enchanteur, et joue enfin son âme. L'autre, ayant
encore gagné, lui hisse une année au bout de laquelle le jeune homme doit venir
le trouver. Il veut y aller avant le temps fixé pour tâcher de se racheter. Saint
Antoine de Padoue, qu'il a invoqué devant sa statue, lui apparaît sous la figure
d'an moine, et lui dit d'aller près d'un certain pont. U il verra arriver à lire
d'ailes trois blanches colombes, qui déposeront leur plumage et se changeront en
jeunes filles. Le jeune homme devra s'emparer du plumage de la plus jeune, le
cacher, puis revenir le soir et le lui montrer dès qu'elle le demandera. Il suit ce
conseil, et, quand la jeune fille cherche son plumage, il lui dit qu'il le lui
montrera, mais qu'il faut qu'elle lai promette de venir â son aîde. Alors elle lui
dit que l'enchanteur est son père ; il imposera trois tâches au jeune homme,
mais elle l'atdera, etc. — Un conte grec moderne, que nous avons mentionné
plus haut rHahn, n' ^), jette encore plus de jour sur cet épisode des trois
t plumes >, si obscur dans notre conte lorrain. Un jeune homme, promis au
diable dès avant sa naissance, se met en route pour l'aller trouver. Une source
infecte, dont il a vanté l'eau par complaisance, lui donne pour le récompenser
ce conseil : c A tel endroit, il y a un lac ; trois néraides {sic) viendront s'y
baigner. Cache*toi, et, tandis qu'elles seront dans l'eau, saisis leurs vêtements
de plumes, qu'elles auront laissés sur le rivage, et ne rends pas les siens i la
plus jeune avant qu'elle ne t'ait juré de ne jamais l'oublier, même dans la mort. »
Os « néraides > sont les filles du diable, comme le sont aussi, dans un conte
basque de ce type (W. Webster, Bas^tu Legatiis, p. 120), les trois jeunes filles
à l'une desquelles le héros, d'après le conseil d'un tdrliiro (ogre), dérobe ses
vêtements de colombe. — De même, dans le conte russe indiqué plus haut
(Ralston, p. 1201, le prince, qui a été promis par son père au Roi des eaux,
rencontre une Baba Yaga (sorte de sorcière ou d'ogresse). Celle-ci lui dit de
prendre les vêtements de l'alaée de douze jeunes filles qui arriveront sur le bord
de la mer sous forme d'oiseaux. Qumd il le fait, U jeaoe fille le supplie de lui
))2 E. COSQUIN
restituer ses vêtements : elle est la fille du Roi des e^ux et die rendra service
au jeune homme.
On le voit : dans notre conte lorrain, l'idée première est parfaitement recoD-
naissable ; les éléments en existent à peu près tous, mais le sens en est perdu ;
on ne sait plus ce que c'est que celte * plume i personniBéc, i laquelle il laut
enlever sa robe. Du reste, même ce souvenir à demi effacé du thème primitif i
disparu des contes de ce type dont il nous reste à parler dans cet eodroit de
nos remarques. Ainsi, dans un conte catalan [RonJatlayre^X. 1, p- 4O» —
après une introduction oti le héros, un comte très-joueur, perd en une Duit sa
fortune et sa vie et reçoit de celui qui a gagné l'ordre d'aller au Château du
Soleil, d'oEi jamais personne n'est revenu, — on voit tout simplement trois jeunes
filles qui se baignent : le héros, suivant le conseil d'une géante, s'empare des
vêtements de la plus jeune et ne les lui rend que quand elle lut a indiqué ob est
le Château du Soleil. — Dans un conte milanais (V. Imbriani. La Noveilâft
fiorcntina c la Narcllaja milantse, 2*éd., Livoumc, 1877, p. 411), le héros doit
aussi se rendre chez le Roi du Soleil, contre qui il a gagné une partie de
billard [sic), dont l'enjeu est la main d'une des filles du roi. Un vieillard indique
au jeune homme où est le palais du Roi du Soleil^ et lui conseille de dérober
les vêtements des filles de celui-ci, pendant qu'elles se baignent ; il ne devra
les leur rendre que si elles consentent à le mener â leur père. — Dans un conte
allemand (Prœhie, KinJer- und Volksmarchen, n" 8), un prince dépense tout son
argent dans les auberges ; il perd au jeu contre an étranger, au pouvoir
duquel il doit aller se remettre tel jour, i tel endroit. Il rencontre une vieille
qui lui dit qu'il trouvera un étang où se baignent trois jeunes filles, deux
noires et une blanche [on se rappelle la Plume verte, la Plume jaune et la
Plume noire de notre conte lorrain/. Il faudra prendre les habits de la blanche.
Ici, comme dans le conte catalan, le jeune homme cherche i obtenir du père
de la jeune fille ta main de celle-ci. — Comparez enfin le conte picard publié
dans Mihsine (1877, col. 446) *.
Cet épisode des Jtuna fillts oistaax, si l'on peut s'exprimer ainsi, qui manque
dans le plus grand nombre des contes du type de Chniu Bhncht^ appartient en
réatiTé â un autre thème très-répandu. Là, le héros refuse de rendre à la jeune
fille le vêtement de plumes dont il s'est emparé, et il la garde elle-même comme
sa femme; mais, un jour, la jeune femme trouve moyen de reprendre son vête-
ment et elle s'envole vers son pays. Après diverses aventures, le héros parvient
i la rejomdrc, et désormais ils vivent heureux. — Notons que plusieurs contes
de ce type, par exemple un conte du Tyrol altemand (Zingerle, I, n" j?), un conte
bohème ^Waldau, p. 248), présentent vers la fin une suite d'épreuves que les
parents de la jeune femme font subir à son mari, i son arrivée dans leur pays,
I . Un conte allemand , également du type de la Fiancée ouhl'Ut ( Wolf, Dtutsekt
Hausmarchen^ p. 186), a, lui aussi, celte introduction. Un prince, toueur
enragé, tombe au pouvoir du chasseur vert Grùnus Kravalle, le diable. Il
n'obtiendra sa liberté que s'il trouve le château de celui-ci dans un an et an
jour. Voir encure un conte écosuis du même type (Campbell, n» 2, var. ;) 06
un jeune homme, ayant perdu une partie de cartes contre uo chien noir^ se voit
obligé de le servir pendant sept ans.
4
4
4
CONTES POPULAIRES LORRAINS 5;^
et dans lesquelles il est aidé par elle. Cet ipisode rapproche ce thème du thème
principal de notre conte lorrain, et il n'e^t pas étonnant qu'ayant ainsi une
partie commune, ces deux thèmes $e soient paKois fusionnés.
Nous avons dit que le thème des Jtunts fillts oiseaux était très-répandu ; il ne
sera pas sans mtèrét de le montrer. Aux contes européens que nous avons
indiqués, on peut ajouter, par exemple, des contes allemands l^Simroclc, n* 6^,
Gnmin, n* 19}), un conte italien (Comparetti, n" ^o), un conte grec moderne
(Hahn, ta i^, un conte bohème iWaldau, p. 555), un conte valaque fSchoU,
n" 19), un conte polonais (Tceppen. AUrghaben aus Masurett, 2' éd, Dantzig,
1867, p. 140), un conte finnois (Bcauvois, Conta popalains de la FinhnHe, de la
Norwigt tt de la Bourgogne, p. 181), un conte Ijpon (n* j des contes lapons
trad. par F. Liebrecht, Germama^ tome 1 ^) *. On a recueilli également un conte
de ce type chez tes Elsquimaux du Groenland méridional et du Labrador
{Taies and Traditions of the Eskimo, by H. Rinlt, 187J, tfl ij).
La littérature européenne du moyen Age présente aussi ce même thème, plus
ou moins bien conservé. Ainsi, d'après M. Liebrecht {Zeitsckrift fur verglei-
tthende Sprach/orschung^ t. XVIll. p. 59I, dans te poème allemand de Fridinc de
Souabe^ le héros, qui, par suite d'une désobéissance de sa part, a vu s'éloigner
de lui la princesse Angelburge» trouve ensuite l'occasion de dérober  celle-ci,
pendant qu'elle se baigne, ses vêtements de colombe, et il ne les lui restitue
qu'après lui avoir fait promettre del'épouser. Dans les M^/ungCT(Aventure2s),
Hagen s'empare des vêlements de deux ondines pendant qu'elles se baignent, et
il ne consent à les leur rendre que si elles lui révèlent l'avenir. Enfin, dans
VEdda Scandinave [Us Eddas, trad. de M"* R. du Pugel, 2' éd., i86j,
p. 27s), trois frères, fils de roi, étant à la chasse, rencontrent sur le bord d'un
lac trois femmes qui filaient du lin ; < auprès d'elles étaient leurs formes de
cygnes ». Ces femmes étaient des Valltyries. Les trois frères les emmènent chez
eux: ils passent sept hivers ensemble; • puis les femmes s'envolèrent pour
chercher les batailles, et ne revinrent pas. •
En Orient, le nombre des rapprochements à faire est considérable. Ce thème
éta Jeunes filles oueaux, nous le trouvons d'abord chez tes Samoyèdes (voir le
conte samoyéde publié par M. Ant. Schiefner dans les Eihnologisckc Vortesungen
ùber die aitaisthtn Vceiker, d'Alexander Castren. Saint-Pétersbourg, i8j7,
p. I73>. Une vieille dit à un jeune homme d'aller auprès d'un lac qui est au
milieu d'une sombre forèl. Il y verra sept jeunes filles se baignant; leurs vête-
ments seront déposés sur le bord du lac. Il faudra qu'il prenne les vêtements
de l'une d'elles et les cache. Le jeune homme suit ce conseil. La jeune fille
dont il a pris les vêtements le supplie de les lui rendre. < Non, • répond-il,
I. Comparez la légende suivante des îles Shetland et des Orcades (P. Ken-
nedy,/^^<n</dry ficfio/jj 0/ (Ar/riiA C«/(j. London, (866, p. 12J). Un pêcheur
aperçoit un jour deux belles femmes qui se [ouent sur le bord de la mer. Non
loin de lui se trouvent par terre deux peaux de phoques ; il en prend une pour
l'examiner. Les deux femmes remarquent sa présence, courent vers l'endroit où
étaient les peaux. L'une saisit celle qui reste, s'en revêt en un clin d'œil et dis-
paraît dans la mer ; l'autre supplie le pêcheur de lui rendre la sienne, mais
tl refuse et il épouse la femme. Quelques années après, alors qu'elle a déji
deux enfants, la femme retrouve sa peau de phoque et s'enfuit avec un de ses
pareils.
(^4 ^- COSQUIN
« car si je te les rends, tu t'envoleras de nouveau vers le cid. > ]J fiait pouN
tant par les lui rendre, et elle devient sa femme.
Dans la Sibérie méridionale, chez les tribus tarUres do bassin de U Tobol,)!
a été recueilli un récit du même genre (W. Radloff, o^. fif., 1. IV, 187a, p. pt)-
Le héros de ce conte, Zyhanza, ou, selon la transcription de M. Pavet de
Courteilles (Journal asiatiqui, aoClt 1874, p. 3^9), DjihÂn-ChÂh, est arrivé, après
diverses aventures, dans an magnifique château, et il a été adopté pour fils par
une bonne vieille, ï qui appartient ce château. Pendant l'absence de cdie-a, il
ouvre une porte qu'elle lui avait défendu d'ouvrir ' Derrière cette porte était
une plaine avec un étang au milieu. Il s'assit au pied d'un peuplier. Trois qrgne
arrivèrent du haut des airs et se posèrent sur le bord de l'élang. Deux d'entre
eux descendirent dans l'eau et parurent sous la forme de jeunes filles : ■ Viriu
avec nous, » dirent-elles d leur compagne. — « Il y a ici une odeur d'hommes, •
répondit celle-ci. — « Que parles-tu d'hommes? Leur pays est bien loin d'ici. •
La jeune fille, ne pouvant plus leur résister, déposa elle aussi son vêtement de ,
plumes et se mit 1 l'eau. Djihân-Châh, soruni de sa cachette, s'empara d«|
vêlement. « Ne l'avais-je pas bien dit? > s'écria-t-cllc. ■ El vous prétendiez
qu'il n'y avait rien. > Les deux autres |eunes filles s'enfuient, mais la troisième
est obligée de suivre Djihin-Châh et de devenir sa femme. — 11 n'est pas diffi-^
cile d'établir l'origine de ce conte sibérien. Kecueilli chez des Tartarcs musuU>
mans, il est certainement arrivé en Sibérie avec l'islamisme. Le nom seul du
héros suffit à le prouver : la plus grande partie du conte tartare, en effet, est
la reproduaion abrégée d'un conte arabe, dont les MilU el une Nuits doobetit
deux versions, dans l'une desquelles le lièros s'appelle Djanschdh, nom qui cor-
respond exactement au D)ihân-Chdh du conte sibérien, et l'introduction de ce
conte sibérien, — introduction dont nous n'avons pas i nous occuper ici» et qui,
à vrai dire, forme un conte distinct, — est également un écho des MtlU et u<
Naits: car elle n'est autre qu'un épisode des Voyages de Sindbad le Marin.
Ces deux variantes des Mille ei une Nuits seraient curieuses à examiner en
détail si nous avions i nous occuper directement du thème des Jtuius fiiies
oiseaux. Elles présentent ce thème d'une façon bien plus complète que le conte
sibérien. Ainsi, dans VHiitoire de Djanschah, la jeune fille, dont te père est un
roi des génies^ parvient, après avar épousé Djanschah^ i rentrer en possession
de son plumage de colombe, et elle s'envole en disant i son mari que, s'il
l'aime, il faut qu'il l'aille rejoindre à la Citadelle de diamant. Djanschah
s'adresse successivement au roi des oiseaux, au roi des animaux et au roi des
génies pour savoir où est la Citadelle de diamant ; mais personne n'en a jamais
entendu parler. Enfin un grand magicien lui dit d'attendre l'assemblée générale
des génies, des animaux et des oiseaux, qui tous lui obéissent. A cette assem-
blée un oiseau, arrivé le dernier, sait seul où la Citadelle de diamant se trouve,
et il y porte Dianschah qui est très-bien accueilli par son beau-père, le roi des
génies, et retrouve sa femme. Dans l'autre variante arabe, le hèros^ au moment
d'arriver au terme de son expédition, rencontre des enfants qui se disputent des
objets merveilleux ; il trouve moyen de s'en emparer par ruse', et ces talismans
I . Nous avons dit quelques mots de cet épisode dans une note des remarques
de notre n' 1 1, Li Bourse, U Sifflet il le Chapeau,
CONTES POPULAIRES LORRAINS $35
lui pennetlent de mener i bonne 6n son entreprise. Il n'est, pour ainsi dire,
pas un des traits de ces deux contes arabes qu'il ne soit aisé de retrouver dans
quelqu'un des contes européens du thème des Jtuna filUs oiseaux^ que nous
avons mentionnés tout à l'heure.
Un livre persan, le Bahar-Danash, dont l'origine est indienne (Th. Benfey,
Parttschatantray t. 1, p. 26}}, nous montre des péris (sortes de fées) qui parais*
sent sous la forme de colombes, déposent leurs vêtements de plumes et devien-
nent de belles jeunes filles. Pendant qu'elles se baignent, un jeune homme leur
dérobe leurs vêtements, et il ne conseot  les leur rendre que si la plus jeune
et la plus belle veut l'épouser. La péri, ayant eu des enfants, commence i
s'habituer k la vie des hommes. Mais son mari, étant par la suite obligé de
partir en voyage, la confie i une bonne vieille, à qui il montre en grand secret
l'endroit où il a caché les vêtements de plumes. Un {our que la vieille admire la
rbeautê de la pén, celle*ci lui dit qu'elle la trouverait bien plus belle encore si
elle la voyait avec ses premiers vêtements. La vieille les lui donne, et la péri
s'envole. [Bahar-Damsh, or GarJm oj Knovttdgt, iranslaud Jrom the paùc^ bj
Jonathan Scott. Shrewsbury, 179^, t. Il, p. 21} seq.)
Bien loin de la Perse, dans les îles Lieou-K.hieon, tributaires de la Chine,
un envoyé chinois recueillait au commencement de ce siècle et transcrivait
comme un fait historique le conte dont voici le résumé : Un fermier non marié,
' Ming*ting-tzu, avait près de sa maison une fontaine d'eau excellente. Un jour
qu'il allait y puiser, il vit de loin dans cette fontaine comme quelque chose de
brillant : c'était une femme qui s'y baignait, et ses vêtements étaient pendus à
an pin voisin. Très-mécontent de voir amsi troubler son eau, Mmg-Iingtzu
enleva, uns se laire voir, les vêtements, qui étaient d'une forme et d'une couleur
extraordinaires. La femme, ayant pris son bain, se mit i crier toute en colère :
« Quel voleur a pu venir ici en plein jour? Qu'on me rende mes vêtements! >
Ayant aperçu Ming-ling-izu, die se jeta par terre devant lui. Le fermier lui
reprocha de venir troubler son eau. A quoi elle répondit que les fontaines,
comme les arbres, avaient été faifs par le Créateur pour l'usage de tous. Le
fermier lia conversation avec elle et, découvrant que sa destinée était de
l'épouser, il refusa absolument de lui rendre ses vêtements, sans lesquels elle
ne pouvait s'en aller. Finalement, ils se marièrent. La femme vécut avec lui dix
ans et lui donna un fils et une fille. Au bout de ce temps, sa destinée fut accom-
plie; elle monta sur un arbre pendant l'absence de son mari, eL, après avoir
dit adieu à ses enfants, elle se mit sur un nuage et disparut (N. B. Dennys, Tke
Folk-tort oj China. Hong-Kong, 1876, p. 140).
Plus au sud, en Ocèanie, dans l'Ile Cèlèbes, la tribu des Bantik raconte, au
sujet de l'origine de s^ ancêtres, une légende qui est également au fond notre
conte. La voici (Zettschrtft der Dtutichtn Morgatl^ndkchtn Gtteltschaft, t. VI,
iSp, p. ij6. — Cf. L. de Backer, L'Archipet indien^ 1874, p. 98) : Une créa-
ture i moitié divine, Ouiahagi, descendait du ciel avec sept de ses compagnes
pour se baigner dans une fontaine de l'île. Un certain Kasimbaha les aperçoit
planant au-dessus de lui et les prend pour des colombes ; il est bien surpris en
voyant que ce sont des femmes. Pendant qu'elles se baignent, il prend un de
leurs vêtements, par le moyen desquels on pouvait s'élever en l'air. Outa-
)j6 E. COSQUEN
hjgi est obligée de rester sur terre ; il Tépouse et eo j no fils. Elle lai recommude
de prendre garde qu'un cheveu bUrtc qu'elle a soit arraché. Kasimbaha l'jrracbe
néanmoins, et Outahagi disparait au milieu d'un aiîreux ouragan et retourne au
ciel. Le mari^ ne sachaot comment soigner son enfant, chercheàraller rejoindre.
Il veut grimper après un rotang qui allait de la terre au ciel ; mais il essaie en
vain : te roung est tout couvert d'épioes. Heureusement un mulot vient i soo
aide et ronge toutes les épines. Kasimbaha peut donc grimper avec son fils snr
le dos et il arrive au ciel, o£i divers animaux, — on ne voit pas trop pourquoi,
— lui rendent encore service : un petit oiseau lui indique la demeure d'Outa-
hagi ; un ver luisant va se poser sur la porte de sa chambre. Le Irère d'Oola-
hagif lequel, lui aussi, est une sorte de demi-dieu, veut voir si son beau-frère
n'est qu'un mortel. Il l'éprouve au moyen de neuf plais couverts ; mais une
mouche montre à ICasimbaha le plat qu'il ne faut pas ouvrir. On le garde donc
dans le ciel, et plus tard, il fait descendre son fils sur la terre au bout d'une
longue chaîne. C'est ce fils qui est U tige des Bantilcs '.
Cette légende de rttc Cclébcs présente bien évidemment un trait qoe nous
avons signalé dans certaines variantes européennes du thème des Jeunes fitkt
oiseaax et qui forme lien entre ce thème et celui auquel se rattache plus pani-
culièrement notre conte lorrain; nous voulons parler des épreuves auxquelles \t
héros est soumis. Ce trait, qui faisait défaut dans les contes orientaux ^ue nous
avons analysés avant cette légende, nous allons le retrouver dans d'autres contes
ou oeuvres littéraires, également orientaux, du type des Jeunes filles oiseaux.
Prenons d'abord un drame birman dont l'analyse a été publiée dans le Jour-
nal ojlhe Aiiatic SocUtj ofBtngclj t. VIII (18591, P- Sî6. * Les neuf princesses
de la ville de la Montagne d'argent, séparée du séjour des mortels par une triple
barrière (la première, une haie de roseaux épineux ; la seconde, un torrent
de cuivre en fusion ; la troisième, un Bdoa ou démon), ceignent leurs
ceiotures enchantées qui leur donnent le pouvoir de traverser l'air avec ta
rapidité d'un oiseau, et visitent une belle forêt dans les limites de \'ile du Saà
{\i terre). Pendant qu'elles se baignent dans un lac, elles sont surprises par un
chasseur qui lance sur la plus jeune, Mananhurry, un nœud coulant magique
et l'amène au jeune prince de Pyenlsa. Celui-ci e:it si frappe de sa merveilleuse
beauté qu'il en fait sa « première reine i, quoiqu'il ait épousé tout récemment
la fille de l'astrologue royal. Le prince est obligé, peu de temps après, par
ordre du roi son père, de marcher à la tète de l'armée contre les rebelles. L'as-
trotogue profite de son absence pour expliquer un songe qu'a eu le roi, en lui
persuadant qu'il n'a d'autre moyen d'apaiser le mauvais génie qui en veut i
I. Le conte suivant, qui a été recueilli dans la Nouvelle-Zélande, nous par^t
être une version défigurée de cette légende. Une jeune fille de race céleste a
entendu vanter la valeur et la beauté du grand chef Tawhalci. Elle descend du
ciel pour être sa femme. Plus tard, offensée d'une réflexion que son mari fait
au sujet de la petite fille qu'elle a mise au monde, elle prend I enfant et s'envole
avec elle. Tawhaki grimpe à une plante qui s'élève jusqu'au ciel • arrivé li, ii
est traité avec mépris par les parents de sa femmt- ; mais à la fin celle-ci le
reconnaît et il devient dieu iZemchrift fur nrglachindt Sprachforsckung,
t. XVm, p. 61).
CONTES POPUUIRES LORRAINS 5 J7
soti pouvoir, qu'en lui sacrifiant la belle Mananhurry, La nfièredu prince, dyani
appris \t danger dont la bien-aimée de son fils est menacée, va la trouver et
lui rend sa ceinture enchantée, qui avait été ramassée par le chasseur sur le
bord do lac et offerte par lui i la reine-mère. La princesse retourne aussildl â
la Montagne d'argent ; mais, en chemin, elle s'arrête cher un vieil ermite qui
s'est relire sur tes confins de la forêt, cl, après lui avoir raconté ses aventures,
elle lui confie une bague et quelques drogues magiques qui permettent à celui
qui les possède de franchir sans danger les barrières de la Montagne d'argent.
Le jeune prince, ayant terminé son expédition, retourne k Pycntsa et, n'y
retrouvant plus sa chère Mananhurrj, il repart immédiatement pour aller à sa
recherche. Arrivé auprès de ta belle forèl, il y entre seul, visite l'ermite, qui
lui remet la bague et les drogues enchantées - puis il franchit les terribles bar-
rières et, après bien des aventures, arrive enfin â la ville de la Montagne d'ar*
gent *. Il fait connaître sa présence à Mananhurry en laissant tomber ta bague de
celle-ci dans un vase rempli d'eau que l'une des servantes du palais va porter au
bain de la princesse. La nouvelle de son arrivée étant parvenue au roi, père de
' Mananhurry, celui*ci est irès-irrité qu'un mortel ait l'audace de pénétrer dans
son pays et d'élever des prétentions sur sa fille ; il ordonne de le soumettre i
diverses épreuves. Le pHnce doit d'abord dompter des chevaux et des éléphants
sauvages ; il les dompte. Alors le roi promet de lui donner sa fille s'il
parvient à tirer une flèche avec un des arcs du palais ; le prince le lait avec
une aisance cl une adresse merveilleuses. Le roi exige une dernière épreuve :
il faut que le prince distingue le petit doigt de Mananhurry parmi les doigts des
princesses ses sœurs qui lui sont présentés au travers d'un écran. Grâce au roi
des moucherons qui lui donne les indications nécessaires, le prince réussit encore
dans cette épreuve, et rien ne s'oppose plus â sa réunion avec la belle Manan-
hurry.
Les Birmans ayant reçu de l'Inde avec le bouddhisme la plus grande partie
de leur littérature, on pouvait affirmer d'avance que tout le plan de ce drame
devait avoir été calqué sur quelque récit indien. Ce qui, du reste, le démontre,
c'est que nous trouvons dans un livre thibétam, le Kandioui^ dont l'origine est
indienne et bouddhique, un récit presque identique pour le fond au drame bir-
man (Mim. dt t'Ac. Je Saint-Piursboarg^ t. XIX, n* 6 [1875], p. sxiv seq.).
L'identité va jusqu'au nom de l'héroïne : Manoharâ, dans le récit thibétain :
hiananhusT), dans le drame birman ; preuve certaine d'emprunt à une source
commune, qui ne peut être qu'indienne.
On a remarqué que dans le drame birman, — et aussi dans son pendant, le
récit thibétain, — il est bien question des épreuves imposées au héros, mais
non pas du secours que sa femme lui apporte. Ce détail caractéristique s'est
conservé dans un conte populaire de ce type, qui a été recueilli dans l'Inde chez
les Santals et qui, sur d'autres points, est altéré {îndian Anli^ajrj. Bombay,
t. M est curieux de constater que dans le conte bohème de même type indi-
qué plus haut (Waldau, p. 248), c'est i la Mofilignt d'or que le héros doit
aller re)oindre sa femme. Dans un conte tyrolien (Zingerle, I, o* }7), c'est A la
MonUgne de renc.
J}8 E. COSQUIN
C. IV, 187), p. to). J) s'agit U d'un berger, nommé Toria, qui tiisxrl
paître ses chèvres sur le bord d'une rivière. Or, les âlJes du soleil avatent cou-
tume de descendre chaque jour du ciel le long d'une toile d'araignée pour aUtf
se baigner dans cette rivière. Voyant un jour Toria, elles l'invitent à se bai-
gner avec elles, puis elles remontent au ciel. Toria, ayant ainsi tait connais-
sance des filles du soleil, devient au bout de quelque temps amoureux de l'aoe
d'elles et, pour l'obtenir, il s'avise d'une ruse. Un |our qu'il se baigne avec
elles, il leur propose de jouer h qui restera le plus longtemps sous l'eau, et
pendant que les filles du soleil plongent, il sort de la rivière, prend \t t^rkl
{vêlement de dessus) de sa bien-aimée et s'enfuit. La jeune 6lle le suit jusqa'i
sa maison ; Toria lui rend le sârhi cl n'ose lui demander sa main, mais la jeune
611e, voyant ses sœurs parties, dit à Toria qu'elle restera avec lui et sera
sa femme. Malheureusement pour Toria, un mendiant, qui a été hébergé dans
sa maison, vante au roi la beauté de la 6ltc du soleil, et le roi, Tayaut rut,
cherche un moyen de se débarrasser du mari pour faire de la femme < sa reine t.
Il mande auprès de lui Toria et lui ordonne d'avoir, en une seule nuit, creusa
et rempli d'eau un grand étang, dont les bords doivent être plantés d'arbres;
sinon, il sera mis à mort. La femme de Toria indique à celni-ci un moyen
mt^gique d'exécuter ce travail. Ensuite le roi fait ensemencer de graine de
moutarde une grande plaine, et, quand tout est mûr, il commande à Toria de
récolter la graine et de l'amasser en un tas ; s'il ne l'a pas fait en un jour, îl
sera mis i mort. La fille du soleil appelle ses colombes, et en une heure ia
besogne est terminée. Viennent ensuite un épisode dont nous avons donné
l'analyse dans les remarques de notre n'* 20, Ruhtdcau, et une dernière partie
extrêmcmenl bizarre et qui ne se rapporte pas au thème que nous examinons.
Il est inutile de relever dans ce conte indien les altérations qu'a subies le thème
des Jeanes filles oiseaux, les lacunes qui s'y rencontrent et la manière toute par-
ticulière dont est amené le passage relatif aux tâches imposées au héros.
Un autre conte populaire indien, recueilli dans le Bengale, et dont nous
avons résumé tout l'ensemble i propos de notre numéro 19, le Pait Bossa,
contient épisodiquement l'élément principal du thème des Jmnes filies oiseaux
{Inditin Anti^uary, X. W, 187^, p. jy). Parti à la recherche de rd/r^rii (dan-
seuse céleste) que son père a vue en songe, le prince Siva Dâs consulte un
ascète qui lui dit : « Dans la forêt il y a un étang : la nuit de la pleine lune,
cinq apsaras viendront s'y baigner; elles descendront de leur char enchanté et
déposeront leurs vêtements sur le bord de l'étang; pendant qu'elles seront dans
l'eau, tu prendras leurs vêtemerls et tu resteras caché, » Et il lui indique i
quel signe ÏI reconnaîtra l'apsara Tillottama, dont le roi a rêvé. Siva Dâs suit
les instructions de l'ascète, et les apsaras s'engagent, s'il leur rend leurs vêle-
ments, â le laisser choisir parmi elles pour femme celle qu'il voudrai
1 . Un conte des Avares du Caucase {Mim. de l'Ac. de St-PHershcurg, t. XJX,
187J, n" 6, p. 7), que nous avons eu également i rapprocher de notre conte le
Petit Bossa^ a un épisode analogue. Ce sont les trois filles du Roi de la mer qui
chaque jour, à midi, arrivent sous forme de colombes oour se baigner dans la
mer. Le héros s'empare des vêtements de plumes de la plus jeune et elle est
rOMTES POPULAIRES LORRAINS 5^9
Enfin, dans un livre de l'iode, le Çaiapatha Brahmane, cité par M. Bcnfey
(PantschatanUa, 1. I, p. 264K l'apjara Urtâçi et «$ compagnes se baignent
dans un lac sous la forme de canes et elles i se rendent visibles > au roi Paru*
ravas, c'est-à-dire évidemment se montrent â lui sous leur forme véritable.
Tels sont les principaux rapprochements que l'on peut faire, à notre connais-
sance, au sujet du thème des Jeunts filles (Vitaux. Cette étude spéciale n'était
évidemment pas étrangère â notre sojet : il fallait bien, par des atations snffi-
sammcni développées, montrer que, comme nous l'avons dit, l'épisode des
« trois plumes qui se baignent • de notre conte lorrain n'appartenait pas
originairement au thème principal de ce conte, et qu'il avait été emprunté & un
thème distinct, où il était encadré dans une tout autre série d'aventures.
Venons maintenant, avec quelques détails, au passage 06 il est question des
épreuves imposées au héros. Ce trait, que nous avons rencontré dans le drame
birman, dans le récit thibétam et dans le conte populaire du Bengale, — se
rattachant tous les trois au thème des Jeanti filla oijmux, — nous allons le
trouver dans un conte indien tout à fait du type de Ckaitt Blanche. Voici le
résumé de ce conte, qui fait partie de la grande collection fermée par Soma-
deva de Cachemir au XI" siècle de notre ère, la KatkJ-Sara-Sàgjra, V # Océan
des Histoires » (voir l'analyse du 7' livre dans les comptes-rendus de l'Académie
de Leipzig, 1S61, p. 2i\ seq.) : Le jeune prince Çringabhuya arrive un jour
au chJteau d'un ràkshûsa (sorte d'ogre ou de mauvais génie), situé au milieu
d'une forêt. Ce râbhasa, nommé Agniçikha, a une fille nommée flbpacikU.
Les deux jeunes gens s'éprennent l'un de l'autre, et la fille du râkhasa déclare â
son père qu'elle mourra si celui-ci ne la donne pas pour femme au prince. Agni-
çikha consent au mariage, mais à la condition qu'auparavant le prince exécu-
tera tous les ordres qu'il lui donnera. Ce que te pnnce a d'abord i faire, c'est
de reconnaître sa bien-aimée au milieu de ses cent scrurs qui toutes lui ressem-
blent absolument j et de lui poser sur le front la couronne de fiancée. RÛpaçikhâ
a prévu cette épreuve et le prince sait d'avance qu'elle portera autour du front
un fil de perles. « Mon père, ■ lui a-t-cile dit, • ne le remarquera pas ; comme
il appartient k la race des démons, il n'a pas beaucoup d'esprit. > Çringabhuya,
s'étani bien tiré de cette première épreuve, reçoit ensuite l'ordre de labourer
assez de terrain pour y semer cent boisseaux de sésame ; labour et semailles
doivent être terminés pour le soir. Grlce â RûpacikhÂct i son pouvoir magique,
le soir le tout se trouve fait. Alors le rAkshasa exige que Çringabhuya ramasse
en un tas toutes les graines qu'il vient de semer ; en un instant, Rûpaçikhâ
fait venir d'innombrables fourmis, et les graines sont vite ramassées. Enfin le
prince doit aller inviter au mariage le frère du rikshasa, un autre rikshasa^
nommé Dtitlmaçikha. Sa fiancée lui donne un cheval très-rapide et divers objets
magiques, et elle lui dit de s'enfuir à toute bride une fois son invitation faite.
Suit l'épisode de la poursuite et des objets magiques, que nous avons étudié i
propos d'un passage de notre n* 12, U Ptince et son Cheval. Le râksh.asa Agni-
çiklia, fort étonné de voir le jeune homme échappé à un si grand péril, se dit
forcée de rester sur la terre. Nous aurons l'occasion de revenir sur cet épisode
du conte avare et sur les aventures qui le suivent.
540 E. COSQUIN
qu'il doit être un dieu et lui donne sa fille. Au bout de quelque temps, le prince
désire retourner dans son pays, mais sa femme lui conseille de quitter secrète-
inent le chJiieau du r^kshasa. Le lendemain donc, les deux jeunesgens s'enhiicnt
sur leur bon cheval. Bientôt Agntçikha, furieux, se met à leur poursuite. Quand
il est près d'eux, RÛpacikhA rend invisibles son mari et le cheral, cl elle se
change elle-même en paysan ; elle prend la hache d'un bûcheron et se met i
fendre du bois. Agniçikha demande au prétendu bûcheron s'il n'a pas vu les
fugitifs. € Nous n'avons vu personne, » répond RùpaçilchJI ; t aussi bien nos
yeux sont remplis de larmes à cause de la mort du prince des rÂkshasas, Agnî-
çtkha, qui est trépassé au{Ourd'htii. Nous sommes en train de couper du boîs
pour son bûcher. — Ah ! malheureux, » se dit Agniçikha, « je suis donc mort!
Maintenant que m'importe ma fille ? Je retourne â la maison et je vaisdemander
à raei gens comment la chose est arrivée. » H retourne chez lui; mais, ses geos
lui ayant dit qu'il était encore en vie, il reprend sa poursuite. Alors sa fille se
change en un messager, tenant une lettre à la main, et quand le rikshasa lui
demande des nouvelles des fugitifs, le messager lui dit qu'il a bien d'autres
choses en léte : le prince des râkshasas Agniçikha vient d'ttre mortellement
blessé dans une bataille et il l'envoie en toute hâte appeler son frère auprès de
lui, pour qu'il lui transmette son royaume. Voilà le rÂkshasa de nouveau tout
bouleversé ; il retourne vite i son château, où ses gens parviennent à le con^
vaincre qu'il est en parfaite santé ; mais il renonce à poursuivre les jeunes gens
et ceuX'Ci arrivent heureusement dans le pays de Çringabhuya.
Nous réservant de revenir sur quelques traits de ce curieux conte indien, nous
désirerions nous arrêter un instant sur les diverses tâches imposées au jeune
homme dans notre conte lorrain. La première se retrouve exactement dans un
conte westphalien de même type (Grimm, n' 1 1 j), où le héros reçoit l'ordre de
couper une grande forèi et n'a d'autres outils qu'une hache, un coin et une
cognée de verre, Dans un autre conte allemand (Grimm, n' 19J), où notre
thème et celui des Jeunes filles oiseaux se mélangent très- intimement, le jeune
homme n'a qu'une hache de plomb et des coins de fer blanc et il doit, comme
dans notre conte, mettre tout te bois en corde. Dans l'un des contes catalans
mentionnés plus haut [Ronâallajn^ I, p. 8^), dans le conte basque, dans le
conte transylvain, le prince doit non-seulement abattre une grande forêt, mais,
dans les deux premiers, y semer du blé et faire la moisson; dans le dernier, la
mettre en corde et planter à la place une vigne qui donne dêjidu raisin. Voyez
encore le conte picard mentionné plus haut {Miiasine, 1877, col. 446), un conte
breton du même type, assez altéré (F. M. Luzel, \' rapport, p. 26), un conte
allemand (MiillenhofT, p. J9^), le conte grec moderne également mentionné
(Hahn, n» ^) et un conte du Tyrol allemand, du type des Jeunes filks oiseaux
(Zingerle, I, n" n)-
Dans le conte westphalien, l'une des tâches est, comme dans notre conte
lorrain, de bJitir un château (cf. Grimm, n" 186) ; mais il n'y est pas question
du singulier moyen qu'il faut employer pour avoir la a belle flèche >. Ce bizarre
passage se retrouve sous diverses formes dans plusieurs autres contes de ce type.
Ainsi, dans le conte du Tyrol italien n" 27 de la collection Schneller, l'enchan-
teur ayant ordonné au jeune homme d'enlever un rocher qui est au milieu d'un
CONTES POPULAIRES LORRAINS
54'
lac, sa fille indique au jeune homme ce qu'il faut faire : il prendra une épée et
an seau, coupera la tète  la jeune 6lle et fera coûter le sang dans te seau ;
mais il aura soin qu'il n'en tombe point par terre. II en tombe trois gouttes ; ta
jeune fille disparait, mais bientôt après elle revient et dit au jeune homme que,
par son inattention, il avait rendu la chose presque impossible, mais en6n elle
a réussi. — Dans ce conte, comme dans le nôtre, cet incident n'entraîne
aucune conséquence. Il n'en est pjs de même dans les contes qui vont suivre.
Dans les deux contes catalans déjà meutionoés {Rondallayre^ \, p. 41 et p. 8))
et, i peu de différence près, dans le conte basque, le héros doit retirer un
anneau du fond de la mer. Sa bien-aimée lui dit de la couper en morceaux, de
mettre le sang dans une fiole, la chair dans une autre, en prenant bien garde
de rien laisser tomber par terre, et de jeter le tout ï la mer. Malgré tout le
soin du héros, il tombe par terre une goutte de sang. Néanmoins la jeune fille
retire l'anneau. Ensuite son père dit au jeune homme qu'il lui faudra reconnaître
sa fiancée entre ses deux saurs : elles seront placées toutes les trois derrière
une cloison et passeront i travers un trou le petit doigt de leur main droite
(c'est tout  fait, comme on voit, le drame birman). Comme, depuis que la
goutte de sang est tombée par terre, il manque une phalange au petit doigt de
la jeune fille, le héros n'a pas de peine à la reconnaître. — Le conte picard
présente cet épisode d'une autre façon. Le diable ayant ordonné au jeune
homme d'aller chercher un nid au sommet d'une haute tour de marbre, la fille
du diable dit i son ami de la couper en morceaux, qu'il fera cuire dans une
chaudière. Avec ses os il fera une échelle et il pourra grimper à la tour. Quand
le jeune homme remet les os \ leur place, il oublie ceux du petit doigt du
pied. C'est ce qui lui permet de distinguer sa fiancée quand le diable lui dit
de choisir par la nuit noire parmi ses trois filles couchées i'une prés de l'autre.
— Dans te conte écossais o* 2 de la collection Campbell, la fille du géant fait
au prince une échelle avec ses propres doigts, pour qu'il puisse dénicher un nid
et, comme elle y a perdu son petit doigt, le prince peut ensuite la dislmguer
entre ses deux sœurs. — Le conte milanais cité plus haut a, lui aussi, cet
épisode, mais incomplet. Le vieillard qui enseigne au jeune homme comment il
devra se comporter chez le Roi du Soleil, lui dit que ce dernier lui bandera les
yeux, quand il s'agira de choisir une de ses filles ; il faudra que te jeune homme
leur prenne i chacune les mains, et celle qui aura un doigt coupé, ce sera la
plus belle.
Il y a donc à cet endroit, dans notre conte lorrain, une lacune tris-facile du
reste à remplir. Le jeune homme, qui a les yeux bandés, reconnaît évidemment
la > Plume verte • en lui prenant la main, i l'os qu'il lui a mal remis. — Dans
divers autres contes, le héros doit aussi reconnaître sa fiancée ; mais les circoos*
tances sont différentes.
La transformation de la Plume verte en chatte blanche rappelle de loin le
conte suédois U Prime ci Maièria, n** 14 de la collection Cavallius, oli Mes&é-
ria dit au prince qui doit la reconnaître au milieu de ses sœurs, métamorphosées
comme elle en animaux, qu'elle sera changée en petit chat.
Quant au conseil donné à iean par la Plume verte de ne pas accepter la
chaise que )e diable lui offrira, il but, croyons-nous, pour le comprendre, le
(43 E. cosqym
rapprocher d'un trait d'un autre conte suédois du mSme genre (CmlfiDL
n" 14 B). Dans un épisode oâ le héros est envoyé par l'ondine chez une sor^
cièfp, sa sœur, sous préteite d'en rapporter des c^ideaux ôq noce (comparer
plot h^ut le conte indien de Soraadéva), Il s'abslienl, d'après tes conseils de ta
fiancée, de s'asseoir sur diverses chaises qui lui sont ofTerles ; car si l'on s'assMd
sur telle ou telle chaise, on est exposé i tel ou le! danger. — Dans le conte
picard, la fille du diable recommande au jeune homme de ne pas manger de
viande et de ne pas boire de vin chez le diable; sinon il serait empoisonne. (Le
conte suédois renferme également le conseil de ne rien manger, sous peine de
mourir.)
Nous ne sommes pas encore au bout des altérations que présente notre conte
lorrain. Dans le passage ofi le diable se met à la poursuite des deux [eunes
gens, l'idée première est encore tout i fiait obscurcie. Dans le tiième primitif,
ce ne sont pas des personnages étrangers jusque-là à l'action, — casseur de
pierres, laboureur — qui, on ne sait trop pourquoi, répondent au diable lont
de travers et l'amènent h renoncer à sa poursuite ; c'est l'un des deux jeinies
gens, après que, grAce au pouvoir magique de la fille du diable, ils ont prs
l'un et l'autre diverses formes, comme on l'a vu dans notre n' 9 VOistau vert.
Ainsi, dans un conie allemand [Wolf, p. 3Ç}))> l3 fille du diable se change en
rocher et transforme !e jeune homme en casseur de pierres qui feint d'être sourd
et parle de son travail et de sa misère en réponse à toutes les questions qu'on
lui adresse ; dans un conte tyrolien (Schneller, n" 27), la fille de l'enchanteur
change son mari en jardin et prend elle-même la forme d'une vieille jardinière
qui répond aux questions : Achetez de la belle salade, etc. ; puis viennent les
transformations suivantes : lac et pécheur qui offre sa marchandise, église et
prêtre qui demande à l'enchanteur de lui servir sa messe. Voyeï encore le
contecatatan, t. I p. 8^, du Rondaliayre ; un conte toscan iRivista di lettentara
popoiûre. Vol. I, fasc. II. Roroa, 1878, p. Sj) ; les contes siciliens n" S4 et ^^
de la collection Gonzenbach, n' 1 j de la collection Pitre ; le conte picard publié
dans Mélusiiii. Le conte indien de Somadeva présente cette même idée sous une
forme particulière *. — D'autres contes de ce type (conte russe, conte csthonien)
ont, comme notre Oiseau vert, les transformations, mais non les réponses de
travers. D'autres enfin (parc.KcmpIc le conte écossais, le conte norn-égien, le
conte danois, le conte catalan, l'autre conte basque), au lieu des transforma-
tions, ont l'épisode des objets magiques qui opposent des obstacles à la pour-
suite, épisode dont nous avons parlé à propos de notre n" 1 a Z.^ Prince et son
Cheval et que nous avons retrouvé, mais différemment encadré, dans le conte
indien de Somadeva.
Vers la fin de notre conte de Chatte Blanche^ la défense faite à Jean par la
Plume verte de se laisser embrasser par ses parents, sous peine de perdre sa
beauté, amène un épisode qui semble assez inutile. C'est que, là aussi, la don-
née primitive est altérée. Dans les contes de ce type oti elle a été Bdèlement
i. Un conte toscan (V. Imbriani. La ^ovelhja fiorenltriii , p. 4ÛJÎ offre, dans
un passage analogue, la même altération que notre conte lorrain. — Cf. ua
conte grec moderne (Hahn, n" 41, p. 248 du i^ volume).
CONTES POPULAIRES LORRAINS 54^
conservée, quand te jenoe homme va revoir ses parents, sa fiancée le supplie
de ne se laisser embrasser par personne, sinon, il l'oubliera et l'abandonnera.
Sa mère l'ayant embrassé pendant qu'il dort, les choses arrivent, en elTet,
comme la '[«une 611e l'a prédit, et le jeune homme est au moment d'en épouser
une autre, quand la vraie fiancée trouve moyen de triompher de cet oubli (sou-
vent en faisant paraître devant lui deux oiseaux enchantés qui, par les paroles
qu'ils échangent entre eux, réveillent ses souvenirs). Voir les contes mentionnés
par M. iCœhler dans la revue Orient und Occident [\i, p. to}) et dans ses
remarques sur te n* 14 de ta collection Gonzenbach. Nous y ajouterons le conte
breloQ, le conte basque et le conte toscan ci-dessus, un conte italien de Rome
(Busk, p. 8|, un conte sialien (Pitre, n'> ij), un conte grec moderne (B. Schmidt,
Griechisciu Marchai, Sagtn und Volkiludtr^ Leipzig, 1S77).
La fin de notre conte lorrain est encore défigurée. La forme véritable se
trouve, par exemple, dans le conte suédois n*> 14 B de la collection Cavallius.
Trois seigneurs font à Singorra, la fiancée oubliée, réfugiée chez de pauvres
gensj des propositions désbonnétes. Elle les laisse venir l'on telle nuit, l'autre
telle autre, et dit au premier qu'elle a oublié de fermer sa fenêtre; au second,
que sa porte est restée ouverte ; au troisième, que son veau n'est pas enferme.
Ils s'offrent à aller fermer l'un la fenêtre, l'autre la porte, le troisième i
enfermer le veau; mais, par l'effet magique de quelques paroles prononcées par
Singorra, ils restent attachés, l'un â la porte, l'autre i la fenêtre, l'autre au
veau, et passent la nuit la plus désagréable. (Voir les remarques de M. ICcehIer
sur le a^ 6^ de La collection Gonzenbach.) — Cet épisode n'existe, à notre
connaissance, que dans les contes suivants de ce type : le conte sicilien et le
conte suédois qui viennent d'être indiqués, le conte norwégien, les deux contes
islandais, le conte écossais n' 2 de la collection Campbell, le conte allemand
p. )9J de la collection Mûtlenholf, le conte du Tyrol italien, le conte toscan,
le conte basque et le conte picard. Dans ces deux derniers, il est altéré,
surtout dans le conte picard, où il est presque méconnaissable. Comparez un
conte irlandais (P. Kennedy, Ugendary Futioni oj ihe Insh Ctlls, p. 6]), un
conte allemand résumé par Guillaume Grimm (t. III. p. jjo) et aussi <ibid.
p. I ^4] un autre conte allemand (variante du n° 88 de ta collection Grimm).
Au XVtl* siècle, Basile insérait dans son Ptntamtront (n** 17 et 2<)) dcov
contes de ce genre. Dans le premier se trouve l'épisode des tâches, parmi les-
quelles celle de fendre et scier un tas énorme de bois, et aussi l'épisode de la
fiancée oubliée et de la colombe qui reproche cet oubli au prince^ comme dans
les contes indiqués plus haut. Dans le second, l'onbli seolemeni et l'aventure
des trois seigneurs mystifiés.
Il semble naturellement indiqué de rapprocher de notre conte l'idée générale
du mythe grec de Jason et Médée, qui, du reste, a bien l'air d'un conte popu-
laire. Jason, pour obtenir la toison d'or, doit accomplir plusieurs travaux ;
Médée, fille de celui qui les lui a imposés, vient à son secours par des moyens
magiques. Ils s'enfuient ensemble et échappent i la poursuite du père de Médée.
Plus tard, — bien des années après, il est vrai, et tout i fait de galtéde conir,
—' Jason abandonne sa libératrice {Apollodori fiiMtoiAfa, It 9, a) seq.).
S44
.f..cosQum
XXXIll.
LA MAISON DE LA FORÊT,
Il était une fois un soldat, nonuné La Ramée. Il dît un jour à son
capitaine qu'il voulait aller parler au roi. Le capitaine lui accorda an
congé de quelques jours, et La Ramée se mit en route. Il avait déji fait
une quarantaine de lieues, lorsqu'il retourna sur ses pas. ■ Te voilà
revenu de ton voyage? » lui dit le capitaine. — « Non,» répondit
La Ramée ; « c'est que j'ai oublié ma ration de pain et deux liards qui
Rie sont dus. — Au lieu de deux liards, » dit te capitaine, a je vais le
donner deux sous, d La Ramée mit les deux sous dans sa poche, te
pain dans son sac, et reprit le chemin de Paris.
Comme il traversait une grande forêt, il rencontra un chasseur. « Bon-
jour, n lui dit-il, '( où vas-iu ? — Je vais à tel endroit. — Moi aussi.
Veux-tu faire route avec moi ? — Volontiers, » dit le chasseur.
La nuit les surprit au milieu de la forêt ; ils finirent par trouver
une maison isolée où ils demandèrent à loger. Une vieille femme qui
demeurait dans cette maison avec une petite fille leur dit d'entrer et leur
donna à souper. Pendant qu'ils mangeaient, l'enfant s'approcha de La
Ramée et lui dit de se tenir sur ses gardes, parce que cette maison était
un repaire de voleurs.
Après le souper, le chasseur, qui n'avait rien entendu, paya iranqufl-
lemeni l'écot, et laissa voir l'or et l'argent qu'il avait dans sa bourse.
Puis la vieille les fit monter dans une chambre haute. Le chasseur se
coucha et fut bientôt endormi ; mais La Ramée, qui était prévenu, poussa
une armoire contre la porte pour la barricader.
Au milieu de la nuit , les voleurs arrivèrent. La vieille leur dit qu'il se
trouvait là un homme très-riche et qu'ils pourraient faire un bon coup.
Mais La Ramée ne dormait pas, et, quand les voleurs essayèrent d'en-
foncer la porte, ils ne purent y parvenir. Ils dressèrent alors une échelle
contre la fenélre de ta chambre, et La Ramée entendit Pun d'eux deman-
der dans l'obscurité : « Tout est-il prét.^ — Oui, » dit La Ramée.
Le voleur grimpa à l'échelle et, comme il avançait la tète dans la
chambre, La Ramée la lui abattit d'un coup de sabre. Un second voleur
vint ensuite et eut le même sort ; puis un troisième, et ainsi des autres
jusqu'à huit qu'ils étaient. Quand La Ramée eut fini, il voulut compter
les têtes coupées; mais, comme il faisait sombre, il crut qu'il y en avait
neuf, « Bon! » dit-il, n voiU que j'ai tué mon compagnon avec les
autres ! » Cependant il chercha partout, et finit par trouver le chasseur
sous le lit, où il était blotti, plus mort que vif.
CONTES POPULAIRES LORRAIKS 545
Le lendemain matin, La Ramée jeta la méchante vieille dans un grand
feu et fit un beau cadeau à la petite fille. La maison était pleine d'or et
d'argent, mais il n'en fut pas plus riche : le chasseur avait tout empoché.
La Ramée lui dit adieu et continua son voyage.
Arrivé à Paris, il entra dans un beau café pour se rafraîchir. Quand il
voulut payer, on lui dit qu'il ne devait rien, o Tant mieux ! » se dit-il ;
tt c'est autant de gagné. » Il entra plus loin dans un autre café, et, après
qu'il se fut bien régalé, on lui dit encore qu'il ne devait rien. >i Voilà qui
va bien, n pensa La Ramée; « qu'il en soit toujours ainsi I « Il alla se
loger à l'hôtel des princes, et, là encore, il n'eut rien à payer.
Pendant qu'il était à réfléchir sur son aventure, il vint à penser au
chasseur qui avait pris tout l'argent dans la maison de la forêt. <> Ah! »
dit-il, « que je le rencontre, ce gredin-là, cl je lui en ferai voir de
belles ! »
Au même instant, une porte s'ouvrit et le chasseur parut devant lui.
(t Attends, coquin, » cria La Ramée, » que je te tue ! u
Le chasseur s'esquiva ; mais, quelques instants après, il revint, vêtu en
prince. « Ah ! sire, n lui dit La Ramée> u je vous demande pardon, je
ne savais pas qui vous étiez. » Le roi lui dit : <r Tu m'as sauvé la vie ;
en récompense je te donne ma sœur en mariage. > La Ramée ne se fît
pas prier, et les noces eurent lieu te jour même.
Ce petit conte se retrouve en Allemagne et en Vénétîe.
Comparczd'abord, dans la collection Wolf(Û«(ï«Ac WdUJffirfrcA^n), le contealle-
mandp. 6^. Un soldat qui a déserté rencontre dans une forêt un chasseur et arrive
avec lui dans un repaire de brigands. Il se fait passer, lui et son compagnon,
pour des voleurs d'une autre bande et trouve moyen de tuer les brigands par
surprise. Son compagnon s'est caché pendant le combat ; le soldat le raille de
sa poltronnerie. Arrivé seul i la capitale du pays, il voit avec étonnement tous
les factionnaires lui présenter les armes. Le roi, i qui il va demander du ser-
vice^ le reçoit fort bien et se fait reconnaître i lui pour le chasseur de la forêt.
Le soldat se confond en e.tcuses. Finalement, il est nommé colonel dans U
garde du roi et devient bientôt feld-maréchal.
La collection Grimm renferme un conte tout i fait du m^me genre (a" 199).
Compare2 aussi an troisième conte allemand, n* 10 de la collection Sïmrock.
Dans le conte italien de Vénétie Uahrb. fur rom. unâ engt. Lit.^ année 1866,
p. )2i), Beppo Pipelta, soldat du roi d'P.cosse, s'en allant en congé chez ses
parents, rencontre sur une montagne le roi qui faisait un voyage i pied. Se
doutant que c'est un grand personnage, Beppo s'offre  l'accompagner. Ils entrent
ensemble dans une auberge mal famée, dont l'hôte les prévient que le soir il
doit venir des brigands. Beppo mange le dîner des brigands; puis on conduit
les deui compagnons dans une chambre haute. Arrivent les brigands. Beppo,
qui est resté aux aguets, tue un des hommes envoyés i la découverte, pub un
tecond, on troisième, un quatrième. Restent trois brigands qui se présentent i
ttomâMiOj VU j }
f4<3 E. COSQUIM
leur toor. Beppo casse la tète i l'un d'un coup de pistolet et coucbt par Um
les deux autres d'un coup d'épée. Le roi se sépare amicalement de B^ppo, ifni
s'en va dans sa famille et revient ensuite à son régiment. A peine d« rctoor i b
caserne, il est mandé auprès do roi. Dans la salie d'audience il trcmve le sei-
gneur, son ancienne connaissance. ■ Que faites-vous ici? > lui demande-t-H.
— < Je suis appelé auprès du roi. — Moi aussi, > dit Beppo. Le seigneur !
relire, et bientôt Beppo est appelé prés du roi qui le reçoit en grand appareil,
avec sa couronne et son manteau royal, et l'interroge sur l'affaire des brigands.
Il lui demande, entre autres choses, s'il a des témoins, t Oui, sire, ■ répond
Beppo, qui ne le reconnaît pas. c J'ai pour témoin uo seigneur qui doit être
en bas dans le pabis. — Ce n'est pas vrai, i dit le roi, t car le voici devant
vous. » Le roi récompense généreusement Beppo.
XXXIV.
POUTIN ET POUTOT.
Ç'ataut Poutin et Poutoi que
falaini ménage assane. Ain joû 1
s'disèreni :
« J'allons allée à fraises. »
Lo v'ià partis â fraises. Poutot
ataut bé pu hébéle à maingée que
Pûuiin. Qua \ feui plein, 1 H dise :
« A cl' heuoure, veux-tu rev'né?
— Niant, je n'veume rev'né que
je n'fù aouss' plein qu'té.
— Eh bé! j'm'a vas dére aou
leuou de te v*né maingée.
a Leuou, va-t-a maingée Poutin.
Pouiin n'veume rev'né que n'fû
aouss' plein qa'mé.
— I n'm'é rin fâ, je n'H veux rin
faîire.
— Eh bel i'm'a vas dére aou
p'tiot ché de te v'né abaiée.
« P'tiot ché , va-t-a abaiée le
leuou : le leuou n'veume maingée
Poutin; Poutin n'veume rev'né
que n'fû aouss' plein qu'mé.
— I n'm'érin fâ, je n'ii veux rin
failre.
C'étaient Poutin et Poutot, qui
faisaient ménage ensemble. Un jour
ils se dirent :
« Nous allons aller aux fraises. □
Les voilà partis aux fraises. Pou-
tot allait bien plus vite à manger
que Poutin. Quand il fiit plein, il
lui dit : .
« Maintenant, veux-tu revenir?'
— Non, je ne veux revenir que
je ne sois aussi plein que toi.
— Eli bien ! je m'en vais dire au
loup de te venir manger.
t' Loup,va-t-€n manger Poutin.
Poutin ne veut revenir qu'il ne soit
aussi plein que moi,
— Il ne m'a rien fait, je ne lui
veux rien faire.
— Eh bien! je m'en vais dire au
petit chien de te venir aboyer.
« Petit chien, va-t-en aboyer le
loup : le loup ne veut manger Pou-
tin; Poutin ne veut revenir qu'il
ne soit aussi plein que moi.
— Il ne m'a rien fait, je ne lui
veux rien faire.
^^^^^^^ CONTES POPULAIRES LORRAINS (47 ^^^^^^|
■ — Eh bé! i'm'a vas dére aou
— Eh bien ! je m'en vais dire au ^^^^H
1 bâton de te v'né batte.
bâton de te venir battre. ^^^^|
1 « Bftton, va-t-a batte le pHiot
1 Bâton, va-t-en battre le petit ^^^^^
1 ché : le p'iiot ché n'vcume abaiée
chien : le petit chien ne veutaboyer ^^^^|
1 le leou ; le leuou n'veutne maingée
le loup; le loup ne veut manger ^^^H
F Pouiin; Poutin nVeume rcv'né
Poutin; Poutin ne veut revenir ^^^^|
que n'fû aous^' plein qu'mé.
qu'il ne soit aussi plein que moi. ^^^^Ê
— I n'm'é rin fâ, je n'ii veux rin
— Il ne m'a rien fait, je ne lui ^^^^|
faiIre.
veux ^^^^H
— Eh bel j'm'a vas dére aou
— Eh bien ! je m'en vais dire au ^^^H
feuil de te v'né brûlée.
feu de te venir brûler. ^^^^M
« Feuil, va-i-a brûlée l'bâton :
(( Feu, va-t-en brûler le bâton : ^^^H
l'bâton n'veurae batte le p'tiot ché;
le bâton ne veut battre le petit ^^^^|
le p'iiot ché n'veume abaïée le
chien ; le petit chien ne veut aboyer ^^^^|
leuou; le leuou n'veume maingée
le loup; le loup ne veut manger ^^^^|
Poutin ; Poutin n'veurae rev'né que
Poutin; Poutin ne veut revenir ^^^^|
n*fû aouss' plein qu'mé.
qu'il ne soit aussi plein que moi. ^^^^|
— 1 n'ra'a rinfâ, je n'Ii veux rin
— H ne m'a rien fut, je ne lui ^^^^H
faîïre.
veux ^^^^1
— Eh bé! j'm a vas dére à lé
— Eh bien ! je m'en vais dire à ^^^^|
n'vère de te v*né doteindre.
la rivière de te venir éteindre. ^^^H
« Rivère, va-t-a doteindrerfeuil:
a Rivière, va-t-en éteindre le ^^^^|
le feuil n'veume brûlée l'bâton; le
feu : te feu ne veut brûler le bâton;- ^^^H
bâton n'veume batte le p'tiot ché ;
le bâton ne veut battre le petit ^^^^^
le p'tiot ché n'veume abaiié le
chien ; le petit chien ne veut aboyer ^^^H
leuou; le leuou n'veume maingée
le loup; le loup ne veut manger ^^^^|
Poutin; Poutin n'veume rev'né que
Poutin; Poutin ne veut revenir ^^^H
n'fû aouss' plein qu'mé.
qu'il ne soit aussi plein que moi. ^^^^|
— 1 n'm'é rin fà, je n'Ii veux
— 11 ne m'a rien fait, je ne lui ^^^H
rin faîïre.
veux rien ^^^^|
— Eh bé! je m'a vas dére aou
— Eh bien! je m'en vais dire ^^^^|
bieu de te v'né boueïre.
au bœuf de te venir boire. ^^^^|
« Bieu, va-t-a boueîre lé rivère :
« Bœuf,va-t-en boire la rivière: ^^^^|
lé rivère n'veume doteindre i'feuil;
la rivière ne veut éteindre le feu; ^^^^|
le fenil n'veume brûlée l'bSton;
le feu ne veut brûler le bâton ; le ^^^^|
l'bâton n'veume batte le p'tiot
bâton ne veut battre le petit chien; ^^^^|
ché; le p'tiot ché n'veume abaïée
le petit chien ne veut aboyer le ^^^^^
le leuou ; le leuou n'veume maingée
loup ; le loup ne veut manger Pou- ^^^^^
Poutin; Poutin n'veume rev'né que
tin; Poutin ne veut revenir qu'il ^^^H
n'fû aouss' plein qu'mé.
ne soit aussi plein que moi. ^^^^|
— Elle n'm'é rin fâ, je n'Ii veux
— Elle ne m'a rien fait, je ne ^^^H
rin fanre.
lui veux rien faire. ^^^^|
— Eh bé! je m'a vas dére aou
— Eh bien ! je m'en vas dire au ^^^H
boucher de te v'nétiée.
boucher de te venir tuer. ^^^H
)48 E. COSQUIN
« Boucher, va-t-a liée l'bieu :1e « Boucher, va*t-en tuerlebosaf;
bieu n'veume boueire lé rivère; lé
rivère n'veuine doteindre l'feuîl; le
fcuil nVcumc brûlée l'bâton; le
bâton n'veume batte le p' liot ché ;
le p'tiol ché n'veume abaiée le
leuou; le leuou nVeume maingée
Poutm; Poutin n'veume rev'né
que n'fû aouss' plein qu'mé.
Le boucher tié l'bieu, le bieu
beuvé lé rivère, lé rivère doteindé
l'feuit, le feuil brûlé l'bÂton. Tbâton
bané le p'tiot ché, le p'tiot ché
abaïé le leuou, le leuou maingé
Poutin, et tourtout feut fâ.
le bœuf ne veut boire la rivière; U
rivière ne veut éteindre le feu; le
feu ne veut brûler le bâton; le h4-
lon ne veut battre le petit chien;
le petit chien ne veut aboyer
loup ; le loup ne veut manger Pc
tin; Poutin ne veut revenir qu
ne soit aussi plein que moi. n
Le boucher tua le boeuf, le bœuf
but la rivière, la rivière éteignit le
feu, le feu brûla le bAton, le biton
battit le petit chien» le petit chien
aboya te loup, le loup mangea Pou-
tin, et tout fut fini.
L'introdaction ie notre conte se retrouve à peu près identiquement dins i
conte de la Gruyère^ que la Romania a publié dans sa livraison d'avril i87tj
p. 232, cl qui commence ainsi : « Félon et Peluna sont allés aux framboises;
ont regardé lequel serait le plus vite plein. Peluna a été pleine avant Pelra;
Pelon n'a pas pu aller k sa maison. > La suite présente plusieurs différences :
on va chercher un char pour mener Pelon; le char ne veui pas mener Pdon;
le cheval ne veut pas tratner le char, ni le pieu battre le cheval, ni le feu brûler
le pieu, ni l'eau éteindre le feu, ni la souris boire l'eau, ni le chat manger II
souris, ni le chien manger le chat; mais le loup veut bien manger le chien, et
alors les autres personnages consentent à la file à faire ce qu'on leur deman-
dalL
Nous trouvons dans la collection Kuhn et Schwartz, n'>i6, un conte allemand
qui, après une introduction particulière, nous offre, moins le loup, la nème
série que notre conte lorrain : chien^ bdton, fat, eau^ haaf, hacher. D'autres
contes, qui, pour la plupart, n'ont pas non plus le loup, ajoutent un dernier
chaînon : juge, qui veut bien pendre ou battre le boucher (voir une chanson
parisienne, citée par M. Gaston Paris, Romania, 1872, p. 120, et un conte bon*
grois de la collection Ga^l-Stier, n"* 20). Ailleurs, au lieu du juge, c'est le ^ur-
rtm (conte alsacien, EUassisches Volksbùchlein d'Aug. Stoeber, 1 " éd. , Strasbourg,
1842, p. 9] ; conte souabe de la collection Meier, n» 82; conte de Saxe-Mei«
ningen, cité par M. R. Koehier, C^rmanù, t. V, 1860, p. 466) ou le diahit
(variante du conte souabe, op. cit. , p. 3 1 7, et chanson vosgienne, citée par M. G.l
Paris, loc. cit.), ou enfin la Mon fcbanson bourguignonne, Romanis^ '872,1
p. 2I9I-
Dans plusieurs contes de ce type, après le bauf, vient une suite différente
d'acteurs du petit drame. Ainsi, dans un conte sicilien (Pitre, n' 1 j 1 )^ une petite
fille, Piiidda, ne voulant pas aller balayer la maison, sa mère appelle successi*
vemcnt le loup, le chien, le gourdin, le feu, Teau, la vache; puis la corde, pour
étrangler la vache; la lourù, pour ronger la corde, et eafin, le cft«I, pour man*
CONTES POPULAIRES LORRAINS 549
gef la souris. Un coote provençal (Rerae da hngius romanes, t. W , i87j,p. 114),
induit cette mètnc série jusqu'au lien et fioit brusquement; un coate languedo*
d'en de THérauli {lind., p. 1 12) a la série complète, mais il intercale assez bizar*
rement, entre le chien et le biton, le poulet, qui veut piquer le chien, et le
renard, qui veut manger le poulet. Dans un conte allemand (Mùllenhofl, Sûgat^
Mitnhin und Luder der Herzoglkûmer SehUswig, Holstan nnd Lautnburg^ ■^4t(
n* )o], on s'adrcue successivement au cbien, au bâton, au Jeu, i l'eau, au bonif,
au lien, ï la souris et 6nalement au chat. De même dans un conte flamand et
dans un conte de la Frise septentrionale, cités par M. Kœhlcr {hc. ai.f p. 46)
el 466). Un conte toscan (V. Imbriani, la NmeUaja fiortntma, 2" êd.,Livoame,
1877, n* 40}, un conte du pays napolitain (V. Imbriani, Xlt Conti pomigliamsi^
1876, p. 2j2) et un conte flamand (n" 6 des contes flamands publiés par M. F.
Liebrecht dans la revue Ctrmania, année 1868), ne commencent leur série qu'au
bjton, mais la poursuivent exactement comme les précédents.
Il faut ajouter à ce groupe de contes un conte anglais de la collection Halli-
well, analysé par M. G. Paris {ioc. cit., p. aii) : ici, ta corde Intervient pour
pendre le boucher et non pour lier ou étrangler le bœuf. Même chose dans deux
contes allemands cités par M. Kcehier [Ioc. cil.f p. 46) }. Comparez un conte
norwégien de la collection Asb|cernsen (p. 2]8 de la trad. anglaise publiée sous
le titre de Taies of \bt Fjeld-, 1874.) : pour faire rentrer une chèvre au logis, on
met en mouvement le renard, le loup, l'ours, le Finnois Ipour llrer sur l'ours),
Je pin (pour tomber sur le Finnois), le feu, l'eau, le boeuf, le joug, la hache, le
forgeron, la cordc^ la souriSy le chat. Dans ce dernier conte et dans le conte
anglais, le chat ne consent ï manger la souris qui si on lui donne du lait, et —
dans le conte anglais, — la vache ne donne son lait que si la vieille lui apporte
une botte de foin. Cette fin, comme M. G. Paris l'a tait remarquer irès-juste-
roent, est empruntée i un conte appartenant à un genre analogue de poésie
populaire et que nous avons étudié à l'occasion de notre conte lorrain n* 2% la
Pomllolte a le CouckerUlot.
Un conte russe (Gubcrnatis, Zoohgical Mytkologj, t. I, p. 405) nous offre
une forme particulière du conte qui nous occupe. La chèvre ne voulant pas rêve*
nir du bois, le bouc envole après elle le loup, puis l'ours après le loup, les
hommes après Tours, le bÂton après les hommes, la hache après le bJlton, la
pierre i aiguiser après la hache, le feu après la pierre à aiguiser, Teau après le
feu, et enfin l'ouragan après l'eau.
D'après M. Kshler et M. Liebrecht, notre conte existe également chez les
Grecs modernes. M. Kœhler {Ioc. «r, p. 467) renvoie i Sanders, Volkihbtn
étr Neugruchtn (Mannheim, 1844, p. 56 et 94), et M. Liebrecht i Passow,
TpctTO-ioux *Pw(tai»«, n"* 27J-276.
Un détail pour terminer cette revue des contes européens de ce genre actuelle-
ment vivants, Dans le conte alsacien mentionné plus haut, nous avons retrouvé la
formule de notre conte lorrain : ■ 11 ne m'a rien fait, je ne lui veux rien faire. •
Dans la première moitié du siècle dernier, on imprimait dans le Ncu-vermehrtes
ikTg-Ueder-Bûchlem, unt sorte de chanson où se retrouve notre thème (Crfrmdrtid,
t. V. 1860, p. 46Î). Le fermier envoie Jïckel couper les orges; Jxckel ne vent
pas couper les orges, il aime mieux rester à la maison. Le fermier envole son
5^0 E. COSQUtN
valet chercher Jafckel, puis le chien mordre le valet. Suit la sirie :
feu, eaa, txruf, boucher, diable, sorcière (pour chasser le diable), bourreau (pou
brûler la sorci^e) et enfin docteur (pour tuer le bourreau).
Dans son article de la Romania auquel nous avons dé\h renvoyé, M. G. Pvs
rapproche des contes ou chansons appartenant à notre thème, on chant hé-
braïque qui, chez les Juifs de divers pays, se récite ou se chante le second soir
de la Pâque, avant qu'on ne se retire, et qui figure dans certains manuscrits —
assez récents, ii est vraH — du Scpher Haggadah^ sorte de rituel contenaot les
hymnes et récits que les Juifs lisent et chantent en famille lors de la fête de la
Pâque. M. G. Paris a donné, d'après M. Darmesteter, une traduction de ce
chant, faite sur le texte hébraïque; nous en reproduirons ici une version proven-
çale qui se transmet traditionnellement chez les Jui^ du midi de la France ^
{Chansom hèbraho-provcnçalcs du Jutjs comladins^ réunies cl transcrites par E. !
batier (Ntmes,i874, p. 7.).
• Un cabri, un cabri, qa'avié acheta moun pêro un escu, dous escuf. — .
gadja! Had gadja ! (Un chevreau! un chevreau!)
c Es vengu lou cat qu'a manja lou cabri qu'avié acheta moun përoj un escs,
dous escus. — Had gadja! Had gadyal
i Es vengu lou chin qu'a mourdu lou cat, qu'avié manja lou cabri^ etc.
■ Es vengu la vergo qu'a pica lou chin qu'avié mourdu lou cat, etc.
« Es vengu lou fi6 qu'a brûla la vergo qu'avié pica lou chin, etc.
« Es vengu l'aigo qu'a amoussa lou fi& qu'avié brûla ia vergo, etc.
I Es vengu lou bi6ou qu'a begu l'aïgo qu'avié amoussa lou fiô, etc.
c Es vengu lou chohet (le boucher) qu'a ckahata (qui a tué) lou biàou qti'avié
begu l'aîgo, etc.
■ Es vengu lou malach hammaveth (l'ange de la mort) qti'a chahaia lou choha
qu'avié chahata lou bi^ou, etc.
< Es vengu kakkadosch baroucH (le saint, béni soit-il I) qu'a chahata lou maUck
kammavttk qu'avié chahata lou chohet, qu'avié ihahata lou bièou qu'avié begu
l'aîgo, qu'avié amoussa lou fi6 qu'avié brûla la vergo, qu'avié pica lou ckio
qu'avié mourdu lou cat, qu'avié manja lou cabri qu'avié acheta moun pèro uo
cscu, dous escus. — Had gadyat Had gadya! »
Le Magasin piiioraqat a publié, dès 1841, dans un article sur les Mann û'd^l
tila de lu Lombard'u (t. XI, p. 267), la traduction d'une version de ce chant,
recueillie chei: les Juits de Ferrare et qui, paraît-il, se récite dans le patois de
cette ville dans les communautés juives de toute la Lombardie^.
Ce chant juif avec sa série : chat, chicn^ vtrge, feu, eau, Atru/, ^cher, ange de
1. Ces manuscrits ne remontent pas au-delà de la fin du XVI» siècle,
2. Cette version ferraraise présente quelques difrêrences avec le chant traduit
par M. Darmesteter. Ainsi, voici le commencement : 1 Choit itrangtf chost
hrangef un chevreau, un chevreau, mù a achtti mon ffère pour deux petits écus.
Un chevreau! un chevreau! — Le cnien est venu, et il a mordu le chevreau
parce que le chevreau a acheté mon père pour deux petits écus .. » Le chant du
Sephtr Haggadûh, d'après M. Darmesteter, présente ainsi ces deux couplets ;
Un chevreau, un chevreau, que mon pire a aenetè pour deux zuz (petite monnaie),
— un chevreau, un chevreau I — Et est venu le chat, et a mangé le chevreau
que mon pére^ etc. >
CONTES POPULAIRES LORRAINS ÇJ|
U mon et saint, se ratuche bien évidemment aux contes que bous venons d'exa-
miaer et, pour préciser, au premier groupe de ces contes, celui dont fait partie
notre conte lorrain. Mais est-ce de là qu'il dérive, ou ces contes viendraient- ils
eaz-m^mes du chant juif? Nous n'hésitons pas i affirmer, avec M. Gaston Pans,
que cette dernière hypothèse n'est pas souieoable. M. G. Paris lait remarquer
que i U forme hébraïque ne mentionne pas la résistance opposée par chacun
des personnages de ce petit drame. » < Or, > ajoute-t-il, t cette résistance est
le vrai sujet de ta pièce, et il est peu probable qu'on l'ait ajoutée après coup à
une traduction du chant |uif. Il faudrait que cette altération fût bien ancienne, et
il serait bien surprenant qu'aucune version française de la lorme primitive ne se
fût conservée*. Au contraire, on peut très- bien comprendre qu'un Juif ayant
entendu chanter celte chanson singulière^ y ait découvert un sens allégorique et
l'ail adaptée, en en retranchant la circonstance inutile (i son point de vue) de
la résistance des dilTerents êtres qui y figurent, à l'expression symbolique des
destinées de sa nation, i
Du reste, ce n'est pas seulement en Europe qu'on a recueilli des contes de ce
type; on en a constaté Teicistence i la source même d'où se sont répandus dans
le monde entier tant de contes de tout genre ; nous en avons un spécimen indien.
Mais, avant de le faire connaître, il f.iut dire quelques mots d'un conte qui a été
recueilli dans l'Afrique australe, chez les Hotlentols (voir dans la Zeitschrift fur
Valkcrptychologit und Sprachwissenschûft^i, V 11868), p. 6;, t'analyse donnée
par M, F. Liebrecht, d'après un livre anglais de M. H. Bleelcj. Dans ce conte
hotientot, un tailleur se plaint au singe de ce que la souris mange ses habits. Le
singe envoie le chat mordre la souris; puis le chien mordre le chat, le bJlton
battre le chien, le feu brûler le bÂton, l'eau éteindre le feu, l'eléphaol boire
l'eau et enfin la fourmi piquer l'éléphant, qui se décide alors  boire l'eau, etc.
Voici maintenant le conte indien, emprunté à la Bombay Gazttu par la
Calcutta Rtview, t. U (1870), p. 1 16 :
fl II était une fois un petit oiseau qui, en passant à travers les bois, ramassa
un pois et le porta au barbkuRJa (?) pour le casser ', mais le malheur voulut qu'une
moitié du pois restit engagé dans l'embolture de la manivelle du moulin à bras,
et le barbhunja ne put parvenir à la retirer. Le petit oiseau s'en alla trouver le
charpentier et lui dit : ■ Charpentier, charpentier, venez couper la manivelle
du moulin à bras ; mon pois est engagé dans la manivelle du moulin à bras-
I. Nous dirons, — cequi rend encore plus fortie raisonnement deM. G. Paris, —
< aucune version A^aueun pap. » Pour un observateur superficiel, le conte pro-
vençal et le conte languedocien, que nous avons mentionnés ci-dessus, pour-
raient au premiT abord paraître reproduire la forme hébraïque. Il n'y est pas,
en etfpt, parlé de résistance des divers personnages : c Le loup vient qui voulait
manger U chèvre >, puis le chien 1 qui voulait mordre le loup >. etc. Mais il y
a U, certainement, une altération, ainsi que le montre l'introciuction oh l'on dit
k la chèvre de sortir d'un champ de mil qu'elle mange. Evidemment, dans la
forme primitive, on appelait le loup contre U chèvre, puis le chien contre le
loup, etc. D'ailleurs, — et ceci est décisif, — la fin de ces deux contes, avec la
série Iten, souns^chat^ les rattache précisément au groupe de contes oui s'éloi^c
le plus du chant juîl et dont nous ferons oonnattre tout i l'heure une tonne orien*
talc.
5SÎ E. COSQUIH
que mangerai'jeP que boirai'je? et que porterai-je en piys étranger.^ — Altei
vous promener, • dit le charpentier, a y a-i-W du bon sens de penser que je vu
couper U manivelle du moulin à bras i cjiuse d'un poUT »
t Alors, le petit oiseau alla trouver le roi el lui dit : c Roi, roi t grondez le
charpentier ; le charpenlierne veut pas couper la manivelle du moulin 1 bras, etc.
— < Allez vous promener, » dit le roi; « pensez-vous que pour un pois je vais
gronder le charpenlier? ■
a Alors le petit oiseau alla trouver la reine : < Reine, reine 1 parlez 3U roi;
le roi ne veut pas gronder le charpentier^ etc. — Allez vous promcfieTp •
dit la reine; * pensez-vous que pour un pois je m'en vais parler an roi? »
Le petit oiseau va ensuite trouver successivement le serpent, pour piquer là
reine; te blton, pour battre le serpent; le feu, pour brûler le bÂton; ta mer,
pour éteindre le feu; l'éléphant, pour boire la mer; le bhaunr isorte de liaoe),
pour enlacer l'éléphant; la souris, pour ronger le bhaunr; le chat, pour manger
la souris. Alors le chat va pour manger ta souris, et la souris va pour ronger le
bhaunr, le bhaunr pour enlacer l'éléphant, et ainsi de suite, jusqu'au charpen-
tier. • Et le charpentier retira le pois; le petit oiseau le prit et s'en alla bîea
content. >
Ce conte indien se relie, comme on voit, au second groupe que nous avons
signalé plus haut, groupe qui se distingue par toute la 6n de celui dont se ra|>-
proche le chant juif. Nouvelle preuve que ce n'est pas dans ce chant juif qu'il
faut chercher l'origine du thème que nous étudions.
D'ailleurs, la forme de notre conte est toute indienne. Comparez, dans le
Panlckatantra, ce conte bien connu ofi le soleil renvoie le brahmane au nuage,
qui est plus fort que lui ; le nuage au vent; celui-ci à la montagne et la mon-
tagne au rat iPanukatantra, trad. Th. Benfey, t. Il, p. 264. — Cf. La Fon-
taine, FabUs^ liv. IX, 7}. Cela est si vrai que, dans un conte provençal (Roma-
lûa, 1. 1. p. 108), à ta série de personnages du PanUhaiimtra vient se juxtaposer
celle de notre conte. La g!ace d'une rivtère ayant coupé ta patte i la burmi, la
mouche, compagne de celle-ci, interpelle d'abord ta glace, puis le soleil^ le rcnt,
le nuagc^ le rttl, et alors le c/uf, le chUti, le b4toaf le /ru, t'cdu, le hauj, yhommt,
la mon.
XXXV.
MARIE DE LA CHAUME DU BOIS.
Il était une fois une femme qui avait deux filles : Païnée servait dans
ime maison de ta ville voisine ; la plus jeune demeurait avec sa mère
dans une chaumière isolée au milieu de ta forêt.
Un jour que cette dernière, qu'on appelait Marie de la Chaume du
Bois, était seule, occupée à filer, elle entendit frapper à la porte; elle
ouvrit et vit entrer un beau jeune liomme habillé en chasseur, qui U pria
de lui donner à boire» lui disant qu'il était le roi du pays. Il fut si frappé
de la beauté de la jeune fiUei que peu de jours après il revint à la chau-
CONTES POPUUIRES LORRAINS 553
mière pour demander sa main. La mère, qui n'aimait que sa fiile aînée,
aurait bien voulu la faire épouser au roi; elle n'osa pourtant pas s'oppo-
ser au mariage de la cadette, et les noces se firent en grande céré-
monie.
A quelque temps de U, le roi fut obligé de partir pour la guerre. Pen-
dant son absence, la mère de la reine vint au château avec son autre
fille. Celle-ci^ qui enviait le bonheur de sa sœur et la haïssait mortelle-
ment, voulut profiter de l'occasion pour se venger. Elle se jeta un jour
sur la reine, lui arracha d'abord les yeux, puis les dents, enfin lui coupa
les mains et les pieds et la fit porter dans une forêt, où on l'abandonna.
Comme elle ressemblait à sa sœur, elle se fit passer pour la reine.
Cependant, la pauvre reine n'attendait plus que la mon. Tout à coup,
un vieillard se trouva près d'elle et lui dit : « Madame, qui donc vous a
abandonnée dans cette forêt ? » La reine lui ayant raconté ce qui lui était
arrivé : u Vous pouvez, » dit le vieillard, u faire trois souhaits ; ils vous
seront accordés. — Ah ! » répondit la reine, « je voudrais bien ravoir mes
yeux, mes dents, mes mains, et, s'il m'était permis de faire un souhait
de plus, mes pieds aussi. »
Le vieillard dit à un petit garçon qui était avec lui : « Prends ce rouet
d'or, et va le vendre au château pour deux yeux. » Le petit garçon prit
le rouet et s'en alla crier devant le chAteau :
f Au tour, au tour i filer!
i Qui veut acheter mon tour i filer? t
La fausse reine sortit au bruit et dît au petit garçon : v Combien
vends-tu ton rouet? — Je le vends pour deux yeux. » Elle s'en alla
demander conseil à sa mère, u Tu as mis les yeux de ta sœur dans une
boite, A dit la vieille; « tu n'as qu'à tes donner à cet enfant. » Le petit
garçon prit les yeux et les rapporta au vieillard. Celui-ci ne tes eut pas
plus tôt remis à leur place, que la reine recouvra la vue.
« Maintenant, » dit-elle, « je voudrais bien ravoir mes dents. » Le
viallard donna une quenouille d'or au petit garçon et lui dit : « Va au
château vendre celte quenouille pour des dents, o L'enfant prit la que-
nouille et s'en alla crier devant le château :
• Quenouille, quenouille i filerl
I C^i veut acheter ma quenouille.' •
« Ah! « pensa la fausse reine, « que cette quenouille irait bien avec
le rouet d'or ! a Elle descendit de sa chambre et dit au petit garçon :
V Combien vends-tu ta quenouille ? — Je la vends pour des dents. ■
Elle retourna trouver sa mère. « Tu as les dents de ta sœur, > dit la
vieille ; « donne-les à cet enfant. » Le petit garçon rapporta les dénis et
le vieillard les remit à la reine, si bien qu'il n'y parut plus. Ensuite îl
VS4 E. cosQum
donna une bobine d'or à Tenfant. « Va au cbâieau, i> loi dit-il, « vendre
cette bobine pour deux mains. »
La fausse reine acheta la bobine pour les deux mains de sa soeur.
Il ne manquait plus à la reine que ses pieds. « On ne peut tilcr sans
épingletie ei sans mouilloir,i>dii le vieillard à l'enfani; u va vendre celle
épingleite et ce mouilloir d'or pour deux pieds. »
La fausse reine, charmée d'avoir toutes ces belles choses à si bon mar-
ché, courut chercher les pieds de sa sœur, que l'enfant rapporta. La
reine ne savait comment témoigner sa reconnaissance au vieillard. Celui-ci
la conduisit derrière le jardin du château, lui dit de ne pas se montrer
encore et disparut.
Ce jour-là même, le roi revint de la guerre. En voyant la fausse reine,
il crut que c'était sa femme; il la trouva changée, mais il supposa que
c'était parce qu'elle avait eu du chagrin d'être restée longtemps sans le
voir. Elle lui montra le rouet d'or, la quenouille et tout ce qu'elle avait
acheté ; puis ils descendirent ensemble au jardin.
Tout à coup, on entendit frapper à la porte : c'était le vieux men-
diant. La fausse reine voulait le chasser, mais le roi lui 6t bon accueil
et lui demanda s'il n'avait rien vu dans ses voyages qui méritât d'être
raconté.
t( Sire, B dit le mendiant^ n il n'y a pas longtemps, j'ai rencofttré
dans une forêt une dame à qui l'on avait arraché les yeux et les dents,
coupé les pieds et tes mains. C'était sa sœur qui l'avait traitée ainsL J'ai
envoyé à cette méchante sœur un petit garçon qui lui a vendu un rouet
d'or pour ravoir les yeux, une quenouille d'or pour les dents, une bobine
d'or pour les mains, une épinglette et un mouilloir d'or pour les pieds.
Si vous voulez, sire, en savoir davantage^ vous trouverez 1à-bas, au bout
du jardin, une femme qui vous dira le reste. i>
Le roi suivit le mendiant et fut bien surpris et bien joyeux en recon-
naissant sa femme. Il la ramena au château; puis il ordonna d'enchaîner
ia roére et la sceur de la reine et de les jeter aux bêles.
Notre conte présente ta plus frappante ressemblance avec un conte tchèque
de Bohème tWenzig, Wclslawucher Marchensckatz,p. ^\). Ce dernier n*a de
vraiment différent que le dénouement, oti c'est le rouet d'or qui, mis en mouve*
ment par la fausse princesse, en présence du prince, se met à parler et révèle le
crime. Ajoutons que, dans ce conte tchèque, les dents n'ayant pas été arrachées
à la princesse, te petit garçon ne va vendre au château que trois objets : uo
rouet d'or, un fuseau d'or et une quenouille d'or.
Le même thème se trouve traité d'une façon plus ou moins particulière dans
plusieurs autres contes.
Ainsi, dans un conte grec moderne d'Epire (Hahn, n" 28), une jeune reine se
mei en route, accompagnée de sa nourrice et de sa sœur de lait, pour aller cdé-
9
É
CONTES POPULAIRES LORRAINS 5 J Ç
brer su noces dans le pays de son mari . Mourant de soif, elte lupplie sa nourrice
de lui donner à boire. Cette méchante Terame lui dit que dans ce pays t'eau est
si chère, que chaque gorgée se paie au prix d'un œÎI. La reine, pour avoir i
boire, s'arrache d'abord un œil, pais l'autre. Alors la nourrice l'abandonne et
Uit passer sa propre fille pour la reine, Cette dernière est recueillie par une vieille
femme charitable. Or, la vraie reine avait ce don singulier que des roses s'échap*
paient de sa bouche toutes les fois qu'elle souriait. Elle dit â la bonne vieille de
prendre de ces roses et d'aller crier devant le palais : Achetez des roses I • Si
l'on te demande, » ajoute>t-elle, t combien tes roses, tu répondras qu'elles ne
sont pas à vendre pour de l'argent, mais pour des yeux. • La vieille femme va
crier ses roses devant le chiteau ; la nourrice se hâte de descendre pour en ache-
ter, car te prince était fort surpris de voir que a femme avait perdu le don de
laisser échapper des roses de ses lèvres. La bonne vieille ayant déclaré qu'elle ne
donnera ses roses que pour des yeux, la nourrice fait arracher un œil d une
chienne et le lui donne; le lendemain, elle lui en donne encore un autre. La reine
alors met les deux yeux â la place de ceux qu'elle avait perdus et recouvre
la vue.
Ce dernier passage, — le détail des yeux de chienne, — présente évidemment
une altération. Nous avons, du reste, dans tin conte sicilien jPitrè, n» 62), une
fume bien conservée de la même idée. Une jeune fille doit épouser un roi; sa
tante, qui s'est offerte i la conduire dans le pays du fiancé, lui substitue sa propre
611e et l'abandonne dans une grotte après lui avoir arraché les yeux. Passe un
vieillard, qui accourt aux cris de la jeune fille. Celle-ci l'envoie sous le balcon
du roi avec deux corbeilles pleines de roses magnifiques qui, par suite d'un don
i elle fait, tombent de ses lèvres quand elle parle, et lui dit de crier qu'il les
vend pour des yeux. Qle rentre ainsi en possession de ses yeux, recouvre la vue
et finit par se bire reconnaître du roi son fiancé.
Dans un conte italien {Comparetti,'n* 2}), une jeune fille a reco divers dons
d'un serpent reconnaissant, et un roi veut l'épouser. Les sœurs de la jeune fille,
jalouses de son bonheur, lui coupent les mains et lui arrachent les yeux. et l'une
d'elles se fait passer, auprès du roi, pour sa fiancée. La jeune fille est recueillie
par de braves gens. Un jour, au milieu de l'hiver, le serpent vient lui dire que
la reine, qui est enceinte, a envie de figues. D'après les indications du serpent,
la jeune fille dit 2 l'homme chez qui elle demeure où il en pourra trouver et elle
l'envoie au palais en vendre pour des yeux; puis, un autre jour, des pt-ches pour
des mains. Elle se fait enfin reconnaître par le prince.
En Italie encore, nous trouvons un conte du même genre (Gubernatis, NoivI'
Une di S. Sltfaao di CaUtnaja, n' i}). Le voici dans ses traits essentiels : La
belle-Rière d'une jeune reine hait mortellement sa bru. Pendant l'absence du
roi, elle ordonne i deux de ses serviteurs de conduire la reine dans un boîs elde
la tuer. Émus de ses larmes, les serviteurs se contentent de lui arracher les yeux
pour les porter à la reine-mère comme preuve de l'exécution de ses ordres. La
jeune femme est recueillie par un vieillard. Ayant reçu en présent d'un serpent
trois objets merveilleux, elle se fait conduire, le visage voilé, devant le palais de
son mari, et met eu vente le premier objet pour un œil, puis le second aussi
pour un œil; pour prix du troisième objet, elle demande (comme dans \'Oàaa
Çî6 B. COSQUIH
bim, de M"-» d'AuInojr, et dans les «utres contes de ce type, Griinm, n» 88, etc.)
h permission de passer la nuit dans la chambre voisine de celle du roi, et se fart
ainsi reconnaître de son mari.
Voyez aussi un conte catalan (Rondallayn^ t. III, p. [14). Ici, les yeux de )a
vraie fiancée d'un roi, fille d'un charbonnier, lui sont arrachés par une jeune
611e, envieuse de son bonheur. C'est encore un serpent reconnaissant qui vient
à son secours; il donne à sa bienfaitrice une pomme magnifique qu'elle devra
aller vendre i ta nouvelle reine pour < des yeux de chrétienne, t La fausse reine
ta trompe et lui donne des yeux de chat; mais ensuite, en échange d'une poire
qui vient paiement du serpent, la vraie reine rentre en possession de ses yeux.
On peut enfin rapprocher de ces différents récits un passage d'un conte roumain
de Transylvanie (dans la revue Ausland^ 1856, p. 2122). Par suite de ta trahison
de sa mère, le héros, Frounsc-Wcrdyé, a été tué et haché en mille morceaux
par un dragon. La 1 Sainte Mère Dimanche •, protectrice de Frounsé-Werdyé,
rassemble tous ces morceaux et ressuscite Frounsé; mais il manque les yeux,
que !e dragon a gardés. La « Sainte Mère Dimanche a prend un violon, se déguise
en musicien et se rend au château du dragon. Justement celui-ci célèbre ses noces
avec la mère de Frounsé; il appelle le prétendu musicien pour qu'il les fasse
danser. A peine la < Sainte Mère Dimanche • a-t-ellc commencé à jouer, qu'une
corde de son violon casse. Elle dit qu'elle ne peut raccommoder celle corde qu'au
moyen d'yeux d'homme. < Donne-lui un œil de mon fils », dit la mère de Frounsé
au dragon. Une seconde corde casse, et la * Sainte Mérc Dimanche ■ obtient de
la même façon le second œil. — Comparez la fin d'un conte grec moderne de
même type que ce conte roumain (Hahn, n^ 24).
XXXVI.
JEAN ET PIERRE.
Il était une fois une pauvre femme qui avait deux fils, Jean et Pierre.
Pierre, voyant sa mère dans la misère, alla se mettre au service d'un
laboureur. « Combien demandes-tu? » lui dit le laboureur. — <f Cent
écus, » répondit Pierre. — " Tu les auras ; mais voici mes conditions :
à la première dispute, celui de nous deux qui se f&chera aura les reîns
cassés. ~~ Maître, je ne me fâche jamais. »
A peine s'était-il passé huit jours que Pierre eut une discussion avec
son maître; il se fâcha, et le laboureur lui cassa tes reins. Il s'en retourna
chez sa mère et raconta à son frère Jean ce qui lui était arrivé. Jean se
fit indiquer la maison du laboureur et s'ofTrit à le servir, sans dire qu'il
était frère de Pierre, o Combien veux-tu? — Mahrc, vous me donnerez
cent écus. — Tu les auras ; mais voici mes conditions : à la première
dispute, celui de nous deux qui se fâchera aura les reins cassés. — Maître,
je ne me fâche jamais. »
CONTES POPUUIRES LORRAINS ^57
Le lendemain, le roaltrc envoya Jean conduire au marché un chariot
de grain attelé de quatre chevaux. Jean vendit le chariot et les quatre
chevaux et porta l'argent à son frère. Quand il rentra chez son maître,
celui-ci lui dit : « Qu'as-tu fait du chariot et des chevaux? — Maître, »
répondit Jean, u je les ai vendus à un homme que j'ai rencontré sur la
route. — Et l'argent? — L'argent, je l'ai porté à mon frère, à qui vous
avez cassé les reins. — Tu veux donc me ruiner? — Matire, est-ce que
vous vous fâchez ? — Je ne me fâche pas pour si peu, — Vous savez que
celui qui se fâchera aura les reins cassés. — Oh! je ne me fÂche pas du
tout. »
Le jour suivant, le maître dit à sa femme : « Je vais envoyer Jean
chercher le plus gros chêne de la forêt ; il ne pourra pas le rapporter, et
quand je lui ferai des reproches, il se mettra en colère. » Jean partit
avec un chariot à quatre chevaux, vendit tout l'équipage comme la pre-
mière fois, puis revint à la maison, u Eh bien! » lui dit le laboureur,
« où est le chariot.'' — Le chariot? je l'ai laissé dans la forêt: je n'ai pu
l'en faire sortir. — Oh ! tu nous ruineras, tu nous ruineras! » La femme
criait encore plus haut : o Tu nous ruineras! n — « Maître, » dit Jean,
cf est-ce que vous vous fâchez? — Je ne me fâche pas pour si peu. —
Vous savez que celui qui se fâchera aura les reins cassés. — Oh ! je ne
me fâche pas du tout. »
Un autre jour, tandis que Jean battait en grange, le laboureur et sa
femme allèrent déjeuner sans l'appeler. Jean ne fit pas semblant de s'en
apercevoir; il alla vendre le blé qu'il avait battu, fit un bon déjeuner à
l'auberge et revint à la maison, u Jean, » dit le maître, a qu'as-tu fait
du grain? — Vous ne m'avez pas appelé pour déjeuner; j'ai été vendre
le grain et j*ai déjeuné avec l'argent. — Tu nous ruineras, Jean, tu nous
ruineras ! — Maître, est-ce que vous vous fâchez ? — Je ne me fâche pas
pour si peu. — Vous savez que celui qui se fâchera aura les reins cassés.
— Oh ! je ne me fâche pas du tout. »
La femme du laboureur dit â son mari ; « Envoyons-le mener les petits
porcs au pâturage : l'ogre le mangera et nous serons débarrassés de lui.»
Jean partit donc avec le troupeau, et, arrivé près de la maison de
l'ogre, il y entra. Il tenait un petit moineau dans sa main. < Tu ne mon-
terais pas si haut que ce petit oiseau ? » dit-it en le montrant à l'ogre. —
«Oh! non, » dit l'ogre. — * J'ai faim, n reprit Jean. — « Moi aussi. Qu'est-
ce que nous allons faire pour déjeuner ? — Si nous faisions de la bouillie ? n
dit Jean.
La bouillie faite, ils se mirent â table. Jean, qui s'était attaché sur
l'estomac une grande poche, y faisait entrer une bonne partie de sa
bouillie, tandis que l'ogre avalait tout. Quand la poche de Jean fut pleine,
il la fendit d'un coup de couteau, et toute la bouillie se répandit; puis il
j;8 E. cosqyiN
recommença à manger. « Tiens ! » dit i'ogrc, « je voudrais bien pouvoir
me soulager comme toi. Fends-moi donc aussi l'estomac. « Jean ne se
le fit pas dire deux fois, et il lui fendit si bien l'estomac» que l'ogre en
mourut.
Cela fait, Jean retourna près de ses cochons, et, après leur avoir coupé
à tous la queue, il les alla vendre; ensuite il enfonça les queues dans la
vase d'un marais et revînt chez son maître. « Où sont les cochons ? » lui
demanda le maître. — « Us sont tombés dans un marécage. — Eh bien!
il faut les en tirer. — Maître, il n*y a pas moyen d*y entrer. » Le maître
alla pourtant voir ce qu'il en était ; mais quand il voulut retirer un des
cochons par la queue, la queue lui resta dans la main, et il tomba à la
renverse dans la bourbe. « Tu nous ruineras, Jean, tu nous ruineras ! —
Maître, est-ce que vous vous fâchez ? — Je ne me fâche pas pour si peu.
— Vous savez que celui qui se fâchera aura les reins cassés. — Oh! je
ne me fâche pas du tout. »
La femme dit à son mari : « Il faut l'envoyer mener les oies au pâtu-
rage. I» Jean partit avec les oies. Le soir, il en manquait deux ou trois
qu'il avait vendues. « Jean, » dit le laboureur, « il manque des oies. —
Maître, je n'en suis pas cause : c'est une béie qui les a mangées. — Tu
nous ruineras, Jean, tu nous ruineras! — MaUre, est-ce que vous vous
fâchez? — Je ne me fâche pas pour si peu. — Vous savez que celui qui
se fâchera aura les reins cassés. — Oh ! je ne me fâche pas du tout. »
« Voilà un singulier domestique, n dit le lendemain la femme; « il va
nous ruiner. J'irai me cacher dans un buisson pour voir ce qu'il fait des
oies. » Jean avait entendu ce qu'elle disait; avant de partir pour le pâtu-
rage, il dit au laboureur : v MaUre, je prends votre fusil ; si la bête
vient, je la tuerai. » Quand il vit la femme dans le buisson, il fit feu sur
elle et la tua. Le soir, il ramena les oies à la maison. « Maître, » dit-il,
« comptez, il n'en manque pas une; j'ai tué la bète qui les mangeait.
— Ah ! malheureux, tu as tué ma femme I — Je n'en sais rien; toujours
est-il que j'ai tué une grosse bète. Mais vous, est-ce que vous vous fâ-
chezP — Ah! certes oui, je me fâche! » Là-dessus, Jean lui cassa les
reins; puis il revint chez lui, et mot aussi.
Le thème principal de ce conte, — la convention entre le matire et son valet^—
se retrouve sous une forme plus ou moins ressemblante dans des contes recueillis
en Bretagne (F. -M. Luzel, j* rapport, p. 29, elMèlaîtrje,\H-j-j, n° 20, col. 465),
dans le pays basque (W. Webster, p. 6 et p. 1 1 1, dans diverses parties de l'Italie
(Jahrft. fur rom. und, <nglische Utcraturj t. VIII, p. 246, et Propagnaton, t. IX,
2" partie, 1876, p. 256), dans le Tyrol allemand (Zingcrte, II, p. 32?), en
Allemagne (Prœhie, M.erchtn fâr dit Jugcnd^n'* 16), chez les Lithuaniens (Schlci-
cher, Ùtamcht yUrchen, p. 4^), chez les Slaves de Moravie (Wenzig, Wtstsk-
tischer MarcfunuhaU^ p. {}, en Valachie (Schott, Walachinkc Marchen^ n' 2}
CONTES POPULAIRES LORRAINS ÇÇ9
p. 339), chez les Grecs d'Epire (Hahn, n» :i et n« j^, p. 333), en Irlaïkle (F.
Kennedy, the Firuidt Storus of Ireland^ p. 74), en Ecosse (Campbell, n" 4^), et,
d'après M. R. Kœhler {Mélusute^ loc. cil., col. 473), en Danemark et en Nor-
wége.
Dans presque tous ces contes, la condition qui doit être observée par les deux
parties, c'estj comme dans notre conte lorrain, de ne point se fâcher; dans
qudques-uns {conte écossais, premier conte basque, second conte grec), il
faut oe pas manifester de regrets au sujet de l'engagement; enfin, dans le second
conte basque, il est dit simplement que le valet s'engage à faire tout ce que son
maître lui ordonnera.
Quant i la punition de celui qui aura manqué i ta convention, c'est, dans le
plus grand nombre des contes, de se voir enlever par l'autre une ou plusieurs
lanières dans le dos, 1 un ruban de peau rouge depuis le sommet de la tète jus-
qu'aux talons *, dit un des contes bretons. Dans le premier des deux contes
Haiiens, il doit être ècorché vif; dans le conte de la Moravie, il doit perdre le
nez; dans les contes tyrolien et allemand, les oreilles.
Ajoutons que dans plusieurs de ces contes (conte écossais, second conte bre-
ton, contes tyrolien, valaque, second conte grec), le héros n'a pas, comme le
nAlre, de frère qui, avant lui, ait mal réussi dans l'entreprise. Dans tous les
autres contes européens, il y a trois frères ; nous n'en avons rencontré deux que
dans le premier conte breton.
Parmi les mauvais tours que Jean joue à son maître pour le mettre en colère,
l'histoire des queues de cochons, fichées dans le marais^ figure dans le second
conte breton, les deux contes basques, le conte allemand de Prœhie (où ce sont
des queues de vaches), et, d'après M. KcEhler (Jahrb. fur rom. und tngL Lit., VllI,
p. aj I), dans un conte norwégien. Elle se retrouve dans plusieurs contes qui
n'ont pas le cadre du nâtre et qui se composent simplement d'aventures de
voleurs ou d'adroits fripons, par exemple dans un conte piémontais (Gubernatis,
Zoûiogical Mjthology, I, p. 234), un conte sicilien (Gonzenbach, n* 37, P- 354),
un conte islandais ^Arnason, trad. angl., 2' série, p. ;j2), un conte allemand
(Prœhie, Kinder- anà Volksmitrcha^ n* 49), et un conte russe (Gubematis, foe.
cit.). Dans le conte allemand, c'est une queue de bccuf que le voleur plante dans
le marais; dans le conte russe, une queue de cheval.
Le conte slave de Moravie a, comme le conte lorrain, un épisode où te valet,
voyant ses maîtres dé{eunersans l'appeler, va vendre un sac de grain qu'il vient
de battre et fait un bon déjeuner avec l'argent. Dans te conte tyrolien, son
maître lui ayant dit d'aller travailler au lieu de dîner, il vend deux vaches et
s'en va dtrter à l'auberge.
L'épisode de l'ogre ne se rencontre, en dehors du conte lorrain, que dans trois
des contes mentionnés ci-dessus, le premier conte italien et tes dt^ux contes
basques. En réalité, c'est un thème tout-à-fait indépendant du thème principal
et qui s'y trouve intercalé. Nous avons déjà fait connaissance avec ce thème dans
le conte n- 2 ^ de notre collection, U CorJonntir et Us VoUurs. L'oiseau que Jean
montre à l'ogre est évidemment un souvenir obscurci de l'oiseau que le cordon-
nier tance en l'air comme si c'était une pierre, pour donner aux voleurs une hante
idée de sa force. D'ailleurs, cet épisode se trouve sous ddc forme bien plus
j6o L cosQurn
complète et bien mieux consenrèe dans le conte italien et dans le premier conte
basque : nous y retrouvons i peu près tous les traits qui figurent dans les conte»
du type de notre conte U Cordonnitr et les Voleurs. Dans le conte écossais, tu
lieu d'être intercalé dans le thème principal, cet épisode lui est simplement juxta-
posé. Après avoir réussi à mettre son maître en colère et lui avoir taillé dassie
dos une lanière de peau, le héros entre au service d'un géant, etc.
L'épisode en question présente dans le conte écossais un trait qui le rap-
proche toul-à-fait de notre conte lorrain. Mac-a-Rusgaich et son maître le géant
se portent réciproquement un défi i qui mangera le plus. Mac-a-Rusgalch s'at-
tache sur la poitrine un sac de cuir où il fait entrer la plus grande partie de ce
qu'il doit manger, et enfin il fend ce sac en disant qu'une telle bedaine l'empèche
de se baisser. Le géant veut rimiter cl il meurt. Nous ferons remarquer que cet
épisode se rencontre encore dans un autre de nos contes lorrains, variante de
notre n« i. Dans cette variante, Jean-sans-Peur, Jean-de-l'Ours et Tord-Chène
arrivent chez un ogre, pendant l'absence de celui-ci. Quand il rentre, les troa
compagnons, sans se déconcerter, lui disent qu'ils ont faim. La femme de l'ogre
préparc des grimées* et l'on se met à table. Les trois compagnons se sont atta-
ché des poches sur l'estomac et ils y introduisent tes grimées. L'ogre, croyant
qu'ils avalent tout, ne veut pas avoir le dessous, et il mange tant qu'il en meurt.
Plusieurs contes du type de notre n' 2^ U Cordonnur ei /«i VoUun présentent
un passage analogue. Ainsi, dans un conte suédois (CavalIJus, p. 7 de la Irad.
ail.), dans un conte norwégien (Asbjœrnsen, n" 6 de la irad. ail.), c'est absolu-
ment le trait de Jean et Pierre : trompé par la même ruse, le géant veut aussi se
soulager en s'ouvrant l'estomac et il se tue. Comparez un conte suisse (Suter-
mrister, n' 41), un conte sicilien (Gonzenbach, n* 41) et ^ussi un conte gascon
de la collection Cénac-Moncaut (1861, p. 90}. Dans un second conte sicilien
(Pitre, n' B{), le héros, après avoir fait disparaître force macaroni dans son sac,
feint également de s'ouvrir le ventre ; mais ici, c'est sous prétexte de pouvoir
mieux courir. Ce dernier détail rattache sur ce point au conte sicilien et, par
suite, à noire conte lorrain, le premier des deux contes basques cités plus haut.
Dans ce conte basque, le héros., en s'enfuyant de chez le iartaro (ogre), fait sem-
blant de s'ouvrir le ventre cl jette sur la roule les entrailles d'un cochon qu'il
tenait cachées, afin de faire croire au lartarù que c'est là un moyen de devenir
plus agile. Il en est de même dans un conte du Tyrol allemand (Zingerle, 11,
p. III). — Notons encore un passage d'un livre populaire anglais du siècle
dernier, Jack U Tueur de géants, déjà cité par nous dans les remarques de notre
n' 2^. Jack, déjeunant avec le géant, attache sous ses vêtements un grand sac
de cuir et y jette sans être aperçu tout le pudding qui lui est servi. Ensuite, il
dit au géant qu'il va lui faire voir un tour d'adresse. D'un coup de couteau il
fend le sac de cuir, et tout le pudding tombe par terre. Le géant se croit obligé
de faire comme Jack, et il se tue.
Le dernier épisode de notre conte, — celui de la femme tuée, — a subi une
altération. Dans tes autres contes où il existe, voici comment il se présente :
I . CrimitSt ailleurs grumtlets (comparez le mot ^rarmaax). C'est un mets du
pays, composé d'un mélange de Earine et d'oeufs, cuit dans du tait.
COKTES POPULHIRES LORRAINS jôl
L'année du vilet doit se terminer au premier chant du coucou. Pour se débar-
rasser de lui plus vite, la femme du maître grimpe sur un arbre et imite k
coucou; le va)?t tire sur le prétendu oiseau et le tue. Voyez, parmi les contes
mentionnés plus haut, le premier conte breton^ le conte tyrolien, le conte alle-
mand, le conte slave de Moravie, le second conte grec, et, d'après M. Kcchlcff
te conte danois trt le conte norwégien. Il faut ajouter enfin un passage d'un
conte sicilien d'un autre type, que nous avons dèj eu occasion de citer i pro-
pos de l'épisode des queues de cochon (Gonzenbach, n* )7, p. 2J4).
En Orient, nous rencontrons d'abord ce dernier épisode dans un conte recueilli
par M. RadIofT chez les tribus tartares de la Sibérie méridionale, riveraines de
la Tobol, tribus chez lesquelles des contes sont venus du sud avec l'islamisme,
ainsi que nous t'avons montré dans les remarques de notre n** ja, Chatte blanchi.
Un fripon (Radlofî, op. cit., t. IV, p. 282) propose à un laboureur de conduire
sa charrue. Pendant que le laboureur va lut chercher à manger^ il dételle le bœuf,
lui coupe la queue et le fait emmener par un compère; puis il fiche la queue en
terre et, quand il voit revenir le laboureur, il la tire de toutes ses forces» si bien
qu'il tombe â la renverse. Le laboureur étant accouru, le fripon lui dit que le
bœuf s'est tout-i-coup enfoncé dans la terre et qu'en essayant de le retenir, la
queue lui est restée dans la main. — Chose à noter, ce même conte tartare,dont
le cadre n'est nullement celui de notre conte lorrain, renferme encore un épisode
qui fait partie de certains contes européens du type de Jejti et Pierre, Après avoir
été hébergé par un brave homme, le fripon du conte tartare donne sa coiffure à
un compérc et s'en va tête nue remercier son hôte, qui travaille aux champs 4
peu de distance de sa maison. Celui-ci lui ayant demandé pourquoi il n*a rîen
sur la tète, le fripon lui dit : ■ C'est parce que votre femme m'a retenu macoif-
hjre pour se faire payer de m'avoir hébergé. » L'hôte, trés-fiché contre sa femme,
dit au fripon d'aller lui réclamer sa coiffure : > Si elle s'obstine â la garder, *
ajoute-t-il, < je lui crierai de la rendre. » Arrivé i la maison, le fripon dit i ta
femme que l'hôte lui a donné sa fille, et il se met en mesure d'emmener celle-
ci. La mère faisant résistance, le fripon crie au bonhomme : f On ne veut pas
me la donner. * Alors, ce dernier, brandissant sa pelle : ■ Donnez-la ! donnez-
la! sinon, je vous tue! • La femme est donc obligée de lui donner sa fille. — Dans
l'un des contes bretons mentionnés ci-dessus (Âft/uji/it, 1877, col. 471), le sei-
gneur qui est aux champs avec son serviteur Fanch, dit à celui-ci d'aller vile
au chiteau chercher deux pelles et de les mettre dans un sac parcequ'il ne veut
pas qu'on les voie. Fanch se rend au château et dit i la dame et à sa Elle que
son maître lui a ordonné de les mettre toutes les deux dans un sac. Puis^ cou-
rant i la fenêtre : < Toutes les deux dans un sac, n'est-ce pas, Monseigneur?
— Oui, toutes les deux, » crie le seigneur, pensant aux deux pelles, • et dé-
péche-toi. • Comparez le premier conte basque mentionné au même endroit.
Pour t'ensemblei on peut rapprocher de notre conte lorrain et de ses pen-
dants européens un conte recueilli chez les Afghans roahométans qui forment la
population du Bannu, province traversée par l'Indus et conquise en 1848 par
l'Angleterre (Thorburn, Bannu, or our Afghan Frontier, London, 187C, p. 199).
Nous en reproduirons l'abrégé tout i fait écourré qu'en donne l'auteur anglais. Un
jeune homme un peu simple entre au service d'un maître aux conditions suivanlei :
Komanid, Vtl 7^
;62 E. cosquiN
le maître doit lui focrnir une charrue et une paire de bœuts, et le serritevr doit
tous les jours semer une corbeille de grain et aller chercher on panier de bois
de chauffage et la nourriture de la famille; celui des deux qui ne tiendra pas
son engagement, doit perdre le nez. Dés le premier jour, le serviteur nt peut
remplir tout son otfice. et le maître lui coupe le nez. fl retourne chez loi et
raconte sa mésaventure à son frère qui entre au service du mime maître auji
mêmes conditions. Ce second serviteur, arrivé aux champs, répand tout le
grain par terre, tue un des bœufe et brise la charrue, et, rentré à la maison, d
dit au roattre qu'il a rempli ses engagements. II en fait autant le second jour.
Le troisième |our, le maître ne peut lui fournir ni grain, ni charrue, ni barufs, et
perd son nez.
Autant qu'on en peut juger par cet abrégé, ce conte afghan est évidemmeol
altéré. Nous avons découvert une autre forme orientale très-bien conservée de
notre thème. C'est un conte qui^ paratt*il, est un des plus populaires pamî les
Mahométans de l'Inde. Il a été publié en 1870 dans la CaUutU Rtriiw (t. LIj
p. 126). Le voici : • II y avait une fois deux frères, Hatâlzâ^ah et Haràmzâilah,
Dans le même pays habitait un Qdzi (sorte de magistrat, de juge). Hal&lzidah
alla trouver ce Qâzi pour entrer à son service. Le Qâzî lui dit : « Si vous
entrez i mon service, ce sera à la condition que, si vous me quittez, je vous
couperai le nez et les oreilles, et, si je vous renvoie, vous m'en ferez anta&l.
Quant à votre nourriture, vous en aurez par jour plein une feuille. > Halâl-
zadah accepta ces conditions. Chaque jour, le Qizi l'envoyait h\rt paître les
vaches et les chèvres, et il lui donnait de nourriture plein une feuille de tama-
rin. Cela ne faisait guère l'affaire de Kalfilzàdah, et il dit au Qàzi qu'il ne
pouvait travailler l'estomac vide. Le Qâzi lui répondit tout simptemeot que,
s'il n'était pas content, il pouvait s'en aller. A la fin, HalàJi^adah, ayant dépensé
tout son argent et se voyant au moment de mourir de faim, demanda son congé.
Sur quoi, le Qazi prit un couteau et lui coupa le nez et les oreilles, et l'autre
s'en alla.
« Son frère, Haràmzâdah, le voyant dans ce triste état, lui demanda ce
qui lui était arrivé, et, ayant appris la façon d'agir du Qâzi, il demanda à Halil-
zâdah de lui montrer où il demeurait. Il se rendit chez le Qàzi et s'engagea i
son service aux mêmes conditions que son frère. Le Qazi lui donna les vaches
et les chèvres â mener paître. Harumziûlah les conduisit aux champs; de retour
au logis, il alU prendre dans le jardin une feuille de bananier et> la présentant
au Qôzi, il lui demanda son dîner. Le Q^zi fut bien obligé de lui remplir sa
feuille de bananier. Hardmziidah s'en fut encore avec le troupeau au pâturage ;
il tua une des chèvres, invita ses amis et fit avec eux un festin, puis il ramena
i la maison le reste du troupeau.
« Le lendemain matin, Harémzadah mena de nouveau paître le troupeau;
cette fois , il vendit une douzaine de chèvres et quatre vaches; puis, courant A
la maison, il dit au Qizi : • Dieu est miséricordieux ! Il vient de me sauver la
TÎel — Comment cela? ■ dit le Quzi. — ■ Il est venu des loups qui ont em-
porté douze chèvres et quatre vaches, et je n'ai pu leur échapper qu'en grin-
pant sur un arbre. ■
■ Le Qâzi l'accabla d'injures et lui demanda de quel côté il avait menépattre
CONTES POPUUIRES LORRAINS 56 î
le troupeaa. t Du côté da couchant^ ■ répondit l'autre. Le Qizi lui ordontij de
le conduire désormais du c<^té du nord. Harâmzddah, en attendant, s'en fut nu
[ardin cueillir une teuillc de bananier, se la 6t remplir, et, après avoir mangé
tout son soûl, donna le reste aux mendiants. Puis il prit avec lui le troupeau
et s'en alla du côté du nord.
I Cette fois, il vendit le troupeau tout entier d'un coup et courut trouver
son mattre. « Hél ^àzi! hé! Qâzi! voilà un bel ordre que vous m'avez donné
de conduire le troupeau du côté du nord! — C^'esl-il arrivé^ > dit le Qàzi.
— ■ Une bande de tigres a emporté tout le troupeau, et je ne me suis sauvé
qu'en me cachant dans une caverne de la montagne. ■
* Le lendemain, le Qazi dit à Harâmzadah d'aller promener son cheval. Ha-
râmzâdah partit avec le cheval et, ayant rencontré en chemin un marchand de
chevaux, il lui vendit la béte sous cette condition qu'il garderait la queue; il
coupa donc la queue du cheval, et, de retour à ta maison, il l'enfonça dans un
trou de rat qui se trouvait dans un coin de l'écurie et battit la terre tout autour
pour qu'elle tint bien. Puis il alla se faire remplir par le Qâzj sa feuille de
bananier.
■ Le lendemain malin, Harâmzadah courut trouver le QiUÏ en poussant les
hauts cris : 1 0 Qdzi! venez dans Técurie voir le malheur qui vient d'arriver!
les rats sont en tram d'emporter le cheval ; il n'y a plus que la moitié de la
queue qui soit encore hors de leur trou. H^tez-vous, hâtez-vous! » Le QÂzî
courut à l'écurie et se mit à tirer, tirer la queue, jusqu'à ce qu'elle sortît du
trou, mais hélas! point de cheval avec. Harûmzàdah dK que les rats devaient
avoir mangé le reste. >
Bref, continue la Calcutta fUview^ le Qâzi est complètement ruiné, et, qui pis
est, sa famille est déshonorée par Harimzadah, qui 6nalement s'en va avec son
coogé et aussi avec te nez et les oreilles de son maître.
XXXVIL
LA REINE DES POISSONS.
Il éiaii une fois un pécheur. Un jour qu'il était h la pèche, il prit la
reine des poissons. « Rejette-moi dans l'eau, n lui dii-elle, « et lu pren-
dras beaucoup d'autres poissons. » Il la rejeta dans l'eau et prit en effet
une grande quantité de poissons, si bien qu'il fit une bonne journée.
De retour à la maison, il dit à sa femme : u J'ai pris la reine des
poissons , elle m'a promis que j'attraperais beaucoup de poissons si je la
laissais aller. Je l'ai rejetée dans Peau, et, en etfct, j'en ai pris en quan-
tité. — Que tu es nigaud ! u dit la femme, > j'aurais bien voulu la man-
ger. Il ^udra me l'apporter. »
Le pécheur retourna à la rivière et prit une seconde fois la reine des
poissons. « Laisse-moi aller, pécheur, » lui dit-elle, • et lu prendras
$64 e. cosQuiN
beaucoup d'autres poissons. » Il la rejeta dans l'eau et revint cbei loi
après avoir fait une bonne pèche.
u Tu ne me rapportes pas la reine des poissons ? » lui dit sa femnie;
« une autre fois j'irai avec loi, et je la prendrai. — Si je l'attrape
encore, u répondit le pêcheur, ■ tu l'auras. »
Il jeta de nouveau le filet et ramena la reine des poissons. « Laisse-
moi aller, » lui dit-elle, tt et tu prendras beaucoup d'autres poissons.
— Non, ma femme veut te manger. — Eh bien ! qu'il soit fait selon
votre désir ; mais quand vous m'aurez mangée, meciez de mes arêtes
sous la chienne, mettez-en sous la jument et mettez-en aussi sous un
rosier dans te jardin, i*
Le pécheur fit ce que lui avait dit la reine des poissons, et, le lende-
main, étant allé dans le jardin, il trouva sous te rosier trois garçons déji
grands ; il trouva trois chiens sous la chienne, et trois poulains sous la
jument. Dans le cas où il arriverait malheur aux jeunes garçons, urtc rose
devait tomber du rosier.
Un jour, Talné prit avec lui les trois chiens et se mit en route. Étant
arrivé dans un village, il vit tout le monde en pleurs ; il en demanda la
cause. On lui dit qu'une pi incesse allait être dévorée par une béie à
sept têtes. Le jeune homme se ht indiquer l'endroit où l'on avait conduit
la princesse ; il la trouva qui pleurait près d'une fontaine, o Qu'avez-
vous, ma princesse ? » lui demanda-i-il. — « Hélas ! » dit-elle, » je vais
être dévorée par une bête â sept têtes. — Si je pouvais vous délivrer ? »
dit le jeune homme. ^ Pour moi, je ne crains rien, je n'ai pas d'Âme à
sauver > . »
La bête à sept têtes arriva bientât. Le jeune homme, qui avait amené
ses trois chiens, lança contre la béte le premier, nommé Brise-Vent,
Après avoir combattu longtemps, Bnse-Vent abattit trois têtes à la bète.
1 Je m'en vais, dit-elle, mais je reviendrai demain. »
Le lendemain, le jeune homme se rendit encore à la fontaine. « Oh ! »
dit la bête, " il est donc toujours ici ! » Le jeune homme lança contre
elle le second de ses chiens, Brise-Fer, qui lui abattit encore trois têtes.
« Remettons la partie à demain. » dit-elle.
Le jour suivant, le jeune homme lança contre cite son troisième chien,
Brise, qui n'était pas si fort que les autres, mais il n'y avait plus qu'une
tête à abattre, et il l'abattit.
Quand la bête fut morte, la princesse invita le jeune homme à venir
avec elle chez le roi son père; mais il refusa et s'en retourna chez lui.
Le roi fit publier à son de caisse que celui qui avait délivré la prin-
cesse vtni se présenter au château avec les sept têtes de la bête. Le
1 . Voir les reroarque^.
CONTES POPULAIRES LORRAINS j6'5
plus j'eune des trois frères aurait bien voulu les avoir ; mais Vs&né les
cacha el en fit faire de pareilles en bois. Le plus jeune prit celles-ci ci
les porta au roi, qui, voyant que ce n'étaient pas les vraies têtes, entra
dans une grande colère et fit jeter le jeune homme en prison, disant quil
serait pendu le lendemain.
Cependant le second des trois frères était allé se promener au jardin ;
il vit une rose tombée du rosier. « 11 est arrivé malheur à mon frère, »
se dit-il. Aussitôt il alla trouver le roi. « Que viens-tu faire ici ? " lui dît
le roi. — « Je viens pour délivrer mon frère. » Le roi ordonna qu'on le
mit en prison lui-même, et qu*on le pendit le lendemain.
Une rose tomba encore du rosier. » Il faut, a se dit l'alné, u qu'il soit
arrivé malheur à mes deux frères. » Il prit les sept tètes et les sept
langues de la bète et se rendit au château. « Que viens-tu faire ici P )» lui
demanda le roi, — « Je viens pour délivrer mes frères. Voici les sept tètes
et les sept langues de la bèic. — C'est bien, » dit le roi ; « à cause de
toi je leur ferai grâce, et tu épouseras ma fille. »
Le jeune homme épousa donc la princesse, et ses frères se marièrent
avec deux dames d'honneur. Les parents ne furent pas oubliés, et tout le
monde fut heureux.
Ce conte est une variante de notre n* j, Us FUs éti Ptchtur ; mais, iodèpen-
datnmeol de diverses altérations que l'on reconnallra aisément, il s'y est intro-
duit un élément nouveau qu'il faut signaler : nous vooIods parler des trois
chiens, dont chacun j ion nom et qui luait ta bélt.
A propos d'un conte italien de la Vènétîe, du même genre que notre conte
lorrain {Jahrbuch fur rom. und engl. Uuratar^ 1866, p. rji), M. R. Kœhier a
bit observer uès- justement que ce trait appartient proprement ï un type de
contes différent de celui auquel se rapportent notre conte Ut Fllt du Péehear
et les variantes. Dans les contes auxquels il fait allusion, l'idée générale est i
peu près celle-^ : Un jeune homme, sur la proposition d'un inconnu, échange
trois brebis, toute $a fortune, contre trois chiens, dont chacun est doué de qua-
lités merveilleuses. Grâce à leur aide, il s'empare d'une maison habitée par des
brigands, que ses chiens tuent, et s'y établit avec sa saur. Celle-ci l'ayant trahi
et livré k un des brigands échappé au carnage et qu'elle veut épouser, les trois
chiens le sauvent. Ce sont eux encore qui tuent un dragon auquel est eiposée
une princesse. M. Kœhier cite diven contes dans lesquels ce thème est déve-
loppé, parfois avec nombre d'altérations, et qui ont été recueillis dans le < pays
saxon > de Transylvanie, en Ekthême, dans différents endroits d'Allemagne,
chez les Lithuaniens, dans te Tyrol, en Suède, en Danemark, en Grèce. Nous
ajouterons à l'énumération faite par M. ICahler un conte véoilies, publié depuis
lors [Bernoni, FiaU popoUn vcneztune. Venise, 187;, n* lo).
Parmi les noms donnés aux trois chiens dans ces contes, il en est qui res-
semblent, parfois identiquement, i certains des noms de notre conte lorrain.
Ainsi, dans le conte bohème iWaldau, p. 4691, les noms sont « Brise (Brith),
E. COSQUIN
Mords, Attention; « dans un conte allemand (Grimm, t. III, p. 104). < Arrête,
Attrape, Brisc-ftr-tt-acur {BrUhàsenundstûhl) ; » ce dernier nom se retrouve dans
d'autres variantes allemandes. Dans le conte vénitien de la collection Beraoni,
c'est, tout à fait comme dans notre conte lorrain , « Brîse-Fer 1 {Shranajirroi.
Enfin, on peut rapprocher de notre « Brise-Vent » le « Vite-comine-Ifr-tent •
[CeschwinJwiederwind) du conte tyrolien et d'un conte allemand.
Ce n'est, i notre connaissance, que dans notre conte lorrain de la RoBt àa
poUsons qu'il s'est opéré une fusion aussi complète entre les deux thèmes dont
nous avons parlé. Sans doute, certains des contes indiqués ci-dessasparM. Kœîiler
présentent, après le combat contre le draf^on et la délivrance de la princesse, toute
une suite d'aventures appartenant au thème des Fils du Plchcat ( l'intervention
d'un imposteur qui se donne pour le libérateur, l'arrivée du héros dans la rille
de la princesse le jour où doivent avoir lieu les noces de celle-ci, tes moyens quil
prend pour faire connaître sa présence à la princesse et ensuite pour démasquer
l'imposteur); mais, dans aucun de ces contes, — que nous sachions, — les trois
chiens ne sont, comme dans notre Rivic des Poissons, et conformément au thème
des Fth du Pêcheur^ nés du poisson merveilleux. En un mot^ c'est dans notre
conte seul que l'introduction du thème des Fils du Picheur (ob se trouvent déjA^
du reste, les trois chiens, mais comme simple accessoire), s'est fondce avec on
des éléments du second thème signalé par M. Kœhler.
Dans notre conte lorrain, on a remarqué le curieux passage oâ le jeune
homme dit qu'il t n'a pas d'ime 1 sauver. » Le récit indique bien ici qu'il est,
comme ses chiens, une incarnation de la reine des poissons.
Pour tout l'ensemble de notre conte, nous renverrons à nos remarques sur
notre n* f, les Fils du Pichtur. Aux rapprochements que nous avons faits, il
faut ajouter un conte basque (Wentworth Webstrr, p. 87) et la dernière partie
d'un conte également basque {ibid.^ p. jj) ; de plus, un conte breton iMèlasine.
1877, n" j, col. {7), où nous rencontrons la combinaison des deux thèmes
indiqués plus haut, mais avec exclusion du trait qui, dans notre conte lorrain,
faisait lien entre eux, les trois chiens.
Nos remarques sur notre n° j présentant diverses omissions, nous les complé-
terons ici.
En Orient, nous avons i citer un épisode d'un conteavare que nous avons déjà
en partie analysé dans les remarques de nus n** 1 {Jean de t'Oiirs) et 14 {U Fils du
Diable), Oreille-d'Ours, se trouvant dans une grande ville du « monde iofériear, 9
demande de l'eau à une vicitle femme. Celle-ci lui répond qu'elle ne peut lui ot
donner : un dragon A neuf têtes se tient auprès de la source ; chaque année on
lui livre une jeune hlle et, ce jour-li seulement, il laisse puiser de l'eau. Oreille-
d'Ours prend deux cruches et se rend h U fortaine, od il les remplit ; le dragon
le laisse faire. Il y retourne, toujours sans être inquiété par le dragon. Le bruit
s'en répand, et le roi du •> monde inférieur » promet i DreilIc-d'Ours de lui
donner ce qu'il voudra, s'il tue te dragon. Oreilte-d'Ours se fait deux oreillères
de feutre qu'il met sur ses oreilles et s'en va avec ses cruches â 1.1 fontaine. Le
dragon lui demande comment il a le front de venir une troisième fois. Oreille^
d'Ours lui repond en lui reprochant de priver la ville de l'eau que Dieu a faite
pour tous et de dévorer des jeunes Slles. Alors le dragon se lève et, jetant ses
CONTES POPULAIRES LORRAINS 567
griffes sur 0^ei^l^d'Ours, lui arrache ses orfillèrw de feutre; mais Orcille-
d'Ours brandit une épée de diamant qu'il avait conquise dans une aventure, et
d'un coup il abat les neuf tètes du dragon. Il coupe les dix-huit oreilles cl les
porte au roi. Celui-ci lui offre en mariage sa fille qui devait cette année-là raimc
être livrée au dragon; mais Oreille-d'Ours demande pour toute récompense que
le roi loi donne le moyen de revenir dans le monde supérieur.
Dans un conte arabe des Mille et une NuUs (t. XI, p. 177 de la trad. alle-
mande dite de Breslau), dont nous avons donné le résumé dans les remarques
de notre n<* 19, le Petit BosiU, le plus jeune fils du sultan d'Yémen arrive dans
une ville ob tout le monde est plongé dans la douleur. Il apprend que chaque
année on est obligé de livrer à un monstre une belle jeune 6IIe , cette année le
sort est tombé sur la fille du sultan. Le prince se rend i l'endroit où le monstre
doit saisir sa viaiœe ; après un terrible combat, il le tue el laisse la princesse
s'en retourner seule chez son père. Le sultan, pour connaître le libérateur de
sa fille, ordonne k tous les hommes de la ville de comparaître devant elle ; mais
elle n'en reconnaît aucun pour celui qui l'a sauvée du monstre. Alors on apprend
qu'il y a encore dans telle maison un étranger ; on le fait venir, et la princesse,
remplie de joie, fe salue comme son libérateur. — Comparez un autre conte
des Mille et une Nuits, ot la même idée se présente sous une forne moins bien
conservée (iM., t. X, p. 107).
Un conte indien, qui se trouve dans un manuscrit en langue hala canara et
qui a été analysé par le célèbre indianiste Wilson, offre plusieurs traits de nos
contes /« Fils da PUkcur et la Reine des Poissons {Asiatic Journal. New itnes,
I. XXIV, i8j7, p. 196) : Deux princes, Somasekhara et Chitrasckhara, ont
(ait toute sorte d'avanies i Ikrama, roi de Lilavati, pour forcer celui-ci à accor-
der à l'un d'eux la main de sa lîlle Rupavati. Le roi consent enfin à donner la
princesse, mais â la condition que le prétendant tuera certain lion des plus ter-
ribles. Les princes tuent le monstre et emportent une partie de la queue comme
trophée. Le blanchisseur du palais ayant trouvé le corps du lion, lui coupe la
lète et va la présenter au roi en réclamant pour prix de son prétendu exploit la
main de la princesse. Le mariage est au moment d'être célébré quand les princes
se font connaître, et te blanchisseur est mis i mort. La princesse épouse le
prince cadet, Chitrasekhara. Quelque temps après, l'alnè se met en campagne
pour aller délivrer une princesse prisonnière d'un géant. En partant, il donne
X son trére une fleur qui se fanera s'il lui arrive malheur. Les aventures qui
suivent n'ont plus de rapport avec nos contes; mais cette première partie du
conte indien, dont les héros sont là aussi des frères, ne nous en a pas moins
offert, réunis d'une manière qui évidemment n'est pas fortuite, deux des princi-
paux traits de notre thème : l'épisode du monstre tué et de l'imposteur démas-
qué, et la particularité de l'objet qui annonce le malheur de celui qui l'a donné.
On a signalé dans la littérature chinoise un récit qui n'est pas sans quelqueanalogie
avec un des ëlcracnts des contes précédents (TAf^'o/i'/oriro/CAi/ni.by N. B. Dcn-
nys, Hong-Kong, 1 S76, p. 1 1 o). Les montagnes de la province deYueh-Min étaient
hantées jadis par un énorme serpent qui un jour signifia aux habitants du pays,
pir l'intermédiaire de personnes versées dans la divination, qu'il avait envie
de dévorer une ^udc &lle de douze i treize ans. On lui en livra jusqo'l neuf,
(68 E. COSQUIN
qu'on avait prises parmi les 6|les des criminels et des esclaves, une chaque anoêe.
Alors, comtne on ne pouvait trouver de nouvelle victimet la fille d'un magistrzt
chargé d'enfants se présenta, demandant seulement qu'on lui donnât une boaoe
épée et un chien. Elle avait aussi préparé plusieurs mesures de riz bouilli m^
de miel, qu'elle plaça i l'entrée de l'antre du serpent. Pendant que celui-d
mangeait le riz, Ki (c'était te nom de la jeune fille) lança sur lui son chien qui
le saisit avec sa gueule, tandis qu'elle le frappait par derrière. Bref, elle tua le
monstre, et le prince de Yueh, apprenant ce haut fait, l'épousa.
Nous avons oublié de mentionner, à propos da détail relatif aux langues de
la bëte â sept icies, déiail qui existe dans la plupart des contes du genre de
nos Fils du PUluar, un trait de la mythologie grecque. D'après Pausanns
(I, 41, if], le roi de Mégare avait promis sa fille en mariage à celui qui tuerait
certain lion qui ravageait le pays. Alcathus, 61s de Pélops, tua le monstre;
après quoi, suivant le scholiaste d'Apollonius de Rhodes jsur 1, jijl^illui
coupa la langue et la mit dans sa gibecière. Aussi, des gens qui avaient été
envoyés pour combattre le lion s'étant attribué son exploit, Alcathus n'eut pas
de peine i les convaincre d'imposture.
xxxvin.
LE BÉNITIER D*OR.
Il était une fois de pauvres gens, qui avaient autant d'enfants qu'il y
a de trous dans un tamis. Ils venaient d'avoir encore une petite fiUe,
lorsqu'ils virent entrer chez eux une dame qui s'offrit à être marraine de
Tenfant ; ils acceptèrent bien volontiers. Cette dame était la Sainte
Vierge. « Dans huit ans, » dit-elle, « je viendrai chercher Tenfant. n
Elle revint, en effet, au bout de huit ans, et emmena la petite fille.
Un jour, elle lui dit : « Voici toutes mes clefs, mais vous n'irez pas
dans celte chambre. » Puis elle alla se promener.
A peine fut-elle sortie, que la petite fille ouvrit la porte de la chambre
OLi il lui était défendu d'entrer. Voyant un bénitier d'or, elle y trempa
les doigts et les porta à son front ; aussitôt ses doigts et son front furent
tout dorés. Elle se mit un bandeau sur le front et des linges aux doigts.
Bientôt la Sainte Vierge revint. « Eh bien ! » dit-elle à l'enfant, 1 étes-
vous entrée dans la chambre où je vous ai défendu d'aller ? — Non, ma
marraine. — Si vous ne dites pas ta vérité, vous aurez à vous en repen-
tir. — Non, ma marraine, je n'y suis point entrée. »
Il arriva, dans la suite, que la jeune fille épousa un roi. Le premier
enfant qu'elle mit au monde disparut aussitôt après sa naissance, et^ son
mari lui ayant demandé ce qu'il était devenu, elle ne put le lui dire. Le
roi, furieux, sortit en menaçant la reine de U faire mourir.
CONTES POPULArRES LORRAINS 569
Tout à coup, [a Sainte Vierge parut devant clic et lui dit : a Ètes-vous
entrée dans la chambre ? — Non, ma marraine. — Si vous me dites la
vérité, je vous rendrai votre enfant. — Non, ma marraine, je n'y suis
point entrée. »
Au bout d'un an. la reine eut un second enfant, qui disparut comme
le premier. Le roi, encore plus fiirieux que la première fois, dit qu'il
voulait absolument savoir oti étaient les enfants , la reine ne répondit
rien. Un instant après, la Sainte Vierge parut devant elle et lui dit :
• Ma fille, ôtes-vous entrée dans la chambre ? — Non, ma marraine.
— Si vous me dites la vérité, je vous rendrai vos deux enfants. — Non,
ma marraine, je n'y suis point entrée. »
La reine ayant mis au monde un troisième enfant, le roi aposta des
gardes pour voir ce qui se passerait. Tout à coup on entendit au dehors
une musique si agréable que tout le monde y courut i or, cette musique
s'était fait entendre par Tordre de la Sainte Vierge, qui enleva l'enfant
pendant qull n'y avait plus personne dans la chambre. Le roi, outré de
colère, déclara que, pour le coup, il allait faire dresser un bûcher et
que sa femme y serait brûlée vive.
La Sainte Vierge se présenta une troisième fois devant la reine.
« Ma fille, )> lui dit-elle, " étes-vous entrée dans la chambre ? — Non,
ma marraine. — Dites-moi la vérité et je vous rendrai vos trois enfants.
— Non, ma marraine, je n'y suis point entrée. »
On conduisit la reine au bûcher. Au moment d'y monter, elle vil encore
la Sainte Vierge, qui lui dit : 1 Si vous me dites la vérité, je vous ren-
drai vos trois enfants. — Non, je n'y suis point entrée, a La Sainte
Vierge lui apparut de nouveau pendant qu'elle montait ; elle persista à
nier ', mais, quand elle se vit en haut du bûcher^ le cœur lui manqua, et
elle avoua.
La Sainte Vierge la fit alors descendre du bûcher et lui rendit ses
enfants. Depuis ce temps, la reine vécut heureuse avec son mari.
Ce conte offre la plus grande ressemblance avec le conte hessois n» 5 de la
collection Grimni, VEajanl de Marie, dont il est pour ainsi dire l'abrégé. Pour-
tant il est deux ou trois points où il en diffère. Ainsi, dans le conte allemand,
U Sainte-Vierge n'est pas la marraine de Tenfant (disons dès maintenant que ce
trait de noire conte lorrain se retrouve dans d« contesctrangersdu même type;
dans un conte norwégien de la collection Asbjœrnsen, o~ 8 de la irad. ail.;
dans un conte weode de la Luuce mentionné par Grimm, III, p. 8) ; — dans
le conte allemand, la jeune fille, en ouvrant la porte de la chambre défendue,
est éblouie des splendeurs de la Sainte Trinité; elle touche du doigt les rayons
de la gloire, et son doigt est tout doré. On a vu que ce détail singulier est
remplacé dans notre conte par un autre plus simple, celui du bénitier d'or.
Enfin, dans Grimm, l'épisode de la musique qui attire les gardes hors de la
Sjo E. cos<iyiN
chambre n'existe pas. Du reste^ ce conte de Gritoni est plus complet que le
ndlre ; là, ainsi que dans la plupart des contes de ce genre^ on voit comment
la jeune fille devient reine : chassée du Paradis, privée de la parole, die virait
misérablement dans une forêt quand uo roi la rencontre et l'épouse.
Guillaume Grimm et M. Reinhold ICcchler ont donné Tindication de divers
contes se rapportant à ce thème et qui ont été recueillis dan* plusieurs pays
d'Allemagne, en Suède, en Norwége, chez les Wcndes de la Lusace, en Bohême,
en Valachic (voir Grimm, III, p. 7, et les remarques sur le conte sicHien n' 30
de la collection Gonzenbach). A ces contes nous pouvons ajouter un conte
italien recueilli d Pise (Gomparetti, n» j8).
Dans la plupart des contes indiqués plus haut, nous retrouvons la défense
d'entrer dans une certaine chambre ; mais c'est seulcnient dans le conte alle-
mand de Grimm, i notre connaissance^ qu'il reste au doigt de la jeune fille,
comme dans notre conte lorrain, des traces de sa désobéissance (comparez La
tache ineffaçable de la clef, dans la Barbe BUue)> Dans le conte norwégieo,
la filleule de la Sainte Vierge ayant ouvert une première chambre dans le Pi-
radis, il s'en échappe une étoile; d'une seconde s'échappe la lune; d'une
troisième, le soleil. Partout ailleurs, croyons-nous, la désobéissance de la jeune
fille n>st point, si l'on peut parler ainsi, matériellement constatée; mais,
presque toujours, en enlr'ouvrant la porte défendue, clic aperçoit dans h
chambre sa protectrice. — Dans un conte souabe |Meier, n' 56), oc qvt est
défendu i la jeune fille par le petit homme noir qui l'a prise chez lui., c'est
de cueillir des roses d'un certain rosier.
Il serait trop long de nous arrêter encore sur d'autres traits de ces contes.
Faisons seulement remarquer en terminant que le doigt doré de notre conle
lorrain et du conte hessois forme lien entre les divers contes de ce thème et
certains contes orientaux que nous avons résumés à propos de notre n* \2 U
Prince tt son Cheval (voir dans les remarques de ce conte le conte du Cambodge
et celui de 111e de Zanzibar). Du reste, la défense d'ouvrir telle porte, de péné-
trer dans tel endroit, et les malheurs qui résultent de la désobéissance, —
malheurs différents, sans doute, de ceux que retrace notre conte, — se retrou-
vent dans plusieurs récits de l'Orient. On se rappelle VHistoire Ja Trotsûau
CaUnAtr^ fils de roi, dans tes Mille tt ur\e Nuits (comparez encore un autre coale
arabe de ce même recueil, t. XV, p. 194, de la trad. ait. dite de Breslas).
Dans un conte indien de ta grande collection formée au Xh siècle de oolre
ère par Somadeva de Cachemir (trad. ail. de H. Brockhaus, t. II, p. t66 itq.U
une Yi^hyadhari (sorte de génie), qui a épousé un mortel, Saktideva, lui dit
qu'elle va s'absenter pour deux jours : pendant ce temps, il pourra visiter lOBt
le palais ; mais il ne faudra pas qu'il monte sur telle terrasse. Sakiideva cède
i la curiosité. Quand il est sur la terrasse, il voit trois portes ; il les ouvre
l'une après l'autre et trouve, étendus sur des lits de diamant, les corp^ de
trois jeunes filles. Puis, de la terrasse, il aperçoit un beau tac et, sur le bord,
un superbe cheval. U va pour le monter ; mais, dès qu'il est en selle, le dwnl
se cabre, jette son cavalier dans le lac, et Saktideva se retrouve dans son pays
natal, bien loin du palais de la Vidhyavari, etc. (Cf. l'introductioti de H. H-
Bentey à sa traduction du Pûnttkatantra^ § )3.J
CONTES POPULAIRES LORRAINS 57I
XXXIX,
JEAN DE LA NOIX.
Il était une fois un homme, appelé Jean de b Noîx« qui avait beau-
coup d'enfants, et rien pour les nourrir. Il se dit un jour : « 3e vais aller
demander du pain au paradis. » Le voil donc parti; mais il se trompa
de chemin et arriva à la porte de l'enfer. Il y ftappa du genou ; point
de réponse. « Peui-^trc, » se dît-il, « ai-je frappé trop fort. » El il
frappa de la pointe du pied. Lucifer ouvrit la porte et lui demanda ce
qu'il voulait. « Je viens voir si l'on veut me donner du pain pour ma
femme et pour mes enfants. — On ne donne point de pain ici, n répondit
Lucifer; « va-t-en ailleurs. — Oh! oh ! n dit Jean, o comme on parle
ici I Je vois que je me suis trompé de porte ; je m'en vais trouver saint
Pierre. «
11 prit cette fois le bon chemin, et, arrivé à la porte du paradis, il
frappa en disant d'une petite voix douce : « Toc, toc. » Saint Pierre
vint lui ouvrir et lui dit ; k Que demandes-tu P — Je suis Jean de la
Noix, et je viens demander du pain pour ma femme et pour mes enfants.
— Tu arrives à propos, » dit saint Pierre : « c'est justement ma fêle
aujourd'hui; tu en profiteras. Tiens, voici une serviette; empone-la,
mais ne lui demande pas ce qu'elle sait &ire. ■
Jean prit la serviette et partit en disant : « Merd, monsieur saint
Pierre. )> Il se disait en lui-même que c'était un singulier cadeau. A
peine eut-il fait quelques pas, qu'il dit à la serviette : u Eh bien ! ma
pauvre serviette, que sais-tu faire ^ On m'a défendu de te le demander,
mais dis-le-moi tout de même, n Aussitôt la serviette se couvrit de mets
excellents.
« Voilà qui est bien, » dit Jean de la Noix ; « mais cet endroit-ci ne
me plait pas. Je mangeiai quand je serai à la maison. » Il replia la ser-
viette et tout disparut. Il redescendit la c6te et regagna son logis. U dit
en rentrant à sa femme : <> Je viens du paradis. C'était la fête de saint
Pierre; tout le monde y était dans ta joie. Saint Pierre m'a donné une
serviette que voici; mais ne va pas lui demander ce qu'elle sait faire, n
u Pourquoi me fait-il cette recommandation .'' » pensa la femme. Dès
qu'elle fut seule, elle dit â la serviette : < Serviette, que sais-tu faire ? a
La serviette se trouva aussitôt garnie de plats de toute sorte. « C'est
trop beau pour nous, a dit la femme ; « je n'ose pas y toucher. Je vais
vendre cette serviette. » Elle la vendit pour un morceau de pain. Son
mari, de retour, lui demanda où était la serviette. « Nous ne pouvons
vivre de chitfons, n répondit-elle ; « je l'ai vendue pour un morceau de
pain. T>
'572 E. COSQUIN
Jean, bien fâché, se décida à retourner au paradis, u C'est encore
tnoi, Jean de la Noix, » dît-il à saint Pierre; a ma femme a vendu b
serviette, et ie viens vous prier de me donner quelque autre chose.
— Eh bien ! voici un âne ; mais ne lui demande pas ce qu'il sait faire.
— Merci, monsieur saint Pierre.... Vraiment, » pensait Jean, « on rap-
porte de singulières choses du paradis ! Après tout, le chemin du paradis
est si rude et si raboteux ! cet âne m'aidera toujours à le descendre plus
facilement,... Or çà, bourrique, que sais-tu faire ? > L'ine se mit à faire
des écus d'or. Jean de la Noix en ramassa plein ses poches et dit à PAne
de s'arrêter pour ne pas tout perdre en chemin. Il amena l'ànc dans sa
maison et dit à sa femme : « Voici une bourrique que saint Pierre m'a
donnée ; ne lui demande pas ce quelle sait faire. »
Tandis que Jean dormait, sa femme n'eut rien de plus pressé que de
dire à l'àne : « Bourrique, que sais-tu faire ^ » Et les écus d'or de pleu-
voir, a Oh ! » dit-elle, a qu'est-ce que cela ? c'est trop beau pour nous, o
En ce moment, un marchand de verres passait dans la rue en criant :
« Jolis verres, jolis ! » Il avait un âne qui portait sa marchandise. La
femme l'appela et Lui demanda s'il était content de son àne. t Pas trop, i>
répondit le marchand ; « il m'a déjà cassé plusieurs verres. — Eb bien !
voudriez-vous acheter le mien ? m'en donneriez-vous bien dix francs ?
— Quinze, si vous le voulez. » Bref, elle vendit l'âne pour dix francs.
A son réveil, Jean demanda des nouvelles de l'âne. « Je l'ai vendu pour
dix francs, «.dit la femme, — « Ah! malheureuse! il nous en aurait donné
bien autrement de l'argent ! Quand le pauvre Job eut perdu tout son
bien, pour comble de misère on lui laissa sa' femme. Je crois que le bon
Dieu me traite comme il a traité Job. »
Il ne restait plus à Jean de la Noix d'autre parti à prendre que de
retourner une troisième fois au paradis. Arrivé à ta porte, il entendît
saint Pierre qui disait ; « C'est ennuyeux d'être si souvent dérangé ;
hier, c'était Jean de la Noix; aujourd'hui.... — N'achevez pas, » cria
Jean, u c'est encore lui. Ma femme a vendu la bourrique. — Tiens, o dit
saint Pierre, « voici une crosse ; mais ne lui demande pas ce qu'elle sait
faire, et ne reviens plus. i>
Jean repartit avec la crosse. « Qu'est-ce que je ferai de cela ? » se
disait-il ; « ceiie crosse ne pourra me servir que de bâion de vieillesse.
Eh bien 1 ma crosse, que sais-tu faire f » Aussitôt la crosse se mit à le
battre. « Arrête, arrête, * cria Jean, <( ce n'est plus comme avec la
bourrique!.... Cette fois, » pensa-t-il, « ma femme pourra s'en régaler. »
Rentré chez lui, il dit à sa femme : « Saint Pierre m'a donné une
crosse ; ne lui demande pas ce qu'elle sait faire. » La femme ne répon-
dit rien, mais elle pensait : u C'est bon; quand tu seras couché
— Je suis bien las, » dit Jean, « je tombe de sommeil ! > Il se coucha
CONTES POPUUIRES LORFUtNS 57J
auBsii6t et 6t semblant de dormir. Dès que u femme rentendit ronfler,
elle dit à la crosse : « Crosse, que sais-tu ùire ? o La crosse se mit A la
battre comme plâtre. « Tape, tape, ma crosse, » cria Jean de la Noix,
< jusqu'à ce qu'elle m'ait rendu ma serviette ci ma bourrique ! u
Ce conte est une variante de notre n* ^, TjpaUpaotaa. Voir, dit» les remar-
ques de ce a' 4, les rjpprocbetnents que dous avons faits avec divers contes
européens et avec des contes orientaux. Nous ajouterons à ces contes un conte
champenois, VHutoiu 4u Bonhomme Maugréant, qui a été publiée par M. Cb.
Marelle, dans VArchhf fur das Studiam âtr ntuertn Sprachai und LiUraturcaf
de L. Hcrrig, t.LV, }• et 4»!ivr. (Brunswick, 1876), p. jôj seq.
Au sujet de l'âne aux écus d'or, voir l'Introduction au Ranticlutantraj de
M. Th. Benfey {PantscHatantra^ I, p. J79). D'après Ip savant orientaliste, il se
trouve dans on livre bouddhique thibétain, le Diangloun, un éléphant aussi
extraordinaire (« ein goldkackaider und goldhatnendtr Eléphant »).
On aura remarqué dans Jean dt la Noix diverses altérations du thème primitif.
Ainsif on ne comprend pas pourquoi saint Pierre dit à Jean de ne point deman-
der k la serviette et à l'âne ce qu'ils savent faire, i moins qu'ils ne doivent
remplir leur office sans en être requis et que les mésaventures de Jean ne soient
une punition de sa désobéissance. Ainsi encore, c'est i la sottise de sa femme
et non â la h-iponnerie d'en aubergiste qu'il doit la perte des objets mer-
veilleux.
Nous avons recueilli, A Montiers-sur-Saulx, une seconde variante du même
conte, La première partie de cette variante tient à la fois de Tapalapautaa et de
Jean de la Noix. Comme dans le premier conte, c'est du bon Dieu que le pauvre
homme reçoit successivement une serviette^ un âne et une crosse d'or, à laquelle
on dit : Tapaatau. tape dessus^ pour la faire agir, ti A la pautau pour l'arrêter ;
comme dans Jean de ta Noix , défense est faite de demander â ces objets mer-
veilleuk ce qu'ils savent faire ; mais la curiosité de la femme n'a pas ici les
rotmcs conséquences. Les trois objets merveilleux restent en la possession de la
famille, qui bientût se trouve très-riche. Un jour, l'homme veut mesurer son or
et son argent ; il envoie ses enfants emprunter un boisseau 1 la voisine. Un
louis reste au fond du boisseau (voir les remarques de notre a* 20, Richcdeau),
et la voisine va dénoncer l'homme i la justice, qui le condamne i être pendu.
Quand il est au pied de la potence, il se met à pleurer en regardant sa femme
et ses enfants. < Hélas I • dit-il, • si {'avais seulement mon pauvre bâton, que
je l'embrasse encore une fois avant de mourir I « Oo lui apporte sa crosse d'or.
Aussitôt il lui dit :
f Tapaulau, tape dessus, corrige-les bé (bien) I
■ Tape sur celle qui m'a prêté le boissé (boisseau) t 9
On le supplie de rappeler son bâton ; i la fin il consent â le faire et il rentre
tranquillement chez lui.
Le denouemeni de cette variante est à peu pr^ celui d'un conte espagnol de
même type (F. Caballero, Cutnios y poesias popularei anJahtces. Leipzig, collec-
tion Brockhaus, 1866, p. 46), dont voici l'aniljrse : Le père Curro a dépensé
i74 K- COSQUIN
tout son bien eo bombances. Disespéré des avanies que loi font iabir sa feouoe
et ses enfants, il veut se pendre i un olivier. Un lotlet vêtu en rioîdc rarréteri
lui donne une bourse qui ne K vide jamais. En retoumani chez lui, il entn
dans une auberge, y tait grande chère el s'y endort sous la table. L'aubergiste
faK faire par sa femme une bourse semblable i celle du père Curro el la nbs-
litue à celle-ci. Arrivé chez lui, le père Curro dit à sa famille de se réjouir et
met la main dans h bourse sans en rien retirer. Roué de coups par sa femme,
il reprend la corde pour se pendre. Le follet, sous la figure d'un aibalUro^ lai
donne une nappe qui lui fournira toujours de quoi manger. La nappe, étendoe
par terre, se couvre de mets excellents. Le père Curro entre dans l'auberge, et
sa nappe lut est dérobée. Sa femme et ses enfants, voyant que ta nappe reste
vide, tombent sur lui et le laissent bon pour l'hôpilal. Le père Curro s'ea
retourne avec sa corde. Cette fois, le follet lui donne une petite massue^ 1
laquelle il doit dire certaines paroles, s'il veut qu'on le laisse en paix. It restre
chez lui ; ses enfants viennent lui demander du pain en l'injuriant ; il envoie sa
massue contre eux, et les voiU sur le carreau. La mère vient au secours de ses
enfants ; la massue tombe sur elle et la tue. L'alcade arrive avec ses alguazîLs ;
l'alcade est tué et les alguazils s'cntuicnt. Le roi envoie un r^imenl de grena-
diers, qui sont fort maltraités et qui se retirent en désordre. Le père Curro
s'endort avec sa massue sur lui. Il se réveille pieds et poings liés ; on le mène
en prison, et il est condamné A mourir par le garrot. Sur l'échafaud onluidélîe
les mains; il prend sa massue et l'envoie tuerie bourreau. Le roi ordonne de le
laisser aller et lui donne une propriété en Amérique. Il s'en va dans [Ile de
Cuba et y bMit une ville. 11 y tue tant de monde avec sa massue que la ville
en garde le nom de Mjtanzâs |du moi maiar, * tuer »).
Dans ce conte espagnol il n'est point question, comme dans la variante lor-
raine, de dernière grâce demandée par te condamné. Ce trait, ainsi que tout le
dénouement, nous le rencontrons dans des contes qui se rapportent â d'autres
thèmes. Ainsi, dans un conte allemand de la collection Ey {p. 122), dont nous
avons donné t'analyse à propos de notre n°} 1, l'Homme </e/rr,lesoldat, au piedde
U potence, obtient du roi la permission d'allumer une certaine bougie. Aussitôt
paraît, un gourdin A la main^ l'homme de fer, serviteur de la bougie, et il
assomme le bourreau et les spectateurs. L^ roi crie au soldat de faire trêve «t
lui donne sa fîlle en mariage. (Cf. Grimm, n* 1 16.) — Ailleurs, par exemple dan
un conte allemand (Grimm, n<* 1 loj, dans un conte polonais (Tceppen, Abcrgiaabta
MIS Masuren, Danzrg, 1867, p. 148I, c'est en se faisant donner la permission
de jouer une dernière fois de son violon, que le condamné sauve sa vie. Forcé,
ainsi que tous les assistants, par la vertu du violon merveilleux, de danser et de
danser toujours» le juge tui crie de cesser de jouer et lui tait grâce.
XL.
LA PANTOUFLE DE LA PRINCESSE.
n était une fois un homme et sa femme, qui avaient deux fils et qui
éiajeni bien pauvres. Le père étant mort, sa femme et ses enfants ne
4
I
■
CONTES POPULAIRES LORRAINS J71
purent lui faire dire une messe» faute d'argent. Depuis ce moment, on
entendit chaque soir des coups frappés dans divers endroits de la maison :
c'était le père qui revenait et demandait des prières.
Un jour que le plus jeune des deux 61$ priait sur la tombe de son
père, il vit un petit oiseau voltiger près de lui; il voulut l'attraper, l'oi-
seau s'envola à quelque distance. Le jeune homme se mit à sa poursuite,
et il se laissa entraîner si loin, qu'à la fin de la journée il se trouva au
milieu d'un grand bois. La nuit vint; te jeune homme monta sur un chêne
pour y dormir en sûreté, et il y était à peine qu'il vit trois hommes
s'approcher de l'arbre : l'un portait du pain, l'autre de la viande et du
vin^ le troisième du feu. Ils ramassèrent du bois, rallumèrent et 6rent
un grand brasier pour y cuire leur viande. Or^ ces hommes étaient des
voleurs.
Ils vinrent à parler d'un château qu'ils voulaient aller piller ; une seule
chose les embarrassait, c'était un petit chien qui gardait la porte du châ-
teau et aboyait à tout venant. Il s'agissait de savoir qui tuerait ce chien;
aucun d'eux ne voulait s'en charger. Comme ils se disputaient, ils levèrent
les yeux et aperçurent le jeune homme sur son arbre. lis lui crièrent de
descendre, k C'est toi, > lui dirent-ils, « qui tueras le petit chien ; ti la
ne veux pas, nous te tuerons toi-même. — Je ferai ce qu'il vous plaira, »
répondit le jeune homme.
En effet, il tua le petit chien et s'introduisit dans le chMeau par un
trou qu'il fit dans le mur. Les voleurs lui passèrent une hache afm qu'il
brisât la pone ; mais il les engagea à entrer par le trou qu'il venait de
faire. Un des voleurs s'y étant glissé, le jeune homme lui abattit la tête
d'un coup de sa hache et tira le corps en dedans. « A votre tour, u dit-
il au second ; « dépêchons. > Et il lui coupa aussi la tête. Le troisième
eut le même sort.
Cela fait, le jeune homme entra dans une chambre, où il trouva une
belle princesse qui dormait. Il passa dans une autre chambre, où était
■usa une princesse endormie, plus belle encore que la première. Par-
venu dans une dernière chambre, il vit une troisième princesse, égale-
ment endormie, qui était encore plus belle que les deux autres. Le jeune
homme prit une des pantoufles de cette princesse et sortît du château.
De retour à la maison, il fit dire une messe pour son père.
Cependant, la plus belle des trois princesses aurait bien voulu savoir
qui avait pénétré dans le château et enlevé sa pantoufle. Elle lii bâtir une
hôtellerie, sur la porte de laquelle était écrit : Ici /'on boit et mange pour
rien, moyennant qa'on raconte son histoire. Un jour, le jeune homme s'y
trouva avec sa mère et son h'ère. Survint la princesse, qui demanda
d'abord â Talné de raconter son histoire. L'aîné dit : m Je suis charbon-
nier ; tous l«s jours de ma vie je vais au bois pour faire du charbon :
576 E. COSQUtN
voilà toute mon histoire. — Et vous^ » dit-elle au plus jeune, • qn'avez*
vous à raconter ^ »
Le jeune homme commença ainsi : « Un jour, des voleurs vouluma
entrer dans un château ; ce château était gardé par un petit chien, qui
aboyait à tout venant. Us m'ordonnèrent de tuer ce petit chien, ce que
je fis. j»
La mère du jeune homme lui disait de se taire, mais la princesse
Pobligea à poursuivre.
« Quand les voleurs, « coniinua-t-il, « voulurent ensuite pénétrer
dans le château, je les tuai l'un après l'autre. J'entrai dans une chambre,
où je trouvai une belle princesse qui dormait ; puis dans une seconde,
où était aussi une princesse endormie, plus belle encore que la première;
enfin, dans une dernière chambre, où je vis une troisième princesse,
également endormie, encore plus belle que les deux autres. Je pris la
pantoufle de cette princesse, et je sortis du château. Cette pantouile, la
voici, s
A ces mots, la princesse, toute joyeuse, montra l'autre pantoufle.
Quelque temps après, elle épousa le jeune homme.
Ce conte se rencontre en Allemagne {Grimm, n' 1 1 1), dans leTyrolallemîifld
(Zingerle, I, n" jj), dans le < pays saxon » de Transylvanie (HaUrich, n* 22),
en Hongrie (GaaI-Slier, n' 1, et Busk, The Folk-Lon oj Romty p. léy-iôS),
en Serbie (Archiv fur Slaviscfu Philoiogit^ t. 11^ 1876, p. 6 [4 et 616), en Italie
{Jahrbuch fur romatnscht und englischt Uteratur, t. VU, p. 584), en Grèce
(Hahn, n' J2> et J.-A. Buchon, la Grue contmentaU et U Mûrit. Paris, 184J,
p. 267).
De toutes ces versions, c'est, ce nous semble, la version transylvaine qai
présente te thimc sous la forme la mieux conservée. En voici le résumé : —
Un riche marchand meurt en faisant promettre à sa femme et à ses trots 6t5 de
faire un pèlerinage à telle chapelle en expiation de ses péchés. Ceux-d ayant
oublié d'exécuter leur promesse, on entend pendant trois nuits un grand bruit
dans la maison. Un prêtre, appelé, dit que, si l'on ne s'acquitte pas dès le
lendemain du pèlerinage, l'esprit reviendra encore. Les trois frères se mettent
donc en route avec leur mère. La nuit venue, ils s'arrêtent dans une forêt, et
les trois frères conviennent qu'ils veilleront tour à tour. Le plus jeune, qui
passe pour un peu simple, veille le dernier, et pendant ce temps il tue succes-
sivement avec sa sarbacane, sans que ses frères se réveillent, un lion, un ours
et un loup. Puis étant monté sur un arbre pour voir s'il n'y aurait pas une
maison dans le voisinage, il aperçoit dans le lointain un grand feu. Il marche
dans cette direction et voit trois géants assis auprès du feu et en train de roaa<
ger. Le jeune homme se réfugie sur un arbre; mais bientôt il lui vient la fan-
taisie d'éprouver sur les géants son adresse à se servir de sa sarbacane, en
faisant voler bien loin tantôt le morceau de viande, tantdt le gobelet que l'un
ou l'autre portait à sa bouche. Les géants finissent par te découvrir et lui
CONTES POPUUIRBS LORRAINS Ç77
disent quNIs vont lui donoer occasion d'exercer tes talents : U» toot en roule
pour le chilean du roi^ d'où ils veulent enlever la princesse; mais il y a U un
petit chien qai veille la nuit et qui au moindre bruit donne ralaroïc; il but
que le jeune homme tue ce petit chien, Le jeune homme l'ayant tué, les géants
font un trou dans le mur du château et disent â leur compagnon d'entrer par là
et de leur apporter la princesse. Il traverse la chambre du roi, puis celle de la
reine, et arrive dans la chambre de la princesse. A la muraille est pendue une
èpèe auprès de laquelle est une fiole, et il est dit sur un ècriteau que celui qui
boira trois fois de cette Ëole, sera en état de manier l'èpée et pourra tout
tailler en pièces. Le jeune homme boit trois fois de la fiole, saisit T^pée et va
dire aux géants qu'à lui seul il ne peut emporter la princesse. Pendant que les
géants se glissent par le trou, il leur coupe la tète; puis il va remettre l'épée à
sa place et s'en retourne, emportant l'anneau de la princesse et les trois langues
des géants. Un capitaine, qui a vu le premier, au lever du jour, les trois
géants étendus morts, se donne pour le libérateur de la princesse, et le roi
loi accorde la main de celle-ci. Mais la princesse obtient de son père que le
mariage soit remis à un an et un jour, et qu'on lui fasse bâtir sur la grande
roule une hôtellerie où elle habitera avec ses suivantes. Au-dessus de la porte
de l'hôtellerie elle fait mettre une enseigne avec ces mots : i ici on ne loge pas
pour de l'argent, mais on est bien hébergé si l'on raconte son histoire. » Cepen-
dant le jeune homme, après son aventure, est revenu dans la forêt auprès de sa
raére et de ses trères qu'il trouve encore endormis ; il leur dit ce qui lui est
arrivé, mais personne ne veut te croire. Après avoir fait leurs prières dans la
chapelle où ils se rendaient, les trois jeunes gens ei leur mère s'en retournent
chez eux. Chemin faisant, ils passent auprès de l'hôtellerie de la princesse. Ils
y entrent; le jeune homme, interrogé, raconte son histoire et montre â la
princesse l'anneau qu'il lui a enlevé. Justement l'époque fixée pour le mariage
de la princesse avec le capitaine est arrivée; les trois frères et leur mère y sont
invités. Pendant le repas, le plus jeune demande au capitaine comment il peut
prouver qu'il a tué les géants. Celui-ci fait apporter les trois têtes ; mais c'est
le jeune homme qui a les trois langues : l'imposture du capitaine est dévoilée;
il est mis à mort, et le jeune homme épouse la princesse^.
Dans le conte italien, une pauvre famille a résolu d'aller en pèlerinage à
Saint Jacques de Compostellc ; mais, avant qu'elle ait pu le faire, le père meurt
et bientôt son âme vient demander que l'on s'acquitte de son vœu. Suit l'épi-
sodé de la nuit passée dans la forêt. L'alné des fils, pendant qu'il veille, tue un
serpent; le cadet, un tigre; le plus jeune se laisse entraîner 1 la poursuite d'un
aigle, et tl ne retrouve plus sa route. Un géant qu'il rencontre lui dit qu'il le
remettra sur le bon chemin si le jeune homme lui rend un service : il s'agit de
pratiquer un trou dans le mur d'un palais. Le jeune homme le fait et parvient
en même temps Jk tuer le géant. I) pénètre dans le palais^ trouve une princesse
endormie et emporte en se retirant les bagues de la princesse et ses pantoufles.
I. Pour cet épisode de l'imposture du capitaine et des langues des géants,
voir les remarques de nos contes n" j, la Fils tiu PUhtur^ et n* j;, ia Reint
dts poiiions.
Romania^ VU ly
S
J78 E. COSQUIN
II rejoint sa faratlle^ s'acquitte avec elle du pilerioage, puis il etitre dans l'aa-
berge où l'on ne paie qu'en contant son histoire, se fait reconnaître de la prin-
cesse comme son libérateur et l'épouse.
Nous avons dans ce conte italien deux détails de notre conte lorrain qsi
n'existaient pas dans le conte transylvain : Voiieau qui attire le jeune hoome
bien avant dans la forêt, el les pantouflts qu'il emporte du palais.
Le conte grec moderne recueilli par J.-A. Buchon traite également notre
thème, mais en le combinant avec un autre. Là, un roi, en mourant, ordonne
à ses trois fils de passer, chacun à son tour, une nuit d prier sur sa tombe
et de donner ses deux fitles k ceux qui, tes premiers, les demanderont en
mariage. L'atné étant allé prier sur la tombe, il arrive le lendemain un men-
diant qui demande et obtient la main de l'aînée des princesses. Après la nuit
passée par le cadet, la seconde princesse est donnée à on autre mendiaoC.
La troisième nuit, le plus jeune prince, ayant eu ses cierges éteints par
on cocp de vent, se dirige vers une grande clarté qu'il aperçoit dans le loin-
tain. Il trouve couchés autour d'un grand feu quarante dragons qui surveilteat
une énorme chaudière. Le prince enlève la chaudière d'une seule main, et,
après avoir allumé ses cierges^ il la remet sur le feu. Frappés de sa force,
les dragons le chargent d'enlever une princesse qui est enfermée dans une
haute tour et dont ils voudraient depuis longtemps s'emparer. Le jeune
homme se fait une sorte d'échelle avec de grands clous qu'il enfonce dans
le mur ; parvenu tout en haut, il s'introduit dans la tour par une petite fenêtre;
alors il engage les dragons i le suivre et, i mesure qu'ils cherchent à entrer
par la fenêtre, il les tue. Puis il pénètre dans la chambre de la princesse
endormie, échange sa bague contre celle de la jeune fille et s'en retourne
sur la tombe de son père. Le roi, père de la princesse, voulant savoir qui a
tué les dragons et pénétré dans la tour, fait annoncer dans tous les pays
de grandes ré}aui5sanccs : chacun y pourra prendre part à condition de racon-
ter son histoire. Les trois princes se rendent à ces fêtes, et le roi reconnaît au
récit de ses exploits le libérateur de sa fille. Après le mariage du prince, le
conte passe à une autre série d'aventures : la princesse est enlevée par m
magicien et son mari parvient à la délivrer, grâce à ses beaux-frères, les deux
mendiants, qui sont en réalité, l'un, le roi des oiseaux ^ l'autre, le roi des ani-
maux.
Ce conte grec peut servir de lien entre notre conte lorrain et no conte
oriental. Dans un conte des Avares du Caucase {op. cit., n* ^), un père dit sur
son lit de mort à ses trois fils : n Quand je serai mort, que chacun de vods
garde trois nuits mon tombeau ; et ensuite, si quelqu'un vient demander la
main d'une de mes filles, ffit-ce un oiseau ou une bête des champs, donnez-la
lui. > Le plus jeune des trois frères obtient, mais par d'autres exploits que les
héros du conte grec et du conte lorrain, la main d'une princesse. Celle-ci ayant
été enlevée par certain être malfaisant, il trouve du secours auprès de ses trois
beaux-frères, le loup, le vautour et le faucon, ou plutôt les êtres mystérieux
qui, sous ces diverses formes, sont venus demander la main de ses sœurs.
Les autres contes dont nous avons donné l'indication n'ont pas le pèlerinage
ou les prières dites pour l'ime du père ; maïs, dans les deux contes hongrois,
CONTES POPULAIRES LORRAINS J79
BOUS retrouvons les trois Itères qut veillent successivement et dont chacun ttie
on monstre pendant qa'it monte sa garde*. Le plus jeune, voyant son feu
éteint, veut aller chercher de quoi le rallumer. Après divers incidents, il arrive
auprès de trois géants. Comme dans les récils précédents, il Eue le coq cl le
petit chien qui gardent un chiteau ; i! prend les anneaux de trois princesses
endormies {trois, comme dans le conte lorrain), coupe la tète aux géants quand
ils veulent passer sous la porte du château, et rerient auprès de ses frères. Dans
le second de ces contes, le roi et les uois princesses, pour savoir qui a tué les
géants, s'établissent dcgaisés dans une auberge et font raconter leurs aven-
tures â ceux qui passent. — Comparez les deux contes serbes mentionnés
ci'dessus, qui, l'un et l'autre, ont l'épisode de l'auberge.
Le conte grec moderne de la collection Hahn, malgré de notables lacunes,
se rattache bien évidemment à notre groupe de contes. Veillée des trois frères;
monstres tués par chacun d'eux pendant leur temps de veille^ rencontre dequa-
rante voleurs par le plus jeune, qui est allé chercher du feu, voilà dé^à, sans
parler d'autres traits, suffisamment de rapprochements*. Les quarante voleurs,
voyant la force extraordinaire du troisième frère, lui proposent de s'associer â
eux pour aller piller le trésor d'un roi. Le jeune homme entre le premier dans
la chambre par un trou fait dans le mur, et il décapite successivement tous les
voleurs, à mesure qu'ils passent par ce trou. Le roi, surpris de voir ces qua-
rante voleurs décapités, veut savoir qui les a tués. Suit, comme dans les contes
précédents, l'épisode de rhfttellerie ^.
Il est inutile de nous arrêter longtemps sur le conte tyrolien et sur le
conte allemand. Le premier a conservé, sous une forme altérée, l'épisode des
trois frères et de leurs explcùts ; d^ns le conte allemand, il n'est plus question
que d'un habile tireur. Du reste, dans l'un et dans l'autre figurent les trois
géants, le chien qu'il faut tuer, tes objets emportés du château (entre autreSj
une pantoufle, dans le conte allemand) et finalement l'hdtellerie de la princesse*.
Rappelons que, dans un récit oriental, — un ronun hindoustani analysé par
nous dans les remarques de notre n* 19, le Petit Bossu, — te héros pénètre dans le
jardin de Bakawali, fille du roi des fées, pour y prendre une rose merveillcnse ;
puis il entre dans le château de Bakawali endormie et emporte l'anneau de
1. Dans le premier de ces contes hongrois, un roi, prés de mourir, dit i ses
trois fils de donner leurs trois sœurs aux premiers qui les demanderont, et il
leur recommande, si jamais ils s'attardent à la chasse, de ne point passer Ij
ouït sous ceriam peuplier. Les jeunes gens veulent voir pourquoi leur père leur
3 fait cette recommandation, et c'est sous ce peuplier qu'ils ont leur aventure.
— Il nous semble que la seconde partie de cette introduction est une altération
de la veillée de prières du thème primitif.
3. Ce conte a aussi de commun arec le premier conte çrec, fun des deux
contes hongrois et le second ccnle serbe, un trait tout i bit particulier. Dans
ces divers contes, en allant chercher de quoi rallumer son feu, le héros ren-
contre un personnage qui * dévide le jour et la nuit d, ou bien, successive-
Aient la Nuit et l'Aurore. Il les lie à un arbre pour retarder la venue du jour.
5. Ce coDle n'a-t-il pas quelque rapport avec l'histoire égyptienne de Rhamp-
sinite et des fils de l'architecte dans Hérodote (II, 121) ?
4. L*hdtellerie de la princesse se trouve encore dans un conte allemand d'un
type tout différent (Wolf, Dcuttche Hausmarchcn, pp. 154, 1 (8).
jSo E. COSQUIN
celle-ci. Bakawjli, surprise de la disparition de sa rose et de son inneau, se
met à la recherche du ravisKur, qu'elle finit par trouver cl ()u*elle épouse.
(Voir aussi, dans les remarques de ce même n' 19, le conte arabe dans leqae!
le héros pénètre aussi dans le chAieau d'une princesse endormie.)
XLl.
LE PENDU.
Il était une fois un homme qui avait cinq ou six enfants. Un îoîF"
qu'une de ses filles était malade, il voulut aller à la foire; il dit â ses
enfants : << Que voulez-vous que je vous rapporte de la foire ? — Un
mouchoir, » dit l'un. — « Des souliers, » dit l'autre. — « Moi, une robe.
— Moi, une robe aussi. — Et toi, ma pauvre malade ? — Mon père, je
voudrais de la viande pour me guérir, n
Airivé à la foire, le père acheta les robes, le mouchoir, les soulier»
qu'il avait promis à ses enfants^ mais il oublia la viande que sa &Ue
malade lui avait demandée ; il ne s'en aperçut qu'en retournant à la
maison. « Quel malheur ! » se dit-il, w c'était ce qui pressât le plus. »
A la nuit tombante, traversant une forêt, il lui sembla voir des pen-
dus; comme il ne distinguait pas bien, il s'approcha et s'assura qu'en
effet c'étaient des pendus. Il coupa une cuisse à l'un d'eux et revint à la
maison. Il donna à ses enfants ce qu'il avait acheté pour eux et dit à la
malade : « Tiens, mon enfant, voici de la viande pour toi. — Oh ! la
belle viande ! 1 dit la jeune fille. On en 6t du bouillon, qu'elle trouva
excellent.
Sur le soir, la malade vit entrer dans sa chambre un homme qui
n'avait qu'une cuisse. « Vous avez ma cuisse, » lui dit-il, « vous avez
ma cuisse ! — Que voulez-vous dire ? » demanda-t-cUe. — « Vous le
saurez un autre jour. »
Le lendemain, l'homme revint encore. • Où donc est votre cuisse ? »
demanda la jeune fille. — « MAIS C'EST TOI QUI L'AS MANGÉE ! »
A ces mots, il disparut. La jeune fille demanda à son père si Thomme
avait dit vrai ; il fut bien forcé de l'avouer. Vous pensez si la pauvre
enfant fut épouvantée !
Ce conte correspond au conte allemand publié par les frères Grimm dans leur
troisième volume (p. 267) et qualifié par eux de ■ fragment. ■ En 18(6, Gait-
laume Grimm ne connaissait aucun rapprochement à faire. Il en existait
pourtant dès ce tcraps-li, et, depuis lors, des récits analogues ont été recueillis
dans divers pays. Ainsi, la petite collection de contes populaires de l'Agenais,
formée par M. Bladé (Paris, 1S74), renferme un conte (n* 7), mlituli la
CONTES POPULAIRES LORRAINS $8l
Omht, qui au fond est tout i fait le nôtre, si ce o'est qu'à U fin b ■ Goulue •
est emportée par le mort dont ses parents ont coupé la jambe pour la lui
donner i manger. Citons encore un conte allemand de la collection Kuhn et
Schwartz {Nonldeatsche Sagen, Marchen und Gebrauche. Leipzig, 1848, n** 17}:
Un jour, une femme fait cuire du foie pour son mari, Ahtcmann, qoî aime
beaucoup ce mets. L'envie lui prend d'y gobter, et elle goûte tant et si bien
qu'elie finit par tout manger. Craignant le mécontentement de son mari, elle
va prendre le foie d'un pendu, qu'elle fait cuire. Ahlemann le trouve excellent,
Le soir, pendant qu'elle est couchée et que son mari est au cabaret avec ses
quatre fiis, elle entend des pas s'approcher et une voix crier : t Où est Ahle-
mann ? où est Ahlemann? > Elle répond qu'il est au cabaret. Les pas se
rapprochent ; éperdue, elle appelle son mari â son secours ; peine inutile.
Tout à coup l'apparition est près d'elle cl lui lord le cou. — Le Rondattajrc
catalan (t. II, p. 100) donne un conte tout à bit du même genre que ce conte
allemand.
La même idée se retrouve, un peu affaiblie, dans uo conte anglais (Halliwell,
PopuUr Rhjmes and Nursery TaUs, 1 849, p. aj). M, Kœhlcr, dans ses remarques
sur la collection Bladé, mentionne encore un autre conte anglais iHunt, Popular
Romanus 0/ iht Wai oj England, t. Il, p. 268) et un second conte catalan
(Mila y Fontanals, Ohservaciones sobre ta pcesia poputar, p. 186).
Il existe aussi un autre thème très-voisin de celui-ci. Là, c'est la « jambe
d'or, > le < bras d'or ■ d'une personne morte et enterrée que, par cupidité,
quelqu'un va voler, et que le mort vient réclamer. On peut voir, i ce sujet, le
conte agenais n" 4 de la collection Bladé, la Jambe d'or^ et les remarques de
M. Koehier qui cite trois contes allemands et un conte anglais.
Dans la collection Pitre (n* 128^ nous trouvons un conte sicilien qui tient,
pour ainsi dire, le milieu entre ces deux types de contes, tout en se rapprochant
davantage du second.
XLIL
LES TROIS FRÈRES.
Il était une fois trois cordonniers : c'étaient trois frères, fils d'une
pauvre veuve. Voyant qu'ils ne gagnaient pas assez pour vivre cl pour
nourrir leur mère, ils s'engagèrent tous les trois et donnèrent leur argent
à leur mère, afin qu'elle vécût plus à l'aise. L'alné s'appelait Plume-
Patte, le second Plume-cn-Patie et le troisième Bagnoleï.
Quand ils furent au régiment, le colonel dit un jour à Plume-Patte
d'aller monter la garde à minuit dans une tour où il revenait des esprits :
tous ceux qui y étaient allés monter la garde depuis dix ans y avaient
été retrouvés morts. Quand Plume-Patte fut dans la tour, il entendit un
bruit de chaînes qu'on traînait; d'abord il eut peur, mais il se remit
presque aussitôt et cria : ■ Qui vive ? » Personne ne répondit. « Si tu
ne réponds pas, je te brûle la cervelle. — Ah ! tu as du bonheur de
$82 E. COSQIMN
bien faire ton service! o dit l'homme qui traînait les chaînes ; « sans cela
i! t'arrivcrait ce qui est arrivé aux autres. Tiens, voici une bourse :
plus tu prendras d'argent dedans, plus il y en aura. — Mcts-Ia au pied
de ma guérite, » dît Plume-Patte; * je la prendrai quand j'aurai fini ma
faction. » Sa faction terminée, il ramassa la bourse.
Le soldat qui tous tes jours depuis dix ans venait à la tour voir ce qui
s'était passé et qui n'avait jamais retrouvé personne en vie, arriva te
matin pour savoir ce que Plume-Patte était devenu ; il fut fort surpris
de le trouver vivant. « Tu n'as rien vu ? » lui demanda-i-il. — « Non, je
n*ai rien vu. » Ses frères lui demandèrent aussi : « Tu n'as rien vu ? —
Non, je n'ai rien vu. » A son tour, le colonel lui dit : <i Tu n'as rien
vu ? — Non, mon colonel, je n*ai rien vu. n 11 ne parla de la bourse à
personne.
Le lendemain, à minuit, Plume-en- Patte fut envoyé dans la tour. Il
entendit un bruit épouvantable de chaînes ; il fut d'abord effrayé, mais
presque aussitôt il cria : a Qui vive ? » Personne ne répondit, o Si tune
réponds pas, je te brûle la cervelle. — Ah ! tu as du bonheur de bien
faire ton service ! n dit l'homme qui traînait les ctiaines ; « sans cela ii
l'arrivcraii ce qui est arrivé aux autres. Tiens, voici une giberne : quand
tu voudras, tu en feras sortir autant d'hommes qu'il y en a dans tout
l'univers. » Il la tint ouverte pendant une demi-heure, et il en sortit quatre
mille hommes. — « Mets-la au pied de ma guérite, » dit Plume-en-
Patie i it je la prendrai quand j'aurai fini ma faction. » Sa faction ter-
minée, il ramassa la giberne.
Le matin, le soldat vint voir si Plume-en-Patte était mort. « Tu n'as
rien vu ? » lui dit-il, bien étonné de le trouver vivant. — « Non, je n'ai rien
vu. — Tu n'as rien vu ? n dirent ses frères. — « Non, jen'ai rien vu. »
Le colonel lui demanda aussi ; « Tu n'as rien vu? — Non, mon colonel,
je n'ai rien vu. » Il ne parla point de sa giberne ; seulement il dit à son
frère Bagnolet : « Tu tâcheras de bien faire ton service, quand tu iras
dans la tour. »
Lorsqu'il s'agit le lendemain de monter la garde à la tour, le sort
tomba sur un jeune homme riche ; il était bien triste et bien désolé, car
il craignait d'y périr. Bagnolet lui dit : « Si tu veux me donner deux
mille francs, j'irai monter la garde à ta place. » Le jeune homme accepta
la proposition ; il remit les deux mille francs entre les mains du colonel
et fit un écrit par lequel il s'engageait, si Bagnolet ne revenait pas, à
donner l'argent à ses frères. Quand Bagnolet fut dans la tour, il entendit
un bruit épouvantable de chaînes; d'abord îl eut peur, mais il cria pres-
qu'aussitôi : « Qui vive ? » Personne ne répondît. « Si tu ne réponds pas,
je te brûle la cervelle. — Ah ! tu as du bonheur de bien faire ton ser-
vice! n dit l'homme qui traînait les chaînes, « sans cela il t'arriverait ce
("
CONTES POPULAIRES LORRAINS ç8j
qui est arrivé aux autres. Tiens, voici un manteau : quand ta le mettras,
tu seras invisible. Voici encore un sabre : par le moyen de ce sabre, tu
auras tout ce que tu désireras et tu seras transporté où tu voudras. —
Mets-les au pied de ma guérite, » dit Bagnolet ; a ie les prendrai quand
j'aurai fmi ma faction, n
Sa faction terminée, il mit le manteau et tira le sabre. « Mon
maître, « lui dit le sabre, « qu'y a-t-il pour votre service ? — Je vou-
drais une table chargée des meilleurs mets, un beau couvert et un beau
fauteuil. — Mon maître, retournez-vous, vous êtes servi. » Bagnolet se
mit à table et mangea de bon appétit, puis il ôta son manteau. Le sol-
dat, qui était venu plusieurs fois sans le voir, à cause du manteau, lui
dit alors : « Où donc étiez-vous P je suis venu plus de vingt fois sans
vous trouver. Vous n'avez rien vu dans la tour ? — Non, je n'ai rien
vu. — Tu n'as rien vu ? n demandèrent ses frères. — « Non, je n'ai rien
vu. » Le colonel lui demanda aussi : « Tu n'as rien vu ? — Non, mon
colonel, je n'ai rien vu. » H ne paria pas du sabre ni du manteau.
Bagnolet engagea ses frères à venir au bois avec lui, et leur dit qu'il
leur donnerait à diner. Arrivés au bois, ses frères ne virent rien de pré-
paré. Bagnolet tira tout doucement son sabre et lui dit : u Je voudrais
une table chargée des meilleurs mets, trois beaux couvertset trois beaux
fauteuils, les plus beaux qu'on puisse voir. — Mon maître, retournez-
vous, vous êtes servi. » Les trois frères se racontèrent alors leurs aven-
tures : Plume-Patte dit qu'il avait une bourse toujours remplie d'argent;
Plume-en-Paite ouvrit sa giberne, et il en sortit un grand nombre
d'hommes, qui se rangèrent sur deux lignes j il fil un signe, et les hommes
rentrèrent dans la giberne. Bagnolet montra à ses frères son manteau
qui le rendait invisible, et leur apprit tout ce qu'il pouvait faire avec
son sabre.
Bagnolet savait que le roi d'Angleterre avait trois filles à marier. Le
repas fini, il tira son sabre. « Mon maître, qu'y a-t-il pour votre service?
— Je voudrais être transporté avec mes frères dans le château du roi
d'Angleterre. — Retournez-vous, vous y êtes. »
Les trois frères se présentèrent aussitôt devant le roi et lui deman-
dèrent ses filles en mariage. Le roi leur dit : « Je ne donne pas mes
filles à des capitaines : il faut être maréchal. Entrez à mon service pour
cinq ou six mois. — Vous ne savez donc pas, « dirent les trois frères,
V que nous avons des dons ? — Moi, » dit Plume-Patte, u j'ai une
bourse : plus on prend d'argent dedans, plus il y en a. — Moi, j'ai une
giberne, >t dit Plume-cn-Patte ; « j'en peux faire sortir autant d'hommes
qu'il y en a dans tout l'univers, et, si je voulais, je vous ferais périr
vous et toute votre cour, n Le roi fut bien en colère en entendant ces
paroles. — « El moi, » ajouta Bagnolet, a j'ai un manteau qui me rend
$$4 K. cosQyiN
invisible. »• Il ne parla pas du sabre. — « Revenez demain à dix heures
du matin, » dit le roi, « je vais demander à mes Elles si elles veulent
se marier, r Là-dessus les jeunes gens se retirèrent.
Le roi fit part aux princesses de la demande des trois frères et leur
dît: « Quand ils viendront, vous les prierez de vous montrer leurs dons, et,
dès qu'il vous les auront remis, vous donnerez un coup de sifflet- Aus-
sitôt il viendra deux hommes qui les enchaîneront et les jeneront en
prison, a
Le lendemain, Plume-Pattc arriva le premier. « Mais, mon ami, n
lui dit le roi, w dépêchez-vous donc. Voilà au moins une heure que ma
fille aînée vous attend. » Plume-Patte alla saluer la princesse. Après
avoir causé quelque temps avec lui, la princesse lui dit ; <* Vous sérier
bien aimable, si vous me montriez votre bourse. — Volontiers, ma
princesse. » Aussitôt qu'elle eut la bourse, elle donna un coup de sifflet :
deux hommes entrèrent, saisirent le pauvre garçon et le jetèrent dans un
cachot pour l'y laisser mourir de faim.
Bientôt après, Plume-en-Paite arriva. « Dépêchez-vous donc, » lui
dît le roi, « ma fille cadette vous a attendu plus de deux heures en se
promenant dans le jardin. Maintenant elle est dans sa chambre. > Plume*
en-Patte alla saluer la princesse qui lui parla d'abord de choses et d'au-
tres et lui dit enfin : « Voudriez-vous me montrer votre giberne ? —
Volontiers, ma princesse. » Une fois qu'elle eut la giberne entre les
mains, elle donna un coup de sifflet : les deux hommes entrèrent, sai-
sirent Plume-en- Patte, et le jetèrent en prison avec son frère,
Quand Bagnolet se présenta, le roi lui dit : n Dépêchez-vous de mon-
ter dans la chambre de raa plus jeune fille ; voilà bien longtemps qu'elle
vous attend. « Bagnolet salua gracieusement la princesse et lui parla
avec politesse ; ils causèrent très-longtemps, car Bagnolet parlait mieux
que ses frères. Enfin la princesse lui dit : « J'ai entendu dire que vous
aviez un manteau qui rend invisible ; voudriez-vous me le montrer .' —
Volontiers, ma princesse. >• Klle saisit le manteau cl donna un coup de
sifflet : les deux hommes vinrent enchaîner Bagnolet et le mirent en
prison avec ses frères, pour l'y laisser mourir de faim.
Ils étaient tous les trois bien tristes, quand Bagnolet se souvint qu'il
avait encore son sabre ; il le tira, a Mon maître, qu'y a-t-il pour votre
service f — Je désire que tu nous apportes une table chargée des meil-
leurs mets, trois beaux couverts et trois beaux fauteuils, et que lu
changes notre prison en un beau palais, n Tout cela se fit à l*instanl, et
ils avaient de plus beaux salons que le roi.
Le roi, étant venu voir ce qu'ils faisaient, tes trouva à table ; il fut
dans une grande colère et les fil mettre dans une autre prison. Bagnolet
tira son sabre. « Mon maître, qu'y a-i-il pour votre service? — ie
CONTES POPULAIRES LORRAINS j8ç
voudrais, s'il était possible, être transporté avec mes frères à vingt
lieues de la ville. — Retournez-vous, vous y êtes, n
11 y avai: par là un château où personne n'habitait parce qu'il y rêve-
naît des esprits \ les trois Frères s'y établirent. Bagnolet dit au sabre :
« Peux-tu faire venir la princesse qui a pris la bourse ? — Mon maître,
elle sera ici i minuit avec la bourse, u Quand la princesse fut arrivée,
ils lui reprirent la bourse, la maltraitèrent, lui cassèrent les reins et la
renvoyèrent. Le roi entra dans une colère effroyable; il aurait bien voulu
savoir où étaient les trois frères.
Bagnolet tira encore son sabre et lui dit : « Je désire, s'il est
possible, que tu nous amènes la princesse qui a pris la giberne. — Mon
maître, elle sera ici à minuit avec la giberne. > Quand elle arriva, ils lui
reprirent la giberne, la maltraitèrent, lui cassèrent les reins et la ren-
voyèrent. Le roi, encore plus furieux, dit à sa plus jeune 6lle : « Je
pense, ma fille, que tu vas avoir le même sort que tes sœurs ; mais il
faudra marquer de noir la porte de la maison où l'on te conduira. ».
Le lendemain, Bagnolet dit au sabre: a Je désire que tu fasses venir
la princesse qui a pris le manteau. — Mon maUre, elle sera ici à minuit
avec le manteau. Son père lui a recommandé de marquer de noir la
porte de la maison où on la conduirait ; mais j'irai marquer toutes les
maisons du quartier^ et l'on ne pourra rien reconnaître. > A minuit, la
princesse se trouva au château ; les trois frères lui reprirent le manteau,
la maliraiièrent encore plus que les autres, parce qu>lle était la plus
méchante, lui cassèrent les reins et la renvoyèrent chez son père, qui ne
se sentit plus de fureur. Puis ils dépêchèrent au roi un ambassadeur
pour lui déclarer ia guerre.
Le roi fit marcher contre eux une grande armée. Les trois frères
étaient seuls de leur côté, u C'est vous qui êtes le plus âgé, » dirent-
ils au roi, « rangez vos hommes le premier, d Ensuite Plume-en-
Paite ouvrit sa giberne et en fit sortir un grand nombre d'hommes armés.
Les soldats d'Angleterre eurent beau tirer ; les hommes de Pluroe-en-
Patte étaient ainsi faits qu'ils ne pouvaient être tués. Le roi d'Angleterre
perdit toute son armée et s'enfuit. Les trois frères allèrent piller son
ch&ieau, puis ils allumèrent un grand feu et y jetèrent la reine et ses
trois filles.
lU retournèrent ensuite en France, mais ils furent arrêtés comme
déserteurs et on les mit en prison. Bagnolet tira son sabre, «i Mon
maître, qu'y a-t-il pour votre service ? — Je voudrais, s'il était possible,
être transporté avec mes frères à la cour du roi de France. — Retour-
nez-vous, vous y êtes. » Le roi de France n'avait qu'une fille; ils b
demandèrent en mariage. « Je ne donne pas ma fille à des capitaines, >
leur dit le roi ; < mais dans deux ou trois mois chacun de vous peut être
;86 E. cosQum
maréchalf et celm qui se sera le plus distingué aura ma fille. > Les trois
frères lui dirent alors qu'ils avaient des dons» et lui parlèrent de la
bourse, de ta giberne, du sabre et du manteau. Au bout de deux mois*
P|umc-en-Patte, celai qui avait la giberne, devint maréchal et épousa la
princesse ; ses frères se marièrent le même jour. Le roi d'Angleterre se
trouvait aux noces ; il se dit que les mariés ressemblaient fort aux trois
frères qui lui avaient fait tant de mal, mais il ne les reconnut point.
Moi, j'étais de faction à la porte de la princesse, comptant les clous
pour passer le temps. Je m'y suis ennuyé, et je suis revenu.
Ce conte vient d'un régiment, comme les n^ j et 15. 11 se compose, ainsi
qu'on a pa le remarquer, d'éléments qut se sont présentés à nous dans deox de
nos contes lorrains. L'Inlroduction et la première partie du récit se rapprochent
de notre n* n^ la Bourse^ U Sifflet tt le Chapeau, et la dernière partie, — j'ea-
lèvement de la princesse, le moyen employé par le sabre pour déjouer la ruse de
celle-ci, la guerre des trois frères contre le roi, — de notre n"» ji, l'Homme di
fer. Nous renverrons aux remarques de ces deux contes et nous y ajouterons
quelques observations sur divers traits particuliers au conte que nous venons
de donner.
Ainsi, l'introduction d'un conte roumain de Transylvanie (dans la revue Mi'
land, iS{6, p. 716) présente beaucoup de ressemblance avec celle du nâtre.
Deux frères servent dans l'armée; l'un est capitaine, l'autre, appelé Hsrstaddai,
simple soldat et grand buveur. Ennuyé de le voir constamment ivre, le capitaine
envoie Hzrstxldai monter la garde devant une maison abandonnée, hantée par
le diable. A minuit, Hxrstjeldai entend un grand fracas dans la maison ; te diable
parait devant lui et lui dit de décamper. Hxrstxldai, sans s'effrayer, décharge
sur lui son fusil. Alors le diable lui demande grâce et lui donne une bourse qoi
ne se vide jamais et un chapeau d'oîi il sort, quand on le secoue, autant de
soldats que l'on veut. Le reste de ce conte roumain se rapporte bien moins i
notre conte des Trois Frires qu'à notre n" 1 1 , /n Bourse, U Siffla et U Chapeau.
Dans un conte sicilien (Pitre, n' 26), se trouve un épisode que l'on peut
comparer au passage de notre conte français où les trois frères mènent joyeuse
vie dans la prison. Pctru, qui possède trois objets merveilleux, une bourse, une
serviette et un violon, est )eté en prison pour avoir perdu une partie d'échea
contre une princesse qui triche (comme dans notre n' 11). Avec son violon qui
met tout en branle, il fait danser ses compagnons de captivité et les régale au
moyen de sa scrvielte magique.
Les objets merveilleux qui figurent dans notre conte français jouent également
un rôle dans nombre de récits. Nous nous bornerons à quelques rapprochements
tirés de la littérature orientale. Indépendamment des contes Icalmouk elhindous-
lani, analysés dans les remarques de notre n" 1 1, nous citerons un conte persan
du Tati-Nameh (trad. ail. d'après la version turque, par G. Rosen, Leipfig,
iSfS, t. H, p. 349), où se trouvent une bourse inépuisable, une écuelle de bois,
d'où l'on peut tirer toute sorte de bonnes choses à boire et i manger, une paire
de sandales qui transportent en un clin d'oeil où l'on désire aller. — Dans do
CONTES POPULAIRES LORRArNS 587
9uUe conte persan {le Tr6iu tAchanii, conte indien traduit du persan, par le
baron Lescallier. New-York, 1817, t. U, p. 91), il est parlé de trois objets
merveilleoi : on petit chien, on bâton et une bourse. « Le petit chien avait la
vertu de faire parallrc, au gré de son possesseur, tel nombre d'hommes de
guerre, d'éléphants et de chevaux qu'il pouvait lui demander. En prenant le
bâton de la main droite^ et le tournant vers ces hommes, on avait la faculté de
lear donner à tous la vie ; en prenant ce même bâton de la main gauche et le
dirigeant vers cette troupe armée, on pouvait la rendre au néant Quant i la
bourse, elle produisait, au commandement de son mattre, de l'or et des bijoux. ■
(Comparez un troisième conte persan du Bahar Danash, trad. angl. de Jonathan
Scott. Shrewsbury, 1799, t. II, p. 2^0, oùseretrouventàpeu près les méraesob|ets
que dans le premier.) — Un conte arabe des MiiU ti unt Nuits (Histoire de Mazen
du Khorassan, p. 741, éd. du Panthéon littéraire) met en scène un bonnet qui
rend invisible, un tambour de cuivre, par le moyen duquel on peut faire venir
i son aide les chefs des génies et leurs légions, et une boule qui rapproche les
distances. Dans un conte indien de la grande collection de Somadeva, déji citée
(I. I, p. 19 de la trad. allemande de H. Brockhaus), les objets merveilleux
sont ceux-ci : une paire de babouches, un b5ton et une tasse. La tasse se rem-
plit, au gré de celui qui la possède, de tous les mets qu'il désire; tout ce qu'on
écrit avec le biHton s'exécute à l'instant même, et les babouches donnent la
faculté de traverser les airs.
On a remarqué que le sabre de Bagnolet a une double propriété : <■ Avec
ce sabre, tu auras tout ce que tu désireras et tu seras transporté où tu vou-
dras. » Dans un conte populaire indien résumé dans les remarques de notre
n* 19, /^ Petit Bossu, le dieu Siva donne à son protégé Siva DÂs un sabre, qui,
entre autres vertus, a aussi celle de transporter son poîsesseur partout oii celui-ci
lui ordonne de le faire.
Ce trait des objets merveilleux, nous allons encore le renconler, toujours en
Orient, dans deux récits qui offrent une frappante ressemblance avec un conte
populaire allemand de la collection Grimm, ie Hinre-Sac, le Chiipeaa et tt Corna
{n* J4I, irès-voisin de nos Trois Frirts. Rappelons le plus brièvement possible
l'ensemble du conte allemand : — Le plus jeune de trois frères trouve dans
une forêt une serviette merveilleuse, qui se couvre de mets au commandement.
Un charbonnier, chez lequel il s'arrête et qu'il régale., lui propose en échange
de la serviette un havre-sac sur lequel il suffit de frapper pour faire paraître i
chaque coup un caporal et six hommes'. Le jeune homme accepte ; puis, quand
il est an peu loin, il fait paraître les six hommes et le caporal, et leur commande
d'aller reprendre sa serviette. Il l'échange encore, d'abord contre an vieux cha-
peau qu'on n'a qu'A tourner autour de sa tête pour faire tonner toute une bat-
terie de canons, auxquels rien ne peut résister, et enfin contre un cornet dont
le son fait crouler les forteresses et, si l'on continue â soufRcr, les villes et les
villages. Par le moyen de ses soldats, il se remet chaque fois en possession de
sa serviette. Revenu au pays, il est mal accueilli par ses frères et les (ait cor-
). Dans un conte danois du même genre, c'est une giberne, comme dans le
conte français.
$88 E. COSQUtN
riger par ses soldats ; les voisins accourent ; grand tapage. Le roi, averti, esvoie
un capitaine avec sa compagnie pour mettre le hoU. Mais le capitaine et sa
gens sont battus, et battues aussi, grAce aux canons que le chapeau met en jeu,
toutes les troupes envoyées contre le jeune homme. Celui-ci fait dire au roi
qu'il ne fera ta paix que si te roi lui donne sa 6lle en mariage. Il faut bien en passer
par ti. La princesse, peu satisfaite de se voir mariée i un homme du commun,
toujours coiffé d'un vieux chapeau, avec nn vieux havre-sac en bandoulière,
finit par se demander s'il n'y a pas quelque magie dans ce havre^sic Par tes
cajoleries, elle réussit k se faire révéler le secret; puis elle s'empare du havre-
sac et ordonne aux soldats d'aller arrêter leur ancien mattre. Mais ce1ui<i a
recours au vieux chapeau, et les soldats sont balayés par son arltMerie. Alors
la princesse va lui demander pardon et elle sait si bien s'y prendre que bientôt
elle connaît la vertu du chapeau et s'en saisit. Le jeune homme serait perdu
s'il ne lui restait son cornet, comme il reste à Bagnolet son sabre. Il souRle
dans le cornet, et forteresses, palais, tout s'écroule, écrasant sous leurs mines
le roi et la princesse. — Ici, comme on voit, la trahison de la princesse et la
bataille contre les troupes du roi ne sont point placées, dans le récit, au même
endroit que dans notre conte français; mais la ressemblance n'en est pas moins
certaine.
Ce conte allemand forme lien entre notre conte français et les deux réats
orientaux dont nous allons donner l'analyse. Le premier est un conte kalmouk
de la collection du Siiidki-Kùr (6« récit, p. j6 de la trad. ail. de B. Jùlg) :
Dans un certain pays, vivait un homme d'un caractère intraitable; il en fait
tant que le khan, son souverain, se voit obligé de le bannir. Traversant un
steppe, noire homme trouve, après divers incidents que nous avons racontés
dans les remarques de notre n" 32, une coupe d'or, qui procure i volonté i
boire et â manger. Il la prend et s'en va plus loin. Bientôt il rencontre an
homme tenant à la main un bAlon, et apprend que ce bâion a la propriété
d'aller, au commandement de son possesseur, tuer les gens et reprendre ce qu'ils
ont volé*. Il lui propose d'échanger sa coupe d'or contre le bâton ; puis^ quand
il a le bâton, il l'envoie tuer l'homme et reprendre la coupe d'or. Il se met de
ta même manière en possession de deux autres objets merveilleux : un marteau
de fer qui, si l'on en Irappe neuf fois ta terre, fait surgir une tour de fer â neuf
étages, et un sac de cuir qui fail pleuvoir aussi fort que l'on veut quand on le
secoue. Muni de ces quatre talismans, il retourne dans son pays pour se venger
du khan. Il arrive vers minuit derrière le palais; par la vertu de son marteau,
le lendemain matin, une tour de fer â neuf étages s'élève à cette place. Le khan,
farieux, rassemble ses sujets et leur ordonne d'entasser du charbon contre cette
tour et de l'allumer; mais l'homme secoue son sac de cuir, des torrents de
pluie tombent et le brasier s'éteint. — Le conte kalmouck se termine brus-
quement à cet endroit.
Voili bien, outre l'introduction du conte ailemand, ta lutte du possesseur des
I
I, Dans un conte lithuanien qui correspond au conte allemand de Grimm
(A. ChoâzVo, Contes dts paysans et des pMrts slûves, Paris, 1864, p. 349),
c'est également un bâton qui remplace le havre-sac et ses soldats.
CONTES POPULAIRES LORRAINS 589
'objets merveilleux contre le roi, épisode commun au conte allemand et au conte
français. Mais ce dernier trait va se retrouver, plus nettement accusé encore,
dans le second récit oriental.
Ce récit est un djJîûka, c'est-i-dire une légende bouddhique, rédigée dans la
• langue sacrée du bouddhisme, le pâli, et relative aux aventures du Bouddha
Ldans ses précédentes existences. [Fne Jatjkas^ wtth a translation by V. Faïuholl.
Çûptahdgtnf 1861, p. 30 seq.) Li, un habitant du royaume de tCasi, chassé
par ses parents, est jeté par un naufrage dans une Ile, au milieu de la mer. Il y
trouve un sanglier, possesseur de joyaux qui loi permettent de s'élever en l'air i
il les lui dérobe pendant son sommeil et le lue. Puis, voyageant à travers l'es-
pace, il arrive sur les hauteurs de t'Himavanta. Voyant de U plusieurs ermi-
tages, il descend et entre chez un premier ascète, qui possède une hache,
laquelle coupe du bois, allume du feu et exécute les ordres qu'on lui donne. Il
offre ses joyaux i l'ascète en échange de cette hache, et, quand il l'a entre les
mains, il lui ordonne d'aller couper la tète k l'ascète et de lui rapporter ses
[joyaux. Il se rend ensuite chez un second ascète ; celui-là a un tambour magique
qui, frappé d'un cdlè, met en fuite l'ennemi, et qui, frappé de l'autre cAté,
fatt paraître une armée entière. L'homme fait aussi un échange avec cet ascète,
puis il envoie la hache lui couper la iftte et reprendre ses joyaux. Il agit de
même avec un troisième ascète, possesseur d'une lasse qui, si on U retourne,
fournil tout ce que l'on souhaite. Maître alors des quatre objets merveilleux^
l'homme fait porter une lettre au roi de Baranasî pour le sommer de lui
Labandonoer son royaume. Le roi envoie des gens avec ordre de se saisir
de ce I brigand. ■> Mais l'autre frappe un des calés de son tambour, et
aussitAt il se trouve entouré d'une année; il retourne sa tasse, et une grande
rivière se met â inonder tout le terrain ob se déploie l'armée royale. Enfin il
ordonne i sa hache de lui rapporter la tète du roi. Il entre avec tout» ses
forces dans la capitale et monte sur le trône, sous le nom de Dadhivahana.
APPENDICE.
Depuis la publication de notre n* i j, Reni a soa Stigiuur, de sa variante
Richtdeaa (d<> 20)^ et de notre n* 22^ Juuine a Brimhcriau^ nous avons trouvé
de nouveaux récits orientaux i rapprocher de ces contes. Ce sont deux contes
. <|ui ont été recueillis par M. Thorburn chez tes Afghans du Bannu, comme
^ celui que nous avons dé|i cité i propos de notre n' jG. Voici le premier (Thor-
burn, Bannu, or cur Afghan FronluTy p. 1S4) :
<■ Un jour, le bceuf d'un vieux bonhomme s'en étant allé sar le champ du
voisin, celui-ci lui coupa la langue, et la pauvre btle mourut. Le fils du bon-
homme écorchj le boeuf et emporta la peau ; mais, comme le soir vint avant
['qu'il eût r^agné son village, il grimpa sur un arbre avec ion fardeau pour y
passer ta nuit. Il y était i peine, qu'une bande de volcort, revenant d'opédt-
590 E. cosqyiN
tjon, s'arrêta sous l'arbre poor partager te butin. « Puisse la foudre tomber str
celui qui détournera quelque chose 1 ■ dit le chef d'une voix rude. En renlen-
dant, le jeune homme fut si effrayé qu'il lichi sa peau de btmf^ qui tombaavec
fracas â travers les branches et les feuilles sèches (on ^tait en hiver). « Di«uiWM
punit de vouloir nous attraper les uns les autres ! > crièrent les voleurs, dont
aucun n'avait fidèlement mis son butin dans la massecommune. et ilss'enfutrent
i toutes jambes. Le lendemain malin, le jeune homme dt^sccndit de son arbre et
ramassa tout l'argent des voleurs. — Revenu dans son village, il dit qu'il avitt
échangé sa peau de bœuf dans un bazar voisin contre une valeur de cent rou-
pies. Aussnût les gens du village tuèrent tout leur bétail et en portèrent les peaui
au marché; mais on leuf en offrît seulement quelques pièces de cuivre. De
retour chez eux, ils s'emparèrent du jeune homme, l'attachèrent i un poiea
sur le bord de la rivière pour le noyer ta nuit venue, et s'en allèrent i leurs
affaires. Le jeune homme ne cessait de crier : i Je ne veux pas! je ne veux
pasi ■ Vint i passer un montagnard, qui lui demanda ce qu'il faisait là. • Le
roi veut me forcer i épouser sa fille, et moi je ne veux pas ; il ni*a attaché à
ce poteau pour m'y faire consentir. — Je serais bien content d'être i votre
place, » dit le montagnard. —« Mettez-vous-y. » Il s'y mit, et, quand les villa-
geois arrivèrent, ils jetèrent à Teau le pauvre montagnard. Le lendemain matin,
ils furent bien étonnés de voir le jeune homme arriver avec trois moutons,
f D'où viens-tu ? i lui dirent-ils. — « Eh ! parbleu, de la rivière, et j'ai joliiDeot
froid ! ■ dit-il en tordant ses habits, qu'il avait eu la précaution de mouiller. —
s Mais est-ce que nous ne t'avons pas jeté Â l'endroit le plus profond? — Je
n'en sais rien ; mais là ob vous m'avez jeté, il y .1 de grands troupeaux de
moutons ; j'en ai pris trois que voici, et j'y retournerai après déjeuner. 1 U-
dessus, les villageois coururent se jeter i la rivière, et ils s'y noyèrent tous, i
On aura remarqué que ce conte afghan offre la combinaison du thème Sntl
de notre n* 22, Jcaniu et Bnmbonaa, qui forme ici le début, avec te thème des
n"^ I ) et 20, qui constitue la seconde partie. Le début ressemble surtout au
conte de l'Amiénois cité dans les remarques de notre n* 22, où c'est aussi une
peau de vache qui tombe sur les voleurs. A propos de ce conte picard, nous
jaisions observer qu'il était assez curieux de voir, dans notre n' 1 j. Riné ei »n
Seigneur, une peau de vache effrayer également, quoique d'une autre façon, des
voleurs et devenir aussi l'origine de la fortune de René, Nous nous demandions
si cette ressemblance entre les deux contes était fortuite. Le conte afghan
montre, ce nous semble, qu'elle ne l'est pas.
Le second conte afghan, qu'il nous reste à faire connaître, complète le pre-
mier. En voici l'analyse : Dans un village, il y avait deux frères, l'un irès-
avisé, nommé Tagga-Khan ; l'autre, niais. Un jour, Tagga-Khan envoie son
frère conduire une chèvre au marché. L'innocent rencontre successivemenl six
fripons qui se sont échelonnés le long de la route ; chacun d'eux lui dit à son
tour que c'est un chien qu'il conduit et non pas une chèvre ; sur quoi le pauvre
garçon, ahuri, laisse U sa béte. Tagga-Khan, ayant appris le tour joué à son
frère, jure de le faire payer au centuple. Le lendemain, il se met en route pour
le marché, monté sur un méchant Ane qu'il a splendidement caparaçonné. Les
six fripons, qui sont frères, se trouvent également sur son chemin, et loi deman*
CONTES POPULAIRES LORRAINS ^9»
dent pourquoi ils si magnifiquement harnaché son âne. < Ce n'est pas on Sne, 9
<l'ï Tagga-Khan ; • c'est on botukaki. — Qu'est-ce qu'un huchakif — C'est un
animal qui vit ceci ans et qui fait de l'or^ qu'on trouve chaque malin dans son
fumier. • Tagga-Khan s'itant arrangé pour ne pouvoir arriver le soir à ta ville
est invité par tes frères à passer la nuit chez eux, et, te lendemain ma-
tin, ceux-ci, qui l'observent en cachette, te voient ramasser sur le fumier de
J'âne un morceau d'or qu'il y avait adroitement déposé, ils se rendent quelques
jours après chez Tagga-Khan et lui achètent son âne pour cinq cents roupies.
BieotAt, natureliement, ils revienoent se plaindre du marché qu'ils ont fait.
Mais Tagga-Khan a prévu la chose et il a donné ses instructions à sa femme.
Celle-ci dit aux frères que son mari est sorti et qu'elle va l'envoyer chercher
par son lapin gris. Et elle liche le lapin en lui disant de ramener son matlre.
Une heure après, Tagga-Khan, qui avait emporté un autre lapin gris tout pareil au
premier, revient avec l'animal sous te bras et répond aux questions des frères que le
lapin est venu en effet l'appeler. Les six frères, émerveillés, achètent encore le
lapin pour cinq cents roupies. Quand ils reviennent pour chercher querelle à
Tagga-Khan, celui-ci fait semblant d'être mécontent de sa femme et de la tuer;
puis, se radoucissant, il prend un certain bâton, en touche sa femme» et elle se
relève sur ses pieds. Les six frères achètent, toujours pour cinq cents roupies^
le bâton magique. Kenlrés chez eux, ils ont une dispute avec leur mère et la
tuent, comptant sur le bâton pour la ressusciter ; mais ta bonne femme reste
morte. Alors ils s'enfuient, l'un d'un c6té, l'autre de l'autre, et on ne les revoit
plus.
Il est curieux de constater que la première partie de ce conte afghan *, qui, dans
aucun conte moderne, i notre connaissance, n'est jointe au thème de nos n** 1 3
et 20, se trouve combinée de cette façon dans un conte iulieo, publié au
XVÏI" siècle T)ar Straparola et mentionné dans les remaïques de notre n' 20.
Ce conte, comme le conte afghan, donne d'abord le tour joué par les fripons,
et ensuite la revanche prise sur eux. Dans la seconde partie du conte italien,
figurent les deux épisodes de l'animal qu'on envoie faire des commissions, et de
la femme tuée et re&suscitée. La fin correspond i celle du premier coate
afghan.
Enfin, dans le compte-rendu très-bienveillant que M. R. Kœbler a fait de la
quatrième partie de notre collection {Zeitschn/t fur romamscht Philologie, I. Il,
p. })0|, nous apprenons qu'un conte de ce genre a été recueilli à Madagascar
et publié par M. W.-H.-l. Bleck dans le Capt Montklj Magazine (déc. 1871,
p. 3î4). Il s'agit dans ce conte malgache des exploits de deux fripons, Ikoto-
fetsy et Mahaka. Ikotofeisy est pris au moment ob il commet un vol dans un
village. On le coud dans une natle pour le jeter à l'eau. Pendant qu'il est
laissé sans gardien, vient i passer une femme. Il fait si bien qu'il la déctde i le
délivrer; puis il la met à sa place et s enfuit. La femme est jetée à l'eau, et
quelques lours après, Ikotofetsy reparaît dans le village, portant une quantité
I. Voir les observations de M. Th. Benfey sur ce passage qui, dans le Pan-
uhjiantra indien et ailleurs, forme un conte a lut seul [Panischatantrj^ 1, p. jj),
II, p- ajSj.
fc)3 E. cosqyw
de bijoux qu'il a volés, et it dit aux gens qu'il les a trouvés au fond de l'ai.
Alors tes villageois lui demandent tous de les jeter à l'eau, ce qu'il s'empresse de
faire.
Nous avons également découvert, depuis la publication de nos n"* 2; et 24
{Le Pointrd'or etla Lûidc el la Belle}, un conte indien qu'il convient de rapprocher
de ces deux récits. Ce conte offre une grande ressemblance avec la ibrroc serbe du
thème de Cauirillon, forme trés-voisine elle-même de nos deux contes lorrains et
dont nous avons parlé à leur occasion. Malheureusement, la Calcutta Rtvicw, Ji
laquelle nous devons cette communication, ne nous donne qu'une analyse fort
incomplète du conte indien, publié originairement dans la Bombay GdzetU.Voiâ
ce qu'elle nous en fait connaître (I. Ll, [rHyo], p. 121) :
Comme dans le conte serbe, c'est une vache (ou, dans une autre version,
évidemment à cause du préjugé religieux des Hindous, un poisson), qui vient au
secours de la jeune fille persécutée par sa marâtre. 1 Quand la marâtre apprit
que la vache nourrissait de son lait la jeune faille, elle résolut de la faire tuer. La
vache, l'ayant appris, dit à ta jeune fille : < Ma pauvre enfant, voici la dernière
■ fois que vous boirez de mon lait; votre marâtre va me faire tuer. Ne pleurez
f pas et ne vous affligez pas à cause de moi; il n'y a pas moyen d'empêcher
■ ma mort. Je ne vous demande qu'une chose, et, si vous m'écoutcz, vous o'an- ,
• rez pas â vous en repentir. > A ces paroles, la jeune fille se mil à pteurtf
amèrement, et tout d'abord le chagrin l'empêcha de répondre; elle pria enlÏB la
vache de lui dire ce qu'elle avait i lui demander, f Le voici a, dit la vache :
• quand on me tuera, ramassez avec soin mes os, mes cornes, ma peau et tout
t ce qu'on jettera de calé, et enterrez-le; mais, sur toutes choses, ne nuo^
■ pas de ma chair. » Le lendemain, on tua la vache, et la jeune fille ramasa
soigneusement les os, les cornes, la peau et ce qui restait, et enterra le tout. *
La Cakutta Rtvifw nous apprend que le conte indien renferme l'épisode du
fils de roi qui veut faire choix d'une femme : la jeune fille est laissée à la roaison
pour préparer le souper, tandis que la fille de sa marâtre se reod au pilaii;
puis la vache revient à la vie et donne à sa protégée de beaux habits et des
sandales d'or; poursuivie par le prince, la jeune fille laisse sur la route une de
ces sandales; quand le prince arrive pour chercher la jeune fille, celle-d est
cachée dans le grenier, et un coq trahit sa présence (voyez les remarques de
notre n' 24). Le prince se la fait amener et l'épouse. Le conte se termine ptr
le châtiment de la marâtre et de sa fille.
{A suivre.)
Emmanuel Cosquin.
MÉLANGES.
MIEN = MEUM.
On doit s'étonner que personne que je sache n'ait réfuté l'idée émise
par Diez, Cramm. II, p. 109» sur l'origine de mien, qui serait ' meanum.
Si cette hypothèse était fondée, on ne pourrait rencontrer tuen et
siun dans les plus anciens textes, mais on devrait y trouver tuain et
saaln. It est de plus tout à fait impossible de regarder fuf/i et ïuf/t comme
des créations de l'analogie, comme le sont en effet Ucn et sien : tuen et saen
rendent son pour son tuum et sauntf IV répondant à u comme à la troi-
sième personne du pluriel de l'indicaiif présent des verbes de la seconde
et de la quatrième et à la même personne du parfait de toutes les conju-
gaisons. Mien, dans les Serments meon, ne peut être que meum^ dont la
forme théorique serait *mieen*. Cette explication est mise hors de doute,
si un doute était possible, par les mêmes possessifs du Jorat (Vaud),
myon, t)on et ton dont la base ne peut avoir eu un a.
J. Cornu.
II.
COUTUME, ENCLUME,
M. J. Cornu {Romania, VH, 1878, p. ^6$) explique le passage de
-tidinem i -ume^ dans les mots comme consuetudinem coutume^ par les
intermédiaires -unine et -umine. Le d serait devenu n par assimilation,
\'n m par dissimilation. U y a là quelque chose de contradictoire.
I. fA mon avis, mton dans les SermeAts équivaut à muon; Vo provient de l'a
latin de mtum prononcé en une seule syllabe, l^a forme mteon^ suivant qu'elle
avait ou n'avait paii l'accent, s'est plus tard différenciée en mttn d'une part et
mon de Tautrc. — G. P.]
Romenia, Vil ^S
'594 ■ MÉLANGES
Je crois que les vrais inierraédiaires sont -uhine, -ubne, -umnt. La
dissimilation [h pour â à cause de Vn) a lieu quand la consonne influencée
ei la consonne qui influence commencent deux syllabes consécutives.
L'assimilation (m pour b à cause de Vn) a lieu quand les deux consonnes
sont en contact. Il n'y a plus contradiction.
Ainsi le groupe bn aboutit à m/i^ d'où m. Il en est de même du groupe
pn dans carpinum charme,
L'/ de enclume s'explique par la série suivante : incudinem, 'e/tcumiu^
'encnume^ enclume. Cette / rappelle IV de ordre, diacre, pampre etc.
L. Havet.
ru.
ANT, EN LANGUE D'OC.
Je connais trois exemples de ce mot qui manque à Raynouard.
1. Coutume de Pujols en Agenais, arrondissement et canton de ViUe-
neuve-sur-Lot, 1 309 :
Art. 19, — Iteu], es coustuma a Pujolz que li senhor ni lors bailbes ni lors
offici^ris no d(vo penhorar home ni fenna, draps de son legs ni de son corps,
si no era en percha ou en plega, ni sos antz ni sos ferramens ab que ganhi
son pa...
{Archna àe la Gironde, XVIÏ, 61.)
2. Coutume de Gontaud (Lot-et-Garonne) :
Art. 127. — E donel atressi en franquessa que draps de leyl ni derpalha
d'orne ni de fempna, ni menuda baysseta en que hom adobia a mingar, ne li
ara ni ferramenl am quel menestrayrat guazanhara sa bila, ni fer ni ordilha de
molin, ni cstrumenta d'arec no sia pcnhorat pcr guatgc ni pcr autres afars.
Obid.Vn, losO
3 . Chanson de la Croisade albigeoise :
E lo pobles aporta pics, palas e espleitz^
E no i renias nulh antz ni cutihs ni martdetz
817s Ni semai ni caudeira ni cuba ni paletz.
À la vérité, il y a autz dans le ms. où^ en général, les u et les n sont
formés d'une manière assez distincte. Aussi ai-je en 187^, de même que
Fauriel, imprimé autz, ne connaissant pas encore les deux autres
exemples. Le copiste, à qui antz était vraisemblablement inconnu, aura
mal lu son original.
Que signifie ce mot? Fauriel, au glossaire de son édition de la chan-
son, le traduit par « levier », j'ignore d'après quelle autorité. Je croirais
plutôt que /«rrwmenj, dans les exemples 1 et 2. désignant les outils en
fer, antz doit désigner les outils en bois, peut-être les manches en bois
des pelles, picSj bêches, etc.
ÊTYMOLOCISS ESPAGNOLES 595
Cette interprétation ne deviendrait certaine que si on trouvait te même
mot dans quelque patois ou dans des exemples plus décisifs que les
trois rapportés ci-dessus. Quoi qu'il en soit, elle n'est pas en désaccord
avec l'éiymologie que je vais proposer. Cette étymologie^ c'est le latin
amesj amitis^ qui a le sens général de n perche n^ et qui, selon Ménage
ei Diez, se serait conservé dans le français /ja/iiïr ou hanu; mais, comme
M. Littré l'a fait remarquer is. v° hampe), la plus ancienne forme est
hansUf qui ne se peut expliquer par amitemj et, selon lui, conduirait
à hasta '. Le prov. ant serait donc à rapprocher de Tesp. andas, bran-
cards, plus anciennement andes, que 0'icz{Etym. tVd'rf., II J;) a également
rattaché au plur. amiUs.
P. M.
IV.
ETYMOLOGIES ESPAGNOLES.
burdo- a = brutum- am.
Diez £. W, II b, burdo -d, qui d'après le dictionnaire de l'Aca-
démie espagnole signifie tosco^ basto, grossero, como lana barda, pano
burdo, proviendrait d'un mot arabe bord. Ne serait-ce pas plutôt l'in-
verse ? Burdo -a n'est autre chose pour moi que le latin brutum- am
avec une métathèse de Vr tellement fréquente que ce serait perdre son
temps que d'en fournir des exemples. Ce doublet de bruto n'a pas été
signalé par madame Carolina Michaëlîs de Vasconcellos dans ses études
si soignées sur la création de mois nouveaux.
Port, descer, esp. dizer et decir = decidere.
Diez E.W. Ub assigne au port, descer et à l'espagnol decir, fréquent
dans les anciens textes, la base latine LESioëRE. Cette étymologie, pho-
nétiquement impossible, n'est guère recommandable quant au sens. Je
m'étonne qu'il ne se soit pas arrêté à decidere dont l'emploi est le même,
comme l'ont reconnu les auteurs des glossaires qui servent d'appendice
aux Poetas castelknos anterwres al si^to XV {Biblioteca de autores cspa-
noies].
A ma connaissance la forme dizer, qui se rapproche davantage du
verbe portugais, n'a pas été signalée jusqu'à ce jour. On la rencontre
dans un passage de la Vision de Fitiberto que l'éditeur, M. Ociavio de
Toledo, ne parait pas avoir compris, passage qui est à la page 54, 1. ^7,
de la Zeitschrift fur romanische Piùloiogie^ 1S78, où il faut lire quando
I. On .1 vu dans notre précédent numéro (p. ^67) que M. Fcerstrr a proposa
pour hansit la même élymologie, ignorant qu elle se Trouvit déji dans Lilirc.
59^ MÉLANGES
veyas ijue yo queria faser algo que non conpita dévieras me dizer m*£nt (au
lieu de dizermente) e castigar con fanbre e con sed et con açotts,
J . Cornu.
V,
LE DIT DE JEAN LE RIGOLÉ.
Le Dit que nous publions et qui, croyons-nous, a'a pas été signalé eacore, se
trouve au folio i ^o fr du ms. (r. iS^AS i^^^- N.-D. 274 bis) de U Bibliothèque
nationale de Paris. Le trouvère qui l'a composé^ Jean le Rigolé, ne nous est
connu par aucune autre production portant son nom, et malheureusement cette
pièce ne nous donne sur lui aucune information; tout ce que nous pouvons en
conclure c'est que, comme les autres poètes ses confrères, il vivait des largesses
d'un grand seigneur, et son Dit^ ob il blAme l'ingratitadc et l'ambition, n'avait
peut-être d'autre but que de rappeler à son protecteur que lui, Jean le Rigolé,
n'était pas de ceux qui s'csmuatnî vers lor signors por tus travillur.
Gaston Raynaud.
Oez dit de petit volume :
Je di qu'il est fous qui alume
Le feu pour ardoir ce qu'il a,
Et dlz est fous, qui de la reunie
Se puet garir et d'apotume,
6 Qui tantost ne s'en garira ;
Mais folie ne mourra ja :
Par cest siècle va ça et la.
Cist mondes ne vaut une plume,
Chascuns couvoite ce qu'il n'a ;
Mais on recorde de pièce a :
1 2 Teus cuide haut monter qui tume.
Cilz alume le feu por voir
Por lui brûler, por lui ardoir,
Qui a sa chevance establie,
Son biau vivre, son biau manoir,
Selonc le cours son estouvoir,
1 8 Senz dongier trestote sa vie,
Viandes et bons vins sor lie,
Et il fait tant que par envie.
Pour ce qu'il a un pou d'avoir,
(fol. 150^
Ms. 2 \\z — s Ce — la Vers cité par U Roux de Lincy, Livre des proverbes,
■ éd. , II, 41 1 — I } L'tniitalc de chaque strophe manque
d:
LE DIT DE JEAN LE RIGOLÉ 597
S'esmuet a ce qu'il ne doit mie,
Et prant contre celui atie
24 Qui Ta mis en si grant pouoir.
Qui a biau boire et biau mengier^ (c)
Riche hostel por lui herbergier,
Rente noblement a tous jors,
Son bel palefroi riche et chier,
Roucin por vallet chevauchier
jo Devant lui le pas ou le cors,
Son prevost, eschevins, maiors,
Ilcil qui ont teles honnors
Et ont lor hommes por taillier,
Ne se doivent vers lor signors,
De cui lor vient toz lor secors,
36 Esmovoir por eus travillier.
.e teuz connois, jou di a plain,
'Que lor hostel avoient plain
De vins» d'argent et de fromens;
Foy que je doye saint Germain,
Que s'il y venoient demain,
42 H n'i venroient pas a tens
Par lor orguel, par lor contens
Qu'il ont ja maintenu lonc tens,
Et si croi que ce soit en vain;
Dont je di, quant je me porpens,
Qu'il ont mené sî grans despens
48 Qu'il ont fait de lor or estain.
Qui voit ses vignes et ses prez
Au matin quant il est levez,
Et son hostel riche et garni.
Et est sires partout dammez,
Et il devient si forcenez
$4 Que son signor et son ammi
Rappelle con son annemi,
En la 6n en doit dire hemi!
Et si doit estre fous nommez ;
Ne on ne doit avoir de li
Pitié, devant chascun le di :
60 Se je di mal, si m'en blasmez.
34 ce — 36 p. lui — 41 cil — 4i Et se c. q. se — 48 tQ]uiI
^^8 MÉLANGES
J'ai oy pieça recorder (d)
Qu'il se vaudroit mieus reposer
Que luitier a plus fort de lui,
Car on n'i puet riens conquester,
Si vaudroit mieus laissier ester ;
66 Je ne veil cy nommer nelui ;
Li uns est plus fors que li dui,
Ç'avient souvant, certains en sui :
Si se feroit bon racorder
Et faire pais envers celui
Avant que cheissent endui
7a A terre, sen plus relever.
AI
i
mon prologue revenrai :
i'L'apotume, que bien le sai,
E^et tant cover que tue l'omme :
A orgueil le raporterai
Qui au cuer se joint par essai,
78 Et destruit chasc' an maint prodomme.
Se ja mon signor abandonne,
Qui richesse et honnor me donne,
Et li fais dou pis que porrai,
Foy que doy saint Pierre de Romme,
Je n'i doi gaingnier^ne pomme,
84 Mais perdre honnor et quant que j'ai.
Se j'avoie planté monnoie,
Si m'aist Deus, santé et joie^
Et ma rante, si con on dit,
Celui de cui je la tenroie
Je serviroie et garderoie
90 De bon cuer et sens contredit :
Si me venroit plus a porfit
Que faire a mon signor despit,
Que la force n'en est pas moie ;
Cilz est trop fous qui s'aastit
A son signor, se Deus m'aist :
96 Se li meschiet ce est granz joie.
61-4 Idée originairement empruntée à Sénlqtu; voy. Remania, IV, ijj —
68 Sauient — 77 ce. — 79 s. mabandonne — 89 Je mamiue — 94 qui se. Cf.
Le Roux ie Uncy, Livre des proverbes, 2" éd., Il, 99 — 96 Si 1. m. se
d:
LE DIT DE JEAN LE RIGOLÉ 599
>e teus a on veu souvam (fol, i $ i)
Qui vers lor signors malement
Mesfont : por coi? qu'il sont trop gras.
Grans moes font premièrement
Et despendent si largement
1 02 Et donnent a lor advocas,
Et puis sont si vais et si chas
Qu'i lor convient crier helas!
Pour coi? car il vont a nient.
Por c'est fous qui se met au bas
De ce qu'i puet estre a solas
1 08 En son hostel privéement.
Entre vos qui honnor avez
Et chevance, bien vous gardez
De mespenre vers vo sîgnor,
Ainsi toujours vos meintenrez
Et de haut en haut monterez,
I (4 Et si croitrez en grant valour :
Mais cilz doit avoir deshonnour,
Sens avoir los, pris ne honnour,
Qui a son signour s'est mêliez,
N'il n'en doit avoir le mîUour :
L'example en voit on chascun jor.
120 Ce dit Jehans li Rigolez.
VI.
n, SIGNE D'INTERROGATION.
La particule interrogative ti, dont M. G. Paris a expliqué l'origine
(^Roman. 1877, p. 4^8), est devenue en certains cas, dans le lan-
gage populaire, complètement indépendante de tout verbe et de toute
. locution comme voilà. Je n'en ai il est vrai qu'un exemple, mais il me
I semble caractéristique. On lit dans le Journal de Gaignol, v^ année
(Lyon, 186$), n<» 2, p. 2, i" col.: « Noos sommes ttaccord, t'y pas,
z^enfanis? »
I En parcourant mes notes je trouve trois exemples de la forme inter-
rogative voulep'Vous fy.
E. Rolland.
CORRECTIONS.
LA VIE SAINT JEHAN BOUCHE D'OR.
M. A. Lûtlge, ancien élève de )*Ëcole des hautes études, a bien
voulu nous envoyer la copie d'un second manuscrit de cet intéressant
petit poème, manuscrit qui se trouve, comme le premier» à la biblio-
thèque de l'Arsenal, mais qui avait échappé aux recherches de M.Weber.
Nous croyons devoir communiquer les variantes de ce ms. (B), en nous
reportant au texte de A {Rom. y VI, jjoss.). Le poème en question
commence au f** 216 r° a du ms. de l'Arsenal coté BdUs Lettres fran-
çaises 289. Il y est précédé de cette rubrique : Chi après coumtnche
la vie saint Jehan bouche (for. M. Lùttge estime avec raison que le ms.
A offre un texte supérieur à celui de B ; les variantes de B n'en sont
pas moins préférables en plus d'un endroit, et elles permettent souvent
de restituer le texte là oh l'éditeur avait dû- le corriger ; le tns. B con-
tient en outre en plus que A une cinquantaine de vers, qui pour la
plupart sont certainement authentiques. — Nous ne tenons pas compte
des variantes de simple forme '.
2 fournis
Aprh 2 Des estours morteux et des
guerres
Et des destructions des terres
4 A dire de dieu vente
i Ile.
7 f. quest t.
8 conrors
9 Et acheatâbles auoec lame
10 Plaisans a dieu et
1 3 Bons us por toutes
14 El bon e.
I ( Et ea doit on tenir plu& cb.
17 vitas
18 o. escouter le
(9 et 20 intervertis
i9Car[nolt est li m. h;ius
20 Che dist au coumcnchier
renaus
21 Que il fu jadis .i. haus
I. D;ins une lettre en date du j octobre rS/S, M. Suchier nous annonçait
qu'il avait également copié les variantes du ms. B et il voulait bien les mettre
à notre disposition ; mais il avait été devancé par M. Llittge.
^^^^^^^^^^ LA VIE SaWT JEHAN
BOUCHE d'or 601 ^H
^^^P 22 Qui namoil gu. oc tournois
^^^1
^H 33
7( Deable en ot molt gr. ^^^^H
^^^1 37 De .V. hesans
^^^^H
^H a8II
77 se ^^^^H
^^^H 29 Que 3 In peust doubles
78 Lengingna ^^^^H
^^^1 31 S. ce que a d.iuoir
81 Que ^^^H
^^^H 33 Que droit conte felstsauoir'
bon ^^^H
^^^H ]3 ou ou
deables a ^^^H
^^^V 3J par
92 Ltin aluinc lautre estincele ^^H
^^^H )G c. par mesure
93-96 Lidamotsiaustant liencaote ^^^^H
^^^1 }7 QB'*^^ c^ v^i'^ '
De sa folie lencante ^^^^H
^^H 38 Saos
Tant sathanas portscha ^^^^H
^^^1 39 Ico
Quil jut 3 si lengroîssa ^^^^H
^^^1 40 Et qui ne le veut deseroîr
Le Iruit que li asemenclia ^^^^H
^^^H 41 mar
Dontlecuerdurmentmari a ^^M
^^^H 42 corn
97 Ne pot couurir car gr. ^^M
^^^1 44 le
99 b. set que ele tert enchiute ^^^^H
^^^H 46 Del raconter
100 aperchute ^^^^^|
^H 47 On
loz Kcleoessement li ^^^^H
^^H 48 Tant par cr.
107 L. e^teres m. a jehine ^^^^H
^^^1 49
10 cautrui en ^^^^^|
^^^H 51 A tous biens faire iert s.
1 1 3 Metes le sour le capclain ^^^^H
^^^H {2 Lame estoit dame*
1 1 3 D. que TOUS estes ^^^^H
^^^H SS ^ i^^^'i
1 14 ^^^1
^^H 57
1 1 { A .ii. oues ne vous en puet ^^^^|
^^^V 60 a. dedeos le cuer
1 16 Se II rois fait ^^^^Ê
^ Aprh 60 Lebienpiantemoltnetement
m. est bien ^^^^^|
^^^^ Ou dex le veoit clcrcment'
124 ^^^^H
^^^b 61 Bien viuoit seloncleaangilc
le ^^^^H
^^^^ 62 Sans ypocrisie cl sans gile
129 ^^^^1
^M Aprh 62 Bel sauoit bestorner le cose
130 La roinesotquertenchainte ^^H
^^^K Fors iert ortie et dcdcns rose
1 ; 1 El ^^^^1
^^^H 64 Mais le cuer
132 la conte a droiture ^^^^H
^^^H 67 P. le saintee quil
134 le ^^^^H
^^^H 68 venoit
1 nos ^^^^1
^^m II
138 sougnentage ^^^^|
^^^1 70
141 ^^^^H
^^^1 72 engiens
142 Gdiis verte pas ne le oie ^^^^H
^M 1. M. Lûnge pense que .y., faute commune 1
A B, doit ^re corrige oon en JTw, mats ^^H
^M en taiaj Dts sains b..; il rapproche une fiuie analogue conimise par B au v. \%t. ^^H
^K Toutcfbii 'accord dea Jeux mis. rend toute corrcaion oouteme. ^^H
^^^H 3. La le^oQ de A pour )t-|3 diffère Knsiblemcnt de celle de B; quelle que soit la ^^H
^^^1 fbnae i restituer, il faudra lans doute garder Qur (a Kt\ et ne pas corriger K"a avec ^^|
^^^V M. Tobler [Ztiuchri/t u, 18S}.
^^^1
^m ). Confirme U lecture de M. Tobler, (O lenra
au lieu de tonnra. ^^H
^M 4. Au T. j}t A et B ont également ut pour t
■ cable.
^B f. M. Tobler corrige très ingénieuiement au
^H plus piobable que la tecoo de B est auez rappr
•rt, faute certaine maii Cactlement expti- ^^H
V. 60 dtdant en Ùi dant; maii U cA ^^H
ochie de l'originaL ^^H
^H 6. Au ?. Il] B a cootme a tjatli pour quel 1
_^H
^^^^^^
^^^^^1
^^^^^ 602 CORRECTIONS ^^^|
^^^^^^ 14) nomme lomc
3;o C porTaaaoirsuisiai)che.^^^H
^^^^^K 144 M. ert
2j i Car it el vrai ^^^^|
^^^^^H
3} 3 ^^^^^
^^^^^H I ^ 1 Qui le lenre face li moulle*
3 j j Ains est tous jors pr. a d. ^^M
^^^^^HF 1)2 Et deuant ses pie$
2)4 r. la commande ^^Ê
^^^^^B 1 j j Si la baisie molt doucement
2)5 Por destrmre et por ^^Ê
^^^^^^h
236 Ne li ^^^^M
^^^^^H 1 j6 V. il me convient
257 isnel le pas ^^^^^
^^^^^H trop
2)9 Laidement el vilainement ^^M
^^^^^H 161 Hora lert
Et si sen vient molt liement ^H
^^^^^H 162 II ma tolu
Sans maltalcntctsans arvale ^H
^^^^^^ 164 Et a deerrains me pria
240 en la sale ^H
^^M 167
241 Se, ^^Ê
^^H Aprls 170 He dex qui kerra jamais
24) Dans pr. m. foTs L ^^^^Ê
^^^^ home
24s Qu. il entendi ^^^^|
^^^^^K Ne cuidicmes de si a roume
246 II ^^H
^^^^^H 171 Un s. h. corn
247 ^^^^1
^^^^^H 174 a
^^^^1
^^^^^H 17s
2J0 ^^^^H
^^^^^H na votu
3J2 Jou d. au souuerain ^^M
^^^V 180 te
2}3 r. dont tu tes pi. ^^^^Ê
^^^^^ï 181 Li capetarna qui ne
1^6 Dusca tant que tu ^^^^^
^^^^r 184 LI a pourcachie
257 ^^^^^
^^^L^^ AprU 184 Li rois a venir le commande
2J9 ri 2<Jo inUmrtis ^^^^H
^^^^^^L II vint 3 iui lues qucle mande
261 Apres te trouèrent le ^^^B
^^^^^^B 190 Por cas tu
262 Bêlement ^^^H
^^^^^H 191 meruellouse
264 s. molt très bien ^^^^f
^^^^^H J92 pestclouse
266 a piain ^^^^H
^^^^^K 193 con soruoit
267 Dusquen liste que il veut ^H
^^^^B 194
querre ^H
^^^^^H 196 Bon
269 P. se resont a. e. ^^Ê
^^^^^H 200
274 en ^^^^1
^^^^^H 202 a
277 f. hors boutes m. ^^^^|
^^^^^H 20 1 De cested. a. droit
279 menias tu ^^|
^^^^^^H quex
280 Compère lont trestout ^^^H
^^^^^H 207 11 estoit en
23i Qui ^^^H
^^^^^H 208 e.
284 p. fu en ^^^^H
^^^^^H 309 Tr. en
285 En ténèbre et e. ^^^^H
^^^^^^1 212 Qu. repris iert a. serians
El en ^^^H
^^^^^^H 216 gr. tourment iluec moroient
287 lame ^^^^|
^^^^^H 317 En cest en cest
289 Dolereus de t. ^^^^|
^^^^^H 21S Fera mener
290 ^^^^H
^^^^^H 219 de
292 a un ^^^^H
^^^^^H 33} de bonc
29) ^^^H
^^^^H 23(
294 e. enuoies vies salus ^H
^^^^^^ 22S Ne redoute
297 lé martijuc ^H
^^^H 1. Faute diiférenle de celle de A el qui ne tend
pas la correction moins vraisemblable. ^H
^^^H 2. A et B ont en commun la mauvaise graphie
terra au v. 19;. ^^M
^^^^^^^^^^ LA VIE SAINT JEHAN BOUCHE 6o) ^^^|
^^V 298 Qui molt fort
373 Si dormi un peu ^^^^H
■ 300 C. connut e.
374 Piecha ^^^^H
H AprU )Oo Cuns roii est venus a nas-
378 Prime tierche none miedi ^^^^H
1 sence
381 ^^^1
^^H Qui scur tous rois ara pois-
383 apreste ^^^^H
^^H
pas ^^^^1
^^H- J03 Par
388 Souuenl pense ^^^H
^^H 304 Diuerse
ÂprU }88 Or veutli salmistresvellier ^H
^^H 306 Et V. les pr.
Et labourer et trauellier ^H
^^H J09 remplis
Faire veut soo commende- , ^^^^M
^^H j 1 1 Et li respont que bien s.
^^^^M
^^^1 j 1 2 Que sans respit fait 1.
Il apreste molt bêlement ^^^^|
^^^1 j 1 3 presist se ùce
389 p. se p. ^^H
^^^H 314 Verroit le fil dieu e.
390 Puis entre en le haut estage ^^^H
^^^H }i( vit ains le âncment
391 ^^H
^^F 316 c. le
392 U commencbe une sainte ^^^^H
^^L ) ' 7 ^^^ ^* ^' ^^^^ ''
394 ^^^^H
^^^1 ) 1 8 vos manque
397 Set ^^H
^^^M
398 il ouenre et tant d. ^^^^B
^^^1 )2] LourisoD dieu e.
399 ^^^^H
^^^1 32^ le sachent entendre
401 te ^^^H
^^H 326 Fremeretlorcuersaprendre
402 tu as ^^^^H
^^^H
40) es ^^^^H
^^M 330 Est
405 Toute lenke a ^^^^|
^^H 3]2 se met en
409 m. cornes g. a ^^^^|
^^^B 33J Haute h. en le d.
410 He dex ^^^^H
^^^H 336 sauvechiae
411a entoor ^^^^H
^^^B 337 manijac
412 warde ^^^^|
^^H 338 D. el bois ot
41 3 Le deable et v. jou&te ^^^^|
^^H 339 Contre le s. h. venoient
4>4 a ^^H
^^^1 340 Aouroient
^^^^H
^H H4
417 ^^H
^^^P 346 Molt estoil lerbe clere e.
419 ^^^^H
^^H 347 est manque
420 tu ^^^^^^H
^^H 348 La SCSI
42 r Ton enqae as espaadu ^^^^^^^
^^^B 3 jo La fist II preodom
^^^^H
^^^r 3 j 1 Destrains et de fuellcs
423 Que ^^^1
^[ AprU 3 {2 Tant a pêne a lapiiacle
424 nas tu ^^^^H
^^H Quil i a fait .i. tabernacle
Car ^^^H
^^^B 3(4 II se segne
427 ^^^^H
^^^B 3 }û M. oe set don se doie
428 conuers tai abatu ^^^^H
^^^B 363 et 364 intervertis
429 La ou na ^^^^|
^^H 364 Du
0. aras el ^^^^|
^^^B 366 Li bons hom '
432 Par moi es tu mis a ^^^^B
^^^B 369 ouure
437-38 Lieve sa nain sorti imcroif ^^^H
H ). Les deux mu. ayant rain, on ne doit sans doute pas corriger ratns irtc M. Tobler. .^^^^1
H a. Li est ont fauu conunune i A B* maû
t'ibsurde le^oo de B lai eii propre. ^^^^H
■ ;. Il vaui minu idojitn ce vers que la correoion propotée. ^^^^H
^^M 604
CORRECTIONS
^^H
^^^^^
Lors sasoare demanots
49 > ^^^^^1
^^^^H
De vraie crois quist tant
492 ^^^^H
^^^^H
digne
49 j Ce fu ^^^H
^^^^^1
A .iii. lois (ait sur sa poi-
496 et tr. ^^^H
^^^^^
trine
497 ^^H
^^L_ 4Ï9
Quant a. ni 0.
498 Mats m. icrt p. sa sustanœ ^H
^^^H 44'
Qui ioo-
;os Mais les dames et les meS' ^H
^^^H
Del saint cors qui en
chines ^M
^^^H
Etr.
Les mangaisscnt bien a envii ^^
^^^H
Por home jeter
Mais ce faisoit sains esperis
^^^B ^^^
Quen infer que rcmete en
Qui en celé vertu le tenoit
^^■^ 4S0
lost, Iricherre
Miex que jehan herbe pais- ^^
^■^ 4W
sali fors
^H
^^H Aprls i^2
Qui cuîdoit taire desnoier
Car dex le sauueour metoit ^H
^^H
Fuit sent sans plus del atar*
{07 venoit v. ^H
^^^^^
gier
en ^H
^^^^H ^^^
lec.
{to li mist SDS ^H|
^^^H 4Sf
Deprie que s.
;ii Quede lui icrtli ireticrs ■
^^^^1
Einsi soit il et dex te fâche
;i2 .ii. anspassaet puis U tiers ^1
^^^H 4)7
; 1 1 Quele ne pooit ^^Ê
^^H
b. a mis
m s. auoit gr. ^^M
^^^H 419
tournoie et boute et ire
;i6 La meskeance iert ^^H
^^^^^H 4^0
De parfont cucr pleure et s. s 17-
,19 C'au saint home mist sus a ^^M
^^^^^H 462
Le pêne de sa b. trait f.
tort 2 ^M
^^^^^H 464 alenpree
J2I T. dolor a p. ^H
^^^H 46^
le tn.
12} Con or abat s. ^H
^^^^^^1 467 lesgarde
;2â Or voi jo bien le prouve- ^H
^^^H
d. fait il que p. e.
menche ^^Ê
^^^H 470
Por essaier c.
P7 De le proierc que il fist ^H
^^^H 47>
quist 0.
)J3 Desca tant que jel ^H
^^^H 472
oire
136 C. li sains hatn est ^H
^^^^1 47<'
Ton bel esc rit
ij8 Miex aim monr que ainsi ^H
^^^H 477
cor*
140 Ades ist nule fois ne ^H
^^^^^^1 47S Qu. ot escril se pence
142 Que il ne loi ne ne le toû ^B
^^^H 479
Se pêne eus en sa bouce b.
)44 E. comme une enduse ^H
^^^^m 4^0
Li buhos vint plains dau-
J4S A. gisoit en 1. ^^M
^^^^V
telg.
^46 poure f. ^^M
^^^T Âpris 480
Con il en auoil dcuant trait
147 Qui li a. se prouende ^^Ê
^^^^^_
De letre dor son escrit fait
54$ Ele 1. ele ^^^Ê
^^B 48>
comme de tel
)49 nus ne le puet d. ^^^^^
^^^^ 482
Trestout son f. et
; ) 1 Ne porra en tele m. ^^^^^
^^^L^^ ^^rb 484
Tantost con il voloit escrire
$53 Des acomplir ta pr. ^^^^|
^^^^^K
Molt par lauoit chier nostre
^S3 Comme bons sire ^^^H^
^^^^V
sire
{) t La se gist en molt grant L ^K
^ 48S
Si comme dcuoit
)6o V. voles ^H
^^^H 1. n confinne ici la conjecture de M. Tobler.
H
^^^H 2 . La supposition d'une lacune de deux vers entre
1 1 7 et { 20 est rendue inutile par ^H
^^^B cette lefOD.
- . J
U VIE SAINT JEHAN
{61 enchainte
j62 blasmee
(63 S. de vo groise
568 D. entendes p.
569 Ai parmi le mal porcachai
{70 bons drois
573 Qh^ a tort mis
574 ot c.
$77 Q«''I
S78 En e. j. a
(79 et (80 interterûs
J79 en en sans plus faire
$80 pr. U vi
jSi A .ii. qui b;
\%i ja n.
S8j que reueisse
$84 tr. en nule manière
$86 le s.
J87 Par mon mesFait ai I.
j88 La roinesegnes.
)92 bons hom
$9j esld.
J98 vaurroit
599 fors et os
600 en tr.
601 qui ont este
602 a. en ont esconchis
60} Si conlisent et mal et bien
604 Si troueroit on .1. des siens
60s On feroit tout i,
606 Se jen beuoie
607 Dont a ses os fu
608 Bete mère bien le
609 D. en iere
610 Chou est
611 pitié
612 F. girai parler
615 Cest iniure conter
614 d. dontl.
61 j E. en pi.
617 Voiant
618 m, quil li
619 L. sus fait il douce
620 ne I.
622 vo talent
BOUCHE d'or 60$
623 poes
624 S. jen seure
62 ( d. que quil
626 r. a itant
627 de sorelle
628 Ledit
629 mesEait
630 Tout si
63 1 La verte en a
632 Or conpere chier le d.
633 Del prendome qui dieu
634 Et qui de loial cuer
63) damna
640 s. me d.
642 Le fousse a m.
643 Qui le p. s. pardon
644 s. ou est
64$ parlai
649 C. ce sui je m.
6)0 El deuisede s.
652 a moi 1.
6j4 El li deuise
6)6 Bien le voit cler n.
6i7 Car
6$8 Dusca tant que e!e verra
6$9 Aucune rien qui de li soit
660 Tout maintenant deliuerroit
661 = 6i9
662 Enuoies i sans nule atente
663 Son porroit nient de lui
trouer
664 = 662 «
665 Toutcepuetdezfaireauenir
668 Cilsapresterentesraument
669 De b. armes p.
671 Dnscas
672 b. garnir
673 Por les crueus b.
674 boscages
683 quil 1.
686 Je V.
688 manqut
689 Chi voi aprochier mon t.
690 mame
AprU 690 Ausi bêle ame i aues mis
I. L'interrenioD admise pour les ven 663*4 n'est pas confirmée par B; cependant la
leçon assez confuse de ce nu. poiurait bien être te prodoit d'une coneoioa motivée par
cette intenrersion, qui aniaît existé dans l'autenr common de A B.
^^H 606 CORRECTIONS ^^^^^^|
^^^^^^ Girai contre mrs sncmis
se le ^^^^^1
^^^^^K 693 Puis que vostres pi.
776 le folor ^^^^B
^^^^^H 6«;} a
Apris 780 Por le grand torment de se ^H
^^^^^H 696 se mcnieillent
fille H
^^^^^^B 697
Que le roaleichoas perille ^H
^^^^^^1 698 Scgnor b. p. vus
782 c. tost le relieue ^H
^^^^^^H 699 PI. vus
78) p. si me redoute ^^Ê
^^^^^H 702 BUu segneargi fui amenés
787 pi. scstres confortée ^^M
^^^^^H viues eocor
788 c. lont portée ^^^^|
^^^^^H le
789 gr. ^^^^H
^^^^^^H 709 Quant ilfurenttrestoat venu
792 Ni vaut laissier fors 1. ^^^H
^^^^^^H 71 1 Car t. e. menmenres
79J dolour ^^^H
^^^^^H 714 Post reuint ne vaut pas a.
794 0. pries an ^^^^|
^^^^^H 71 1 0 eus
79) Que il vus doinst c. ^^^H
^^^^^H 7>^ A gr. j. arrière sen vont
79^ Et mourison e. a joie ^^H
^^^^^^H 718 Que a terre
798 Les g. a m. a la t. ^^M
^^^^^^1 720 Le gaainy cont
799 Si commencha une ourison ^H
^^^^^^H 721 en
800 Qui fu de m. s. ^H
^^^^^H 722 plus
802 noas ^H
^^^^^H 72 j con
Aprh 802 Sustance et sain len jetas ^H
^^^^^H 726 U sains hom dont graai
^H
^^^^^H
Et comme tu saouas mon ^H
^^^^^^B 727 Sains saus et plains
cors ^^Ê
^^^^^^1 728 Com il fes ot bien a batu
80 j En lilleenuerslescrueusb. ^H
^^^^^H 729 Son pis en
804 Qui vers moi furent si ho- ^H
^^^H m
nestes ^H
^^^^^H 7)£ A pie encontre I.
Apris 804 Qui ne me pooient destniîre ^H
^^^H
Enke me dounas a escrire ^H
^^^^^H 740 lentree a
Si que ceus de ton trésor ^H
^^^^^H 74 segnies et beneis
Que de ma bouce sachai for ^H
^^^^^H
80 ) Dont mainte bêle ktre en ^H
^^^^^H 74Û M. proient tnolt
ai traite ^^Ê
^^^^^H 747 Del mal qull li ont fait auoir
807 Te prie d . ^^Ê
^^^^^^ 748 espoir
808 Que ce ca 0. ^^^^H
^^^L^ 7S1 le menteresse
810 en ^^^^1
^^^^^H 7^2 m. est molt pécheresse
^^^^1
^^^^1 7U
81 j tout maintenant ^^^^H
^^^^^H 7}4 Conduient
8i3 Comme de parole denfans ^^M
^^^^^H 7{j
819 Je cuer en descrti et ^^M
^^^^^^T 7)7 M. a gr. d. du venir
820 nus hom d. ^^M
^^^^^1 7)^ Que P*»* lui doit secours
822 Eu ot bone nourreture ^^M
^^^^^^
Apris 822 Si deuini saine la dansele ^^M
^^^^B
Con le jour quele fa pucele ^^M
^^^^^H 760 le
825 Du lit saut sus ^^Ê
^^^^^H 76$ balle
834 Con celé qui n. ^^Ê
^^^^^H 768 Biiius c. dous
Aprh 826 Haute nouuele li aconte ^H
^^^^^1 770
Jehan entendes 3 mon conte ^H
^^^^^H 77 que
Par biau miracles le tiennon ^H
^^^^^^1 772 En mon p. ne ne s.
Esgarde con bel conpaignon ^H
LA VIE SAINT JEHAN
BOUCHE d'or 607
Dex U enuoie et tramis
844 Bouche dorée
Voirement est il ses amis
84$ Por celé aventure en seur-
827 Garie sui riens n.
non
8jo II la baisie et s.
846 ot n.
Aprls 830 Dieu en loe le roi celestre
847 V. est n. et molt s.
Sire Jehan fait il biau mestre
848 Pleust a
8^1 De par dieu vus requier b.
8}o En se vie nous est
832 Faitesmeauoiretoeîeetcr.
85 1 Que quant finer dut
83^-834 Je lotroî fait li capelains
8j3 Por f. qui e. portassent
Il le baptisa de ses mains
8j4 reclamaissent
Son non li enposa et mist
8(6 Dusquen sains f.
Trestoute la chites fremist
8j7 feist
83$ Quant il cent legr.
8j8 ce que r.
836 Que d. ot f. par son s.
8s9 T. Icn
837 li pr.
862 Depries tout communau*
839 mist
ment
840 oie f.
863 Gel s.
841-842 De ses escris quil aporta
865 dr. counissance
Et corne dex le conforta
866 De son saint cors qai a p.
Qui en se bouche li posa
867-68 maïujiunt
Or destempre dont escrisoit
869 Nous doinst tous p.
Dont le bêle letre foisoit
Expluit.
843 Toutes les gens dieu e.
A la suite du poème, le copiste a écrit quatre vers, disposés comme
suit. C'est sans doute ici le livre qui parle, et le Mainart dont il s'agit
avait probablement maltraité quelque volume emprunté par lui. On
remarquera les quatre sens (multi, me ametj manet^ 'minet) du mot maint
qui sert de rime commune.
Goulonse mont maintes et '
Biaus sui et bons sest drob con
Mais li baus dex ki la sus |
Es mains mainart ja ne me .
maint.
COMPTES-RENDUS.
Rœmer nnd Romanen In den Donanlnndem. Historisch-ethaogra-
phische Studi«n von OJulius Juso. Innsbruck, Wagner, 1877, in-4», XLtv-
Les pays riverains du Danube sur lesquels les Romains avaient établi leur
domination et où l'empreinte de cette domination s'est maintenue d'une façon
plus ou moins durable sont d'abord ce qu'on appelle TAIemannie, — c'est-i-
dire le pays situé entre le Rhin, le Mein cl le Danube, — puis, en descendant
toujours le fleuve, !a Rhélie, le Norique, la Pannonie et la Mésie sur la nve
droite^ et la Dacie sur la rive gauche. M. Jung ne s'est cependant pas égale-
ment occupé de toutes ces contrées : il réserve pour une autre occasion une
étude sur TAlemannie, et il ne parle qu'en passant de la Mèsie, la plus vaste de
toutes ces provinces, celle dont l'organisation a été le plus souvent modifiée
par les Romains eux-mêmes, et dont l'histoire, depuis qu'ils l'eurent perdue,
est la pîus complexe. L'auteur de l'ouvrage dont je rends compte ne s'est réel-
lement attaché qu'à l'histoire de la Dacie d'une part, et d'autre part du groupe
central, qui correspond â une partie de la Suisse, à la Bavière, à la partie
méridionale de la Cisleithanie et de la Hongrie. Plusieurs de ces pays, qui ont
particulièrement attiré son attention, comme le canton des Grisons et le Tyrol,
ont à peine droit au nom de Donauîanâ. Le titre du livre est donc  la fois un
peu trop étendu et un peu trop restreint. C'est Id sans doute une question
accessoire ; mais celte légère violence faite au sens naturel du mot Donau-
iandir indique déjà ce qui tait la préoccupation constante de l'auteur et la
tendance de son livre, l'idée d'établir un parallélisme constant entre les deux
masses de territoire et les deux groupes d'hommes dont il a voulu étudier le
passé, la Dacie et les Roumains d'une part, — les provinces centrales du sud du
Danube et les Ladins {ou Welchcs, ou Roumanches) de l'autre. Il y a évidem-
ment dans ce rapprochement une grande part de vérité ; mais M. Jung, à
mon avis, l'a faussé en le forçant : il ne peut surtout servir, comme tl le pré-
tend, à soutenir ce qui fait la grande nouveauté et le principal intérêt de son
ouvrage, Â savoir la réfutation de la théorie de Rttsicr sur l'origine des
Roumains.
Le livre est divisé en neuf chapitres, dont les six premiers sont les suivants :
L La conquête romaint |p. 1-21). 11. L'administration des provinces romainu
(p. 32-}9). III. InsiUutions miliiains de l'empire (p. 40-f {|. IV. La consiitution
des Barbara (les Gauen) et les institutions urbaines des Rorrjains dans Us pays
J. Jung, Ramer und Romanen tn den Donautandfrn 609
ianuhitns', la Dacit comme province romaine (p. {6-107). ^* ^t^'^^'om, Comment^
Rtltgion et Uttirotart ; les documents hagiograpfùqius commt tourcts kistomjatf
(p. 108-141). ^1- Conditions sociales des Romans du Danube aux iV° eS V' siktes
MprU J.'C. (p. 142-178}. Lfis cinq premiers chapitres sont en dehors du cercle
de nos études ; nous n'en parlons que pour mémoire. Ils contiennent beaucoup
de faits intéressants qui gagneraient ç et là à èlre plus condensa ; la forme de
M. Jung est un peu lâche, il a parfois le ton du journalbte plus que de l'hlsto-
rien, et le contraste de son exposition avec celle de Rœsler, si sobre et si
élégante, n'est pas à son avantage. Mais l'auteur possède une connaissance
approfondie du sujet, une bonne méthode et une intelligence historique remar-
Iquable. Il est un point, dans cette première partie, qui doit être signalé, parce
qu'il touche déjà à la question capitale sur laquelle je ne me trouve pas d'ac-
cord avec l'auteur. Quelles élaient les limites de la province de Dacie, telle que
Trajan la constitua? M. J. ne s'explique pas sur ce point. Si l'on compare une
carte de l'Or 6/5 romanus avec une carte de l'Europe orientale actuelle, on remarque
que l'ancienne Dacie occupe i peu prés exactement le terrain où se parle aujour*
d'hui le roumain : grand argument, semble-t*il, en faveur de la conùnuité de la
langue latine dans ces limites ! Celle correspondance repose cependant sur une
erreur. Mon ami bien regretté C. de la Berge^ dans son Essai sur lerigRtde Traian,
qui vient de paraître après sa mort {Bibliothique de VÈcok des hautts études^
t. XXXII 1, a démontré, si je ne me trompe, que la province romaine de Dacie n'avait
iamais compris que le pays situé entre la Thciss (ou probablement la Temes)^ les
Carpathes, l'Aluta et le Danube, c'cst-i-dire le Banat, la Petite-Valachîe et la
Transilvanie M. Jung se borne à reconnaître dans cette région le centre et le
point de départ de la vie romaine ; il semble voir la vérité quand il écrit
(p. 100 : • Les colons romains n'habitaient pas eux-mêmes toute la Dacie,
mais principalement le Banal, l'ouest et le centre de la Transilvanie et la
Petite-Valachie. d Mais il ajoute, sans en donner aucune espèce de preuves :
c La romanisaiion finit par pénétrer de plus en plus [dans l'est et le sud du
pays], aussi loin que s'èttndait ta province. Ce progrés ne se laisse malheureuse-
ment pas suivre en détail à l'aide de nos sources, t II y a pour cela la bonne
raison qu'il n'a pas eu lieu. Dominé par l'opinion courante qui étend fort au-
deli de la réalité les frontières de la Dacie trajane, M. J. dit (p. 104) : ■ Les
inscriptions nous montrent des habitants de race dace dam ta province cntOre :
i AIso Itosva, i Thorda, à Karisburg, dans le district aurifère, à Varhely, i
Crosspold, à Tumsevcrin. • Ces localités, comme toutes celles où on a trouvé des
inscriptions romaines en Dacie, sont limitées à l'espace circonscrit par De b
Berge*. Or il est clair que si la province romaine ne comprenait que le tiers
environ du pays au nord du Danube ob se parte aujourd'hui le roumain, la
continuité de l'usage du latin vulgaire est inadmissible au moins pour les deux
tiers de ce pays, c'est-à-dire pour la Moldavie tout entière avec la Boukovina,
b Bessarabie et ta plus grande partie de ta Valachie. Elle n'en devient pas
assurément plus vraisemblable pour la Transilvanie et tes deux autres provinces.
i. Il y aurait 3 examiner de près, si cela n'était un peu trop en dehors da cadre de
la RonuiMia, l'opinioD de H. J. sur les rapporu des Daca avec les Romains après la
soiumttioa.
AMIUÙj VII
i9
6lO COMPTES-RENDUS
Le chapitre VII a pour titre : La piriode des imûsions. Ut Romatu a Us
Germains sur le Danube dans leurs rapports ta uns arec les autres ip. 179-20J).
II aurait fallu indiquer par le litre qu'on ne traitait ici qoe de la Rhétie, do
Norique et de la Pannonie, et même presque exclusivement du Norique, tur
lequel la vie de S. Séverin fournit des renseignements si prideux. Je ne repnxite
pas à l'auteur de n'avoir rien dit des rapports entre Romains et Barbares eo
Dacie^ puisqu'il n'en pouvait rien savoir ; mais je lui reproche précisément de
chercher toujours à persuader à ses lecteurs que les choses ont dCt se paiser
exaaement de mjrae sur la rive gauche du bas Danube et sur la rive droite du
Danube moyen. Ce que je lui reproche surtout, c'est d'avoir complètement
laissé de côlê la Mésie, province danubienne assurément, et dont les destinées
importent beaucoup plus à l'histoire des Roumains que celles du Norique et de
la Rhétie. L'auïeur, dans les rares allusions qu'il y fait, se borne en général i
renvoyer à VHtstoire des Baîgarts de M. Jirecck : il y avait pourtant U matière
à des recherches personnelles : l'établissement ou le passage de tant de peuples
germaniques dans ces contrées, l'inondation slave du Vl** siècle, la donmaiion
tartare qui suivit, .méritaient d'appeler l'attention d'un historien des Romains
et des Romans du Danube. Il aurait notamment été utile de montrer comment
les Slaves, en venant se jeter entre le monde romain et les Romans de l'est,
coupèrent pour ceux-ci les communications avec la source de leur civilisalioa
comme de leur religion et ne leur laissèrent guère que la langue latine comme
souvenir de leur ancienne culture. On oublie presque, en lisant M. )., qu'entre
la Pannonie et la Dacie il y a eu, sur la rive méridionale du Danube, une
immense étendue de pays ronianisée au moins en partie, et qui Test restée en
tout cas beaucoup plus que la première, sans parler de la seconde.
Le chapitre VIH a pour titre : t Ladlns t ou c WeUhes «^ t Roamains » ra
Vclaqaes » et leurs dtstinUs au moyen dge (p. 206-182). Toujours soumis au
même parallélisme, il se divise en deux parties. La première relève les traces de
survivance du romanisme en Bavière, en Autriche et en Hongrie ; tJ y a pcn de
faits nouveaux^ mais ceux qu'avaient signalés Steub et d'autres sont réunis avec
soin et bien expliqués ; il aurait été intéressant de joindre k ces faits ceux qui
concernent l'Alemannîc, — c'est-i-dire le nord de la Suisse et le Wurtlemberg
(voy. Romania^ U 7) '■, — '^^ aurait ainsi un tableau curieux du lent effacement
des vestiges romains dans l'Allemagne du Sud. Ce qui concerne le pays de
Coire est ici fort incomplet ; il y a plus, et des choses plus intéressantes, sur
le Tirol ; en somme les vingt-cinq pages consacrées par M. J. à ce sujet sont
instructives, bien qu'un peu confuses.
La réfutation du système de Rœsler, en ce qui touche l'origine des Rou- *
mains, en occupe près de cinquante. M. J. l'avait déjà faite une première fois
dans un article de la ZeUschnft fur asterrachische Gymnasien, mtitulé ■ les
Commencements des Roumains. » En la reprenant ici, il a laissé de cfilé les
arguments dont on lui avait montré la faiblesse, et il a ajouté ceux qu'il avait
trouvés depuis. Je ne m'attacherai qu'à cette édition revue et corrigée. Elle oe
m'a nullement convaincu. Le raisonnement de Rœsler m'a paru plus solide 1
encore qu'avaat, après ta lecture du livre de M. Jung, parce que celui-ci Vê
J. Jung, Rœmer and Romantn in den DonaaUndern 6l l
attaqué aussi vivement que possible sans réussir i l'ébranler. Touchons quel-
ques-uns des puinls en litige.
Rœster a pour sa théorie une base très-forte dans les paroles de Vopiscus et
d'Eutrope, qui disent expressément qu'Aurélien fit évacuer la Dacie i tous les
Romains. Là-dessus, M. J. accable le pauvre Vopiscus de son mépris, sans
faire attention qu'il a puisé i une source plus ancienne (ce qui le met hors de
cause), et que cette source, comme l'a remarqué Rcesler, est également celle où
Eutrope a pris sa notice. Or Eutrope, qui représente donc indépendamment de
Vopiscos la source commune, a ces quelques mots signiâcatifs : ix urbtbut et
agris^ qui manquent dans Vopiscus. Les a-l-il ajoutés de son chef, ces mots si
intéressants, que M. J. passe sous silence? Assurément non : cet abréviateur i
outrance n'était pas homme à allonger. Le témoignage unique, — représenté
par les deux historiens postérieurs, — que nous ayons sur l'évacuation de la
Dacie est donc aaui formel qu'on peut le désirer : Aurélien transporta sur la rive
droite du Danube les légions et tous les pronmialu^ tx arbibus tt jgrù. M. J. veut
que ce soit li une formule officielle, destinée à atténuer la douleur et l'humilia*
tioo de ta perte d'une prorince en faisant croire que tous les habitants
avaient été ramenés dans la nouvelle Dacie qu'on leur créait au sud du Danube.
Mais pour attaquer une assertion formelle qui remonte certainement i une
source contemporaine, il but au moins des vraisemblances, et M. J. n'en
indique pas une. Il se borne à affirmer (p. 107) avec une assurance incompa-
rable : I Les colons romains, dit-il, et les Daces romansés des hautes classes
suivirent les légions en Mésie ; mais la masse du peuple dace. qui n'avait connu
que tes charges sans tes avantages de la dominatioa romaine, sous laquelle elle
n'était qu'une matière à impôts et à recrues^ la f bète brute de peuple p, comme
l'appelle Shakespeare, qui n'est de tout temps préoccupée que d'intérêts maté-
riels, resta attachée i la glèbe, payant tribut au nouveau maître comme jadis i
l'ancien, ne gardant de l'époque romaine de son existence que le dialecte qu'on
lui avait inoculé : voili les ancêtres des Roumains actuels. * Ne semblerait-
il pas que M. J. ait assisté au départ des provinciaUs^ et qu'il ait distingué les
Daces bien élevés, qui partaient avec les Romains, et tes Daces indigents, mais
pourtant si profondément romanisés que leurs descendants parlent encore latin,
attendant l'arrivée des Goths et des Sarmates pour renouveler leun baux ? C'est
delà pure fantaisie. Ailleurs, M. J. nous parte des Romans réfugiés dans les mon-
tagnes (p. 2 {4K soutenant ainsi tour i tour les deux hypothèses des partisans de
la continuité du tatm en Dacie, qui toutes deux semblaient avoir été décidément
écartées par Rœsler. Ces Ronhini des classes infimes, qu'il nous présente ainsi
comme demeurant dans le pays pour y survivre à toutes les invasions et i
tontes les dominations qu'il eut à subir, étaieot-ce des hommes libres ou des
esclaves? Dans le premier cas« on ne comprend pas qu'ils aient préféré rester
dans un pays d'où avait disparu toute sécunté et que menaçaient des ennemis
sans pitié ; dans le second, on ne comprend pas que leurs maîtres ne les aient
pas emmenés. Tout cela est aussi vague qu'arbitraire. M. J. s'appuie, il est
vrai, sur son rapprochement favori : Eogippe (l'auteur de la Vtta Sctennii dit
que tous les Homam du Norique furent transportés en lulie par Odoacre, et
nous trouvons des Romani bien plus lard en Norique, — donc la source de
6r2 COMPTES-RENDUS
Vopiscus et d'Eutrope exagère comme Eugippe, et les Roumains que ana^
trouvons aujourd'hui en Oacie sont les descendants des Romani restés li Ion
de l'évacuation soi-disant complète. Il serait oiseux de discuter minutieusemon
cette assimilation qui pèche par plus d'un endroit : il suffît de rappeler que
comparaison n'est pas raison. L'autorité du texte qu'ont résumé pour dods
Vopiscus et Eutrope reste entière ; Rcesler a montré qu'une évacuation com-
plète n'avait en soi rien d'impossible : elle devient encore bien plus vrauem-
blable, comme l'a remarqué C. de la Berge, si l'on considère que ta province
de Dacie était trois fois moins grande qu'on ne l'a cru jusqu'ici.
Un argument de Rceslcr qui a particulièrement frappé, c'est celui qu'il a tiré
de U toponymie. Nous connaissons, soit par les historiens, soit par les inscrip-
tions, un grand nombre de noms de villes romaines ; pas un seul n'a vécu
lusqu'â nos jours. Partout où le fait se rencontre, il est l'indice d'une période
de dépopulation complète pendant un temps pour le pays où jl se produit. En
Rhétie, en Norique, en Pannonie même, on trouve encore aujourd'hui des
noms de villes romaines : les barbares ont occupé les emplacements où vivaient
les habitants romains, et ces habitants y sont peut-être, en quelque partie, restés
avec eux. Ici rien de pareil : de Sarmizcgethusa, d'Apulum, de Tibiscum, de
Porolissum, de tant d'autres, le nom jadis célèbre n'a laissé aucun souvenir i ces
Roumains qui descendraient des anciens habitants de la Oacie romaine ; les
efforts laits par certains slavistes pour rattacher à Tierna ta ville actuelle de
Zernets sont regardés comme vains par M. J. lui*mémef qui fait preuve, quand
il le veut bien, de la critique la plus judicieuse (p. 263). Aucune des villes
actuelles de la Roumanie, de ta Transilvanie, du Banat ne se trouve sur Teffl*
placement des anciennes cités romaines ; les ruines de celles-ci sont sous terre,
oubliées depuis seize siècles et utilisées seulement par les archéologues modernes.
S'il est resté quelques Romani en Dacie, comme le veut M. J., il faut qulls
aient été bien rares et bien misérables, pour traîner leur vie dans les chanps
sans même prendre possession des villes abandonnées ; il faut que les nouveaux
maîtres, pour lesquels, d'après M. J., ils travaillaient comme jadis ils avaient
fait pour les anciens, aient été bien stupides, habitant le pays, pour ne pas
s'emparer de ces belles cités qu'on leur laissait. C'est qu'en réalité les maîtres
de la Dacie étaient des nomades, qui n'avaient pas plus besoin de villes que de
fermiers, et qui, s'il resta quelques traînards dans U province après le dépail
des habitants, les tuèrent sans doute ou les emmenèrent comme esclaves. Com-
ment des malheureux, assez isolés pour ne pouvoir habiter une seule des villes
toutes bâties qu'ils avaiint  leur disposition, auraient-ils avec le temps fondé
la nationalité roumaine, quand après les Sarmates, les Gépides et les Goths,
vinrent les Avares, puis les Cumans, puis les Petchénègues, toutes ces hordes
dévastatrices qui, exterminées enfin, laissèrent le pays i l'état de désert? Aucune
ville roumaine n'est plus ancienne que le XIV" siècle : pendant mille ans^ il n'y
a certainement eu dans ces pays aucune vie civilisée. — La réfutation de l'argu-
ment tûponymique que donne M. J. n'est pas, je suis forcé de le dire, d'une
complète bonne foi. Qu'on en juge. Voici le texte (p. 240-241). < Rtfsicr a
prétendu qu'il ne s'éuit conservé en Dacie aucun nom de lieu de l'époque
romaine : c'est encore erroné. Ici aussi, en effet, comme dans d'autres ré^oi
b
J. JuNC, Ramer und Romanen in den DonaaUndern 613
de l'anciett Orhu romanus, un certain nombre de cours d'eau a conservé les
noms de villes et de localités romaines : c'est assurément un témoignage pour
\à continuité ininterrompue de la population. Récemment, quelques savants,
Vappuyant sur ce fait, ont même essayé de déterminer la place de villes
antiques, dont on ne connaît que le nom, d'après celui de localités modernes.
Au reste, on avait depuis longtemps appelé l'attention sur cette continuité de
la nomenclature en Transilvanie : Rœsler n'a pas relevé te fait ou plutôt il a
altéré le véritable état des choses en faveur de sa théorie, procédé qu'on ne
peut guère approuver, i Ce qu'on ne peut approuver, c'est le reproche fait ici
à Rœsler : on l'accuse de ne pas avoir tenu compte des observations faites
avant lui sur la continuité de la nomenclature romaine en Transilvanie, et en
note, après avoir cité li-dessus Krepert. Tomaschelc et Massraann, on avoue
que leurs rapprochements n'ont ncn de probant et que * nach dem gegenvrxr-
ligen Stande der Forschung, hcechsiens eine oder die andere der ronnischeti
Mansionen und Stardte ihren Namen bewahrle >, et comme on ne cite même pas
ces exceptions prétendues, on avoue par là qu'on n'en connaît aucune. Il est vrai
qu'on affirme que ■ la nomenclature rurale est restée ce qu'elle était », mais c'est
U une assertion gratuite, sur laquelle nous reviendrons plus loin : une nomenclature
roumaine n'est pas une nomenclature roma'mt. De même, le texte nons dit que des
savants contemporains ont essayé de retrouver des villes antiques à l'aide des noms
modernes : la note nous apprend que ces essais se bornent à une hypothèse de
Irt Hirschfeld, hypothèse dont M. Schuchardt a montré le peu de fondement
Reste donc la première affirmation : Roesler a dit que la nomenclature de
l'époque romaine avait disparu de la Dacw : c'est une erreur; plusieurs cours
d'eau ont conservé les noms des villes romaines. Les exemples sont : l'Ompoly,
la Berzava, la Czerna, le Motru^ qui représenteraient les noms d'Ampelun,
Bersovia, Tierna et Amutrta ; le pays riverain du Szamos s'appelait du temps
des Romains Samus. Je doute que toutes ces identifications soient assurées :
Cztrna par exemple est un nom de rivière slave si fréquent qu'à moins de
regarder le nom dace de Turna comme slave, ce que M. J. se refuse à faire
avec raison, il faut renoncer à tout rapprochement entre les deux ; la relation
entre Ampetum et Ompoly (pr. Ompàlj) est assez incertaine ; il n'est pas très
sûr qu'Amutha fût au confluent du Motru avec la Schyl. Mais ce qui n'est pas
douteux, c'est ta persistance des noms de rivières Maros, Theiss, Ternes, Aluta
et quelques autres, Cela ne prouve pas grand'chose : tous ces cours dVau sont
des affluents ou de prochains sous-affluents du Danube : leurs noms ont été
conserves par les habitants de la rive méridionale. Un seul fait exception : c'est
le Szamos, qui se jette dans la Theiss après avoir arrosé tout te nord de la
Transilvanie. Mais le Samus, qui figure dans une inscription très mutilée
(C. I. L. m, S27), est-il, comme te veut M. J. après les éditeurs du Corpus^
h région riveraine du Szamos actuel'' Rien n'est moins assuré : c'est un simple
rapprochement qui s'offre naturellement à l'esprit, mais qui disparaîtrait
peut-être si nous avions t'insaiplion en entier. D'ailleurs, si on évacua la Dacîe,
c'est que les Barbares y faisaient des incursions incessantes : il n'y a rien
d'étonnant i ce qu'ils aient appris ainsi et transmis i ceux qui leur succédèrent
quelques dénominations de géographie purement physique. Le gnnd tait indiqué
6l4 COMPTES-RENDUS
ftr Roflcf reste donc avec loate u signiftcalioa : la nomenclature roDuiac
dei lieux hibit^, qui nous est très richement connue, a coniplétenicnt dispan
de celle partie du pjy(, hjbité aujourd'hui par les Roumains, <]tti foniait
jadis la province de Dacie.
La nomcoclalure roumaine des montagnes de Transilvanie [ainsi que œtleda
Hthar, i laquelle M. J. consacre un appendice) ne saurait absolasKal ricH
prouver. Rtrslcr a diji remarqué que cette oomenclature contient en gmd
nombre des éléments formatifs d'origine slave : on n'a donc aucun droit de II
faire remonter plus haut que l'époque oti le roumain s'est imprègne de slivt.
Toutes les subtilités de M. J. sur cette question du mélange des Otiats
slaves et roumains ne peuvent aflaiblir celte évidence. Il n'y aurait qu*m oajti
d'y arriver, ce serait de regarder les Daces comme des Slaves, et de nir éam
l'élément slave de la toponymie et de la langue roumaine un reste de rêtiseM
indigène de la Dacie. C'est ce que fait un savant traosilTamea cilé fat
M. Jung ; mais celui-ci a été i trop bonne école pour accepter sne porcAe
opinion : il faut donc qu'il reconnaisse, comme il paraît d'aillean le iaîre i ■
endroit (p. 299), que cette 'nomenclature doit être prise conuoe U bapcn»-
maine elle-même, avec un fort mélange de slave ; dès lors elle perd loai âflUi
pour la question des origines.
Rœsler avait constaté que du 111* aa XIll* siècle il n'était pas fil a BMéa
Romans au nord du Danube, tandis que ceux du sad i|niiii liiiiiiii pfen Ml
M. i, répond que ceux-U même ne sont pas nommés avast Tis fy6. Cest mt
erreur. Sans parler des soldats de Comentiobs en {79 (Rceskr, p. i«^ i te
rappiler ce que Covsuitin Porphyrogénéte, qui écrÎTak an mSm et X« aèdt,
dit dcf Romans dn s«d dn DaMbe an VI* sîêde, dass des poK^^s fi^ diB
M. SchttcKardt {Wti. Àts Vatgdrl., m, (2) et ^ f ai d^ ioàt^aà ks 0, t«.
Puis, «ne fois qu'ils OM tait kureMrèe su U seèae, ces « Bbs • 4e Tteafe.
de MacMoNie et de Mésie y jonesl as rdie împortameA sobc ooitfHdlvA
■MtioMili : sNli cfaKM et te iiiagJpîni de Tamn €àtà àê DHite, tahi
pwtrtW ^*m iVi dit rie» dÀ? Oe mil pecnfate à b ii§^im s m ac p«^
MliMMÀét larpqrt. ■»«■ cb parie trèMon^ cmhc haAriièpvfes
Ommb et la McMstfMS^ k «afte part <m «e fait iMiua fi
iMPil» et ai»ii— i \mmàu i on ariba ovdL M. J. àfc. a m
difrk Rarivr, mt cfcvte 4e 1 1 $4 fa pnnc qpe é^ le Mri ée % l
^BVHBMBIH pis VMi 9^* I^B «aanSIB T ^^BB K ^^B ^K M^B S^^Kf^B
sèdnliiRMaB 4eDKac ■■■■■ è^ fiiinnliH 4s T>n ■-! ^n
!««• «mmAi pm mL. — Mdw MfipiK fK rCa^p^M es TaitaiBs
Mp«^ «1 CB ««SB Vdifin, «B as Bi^a, asMa^ui ,»^i
K CavriM. par «M«^ 4 nuif y i «i ii \ a-^tfn: .
J. JuKG, Ramer und Romantn in dtn Donaulandern 61 5
refuge ; mais il fut saisi par des VaUques auxquels le bruit de sa fuite était
arrité, et qui le ramcn^ent i l'emperear : xol -tCm tîk PodccCic Apfwv X«6o(Uvoc,
c; to'intW np-ôi; pa-nVéa t:a>iv àTT^ycro. Il résulte évidemment de ee passage que
des Valaqucs arrêtèrent Andronïc i l'entrée des montagnes gallicicnnes, c'est-
i'dire vers le nord-ouest de la Moldavie. Faut-il en conclure que la Moldavie
était alors rouniaine? Assurément non. Il résulte de textes que j'aurai occasion
de citer dans un autre article qu'au XVIII' siècle cocorc la Moldavie était occu-
pée par des peuples variés, dont les Roumains ne formaient qu'une partie.
Mais les populations, de race quelconque, qui, ayant adopté la langue latine,
sont devenues les populations roumaines actuelles^ ont manifesté pendant des
siècles et manifestent encore partiellement le goût le plus vif pour la vie
nomade. Ce sont des vagabonds vataques qui occasionnent en 976 la plus
ancienne mention du mot D>&-/ot ; dans presque toute la région du sud du
Danube, les Valaques mènent une vie errante, généralement comme pâtres ,
c'est comme pâtres qu'ils apparaissent à peu près partout où leur apparition a
été notée par les historiens ou constatée par des chartes (cf. Jung, p. 348) ;
c'est coinine pâtres que Roesler admet qu'ils ont traversé le Danube pour
prendre possession des vastes prairies de la Roumanie et des vallées alpestres
de la Transtivanie. Que Rœsler ait un peu trop avancé l'époque de cette inva-
sion lente, insensible et continue, qu'il y ait eu des nomades parlant roumain
au nord du Diinubedês le XII* siècle, c'est ce qui n'importe pas essentiellement
i sa thèse : rien ne prouve que ces nomades, parcourant ta Moldavie, laquelle
n'a jamais appartenu aux Romains, descendissent des anciens colons de la Dacie
plutAt que de ceux de la Mésie.
Le chapitre IX du livre de M. J. est un appendice contenant quatre digres-
sions relatives au district montagneux de Bihar (limitrophe entre la Hongrie et
la Traasitvanie) : la dernière, due i un savant du pays, donne une liste de
noms d'arbres et de plantes dans la forme du dialecte roumain de ce district ;
ces noms ne diffèrent en général des noms roumains ordinaires que par l'ortho-
graphe adoptée ici ; ils ne justifient assurément pas les réflexions admiratives
de M. J. sur € l'énergie avec laquelle le génie du latin s'est enraciné sur le sol
dacique et s'y est perpétué pendant plus de quinze siècles. » Ceux de ces
noms qui sont latins d'origine se trouvent aussi bien dans tout le domaine
roumain et ont été importés dans le Bihar avec te reste de la langue. — Ce
petit vocabulaire mal rangé est précédé d'une liste de noms de lieux roumains
dans le Bîhar qui n'offre également que peu d'intérêt, dénuée comme elle l'est
de toute explication. On en peut dire encore plus de ta seconde t digression i»,
qui prétend prouver que les Magyares altèrent sciemment tes noms de lieux
roumains pour tes déguiser, et qui prouve seulement qu'ils en rendent le
son avec leur orthographe. — Enfin la première digression, faite à t'aide des
travaux récents des statisticiens, tend à établir et n'établit nullement que les
Roumains du Biliar y sont plus anciens que les Szelcler, les < Saxons d et les
Magyares. Pour appuyer son opinion, M. J. va jusqu'à insérer des observations
L sans aucune valeur, par exemple le prétendu style roman dans lequel les Mozes
ïl6 COMPTES-RENDUS
(nom des habitanls roumains de ces régions) bâiissent leurs maisons : * Porte et
fenêtre sont en plein cintre, etc. i Je ne savais pas que le style roman reinon*
tait au temps de Tempire romain! Ailleurs on signale les ressemblances entre
le système des pâtures des montagnes en Transilvanie et en Suisse, ressemblances
qui doivent tenir i ce que dans les deux pays les populations sont originairement
romaines ; ou on déduit l'établissement des Roumains dans le Bihar au Xlll" siècle
de ce qu'une espèce de kermesse, commune k plusieurs villages hongrois et rou-
mains, remonte, d'apris la tradition^ à une victoire remportée en commun sur les
Mongols en [ 342 ou 1 246 1 Les Roumains, si nombreux aujourd'hui enTransil-
vanie, n'ont pas de nom ï eux pour ce pays : ils l'appellent Ardila, ce qui est
évidemment le mag. Erdtïy (= pays des forétsK M. J. a l'air de douter, avec
un auteur qu'il cite, de l'identité des deux noms, puis en note il explique, avec
un autre, ce nom par le fait que f les Valaques occupaient les montagnes et
les vallées, mais n'étaient pas les maîtres du pays. * fl est cependant probable
que si le pays avait été habité lors de la conquête magyare, il aurait eu un
nom, et on n'aurait pas eu besoin de lui en fabriquer un différent en latin
(Trens-iUvania)^ en hongrois {Erdily) et en allemand {Siehtnbûrgtn}. Tous les
faits que rapporte M. h concordent d'ailleurs  prouver que les Roumains sont
arrivés en Transilvanie, comme ailleurs, par petites troupes, surtout comme
pâtres, et qu'ils se sont d'abord restreints aux pâturages de montagnes qui
n'avaient pas de maîtres. Au reste, qu'ils y soient venus avant ou après les
autres occupants du pays, cela peut avoir un intérêt pour les luttes actuelles
entre ces diverses nalionatilés, mais cela ne touche pas à la question de savoir
s'ils y sont restés depuis le 111* siècle. Les Magyares et les Saxons ne sont li
que depuis le XII" siècle ; auparavant le pays était désert, et quand quelques
bergers valaques y auraient mené des troupeaux, cela ne changerait rien i la
question.
M. Jung dit assez mal à propos, en parlant du témoignage de Vopiscos sur
l'évacuation de la Oacie : c C'est dommage que ceux qui voulaient y faire
croire les autres n'y crussent pas eux-mêmes (p. 242) •; et ce qui le prouve,
d'après lui^ c'est que Renier a écrit un livre pour démontrer un fait que le
témoignage de Vopiscus, s'il y avait cru, aurait suffi à établir. On peot se
demander avec plus de raison si M. J. croit lui-même à la thèse qu'il soutient.
Il réduit les débris des Romani restés en Dacie à quelque chose de si insigni-
fiant qu'en vérité on ne comprend pas qu'ils aient pu avoir jamais la moindre
importance ethnographique. Il reconnaît qu'il y a eu une forte émigration rou-
maine du sud au nord du Danube (p. 248), seulement pas une émigration f au
sens de Rcesler » ; il constate aussi (p. 2^8) • que le centre de gravité des
masses roumaines s'est, dans le cours du temps, transporté du sud au nord •>,
Il essaie Irés-mullement d'atfaiblir la portée des remarques de Roesler sur le
caractère ancien et bulgare des mots slaves si nombreux en roumain ' ; et il ne
trouve rien à répondre à l'objection, décisive en effet, de M. Schuchardt» liréc
de l'étroite ressemblance du roumain du sud et du roumain du nord, non plus
I. ce qae M, J dit là-dessus d'iprèa le livre de Jirecek (p, 2f4, aj?, 218) est trop
vague pour être sérieusement discuté. Notoru d'ailleur» que M. Jire»k ic range, sur
l'origine des Roumains, à l'opinion de Rosier.
3. Jung, Ramer und Romanen in dtn DonaaUndern 617
qu'i celle, également fone, qui résulte de l'influence albanaise constatée dans la
grammaire et le vocabulaire du roumain ; il se borne i dire que • la th^ de
l'iramigration doit alors se formuler autrement (?) et se fonder exe lusi veinent
sur une base linguistique (p. 343) ». C'est presque abandonner la partie.
Si on veut que Rœsler la gagne tout 1 fait, il faut^ après avoir lu l'ouvrage
de M. Jung, relire dans les Romanischt Staiiien (cf. Rom,, I, 2^8) le chapitre
qu'il a prétendu réfuter. On y trouvera une loule d'arguments subsidiaires dont
M. J. o'a rien dit, par exemple l'absence de toute mention de la régioo rou-
maine au nord du Danube dans les documents ecclésiastiques du moyen âge.
Ces Romani demeurés en Dacie étaient-ils restés païens? adora-t-on Jupiter en
TransilvanJe jusqu'au XII" siècle? S'ils étaient chrétiens, qui lésa convertis?
Comment n'avaient-ils pas d'évéques? Où prenaient-ils leurs prêtres? Quand
Vnlftla eut baptisé quelques Goths dans le pays qui est aujourd'hui le Banat ou
la Valachie, il dut passer le Danube avec eux, en 348, pour échapper i la colère
de ses compatriotes; et cependant une population chrétienne aurait vécu li, sans
que personne en ait jamais dit un mot (Rccsler, p. 88)! — Outre les argu-
ments présentés par Rœsler, ceux qu'on lui a opposés et qu'il a réfutés sont
pnit'ètre aussi frappants en sa faveur : tous les faits qu'on a cru découvrir à
plusieurs reprises, attestant l'existence de Roumains au nord du Danube avant
le XII* siècle, se sont trouvés être des erreurs grossières (comme l'ornement
d'église dont l'inscription porte 1^7; et non la;}}, ou des fabrications (comme
la fameuse chronique hongroise du notaire anonyme du roi Bêla ')■ £t cependant
les Roumains sont presque tous convaincus qu'ils habitent leur pays actuel
depuis l'époque romaine : ils cherchent avec ardeur les preuves de leur antique
établissement dans ce pays, et ils n'ont pu réussir k en découvrir un seul
vestige.
Les Roumains accueineront avec empressement l'appui inattendu qui leur
vient, comme le coup qui les avait frappés, d'une université autrichienne^. Je
sais cependant qu'il commence i y en avoir parmi eux qui préfèrent la vérité et
la science aux inspirations d'un patriotisme mal dirigé, et qui, au lieu de
s'évertuer à prouver leur antique établissement en Dade, ont i cœur, ce qui
est d'un intérêt bien plus grand, même au point de vue national, de préparer,
par des recherches historiques et linguistiques, un rapprochement entre eux
et leors frères du sud du Danube, encore si mal connus, et qui cependant
ont eu au siècle dernier une si intéressante période d'activité intellectuelle.
J'ai déjà eu occasion de dire, en rendant compte du livre de Rœsler, que
les Romans de l'est s'abusaient en voyant dans la thèse de l'immigration une
offense pour leur sentiment national. Tout homme éclairé parmi eux doit com-
prendre aujourd'hui qu'il ne peut plus s'agir d'être des « Romains » et des
■ fils de Trajan ». Si c'est un grand honneur de descendre des Romains de
l'Empire, je ne saurais trop le dire : en général, on ne nous fait pas du « peuple-
roi t de ce temps un portrait extrêmement flatteur; mais ce qui est pariaite-
I . M. J. essaie (p. 399) de prouva- que ce romancier atteste l'opTaJon de
il eit fon possible qu'au xm* siècle les Magyares a'aieoi pas su que les Aoun
de nouvuux venus en Transilvinie.
1. lli l'om déji hit : voy. nom., vil, 479.
Eon temps;
Aoumaioi éuieot
6i8
COMPTES-RENDUS
ment sbr^ c'est que les Roumains n'en descendent pas. Les colons amenés en
Dade par Trajan avaient été appelés de toutes les parties du monde romain
(surtout d'Orient), excepté précisément d'Italie ^voy. Jung, p. 91). Au reste»
avec la théorie de M. Jung, ce ne serait que la lie de ce peuple mélangé qui
serait restée adhérente au sol de la Dacic : belle succession i revendiquer! Je
ne crois pas non plus que^ fussent-ils demeurés immobiles dans l'ancienne pro-
vince de Oacie, les Roumains eussent des droits à s'appeler Daco-Romans : je
pense qu'il resta bien moins de Daces dans la province que ne le suppose M. Jung,
et quant aux Daces demeuras indépendants hors des limites de la province, ils
n'ont évidemment pas plus d'importance dans la question que les Cumaos ou
les Pelchénègues. Mats quel avantage y aurait-il pour les Roumains i avoir
dans leurs veines du sang dacc plutôt que du sang illyrien, thrace et peut-
être cdte (car les Celtes de Pannonic ont dû pénétrer en Mésie)? Si ce sont les
descendants 1 la cinquième ou sixième génération des colons amenés par Trajan
en Dacie qu'ils tiennent à avoir pour ancêtres, la thèse de Timmigration ne les
leur enlève pas : en effet, ces cotons, transportés en Mésie. contribuèrent assu-
rément pour une très-large part à la formation de ces Romans ou Valaques de
l'empire d'Orient qui, aujourd'hui, sont partagés en deux groupes inégaux', l'un
au sud, l'autre au nord du Danube. L'un de ces groupes a réussi i fonder une
nation, au moins dans sa masse la plus importante; il a une littérature; il
vient de conquérir son indépendance. L'autre, qui au moyen âge a eu de bril-
lantes destinées, est aujourd'hui dispersé et n'a pas conscience de lui-même. Il
n'en est pas moins le tronc primitif dont celui du nord s'est lentement détaché.
Placés entre les Illyriens, obstinément fidèles A leur idiome et à leurs mours
nationales, et les populations grecques ou grécisées de Macédoine et de Thrace,
les Romans d'Orient avaient déjà de la peine à conserver leur langue et leur
nationalité dans le sein de l'empire byzantin. Ils subirent de plus rudes
épreuves encore quand les Slaves se répandirent sur toutes ces contrées et ks
isolèrent de l'Italie, 06 le Friout, avec son dialecte voisin du roumain, montre
encore l'endroK de la brisure. Les Romans de la Dalmatic et de nityrie ont
été presque absolument slavisés ou se sont italianisés plus tard; ceux delà
presqu'île du Balkan ont résisté, et ils sont arrivés, en s' affaiblissant il est vrii
chez eux, i franchir le Danube et à se créer une patrie indépendante : leurs
descendants, qui ont recueilli le résultat de longs et insensibles progrés, seraient
ingrats de les renier. Ces descendants, à la vérité, sont intimement mêlés i des
honmes d'autre provenance. Plus on étudie la formation de la nationalité roumaine
plus on voit que l'assimilation d'éléments slaves y a largement contribué : mais
le principe roman et romain par excellence n'est-il pas préciséments connue
j'ai eu occasion de l'énoncer dans les premières pages de ce recueil, la fusion
des races et la subordination du sang à la culture.^ Les Roumains donneront un
viril exemple et la meilleure preuve de la sûreté de leur conscience nationale
quand ils étudieront et enseigneront leur histoire loin de tous les préjugés et de
1. C'est sans doute par une simple Inadverrance que M. J. évalue (p. ajo) 1 huit
millions les Roumains da sud du Danube : ce chiffre est i peine atteint par cetuc du
nord. Les Roumains du sud, d'après la moyeane vraisemblable des évaiaatiotts irèl
Tariées dont tli oai été l'objei, ne doivent pas compter plus d'un million d'indiridas.
C. VON Lebinski, Du Dulimtion dtr Sttbitanîiva in der OU-Sprache 6 1 9
toutes les illusions d'un autre âge, et qu'ils chercheront la garantie de leur
avenir dans l'inielligence du présent et non dans l'exaltation vaine d'un passé
fictif <.
G. P.
»
*
I
Die Declination der Substantiva in der Oîl-Sprache. t. Bis auf
CresticQs de Troies. Philologische Inaugural- Dissertât ion iBreslauj.... [von]
Casimir von Lebi?ifik.i. Posen, 1878, in-8', \^ p.
Un élève de M. Grsber nous donne ici le commencement d'un tableau histo-
rique de l'ancienne déclinaison française, examinée seulement dans les substan-
tifs : M. de Lebinski arrête pour le moment son étude au Xll" siècle. Elle est faite
avec beaucoup de soin et d'intelligence, et sera assurément très utile à coo-
snlter. J'en relèverai les points les plus saillants, en présentant quelques obser-
vations.
L'auteur commence, avec raison, par distinguer la déclinaison masculine et la
féminine; il glisse trop légèrement sur le neutre, qui n'a pas laissé seulement
dans la langue vulgaire les traces de pluriel qu'il indique; le singulier s'est
maintenu plus qu'on ne le croit communément. — A propos des mots comme
prophite^ pape (mots savants d'ailleurs), traités en féminins, M. de L. cite i tort
comme une exception H prophète dans S. Bernard : /i est ici le nom. sg. fém.
de l'article. — Dans la question de savoir si lesnomin. fém. vertaz^ riens, etc.,
sont en français antérieurs ou postérieurs aux nomin. vertut, rien, etc., M. de L.
se range i mon avis contre celui de M. Tobler (cf. fiom.,!!, loj), et il explique
les formes avec s qui se trouvent dans la Passion par les habitudes méridionales
du scribe. Au reste^ M. Tobler ne prétend nullement, bien entendu, que nrtuz^
riens représentent virtus, res; mais il pense que déjà en gallo-roman on avait
ajouté à la forme de l'accusatif une s empruntée à l'ancien nommatif ou au
nominatif masculin : virtute-s, rem-s : par conséquent il importe peu à sa théorie
que chaire {caurm vienne ou ne vienne pas de càhr ; cependant ce mot isolé
{suer de sôror est dans d'autres conditions) est embarrassant, et on accueillera
volontiers, sauf contrôle ultérieur, ta proposition de M. de L. d'y reconnaître
Tinlin. calcre devenu cnlere et pris substantivement. — Pour expliquer un grand
nombre de dérogations apparentes aux règles de la déclinaison, l'auteur expose
avec toute raison la tendance de l'ancienne langue à employer les abstraits au
pluriel et s'en sert très heureusement pour restituer, en y remplaçant le
singulier par le pluriel, beaucoup de passages qui semblaient gravement
incorrects. — Indiquons encore l'excellente correction de passages de Be-
I Cet articte éuh imprima quand j'ai prit coosaissance du remarquable arride de
M. Tomaidick daiu ta Ztiuchtijt fur die mUrreich. Cymatjien, XXVIIl (1877), p. 441-
4JJ. Tout en rendant iiutice aux mérites du livre de M. t., et en accoids&i même à ses
obiections «ntre Renier plus de force que je ne sois porté i le faire, M . Tomaschek
déclire qu'il n'est pas converti i sa thèM. Il peue que tous les Roumains Ktueb om
leur orîKuie au sud du Danube : seulement il ne ctoïi pas qu'ils descendent des Romani
de la Miuie, r>our lui ce sont les Besses romanisis, peuple de jnationalité thracc établi
dans la ré^tm centrale àc l'Himas, qui, en se dispersant de divers dlés, ou produit à
la fols les VaUquet du sud et ceux du nord. Cette opinion, qui est i examinei, fie
toufae pas au fond de la question : elle implique, comme celle de n<e»la, la aocKt^nti*
nuitè de la tangue laiiDè en Dicie.
630
COMPTES-RENDUS
ne«it où figure le mot eschaajau;, tandis qu'il faut y lire chaajaut. En
revinche, dans ce vers De la lanche traicha H jtrs [Trok 2^64), il n'y a pas
de faute : U ftrs est le sujet de la phrase. — Notons <p. 27* des retnarqii«
intéressantes, nouvelles, si je ne me trompe, et appuyées d'exemples sur
l'emploi du singulier où on altendraîl le pluriel, dans des locutions compara-
tives, par ex. 11 jurent corne pon {= jacucrunl sicul porcus), trop Jirent ^at
vilains [= quod villanus). — Compainz est rangé (p. jii avec nia et ctuas
parmi les mots qui avaient originairement une ; au nom. sg.; il cfil fallu donner
des explications sur ce mot, auquel on doit joindre goûscvinz dans le RoL et
hourgoinz qui est fréquent. NU, que l'auteur lit, avec l'éditeur du Tiiitan, i la
p. 1)0 du poème de Berol, et qu'il essaie d'expliquer, est impossible : les
formes de régime qu'il en rapproche, mtndie, main, fil, suer^ sont tout autre t
chose. Au lieu de La mestec àcsor nos n\i il faol lire La mesla du or vos vii. —
Signalons une note sur avoir nom (p. j t), une étude particulière des diverses
façons de traiter syntactiquement le mot gentcp. 42}, et enfin une très intéres-
sante digression sur l'emploi du nominatif en apposition, même à un mot au
régime (£ U àac Guillaume, sis sue; Puis par Richart^ uns stuits amis, etc.). II
n'est pas sûr que l'explication de M. de L. s'applique à tous les cas qu'il ctte,
mais elle est certainement juste pour plusieurs d'entre eux, et elle fait honneur
à son esprit d'observation. — Les conclusions de ce petit travail sont fudî-
deuses, et l'auteur, qui a abandonné la chimie pour la philologie romane, et
qui montre par la méthode qu'il emploie sa bonne éducation scientifique, em-
prunte d SCS anciennes études une heureuse comparaison pour l'objet de ses
études actuelles. Souhaitons qu'il termine l'examen qu'il a entrepris : il reprendra
sans doute alors celte première partie ; il étendra le cercle de ses recherches, I.
enfermées dans un trop petit nombre de textes ; il classera plus rigoureusement
ceux qu'il emploiera, et ne mettra pas par exemple dans la même période le
S. Brandan et les Sermons de S. Bernard ; tl réparera certaines omissions, comme
celle des noms de ta j° décl. latine semblables k lion, mouton, qui n'ont dés les
plus anciens textes que la forme du régime ; il examinera un point important
qu'il a laissé de cAté, t'influence de Vs de flexion sur la consonne Bnale du
thème, etc. Il a toutes les qualités qu'il faut pour mener i bonne fin cette
tJlche intéressante et considérable.
G. P.
Ueber die Verbalflexion der œltesten franzcBslBchen Sprach-
denkmeelerf bis zum Rolandslied cmschtiessiich. inauguraUDissertation
.... von Heinrich Kreusd. Hcilbronn, Henninger, 1878, iri-8*, ja p.
Cette thèse a été préparée dans le séminaire roman de M. Stengel à Marbourg;
elle fait honneur à la méthode qu'on y enseigne. L'auteur commence par établir
que les travaux antérieurs sur ta malicrc ne rendent pas une nouvelle étude |
inutile ; il montre notamment les lacunes et les erreurs que présente le travail I
de M. Trautmann sur la conjugaison du Roland*, et il Indique ensuite le trait (
I. Il est bon de signaler le plagiat commû à l'égard de M. Trauirnann par M. Le-
nander dans une dissertation parue i Lund en 1874, plaçai indiqué par M. Freunii
(p. 7).
H. Freund, Ueb. d. Verbaîjlexion d. dtlt.franzœs. Sprachàtnkmdtf 62 1
caracténslique de son travail, qui est de distinguer soigneusement ce qui appar-
tient i la phonétique de ce qui revient à I2 flexion, et sabsidiairemeot de mettre
à part les faits traditïonaelSj qui remonteat au latin, et les faits nouveaux, qui
sont proprement français. M. Freuod a rigoureusement exécuté le plan qu'il
s'était tracé \ je lui reprocherai seulement un excès de concision et de conden-
sation qui ne rend pas toujours aisées la lecture et la prompte intelligence de
son mémoire. En outre il prend pour base la conjugaison latine, non pas telle
qu'elle nous apparaît et qu'on l'enseigne dans nos écoles, mais telle que nous la
révèle l'analyse de la science grammaticale moderne : il en résulte que le lecteur
est quelque peu désorienté, Enfin il se borne trop souvent à la simple consta-
tation des faits, sans chercher il en retrouver la getûsc, ce qui rend son opuscule
bien sec et lui enlève beaucoup de l'intérêt qu'il pourrait avoir. On peut aussi
lui reprocher d'avoir puisé dans un trop petit nombre de textes : qu'il ait
écarté la Pûssion^ rien de mieux, puisque la restauration française de M. Lùc-
Icing ne l'a pas convaincu plus que moi ; mais on s'étonne qu'il ait laissé de
côté le Psaatur d'Oxford (sans parler du PiUrinage Je CharUmagnt). En
revanche, on ne peut que rendre justice ï la solidité du travail de M. Freund,
ï sa circonspection, ï sa pénétration, à son exactitude ; les résultats qu'il a
obtenus peuvent être considérés comme acquis, et quelques-ans ne sont ni sans
nouveauté ni sans importance.
Sa dissertation est divisée en quatre chapitres : A, U suffixe personnel; B. U
suffixe modal; C, Formation Jes îtmps 1 D- Voyelle de ILauon et de dérivation. Je
crois qu'il eût été plus simple, au lieu de rejeter dans ce dernier paragraphe
tout ce qui constitue les différences des conjugaisons latines, de s'en tenir i U
vieille division, moins scientifiqne, mais plus commode : le français n'ayant plus
aucun sentiment de l'existence, dans amamtu par exemple, d'une voyelle de
liaison et d'une voyelle de dérivation fondues dans te second a, il me paraît
inutile d'encombrer notre grammaire de ces vestiges anté-historiques. J'en
pourrais dire autant de plus d'un point analogue : il y a U, Â ce qu'il me
semble, un certain pédantisme ; mais cela ne louche pas au fond des choses.
Voici quelques critiques de détail.
A. Suffixe personnel, M. Fr. met sur ta même ligne les 2** p. sg, nnpéf. vas
{AL 1 1 b), oz [Al. 14 a) et recreiz (Rùl. 3892) ; mais Vi7i et rartix ne sont que
des fautes de copiste ; oz est attesté par de nombreux exemples et s'explique
par la persistance de Vi long (Rom., Vil, 354). — L'auteur étudie longuement
b question du maintien du r â la y p. sg. du prés, de l'ind. des verbes de la
i'* conj., notamment dans le Roland: il examine en comparant les mss. (sur la
base de ta classiBcalion de M. Rambeau, voy Kom., VU, 1 ^9) les passages de
Roland où figure ce t, et il arrive à conclure qu'il n'est assuré que dans
4 exemples sur6o, qu'il ne l'est qu'une Cois dans VAlexis, et que ce( commence
i s'afTaiblir depuis les ongines de b langue. Son argumentation ne m'a pas
convaincu : je ne pense pas qu'on puisse conclure de la langue d'Eui â celle du
Roland, et les deux exemples d'Eu/, où te r est tombé {trde^ perdette), se trou-
vent devant des consonnes, où le f a pu ne pas se prononcer (surtout dans arde
tost) tout en se maintenant quand le mot suivant commençait par une voyelle.
Au reste, M, Fr. a tort de dire que je me suis rangé iRom.j III, 398)
622 COMPTES-RENDUS
à Topinion de M. Hill, d'après laquelle le t était toujours prononcé dans le
Roi. J'ai dit simplement que j'adraeltrâis plus volontiers celte opinion que l'op-
posée, et j'ai persisté icf. Rom., IV, 287) à penser que dans le Roi. il y avait
hésitation entre l'ancienne et la nouvelle forme. — En relevant ^es j"" pcrs.
plur. en um, tins et umcs^ M. Fr. ne se prononce pas sur le rapport dans lequel
elles sont entre elles. Il remarque que dans esmes, liimes, chanUma, 1 si Vu était
tombé, on aurait eu !es groupes de consonnes sms^ cms », etc. Cette remarque
doit être étendue aux mots comme sumus : la langue n'a pu supporter même
le simple groupe mi *, et elle s'en est débarrassée de trois façons : en supprimant
1*5 (itm). en changeant m en n fu/tj), en intercalant une voyelle d'appui {âmes).
Ve de avomcs, sumts, ne représente pas à mon avis lu latin, qui devait tomber,
pas plus que Vc de cnlrc ne représente Yo de inUo ; c'est une voyelle purement
euphonique, une simple halte pour ta voix. Pour dimety faimu, chantâmes^ ce
procédé d'intcrcatation, plus nécessaire à cause de la difficulté particulière des
groupes, a été usité sans doute plus anciennement et en tout cas exclasivemenl.
Les trois procèdes employés pour a {a, e, i) 4- ms ont-ils été en usage es
même temps dans les mêmes régions? C'est une question qui reste k
examiner'. De même !'< de csUs amastts ne représente pas l'i de tsùs amaristù :
il s'est inséré dans csu amasis (cf. prov, ttt ùtnaz\ seuls produits réguliers du
latin.
B. Stifjixc modal. — L'explication de pomt par poiiUi(m) n'est pas bonne :
polist ne peut se séparer de pois., puis. La conjugaison du verbe pota-e en
roman est difficile, mais se laisse très-bien comprendre, si on reconnaît qu'elle
présente des formes appartenant i trois types différents, dont l'un a pour indi-
catif ;nyjo, l'autre ^0, et le troisième ^e^jOj tiré de potso^ lequel est en réalité
potsum, que le latin vulgaire a refait sur poust. Du type pocso on a tiré le
lubj. gfffsa, devenu en prov. puesra ou posca, en fr. jjîisse. La conjugaison
frioçaÏM (et provençale) est un compromis entre les formes qui se rattachent i
pocso et celles qui se rattachent â poto : de \i poons â cdté de je pais, poant (pot'
anle) & côté àc puissant [pocs-anlt]^ etc. L'esp. appartient tout entier i polo. Vil.
mêle polo et posso. Mais l'explication de toutes ces formes, que j'ai maintes
fois donnée dans mon cours^ m'entraînerait trop loin. — Pourquoi f
a-t-il un c dans ckantasse prisisic et chantasses prcsusu^ etc.? Ici ce n'est pas
une question d'euphonie : l'm étant tombée en latin, on devait avoir chantas^
presis pour les deux personnes (cf. oj, paSy etc.). M. Fr. se demande si on
n'aurait pas changé issem issts, etc. en issam iisas^ etc., changement dont le
provençal oITre quelques exemples. Il serait surprenant en ce cas que (sauf
aruisset et perdtsse dans Eut.) la 3" pers. ne se présentit jamais avec e; l'ana-
logie de la j< pers. sg. de l'impf. ne saurait s'appliquer, d'autant que les
formes ob cette personne a Ve sont générales dans les plus anciens textes. La
cause du traitement différent des deux 1'" pers. de l'impf. du subj. et de la ;*
I. tl paraTl inarite d'admettre avec M. Lûcking que U forme qui i servi de base ;
formes françaJKs avait redoublé l'm {canUimm:is], mais je ne puU iboidn ici la dif
»ion de ce poini.
3. Un quatrième procédé a été l'intercalïiion d'un p entre n et s : devempi daai U
Pass.; il ert arrivé que l'j est tombée et que le p est raté : caalomp [ib.]. Ces formes
paraissent dialectales : le provençal n'a que m.
H. Freund, Ueb. d. Verbalfiaùon d. dit. franiœs. Sprachdenkm£ler62^
doit tire dans leur consiiiuxion différente : les i* et j* pen, «e terininâient en
Sj la )*> enf ; on aura peut-tire voulu, dans la 2< pcn.^ distinguer \*t de flexion
de \'s du thème temporel icjn/jij-5). et on aara intercalé un t (d. angL MùM,
etc.), qui aura passé par analogie i la i^* personne.
C. Formation dts Umps. — M. Fr. explique voir, truit, dains^ par l'im-
nixtion des formes inchoatives. Il n'est pas le premier i donner cette
explication, qui n'est pas bonne : le subfonclif correspondant i vois est votUf
tandis que la forme inchoative serait au moins vottu , en outre, le suffixe
inchoalrf bit partout où il s'ajoute une syllabe séparée et accentuée, tandis
qu'ici il ne fournit que l'élément atone d'une diphlhongue. Au reste, yo'a d'une
part [plus eslou), — rtiis trais piujs de l'autre, — et enfin dmns forment sans
doute trois classes parfaitement distinctes, qu'il faut étudier chacune pour soi.
— Je noterai, à propos de l'imparfait, que |e ne trouve pas du tout nécessaire
la restitution proposée du vers ii6e à'Alexis : od ne signifie certainement pas
vers, mais rien ne dit que la fiancée d'Alexis ffit déjà dans U chambre nup-
tiale quand il y arrive ; le contexte indique .bien plutât qu'ils y entrent
ensemble. — Sur les parfaits en «i, M. Fr. remarque i ■ Le suffixe ai, se
trouvant après U tonique, aurait dû, rigoureusement, disparaître tout i tait.
Mais l'analogie de la conjugaison en 4- et en i- le fit se maintenir sous la tonne
u, ce qui défigura certains thèmes jusqu'à les rendre méconnaissables : cf. Jat,
/ttf, esmut. B Si M. Fr. croit que Vu de dut est Vu de i/féuir, qui a reçu l'accent,
il commet une erreur singulière. Vu de dtbuit^ iacuit, étant séparé de la tonique
par une labiale ou une gutturale (cf. Rom.^ VII, 464), a formé avec elle une
diphlhongue forte dont il est le second élément : jàut, jâui ou /iui, dàtt^ con-
tractés plus tard co jat, dui ; mut est de même pour ntdut.
D. Voyelle de liaison ou de dérivation. — La gaucherie de cette division appa-
ntt surtout en ce qui concerne te participe passif. « Dans lu verbes primitif
du latin, dit l'auteur, la voyelle de liaison i était drjà souvent tombée, et U où
elle avait subsisté elle devait régulièrement tomber en français, comme dans
coint(S de cognitus. Au lieu de cela Vi fut remplacé par u accentué. » Se peut-il
voir rien de plus mécanique que de dire par exemple que dans ptrditam on a
remplacé Vt de liaison par u accentué, de façon i avoir pcrdut? Faut-U en dire
autant de conoût pour cognttam^ de tondat pour tonsum, etc.? 11 est clair qu'il
faut ici procéder plus librement : le français (et en général le roman) a em-
prunté aux verbes en aère leur suffixe accentué de participe (ou ce qu'il prenait
pour tel), -uto, et l'a appliqué aux thèmes de certains verbes des 2* et 3" conju-
gaisons, pour diverses raisons qu'il serait trop long de rechercher ici. — La
substitution de l'o i Va, t, ou 1 latin à toutes les 1'** personnes du pluriel (sauf
au parf. de l'ind.) est un des faits les plus importants et les plus caraaéris-
tiques du français. M. Fr., qui s'en occupe i propos de la • voyelle de dériva-
tion *a, est porté i admettre avec M. Delmsqueleson u(u) provient de la nasali-
sation de l'ii. Mais il n'y a dans la langue aucun autre cKcinpIc d'un pareil effet de la
nasale sur Va : bien au contraire, la nasale a sur Va accentué qui la précède l'effet
régulier de le changer en ai : tantamus devrait donner chanlauîs (ou, par euphonie^
tkânUumes\Je pense même qu'il l'a donné,! une époque antérieure à tous nos textes;
en e^, d'une part, dans Les cas où l'a de -amtu suit un £ ou un jg, ce £ ou j >e
624 COKPTES-RRNDUS
comporte comme devant un d et aon comme devant un Oj ce qui indique que
Va s'est maintenu assez tard {couchons^ nageons) ; d'autre part, les r'" ptrs- en
Mats me paraissent être des restes de l'ancien système, non encore détruits par
l'analogie. En effet, ces formes en •Uns apparaissent exclusivement et rigalière-
nent dans les cas où Va était précédé d'un i\ qui devait lui faire produire eo
français, devant une nasale, ie au lieu de ai : seUns, aicnSj voilîUns^ de *tiamiu^
*abiamuSy ''voliamus^ sont exactement aussi réguliers que TrourUj mctens, OrlUns,
de Troianus^ nudianuSj Auniumis. Il est difficile de comprendre comment les
l^llabes -ab-, -tb-^ dans cantabamus, dtbtbamus, se sont réduites à i, mais le fait
est incontestable : chant-i-'uns, dcf-i-iem remontent i cant-i'ûmas^ dtb-i-amas,
comme crest'i-icns k chrisuhanai. Fassiens et les formes analogues {ckantassitns,
etc.) semblent faire eiceplion^ maisi! faut sans doute tes regarder comme pure-
ment analogiques, ainsi que tes 1'" pers. du prés, du subj. chantiens, venduiu ;
la forme habituelle de toutes ces personnes est simplement en ons, identique
par conséquent à celle de l'ind, prés. (cf. Rom., IV, 286). La transformation
de siamus, voliamus, caniiamus en stUns, williaiSy chantutns (ou sdanUy etc.)
suppose la transformation parallèle et synchronique de cantamas en chanUiMS
(ou chantaimes). De même dtbtmus a dû donner datinSj et le dcvtmpi de
lUg. contribue à l'attester. Il n'y a donc pas eu, dans la représentation de
tantatnus, dcb<mus par chantons, derons, de phénomène phonétique, et la seule
explication possible est celle de Diez {Gramm., trad., H, 2071, i laquelle
M, Fr. refuse de s'associer. De toutes les 1"* pers. plur, en ornes, om, «u,
une seule a une base latine, c'est somcs ou sons de samus : c'est donc celle-ii
qui doit être le point de départ de toutes tes autres. La contagion a gagné
tous les congénères, comme en italien la forme en -iamo des subj. de certaines
conjugaisons a envahi tes 1'*' pers. plur. de tous les présents. En français^ les
personnes en 'Uns nous offrent les restes des formes primitives, peu i peu sup-
plantées, même li, par les formes en -ons, -ions; et il est à remarquer que diins
le sein même de ce groupe archaïque s'était produit un travail analogique, qui
lui avait annexé les i'** pers. en -cmus. Si les formes en -ons, issues de sumaSf
n'avaient pas subjugué toutes les autres, il est très possible que les formes en
-iw; eussent fait la conquête des 1"* pers. du prés, de l'indicatif, et qu'on eût
en fr. chanûins pour cantamus^ comme on a en itah cant'tamo. Ces phénomènes
d'analogie surprennent au premier abord ; ils re sont cependant pas rares dans
l'histoire des langues, mais ils y sont souvent méconnaissables. Si somes^ après
avoir engendré toutes les personnes en 'OmeSj -onSy avait disparu (comrre il a
disparu par ex. en provençal), tout un chapitre de notre grammaire serait inex-
plicable. — Chatii et lo/rti ne sont nullement douteux ; mais leur ri, comme
celui de tjiuràz atendeiz, relléte non pas un e, mais l'i des types latins 'cadUo,
îoUito, i à la fois bref et muni (en latin vulgaire) de l'accent. Cette tentative de
créer une forme de participe faible avec 'Jto a échoué devant le soccès de -û<0;
elle a laissé des traces dans ces deux participes anomaux.
En somme, il y a beaucoup à ajouter au travail de M. Freuad ; il est surtout
nécessaire, pour bien comprendre le sujet qu'il a traité, de varier plus souvent
le point de vue ; mais ce travail n'en est pas moins intelligent et utile, et doit
être accueilli comme un bon début. G. P.
t
PÉRIODIQUES.
I. — Rkvtb ohs lakoub» «OMAHss, 2' séfie, t. V, n' 4 (tj avril). —
P. i^j. L'hangitt selon sunt Jcan^ m provrnca) du XIII* siècle, pu Mi è par
W. Fœrster (suite rt fin). Il y a encore ici, comme dans les chapitres précé-
dents, on assez grand nombre de petites négligences, qu'il me paraît inutile de
relever, l'édition commencée par Miss Shields paraissant devoir être terminée
prochainement. — P. 180-4. A. RoqueFcrricr. L*r dts injinitifien langue foc.
L'auteur montre que l'r 6nal des infinitifs est encore maintenant prononcé dans
les patois provençaux des Alpes, ce qui était connu bien avant la publication dn
travail récent de MM. Chabrand et de Rochas sur le patois du Qucyras, tra-
vail sur lequel s'appuie M. A. Roque-Ferner. Cet r est notamment conserve
dans les Chants popalairts àt la Provtnct de M. Oamase Arbaud, qui appar-
tiennent au parler des Basses-Alpes. M. A. R.-P. constate en outre, ce qui est
plus nouveau, le changement en certains pays de cet r en : quand le mot sui*
vant commence par une voyelle, fait qui a, comme on sait, des précédents fort
anciens. Mais ce qui me parati tout X fait propre à certains dialectes, i leur
étal moderne, c'est te changement de ce même r final en r. Quant à l'r médiat
devenant r dans beguttti, btgueUm^ j'y verrais plutôt un fait d'analogie qu'un
fait de phonétique. — P. 2oj. Périodiques. M. Boucherie, à propos de rem-
ploi non étymologique du r 6nal que j'ai signalé ci-dessus p. 107, dit que ce
phénomène a déjà été étudié par M. Chabaocau. Cela est vrai en ce sens que
M. Chabaneau nous a récemment adressé sur ce sujet un article étendu qui sera
publié dans notre prochain numéro, mais au moment où j'écrivais je n'avais
connaissance d'aucun travail sur le même sujet.
P. M.
II. — CionNALE Di FtLOLOQU romanza, I, a. — P. 69, D'Ovidio, Dt
ano Uaàio dtl prof. U. A. CancUo intorno al wcatismo tonico Ualiano ; critiques
intéressantes et justes en général sur le travail en cours de publication de
M. Canello (voy. Rom.^ VII, }^j). M. d'O. combat non sans raison, au moini
dans ses excès, la |tendance des romanistes i rejeter dans le latin vulgaire, où
on n'en recherche pas les causes, toutes tes irrégularités que présente le dialecte
étudié par chacun d'eux : < Se pure non si voglia ammcttere, dimeniicando
l'aniti délia scienza, che tutto il da fare dcl romaniita dcva consislere nello
scaricar tutti i garbugli c i ^idj addosso al latinista. t — P. 84. P. Rajna,
Un Sen/enttse contre Roma td un canto alla Vagine. M. R. a découvert qu'une
prière i la Vierge contenue dan^ divers mu. a euctemeal le même rfaythmc et
Romania, vn »q
636 PÉRIODIQUES
le même nombre de strophes que le célèbre serventois de Gu. Figueira contrt
Rome *. It en condut que le serventois a été fait sur le son de ce chant piou,
ce qui devait ajouter plus dépiquant à cette sanglante satire, et il pense a
général, s'appuyant sur un passage de la Doctrina de œmpondrc dictati (Aon..
VI, Hî)) S"^ '^ "^"^ ^^ serventois vient à ce poème de ce qu'il dépendait d'w
autre, de ce qu'il lui était autn-ïy en ce sens qu'il était composé sur un air dé|i
connu ; c'est aussi l'opinion de M. Tobicr {voy. Gisi, Cmllem Anelur, p. 24) :
elle n'est point partagée par M. Bartsch [ZcitschT.^ H, 132}, et elle ne ne
satisfait pas non plus : siryaiusc jc'est la forme primitive) se rattachant visible-
ment i sincnt ei non à semr, le mot ne peut guère désigner qu'un genre de
poésie propre aux strve/it:, composé par eux ou pour eux , mais le sens précis
et la raison de cette désignation restent obscurs *. — P. 92^ A. Gral, Di aa
poemd ineduo di Ccsrlo Marullo e dt Ugo conte d'Alvernia. M. Gr. analyse le
poème de ce nom conservé en ms. à la bibliothèque de Turin; il laisse de c6tè,
après les avoir indiquées, les autres versions italiennes du même sujet, sur les-
quelles M. Rajna nous a promis depuis longtemps une étude. 1^ ms. de Turio
est écrit dans une sorte de baragouin extraordinaire, où le vénitien domine,
mais où les formes françaises sont beaucoup plus rares que dans la plupart des
mss. franco-italiens. II est divisé en strophes, mais la rime ne s'y présente que
de temps en temps : M. Gr. a observé avec sagacité que dans le plus grand
nombre des cas, en restituant i ta fin des vers d« formes françaises pour les
formes italiennes, on obtient des rimes, ce qui prouve que le poème est «ne
traduction (je reviendrai à l'instant sur ce point} d'un original franchis. Mais
M. Gr. s'est trompé en regardant cet original comme écrit par un Français :
outre qu'il contient, dans le fond comme dans la forme, des traits absolument
italiens (M. Gr. y a relevé d'incontestables imitations de Dante), les formes
attestées par les rimes sont bien loin d'être toutes correctes, comme le dit
l'auteur de l'article. D'abord il faut restituer non des assonances, comme il le
fait, mais des rimes exactes, ce qui amène bien souvent des form^ non fran-
çaises ; puis même dans le petit nombre de passages qu'il cite on peut relever
encor et »or dans une laisse en our (p, 101), meta dans une laisse en u {p. loa
et lOj), une série de formes barbares en al (p. '107), ou des mots forgés gros- J
sièrement comme ahcmabh (p. 104) pour auvergnat. L'auteur original de Hiuon
d'Auvergne était donc bien un Italien, quoiqu'on puisse admettre qu'il aît connu
le français mieux que beaucoup de ses rivaux. Quant à l'auteur de l'espèce
d'appropriation au dialecte vénitien que renferme le ms. de Turin, M. Gr. émet
aussi la singulière hypothèse qu'il était Français, bien qu'il signale lui-raéme
divers contresens commis par cet arrangeur sur le texte français original. Sa
raison est le nombre considérable de mots français h peine italianisé qui se
trouvent dans son œuvre ; mais il est trop évident que ces mots étaient dans
l'original et y ont été laissés par te grossier et nonchalant arrangeur. Son travail
est, si je ne me trompe, tout à fait sans pendant dans l'histoire de notre épopée '
1. Le raéme rhrthme se retrouve encore dans une pièce de Caucdm Faidit (voy. Zeit-
ichrijif. rom. Phit. II, aoj).
2. C'est psr un hpiat que M. R. parle de U célèbre abbaye de S. Martin de Limoges
lu lieu de S. Martial.
PÉRIODIQUES 6iy
en tulie : il a rapproché le texte francoiialicn original, qui devait lui sembler
de l'excellent français, de son dialecte ou plut6t de celte espèce d'idîcnw mixte
usiti an XIV* siècle dans le nord-est de l'Italie ; nuis Undis que les auteurs de
semblables remaniements ont toujours travaillé pour les jongleun, il n'a, lui,
eu en vue que les lecteurs, qu'intéressa il seulement le contenu du poème et non
la forme : c'est pourquoi, tout en maintenant à l*aruvre l'apparence extérieure
d'être écrite en vers et en laisses, il ne s'est aucunement soucié de conserver
ou de remplacer les rimes, mettant fort bien aspttti à la place d^aUnda oQsortla
i la place de uror sans s'inquiéter de troubler te cours d'une laisse en oa ou en
or. Il ne me paraît pas certiin, d'ailleurs, qu'il ait borné li son travail; M. Gr.
cite des strophes où il parait impossible de retrouver la moindre trace d'une
rime française et où l'aspect général de la langue est aussi plus italien (voy.
p. ex. p. ia6) ; peut-être le remanieur s'est-il assez intéressé â certaines parties
du poème pour intervenir personnellement çà et là. On sait depuis longtemps
que le sujet du poème est une mission donnée par Charles-Martel à Huon
d'Auvergne d'aller réclamer un tribut de sa part, non pas à l'émir de Baudas
comme Huon de Bordeaux*, mais i Lucifer lui-même en enfer. Cette étrange
composition a sans doute un point de départ français (toutefois la mention du
hn Atvtrnati Ugon par Cu. de Calanson peut fort bien se rapporter au Huon
d'Auvergne qui figure dans Matnct, comme le pense M. Birch-Hirschfetd); mais
elle ne nous e^t connue que par des versions italiennes, le poème Iranco- italien
remanié dans le ms. de Turin, un autre poème franco- vénitien qui est dans un
ms. de Padoue. une rédaction en prose d'Andréa da Barberino, mise en vers
par Michelangelo da Vollerra, et une version en dialecte vénitien imprimée deux
fois au commencement du XVI* siècle. M. Gr. termine son travail par le relevé
des mots français qui se trouvent dans le poème de Turin. — P. u i ^ La ilsione
di VtnaSt petit poème populaire allégorique de ta fin du XtV* siècle, publié par
A. d'Ancona. — P. 1 19, B. Malfatti, Dc^d idiomi parlait anlicamcnte nel TVi-
denùno e <iti étaUtti oJierni. Cet article très bien fait réfuie solidement ce qu'avait
avancé M. Schneller (voy. Rom.., VU, i\ù), au sujet de la prédominance pré-
tendue de l'allemand i Trente et dans le Trentîa au XIII' siècle ; l'auteur
démontre notamment que le texte latin du statut municipal de Trente, publié
par M. Tomaschek, et regardé depuis lors comme original et comme « le plus
sncien texte de droit public de Trente >, n'est qu'une détestable traduction du
latin, laquelle, suivant toute vraisemblance, remonte au XV* siècle et non au
XIII*. Dans l'exposé qu'il fait ensuite de l'état linguistique actuel du Trentin,
certains traits manquent de précision ; on peut admettre plus largement qu'il
ne le fait une influence lombarde et vénitienne sur des parlers originairement
plus rapprochés du Udin ; on peut contester certaines étymologics ; mats l'en*
semble est fort instructif et (ait désirer ta suite de ces études d'un uvani cum-
pètenl et judicieux.
I. Huon de Bordeaux s'écrie, en eniendjtit ch^rlemagne expocer le meiugedon Q k
charge, qu'il veut donc l'envoyer en enfer
cerres, dit Kartu, en pieur lieu irés
Que en infer is dUbIcs parler.
N'y j.|4l pu quelque rcUtioo eone cei vtn et le poème de iimjB ttAnagne;
628 PÉRIODIQUES
Vahitis. P. 190, Note de M, Moltcni sur le second Canciontin portugais du
Cotocd, qo'il a retrouvé^ et qu'il va publier sous les auspices de M. Monaci
(cf. Rom.^ VU, 478). Il résulte de la comparaison de ce Canooneiro avec Tautre
qu'ils dérivent tous deux d'une source unique, perdue aujourd'hui.
Comptes-Rendus. Rubieri, Stona délia poesia popolare itahana; d'Ancona, L^
pouia popolare italiana iNavone ; le second de ces ouvrages est très supérieur
au premier). — Buttain bibtiograpkt^ue. — PirioàiqtUi. — Noticts.
111. — ZsrrscBRrpT rûn noMANrscas PHn.OLOOiB, II, 2. — P. 19$,
K. Bartsch, Ein ktlt'tsckes Versmast im proren:alischtn and franzezùschtn. Cet
article est intéressant en ce que l'auteur rassemble un grand nombre d'exemples
français cl provençaux du vers dont il s'agit, en montre l'antiquité et la popu-
larité, et redresse souvent le rhythme altéré par les éditeurs ; mais |e ne me
sens guère disposé à adopter sa conclusion. Il s'agit du vers de onze syllabes, '
coupé en un morceau de 7 (S) et un morceau de 4 (j| syllabes, employé par
Guillaume de Poitiers et beaucoup d'autres poètes provençaux, français etUlios
du moyen Age. M. B. ne sépare pas de ce vers celui qui lui est associé dans les
trots pièces du comte de Poitiers, veft de 1 5 syllabes, divisé en deux morceaux
de 8 (7) et 7 syllabes, et je pense qu'il a raison. Or ce vers, toujours masculin
dans les plus anciens exemples, a déjà été ramené par Ûiez au tétramélre tro-
chaïque cataleclique, ou, pour parler plus juste, au septénaire latin rhythmique,
vers populaire des Romains, la source plus ou moins directe, à mon avis, de la
plupart de nos vers romans. El en effet, ce vers de Guillaume de Poitiers :
Bt es un fers e salvâlges que del baiUar si defén
est exactement pareil â celui-ci :
Ecce Caesar aune triûmphat qot lubegil CalliÂsi.
M. B. objecte qu'en latin la césure Féminine (comme ici) est indispensablî
au lieu qu'en roman c'est la césure masculine qui est normale, l'autre étant plus
récente et exceptionnelle. Mais en l'admettant {et il note cependant lui-même
que la césure féminine est beaucoup plus fréquente dans le comte de Poitiers),
c'est précisément un trait caractéristique de la versification romane, et ce qui a
fait sortir le vers gallo-roman du vers latin, que d'avoir remplacé les chutes
féminines par des chutes masculines, soit constantes^ soit facultatives. Les vers
en question ont pour base un septénaire rhythmîque, dont le premier hémistiche
pouvait être à volonté léminin ou masculin (cf. sur le mi?me procédé appliqué au
vers de 8 syllabes, lequel est le premier hémistiche du septénaire isolé, ce que
j'ai dit ici, I, 294). Quant au vers de onze syllabes, je n'y vois qu'une varia-
tion de ce même type, dont les variations infinies ont produit ta richesse de
formes de ta versiBcation du moyen âge : l'alliance m£me de ces deux vers
semble l'attester. M. B. trouve, il est vrai, ce vers de onze syllabes dans des
compositions latines faites par des Irlandais dès le Vlll' siècle, et il en conclut
que c'est un vers celtique. Je ne parle pas de rinvraisemblance qu'il y a i sup«
I. comment se refuser i reconnaître ce vers, sous une des formes où il a ht le plus
usité au moyen Ige (la rime intérieure), dans des ven que M. B. rapproche lui-même
des nôtres ^
l^rem tjaum non offendit gndli xab cingulo, etc. [p. aïo).
PËRIODIQUES 629
poser qo'un rhythme aussi uciea «t lossi populaire nous vienne d'Irlande |oq
M. B. y voit-il un vers gautoU?!, niais il e^t bien plus simple de croire que les
auteurs irlandais ont reproduit un rhythme déjà usité en lattn vulgaire et issu
du septénaire rhythmique. Disons en passant que les vers de Thomas Moore,
allégués en preuve (unique) de la perpétuité de ce rhylhmeen Irlande, semblent
se scander bien plus naturellement en anapestei» (avec un ïambe au début) qu'en
dactyles comme le veut l'auteur. Quant aux vers irlandais de 14 syllabes, ils
reproduisent le septénaire â césure masculine dont j'ai parié tout i l'heure, —
p. a 20, P. Rajna, // Cantare rf« Cantarif t il urnaltst dtt maestro dt tuai tarti
(long travail sur lequel nous reviendrons quand il sera achevé). — P. 2{),
H. Suchier, Dit Mu/iJart dts Ltodtgarïuàts. Cette étude fort remarquable con-
tient nombre de faits nouveaux et de rapprochements instructif; l'auteur a une
rare intelligence des transformations phonétiques et il a dépouillé méthodique-
ment un grand nombre de textes. Mais dans son travail, si je ne me trompe, la
sauce vaut mieux que le poisson. Il veut rapporter le 5. Ugtr au dialecte
gallon parce qu'il a aut etc. pour ftj^it et rcciut pour réceptif et que ces deux
formes de parfaits caractérisent, suivant lui, ce dialecte. Mais 1' ot (ou formes
analogues} est aussi fréquent que aut dans le Uger^ et aat peut très bien être le
fait du copiste Laurent, aimrtt peuvent s'expliquer autrement) ; le parf. en ia ne
se trouve que dans le mot ruiut, lequel peut devoir son i soit â la même raison
qui l'a fait insérer dans do, sort, comme l'a conjecturé M. Havet (Rom.^ VII,
417), Â l'influence particulière du c {notons d'ailleurs que la forme évidemment
barbare reciaun 1 2 c rend suspectes les autres formes du même verbe sous la
plume du copiste) ; 2» îl est bien téméraire, dans l'étal actuel de nos connais-
sances, de tracer, comme le fait M. S., les limites du <■ domaine d'au := hjbui >,
do ■ domaine de dia = dcbat >. J'ai assigné, avec doute, le S. Ugtr 1 la
région bfiurguîgnonne : oh sont les textes qui prouvent qu'elle n'a pas connu
eu et diu (si dia il y a)? Nous avons si peu de textes anciens, et il y a tant de
provinces four lesquelles nous n'en avons pasi J'ajouterai que dans la très
habile exposition que fait M. S. des conjugaisons divergentes, A l'est et à l'ouest,
de hûhai dcbai plaçai moux il y a plus d'une explication et même plus d'un bit
qui me laissent des doutes. Malgré ces réserves ce morceau est une des meil-
leures contributions qu'on ait apportées i la science encore si aouvelle et si
hésitante de la dialectologie française.
Mélanges, — I. Exight. Baist, Assaillir la timaa ; curieux exemples de cette
locution plaisante, qu'on trouve déji dans Crestien de Troies (le pauagedeG.de
Coinci n'a que faire ici). — II. Etymologizs. i. Bartsch, Êtymologitt romtuus:
pr. eissalabetar (ce mot, qui se trouve une fois, — encore est-il douteux, — dans
P. Cardinal, répondrait i un type 'od/ii/Ntriire, diminutif de exd/d;ure; on pourrait
aussi bien penser i talapau^ qu'on a d'ailleurs proposé de corriger en atapiita\,
V. fr. tstinûir jM. B. regarde u/jroir comme la forme primitive d'ob serait sorti
tstotoir sous l'influence du v, mais il faudrait citer des exemples parallèles- je
ne connais tstawtr qu'au sens substantif dans son ttunoir ^ • ses affiaircs », et
\t ne suis pas sûr que ce soit le même mot qu'^ifofoiV — tsXavta Bartsch Chru-
tom.^ 120, 4 me parait une faute — ; les formes, seules attestées i l'ind. pr.,
titan tstût etc. postulent un o originaire; en outre je ne connais pas en h.
6}0 PÉRIODIQUBS
d'exemple de la chute du i dans celte situation : batatrt fatatu se comportât
tout autrement ; cette clyraologie, proposée aussi par M. Freund, Vtrbalfla.
p. a8j est donc à rejeter, auui bien que celle de àcrver, diruerc, que M . B. propose
en passant : il n'y a pas en yfr. de changement de confugaison de ce genre), pr.
tstahar (pour estadvar de statuare pour stalutrc : même objection qu'i derver =
dinurt)^ fr. peretr |de 'per-iliare; mais itiarc est un monstre ; il est, dit M. B.,
formé comme mùare : mais mliait vient d'miiium; d'ailleurs le sens primitif de
fttr-irt — cf. luspassir — avait disparu en latin. Percer ne vient pcul-ètrc pa»,
mais il pourrait venir de ptrtanûrt — déjà indiqué par Diez, — qui a dû se
conjuguer : pcrlms^ pcrtuiscs^ pcrtuiut^ pertsons, pzrtsuz, pcrtuistnt, etc., d'après
l'anaiogie de parler, mungitr, etc.; is équivaut à c{t\^ d'où perfons et percior ; il
faudrait, pour arriver à It certitude, étudier les formes anciennes du mot*), pr.
fr. plevir (d'un verbe gothique supposé pbihvan, ce qui soulève plus d'une diffi*
culte qu'il serait trop long d'expliquer ici), vfr. ri (tiré d'un mot allemand rau^
• bûcher >, assez mal 'attesté d'ailleurs, et qui peut fort bien venir dt rattmt
étymologie très vraisemblable assignée â ré par MM. Loeschhorn et Fœrsier).
'— 2. Settegast, Etjmologits Jrançaisa : feithn (auj. foulet, partie du pied du
cheval, rattaché à l'ail. Fissloch^ qui a à peu près le même sens ; peut-être
Fessel, < paturon •, en ahall. rtzztl et plus anciennement nécessairement /cttiV,
convient-il mieux : l'auteur hésite entre les deux), otnitc {a une ondte se trouve
avec le sens de » d'un seul coup, d'un élan • ; il n'y a pas, dit M. S., i songer
ici â undata, et il rattache le mot k andU (it. anJata) ; i mes yeux ondte est ici
le mot nndâta pris métaphoriquement : a ont ondu, i d'un élan semblable 1
celui d'une onde, d'une vague • ; je ne vois également que le mot ordinaire
onde dans le vers 5^79 de Rich. le fî., Encontre lut n'alast une onde, où M. Tobler
veut corriger onche : une onde est pris ici comme un simple renforcement de b
négation ; cf. El si $omcs certain que ce ne vaut une unde (J. de Meun, Test,,
Comptes'Rendui. P. ji j, Aigar et Namin^ p. p. Schelcr (K. Bartsch : outre
un grand nombre de corrections et de conjectures, on remarquera surtout
l'indication d'une allusion très précise faite à ce poème par Bertran de Bom).
— P. ji8, Birch-Hirschfcld, Vtber d\t dtn Troubadour j ttkanntcn epischtn Sto^t
(K. Bartsch ; ajoute de nombreuses citations omises par l'auteur et lui adresse
les mêmes reproches qu'on lui a faits ici). — P. iii^La Passion du Christ ,
p. p. Edstroem (K. Bartsch : cf. Kom., VI, éij; M. B. paraît ignorer,
comme M. Edstroem^ qu'une notice de ce poème, dont le vrai titre serait
plainte ou Lamentation de Notre-Dame, avait été donnée dés 187J dans le
Bulletin de la SMcUti des anciens textes). — P- jij, De Tourtoulon et Brin-
guicr, Étude sar la limite géographique de la langue d'oc et de la langiu
d'oil iH. Suchier). — P. jaS, El magico prodigioso^ p. p. Morel-Fatio
|L. Lemcke : fait pleinement ressortir la nouveauté, l'importance et le mérite
de ce travail). — [P. îja, Darmesleier, De Floovante (K. Stengcl. Nous remer-
cions M. St. de l'étude approfondie qu'il a entreprise, avec l'aide d'un de ses
1, M. Bcehmcr {Rom. Stud. m. 3{8) préfère perlusare : ]'y jvjU penié aossi : maïs ie
ne trouve au verbe, à l'iod. pr., que des formes en ui qui scmbleni bien accuser b
présence d'un 1 en latin.
PÉRtOOIQUES 6ïl
£!ives^ M. Rœpper, sur notre opuscule : son analyse est riche en aperçus ioté-
ressanis et pour la plupart nouveaux, dont nous ferons noire profit. Il conteste
quelques-uns de nos résultats ; nous discuterons brièvement ses opinions. Il croit
avec M. Rtrpper que le ms. de Montpellier présente deux textes antérieurs,
conservés en fragments, l'un dans la première partie, l'autre dans la seconde. 11
or fait qu'indiquer ses arguments^ qui nous paraissent peu convaincants : nous
attendons une démonstration en règle de cette hypothèse, fort intéressante
d'ailleurs. Il combat une de nos assertions, relative i l'existence d'un Fioro
franco-italien. La découverte par M. A. Ive, 1 la Bibl. nat. de Paris, d'unms.
napolitain du Ubrodï Fioravantc modifie la question, et il faut attendre la publi-
cation de ce texte pour avoir une opmion définitive sur la filiation des docu-
ments italiens. M. St. n'admet pas entièrement le tableau généalogique des
versions françaises et hollandaises de Floovent^ tel que nous l'avons donné. Il
rapporterait le fragment hollandais, ainsi que la seconde partie du Fiorarante
italien, au Flovtnt d'où découle ta saga islandaise. Son argumentation ne nous
convainc pas. Assurément le fragment hollandais a des rapports avec la seconde
partie du Fioravanu, nous l'avons amplement démontré dans notre livre. Tous
deux remontent-Ils à un Florent français.^ Nous ne le pensons pas : car ils de-
vraient avoir dans ce cas bien plus de ressemblance qu'ils n'en ont avec le Ftavo
italien, lequel à coup sûr dérive d'un Fhvcnt français. Il est vrai que la seconde
partie du Floovant de Montpellier, à laquelle M. St. les rattache tous deux,
aurait un rapport étroit avec le Flove-nt français, mais c'est ce qui n'est pas
établi. Enfin M, St. admet contre nous que le Flooyant ne repose pas sur la
tradition populaire, mais dérive de sources écrites. Comment exp|ique-t-il alors
ce nom de Floorenc, qui démontre à lui seul l'existence d'une tradition populaire
orale continuée du VI« au XII» siècle.^ Supposer que la forme Fhâowingus figu-
rait dans un texte latin perdu nous parait bien peu vraisemblable. Nous arrê-
tons là nos remarques, remerciant encore M. St. de sa profonde et bienveillante
cntique, et attendant avec intérêt tes nouvelles études qu'il doit nous donner sur
cet important poème.) — A. D.j — P. j^S, Suchier, Vekr du Tte de seint
Auhan |E. Koschwitz : objections de principe et de faits aux théories de l'auteur
sur la langue et U versification anglo-normandes; cf. Rom,, V, 6ij). —
P. J44, De Montaiglon et de Rothschild, Recueil de poàiti françaisa, t. XII
(B. Ulbrich), — P. Î47, Compte-rendu de notre n» 34, par MM. Slengel,
Lemcke. Kœhler (importantes additions aux remarques de M. Cosquin sur ses
contes), Tobler (rappelle que l'explication de priukes avait déjà été indiquée par
lui, Jahrb. , XV, 2 } ) , ce que je suis confus d'avoir oublié ; corrige carit en tarie
dans le second jeu-parti d'Ad. de le Hâte ; conteste rétymologie de charrét pro-
posée par M. Joretl, et Crœber (relève une erreur de M. Raynaud, d'après
lequel nous n'aurions pas conservé de chansons de Grieviler ; et ajoute deux
exemples latins de Débats entre l'eau et le vin, tirés des Carmina Barana, à
ceux qu'a réunis M. Smith)'. — P. j^a, Compte-rendu du t. V de la Revue du
I . [M. Stengel parlant du fraginni du po^mc français imité de Biudri dit que U
compuraison de ma tranwnpiion avec le fac-iimilé {Remania, VI, ^ijo) « ne révék que
des divergences miigaifianiei ». insignifiames oa non, ie lui seraîi t^n recoonaissatit de
me tes signaler. — i*. M.)
6)i PÉRIODIQUES
tangaes romanes par M. Groebcr (émet des doutes sur l'ilymologie de tiamt-
Jeanne^ voy. Rom.^ VII» 342 ; propose une cIj.ssi6câlioD des mss. de l'Evatigih
provençal selon S. Jeanf. — P. 355, Archiv fur dtr Studium du ntuertn SprO'
cftwT, LtX, i (M. Tobler dénonce l'article de M. Kressncr sor S. Nicohu dans
la tradition et h poésit da moyen âge comme ^tant la reproduction défigurée d'un
cours fait par lui). G. P.
IV. — R0MA.SIKCÏIE Stuuien, t. III (n- XI). — P. 199, H. Morf, Du
Wortstellung im aUfran:. Rolandsliede. Ce travail fort bien bit» dont ît est
impossible de donner ici une analyse, fournit à un important chapitre de
l'histoire de la syntaxe une base très solide. L'auteur a su, par des procédés
très sûrs et une attention toujours en éveil, faire ta part de ce qui, dans le
Roland^ appartient à la langue commune et de ce qui est amené par les besoins
de la versification. On peut relever çà et U quelques légères erreurs ; rexposi-
tion est un peu lourde, quoique bien ordonnée, et la lecture de ce travail est
peut-être plus fatigante encore que ne le voulait la nature du sujet ; mais Tau-
teur se montre par ce début comme hautement qualifié pour contribuer au
progrès de la philologie romane. — P. 29J, U Roland islandais, traduit en
allemand par E. Koschwitz. Travail dont tous les romanistes sauront gré J
l'auteur, car ils lisent en général plus aisément l'allemand que l'ancien- norois,
et la Runiivalbardaga est un élément des plus précieux pour la critique de notre
vieux poème. M. K. a pris la peine de traduire même les variantes de divers
mss. que M. Unger a lait figurer au bas de son édition du texte : c'était 11 un
travail fort utile, mais bien ingrat. — P. ; p , Bœhmer, Son et non Durit. Sous
ce titrCj M. 6., en déclarant qu'il ne tient nullement à l'honneur d'une décou-
verte aussi facile, cherche à prouver à ses lecteurs que M. Darmcstetcr n'a pas
formulé la loi sur les voyelles en position {voy. fiom., VU, 122) « avec plus de
précision et de portée » que lui : ses lecteurs jugeront. M. B. déclare ensuite
que mon assertion deux fois répétée que M. Darmestctcr a trouvé cette loi
• indépendamment * de lui n'a à ses feux aucune valeur, tant que M. Darmes-
teter ne l'aura pas confirmée ; il est satisfait par la note ci-jointe. Il nppdle
que la première idée de la persistance de la quantité primitive de la voyelle
dans les syllabes en position, — en roman s'entend, — avait été émise par
M. Schuchardt, ce qui est juste, au moins en ce qui concerne Vu, pour lequel
cette idée était d'ailleurs très-naturellement suggérée. [Au sujet de la découverte
de l'existence de trois e en vfr. et de la théorie d'après laquelle il faut consi-
dérer dans les voyelles latines non plus la quantité, mais le timbre, M. B., me
prenant i partie, ne se contente pas d'affirmer qu'il a le premier publié cette
découverte, — honneur que nul ne lui contestera ; — il ne peut croire que \t
Taie faite de mon cûté ; il donne i entendre que je l'aurais plagié, et que
M. G. Paris se serait fait, par ses assertions, le complice de cette indélicatesse.
Ces insinuations étranges ne feront tort qu'à lui-même. Je déclare que i*ai
découvert, il y a plus de six ans, l'existence de la strophe de Roland en < » r,
ë, et la différence que les versificateurs du XII« siècle font entre l'e de"î, 9 et \'t
de S; qu'il y a quatre ans j'exposais i mes élèves de la conférence des langues
romanes, à l'Ëcole des hautes études, une théorie des voyelles accentuées repo-
PÉRIODIQUES
6n
sanl sur la dislinclton» non plus de ta longueur ou de la brièveii et de ta posi-
tion, mais de ta qualité vocatiquc (sons fermés et ouverts) et de la nature de la
syllabe (syllabe ouverte comme dans pti-uem, syllabe fermée comme dans
par-ttm) ; enfin que je n'ai pris connaissance de l'étude de M. B. sur A, E^ I
dans le Rotaïui d'OxforJ qu'après ta publication de mon anidc de la Remt
ciitiijiu [2} octobre tS?^- Celte déclaration mctlra*t*cllc fin aux récriminations
de M. Bœhmer? Je le désire. Mais qu'il continue, si cela lui platt, à barbouiller
les dernières pages des StaJien de ces personnalités puériles. Il est libre : pour
moi je ne le suivrai plus sur ce terrain : j'ai autre chose à faire. — A. D.] —
P. j67f Compte-rendu élogieux, par M. B., de la nouvelle édition du tome 1
des Epopéts /rançaises. — P. J70, Bàblatt : Fondation Du:; l' Emagncmtnt du
français. — (P. 371, Bœhmer, Soch tinmal Paul Meyer. Bordée d'injures
contre moi, mais» comme dit un vieux proverbe, moai remaint de u qtu fols
patsc. — P. M.J G. P.
V.~ ARCH[VPLIftD&sSTi:DItnf DEII NEDERRM SpRACMBN, t. LVIII {1877). —
P. 24 f, Meissner, les Représentations ûrio de Renart au moyen dge (suite de ces
études sur des sculptures anglaises). — P. 291, Kressner, la Version provetifale
de t'Etangtle de Venfance {rapprochements avec tes sources, suivis de quelques
observations philologiques : l'Évangile est un des textes qui changent i douce
en r ; voy. Rom.^ VI, 261).
T. LIX (1878). — P. }3-6o, Kre«ner, Saint Nicolas dans la tradition et
dans la poésie du moyen dgi (voy. sur cet article l'observation de M. Tobler,
citée plus haut, p. 632). — P- 71-106, Versions anglaises de la vie de
S. Alexis, publiées par Hortsmann. — P. joi-p8, Krcssner, Sar le Meraugis
de Portiesguez de Raoul de Houdtnc (M. K.r. communique les variantes du ms.
de Berlin, sans savoir qu'elles ont déjà été publiées par M. Tobter d'une fa^on
beaucoup plus correcte et surtout plus complète). — P. 40j-4^2f LOcking,
Us Voyelles pures du français d'apris Malvin-Caial (résumé critique et rKtifi-
catif de l'exposé de cet auteur).
VI. — RrviOTA 01 Letteratuha popolarb, I, 3. — P. 161, G. Pitre, Una
variante toscana délia nonlla Jel Petit Poucet (il s'agit, non du Pouctt de Per-
rault, mais de celui dont j'ai étudié l'histoire, et qui répond au Daùmling
allemand. Il est très intéressant d'en posséder une variante fTorenlme, bien
qu'elle soit fort altérée et soudée à la fin avec un conte différent : le début
rappelle d'une manière frappante celui du conte grec de Grain de poivre). —
P. 167, Sabatini, Saggtû di carui popolari romani (fin de cette collection, 1
laquelle l'éditeur a joint des rapprochements et des notes fort intéressantes). —
P. 189, A. Parisotti, Saggio di mélodie popolan romane (six ain notés, avec des
observations). — P. 202, A. Lumini^ Canti popolart calabrut di carcere (curieux
recueil fait dans la prison de Monteleone en Calabre). — P. 21 ;, R. Kcpfaler,
Das R^thselmterchm von dem ermordeten Geliebtcn (savants rapprochements entre
divers contes sur ce sujet, dans lesquels se trouve intercalé le trait de la volaille
habilement découpée, dont nous avons eu occasion de parler, Rom., IV, 477).
— P. 22a. Giaiiandrea, Gmochi c canian popolan fanciallesckt deiU Marche
(inile).
6j4 PÉRIODIQUES
Variétés. P. aa8, Sabatîni, Diu mss. in diahtto romanesco dtî sec. XVIJI. —
P. 229, Sabatini, Un ms. francese del sa. JfV/// (recueil fait par un soldat en
174J, contenant 128 chansons militaires, galantes et badines, dont M. S. donne
les premiers vers, non sans quelques erreurs de lecture; dans le nombre il
semble y en avoir deux ou trois de vraiment populaires ; d'autres sont ce qu'on
peut appeler semi-populaires). G. P.
VII. — Rbvub CarriQUB, juillet-septembre. — Art. 126, Cahier, Nouveaux
Mélanges (R. L.). — 148, Clédat, le Mystire provençal de sainte Agnès (Paul
Viollet). — 17J, Stengel, l'Anthologu provençale de la Chigiana ; Les deux plus
anciennes grammaires provençales (J. Bauquier).
VIII. — LiTERABisGBBS Centralblatt, juillet-septembre. — N* 27, Gesta
ApoUonii régis Tyrii metrua^ éd. Dùmmler. — 30, Darmesteter, De la création
actuelle de mots nouveaux. — 32, Tanner, die Sage von Guy von Warwick. —
54, Machaut, la Prise eC Alexandrie, p. p. Mas-Latrie. — 3J, Jusserand, />£
Josepho Iscano; Gautier, Les Épopées françaises, t. I, 2" éd. — 39, Gisi, der
TroiU>adottr Cuillem Anelier (Sg.).
IX. — Jenaer Lite&atuhzeituno, juillet-septembre. — N* 31, Maetzner,
Franzasische Grammalik, 2* éd.; Vockeradt, Lehrbuck der ital. Spracke ; Rein-
hardstœttner, Grammatik der portagies. Sprache (Stengel). — 32, Neumann,
Zur Laut- and Flexionslekre des altfranzasiscken ; Lebinskî, Die Dalination der
Sabstantiva in der OiUSprache ; Freund, Utber du Verbalflexion der ait. franz,
Daikmaler (H. Suchier). — 3s, Birch-Hirschfeld, die Sage vom Gral (H. Paul).
— 36, Voigt, Kleinere lat. Denkmaler der Thiersage (Peiper). — 37, Boucherie,
Mélanges latins et bas-latins (E. Ludwig).
CHRONIQUE.
Au CoOige de France, cet hiver. M, G. Parts ezposcrii, une fois par semaine,
VHhtoi/e Je ta littiratiuc fran^aist tn AngUtare du Xlh du >'/!''« nicU, cl conlî-
nucra, dans l'autre leçon, la Cfammatrt it la hngae d'oïl commencée l'annic
dernière. — M. P. Meyer expliquera â l'une de ses leçons la Vita Naova^ el
commencera i l'aulre une Crammatrt Atjion^^tu Je la iaagut iTûc.
A la Sorbonne, M. Darmcsteter, maître de conférences, fera, dans une de
ses leçons, l'Histoire de la Formation du Lexique {rançats, et dans l'autre expli-
quera la Chanson de Roland, qui figure cette année sur l« programmes de l'agré-
gation de grammaire et des lettres.
A l'Ecole des hautes études, M. G. Paris fera, pendant le semestre d'hiver,
aux élèves de première année, Vlntrodtution à la grammaire des languis lomarus;
pour les élèves de deuxième et troisième année, il dirigera des exercices pra-
tiques sur les diverses rédactions de Farabras. — M. Darmesteter exposera la
Grammaire dis langues romanes.
A TEcole des chartes, M. P. Meycr fera, comme d'habitude, la grammaire
comparée de la langue d'oil et de ta langue d'oc, en y joignant l'explication de
textes has-latins, français et provençaux.
— Nous apprenons avec un grand plaisir qu'on vient enlin d'adjoindre i la
Faculté des lettres de Montpellier deux conférences de langue el de littérature
du moyen Âge, consacrées l'une au Midi, l'autre au Nord de ta France. Les
deux maîtres de conférences étaient naturellement désignés : M. Chabaneau est
nommé maître de conférences pour la langue d'oc, M. Boucherie pour la langue
d'ûQ. L'institution nouvelle des maîtres de conférences est encore d'un carac-
tère mal défini et d'une utilité scientifique, sinon pratique, assez vague. Il
dépend absolument de ceux à qui sont dévolues ces fonctions de leur donner
plus ou moins de sérieux ou d'importance. Si elles sont remplies avec une vraie
intelligence des besoins et des ressources de notre enseignement supérieur, elles
peuvent certainement contribuer beaucoup à l'acheminer vers la réforme dont
il a tant besoin. Nous ne pouvons qu'applaudir au choix du sujet des nouvelles
conférences, au choix de la Faculté et au choix des titulaires. Il y a Ji Mont-
pellier plus que dans aucune autre ville de France un terrain préparé pour
recevoir la bonne semence : nous sommes sûrs que MM. Chabaneau et Bouche-
rie sauront la répandre avec art et l'arroser avec persévérance. D'ici i peu
d'années on commencera sans aucun doute i recueillir les fruits de leurs peines.
Ce n'est qu'en formant aux bonnes méthodes de jeunes travailleurs, en leur faî*
filfi CHRONIQUE
sant connatlre à U fois toutes les difficultés et tous les auxiliaires du travail
vraiment scientiRque, en leur inculquant l'horreur des banalilés superficielles,
le mépris du dilettantisme et l'amour de la vérité autant sous son nom d'impar-
tialité que sous son nom d'exactitude qu'on préparera en France, (Uns le
domaine de la philologie romane comme dans tous les autres, l'avènement d'une
renaissance que nous ne verrons peul-étrc pas, mais que nous aurons du moins
appelée de tous nos vœux et aidée de tous nos efforts. Nous souhaitons bon
courage et bon succès à nos collaborateurs de Montpellier, et nous espérons
que ce stimulant, ainsi que la présence k Montpellier de M. Chabaneau. va
bienlAl donner un nouvel essor i la Rcvac des langues romanes et contribuera
1 élargir la part qu'elle fait aujourd'hui aux études historiques et philologiques.
— Le concours ouvert par la Société des langues romanes, sur l'inittacive de
M. Quintana, pour ta composition d'un Chant da latin^ a suscité une masse de
pièces dans divers dialectes romans. La Société a donné le prix â une poésie
roumaine de M. Alecsandri, et un second prix A la pièce catalane de M. Mathen
y Fornelle : on peut lire ces deux morceaux dans le n* de mai^join de la Rttut
des langues romanes, La Rivista di leltcratura popoiarc nous apprend que le prof.
Marchetii a mis en musique l'hymne de M. Alecsandri, traduit en italien, et
qu'on le chante 1 Boucaresl sur cette mélodie italienne.
— Le chanoine Spano, de Cagliari, connu par ses travaux sur le dialecte
sardCf notamment par son Ortografia sarda, est mort le 3 avril de cette année.
— M. Slenge! a fait exécuter cent exemplaires d'une reproduction photogra*
phique complète du ms. d'Oxford de la Chanson de Roland. L'exemplaire ne
coûte pas plus de 2^ francs (plus 1 fr. 2{ de port), et tout romaniste voudra
en posséder un. Pour les cours, l'habile directeur du Séminaire philologique
roman de Marbourg a eu l'excellente idée de permettre l'achat, en nombre tlli-
mité, de feuillets isolés au choix de chacun. Chaque feuillet (verso d'un feuillet
pair et recio d'un feuillet impair du ms.) coûtera 7 fr. jo ta douzaine d'exem-
plaires. S'adresser directement à M. le prof. Ed. Stengel, i Marbourg, ou i la
librairie Franck, i Paris. A c6té de cette photographie, M. Stengel vient
d'achever l'impression d'une reproduction diplomatique absolument fidèle du
célèbre manuscrit, qui sera incessamment mise en vente.
— Livres adressés à la Romania :
2, Bastin, Étude philologique sur la tangue française, ou grammaire comparée
et basée sur le latin. Première partie. Saint-Pétersbourg, chez les principaux
libraires, 8", {$2 p.
N. Caix, Sludi di etimologïa iDitana e romanza. Firenze, Sansoni, 12", 213 p.
G. Flecuia, Di alcuni criieri per l'originazione dei cognomi iuliani {Extrait
des mémoires de l'Académie des Lincei). Roma, 4^, 1 f p.
O. Kltscuera, Le manuscrit des sermons français de S, Bernard traduits da
latm date-t-il de 1207? Halle, Karras, 8<*, 46 p.
C. Ayrr, Introduction X l'étude des dialectes du pays romand. NeuchJtel, 4%
6. Pethicbicu-Hasded, Limba româoa vorbitiintre 1 {{0*1660. StudiQ paleo-
CHRONIQUE 6\y
grafico-linguistic, eu observattuni fiiologice de H. Schuchaaot. Tomulu I
(Publications de la Direction générale des Archives d'Éut). Bucuresci, 8*,
44) p. — Ouvrage important, dont nous rendrons compte quand le second
volume aura paru. .
A. GAi^t'ABY, Die Sicilîanische Dichterschule des droizehnten Jahrhunderts.
Berlin, Weidmano, 8", 231 p. — Dans ce livre fort intéreiwnt, l'auteur
réunit d'abord tout ce qu'on sait de positif sur les poètes de l'école sici-
lienne, nom sous lequel il comprendi à l'instar de Dante, tout le groupe des
poètes primitifs italiens ; il recherche ensuite, avec plus de précision qu'on
ne l'avait bit avant lui, ce que la poésie de l'école sicilienne doit aux trou-
badours et les traits par lesquels elle commence i s'affranchir d'une imitation
servile ; enfin il étudie la langue de ces poètes^ et il arrive sur ce dernier
point i des résultats nouveaux, qui appellent assurément le contrôle, mais
qui contiennent une part incontestable de vérité. Chemin faisant, il redresse,
généralement avec un grand bonheur, un certain nombre de leçons fautives
des textes qu'il a l'occasion de citer.
Aacàssin uaj Nicoieie, neu nach dcr Handschrîft, mit Paradïgmen und Glossar,
von H. Stchier. Paderbom,Schœningh, 8', 118 p. — L'éditton du même
roman, par G. Paris, qui doit accompagner la traduction et les dessins de
Bida, est imprimée depuis le mois de juin ; mais, retardée par diverses circons-
tances, elle ne paraîtra qu'en même temps que la présente livraison de la
Remania.
Di Mabtlno, Ënigmes populaires siciliennes. Paris, Maisonneuve, 8', r 1 p.
(Extrait de la Revue des langues ramants).
Morcl-Fatio, L'Espagne au XVI' et au XVIh siècle : documents historiques
et littéraires publiés et annotés. Heilbronn, Henninger, 8»^ xi-é97 p. —
Quoique ce livre, par l'époque dont il s'occupe, sorte du cadre de la Roma-
ma, nous croyons devoir te signaler i tous ceux de nos lecteurs qui s'occu-
pent des cotas de Espana comme méritant au plus haut degré leur attention
par l'intérêt des documents mis au jour et par ta valeur du commentaire
qui les accompagne.
ERRATA.
P. 4(1, à la fin de la note commencée i la p. 4^0, nics^ lisez ria,- daira^
lisez Dairts.
TABLE DES MATIÈRES.
Pages
Le Lai de t'Éperyiery p. p. G. Paris i
R. Rajna. Una verstonc in ottava rima del libro dei Sette Savi 22, }68
V. Shith. Vieilles chansons recueillies en VeUy et en Forez j 2
A. Laubrior. Ve bref latin en roumain 8f
P. Meybr. La légende de Cirait de Roussillon 161
E. Picot. La Sottie en France 2]6
J. Cornu. Glanures phonologiques. Voyelles toniques : d, a tonique mainteoa,
i = I, I atone protonique et i en position. Dtphthongues : ao. Voyelles
atones : suffixe 'Otorem, de l'influence régressive de Vî sur les dentales.
Consonnes : d^^n, tumt = tudinem (cf. aux Mélanges^ p. J9]), sce, set et
sca dans la conjugabon, rr^trdr ) f j
Vn lai d'amours, p. p. G. Paris . 406
A. Morel-Fatio. El Libro de Exenpbs por a. b. c. de Climente Sanchez. . . 481
Contes populaires lorrains recueillis par E. Cost^iH 527
MÉLANGES.
Tarris Alitkie (G. P.) 94
Chanson anonyme tirée d'un ms. de Stockholm (G. P.) 9j
Motets (P. M.) 99
Surge (G. P.) 10)
Les dix-sept cent mille clochers de la France (P. M.) 104
D'un emploi non étymologique du t final en provençal (P. M.) 107
Clan et aglan (J. Cornu) 108
Nous et on (L. Havet) 109
Un nouveau texte des Noyas del papagay (A. Wesselofsky) 527
Sur lo, pronom neutre en provençal (C. Chabaneau) ^29
L'V dans le Saint-Léger (L. Havet) 41 f
Troaver (G. P.) 417
Conjugaison des verbes aidier, araisnîer et mangîer (J. Coran) 420
Itanjar (P. M.) 4ja
Butentrot, les Achopars, les Canelius (P. M.) 4j{
Mien = meum (J. Cornu) 59»
^irrz en langue d'oc [P. M.) j9^
TABLE DES MATlftRES 639
Coutume^ aubaiu (t. Havet) J93
âtymologies espagnoles : frurtfo, dûo* (J. Cornu). J9f
Le du de Jehan le Rigolé, p. p. G. Rariund $96
Ti, signe d'intarogatioo (E. RoIUnd) 599
CORRECTIONS.
Sur le Dit de Coastant (Th. Sundbj) ))i
Sur la Vie saint Jthan boucht d'or (A. Lilttge) 600
COMPTES-RENDUS.
Bastarj {Lî) de BuiUon, p. p. Schilik (G. P.) 4^1
BiRCH-HiRscHFiLD, uebcT die den Troubadours bekamiten epischen Stoffe (P. M.,
G. P.) 448
finit (Der Mûnchener), hgg. von HorniANN and VoLLHaLLiR (G. P.). ... 144
Frbuno, Ueber die Verbalflexion der leltesten franzoetisdien Spracbdenknueler
{G. P.) 620
GRAr, voy. Huon de Bordeaux.
HoFHANN, voy. Brut.
HuiFriR, The Troubadours (P. M.) 44J
//uoR if« fiori^Mux {I Coroplementi d'), p. da Graf (G. P.) JJ2
Jung, Rœmer und Romanen in den Donaolmdem (G. P.] 608
LiBiNSKi (Voh), Die Declinatîon der Subsuntivt in der oH-Sprache Us anf Cres-
tiens de TToies (G. P.) €19
LucHAiRi, De lingua aqiûtania (P. M.) 140
LûcKiNc, Die dtesten franzœsischen Mnndarten (G. P.) 1 m
Marguerite (Deux rédactions de la Vie de sainte), p. p. Schilir (P. M.) ... n9
Marguerite d'OvNCT, voy. Oynct.
Oyngt (Marguerite d')* Œuvres, p. p. Phiupoh (P. M.) 141
Philipon, voy. Oyhct.
Schilir, voy. Bastars (Lî) de BaiUonj Margamte [Vie de sânte).
VOLLHCELLIR, VOy. BtUt.
PtiRIODIQUES.
Academia (La), ij juin 1878 477
Angliai ' 474
Antologîa (Nuova), janvier 1878 476
Archiv fiir das Studium der neneren Sprachen, LV[l {1877) , . 147
— — — LVUI-LIX (1877.78) .... 6}J
Archives historiques du dépanemeat de la Gironde, XV[I (1877) 474
Athenxum (The), i] juillet 1878 477
Beitrxge zur Geschichte der deutschen Sprache und Litcratur, Ml 148
Bibliothèque de l'École des chartes, XXXVIIl, 4 147
— — XXXVIII, 6 347
Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire de Bénen, a" série,
t. IX, ï 148
Bulletin de la Société da anciens textes français, 1877, 3 J47
Effemeridi (Nuovc) Siciliane, 1877 474
Engliscbe Studien, l, a 47}
640 TABLE DES MATIÈRES
Gennania, XXll 47}
Cîorcale di âtologîa romaiiza, I, 1 46J
— — I, 2 625
Costtinger gdehrte Aazeigen, 1877, n- ji ijj
Jenaer Literaturzeitung, octobre-décembre 1877 if)
— janvier-macs 1878 - )48
— avril-juin 1878 477
.— juillet-septembre. 1878 6J4
Literarisches Centralblan, oaobre-décembre 1877 , if)
— janvier-mars 1878 348
— avril-juin 1878 477
— juillet-septembre 1878. 634
Mélustne, octobre-décembre 1877 147
Mémoires de la Société de linguistique de Paris, III, 5 474
Mittheilungeo aus J. Perthes' geographischer Anstalt, 1877, X ijo
Revue celtique, III 148
Revue critique, octobre-décembre 1877 mj
— •janvier-mare 1878 J48
— avril-juin 1878 477
— juillet-septembre 1878 6}4
Revue de philologie, II, 3 474
Revue des langues romanes, 2* série, t. IV, 11-12; t. V, 1-2 342
— - t. V, 3 463
— - t. V, 4 ; . . . 62Î
Revue historique de l'ancienne langue française, octobr^décembre 1877. ... 147
Rlvista di letteratura popolare, I, 2 348
- — I, î 6»
Romanische Studien, III, i 470
— — III, 2 632
Zàtschrift fur deuuches Alterthum, N. F. IX, j 147
Zeitschrift fîir Kircherrecht, XIV (1877), 2 149
Zeitschrift fur romanische Philologie, 1,4 )4)
— — II, I 46Î
— — II, 2 628
CHRONIQUE.
Janvier 154
Avril )49
Juillet 478
Octobre 631
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogeot-te-Rotrou,
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